Le Marxiste-Léniniste

Numéro 183 - 2 décembre 2010

29e congrès de la FTQ

Ce sont nos ressources naturelles et humaines!
Les gouvernements se doivent de
les sauvegarder et non les brader!


À la plénière du Congrès de la FTQ à Montréal le 30 novembre 2010. À droite: à la session du mardi 30 novembre,
les travailleurs de la raffinerie de Shell à Montréal demandent l'appui du congrès.
(Photos: FTQ)

29e congrès de la FTQ
Ce sont nos ressources naturelles et humaines! Les gouvernements se doivent de les sauvegarder et non les brader!
Résolution sur la nationalisation des ressources naturelles
Il n'y a pas de place au Québec pour le voyou Shell! 

Entrevues
«Nous devons nous approprier nos ressources et affirmer notre droit de décider de leur utilisation!» -  Alain Gagnon, président du SNEAA, Rio Tinto
«On donne nos ressources et on obtient le moins d'emplois possible!» - Michel Routhier, président du Conseil régional de la FTQ, haut du Lac-St-Jean-Chibougamau-Chapai

Industrie du câble
Les travailleurs de Prysmian s'opposent à la destruction du secteur manufacturier - Normand Chouinard
Entrevues avec des travailleurs de Prysmian!

Accueil | Archives | English

29e congrès de la FTQ

Ce sont nos ressources naturelles et humaines!
Les gouvernements se doivent de
les sauvegarder et non les brader!


Le Marxiste-Léniniste salue les plus de 1 400 participants et participantes au 29e congrès de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec qui se déroule à Montréal du 29 novembre au 3 décembre. Tout au long de la semaine, dans les résolutions et les discussions, les délégués mettent sur la table le problème de la dilapidation des ressources naturelles et humaines dans les mains des grands empires privés mondiaux, laquelle se fait avec le plein appui et la pleine participation des gouvernements Harper et Charest. Ce dont nous avons besoin pour bâtir une société qui reconnaît les droits de tous et de toutes nous échappe de plus en plus et cela principalement à cause de l'absence d'une autorité politique qui affirme que ce sont nos ressources et qui agit en conséquence.

Les travailleurs au congrès ont exprimé de multiples façons que les emplois, d'abord et avant tout le secteur manufacturier, l'expertise, l'éducation et la santé publique, les ressources naturelles, les salaires et avantages sociaux et les conditions de vie de nos retraités s'enfuient sous la mondialisation néolibérale. Ils ont indiqué que les conventions collectives et les lois du travail et autres sont impuissantes à enrayer la destruction et l'exode de nos ressources de toutes natures aux mains des monopoles. Ils en ont appelé à une nouvelle volonté politique qui part de l'organisation des travailleurs et va jusqu'aux gouvernements pour s'approprier ce qui nous appartient et l'utiliser pour l'édification d'une économie prosociale qui subvienne à ses besoins et pratique le commerce sur la base de l'avantage mutuel.


C'est le sens notamment de la résolution adoptée à l'initiative des gens du Saguenay-Lac-St-Jean et de Chibougameau-Chapais contre la braderie des ressources naturelles par les gouvernements, notamment la pratique des ententes secrètes avec les grands monopoles étrangers. Ils demandent une appropriation collective des ressources avec au centre le droit des populations de décider de leur utilisation. Puisque les ressources sont à nous, c'est à nous de décider de leur usage et développement. Les autres résolutions contre la privatisation des soins de santé, pour la gratuité scolaire ou contre les provocations des monopoles à la Péladeau et autres tentatives d'humilier les travailleurs et détruire les syndicats vont aussi dans ce sens.

Les travailleurs demandent que l'autorité politique, représentée par les gouvernements Charest et Harper, soit un instrument du droit public et non du droit de monopole. Entre autres choses, c'est seulement ainsi qu'on pourra éliminer la corruption politique.

Le Marxiste-Léniniste salue ces développements et les considère comme très importants pour l'avenir du Québec.

(Photos: FTQ)

Haut de page


Résolution du 29e congrès de la FTQ sur la nationalisation des ressources naturelles

ATTENDU les agissements du gouvernement qui, en catimini, vend à rabais nos richesses naturelles collectives, sans que la population du Québec ait un véritable droit de regard ;

ATTENDU QUE ce même gouvernement, par son manque de perspective, son à plat-ventrisme, son manque de leadership et ses médiocres manipulations, dilapide petit à petit notre patrimoine en cédant nos droits à des intérêts privés ;

ATTENDU QUE la FTQ a déposé en février 2003 un mémoire sur la maximisation des retombées économiques de l'exploitation des ressources naturelles dans les régions et en mai 2010, sur le projet de loi 79 modifiant la Loi sur les mines ;

ATTENDU QU'Hydro-Québec-Pétrole et Gaz a été forcé de se départir de ses droits d'exploitation sans obtenir des redevances adéquates, pour ne pas dire insignifiantes (nulles pendant 5 ans), au détriment des générations futures ;

ATTENDU QUE la population du Québec n'a plus aucun mot à dire sur l'exploitation forestière, car elle appartient maintenant à des intérêts privés et étrangers ;

ATTENDU QUE les décisions gouvernementales peuvent avoir des conséquences graves pour l'environnement et la santé publique ;

ATTENDU les travaux initiés par la FTQ à la suite du dernier congrès qui visent à développer notre position sur la politique énergétique ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE la FTQ organise un colloque national sur les effets et conséquences de la gestion collective ou privée des ressources naturelles qui prenne en considération la problématique de l'emploi ;

QU'IL SOIT RÉSOLU QUE les grandes problématiques abordées lors de ce colloque concernent, notamment :

- la question de l'utilisation de nos ressources naturelles et la nationalisation de nos ressources naturelles

- le développement d'une politique FTQ concernant la politique énergétique de nos gouvernements.

Adoptée à l'unanimité

Haut de page


Il n'y a pas de place au Québec pour le voyou Shell!


La raffinerie Shell de Montréal-Est a fermé ses portes le 30 novembre. Ce sont 350 travailleurs syndiqués qui perdent leurs emplois, et 800 emplois et plus de 3 000 emplois indirects qui sont en jeu. Seuls une quarantaine de membres du syndicat, la section 121 du SCEP, demeurent à l'emploi de la raffinerie qui sera transformée en terminal pour des produits pétroliers raffinés. Le syndicat estime que c'est plus de 240 millions $ de retombées qui seront perdus pour le Québec.

Le jour de la fermeture, un contingent de travailleurs de la raffinerie s'est rendu au congrès de la FTQ pour solliciter l'appui de la centrale et de ses affiliés. Les travailleurs ont dénoncé le comportement voyou de Shell qui non seulement ferme son installation de Montréal-Est et a bloqué toute vente à des acheteurs potentiels mais se livre à un chantage éhonté contre les travailleurs et le syndicat. Shell refuse de signer une convention collective qui offre quelque sécurité aux travailleurs syndiqués restants et elle offre des indemnités de départ dérisoires que les travailleurs ne peuvent pas accepter. Les travailleurs se retrouvent maintenant avec une période de trois mois sans revenus parce que Shell refuse de verser les indemnités qui leur reviennent et que l'Assurance-Emploi assume qu'ils reçoivent des indemnités et ne leur paie pas de prestations. Shell a poussé l'injure jusqu'à refuser de reconnaître le syndicat comme négociateur sous le prétexte que la raffinerie est maintenant fermée. Une ordonnance de la Commission des relations de travail lui a signifié récemment que le syndicat est toujours en place. Shell demande instamment au gouvernement Charest de lui permettre de démanteler la raffinerie et a signifié son refus de décontaminer ses terrains.

Les travailleurs présents au congrès ont exprimé leur appui total aux travailleurs de Shell, averti le gouvernement Charest qu'il ne doit pas permettre le démantèlement de la raffinerie et affirmé qu'il n'y a pas de place pour le voyou Shell au Québec.

Haut de page


«Nous devons nous approprier nos ressources et affirmer notre droit de décider de leur utilisation!»

LML : Plusieurs intervenants au congrès dénoncent le pillage des ressources naturelles et humaines des régions. Qu'en-est-il chez vous ?

Alain Gagnon : Ce que nous appelons le vidage des régions est une réalité au Québec qui est très grave. Peu à peu, nos régions se vident de leurs ressources naturelles et de leurs travailleurs et c'est certainement le cas du Saguenay-Lac-St-Jean. Ce phénomène prend plusieurs formes comme par exemple l'innovation technologique, la modernisation, la sous-traitance, entre autres. Vous savez, l'informatique c'est quelque chose de positif mais dans les mains des grandes entreprises cela a entraîné des conséquences néfastes pour les régions. À Rio Tinto, nous avons perdu des emplois de service de paie qui ont été transférés au siège social de l'entreprise à Montréal. Ce n'est qu'un parmi tant d'autres exemples dans la région. Hydro-Québec fait la même chose, Gaz Métropolitain, tous les grands donneurs d'ouvrage industriel. Cela touche les services à la clientèle, les plaintes, les commis de bureau, l'entretien, la voirie, etc., tout y passe. Ces grandes compagnies semblent s'être toutes engagées avec le gouvernement pour alimenter leur siège social à Montréal et dans une moindre mesure dans la ville de Québec. Il y a eu ce genre d'entente avec Rio Tinto en 2006 quand ils se sont engagés à maintenir leur siège social à Montréal par exemple. Dans cette situation, les lois du code du travail ne nous permettent pas de contester ce genre de décisions. C'est facile pour eux de déménager ce genre d'emplois, c'est de l'informatique, ils n'ont qu'à transférer un logiciel et c'est tout. Nous n'avons aucune emprise.

Prenons un autre exemple. Les comptes à payer de Rio Tinto au Québec ont à un moment donné été transférés à Montréal. Maintenant, ils ont pris la décision de les transférer de nouveau aux USA, dans l'État de l'Utah. Si nous, au complexe Jonquière par exemple, avons besoin d'acheter 50 pelles rondes pour notre usine, notre surintendant va passer la commande, qui sera acheminée en Utah. Les gens en Utah vont passer une seule commande de pelles rondes, disons 1 000 pelles rondes pour l'ensemble de la compagnie ; où pensez-vous que se feront les pelles rondes et où vont-elles être achetées ? Ce genre de chose a pour conséquence que l'on perd également notre pouvoir d'achat en plus de détruire notre secteur manufacturier. Il faut saisir que les régions ont besoin des grands centres et que les grands centres ont besoin des régions. Sinon les grands centres comme Montréal et Québec vont subir le même sort que les régions avec la mondialisation actuelle.

LML : Est ce que le même phénomène se voit avec les emplois industriels ?

AG : Oui. Tout est fait dans le cadre du code du travail actuel et des normes régissant le droit de gérance. D'ici 2012, notre complexe va passer de 3 200 travailleurs qu'il était en 2003 à 750. Bien sûr, il y a la modernisation de la production qui élimine des travailleurs, et il y a aussi les emplois que l'on perd à la sous-traitance, surtout dans les services, l'entretien, la voirie. Pour l'instant nous avons pu protéger ce qui touche directement la production d'aluminium face à la sous-traitance mais la menace de voir ces emplois nous échapper est toujours présente. Les grandes entreprises utilisent toujours la clause de droit de gérance dans les conventions collectives pour effectuer ces changements sans que les conventions ne nous protègent. Nous devons lutter pour nous donner des balises qui soient rattachées aux conventions collectives qui maintiennent des planchers d'emplois. Nous devons également moderniser le code du travail pour protéger les travailleurs face à la sous-traitance et à la mondialisation.

Les gouvernements y sont pour beaucoup dans les pertes d'emplois. En 2007, lorsque Rio Tinto a acheté Alcan, nous avons tout fait pour que le gouvernement n'accepte la vente qu'à condition que Rio Tinto respecte des conditions exigées par nous. Nous aurions pu rattacher toute l'infrastructure hydroélectrique d'Alcan et dire à Rio Tinto que cela vaut tant d'emplois par exemple, de même que des conventions décentes et des redevances décentes. Sinon pas de vente. Il faut mettre son pied à terre.

Lors de la vente d'Alcan à Rio Tinto, le gouvernement a signé une entente secrète qui stipulait que Rio avait le droit de fermer quatre usines au Québec si le prix de l'aluminium baissait en dessous de 1 800 $ la tonne à condition que Rio investisse 1,2 milliard au Québec peu importe combien d'emplois il reste au bout. Il n'a donc pas demandé un plancher d'emplois et le fédéral n'a rien fait également.

Nous sommes en train de nous regrouper avec les travailleurs de la région qui subissent le même sort. La question doit se jouer au niveau politique.

LML :Qu'est-ce que tu veux dire quand tu dis que la question est politique ?

AG : Par politique, je veux dire que nous devons mobiliser la population et les autres unités syndicales pour soulever le problème sur la scène publique. On laisse passer nos ressources naturelles de nos régions vers les grands centres et vers les autres pays, et c'est la même chose avec les employés. On peut essayer de tout faire coté lutte juridique mais si la population ne nous aide pas, on ne peut rien faire. Charest est en train de détruire tous nos leviers économiques. Il nous donne à crédit. Ça nous prend une politique énergétique, une politique sur les ressources naturelles et une politique qui défend nos travailleurs.

Ça nous prend des politiques qui défendent nos travailleurs et nos ressources naturelles. Prenez le cas des gaz de schiste. Hydro-Québec possédait les droits d'exploitation; maintenant les droits ont été cédés aux multinationales, surtout américaines. André Caillé, un ancien président d'Hydro-Québec, est maintenant porte-parole pour les entreprises gazières. Le gouvernement a tellement été loin là-dedans que les règles de l'Organisation mondiale du commerce jouent contre nous. Les grosses compagnies comme Exxon Mobil, Total, Irving, peuvent s'en servir pour réclamer des droits d'exploitation. Une compagnie comme Irving, si on lui enlève ses droits d'exploitation, peut se tourner de bord et demander un dédommagement parce qu'elle voulait opérer pendant 25 ans. En plus de perdre nos ressources, on va payer une surcharge. Ça n'a aucun sens.

Pourquoi par exemple le gouvernement ne s'est-t-il pas servi de la Caisse de dépôt pour acheter Alcan au lieu de vendre au privé ? La caisse a perdu 40 milliards durant la crise financière. Alcan s'est vendu à 38 milliards. Imaginez le levier économique que l'on aurait. Plutôt, nous avons perdu 40 milliards dans les limbes et l'on se fait voler nos ressources par les grandes compagnies du monde. L'autre demande que nous avons concerne la production de deuxième et troisième transformation. Il nous faut développer notre économie régionale.

Nous devons prendre contrôle de nos ressources et établir une politique qui nous donne le plein droit de décider ce que l'on va en faire. Ce sont des atouts pour notre développement économique et ça nous appartient, on doit en profiter au maximum. Le gouvernement libéral les donne pour des peanuts. Il nous faut maximiser nos redevances et fixer nos conditions aux multinationales. Il faut cesser d'être une région et une province dans laquelle on vole nos ressources, pour ensuite nous acheminer des produits fabriqués ailleurs avec nos propres ressources.

Haut de page


«On donne nos ressources et
on obtient le moins d'emplois possible!»

LML : La question du contrôle des ressources naturelles et humaines est au coeur du congrès de la FTQ. Comment se présente la question dans ta région ?

Michel Routhier : La région du Saguenay-Lac-St-Jean est une des régions du Québec qui a le plus gros potentiel en fait de ressources naturelles. Qu'on pense par exemple à toute l'hydroélectricité que Rio Tinto détient ou à AbitibiBowater dans le secteur forestier qui détient la majorité des CAAF [Contrats d'approvisionnement et d'aménagement forestier] dans la région. Pourtant, au Saguenay-Lac-St-Jean, les redevances payées par les grandes minières ou forestières, c'est presque zéro. Nous avons un très grand potentiel minier dans la région notamment avec les monts Otish. Ce sont des richesses naturelles qui vont probablement être exploitées par des compagnies américaines.

Chez nous, on fait le minimum de transformation de la richesse alors qu'on a un maximum de richesse. Selon nous ce n'est pas normal. Il faut à tout le moins augmenter substantiellement les redevances des grandes sociétés minières et forestières. Nous disons également que le gouvernement du Québec devrait exiger des garanties de planchers d'emplois aux entreprises qui sont autorisées à exploiter nos richesses naturelles. Il faut aussi sortir d'une production qui est totalement axée sur le primaire. Si l'on regarde le secteur de l'aluminium, chez Rio Tinto on fait essentiellement des blocs d'aluminium, on les exporte et la transformation est faite ailleurs. C'est la même chose au niveau du bois. On fait un peu de deuxième et troisième transformation mais le principal produit qu'on fait ici c'est du 2 x 3, du 2 x 4, du 2 x 6 ou du 2 x 8, dont 51 % est envoyé aux États-Unis. On a une richesse énorme dans le bois. On pourrait varier les produits et améliorer beaucoup de choses au Québec avec ces produits-là, mais on est pris avec une entreprise, AbitibiBowater, qui vient tout juste de se sortir de la protection de la loi de la faillite et qui n'a pas d'argent pour aller dans de nouveaux créneaux de production.

La politique de redevances devient très importante pour qu'à tout le moins la région ne s'appauvrisse pas encore davantage. On donne nos ressources et on obtient le moins d'emplois possible. Les ressources sont là. Le gouvernement devrait dire que si tu veux venir ici exploiter les ressources naturelles, il faut qu'il y ait un plancher d'emplois. On donne le libre choix aux entreprises d'exploiter nos ressources naturelles, hydroélectriques, minières et forestières au moindre coût. Il y a aussi dans les régions-ressources la question des centres de recherche pour la troisième transformation. On doit obliger les gouvernements à mettre cela en place. Il y a beaucoup de choses à faire.

C'est dans cet esprit que nous avons présenté notre résolution pour s'approprier nos ressources naturelles. Nous avons tenu en septembre un congrès conjoint du Conseil régional du Saguenay et de celui du haut du Lac-St-Jean-Chibougamau-Chapais et c'est de là qu'est venue notre résolution. On la présente à la FTQ, on va la présenter dans la région notamment dans les milieux politiques. Cela fait des années qu'on en parle. C'est le temps d'agir. Il faut que tout le monde mette l'épaule à la roue. Le gouvernement Charest ne fait quasiment rien dans le sens de défendre nos ressources naturelles. Il est plus temps que le Québec adopte une politique face aux ressources naturelles qui soit favorable aux régions et au Québec comme société.

LML : Où en est-on avec la crise forestière dans la région ?

MR : AbitibiBowater vient tout juste de sortir de la protection de la loi de la faillite. Il a fallu consentir à des concessions salariales pour protéger les pensions des retraités. On parle ici d'une industrie qui a été bâtie dans les années 60 avec au départ un dollar canadien à 0,60 $ du dollar américain. Tout a été basé sur l'exportation vers les États-Unis d'un produit le moins transformé possible. Dans ce contexte, Abitibi n'a jamais vu le besoin de moderniser et de diversifier. Avec la mondialisation des marchés, non seulement AbitibiBowater mais Tembec et d'autres ne sont pas concurrentiels sur les marchés d'exportation. Il est bien possible qu'Abitibi se remette sous la protection de la loi de la faillite d'ici quelques années et les autres entreprises du secteur ne sont pas à l'abri elles non plus. En plus, quand la crise frappe, la politique des grandes sociétés c'est de saigner les travailleurs, ce qui aggrave les problèmes de la région. On vit une inquiétude totale dans le secteur forestier dans la région.


Les travailleurs forestiers ripostent, campagne du SCEP, 2 juin 2009, Ottawa

La loi 57 du gouvernement Charest de refonte du régime forestier ne va pas améliorer la situation. Un des éléments essentiels de la loi c'est de mettre aux enchères 30 % des ressources présentement distribuées à travers les CAAF. Cela va contribuer à briser le lien traditionnel entre l'approvisionnement forestier et les usines de transformation. Quiconque aura les moyens financiers pourra soumissionner pour ces 30 %, qu'il ait des opérations forestières dans la région ou non, et rien ne dit qu'il ne pourra pas décider de simplement exporter le bois brut. Le lien d'emploi entre l'allocation de la ressource et des travailleurs définis d'une entreprise donnée va être rompu.

Nous faisons tout ce que nous pouvons au niveau syndical pour défendre nos gens mais il faut une volonté du côté politique pour changer la situation..

Haut de page


Industrie du câble

Les travailleurs de Prysmian s'opposent
à la destruction du secteur manufacturier


Les travailleurs en grève de Prysmian devant l'Assemblée nationale à Québec le 17 février 2010. (SCEP)

Le démantèlement du secteur manufacturier au Québec se produit à un rythme accéléré dans le contexte de la crise économique. L'industrie du câble de haute tension pour le secteur de l'électricité et de l'énergie n'y fait pas exception. Les 200 travailleurs de l'usine Prysmian à Saint-Jean-sur-Richelieu sont en grève depuis maintenant plus de 20 mois contre des demandes inacceptables de concessions et font face à la menace de Prysmian de fermer l'usine. Prysmian est un monopole basé en Italie qui possède des usines partout dans le monde et notamment au Québec, en Ontario et en Caroline du Sud. L'usine de Saint-Jean existe depuis 1952.

Selon un communiqué de février 2010 du syndicat des Métallos, l'achat de câbles produits au Québec est en chute libre. En 2009, 69 % seulement des câbles utilisés au Québec y ont été produits alors que la moyenne pour les 4 années précédentes était de 90 %. Dans sa politique d'approvisionnement adoptée en août 2009, Hydro-Québec s'engageait à privilégier le recours aux usines du Québec et à utiliser son pouvoir d'achat pour favoriser le maintien et le développement de l'activité économique au Québec. Or, 4 des huit usines de câbles au Québec ont fermé depuis quelques années ou menacent de le faire. Nexans a fermé ses portes en avril 2009 ce qui n'a pas empêché Hydro-Québec de lui offrir un contrat de 4 million $ pour son usine ontarienne. Hydro-Québec s'apprêterait à certifier les usines de Prysmian en Ontario et en Caroline du Sud en dépit de la grève qui perdure et elle a déjà accordé des contrats d'une valeur de 5 millions $ à ces deux usines pendant la grève. La compagnie General Cable en Arkansas a fermé son usine de Saint-Jérome pendant 4 mois et vient d'arracher une convention aux travailleurs de la Malbaie qui comprend un gel de salaires pour trois ans et une augmentation de 2 % la quatrième année, une diminution des paies de vacances et un nouveau régime de retraite à cotisations déterminées qui va graduellement remplacer le régime à prestations déterminées.

En février dernier, plus de 150 travailleurs de l'industrie de la production de câbles ont manifesté devant l'Assemblée nationale et déposé une pétition de plus de 7 000 noms pour demander qu'Hydro-Québec privilégie l'achat de câbles au Québec. L'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion en appui à la pétition mais n'a rien fait depuis pour en appliquer le contenu.

Haut de page


Entrevues avec des travailleurs de Prysmian


Les grévistes de Prysmian devant l'Assemblée nationale à Québec le 17 février 2010. (SCEP)

Voici une brève entrevue menée récemment avec un groupe de travailleurs sur les lignes de piquetage.

LML : Votre grève s'est déclarée voilà 19 mois, pouvez-vous nous relater brièvement comment cela s'est déroulé ?

Premier travailleur : La compagnie nous a offert une proposition que nous ne pouvions accepter. En fait, quatre propositions ont été faites et nous les avons tous rejetées à plus de 98 %. La compagnie veut éliminer les trois quarts des emplois de l'usine. On passerait de 200 ouvriers à 60. Ils veulent apporter des modifications à notre fonds de pension, baisser les salaires et modifier nos horaires de travail, entre autres choses. Aucune personne saine d'esprit ne peut accepter cela.

LML : Croyez-vous à un lockout déguisé ?

Deuxième travailleur : Oui, définitivement. Leur but est de détruire notre syndicat et d'avoir les mains libres de faire ce qu'ils veulent. Nous étions très productifs et l'usine est très rentable. On doit vous avouer que ça fait quelques années qu'on les voyait venir avec leurs plans de nous attaquer, ils y avaient des choses dans l'usine qui n'étaient pas normales. En plus, on voit ce qui se passe partout dans les autres grosses usines au Québec, on sait très bien que tout le monde est attaqué en ce moment.

Troisième travailleur : C'est vrai, avec nous ils ont commencé à déménager des petites machines. Ils ont investi 50 millions dans leurs usines ontariennes et investi également dans une usine aux États-Unis. Pour nous, il n'y a rien eu. Ils savaient ce qu'ils faisaient et nous aussi, on savait ce qu'ils préparaient.

Deuxième travailleur : Il y a même eu un directeur d'usine qui voulait relancer la production comme il faut mais la haute direction en a décidé autrement. Lorsqu'ils nous ont imposé les concessions, on étaient tous en furie, il n'était pas question d'accepter. Depuis ce temps là, ils nous isolent. La haute direction de la compagnie, les élues municipaux et provinciaux et les médias nous ont complètement oubliés. Ça fait 19 mois que ça dure.

Premier travailleur : Les dirigeants des Métallos ont visité le siège social de la compagnie en Italie et aux États-Unis, mais ils se sont fait virés de bord sans aucune espèce de considération. Nous sommes allés manifester devant l'Assemblée nationale à Québec. Les politiciens ont voté une motion pour qu'Hydro-Québec achète plus de câbles du Québec mais maintenant il ne se passe plus rien. Même notre député local ne parle plus de nous.

Troisième travailleur : Les attaques contre les travailleurs sont devenues tellement une pratique courante de la part des compagnies que c'en est devenu un fait divers dans les journaux, un fait divers vite oublié. On a qu'à regarder ce qui se passe dans la région ou encore dans la seule ville de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui auparavant était une ville très industrielle. Des compagnies comme Crane, Quebecor World (Quad Graphics), Viandes Soucy, Olymel, Veolia et j'en passe ont soit fermé ou font des mises à pied. Pour les travailleurs qui restent, ils subissent un sort difficile avec des comportements anti-syndicaux de la part des directions de compagnies comme chez Veolia. Les conventions collectives et le système de griefs ne sont même plus respectés. La chauffeuse d'autobus chez Veolia s'est fait injustement mettre à la porte parce qu'elle refusait de dévoiler sa maladie à la compagnie. Elle a gagné son grief mais Veolia ne la respecte même pas. Chez Viandes Soucy, ils ont fermé les portes et les propriétaires n'ont fait que mettre un mot sur la porte à coté du cadenas qui les remerciait de leurs services.

Deuxième travailleur : La compagnie Transcontinental a fait la même chose à Boucherville la semaine dernière. Elle a fermé son usine d'imprimerie, mis à pied 200 travailleurs et ce qui les attendait était un mot de remerciement pour leur bon dévouement à la compagnie. C'est une vraie blague. Pour nous autres, en ce moment, c'est l'ensemble de l'industrie du câblage qui est en danger. Quatre usines situées au Québec ont déjà fermé et nous nous sommes en grève depuis 19 mois et on n'a aucune idée de ce qui va se passer et des plans que la direction mijote. Au Québec, nous avons une grande industrie hydroélectrique et un énorme potentiel énergétique. Comment le gouvernement peut-il laisser détruire le secteur de la fabrication du câblage haute tension ? Ça me dépasse.

Premier travailleur : Moi aussi ça me dépasse, ils détruisent tout, mais je suis sur qu'un jour le vent va tourner, qu'il va y avoir un retour d'ascenseur, on va se mettre ensemble pour se défendre. On a parlé de ce qui se passe chez Veolia et de la manifestation organisée par les Metallos pour les soutenir, il y a avait des travailleurs de chez nous, de l'usine Thomas Bett, d'Olymel et d'autres. Il faut que l'on se tienne. On ne peut pas accepter ce qui se passe, il faut faire quelque chose.

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca