Le Marxiste-Léniniste

Numéro 193 - 24 décembre 2010

L'agenda Harper et la Loi sur Investissement Canada

Quelle économie? Notre économie!
Qui décide? Nous décidons!

L'agenda Harper et la Loi sur Investissement Canada
Quelle économie? Notre économie! Qui décide? Nous décidons!
Pour une nouvelle Loi sur Investissement Canada - Document du Centre ouvrier

À titre d'information
Histoire et mandat d'Investissement Canada et la Loi sur Investissement Canada
La définition d'un «avantage net» selon la Loi sur Investissement Canada

Accueil | Archives | English

L'agenda Harper et la Loi sur Investissement Canada

Quelle économie? Notre économie!
Qui décide? Nous décidons!

Le 16 novembre, la Chambre des communes a adopté à l'unanimité une motion présentée par le NPD appelant le gouvernement à agir immédiatement pour amender la Loi sur Investissement Canada. La motion demande la tenue de consultations publiques durant l'examen en commission parlementaire ainsi que la divulgation complète des engagements pris par les entreprises, comme condition pour une acquisition d'entreprise canadienne. Un porte-parole du ministère de l'Industrie a dit que le vote signifiait que le gouvernement Harper « est ouvert à la discussion concernant des modifications à la loi ». Le ministre Tony Clement a par la suite déclaré que si le gouvernement décidait de revoir la Loi sur Investissement Canada, il tiendrait compte des recommandations d'un comité parlementaire.

Ces déclarations cachent ce que le gouvernement fait déjà en pratique. Les amendements à la loi contenus dans le budget 2009 instituaient d'autres conditions nécessaires pour qu'une acquisition fasse forcément l'objet d'un examen. Et dans le Discours du trône de mars 2010, qui ajoutait encore des conditions, on apprenait que le gouvernement a l'intention d'« ouvrir davantage le Canada au capital de risque et à l'investissement étranger dans les secteurs clés », notamment ceux des télécommunications et de l'uranium. Ces changements ont tous été proposés par le Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence créé par le gouvernement Harper. Celui-ci recommandait même que le critère d'« avantage net » pour le Canada soit abandonné et que ce soit au gouvernement de prouver qu'un investissement n'est pas dans l'intérêt national du Canada, ou que c'est une question de « sécurité nationale ».

La Loi sur Investissement Canada a été adoptée pour déclarer que le Canada est « ouvert aux affaires » et que le but de la société canadienne est de rendre les monopoles concurrentiels pour qu'ils puissent être gagnants au pays et à l'étranger. L'avantage inhérent de l'investissement étranger (c'est-à-dire de l'acquisition étrangère) est présenté comme un dogme à ne pas remettre en question. Voici ce que disait John Manley, le président du Conseil canadien des chefs d'entreprises, au sujet de l'acquisition possible de la société Potash Corp : « Les Canadiens, par la voie de leur parlement, ont décidé il y a longtemps que l'investissement étranger est une bonne chose pour notre pays. Cette position a été défendue par tous les gouvernements qui se sont succédés depuis les années 1980 et a mené à l'adoption de la Loi sur Investissement Canada qui, dans l'ensemble, est favorable aux investissements dans les entreprises canadiennes. »

Le but de la loi n'est pas de garantir que les Canadiens puissent exercer un contrôle souverain et public sur leur économie. Son point de départ n'est pas que les Canadiens doivent s'atteler à la tâche de bâtir une économie qui suffit à ses besoins, qui répond aux besoins de sa population et qui pratique le commerce avec d'autres pays sur la base de l'avantage réciproque. Bien au contraire, elle est issue des politiques de la mondialisation néolibérale dans laquelle le plus fort écrase le plus faible, le Canada est « ouvert aux affaires » et aux acquisitions par les monopoles étrangers et les entreprises canadiennes rivalisent pour le contrôle et la domination de pays et de peuples étrangers. Le gouvernement Harper est même prêt à éliminer la condition d'un « avantage net » pour le Canada.

Le ministre de l'Industrie semble croire que son rôle est de déguiser le loup en bienveillante grand-mère. « Il n'y aurait pas eu d'acheteur, il n'y aurait pas eu d'emploi, il n'y aurait pas eu de capitaux à investir, il n'y aurait pas eu d'employeur, a dit Tony Clement aux travailleurs de Vale et à la population de Sudbury. C'était la Vallée de la Mort pour Sudbury. »

Mais les travailleurs tirent leurs propres conclusions de la série d'acquisitions étrangères qu'a connues le Canada ces dernières années, comme celles par US Steel, Vale, Xstrata et Rio Tinto. En Saskatchewan, les gens ont dit Non ! à l'acquisition de la société Potash Corp par le monopole BHP Bulliton. Les travailleurs et les communautés résistent aux dictateurs étrangers qui détruisent leurs industries et communautés et ils résistent aux demandes arrogantes de concessions des monopoles. Ils ne veulent plus d'ententes secrètes lors d'acquisitions et ils veulent que le gouvernement oblige les monopoles étrangers à respecter leurs engagements. Ils défendent leurs droits, ceux des retraités qui sont venus avant eux et ceux de la jeune génération de travailleurs. Partout au Canada les citoyens demandent que cesse l'exportation des ressources brutes, comme les billots et le bitume, et qu'on arrête la destruction du secteur manufacturier.

La question « qui décide » revêt une importance décisive. C'est le contrôle public et souverain de notre économie et de notre pays qui est en jeu. Nous pouvons décider si un investissement sert notre projet d'édification nationale et le refuser s'il contribue à la destruction du secteur manufacturier et la braderie de nos ressources. Nous pouvons établir une conception moderne de l'« investissement au Canada » suivant un projet d'édification nationale.

Haut de page


Pour une nouvelle Loi sur Investissement Canada

L'investissement étranger doit être à l'avantage
réciproque du Canada et de l'investisseur.


Photo d'archive: Les travailleurs de Vale Inco de Sudbury et d'autres groupes de travailleurs sur la
colline parlementaire à Ottawa le 27 mai 2010 pour exiger des amendements à la Loi sur Investissement Canada.

Le ministre de l'Industrie Tony Clement a reporté au printemps prochain la modification de la Loi sur Investissement Canada (LIC). Il est important pour la classe ouvrière et ses alliés de discuter des changements proposés. Les règles sur l'investissement étranger sont un élément important de l'affirmation de la souveraineté du Canada. La souveraineté réelle est axée sur le contrôle de l'économie, des affaires politiques et du mode de vie. Pour s'acquitter de son devoir de souveraineté envers l'investissement étranger, le Canada doit, entre autres, exercer un contrôle réel sur toute la durée de cet investissement.

Les monopoles mondiaux investissent au Canada pour faire de l'argent. Ils ne le font pas pour développer l'économie ou pour améliorer le sort des Canadiens. Ce n'est pas un reproche, mais un constat objectif de la situation dans le monde quand lequel nous vivons. La responsabilité sociale du gouvernement est de s'assurer que ces investissements bénéficient aux Canadiens et à leur économie. Les monopoles mondiaux ne vont pas s'en charger, ce n'est pas leur préoccupation. En fait, leur bénéfice et le nôtre expriment deux opposés réunis dans un rapport social. Les monopoles ont une responsabilité envers les propriétaires de leur capital, la responsabilité de voir à ce que l'investissement profite aux investisseurs. C'est un objectif qu'on peut caractériser comme étant étroit. Le gouvernement canadien, lui, a une responsabilité envers les Canadiens et la société, la responsabilité de voir à ce que l'investissement profite à la population, à l'économie et à l'intérêt général de la société. C'est un objectif qu'on peut caractériser comme étant général. Dans les conditions actuelles, les deux ne sont pas forcément mutuellement exclusifs. Sinon à quoi servirait l'investissement étranger ? L'unité des deux aspects dans le rapport social exige des arrangements qui soient à l'avantage réciproque. L'opposition des deux aspects exige que la contradiction du rapport social soit résolue par la création d'une situation nouvelle où l'investissement étranger n'est pas nécessaire.

La réforme de la LIC requiert l'établissement d'un cadre légal, d'une autorité qui permet au gouvernement d'assumer sa responsabilité sociale de garantir que l'investissement profite aux Canadiens et à leur économie, et d'établir un certain objectif commun entre l'intérêt général et l'intérêt étroit de l'investissement étranger. Sinon l'intérêt général, le droit public, est constamment supplanté par l'intérêt étroit du droit de monopole, parce qu'avec leur position dominante les monopoles écrasent tout sur leur passage s'ils ne sont pas restreints par des lois et une autorité du droit public, et par une Opposition ouvrière organisée et effective.

L'avantage général du droit public contre l'avantage étroit du droit de monopole

Dans la mondialisation néolibérale, la tendance est que les gouvernements n'agissent pas pour le compte de leurs citoyens et ne s'assurent pas que l'intérêt étranger profite à l'intérêt général du pays. Le ministre de l'Industrie n'a laissé aucun doute à ce sujet quand il a dit à Hamilton concernant l'acquisition de Stelco par US Steel qu'une fois écoulées les trois années couvertes par la LIC, le monopole américain est libre de faire ce qu'il veut de l'aciérie. La loi devrait interdire à un ministre de dire des choses pareilles, car c'est un reniement de la responsabilité sociale du gouvernement de défendre les Canadiens et leur économie et de s'assurer que l'investissement étranger de US Steel apporte un avantage net au Canada suivant un arrangement avec l'intérêt étroit du droit de monopole.

Le gouvernement abdique sa responsabilité sociale de défendre le droit public. Une réforme de la LIC doit forcer les gouvernements à s'acquitter de leur responsabilité sociale de voir à ce que les Canadiens tirent un avantage général de l'investissement étranger pour toute sa durée, surtout quand il arrive à sa fin. Laissés à eux-mêmes, les monopoles mondiaux ne permettent pas que le pays hôte tire un avantage général de l'investissement. Les règles du néolibéralisme sont très claires : le droit de monopole et l'avantage étroit de l'investisseur ont préséance sur le droit public et sur l'avantage général pour la population, l'économie et la société.

Quels éléments doivent être nécessairement présents pour qu'un Canada souverain tire un avantage général de l'investissement étranger dans les conditions d'aujourd'hui ? En voici quelques-uns.

Premièrement, les salaires, les avantages sociaux et les pensions doivent être suffisamment élevés pour répondre à un niveau de vie établi (qui s'élève dans les pays en voie de développement) et pour permettre à l'économie locale de fonctionner et de bien assurer la circulation des biens et services. La réclamation des travailleurs au produit qu'ils créent par leur travail ou aux services qu'ils prodiguent entre en conflit direct avec la réclamation des monopoles mondiaux, qui est généralement retirée de l'économie et distribuée à des investisseurs étrangers. Le conflit entre les réclamations à la valeur ajoutée que produisent les Canadiens ou rendue disponible par les services qu'ils prodiguent montre la nécessité d'une négociation de bonne foi entre le collectif des travailleurs et le monopole pour trouver un arrangement acceptable pouvant être considéré comme étant à l'avantage réciproque. Si les monopoles se servent de leur position dominante pour imposer un arrangement qui sert uniquement leur réclamation à la valeur ajoutée, au détriment de la réclamation juste et nécessaire des travailleurs, alors l'investissement étranger n'est pas à l'avantage du Canada. Un gouvernement armé de l'autorité d'une nouvelle LIC doit intervenir et s'assurer que la position de force du monopole mondial ne supplante pas les réclamations des travailleurs canadiens à la valeur ajoutée sous forme de salaires, d'avantages sociaux et de pensions. Si le monopole mondial refuse de permettre aux travailleurs de tirer un avantage général, qui leur est acceptable et qui permet à l'économie de circuler les biens et services, et choisit plutôt de dicter la quantité de valeur ajoutée qu'il retire de l'économie, alors l'investissement étranger doit être déclaré comme n'étant d'aucun avantage pour le Canada.

Deuxièmement, un pays souverain doit pouvoir tirer de l'investissement étranger un revenu suffisant pour soutenir les programmes sociaux, les services publics, l'infrastructure et l'intérêt général de la société. La réclamation au revenu de l'entreprise doit être suffisante et proportionnelle à la réclamation aux revenus des autres entreprises. Cette condition entre encore une fois en contradiction avec la mondialisation néolibérale et l'intérêt étroit des monopoles étrangers. Le principe d'un avantage général pour le pays souverain par une réclamation suffisante du gouvernement aux revenus de l'investissement étranger doit être incorporé à la LIC et les investisseurs étrangers doivent en être avertis. Le pourcentage de cette réclamation, qui est proportionnellement répartie à toutes les entreprises, doit être négocié sur la base de l'avantage réciproque en tenant compte de la composition du capital investi et de la capacité des travailleurs à générer des revenus. Si le monopole mondial refuse de cet avantage au Canada sous forme d'une réclamation suffisante du gouvernement aux revenus de l'investissement, suffisante pour que le pays souverain puisse répondre à ses besoins et à l'intérêt général de la société, alors l'investissement étranger est considéré comme n'étant d'aucun avantage pour le Canada.

Troisièmement, la LIC doit autoriser une enquête et l'évaluation de la qualité de l'investissement étranger. Encore une fois, la question est de savoir si un Canada souverain en retirera un avantage général ou tout simplement un avantage étroit pour un petit groupe de propriétaires d'une entreprise établie. Par exemple, la prise de contrôle de Stelco par US Steel et la saisie d'Inco par Vale ont impliqué le transfert de capitaux d'un groupe de propriétaires de capitaux à un autre groupe, de manière à concentrer la propriété dans un monopole toujours plus mondial. Les capitaux ont afflué de US Steel et Vale vers un petit groupe d'investisseurs pour servir leurs intérêts étroits, mais pas les intérêts généraux d'un Canada souverain. Cette forme de concentration du capital ne constitue pas un investissement et n'apporte aucun avantage au sens général. Les investissements étrangers dans les entreprises qui traversent des difficultés ou ferment boutique ou des investissements dans des projets Greenfield peuvent apporter un avantage général, mais chaque cas doit être examiné et évalué.

Quatrièmement, les investissements étrangers doivent être avantageux pour l'économie locale et nationale dans le sens d'ajouter à sa diversité, à sa capacité de suffire à ses besoins et ne pas devenir un boulet ou un obstacle dans l'établissement d'une économie dynamique durable dans toutes les régions. Selon les termes de la LIC, un monopole mondial doit utiliser une partie de son chiffre d'affaires obtenu au Canada pour réinvestir dans l'entreprise (la reproduction élargie) et pour l'utiliser afin de renforcer l'économie locale et nationale ainsi que sa diversité et son autosuffisance. Cela est particulièrement important en ce qui concerne les investissements étrangers dans le secteur de l'extraction des ressources. Une partie des recettes provenant de l'extraction des ressources doit être investie dans l'économie locale et nationale pour renforcer et développer le raffinage et la fabrication. Encore une fois, cela doit être un aspect important de la LIC, où les gouvernements locaux et nationaux ont le pouvoir de discuter de la façon dont cet avantage au sens général doit être réalisé. Le problème ici est que la richesse ne doit pas quitter le pays comme cela se passe maintenant.

Cinquièmement, les questions importantes de la tarification et de l'acquisition de fournitures et tous les coûts de production ont un impact important sur la viabilité de l'économie locale et nationale et doivent être soumises à la discussion publique et à la négociation, aboutissant à des décisions qui sont d'un avantage réciproque. Le but ici est que l'investissement étranger ne doit pas devenir un instrument pour détruire les fournisseurs locaux et nationaux, mais être celui qui développe leurs capacités et renforce la diversité et l'autosuffisance de l'économie locale et nationale. Des accords sur les prix et l'acquisition de fournitures et tous les coûts de production doivent créer un avantage général pour le Canada et trouver une façon d'être un avantage réciproque pour l'investisseur étranger.

Sixièmement, la LIC doit s'appliquer à tous les investissements étrangers non seulement aux nouveaux investissements. Tous les investissements étrangers doivent être revus en vertu de la loi : les monopoles étrangers et le Parlement doivent présenter des rapports annuels qui évaluent le respect des obligations des monopoles étrangers et la responsabilité sociale du Parlement. Cette procédure doit prévoir la tenue d'audiences publiques, notamment dans les régions directement concernées afin que les travailleurs, leurs collectifs et leurs alliés puissent donner leur point de vue.

Dans ce contexte d'un examen constant, il est également important de considérer ces entreprises existantes contrôlées à l'étranger qui souhaitent retirer leurs capitaux du Canada ou liquider leur entreprise. Ce sont des questions très préoccupantes en cette période de destruction nationale par le démantèlement de la capacité manufacturière, des services publics et des programmes sociaux. Le retrait des capitaux ou la réduction des opérations commerciales doivent également être régis par la LIC et faire l'objet de discussions publiques et de restrictions. Il convient de préciser que le retrait de capitaux ou de la capacité productive du Canada soit soumis à de sévères restrictions. Aucune machinerie ou autres formes de capitaux ne doivent être autorisées à quitter le pays comme c'est le cas avec la fermeture de l'usine Electrolux au Québec.

La LIC doit avoir le pouvoir d'exiger que les produits industriels en particulier, s'ils sont destinés à être vendus au Canada, doivent être produits en quantités égales par les travailleurs canadiens. Cela aura un impact dans des situations extrêmes comme ce fut le cas avec la fermeture par le monopole John Deer de ses installations de production au Canada, tout en ayant le droit de monopole de vendre ses machines au pays. Cela doit être proscrit par la loi.

Haut de page


À titre d'information

Histoire et mandat d'Investissement Canada
et la Loi sur Investissement Canada

En 1973, le gouvernement Trudeau a créé l'Agence d'examen de l'investissement étranger (AEIE). L'agence a commencé en avril 1974 à examiner les acquisitions étrangères d'entreprises canadiennes et, en octobre 1975, la création de nouvelles entreprises étrangères. Son objectif déclaré était de restreindre l'investissement étranger au Canada à ce qui est un « avantage notable » à l'économie. En 1981, le gouvernement a indiqué qu'il était prêt à apporter des modifications à la loi pour obliger les sociétés étrangères au Canada à orienter leurs activités plus vers la compétitivité sur les marchés à l'étranger. L'administration Reagan a soulevé de fortes objections et cette proposition a été abandonnée.

L'AEIE a pris les facteurs suivants en considération : l'effet de l'investissement sur l'emploi et l'activité économique au Canada, l'effet sur la productivité canadienne, le développement technologique et la variété des produits, le degré de participation du Canada dans la gestion, l'effet sur la concurrence et la compatibilité de l'investissement avec les politiques nationales. L'AEIE a approuvé la grande majorité des prises de contrôle étrangères qui l'ont précédée, bien que les monopoles se sont plaints que les approbations ont pris trop de temps.

En 1984, le gouvernement Mulroney a révisé le mandat de la loi afin de promouvoir explicitement et encourager l'investissement étranger au Canada. C'est une déclaration que le Canada est « réceptif » au monde des affaires et que le gouvernement Mulroney va adopter une législation et d'autres instruments néolibéraux tels que l'Accord de libre-échange afin d'annexer le Canada au système impérialiste d'États sous la domination des États-Unis et de permettre au « droit » de monopole de supplanter le droit public. C'est le même message qui a été répété avec le changement du nom de l'agence pour celui d'Investissement Canada et son slogan « Investir au Canada ». La Loi sur Investissement Canada est entrée en vigueur en 1989.

Avec la nouvelle loi, un « avantage notable » a été changé en un « avantage net ». De 1989 à 2008, tous les 1529 examens effectués par le gouvernement ont mené à l'approbation de l'investissement. La première prise de contrôle étrangère qui s'est avérée ne pas être un « avantage net pour Canada » a été la vente de la division spatiale de MacDonald Dettweiler and Associates (MDA) au fabricant d'armes Alliant Techsystems basé à Minneapolis, pour 13 milliards $. MDA a construit le bras canadien et plus récemment le satellite Radarsat 2, largement financé par l'Agence spatiale canadienne et utilisé pour la surveillance de l'Arctique. Le gouvernement Harper a empêché la prise de contrôle en 2008. La décision de refuser la prise de contrôle de Potash Corp par BHP Billiton a été la deuxième fois qu'une prise de contrôle étrangère a été réputée ne pas être un avantage net au Canada.

En 2007, le gouvernement Harper a établi un Groupe d'étude sur la politique de la concurrence composé de pdg et anciens pdg de monopoles tels que Bell, Air Canada et Canadian Natural Resources Ltd. Le comité a remis son rapport en 2008. Le gouvernement Harper a commencé en 2009 à mettre en oeuvre les recommandations du groupe alors que plusieurs modifications ont été annexées à la loi d'exécution du budget. Le but de la loi se lit maintenant comme suit :

« Étant donné les avantages que retire le Canada d'une augmentation du capital et de l'essor de la technologie et compte tenu de l'importance de préserver la sécurité nationale, la présente loi vise à instituer un mécanisme d'examen des investissements importants effectués au Canada par des non-Canadiens de manière à encourager les investissements au Canada et à contribuer à la croissance de l'économie et à la création d'emplois, de même qu'un mécanisme d'examen des investissements effectués au Canada par des non-Canadiens et susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale. »

En vertu des modifications, le seuil d'examen a été porté durant les quatre ans de 299 millions $ à 1 milliard $. L'étalon de mesure a été changé de l'actif brut à la valeur d'une entreprise. Le seuil s'applique également à la production d'uranium, au transport et au secteur financier qui avaient auparavant des seuils inférieurs aux fins d'examen. L'augmentation du seuil n'a pas été appliquée parce que le gouvernement n'a pas publié les règlements concernant la manière dont « la valeur d'une entreprise » sera calculée.

Un examen de la sécurité nationale a été établi, autorisant un examen de tout placement qui « pourrait être préjudiciable à la sécurité nationale », quelle que soit la taille de la transaction. « La sécurité nationale » n'est pas définie. Tout investissement peut être bloqué par décision du Cabinet pour des raisons de sécurité nationale.

Les prises de contrôle étrangères dans le domaine culturel sont sujettes à révision par le ministre du Patrimoine canadien. Depuis 1999, 98 demandes ont été approuvées et trois ont été rejetées.

Dans le discours du Trône du 3 mars 2010, Stephen Harper a indiqué qu'il allait procéder à d'autres modifications à la loi, suivant les recommandations de la commission d'examen. On lira dans le discours du Trône :

« Notre gouvernement ouvrira davantage le Canada au capital de risque et à l'investissement étranger dans les secteurs clés, notamment ceux des satellites et des télécommunications, donnant ainsi aux entreprises canadiennes un accès aux fonds et à l'expertise dont elles ont besoin. Tout en protégeant la sécurité nationale, notre gouvernement veillera à ce qu'aucun règlement inutile ne nuise à la croissance de l'industrie canadienne de l'extraction minière de l'uranium en soumettant indûment l'investissement étranger à des restrictions. De plus, notre gouvernement accroîtra ses efforts visant à promouvoir l'investissement dans les marchés clés. »

Haut de page


La définition d'un «avantage net» selon
la Loi sur Investissement Canada

Dans les années 1970, la Loi sur l'examen de l'investissement étranger, édictée par Pierre Trudeau, déclarait que l'investissement (soit une prise de contrôle par un monopole étranger) doit comporter des avantages substantiels pour le Canada. Lorsque Brian Mulroney a déclaré que le Canada était « réceptif » au monde des affaires, les critères d'homologation d'une prise de contrôle étrangère ont été changés pour celui de « l'avantage net du Canada ».

La Loi sur Investissement Canada définit le terme « avantage net » comme suit :

Pour déterminer si un investissement est un « avantage net », le ministre tiendra compte des facteurs suivants :

1. l'effet de l'investissement sur le niveau et la nature de l'activité économique au Canada, notamment sur l'emploi, la transformation des ressources, l'utilisation de pièces et d'éléments produits et de services rendus au Canada et sur les exportations canadiennes ;

2. l'étendue et l'importance de la participation de Canadiens dans l'entreprise canadienne ou la nouvelle entreprise canadienne en question et dans le secteur industriel canadien dont cette entreprise ou cette nouvelle entreprise fait ou ferait partie ;

3. l'effet de l'investissement sur la productivité, le rendement industriel, le progrès technologique, la création de produits nouveaux et la diversité des produits au Canada ;

4. l'effet de l'investissement sur la concurrence dans un ou plusieurs secteurs industriels au Canada ;

5. la compatibilité de l'investissement avec les politiques nationales en matière industrielle, économique et culturelle, et

6. la contribution de l'investissement à la compétitivité canadienne sur les marchés mondiaux.

À première vue, un « avantage net » semble comporter un engagement à maintenir les emplois et à transformer les ressources. Comment cela peut-il être réconcilié avec le démantèlement de la base manufacturière du Canada, les fermetures des entreprises et des secteurs entiers de l'économie et le refus des monopoles de transformer les ressources au Canada, suite à des prises de contrôle étrangères ?

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca