Le Marxiste-Léniniste

Numéro 182 - 23 novembre 2010 - Supplément

Rappel des mesures contenues
dans le budget 2010-2011

Le 31 mars dernier le Parti libéral au pouvoir à l'Assemblée nationale du Québec a déposé son budget 2010-2011. Absentes de ce budget sont les initiatives pour que le gouvernement s'acquitte de ses responsabilités sociales envers la population et envers la société québécoise. Il n'identifie pas les principaux problèmes et les principales contradictions de la société québécoise et n'a donc aucune proposition à faire quant à leur résolution. Il y a une absence marquée de toute discussion ou proposition sur comment le gouvernement va renforcer l'économie socialisée, qui est en crise. L'économie socialisée est la seule source de produit social pour répondre aux besoins de la population, satisfaire l'intérêt général de la société et spécifiquement financer les programmes sociaux et les services publics.

Les programmes sociaux, les services publics et l'entreprise publique et l'élévation du niveau de vie sont les points d'appui de l'économie et du tissu social du Québec. Ils sont les plus grands antidotes au cycle destructeur de l'économie capitaliste privée. Le budget du 31 mars voit les choses à l'envers et attaque la base de l'économie, ses programmes sociaux, services publics, l'entreprise publique et le niveau de vie de la population. La proposition de hausser la taxation des particuliers et les frais d'usager pour les programmes sociaux et les services publics auront pour conséquence de transférer de la valeur de la classe ouvrière et des couches moyennes hors de l'économie et dans les mains de l'oligarchie financière internationale, ce qui entraînera une baisse du niveau de vie et un affaiblissement de l'économie, qui sera davantage en proie à la crise.

Les propositions concernant la taxation et les frais d'usager sont régressives. Elles vont à contre-courant de la tendance progressiste de l'histoire : que les gouvernements, pour répondre aux besoins de la population et satisfaire l'intérêt général de la société, perçoivent les revenus dont ils ont besoin directement auprès des entreprises publiques et privées et non pas indirectement auprès des particuliers.

Les propositions contenues dans le budget concernant la taxation sont les suivantes :

Taxes de vente du Québec (TVQ)

* Hausse de 1 % le 1er janvier 2011, portant la TVQ à 8,5 %

* Hausse de 1 % le 1er janvier 2012, portant la TVQ à 9,5 %

* La taxe de vente combinée du Québec et du fédéral sur les biens et services sera tout juste inférieure à 15 % en 2012.

La hausse de cette taxe, qui est payée en majeure partie par les particuliers, représente un montant additionnel de 400 millions $ en 2010-2011, de 1,9 milliard $ en 2011-2012 et de 3,1 milliards $ en 2012-2013. Les revenus de la TVQ seront de 14,92 milliards $ en 2012-

13, sans compter la TPS et les autres taxes à la consommation.

Note : Le montant total de l'impôt des sociétés au Québec en 2011 sera de 4,05 milliards $. C'est moins que la somme perçue auprès de trois grandes sociétés d'État : Hydro-Québec, Loto-Québec et la Société des alcools du Québec, qui ensemble paieront 4,59 milliards $. Imaginez le revenu public qu'on pourrait générer s'il y avait des entreprises publiques vibrantes et diversifiées dans la foresterie, les mines, la sidérurgie, la métallurgie, l'alimentation, les produits pharmaceutiques, les fournitures d'hôpitaux, les autres secteurs manufacturiers et le secteur de la vente du gros et des magasins-entrepôts.

Hausse de la taxe sur le carburant

* Une hausse de 1 cent le litre d'essence à compter du 1er avril et des hausses annuelles de 1 cent le litre les trois années suivantes.

Total prévu des revenus de la taxe sur le carburant pour 2010-2011 : 1,84 milliards $

Le gouvernement permettra également à la Ville de Québec et à la Ville de Montréal de percevoir une taxe additionnelle de 0,015 $ sur le litre pour « générer le financement pour le transport en commun et les infrastructures ».

Note : Les dépenses totales pour le transport en 2010-2011 (qui comprend les routes et le transport urbain) sont de 2,79 milliards $. Dans la comptabilité centrée sur le capital, l'investissement pour le transport est considéré comme une dépense de capital mais contrairement aux dépenses de capital d'une usine, par exemple, la valeur publique investie dans le transport est considérée comme une perte ou une valeur non remboursable pour l'économie à titre de valeur transférée dans l'usage ou l'amortissement des équipements ou infrastructures. Ce qui est impossible. Pour être plus exact, c'est de la désinformation. La somme investie dans les infrastructures publiques retourne à l'économie socialisée mais elle est en majeure partie accaparée en cachette par les monopoles et les autres entreprises exploitant au Québec. Un certain pourcentage de la valeur transférée des infrastructures publiques (y compris l'éducation) devrait apparaître dans le bilan financier des monopoles comme partie du revenu brut. Cette valeur transférée des infrastructures publiques devrait être retournée au trésor public pour être réinvestie mais cela ne se fait pas. Le déplacement de la valeur dans l'économie socialisée est obscurci pour cacher le fait que l'État donne aux riches et à leurs monopoles les moyens de protéger et d'accroître leurs empires et à la classe privilégiée les moyens de s'enrichir aux dépens de la classe ouvrière, des couches moyennes et de la société.

La franchise santé

* Le gouvernement propose que chaque adulte verse annuellement une contribution générale pour les services de santé. Elle sera de 25 $ par adulte en 2010, de 100 $ en 2011 et de 200 $ en 2010.

En plus de la taxe sur la santé, le Parti libéral au pouvoir fait circuler l'idée d'une franchise à payer de 25 $ par visite médicale.

La taxe à la santé et la franchise font partie d'une vaste campagne de désinformation sur la nature des problèmes dans le système de santé public. Le système de santé public n'a jamais été véritablement public, dans le sens qu'il a toujours été lié au profit privé. Il est une source d'immenses profits privés pour les monopoles des produits pharmaceutiques et de l'approvisionnement médical et d'autres comme les agences de travail à contrat. Le drainage de la valeur par les monopoles représente la plus importante des contradictions à résoudre dans le domaine de la santé, mais le gouvernement ne la reconnaît même pas. Il introduit une taxe à la santé qui a pour effet de soutirer encore plus de valeur à l'économie au profit des monopoles privés de la santé.

Le gouvernement vante les mérites de ses dépenses pour « les infrastructures technologiques et informatiques, de même que l'implantation de nouvelles technologies porteuses ». La pression sur le système de santé provient du fait qu'il n'est pas réellement public et affranchi du profit privé, de la production des matériaux, dont la construction et le financement, les produits pharmaceutiques et les approvisionnements médicaux, jusqu'à la livraison des services. Le budget ne dit rien concernant ce problème très réel et cette contradiction entre le public et le privé et choisit plutôt de lancer une diversion en faveur d'une taxe à la santé et d'une nouvelle franchise pour les consultations. Sa campagne de désinformation obscurcit le fait que les investissements dans la santé sont positifs pour la société et la population. Le gouvernement répète sans cesse que les services de santé sont « un coût » et omet de préciser que ces « coûts » sont en majeure partie attribuables à la valeur que les entreprises privées retirent du système et que c'est l'entreprise privée qui est responsable de l'augmentation des coûts.

Les tarifs

Les tarifs seront indexés annuellement au coût de la vie pour tous les services publics à l'exception des services de garderie, suivant ce que le gouvernement considère comme « juste » et comme correspondant « aux coûts des produits et services ». Le Parti libéral au pouvoir parle de « tarifs équitables » et d'une « révolution culturelle » au Québec. Par exemple, à la Société des établissements de plein air du Québec le tarif d'accès quotidien aux parcs nationaux pour un adulte passera de 3,50 $ à 5,50 $. Cette « révolution culturelle » est en fait une contre-révolution et un recul par rapport au principe de l'universalité d'accès aux institutions et services publics sans égard à la capacité de payer.

Frais de scolarité

* Le budget annonce que « le gouvernement haussera les frais de scolarité universitaire à compter de l'automne 2012 ».

Cette proposition s'inscrit dans la mentalité de « l'utilisateur payeur » que répand le parti au pouvoir dans sa contre-révolution culturelle. L'idée que l'éducation est un droit est depuis longtemps inscrite dans le tissu social du Québec, pas dans le sens qu'il a été réalisé mais dans le sens que si la société veut progresser, elle doit garantir ce droit, ce qui veut dire une éducation publique gratuite et universelle de la première année jusqu'à l'université sans restriction relative à la capacité de payer. La proposition d'augmenter les frais de scolarité cache le fait que les monopoles bénéficient de l'éducation de la jeunesse dans leur construction d'empires, mais refusent de l'admettre et de consacrer une partie du produit social réalisé par les travailleurs québécois dans leurs entreprises à l'investissement dans le réseau d'éducation public. Ce refus des monopoles et des gouvernements d'admettre que les investissements dans l'éducation et la santé et les autres programmes sociaux sont nécessaires au fonctionnement d'une économie moderne et à l'épanouissement de la société, fait de l'élite dominante un obstacle au progrès du Québec. Les riches et leurs monopoles se prétendent des îlots indépendants dans un marché mondial chaotique, qui ne peut pas et ne doit pas être dompté par le facteur humain/conscience sociale. Officiellement, ils ne reconnaissent même pas l'existence de la société québécoise comme telle, ils ne reconnaissent que le marché québécois, mais ils savent au fond qu'ils ne pourraient subsister un seul jour sans la protection de la machine d'État capitaliste monopoliste organisée à outrance et sans les biens matériels produits par l'ensemble de la classe ouvrière, pas seulement « leurs » employés.

La proposition de hausser les frais de scolarité fait partie d'un plan pour détruire l'éducation publique et la livrer à l'entreprise privée du primaire jusqu'à l'université. Cette campagne en faveur de la privatisation de l'éducation est en contradiction directe avec la réalité d'un Québec moderne en tant qu'économie socialisée et en tant que nation ayant besoin d'institutions et d'entreprises publiques modernes sous le contrôle conscient des véritables producteurs, la classe ouvrière et les couches moyennes, pour progresser dans le XXIe siècle.

Augmentation des tarifs de l'électricité

* Le budget propose une augmentation annuelle de 3,7 % des tarifs d'électricité pour les particuliers et les petites et moyennes entreprises à compter de 2014-2015 et des hausses subséquentes liées au coût de la vie. Les grands consommateurs industriels sont spécifiquement exemptés.

La partie du budget qui porte sur le prix de l'électricité trahit la conception du monde capitaliste monopoliste du Parti libéral et son mépris pour le peuple. Les monopoles sont considérés comme la source de la richesse, pas la classe ouvrière qui transforme les matières premières par son travail. Le peuple est réduit à un simple consommateur anticonscient à qui il faut rappeler, en haussant les tarifs, de faire un effort pour conserver ce que les monopoles produisent. Selon le gouvernement libéral, « le bas tarif entraîne chez le consommateur québécois une perception sous-évaluée de cette ressource précieuse. Les Québécois ont peu d'incitation à améliorer leur efficacité énergétique. »

Mais il chante un tout autre refrain quand il s'agit des monopoles : « La clientèle industrielle du tarif L, c'est-à-dire le tarif de grande puissance, sera exonérée de la hausse du prix de l'électricité patrimoniale. [...] Pour cette clientèle, qui regroupe 150 grandes entreprises industrielles, l'électricité est une composante importante des coûts de production. »

Les particuliers et les petites et moyennes entreprises « sous-évaluent cette précieuse ressource » et ont « peu d'incitation à améliorer leur efficacité énergétique », mais les 150 plus grands monopoles pour qui l'électricité « est une composante importante des coûts de production » n'ont pas besoin d'incitation pour être des citoyens exemplaires et consciencieux et peuvent jouir de tarifs réduits parce qu'ils ont la conscience sociale de conduire le Québec vers un brillant avenir vert ! C'est la mentalité qui dit que toutes les ressources humaines et matérielles de la nation doivent être mises à la disposition des monopoles pour les rendre concurrentiels sur les marchés mondiaux parce que cela a des « retombées » pour les simples gens qui pourront grâce à eux rêver d'un avenir prospère et de jours meilleurs. C'est à croire que ce gouvernement vit sur une autre planète. Ne connaît-il pas ces 150 plus grands monopoles ? Ne sait-il pas ce qu'ils ont fait à l'économie et à la société québécoises lors de la dernière crise économique ? En ce moment-même les Montréalais s'organisent pour contester le droit d'un de ces monopoles appelé Shell de fermer ses raffineries. Et que dire des monopoles forestiers ? Veillent-ils eux aussi à notre avenir et à notre bien-être ? Le Parti libéral au pouvoir affirme que « ces entreprises sont en bonne partie situées dans les régions, où leur contribution à l'économie et à l'emploi est vitale. Une hausse des coûts de l'électricité diminuerait de façon importante leur rentabilité et pourrait même entraîner la fermeture de certaines entreprises. »

Nous prend-il pour des valises ? Bien sûr que ces « entreprises situées dans les régions » font « une contribution vitale à l'économie et à l'emploi », elles sont les seuls employeurs ! C'est d'ailleurs une autre raison pour laquelle il faut restreindre les monopoles dans leur activité destructrice et les placer sous le contrôle d'un gouvernement socialement responsable. La restriction du droit de monopole comprend transformer « les 150 plus grandes entreprises industrielles » en entreprises publiques si c'est ce qu'il faut pour forcer les entreprises à servir les régions et l'économie socialisée du Québec plutôt que l'intérêt étroit de l'empire privé.

En somme, on estime que les taxes et tarifs proposés par le budget représentent 10 milliards $ annuellement pour les particuliers. La Presse canadienne calcule qu'« une famille de quatre gagnant 70 000 $ payera 650 $ de plus en 2011 et 1 250 $ de plus en 2012. Une personne seule gagnant 40 000 $ payera 365 $ de plus en 2011 et 1 250 $ de plus en 2012. »

Ces mesures fiscales régressives constituent un transfert direct de richesse de la classe ouvrière et des couches moyennes aux propriétaires du capital. Le produit social annuel du Québec est réclamé principalement par trois groupes : les réclamations des travailleurs et des couches moyennes, les réclamations des gouvernements et les réclamations des propriétaires du capital. Ce transfert du produit social des réclamations des travailleurs et des couches moyennes a pour effet de réduire directement leur niveau de vie, parce que la différence va se retrouver tôt ou tard dans la catégorie des réclamations des propriétaires du capital, surtout dans ce climat de dévalorisation des programmes sociaux et des services publics. Les mesures fiscales proposées par le gouvernement sont régressives. Elles vont à contre-courant de la tendance historique qui veut que les gouvernements, pour satisfaire les besoins de la population et l'intérêt général de la société, doivent percevoir les revenus nécessaires directement auprès des entreprises privées et publiques et non pas indirectement auprès des particuliers.

Ce budget est une expression de la lutte entre le peuple et les propriétaires du capital monopoliste pour les réclamations au produit social réalisé par les travailleurs québécois. Le capital financier international cherche à réduire les réclamations des travailleurs et des couches moyennes, à abaisser leur niveau de vie et à fracturer le tissu social de la nation avec une contre-révolution culturelle. Cette attaque contre les réclamations des travailleurs et des couches moyennes se mène partout dans le monde, comme en Grèce où l'oligarchie internationale exerce une pression immense sur le peuple. À chaque fois, le faux prétexte donné est qu'il faut payer la dette et réduire les déficits, dette et déficits qui sont créés par le capital monopoliste et desquels ils tirent un profit toujours plus grands, peu importe qu'il y ait hausse ou diminution de la dette et des déficits. Le budget du Québec est une attaque contre le peuple et la société. Il expose un gouvernement en contradiction avec le peuple et la société.

(Source : Le Marxiste-Léniniste, 4 avril 2010)

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