Le Marxiste-Léniniste

Numéro 191 - 17 décembre 2010

Hamilton, Ontario

Le monopole de l'acier abuse de sa position dominante: US Steel est-il coupable d'extorsion?

Hamilton, Ontario
Le monopole de l'acier abuse de sa position dominante: US Steel est-il coupable d'extorsion?

Contrecoeur, Québec
Le laminoir à poutrelles est plus nécessaire que jamais
Les travailleurs exigent qu'ArcelorMittal respecte son engagement - Entrevue: Claude Langlois, président de la section 6586 du Syndicat des métallos

Thompson, Manitoba
On ne doit pas permettre à Vale de fermer la fonderie et raffinerie de nickel

Chili: Le sauvetage des 33 mineurs de San José
L'euphorie qui masque l'exploitation continue par les gouvernements et entreprises - Correspondant du Marxiste-Léniniste

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Hamilton, Ontario

Le monopole de l'acier abuse de sa position dominante: US Steel est-il coupable d'extorsion?

La section locale 1005 du syndicat des Métallos, dont les 900 membres ont été mis en lockout par US Steel le 7 novembre, accuse la compagnie de ne pas négocier de bonne foi. Une résolution adoptée par le Conseil municipal de Hamilton parle aussi des « tactiques d'intimidation » qu'utilise US Steel pour forcer les travailleurs à se soumettre à son diktat. En fait, au lieu de négocier de bonne foi pour obtenir un résultat à l'avantage réciproque, US Steel abuse de sa position dominante pour faire chanter les travailleurs et les forcer à « accepter » le changement de leur régime de pension. Il veut que le syndicat abandonne l'indexation des pensions des 9 000 retraités, dont 3 000 gagnent entre 300 $ et 1000 $ par mois, dont 78 % sont des veuves, et renonce à un régime de pension à prestations déterminées pour les nouveaux employés. Bref, US Steel dit aux travailleurs que s'ils n'acceptent pas « volontairement » ces modifications, il peut très bien continuer de se servir de sa position dominante pour obtenir ce qu'il veut. N'est-ce pas une forme évidente de chantage ? Et le chantage n'est-il pas une forme d'extorsion criminelle ?

L'article 346 du Code criminel définit l'extorsion comme suit : « (1) Commet une extorsion quiconque, sans justification ou excuse raisonnable et avec l'intention d'obtenir quelque chose, par menaces, accusations ou violence, induit ou tente d'induire une personne, que ce soit ou non la personne menacée ou accusée, ou celle contre qui la violence est exercée, à accomplir ou à faire accomplir quelque chose. »

Une entreprise est une personne aux termes du droit commercial canadien. Si une personne comme US Steel tente d'induire quelqu'un à faire quelque chose, et le fait « par menaces, accusations ou violence », alors cette personne est coupable d'extorsion.

En mai dernier, US Steel a menacé le 1005 de priver ses membres de leur moyen de subsistance et de leurs avantages sociaux s'il n'acceptait pas les changements demandés au régime de pension. De la menace il est passé à l'acte : le 7 novembre la compagnie a mis les travailleurs en lockout sans même qu'il n'y ait eu vote de grève et même si les travailleurs disaient qu'ils voulaient continuer la production. Depuis le 8 novembre, US Steel a également suspendu l'assurance maladie, y compris pour les médicaments sur ordonnance, les soins médicaux, dentaires et optométristes, de même que les prestations d'assurance-vie et d'invalidité.

Le gain matériel que US Steel cherche à obtenir avec ces menaces et ces actions est l'exemption de ses obligations envers les pensions, obligations qu'il a assumées lorsqu'il a fait l'acquisition de Stelco en 2007. Ces obligations existent sous l'autorité du gouvernement de l'Ontario et ne se terminent pas avant le 31 décembre 2015. US Steel et son prédécesseur, Stelco, ont obtenu des gains matériaux du gouvernement en échange de l'acceptation de ces obligations : un prêt/subvention de 150 millions $ et un report de cinq à dix ans de l'échéance pour s'assurer que le fonds est solvable selon les pratiques comptables établies. US Steel veut maintenant revenir sur ses engagements. Il a forcé le syndicat de l'aciérie Stelco de Lake Erie, par un lockout de huit mois, à accepter les modifications au régime de retraite qu'il voulait et a pris cette « soumission » au gouvernement de l'Ontario comme « preuve » que même les métallos veulent changer le régime.

Maintenant il veut faire chanter le 1005 et le forcer à accepter la même chose. Et c'est particulièrement sinistre puisqu'il veut que les 900 métallos actifs décident d'une affaire qui concerne directement plus de 9 000 retraités et pas de manière immédiate ceux qui sont appelés à voter.

Le 1005 a dit depuis le début qu'il est disposé à discuter de bonne foi des problèmes relatifs au régime de retraite et d'en venir à une solution en conjonction avec le gouvernement de l'Ontario. Il a entre autres proposé de reporter jusqu'à la fin de 2015 l'échéance pour rétablir la solvabilité du régime sans pénalité. Il a également dit publiquement que les pensions sont un problème social, un problème auquel tout le pays doit s'adresser collectivement pour que tous les Canadiens aient droit à une retraite dans la dignité selon le niveau de vie établi durant leur période de travail. Si les compagnies veulent réellement contribuer à trouver une solution à ce problème social, elles doivent travailler en conjonction avec les gouvernements pour garantir une pension pour tous. C'est ce qui est exprimé dans le slogan que l'on voit maintenant sur le panneau-réclame à Hamilton : « Les métallos luttent pour la sécurité de tous à la retraite ! », ainsi que dans le mot d'ordre : « Défendons les pensions que nous avons, luttons pour des pensions pour tous ! »


Sur un grand panneau-réclame à Hamilton et sur les cartes postales utilisées pour recueillir des fonds pour
le 1005: «Les métallos luttent pour la sécurité de tous à la retraite! Défendons la dignité du travail!».

US Steel a refusé de prendre la voie de la négociation de bonne foi avec le 1005. Pour sa part le gouvernement de l'Ontario, qui a conclu une entente sur les pensions avec US Steel, affirme n'avoir pas de raison d'intervenir parce que US Steel n'a pas modifié l'entente. En d'autres mots, le gouvernement pense qu'il peut se croiser les bras devant les méthodes mafieuses de US Steel et s'en sauver parce que son rôle serait d'intervenir seulement si la compagnie ne respecte pas l'entente. Mais c'est sûr que la compagnie ne violera pas l'entente, sa tactique est de forcer le syndicat à le faire ! Et si jamais cette extorsion réussissait et que le syndicat « acceptait » de modifier le régime, le gouvernement pourrait prétendre qu'il n'a pas de raison d'intervenir pour défendre l'accord puisque les deux parties s'entendent pour le changer !

Quel principe de rapports de production et de démocratie le gouvernement de l'Ontario défend-il lorsque la méthode préférée des monopoles est d'obtenir des gains matériels par l'extorsion des travailleurs plutôt que de négocier de bonne foi avec les collectifs de travailleurs, sur la base de l'avantage réciproque ? Pour l'instant, l'entente conclue entre US Steel et le gouvernement de l'Ontario reste en vigueur jusqu'au 31 décembre 2015 et elle doit être respectée !

Toute la population de Hamilton et tout le Canada, pas seulement la section locale 1005 du syndicat des Métallos, s'opposent au refus des monopoles de négocier de bonne foi avec leurs employés. Il y a de plus en plus d'exemples où le diktat de monopole devient une forme d'extorsion basée sur la loi du plus fort. Cela ne doit pas passer !

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Contrecoeur, Québec

Le laminoir à poutrelles est
plus nécessaire que jamais

Les travailleurs de l'usine d'ArcelorMittal à Contrecoeur, l'ancienne Sidbec-Dosco, demandent toujours au géant de l'acier ArcelorMittal de construire un laminoir à poutrelles dans l'usine, lequel est promis depuis la fin de 2007. En décembre 2007, ArcelorMittal a annoncé le transfert de sa production en produits plats vers Dofasco, en Ontario, qu'elle venait juste d'englober dans son empire mondial. Elle a fermé deux laminoirs, causant la perte de 500 emplois. ArcelorMittal avait alors immédiatement annoncé à grand bruit la construction prochaine d'un laminoir à poutrelles, avec l'appui financier du gouvernement du Québec, qui devait entrer en opération d'ici la fin de 2010. Rien n'a été fait depuis et récemment la direction d'ArcelorMittal a semé le doute que le projet ne se réalise jamais. Elle ne se reconnaît aucune responsabilité sociale face aux travailleurs de l'acier et à leurs régions ou face à l'industrie de l'acier au Québec ou au Canada. Ses efforts pathétiques pour monter les travailleurs du Québec contre ceux de l'Ontario et vice-versa ne réussissent pas à cacher que les travailleurs ne comptent pas pour ces empires privés monopolistes. Seuls comptent leurs intérêts étroits qu'ils imposent partout où ils déploient leurs tentacules.


Photo d'archive: Les métallos de Contrecoeur manifestent pour un laminoir à poutrelles le 14 juin 2009.

Le Marxiste-Léniniste réitère son appui à la demande des travailleurs de Contrecoeur. Les travailleurs n'acceptent pas l'argument d'ArcelorMittal à l'effet que le laminoir ne peut être construit en raison de la soi-disant faible demande pour des poutrelles d'acier. Le marché était là en 2007 pour les produits plats et ArcelorMittal a tout de même fermé les deux laminoirs. La demande de poutrelles d'acier était là en 2007 selon ArcelorMittal, mais l'entreprise n'a rien fait.

C'est un argument pragmatique de la part du monopole pour nier sa responsabilité face aux travailleurs de Contrecoeur et bloquer le développement d'une économie diversifiée prosociale et souveraine dans laquelle le secteur de l'acier joue un rôle clé, au service de tous et non d'empires privés.

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Les travailleurs exigent qu'ArcelorMittal
respecte son engagement


LML : Quels sont les derniers développements dans la lutte que vous menez ?

Claude Langlois : Nous demandons toujours la construction du laminoir à poutrelles. Nous sommes en ce moment environ 600 travailleurs à l'usine. Nous produisons de la brame, de la billette et du fil machine et nous avons aussi une aciérie. Nous avons perdu environ 500 emplois en 2007 quand l'employeur ArcelorMittal a transféré sa production de produits plats à Dofasco et fermé les deux laminoirs. Nous avons tout fait à ce moment-là pour éviter des mises à pied et les 500 pertes d'emplois ont été couvertes par des bonifications à la retraite et des primes de séparation.

C'est à ce moment-là que l'employeur s'est engagé à construire un laminoir à poutrelles d'ici la fin de 2010 qui aurait créé quelque 200 emplois à temps plein. ArcelorMittal est allé dans tous les journaux pour clamer que le projet était quelque chose de certain, qu'il avait l'appui du gouvernement du Québec, etc. Nous on se demande si ce n'était pas plutôt une question de sauver leur image après ce qu'ils venaient de faire. Pour nous le projet était une façon de compenser partiellement pour les pertes d'emplois et aussi pour sauver la sidérurgie québécoise.

Comme je l'ai mentionné à plusieurs reprises, en ne se reconnaissant aucun engagement envers nous, ArcelorMittal va avoir tout simplement bénéficié de la privatisation effectuée sous le gouvernement de Robert Bourassa et de son ministre de l'Industrie et du Commerce de l'époque, Gérald Tremblay, sans avoir à consolider la sidérurgie au Québec. (L'entreprise publique québécoise Sidbec-Dosco a été vendue pour une bouchée de pain par le gouvernement du Québec en 1994 à Ispat International, le monopole qui est plus tard devenu ArcelorMittal – Note du LML), Les installations de Contrecoeur ont été profitables pour ArcelorMittal. Nous avons été sa porte d'entrée pour le continent nord-américain. Tout au long de notre histoire syndicale nous avons dû nous battre pour non seulement sauver des emplois mais aussi notre sidérurgie québécoise. Nous y croyons et nous allons continuer de nous battre.

C'est aussi une question pour nous de corriger la situation où ArcelorMittal n'a pas investi un sou dans la place même si, syndicalement, nous nous sommes toujours battus pour que l'entreprise fasse des investissements. ArcelorMittal nous dit que ça n'aurait pas de sens de ne pas utiliser les équipements de Dofasco qui sont beaucoup plus modernes et productifs, mais c'est la même compagnie qui pendant des années a refusé d'investir à Contrecoeur.

Nous avons mobilisé toute la communauté avec nous. Il faut comprendre qu'en plus de ces pertes d'emplois, nous avons été frappés durement par la crise économique, notamment par des mises à pied alors ce laminoir nous en avons besoin plus que jamais.

Nous avons récemment signé une nouvelle convention collective. Au moment de signer, nous avons demandé à l'employeur ce qu'il en est du projet de laminoir à poutrelles. Ils nous ont dit qu'ils n'ont aucun pouvoir de décider à ce sujet mais que c'est la maison-mère qui déciderait. Nous avons réussi à négocier une lettre d'entente par laquelle l'employeur s'engageait à faire une étude de marché. Durant la négociation, ArcelorMittal nous disait que le marché nord-américain des poutrelles était mauvais, mais nous ne voulions pas qu'il se lave les mains du projet. En plus de ça, le marché était là en 2007 et ils n'ont rien fait. Ils nous ont présenté cette étude en juillet 2010 et elle disait que le marché nord-américain ne reprendrait pas avant 2014-2015. Le projet a été mis sur la glace comme on dit. Nous, on ne lâche pas. C'est une promesse qu'ils doivent remplir, pour les emplois, pour la communauté et pour la sidérurgie québécoise.

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Thompson, Manitoba

On ne doit pas permettre à Vale de fermer
la fonderie et raffinerie de nickel

À Thompson au Manitoba se trouve un complexe d'extraction, de fonderie et de raffinage de nickel qui est situé sur un des grands dépôts de nickel du monde. Ce sont les travailleurs miniers et non le monopole Vale qui ont créé cette richesse productive par leur dur labeur sur la couronne de nickel de Thompson.

Les travailleurs canadiens et la société canadienne ont payé et construit toute l'infrastructure qui a rendu possible cette activité minière. On a construit des installations hydroélectriques pour Inco, le propriétaire avant Vale, et la compagnie s'est vue octroyer une garantie d'approvisionnement hydroélectricité à bas prix. Un service régional de téléphone a même été bâti pour Inco. Le Canadien National, qui était à l'époque une entreprise publique, a construit une ligne de chemin de fer qui se rend à la mine.

On a exempté Inco des taxes municipales. On l'a exemptée de toute responsabilité pour dommages causés à l'environnement ; on lui a octroyé des terrains à 1 dollar l'âcre et des droits sur la rivière Thompson et le lac Mystery sans aucun frais.

Les ressources minérales dont Inco et Vale ont tant profité sont elles aussi des ressources publiques et le gouvernement doit les gérer dans l'intérêt public. Selon des documents déposés en 2008 par l'Autorité américaine de régulation des marchés financiers, Vale possède 2974 ententes de location par le biais de sa filiale Mystery Lake Nickel Mines Limited. Les baux sont accordés par décret par le gouvernement provincial, lequel permet au locataire « d'explorer et d'extraire tous les minerais du sous-sol ». Les baux de Vale viennent à terme le premier avril 2013. Leur renouvellement est à la discrétion du gouvernement provincial.

Ces richesses appartiennent au Canada et Vale n'a pas le droit de les détruire. Malgré cela, Vale a fait savoir aux travailleurs et à la communauté de Thompson de même qu'à la province du Manitoba et au pays tout entier qu'elle va fermer la fonderie et la raffinerie en 2015. Il ne faut pas permettre que Vale détruise des installations productives de l'économie canadienne.

Les opérations de nickel de Thompson ont une énorme capacité productive. La société canadienne a été empêchée d'en tirer un plein avantage à cause des intérêts étroits des capitalistes financiers qui s'en sont historiquement appropriés. Cela doit cesser. On doit interdire à Vale de détruire les opérations de fonderie et de raffinage de Thompson et de priver les travailleurs et l'économie du Canada des bénéfices réalisés et potentiels de ce complexe.

Le gouvernement fédéral et le gouvernement du Manitoba doivent prendre leurs responsabilités et s'assurer que l'intérêt public va prévaloir sur les intérêts étroits de Vale et sur le diktat monopoliste.

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Chili: Le sauvetage des 33 mineurs de San José

L'euphorie qui masque l'exploitation continue
par les gouvernements et entreprises


Des mineurs secourus le 13 octobre 2010 (Xinhua)

Le 5 août, les Chiliens ont appris l'horrible nouvelle que 33 mineurs étaient pris au piège à 700 mètres sous la surface sous des tonnes de roche suite à un éboulement à la mine d'or et de cuivre de San José. Dix-sept jours plus tard, en grande partie grâce à leur persistance, leur expérience et leur force, on a pu établir le contact avec les mineurs pris au piège. Le gouvernement a rapidement exploité la grande joie ressentie par les Chiliens à cette bonne nouvelle et encore lors de leur éventuel sauvetage le 5 octobre pour dissimuler la cause véritable de l'accident.

Plusieurs leçons peuvent être tirées de cette quasi-tragédie. La première est que la classe ouvrière incarne elle-même la solidarité. Unis par des liens de loyauté et d'honneur, ces travailleurs ont été capables de surmonter les plus grands obstacles sans l'aide des propriétaires, qui se sont enfuis comme des rats quand ils ont appris l'effondrement de la mine. Au milieu de l'adversité, la classe ouvrière est capable de trouver ses repères et faire face collectivement aux difficultés que la nature impose. Les mineurs pris au piège se sont organisés, ont pris la responsabilité de veiller l'un sur l'autre et ont assuré leur propre survie, malgré le manque de ressources et des températures moyennes de plus de 30 degrés Celsius. Une autre leçon est qu'il est clair que la principale préoccupation des propriétaires de cette mine continue d'être les profits, sans jamais hésiter à exploiter les travailleurs et à piétiner leurs droits.

La San Estevan Mining Company est la propriétaire de la mine de taille moyenne de San José. Il s'agit d'une très vieille mine d'or et de cuivre, située dans le désert d'Atacama, le désert le plus aride du monde. Cette société fait des affaires depuis plus d'un demi-siècle et a amassé une grande fortune.

Pendant de nombreuses années, cette mine a été dénoncée comme étant dangereuse. Entre 2000 et 2004, les travailleurs ont fait plus d'une douzaine de réclamations auprès de différentes autorités gouvernementales dans le pays. La majorité de ces organismes publics n'ont pas agi pour protéger les travailleurs. Au lieu de cela, ils ont protégé les intérêts du capital. Il y a eu trois accidents mortels au cours des quatre dernières années et deux accidents qui ont entraîné l'amputation pour plusieurs travailleurs. L'éboulement du 5 août a été d'une telle ampleur qu'il a pratiquement détruit les galeries et les conduits d'accès de la mine.

Selon différents spécialistes, cette mine n'aurait jamais dû être rouverte en mai 2008 (elle a été fermée en 2007 en raison d'un décès). Toutefois, la compagnie minière a été en mesure de continuer ses opérations en raison du mépris pour la vie des gens par les autorités judiciaires et politiques. Il ressort également que pour augmenter leurs profits, les propriétaires ont agi de manière criminelle et irresponsable. Par exemple, en dépit du fait que la mine est creusée dans du roc instable, les propriétaires de la mine ont réduit le nombre de poutres de support. Cela a compris l'ordre de retirer des poutres qui se trouvaient dans le chemin des machines d'exploitation minière. À la suite de l'éboulement, les mineurs ont immédiatement essayé de s'échapper par les échelles dans le puits de ventilation qui est censé être la sortie de secours. Ils ont découvert qu'il y avait des échelles en partie seulement dans le puits, empêchant leur fuite. Plus tard, le puits s'est complètement effondré sans espoir de jamais pouvoir l'utiliser. Sans aucun doute, si la société minière s'était assurée que cette sortie de secours était en bon état, les mineurs auraient été en mesure de s'échapper en quelques heures.

Pourquoi ces travailleurs avec tant d'expérience travaillent dans cette mine dangereuse ? Parce que pour la plupart, il n'y a que des emplois précaires. Les gens sont souvent forcés de travailler dans des situations où les droits fondamentaux sont bafoués et où le droit constitutionnel à une journée de travail de huit heures est mis de côté. Des milliers de travailleurs doivent risquer leur vie dans de telles conditions dangereuses à cause de l'absence d'une alternative.

Cet effondrement n'est pas un événement imprévu et unique ; il est l'un des nombreux qui se produisent quotidiennement dans le pays. Il y a de soi- disant accidents dans presque tous les secteurs de l'économie et les travailleurs meurent en raison des pratiques peu scrupuleuses des propriétaires essayant de sauver de l'argent au détriment de la santé et la sécurité des travailleurs. À la suite de la déréglementation du code du travail, plus de travailleurs se blessent dans les secteurs de la construction, le transport, la fabrication et les services. Cela a commencé sous la dictature de Pinochet et s'est accru sous les gouvernements post-Pinochet qui ont facilité l'investissement étranger et n'ont pas établi de normes pour protéger les travailleurs.

L'activité minière occupe la place la plus importante dans l'économie chilienne. La production de cuivre a été nationalisée le 11 juillet 1971 sous le gouvernement de Salvador Allende. À cette époque, toutes les mines, qui comprennent certaines des plus grandes au monde, ont généré plus de 45 % du produit national brut. Pendant la dictature, le processus de privatisation a été lancé et aujourd'hui plus de 74 % de l'extraction de cuivre est entre des mains privées, avec des conditions généreuses offertes aux investisseurs étrangers. Faciliter des investissements étrangers exploiteurs a été la politique de tous les gouvernements post-dictature.

Durant l'euphorie suite au sauvetage de tous les mineurs pris au piège, le gouvernement de droite du président chilien José Piñera a cherché à créer dans son message une fausse impression quant à son humanisme et sa contribution à l'unité nationale. Rien n'est dit de la responsabilité criminelle des propriétaires qui ont déclaré faillite. Qui doit assumer la responsabilité pour le bien-être et le moyen de subsistance de tous les travailleurs et leurs familles qui ont été deux mois sans salaire ? Outre les 33 mineurs, rien n'est dit sur le fait qu'il y en a des centaines d'autres en attente de solutions et de rémunération. Rien n'est dit non plus au sujet des accidents subis par les autres mineurs chiliens en conséquence de ces politiques scandaleuses qui servent les entreprises privées qui tirent profit de l'exploitation la plus brutale.

Maintenant commence la campagne de désinformation pour cacher les véritables causes de cet accident où les antagonistes sont une fois de plus les travailleurs et les entreprises : d'une part, les travailleurs subissant les rigueurs d'un système fondé sur la propriété privée et l'exploitation la plus extrême et, d'autre part, les entreprises s'enrichissant au détriment des travailleurs et perpétuant un système politique qui profite à un petit groupe d'exploiteurs.

Aujourd'hui, plus que jamais, les travailleurs chiliens doivent être vigilants. Sous le couvert trompeur de nouvelles législations sur la chesécurité au travail, le gouvernement persiste à privatiser et déréglementer les relations de travail en favorisant toujours l'investissement privé, autant national qu'étranger, comme une attaque contre les travailleurs.

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