Le Marxiste-Léniniste

Numéro 196 - 30 décembre 2010

Évoquer le fantôme keynésien pour tenter de faire dérailler le mouvement ouvrier

Certains ont pris l'habitude de ressusciter sporadiquement le fantôme keynésien comme moyen de détourner le mouvement ouvrier de l'analyse concrète des conditions concrètes. Il n'est pas rare d'entendre dire que la façon de régler la présente crise économique est d'exercer « des mesures keynésiennes afin de stimuler l'emploi et de solidifier le marché domestique ». Cette ordonnance se veut une alternative aux mesures néolibérales, comme si deux choix s'offraient aux peuples du monde.

À quoi cela rime-t-il en pratique ? Une formule existe-t-elle qui serait l'équivalent des « mesures keynésiennes » ? Pourquoi les mesures keynésiennes prises lors de la crise économique des années trente conviendraient-elles aujourd'hui ? De telles mesures, quelles que soient les prétentions qui s'y rattachent, ne sont pas le produit d'une analyse concrète de la situation de quelque pays que ce soit ou d'un programme axé sur l'être humain émanant de la réalité de la lutte de classe telle qu'elle se manifeste aujourd'hui.

Le néolibéralisme mondial d'aujourd'hui, avec ses méthodes électroniques et autres pour contrôler des économies entières sous l'égide de l'hégémonie militaire et économique des États-Unis, n'est pas la réalité des années trente. Aussi, présenter des « mesures keynésiennes » en tant que solution ne tient pas compte de l'application concrète de ces mesures dans les années trente et de ce qu'elles ont atteint comme objectif. Elles n'ont certainement pas mis fin à la crise, ni ont-elles empêché les grandes puissances de l'Europe, les États-Unis et le Japon de se préparer pour la guerre pour le repartage du monde.

Le fait que les néolibéraux, en commençant dans les années soixante-dix, ont attaqué les dépenses publiques pour les mégaprojets et les programmes sociaux, dépenses qu'ils identifiaient aux mesures keynésiennes, ne clarifie en rien ce que seraient ces mesures dans les circonstances actuelles et ne leur prête aucune crédibilité en tant que programme d'action axé sur l'être humain qui pourrait être d'une utilité quelconque pour le peuple dans les circonstances actuelles. Pour certains commentateurs, le Troubled Asset Relief Program (TARP) de Bush/Obama et son sauvetage du secteur financier étaient une mesure keynésienne. D'autres contestent cette assertion. D'autres individus aux États-Unis soulèvent le besoin d'un « keynésianisme militaire », c'est-à-dire, un programme par lequel on engloutirait des fonds dans les préparatifs de guerre, dans la militarisation de la vie sociale et culturelle ainsi que dans la guerre elle-même. En ce sens, nous retrouvons ce phénomène de « keynésianisme militaire » au Canada où tous les aspects de la vie sont en train d'être militarisés en tant que prix parmi tant d'autres à payer pour l'annexion toujours plus approfondie du Canada à l'Empire étasunien.

Pour l'économie des États-Unis, alors qu'une grande partie de ce qu'on appelle le complexe militaire s'étend sur plusieurs États, les dépenses publiques pour les préparatifs de guerre et pour la guerre elle-même stimulent en effet « l'emploi » et « solidifient le marché domestique ». Les défenseurs de « mesures keynésiennes » approuvent-ils les dépenses publiques pour la guerre en tant que programme positif ? Certains économistes prétendent que les dépenses militaires sont keynésiennes mais que les dépenses faites ailleurs que dans le secteur militaire seraient deux fois plus efficaces. Une grande partie du matériel de guerre ne circule pas en tant que moyens de production ou de consommation au sein de l'économie intérieure, surtout lorsqu'il s'agit de guerres prédatrices dans des pays pauvres tels que l'Irak et l'Afghanistan où les dépenses sont concentrées dans le domaine militaire.

Lorsqu'on pense à Keynes et à son ascension à l'éminence, il faut se rappeler que les dépenses publiques de toutes sortes en quantités significatives sont une caractéristique du capitalisme monopoliste, qui venait de voir le jour au tournant du siècle au moment où Keynes était formé en tant qu'intellectuel à la défense de l'Empire britannique. Les dépenses publiques n'étaient pas une caractéristique du capitalisme naissant du XIXe siècle.

Deux événements d'importance capitale ont marqué la conscience de tous les intellectuels des deux premières décennies du XXe siècle : la Première Guerre mondiale et la Grande révolution socialiste d'octobre en Russie. Tous les intellectuels de cette époque, et Keynes en était un, étaient le produit d'une nouvelle époque qui avait pris le monde d'assaut avec tumulte : l'ère de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne. Keynes, dans sa vie personnelle et publique, en est venu à défendre ouvertement le capitalisme monopoliste et à s'opposer à ce que la classe ouvrière n'accède au pouvoir politique. Ses capacités intellectuelles étaient grandement appréciées de l'élite dominante en Angleterre et il en fut grandement récompensé. Le capitalisme monopoliste présentait de nouveaux problèmes à la classe au pouvoir et Keynes a offert un guide théorique pour la résolution de ces problèmes. L'arrivée au pouvoir des monopoles signifiait que l'État capitaliste lui-même avait subi de profonds changements. Les coûts associés à la Première Guerre mondiale ont mené à de nouvelles formes de taxation dont la plus importante fut l'impôt sur le revenu. Avec l'impôt sur le revenu, l'État impérialiste se vit attribuer des montants faramineux provenant des fonds publics. Comment utiliser ces fonds publics pour défendre le système capitaliste monopoliste et pour assister des monopoles particuliers à vaincre leurs compétiteurs sur le marché mondial, et qui allait exercer le contrôle de ces fonds, devenaient des questions pratiques et théoriques pour l'élite dominante dont Keynes était un membre de prestige.

Keynes n'était pas qu'un ardent promoteur et théoricien du système capitaliste et de l'Empire britannique, il était aussi un participant actif dans la frénésie du marché boursier des années vingt. Il a d'ailleurs perdu des sommes importantes lors de l'effondrement du marché boursier de 1929-30. Par contre, il a tout récupéré et davantage à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Lorsque le premier baron Keynes est décédé, sa fortune personnelle était de 16,5 million $.

Les dépenses publiques massives afin d'assister certains monopoles ou certains secteurs et de façon plus générale pour empêcher le système de s'effondrer ou d'être pris en charge par la classe ouvrière par la révolution est une caractéristique du capitalisme monopoliste. Peu de littérature académique était disponible dans les premières années du capitalisme monopoliste pour appuyer une telle activité et lui donner une orientation théorique. Keynes, ainsi que d'autres intellectuels, ont offert une orientation pratique et théorique à l'État au cours d'une période de crise économique et d'insurrection révolutionnaire mondiale au sein de l'Empire britannique et ailleurs dans le monde.

Les oeuvres théoriques de Keynes ont beaucoup servi à proposer un État libéral d'assistance sociale mais aussi un État fasciste militarisé selon les conditions et les besoins de la bourgeoisie impérialiste en question. Des théoriciens du socialisme national allemand au sein du Parti nazi de Hitler se sont servis de la promotion des dépenses publiques par Keynes pour trouver la justification théorique nécessaire pour l'utilisation des fonds publics afin de venir en aide à certains monopoles et pour soutenir financièrement le réarmement de l'Allemagne. Ce sont ces mêmes théories qui aujourd'hui sous-tendent les argumentations à l'effet que les travailleurs et le peuple en général devraient se rallier derrière leurs propres monopoles pour que ceux-ci deviennent concurrentiels et pour qu'ils réussissent sur le marché mondial. De façon similaire, on apprend aux gens la politique d'une nation qui consiste à se rallier derrière les bâtisseurs d'empires des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France ou du Japon. En Europe, ses théories servirent à mousser le socialisme européen (en opposition au « despotisme oriental ») ainsi que l'exceptionnalisme étasunien en Amérique du nord. Les deux prétendent que les contradictions qui se résolvent par la révolution dirigée par la classe ouvrière ne sont pas inhérentes au capitalisme monopoliste.

Keynes fut l'un des intellectuels éminents en 1944 qui ont contribué à l'implantation du système monétaire international, Bretton-Woods, système que l'impérialisme étasunien a imposé aux alliés et aux colonies avec l'appui tacite sinon entier de la Grande-Bretagne. Bretton-Woods a créé le Fonds monétaire international ainsi que l'organisme précurseur de la Banque mondiale. Surtout, Bretton-Woods a créé les conditions institutionnelles pour imposer l'hégémonie financière des États-Unis sur le monde capitaliste et pour le système moderne d'usure internationale qui devait tenir les anciennes colonies dans un état d'endettement perpétuel face aux États impérialistes. Bretton-Woods était le signal de la fin de l'édification nationale au sein des pays capitalistes et le début d'un système impérialiste d'États dominé d'abord par deux superpuissances et aujourd'hui par une seule superpuissance qui cherche la domination à elle seule. Il a permis aux États-Unis, et ce même avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale, de diriger le monde impérialiste dans l'encerclement et dans la destruction de l'Union soviétique ainsi que de ses alliés à l'échelle internationale et de transformer l'ancienne domination coloniale des pays en développement en un pouvoir et en une domination impérialistes. Il a préparé les conditions économiques pour le chantage nucléaire contre les peuples du monde et pour l'ensemble des guerres prédatrices des États-Unis contre la Corée, le Vietnam et d'autres qui se poursuivent aujourd'hui avec la guerre et l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak, les blocus économiques contre Cuba, la République populaire démocratique de Corée, le Zimbabwe et autres, les menaces d'agression contre la RPDC, l'Iran, le Liban, la Somalie, le Soudan, la Syrie, le Venezuela et plusieurs autres pays qui aspirent à l'indépendance, ainsi que le maintien de centaines de bases militaires partout dans le monde.

Keynes est devenu un éminent économiste du vingtième siècle entièrement éduqué et imprégné de l'expérience directe du capitalisme monopoliste et servant ses besoins. Par conséquent, ses idées sont imprégnées de la nécessité de servir les monopoles à l'ère de l'impérialisme et de la révolution prolétarienne. Ces idées se démarquent nettement des idées défendues par les économistes du XIXe siècle, cette période du capitalisme naissant, qui s'engageaient dans des discussions avec Karl Marx et son analyse concrète du capitalisme. Keynes, lui, a tout simplement rejeté la politique économique de Marx et n'a pas cherché à expliquer ses différends. Son rôle était de servir le capitalisme monopoliste et de nier la nécessité de faire passer le capitalisme au socialisme pour résoudre les contradictions fondamentales du système capitaliste, un système qui a outrepassé son rôle transitoire qui consistait à transformer la petite production de l'époque médiévale en production industrielle de masse. Keynes n'avait que mépris pour la classe ouvrière qu'il pensait impuissante à se diriger ou à diriger la société. En ce sens, d'un point de vue politique, il était farouchement opposé à tout concept et pratique de la démocratie selon lesquels le peuple participe directement à la gouvernance. Ce mépris pour le peuple et pour la démocratie lui fut inculqué à Eton et à Cambridge ou il fut constamment louangé comme étant brillant et supérieur à tous les autres êtres humains et digne de richesse, de prestige, de puissance et de privilège. Le système éducationnel britannique n'accepte pas que les travailleurs soient en mesure de penser de façon à se gouverner eux-mêmes, à gérer la société et son économie socialisée, et à résoudre ses contradictions. Ce qui veut dire que toute tentative ou discussion visant à l'édification nationale dirigée par la classe ouvrière, qui investit le peuple de sa souveraineté et place au centre le facteur humain/conscience sociale, est dénoncée et ridiculisée par l'élite dirigeante de la Grande-Bretagne et des États-Unis et par toutes leurs institutions.

Keynes en ses propres mots

Nous pouvons dénoter une tendance de pensée et de conception du monde dans les citations qui suivent et dans la pratique de Keynes, en tant que capitaliste financier et théoricien pour l'impérialisme et pour la préservation du droit de monopole et du droit de l'impérialisme de dominer mondialement et avec impunité la classe ouvrière et les peuples opprimés.

L'expérience directe a enseigné à la classe ouvrière qu'au cours du XXe siècle, il a été impossible pour un anticommuniste avoué de faire une contribution positive au domaine de la politique et de la politique sociale. Une personne non intéressée à s'unir aux communistes, une personne remplie de mépris et de haine envers la classe ouvrière, ne pouvait contribuer de façon positive à la vie politique, sociale et culturelle. En ce qui concerne Keynes, non seulement n'était-il pas intéressé à s'unir aux communistes, mais leur défaite était sa mission.

Des prises de position foncièrement racistes envers les autres, une haine du communisme et de la classe ouvrière, faisaient en sorte que des individus comme Keynes ne pouvaient faire aucune contribution au bien-être du peuple ou à l'intérêt général de la société. L'anticommunisme et le racisme sont des prises de position d'un égocentrique qui place ses préjugés et ses désirs personnels, ainsi que les intérêts étroits des riches et des privilégiés et du statu quo au-dessus des droits de tous, de leurs collectifs et des intérêts généraux de la société, en particulier au-dessus de la nécessité du changement.

Ce qui suit sont des citations provenant de ses écrits publiés traitant surtout de ses opinions politiques. Souvent des citations isolées ne suffisent pas à faire ressortir une tendance mais en ce qui concerne Keynes, il en ressort clairement un anticommunisme, un mépris pour la classe ouvrière et une opposition à la participation active et consciente du peuple au gouvernement, ainsi qu'un racisme non dissimulé envers toute personne n'étant pas européenne et étant perçue comme inférieure, ainsi qu'envers certains Européens.


Saint-Pétersbourg, Russie, le 7 novembre 1917. Lénine déclare le
pouvoir des Soviets à la conférence historique du Deuxième Congrès
des Soviets de toute la Russie. À ses côtés se trouvent d'autres
membres de la direction bolchévique: Joseph Staline, Felix
Dzher
zhinsky et Yakov Sverdlov (de gauche à droite).
(«Lénine proclamant le pouvoir des Soviets» de Vladimir Serov, 1947)

Rappelons-nous que ces citations proviennent d'une époque de divisions de classes très prononcées en Grande-Bretagne et à l'échelle internationale, alors qu'une patrie socialiste de la classe ouvrière fut créée en Russie en 1917, que la révolte grondait au sein des peuples des colonies, que la crise économique des années trente s'approfondissait et que se créait le Front uni international contre le fascisme. Keynes fut à tout moment au service de l'Empire britannique et de l'impérialisme tout au cours de cette période tumultueuse et fut bien récompensé pour ses services à la classe dominante.

Après la Première Guerre mondiale et la Révolution socialiste et la création de l'Union soviétique en tant que patrie du prolétariat international, l'impérialisme centré en Europe, aux États-Unis et au Japon exigea de nouveaux arrangements afin de maintenir la classe ouvrière dans l'oppression, l'Union soviétique encerclée et isolée, les colonies écrasées et la classe capitaliste monopoliste au pouvoir et ses monopoles défendus et libres d'étendre leurs empires. La situation était tout à fait nouvelle pour la classe capitaliste.

Une tendance émergeante favorisa le fascisme avec sa politique de « la nation une et indivisible », de suppression ouverte du mouvement ouvrier, de dépenses publiques dans le but de militariser la société, de poursuivre l'édification de l'empire de façon agressive et expansionniste, de confronter les puissances impérialistes dominantes et de se rediviser le monde.

Une autre tendance était la social-démocratie adoptée en tant que variante du libéralisme dans le but d'enrôler les travailleurs en appui à leur propre classe capitaliste au pouvoir au moyen de dépenses publiques consacrées à des projets d'État grandioses. Ces dépenses publiques étaient aussi consacrées aux préparatifs de guerre visant à défendre les colonies déjà en sa possession et pour influencer les puissances impérialistes plus faibles ou en développement telles que l'Allemagne et le Japon pour qu'elles respectent le statu quo en ce qui concerne la division du monde.

Sur le front économique, ces luttes pour de nouveaux arrangements s'entremêlaient à des politiques de même nature consistant à utiliser le trésor public pour financer des mesures de stimulation afin de protéger les grandes entreprises des ravages de la crise économique. Tous les pays impérialistes se sont mis à se servir des fonds publics pour sauver les grandes entreprises et leurs monopoles. Franklin Delano Roosevelt aux États-Unis a utilisé des mesures de stimulation, y inclus le Tennessee Valley Authority. En 2009-2010, il y a eu le sauvetage Bush/Obama des grandes entreprises financières et des monopoles de l'automobile, entre autres. En Allemagne des années trente, des mesures de stimulation basées sur l'utilisation des fonds publics furent incorporées au programme des Socialistes nationaux du Parti nazi de Hitler dans le but de défendre des monopoles particuliers tels que Krupp et Siemens AG, construire des grands projets d'État et réarmer le pays sur la base des fonds publics ainsi que de fonds empruntés au capital financier étasunien.

Les théories économiques de Keynes prônant le recours aux dépenses publiques pendant un ralentissement dans le cycle économique étaient utiles et donnaient une crédibilité intellectuelle à ces États impérialistes dominants qui suivaient une voie libérale ainsi qu'aux États suivant une voie fasciste et agressive. C'est sans surprise que Keynes trouva sa place dans les deux camps impérialistes puisque la réalité du capitalisme monopoliste est telle que les politiques d'État ne sont pas fondées sur des principes mais bien sur les besoins pragmatiques du moment. Les États capitalistes monopolistes sont tantôt ouvertement fascistes, tantôt des conciliateurs libéraux avec le fascisme, selon leurs intérêts personnels immédiats. Nous trouvons un exemple frappant de ce phénomène pendant la Deuxième Guerre mondiale impliquant les États-Unis, la Grande-Bretagne et les autres États impérialistes qui étaient à ce moment-là des alliés de l'Union soviétique dans la guerre mondiale pour vaincre l'Axe impérialiste agressive dirigée par l'Allemagne et le Japon. En 1944, alors que la guerre était à son apogée, ces États impérialistes ont forgé l'entente monétaire internationale fasciste de Bretton-Woods en tant que pierre angulaire pour imposer l'impérialisme étasunien en tant qu'unique superpuissance et se servir de leur puissance financière et militaire unie pour perpétuer leur système colonial sous de nouveaux arrangements dans l'éventualité que l'Allemagne et le Japon seraient vaincus. Un aspect important de Bretton-Woods était de resserrer l'encerclement de leur alliée, l'Union soviétique, afin d'affaiblir et d'éventuellement détruire la patrie de la classe ouvrière. Keynes fut un des principaux architectes de ce nouvel arrangement financier international fasciste du capital financier, qui donna lieu au Fonds monétaire international ainsi qu'au précurseur de la Banque mondiale et à l'usure légalisée en tant que forme pour soutirer un tribut des pays capitalistes plus faibles ou en développement.

Citations de Keynes provenant d'articles dans le « New Statesman »

(Citations tirées de Essais de Pursuasion, Gallimard, 1933)

Opinions sur le communisme, la classe ouvrière et le Capital de Marx :

« Comme toutes les religions nouvelles, le léninisme tient sa puissance, non de la masse, mais d'une petite minorité d'adeptes enthousiastes récemment convertis, dont le zèle et le fanatisme décuplent les forces, si bien que chacun d'eux égale plusieurs indifférents. »

Une notion farfelue s'il en est une. « Une petite minorité d'adeptes enthousiastes » n'auraient pas été en mesure de renverser un pouvoir impérialiste tel que la Russie si la multitude de travailleurs et de paysans n'avait pas été préparée subjectivement et organisationnellement pour s'engager dans une lutte révolutionnaire héroïque pour vaincre leurs oppresseurs. Keynes ne fait ici qu'exprimer son mépris pour le peuple et l'incapacité de celui-ci, selon Keynes, de s'engager dans une lutte révolutionnaire pour faire évoluer la société vers une alternative au capitalisme, alternative axée sur l'être humain. Il n'a que haine pour quiconque ne partage pas sa conception du monde. Pour lui, la perspective de la classe ouvrière sur l'économie, la politique et la culture en général est nécessairement dogmatique et intolérante du fait qu'elle est si diamétralement opposée à sa conception du monde capitaliste qui, dans son esprit, bénéficie d'un caractère sacré légué par une longue lignée de traditions anglaises et qui, par conséquent, ne peut être que le seul et véritable mode de pensée.

« Comment puis-je admettre une doctrine qui érige en Bible, en le soustrayant à toute critique, un volume d'économie politique périmé, qui non seulement est faux d'un point de vue scientifique, mais encore ne comporte aucun intérêt, aucune application possible dans le monde actuel. Comment puis-je me rallier à une doctrine qui, préférant la vase aux poissons, exalte un prolétariat grossier aux dépens de la bourgeoisie et d'un intellectualisme qui, quels que soient leurs torts, demeurent un des plus précieux apanages de la vie humaine et portent, en eux la graine de tout progrès humain ? Quand bien même nous aspirerions à une religion, comment trouverions-nous celle-ci dans les turpitudes des bibliothèques rouges ? Un fils cultivé, intelligent et bien élevé de l'Europe occidentale peut malaisément trouver là à réaliser son idéal, à moins d'être passé d'abord par de telles souffrances et un tel état de conversion que plus rien ne subsiste de sa table de valeurs premières. »

Ce « prolétariat grossier » est précisément l'aspect émergeant de la grande contradiction du monde capitaliste. Keynes est horrifié à l'idée que la négation du « prolétariat grossier, préférant la vase aux poissons », sera à son tour niée même dans son Angleterre si douce et qu'il perdra son pouvoir, sa richesse et son privilège à ceux-là mêmes – et Keynes ici peine à dire le mot sans y attribuer une obscénité – aux travailleurs qui créent la richesse qui est le fondement de son style de vie intellectuel somptueux à servir les monopoles et l'Empire britannique.

Keynes tient des propos racistes et antisémites lorsqu'il tente d' « expliquer » la personnalité des peuples de l'Union soviétique :

« Cet état d'oppression ne saurait être mieux indiqué. Il tient en partie, cela ne fait aucun doute, à la Révolution rouge [...].Il tient peut-être aussi en partie à une certaine bestialité inhérente au caractère russe – ou aux caractères russe et juif mélangés, comme ils le sont à présent. »

La combinaison du bolchevisme et du judaïsme en tant que caractéristiques propres aux « bêtes » qui pouvaient détruire la civilisation européenne était une thématique commune aux fascistes de cette époque. Keynes approfondit ce concept raciste lorsqu'il prétend que la menace à la civilisation européenne provient d'un amalgame de « bestialité inhérente au caractère russe » et de judaïsme. Cette propagande entretenue par l'intelligentsia britannique faisait partie de la pression exercée sur l'impérialisme allemand pour qu'il prenne l'Union soviétique d'assaut, ce qu'il fera en 1941. Les intellectuels britanniques tels que Keynes n'ont jamais reconnu le rôle qu'ils ont joué à préparer l'opinion publique européenne pour qu'elle encourage les Nazis allemands, jusqu'à acclamer leur guerre meurtrière menée contre les peuples de l'Union soviétique et qui a mené à la destruction et à la mort sans précédent. Ils regrettent seulement que l'invasion n'a pas eu lieu avant le Pacte de non-agression de 1939 entre l'Allemagne et l'Union des Républiques socialistes soviétiques, ce qui fut un facteur qui retarda l'assaut jusqu'en 1941.

L'habitude qu'a Keynes de ne pas discuter mais de simplement attaquer et de prêter à ses adversaires ses propres défauts est caractéristique du fascisme et du rabaissement du niveau de la culture politique sous le capitalisme monopoliste, contrairement à la préoccupation de faire progresser la science au XIXe siècle. C'est le retour à l'obscurantisme et à l'absolutisme médiévaux sous prétexte d'être les plus avancés et les plus érudits.

« Le léninisme est un mélange de deux choses que les Européens, depuis quelques siècles, ont coutume de ranger dans deux compartiments différents de l'âme – la religion et les affaires. La religion nous choque parce qu'elle est nouvelle, et nous méprisons ses affaires parce qu'elles sont inféodées à la – religion (au lieu que ce soit le contraire), ce qui les rend nettement infructueuses. »

Comment Keynes explique-t-il que l'Église catholique romaine a été pendant des siècles le plus grand propriétaire foncier, participant aux affaires européennes et grand défenseur du pillage à l'étranger ? La réformation protestante a joué un rôle intégral dans la préparation des conditions subjectives pour la victoire du capitalisme sur les relations de propriété médiévales.

Le léninisme avait démasqué l'hypocrisie de l'Église, surtout en Russie où elle avait travaillé main dans la main avec les exploiteurs et les tyrans médiévaux les plus diaboliques.

Poursuivant sa critique de la Russie révolutionnaire, Keynes écrit :

« Je suis prêt à renoncer au confort et à mes habitudes ; mais je ne puis m'accommoder d'un dogme qui s'embarrasse peu de la liberté et de la sécurité de la vie normale, qui a recours à toutes les armes de la persécution, de la destruction et de la lutte internationale. Comment puis-je admirer une politique qui se définit par les millions qu'elle dépense pour entretenir des espions dans chaque foyer et fomenter des troubles à l'étranger ? »

Commentaire intéressant s'il en est un étant donné que l'ambition de devenir riche et libre du travail pénible du quotidien est la bible de la bourgeoisie. Et comment les propriétaires du capital ont-ils maintenu l'oppression de la classe ouvrière sinon en graissant la patte des dirigeants ouvriers avec les superprofits provenant de l'exploitation des pays opprimés ? La subversion idéologique est l'essence même de la suppression de la révolution prolétarienne en Grande-Bretagne et en tout autre pays capitaliste monopoliste. Keynes est en soi un excellent spécimen d'un agent provenant des couches moyennes et bien endoctriné par les propriétaires du capital.

L'hypocrisie de Keynes est sans bornes. On a fait des espions britanniques des célébrités dans les films et dans la culture populaire mais lorsque la classe ouvrière fait connaître son point de vue au moyen de ses propres outils de propagande et de discussion dans des familles ordinaires, elle « entretient des espions dans chaque foyer et fomente des troubles à l'étranger ». Et le fait d'exprimer une solidarité sociale à l'étranger pour les droits des peuples combattant les empires britanniques et étasuniens devient « fomenter des troubles à l'étranger ». D'abord, premier baron Keynes, « fomenter des conflits à l'étranger » s'appelle l'internationalisme prolétarien et la classe ouvrière ne recule pas devant sa responsabilité d'appuyer tous ceux qui s'efforcent de se libérer de l'oppression impérialiste et de faire avancer leurs sociétés vers l'émancipation de la classe ouvrière.

L'infiltration d'espions et d'agents capitalistes des mouvements des peuples, ce qui était la spécialité de la police tsariste, est devenue une institution signée CIA, Homeland Security, M15, M16 et Service canadien du renseignement de sécurité, mais aussi diverses agences non gouvernementales (ONG) et certaines organisations syndicales et de charité qui empêchent sciemment le peuple de s'organiser pour trouver des solutions qui sont dans son intérêt et pour résoudre les contradictions de ses sociétés, en particulier son exploitation par les empires impérialistes.

« Je puis ne pas demeurer insensible à ce que je crois être la justice et le bon sens ; mais la lutte des classes me trouvera du côté de la bourgeoisie instruite. »

Les travailleurs et leurs alliés feraient bien de se rappeler cet « aveu » de Keynes lorsqu'ils entendront ou liront son nom. La « justice et le bon sens » et les principes sont rapidement « infiltrés » par les politiques pragmatiques de la « bourgeoisie instruite » menant la « lutte des classe » contre un « prolétariat grossier ».

L'appui à l'eugénique

Keynes était un fervent défenseur de l'eugénique, ayant servi en tant que directeur de la Société britannique d'eugénique de 1937 à 1944. En 1946 même, au seuil de sa mort, il a déclaré que l'eugénique était « la branche de la sociologie la plus importante, la plus significative et, devrais- je ajouter, la plus authentique aujourd'hui ». (Citation provenant de : « Opening remarks : The Galton Lecture (1946) ». Eugenics Review 38(1) : 39-40.)

Il ne s'agit pas ici d'une opinion reposant sur une simple curiosité ou sur l'ignorance. Il s'agit d'une participation active dans le mouvement pour le fascisme européen. Pendant la période qui précéda la Deuxième Guerre mondiale, appuyer l'eugénique voulait dire appuyer spécifiquement le nazisme. L'eugénique était présentée en tant que « l'étude et la pratique de la reproduction sélective telle qu'appliquée aux humains », dans le but avoué d'améliorer l'espèce en opposition à l'avancement de la société en changeant les conditions sociales et en réglant les contradictions de classe. L'eugénique est une forme de politique d'une nation. L'élite au pouvoir détermine qui est digne de constituer la nation sur la base de critères ethniques, religieux, politiques, physiques et intellectuels. Tout critère non conforme est exclu sinon exterminé, comme cela devint la politique en Allemagne nazi. Aussi, aujourd'hui, l'exigence est telle que tous ceux qui ne prêtent pas allégeance aux « valeurs » dites américaines, canadiennes, britanniques, civilisées, etc., sont passibles de mort civile. Pendant les années trente, l'eugénique était associée plus intimement aux nazis allemands et à leur programme politique de purger l'Allemagne de toutes personnes dites indésirables. Tout « être humain imparfait » tels que les communistes, les juifs, les gitans, les Slaves, les individus ayant une imperfection physique ou mentale, ou tout individu ayant des valeurs ou une conscience en contradiction avec le Parti nazi de Hitler devait être déporté ou exterminé. Les intellectuels libéraux britanniques et autres, de par leur conciliation envers l'idéologie fasciste telle que le racisme, l'anticommunisme et l'eugénique, doivent assumer leur responsabilité pour le rôle qu'ils ont joué dans la préparation des conditions subjectives pour les meurtres de masse dans les camps de concentration, pour les crimes de guerre commis par l'appareil militaire allemand à l'étranger ainsi que pour toutes les atrocités nazies.

Citation provenant de « La fin du Laissez-faire » (1926)

« Le socialisme marxien doit servir de signal aux historiens de l'Opinion – comment une doctrine si illogique et sans relief peut-elle avoir exercé une influence si puissante et si prolongée sur l'esprit des hommes, et par eux, sur les événements de l'histoire ? »*

La classe ouvrière n'a pas développé son idéologie dans le but de divertir l'élite intellectuelle britannique. Le but de l'idéologie est de guider la classe ouvrière pour qu'elle s'organise en tant que la nation pour investir le peuple de sa souveraineté et ouvrir la voie vers l'émancipation complète de la classe ouvrière et l'élimination de la société de classe.

Citations provenant de « Essays in Biography » (1933)

« J'ai tenté au moyen d'un certain détail de mettre en relief la solidarité et la continuité historiques de la Grande intelligentsia de la Grande-Bretagne, qui est le fondement de notre pensée depuis deux centenaires et demi, lorsque Locke, dans son Essai sur l'entendement humain, a écrit le premier livre anglais moderne. J'énumère ci-dessous les nombreux descendants de Sire George Villiers. Je ressens aussi une grande fierté de me réclamer de la trempe spirituelle de la filière Locke et de cette longue lignée anglaise, qui lie sur le plan intellectuel et humain les uns aux autres, et dont les noms sont énumérés dans la deuxième partie. Sans être le plus sage, Locke était néanmoins le plus véridique des hommes. Sans être le plus affable, il était néanmoins le plus singulier et le plus attachant. Sans être le plus pratique, il possédait néanmoins une conscience sociale des plus pures. Sans posséder un génie artistique élevé, il possédait néanmoins un esprit ayant réalisé les exploits les plus solides et les plus sincères dans un grand nombre de champs parcourus par l'esprit humain. »*

Cette citation faisant l'éloge des Anglais décédés, Locke, Villiers et autres dans la longue lignée anglaise, est suivie de façon inexplicable par une attaque contre les communistes et le respect qu'ils portent à leurs héros, dirigeants et idéologues.

« Tous partis politiques confondus trouvent leur origine dans les idées du passé et non dans des idées nouvelles – et cela est évident lorsqu'il s'agit des marxistes. »*

Comment peut-on trouver des origines dans des idées nouvelles ? Il s'agit de développer les idées qui correspondent aux conditions d'aujourd'hui, ce qui requiert une analyse concrète des conditions concrètes. Les personnalités modernes ne rejettent pas leur origines qu'ils retracent dans les luttes et les théories de la classe ouvrière partout où le peuple a fait une contribution, y inclus la pensée ancienne de civilisations passées. Les personnalités modernes ne sont pas d'une telle arrogance qu'elles prétendent pouvoir définir le présent sans le passé qu'on trouve dans les luttes et la pensée d'individus qui les ont précédées et qui ont fait progresser la civilisation vers ce qu'elle est aujourd'hui. Il ne s'agit pas, par contre, de s'attarder au passé et sur l'ancienne pensée dans le but de les transformer en dogme ou en icône, mais de transformer les conditions sociales du présent et de donner naissance à une pensée nouvelle. C'est ce que Lénine a fait en créant le parti léniniste de type nouveau, lequel était qualitativement différent des organisations ouvrières créées par Karl Marx et Frédérich Engels au cours du dix-neuvième siècle. Et c'est ce qu'a fait Hardial Bains dans les conditions de trahison de la voie léniniste établie par la Révolution d'octobre. Et il en va ainsi du PCC(M-L) qui se renouvelle constamment afin d'affronter comme il se doit les conditions contemporaines qui sont, elles aussi, en état constant de changement, de développement et de mouvement.

Citation provenant de Théorie générale de l'emploi, l'intérêt et la monnaie (1935)

« L'essentiel de l'oeuvre de Gesell est écrit en termes pausés et scientifiques, bien qu'elle soit imprégnée d'un dévouement plus passionné et plus émotionnel envers la justice sociale qu'on ne prête généralement à un académicien. Je crois que l'avenir saura bénéficier davantage de l'esprit de Gesell que de celui de Marx. »*

On peut trouver à Wikipédia la note suivante sur Silvio Gesell (1862-1930), pour qui Keynes entretenait une admiration sans bornes : « Gesell fondait ses pensées économiques sur l'intérêt personnel des individus. Pour lui, c'était une motivation naturelle et saine pour agir, qui permet à l'individu de viser à satisfaire à ses besoins et d'être productif. Le système économique doit faire justice à cette précondition, sans quoi le système serait inévitablement un échec. C'est pourquoi Gesell disait de la proposition de son système économique qu'il était ‘naturel'. Cette prise de position le plaça diamétralement en opposition à Karl Marx, qui demandait un changement dans les conditions sociales.

« Tenant compte du facteur égoïste, Gesell prônait une compétition équitable en affaires y incluant des chances égales pour tous, c'est-à-dire, la fin de tous privilèges légaux et héréditaires. »*

Cette admiration de la part de Keynes pour Gesell reflète la contradiction des économistes de l'époque du capitalisme naissant qui avaient toujours un attachement à la période précédente. Cette contradiction fut résolue par le néolibéralisme, qui reconnaît l'entière adhésion au droit de monopole sur le droit public et la fin de toutes illusions qu'un individu pourrait entretenir sur un retour possible ou même désirable du capitalisme prémonopoliste.

Citation provenant de John Kenneth Galbraith, The Age of Uncertainty

« Keynes n'a jamais cherché à transformer le monde , ni fut-il poussé par une quelconque insatisfaction ou par un mécontentement personnels. Marx a proclamé que la bourgeoisie paierait pour la pauvreté et les furoncles qu'elle lui faisait souffrir. Keynes n'a connu ni la pauvreté ni les furoncles. Pour lui, le monde était excellent. » (Chapitre 7, p. 198)*

Pour un marxiste, dont Marx était le premier mais non pas le dernier, le monde existe sur une base objective et subjective tel quel, ni plus ni moins. Les marxistes, de même que les non marxistes, naissent dans un monde qui n'est pas de leur cru. Les marxistes acceptent le monde tel qu'il est, analysent ses contradictions et se mettent en action avec d'autres pour le changer. Lors d'une réunion publique dont l'orateur était le camarade Bains, un individu s'est levé en proclamant que Hardial irait brûler en enfer pour son communisme et pour son athéisme. Le camarade Bains a répondu, de façon calme mais résolue, que s'il se retrouvait en enfer après sa mort, il se fixerait immédiatement la tâche d'organiser, avec les autres aux prises avec la même situation que lui, pour « renverser le diable » !

En grande partie, l'insatisfaction et le mécontentement éprouvés par la classe ouvrière viennent d'un sentiment d'impuissance. Dès que les travailleurs refusent d'être des victimes et des spectateurs face à leur propre mauvais traitement et condition de classe, et qu'ils s'unissent et s'organisent avec d'autres de leur classe pour changer les conditions sociales, l'insatisfaction et le mécontentement qu'ils ont pu ressentir sont submergés par un esprit de solidarité sociale et par la conviction que les travailleurs et leurs alliés s'organisent et marchent de l'avant pour résoudre les problèmes du monde réel, les problèmes qui sont à la base de leur insatisfaction et de leur mécontentement. La solidarité sociale inspire même les gens les plus opprimés à être courageux face à leurs difficultés. Pour des personnalités modernes, le monde est un excellent et bel endroit où il fait bon vivre, en dépit des « furoncles ».

Wikipédia écrit : « Le Groupe de Bloomsbury était un groupe d'écrivains, d'intellectuels et d'artistes qui ont tenu des discussions informelles à Bloomsbury (au centre de Londres) tout au long du vingtième siècle... Leur oeuvre a profondément influencé la littérature, l'esthétique, la critique, l'économie ainsi que les attitudes modernes envers le féminisme, le pacifisme et la sexualité. Ses membres les plus connus étaient Virginia Woolf, John Maynard Keynes, E.M. Forster et Lytton Strachey. »*

Quentin Bell, dans son livre, Virginia Woolf, une biographie (Hogarth Press, 1972, p.177), cite Keynes. Le biographe, Bell, fait part d'une anecdote impliquant Virginia Woolf, Keynes et T.S. Eliot, qui discutaient de religion lors d'un souper, dans le contexte de leur lutte contre la moralité victorienne de l'époque.

« À la fin du dit souper, un incident rappela à Keynes ‘son thème préféré', et il a fait un commentaire à l'effet que ‘la jeunesse n'avait aucune religion sauf le communisme et qu'aucune religion aurait été préférable'. Le marxisme ‘était fondé sur rien de moins qu'un malentendu de Ricardo', et qu'éventuellement, lui, Keynes, ‘traiterait une fois pour toutes de la question des marxistes et d'autres économistes, afin de résoudre les problèmes économiques que leurs théories allaient sans doute occasionner ».*

Les problèmes économiques que les marxistes menacent d'occasionner sont ceux selon lesquels les véritables producteurs réaffirment leur droit de contrôler la direction de l'économie. Ils sont parfaitement capables de trouver leur chemin à travers les difficultés occasionnées par leurs affirmations en tant que véritables producteurs. En partie, cela veut dire qu'ils devront rejeter la thèse de Keynes et d'autres intellectuels centrés sur le capital à l'effet que les travailleurs sont un coût de production ; ils devront être les premiers à réclamer le produit social en tant que véritables producteurs ainsi que la satisfaction des réclamations de la société par le biais du gouvernement avant celles des propriétaires du capital et de leurs serviteurs ; ils devront graduellement éliminer les réclamations du capital une fois pour toutes. Les travailleurs acceptent avec sérénité le défi de surmonter les difficultés que ces mesures pourraient occasionner. Essayer de les impressionner en brandissant le fantôme de Keynes ne les fera pas déroger.

Note : une brève biographie de John Maynard Keynes (1883-1946) est disponible sur Wikipédia et on y trouve certains détails concernant ses origines de classe, son éducation et sa vie publique au service de l'Empire britannique.

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