Le Marxiste-Léniniste

Numéro 189 - 15 décembre 2010

Colombie-Britannique

La crise politique reflète le heurt
entre l'autorité et les conditions

Colombie-Britannique
La crise politique reflète le heurt entre l'autorité et les conditions

Cancun, Mexique
Le sommet sur le climat se termine dans le désarroi
Le Canada se voit décerner le prix «Fossile du jour»
La Bolivie dénonce l'adoption sans consensus d'une deuxième version de l'Accord de Copenhague - Communiqué de presse de l'État plurinational de Bolivie
Une autre année de perdue après l'escroquerie de Copenhague! - Discours du ministre des Affaires étrangères de Cuba

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Colombie-Britannique

La crise politique reflète le heurt
entre l'autorité et les conditions


Manifestation à Vancouver contre les Jeux d'hiver 2010,
le 12 février 2010.

Gordon Campbell, premier ministre libéral de la Colombie-Britannique depuis mai 2001, a démissionné le 3 novembre dernier. Carole James, chef du parti de l'opposition, le NPD, depuis sept ans, a démissionné le 6 décembre. La crise politique de ces deux partis politiques provinciaux officiels reflète la continuation de la crise économique et l'échec de la mondialisation néolibérale et, surtout, le fait que le système politique fondé sur la gouvernance par les partis est complètement anachronique. Les conditions réclament une opposition à la mondialisation néolibérale comme prérequis pour défendre le droit public, mais au lieu de cela l'autorité politique défend le droit de monopole.

La démission de M. Campbell le mois dernier, et le vaste mécontentement populaire face au gouvernement libéral, sont la culmination de l'opposition qui ne cesse de grandir contre ces politiques néolibérales qui consistent à utiliser les fonds publics pour payer les riches.

Il y a eu plusieurs campagnes menées au niveau provincial contre ces politiques de braderie des ressources de la province à des intérêts privés. Il y a même des rivières qui ont été carrément données à des « producteurs indépendants d'électricité » dans le cadre de la campagne de privatisation de BC Hydro, qui s'est accompagnée d'une hausse des tarifs pour les consommateurs.

Les travailleurs et les communautés partout dans la province protestent contre l'abolition de la clause de dépendance dans l'industrie forestière, qui obligeait les détenteurs de permis de coupe de traiter le bois pris sur les « terres de la couronne » à des sites situés dans la région. Beaucoup de scieries et d'usines de pâtes et papiers ont été fermées et les billots sont exportés.

Le gouvernement Campbell, de concert avec le gouvernement conservateur de Stephen Harper au niveau fédéral, manoeuvrent pour éliminer les droits à la terre des communautés autochtones sous prétexte d'améliorer leur bien-être et leur sécurité économique. Campbell a soudoyé des membres de la première nation Tsawwassen de Vancouver, notamment des membres qui ne vivent pas sur leurs terres ancestrales. En échange d'une somme de 16 millions $ à partager entre les membres de la bande et d'autres concessions, la première nation Tsawwassen renonce à toute réclamation future sur son territoire ancestral.

La corruption qui a entouré la vente de BC Rail au CN en 2003, après que le gouvernement Campbell ait promis de ne pas privatiser ce troisième plus grand chemin de fer au Canada, de propriété publique depuis 1918, a aussi provoqué la colère des Britanno-Colombiens, surtout des travailleurs du nord de la province. Les gens ont été particulièrement outrés par l'accord conclu par le gouvernement libéral en octobre dernier par lequel il s'engage à payer les 6 millions $ de frais judiciaires des ex-fonctionnaires Dave Basi et Bob Virk qui ont fini par plaidé coupable à des accusations de fuites d'information concernant la vente de BC Rail en échange de certains « bénéfices ». Ils ont tous deux nié toute culpabilité pendant sept ans, mais à la veille de la rencontre du conseil des ministres devant débattre de ce cas, le gouvernement a trouvé cette façon de faire le silence sur l'affaire, qui risquait d'exposer une corruption en profondeur entourant la privatisation du chemin de fer public.

Les travailleurs se rappellent également que Campbell a fait adopter une loi de retour au travail contre les 40 000 membres du syndicat des employés d'hôpitaux, loi qui a annulé leur convention collective et imposé une détérioration des conditions de travail et des baisses de salaires. Un des objectifs de cette attaque était d'ouvrir le secteur de la santé aux monopoles de la sous-traitance de la main-d'oeuvre qui ont aussitôt commencé le trafic « légal » de travailleurs vers des entreprises publiques et privées grâce à leur contrôle monopoliste du marche de la main-d'oeuvre du secteur de la santé.

En 2002, le gouvernement Campbell a adopté une nouvelle loi sur les services d'éducation qui proclame que les enseignants sont un service essentiel, rendant illégal pour les enseignants le retrait de leurs services pour défendre leurs droits. Les enseignants ont défié la loi et déclenché la grève en 2005 pour protester contre l'abolition des clauses limitant le nombre d'étudiants par classe et abrogeant d'autres conditions essentielles à l'enseignement de quelque 600 000 élèves des écoles publiques. Après deux semaines de grève, Campbell a adopté une loi imposant des peines de prison et des amendes et les problèmes soulevés par les enseignants sont restés sans solution.

L'opposition générale aux libéraux de Gordon Campbell s'est à nouveau exprimée dans la pétition contre la taxe de vente harmonisée adoptée en août. Plus de 557 000 personnes ont signé la pétition, ce qui oblige à la tenue d'un référendum en septembre de l'année prochaine. Les gens sont contre cette taxe qui réduit la taxation des monopoles au détriment des citoyens, les entreprises n'ayant plus à payer de taxe de vente sur les machines et le gouvernant étant compensé par une extension de la taxe provinciale et de la TPS à des produits à la consommation jusqu'à présent non taxés.

La liste des griefs contre le gouvernement Campbell est longue. Durant son régime, le meurtre en série de femmes à Vancouver et dans le nord de la province a été dissimulé par les corps policiers et certaines agences gouvernementales. Les organisations des femmes et des groupes culturels, sportifs et sociaux ont subi des compressions budgétaires. Les fonds publics pour l'aide juridique se sont épuisés pendant que le nombre de sans-abri grandit sans cesse et que l'aide aux personnes handicapées est réduite. Quatre-vingt- dix mille résidants de la Colombie-Britannique recourent aux banques alimentaires, soit 10 000 de plus que l'année dernière. C'est dans cette province que l'on retrouve le plus grand nombre d'enfants vivant dans la pauvreté et le salaire minimum le plus bas (8 $ l'heure), inchangé depuis 2001.

Les représentants des monopoles sont maintenant plongés dans un effort frénétique pour renouveler leur leadership politique au niveau provincial. Ces développements appellent les travailleurs de la province et leurs alliés à mener une résistance consciente et organisée aux politiques néolibérales et à résoudre les crises politiques et économiques et leurs nombreux problèmes en faveur du peuple.

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Cancun, Mexique

Le sommet sur le climat se termine dans le désarroi


Des milliers d'autochtones et d'activistes marchent dans les rues de Cancun, Mexique,
pour exiger une action pour arrêter le changement climatique le 5 décembre 2010.

La Conférence 2010 de l'ONU sur les changements climatiques, tenue à Cancun, Mexique, du 29 novembre au 10 décembre, s'est terminée avec l'imposition du diktat des grandes puissances, en rupture avec les règles de l'ONU, comme l'année précédente à Copenhague. La conférence s'est terminée quand la présidente d'assemblée, la ministre des Affaires étrangères du Mexique, Patricia Espinosa, a écarté une objection du représentant de la Bolivie, Pablo Solon. La Bolivie compte parmi les pays qui ont rejeté les deux documents constituant l'accord final en disant que cela revenait à donner un chèque en blanc aux pays développés puisque les engagements requis par ces pays n'ont pas encore été dévoilés.

M. Salon a précisé que selon les règles aucun n'accord ne peut être adopté en présence d'une objection ferme d'un ou de plusieurs des États membres. Parmi les autres qui se sont objectés il y a les pays de l'ALBA (Antigue et Bermude, Cuba, Dominique, Équateur, Nicaragua, Saint-Vincent et les Grenadines et Venezuela) et les pays d'Afrique.

Malgré tout, la présidente d'assemblée a persisté à rejeter l'objection bolivienne en faisant entorse aux règles. « Le consensus ne signifie pas qu'un pays peut choisir d'appliquer un veto à un processus auquel d'autres pays travaillent depuis des années. Je ne peux pas rejeter l'opinion des 193 autres pays qui font partie du processus », a-t-elle déclaré. Non seulement a-t-elle omis de dire que la Bolivie n'était pas le seul pays à s'objecter, mais elle donne une fausse représentation du processus que les États-Unis, le Canada et l'Union européenne bloquent depuis des années.


Cancun, Mexique, le 2 décembre 2010: Action du Caucus des
peuples autochtones (les peuples autochtones sont reconnus
comme des participants au processus de l'ONU) pour rappeler à
l'ONU le respect des droits des peuples autochtones.

De plus, le représentant de la Bolivie parlait aussi au nom de tous ceux qui ont participé à la première Conférence des peuples sur le changement climatique tenue à Cochabamba en avril dernier, qui réclamaient une action immédiate et significative. À cet égard, les organisations environnementales et de la société civile et les représentants des peuples autochtones qui participaient au sommet de Cancun ont fait valoir tout au long de la conférence qu'il fallait discuter du grand écart dans les objectifs de réduction des gaz à effet de serre que les pays se sont engagés à atteindre et de ce qu'il faut faire pour éviter les catastrophes.

Malgré ce qu'en dise Mme Espinosa, aucune entente n'a été conclue et la résolution finale reporte à l'année prochaine le débat sur les différends entre les pays développés et les économies émergentes sur l'avenir du Protocole de Kyoto.

À la conférence, les États-Unis ont continué de combattre les intérêts de l'humanité en disant que l'accord de Kyoto, qu'ils n'ont jamais ratifié, est injuste à leur endroit. Ils ont demandé que l'accord oblige les pays en développement à respecter leurs engagements et à accepter la vérification. L'Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique, citant le quatrième rapport d'évaluation de la commission intergouvernementale publié en 2006, fait remarquer que les États-Unis, depuis l'époque coloniale, de 1751 à aujourd'hui, ont été le plus grand émetteur de dioxyde de carbone, pour un total des près de 100 gigatonnes.

Le Japon a annoncé durant la première semaine de la conférence qu'il ne s'engagerait pas à prolonger l'accord de Kyoto parce qu'il veut un nouvel accord qui imposera des engagements du même type à tous les principaux émetteurs, dont la Chine et l'Inde. Il cite le refus des États-Unis de ratifier le protocole durant la première période d'engagement comme raison de ne pas le prolonger durant la deuxième période.

Le correspondant d'Al Jazeera à Cancun écrit que ce qu'accomplit la résolution finale est de reporter à l'année prochaine, à Durban, Afrique du Sud, beaucoup de décisions difficiles.

(Globe and Mail, Vancouver Sun, Xinhua, Prensa Latina ; Photos : Ruckus Society)

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Le Canada se voit décerner le prix «Fossile du jour»

Le gouvernement de Stephen Harper est connu pour ses tactiques d'obstruction dans les forums internationaux pour soutenir l'opposition des États-Unis au Protocole de Kyoto et à d'autres accords et mesures internationales. Le négociateur en chef de l'ONU sur le changement climatique, Christiana Figueres, a pointé du doigt le Canada comme exemple de pays qui résistent à prendre de nouveaux engagements allant dans le sens de Kyoto. Les agences rapportent que le Canada va rater son objectif de 2010 de réduction de 6 % des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Par conséquent, le 4 décembre, à la conclusion de la première semaine de la conférence de Cancun, le Canada s'est vu décerner le prix « Fossile du jour » par 500 groupes environnementaux pour sa position face à l'Accord de Kyoto. Les groupes ont expliqué que la position du Canada ferait de l'accord de Kyoto un « zombie » : le patient n'est pas mort, mais son coeur a cessé de battre.

Shawn McCarthy écrit dans le Globe and Mail : « Bien que le Canada n'ait pas explicitement refusé de s'engager envers une autre ronde des pourparlers de Kyoto, le ministre de l'Environnement, John Baird, a clairement fait savoir que le gouvernement Harper s'oppose à plusieurs de ses grands principes, notamment ceux concernant la différence des engagements pour les pays riches et les économies émergentes. Et le Canada veut un accord qui lierait tous les principaux émetteurs, plutôt qu'un accord pour les signataires de Kyoto et un autre pour les États-Unis. » Tout en défendant la position étasunienne, le gouvernement Harper avait auparavant prétendu qu'il attendait que les États-Unis agissent sur les gaz à effet de serre avant de prendre position, sans doute par mesure de précaution pour évier des mesures punitives dans son commerce avec les États-Unis.

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La Bolivie dénonce l'adoption sans consensus d'une deuxième version de l'Accord de Copenhague

L'État plurinational de Bolivie estime que le texte de Cancun est une victoire creuse et fausse qui a été imposée sans consensus et son coût se mesurera en vies humaines. L'histoire le jugera sévèrement.

Il n'y a qu'une seule façon de mesurer le succès d'un accord sur le climat et c'est d'examiner s'il va réduire efficacement ou non les émissions afin de prévenir les changements climatiques incontrôlables. Ce texte ne le définit pas clairement car il peut permettre une hausse de la température mondiale de plus de 4 degrés, un niveau désastreux pour l'humanité. De récents rapports scientifiques démontrent que 300 000 personnes meurent chaque année de catastrophes liées aux changements climatiques. Ce texte menace de porter à un million le nombre de décès chaque année. C'est quelque chose que nous ne pouvons jamais accepter.

L'année dernière, tout le monde a reconnu que Copenhague a été un échec tant dans le processus que le contenu. Pourtant, cette année, une campagne délibérée pour réduire les attentes et créer le désespoir de tout accord a conduit à celui qui est en substance une deuxième version de Copenhague.

Une soi-disant victoire pour le multilatéralisme est vraiment une victoire pour les pays riches qui ont intimidé et cajolé les autres pays pour qu'ils acceptent un accord selon leurs termes. Les pays les plus riches ne nous ont offert rien de nouveau en termes de financement ou de réductions d'émissions. Ils ont cherché plutôt à chaque étape à remettre en question les engagements existants et ils comprennent toutes les échappatoires possibles pour réduire leurs obligations d'agir.

Alors que les pays en développement – ceux qui sont confrontés aux pires conséquences des changements climatiques – ont plaidé en faveur de propositions ambitieuses, nous nous sommes fait offrir à la place du « réalisme » sous forme de gestes vides de sens. Les propositions par les pays puissants comme les États-Unis sont sacro-saintes tandis que les nôtres peuvent être rejetées. Les compromis ont toujours été conclus au détriment des victimes, plutôt que des coupables des changements climatiques. Quand la Bolivie a dit que nous ne sommes pas d'accord avec le texte issu des négociations de la dernière heure, nous avons été écartés. Un accord où seulement les puissants gagnent n'est pas une négociation, c'est une imposition.

La Bolivie est venue à Cancun avec des propositions concrètes qui, selon nous, sont un gage d'espoir en l'avenir. Ces propositions ont été acceptées par 35 000 personnes lors de l'historique Conférence mondiale des peuples tenue à Cochabamba, en avril 2010. Elles proposent des solutions justes à la crise climatique tout en s'adressant à ses causes profondes. Durant l'année qui a suivi Copenhague, elles ont été intégrées dans le texte de négociation des parties, et pourtant le texte de Cancun exclut systématiquement ces voix. La Bolivie ne peut accepter d'abandonner ses principes ou ceux des peuples que nous représentons. Nous continuerons à lutter aux côtés des communautés affectées dans le monde jusqu'à ce que la justice climatique soit accomplie.

La Bolivie a participé à ces négociations de bonne foi et avec l'espoir que nous pouvons parvenir à un accord efficace sur le climat. Nous avons été prêts à faire des compromis sur beaucoup de choses sauf la vie de notre peuple. Malheureusement, c'est ce que les pays les plus riches du monde attendent de nous. Des pays peuvent essayer de nous isoler en raison de notre position mais nous sommes venus ici en représentant les peuples et les mouvements sociaux qui veulent des mesures concrètes et efficaces pour protéger l'avenir de l'humanité et la Terre-Mère. Ils sont notre guide qui nous soutient. L'histoire jugera de ce qui s'est passé à Cancun.

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Une autre année de perdue après
l'escroquerie de Copenhague!

Monsieur le Président,

Messieurs les chefs d'État et de gouvernements, et chefs de délégations,

Messieurs les invités,

Des forces puissantes assurent sans sourciller que le changement climatique n'existe pas, qu'il n'y a pas de quoi s'inquiéter, et que le grave problème qui nous convoque aujourd'hui a été fabriqué de toutes pièces. Ce sont ces mêmes forces qui s'opposent aujourd'hui, au Congrès des États-Unis d'Amérique, à la ratification des maigres instruments censés réguler la prolifération des armes nucléaires. Leur croisade insensée n'a d'autre but que de recouvrer la petite part de pouvoir qu'ils ont perdue il y a à peine deux ans.

Ce sont ces mêmes forces qui veulent réduire les impôts de 10 % la population ayant la mainmise sur 90 % des richesses, qui s'opposent à la réforme du système de santé et de l'assurance-chômage, et à toute proposition impliquant ne serait-ce qu'un petit pas vers le progrès ou l'équité.

Ce qui est certain c'est que, comme le savent toutes les personnes ici réunies, le changement climatique et la sérieuse menace de conflagration armée aux proportions nucléaires qui est venue s'y ajouter constituent les dangers les plus graves pour la survie de l'humanité.

L'absence de progrès vers une solution réelle à ces deux problèmes est à mettre au compte de l'attitude irresponsable de ceux qui encouragent et profitent du gaspillage, des catastrophes, des guerres et du drame que vivent nos peuples.

Il est de notre devoir à tous d'exiger de ceux à qui revient cette responsabilité historique de mettre fin au gaspillage et à la consommation irrationnelle des ressources limitées de notre planète, et de faire en sorte que les sommes millionnaires employées pour faire la guerre soient destinées à la promotion de la paix et du développement durable de tous les peuples.

Il y a un an, à Copenhague, la 15e Conférence des parties de cette Convention, a échoué à répondre à l'expectative mondiale, ne parvenant pas à atteindre un accord mondial juste et efficace sur le changement climatique.

Cette réunion a été marquée par ses procédures antidémocratiques et son manque total de transparence. Un groupe de pays conduits par les États-Unis, le plus grand pollueur per capita et historique, s'est livré à un véritable kidnapping du processus de négociations et a imposé un document apocryphe qui ne permet même pas de relever les défis posés par les recherches scientifiques les plus conservatrices sur la question. Copenhague a été un désastre.

Les États-Unis et l'Union européenne se sont ensuite lancés dans une campagne de pressions politiques et financières assorties de conditions contraignantes pour l'Aide officielle au développement, dans leurs tentatives pour légitimer un « Accord de Copenhague » qui n'a jamais existé.

Il existe des documents étasuniens intéressants comme les informations « classées » récemment publiées ; ainsi, le document 249 182, 10 BRUSSELS 183, daté du 17 février, parle d'actions – et je cite –, pour « neutraliser, coopter ou marginaliser » un groupe d'États parmi lesquels figure Cuba. J'ai ici ce document, et d'autres en mon pouvoir qui prouvent la diplomatie perfide des puissances par rapport au changement climatique.

Monsieur le Président,

Le changement climatique est une menace mondiale qui exige des solutions elles aussi mondiales, et en même temps justes, équitables et équilibrées. C'est pourquoi nous avions adopté, après un gros effort, la Convention cadre et son Protocole de Kyoto. Les principes cardinaux sur lesquels ils reposent sont aujourd'hui aussi valables que lorsque nous les avons conçus.

Il est largement reconnu que les modèles de production et de consommation insoutenables qui prévalent dans les pays développés sont la principale cause de la perturbation du système climatique mondial. Il est également reconnu que le principe des responsabilités communes, mais différenciées, et des capacités respectives des États, constitue la pierre angulaire pour une solution juste et durable.

Nous, les pays du Sud, ne sommes pas responsables de l'absence d'accords pour freiner le changement climatique. Nous sommes plutôt les victimes des atermoiements et des comportements égoïstes de ceux qui bénéficient de la surexploitation des ressources épuisées de la planète. Les petites îles, qui sont encore plus vulnérables, méritent une considération et un traitement particuliers.

La Conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre nourricière qui s'est tenue au mois de mai dernier à Cochabamba a formulé des recommandations essentielles qui doivent être prises en compte.

Monsieur le Président,

Un accord à long terme se doit de garantir une perspective de développement durable pour les pays du tiers monde, et non pas apporter des restrictions supplémentaires et asphyxiantes à cet effort. Ce qui implique que les émissions de gaz a effet de serre de ces pays doivent inévitablement augmenter afin de leur permettre de satisfaire les besoins liés à leur développement économique et social. Ainsi le stipule la Convention cadre, et les pays développés doivent l'accepter.

Dans le cadre d'une deuxième période d'engagements prévue au Protocole de Kyoto, les pays industrialisés se doivent d'assumer des obligations contraignantes, quantifiables et plus ambitieuses dans la réduction de leurs émissions.

Il est nécessaire et urgent que nous adoptions ici et maintenant, à Cancun, des décisions concrètes sur une seconde période d'engagements du Protocole de Kyoto. Au sein de ce même processus de négociations que nous avons entamé, il y a un groupe de pays développés qui tentent de liquider le Protocole de Kyoto sous prétexte qu'il ne couvre que 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ce n'est qu'un prétexte égoïste, car la Convention cadre couvre 100 % des émissions.

Cancun doit nous procurer pour le moins une feuille de route claire et précise vers la solution des problèmes cardinaux du changement climatique à l'horizon de la 17e COP qui se tiendra à Durban, dans un an.

Combattre le changement climatique implique de lutter contre la pauvreté et les inégalités sociales. Cela implique l'obligation de transférer de la technologie depuis le Nord industrialisé vers le Sud sous-développé. Cela implique de faciliter les ressources financières susceptibles de permettre aux économies en développement de faire face aux dépenses associées à l'adaptation et à la mitigation, et d'apporter un nouveau financement, supérieur aux engagements déjà souscrits au titre de l'Aide officielle pour le développement, de plus en plus précaires et assortis de conditions.

Si nous avons quelques chances à cette Conférence de déboucher sur un accord en matière d'adaptation et de transfert de technologie, il est indispensable que nous définissions des mécanismes de financement ou de mobilisation de ressources vraiment significatifs pour faire face aux effets du changement climatique.

Ces mécanismes ne sauraient fonctionner au sein de la Banque mondiale ni d'aucune autre institution du système de Bretton Woods, car ils impliqueraient des conditionnements, des discriminations et des exclusions. Les institutions de Bretton Woods sont aussi responsables, historiquement parlant, du changement climatique que les gouvernements des pays développés.

Il ne s'agit pas d'une oeuvre de charité. C'est avant tout une obligation morale et juridique qui résulte des engagements contractés à la Convention. Les miettes promises à Copenhague étaient fort exiguës, et elles ne se sont même pas matérialisées. Ni les mécanismes de marché, ni les politiques néolibérales – qui n'ont d'ailleurs plus aucune crédibilité – ne nous aideront à avancer.

Monsieur le Président,

Les terribles inondations qui frappent en ce moment même le Venezuela et la Colombie doivent mobiliser toute notre solidarité et témoignent de l'urgence du problème.

L'ordre mondial est insoutenable. Pour survivre, la société humaine devra s'organiser autrement. L'heure est venue d'agir. Le temps s'épuise. C'est une autre année de perdue depuis l'escroquerie de Copenhague. Les peuples ne peuvent plus attendre les puissants pour agir.

Merci beaucoup.

(Granma international)

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