Le Marxiste-Léniniste

Numéro 180 - 18 novembre 2010

Le Sommet de Lisbonne de l'OTAN

L'OTAN n'est pas la bienvenue au Portugal


Lisbonne, Portugal, le 25 avril 2010: «Pour la paix, non à l'OTAN!»

Le Sommet de Lisbonne de l'OTAN
L'OTAN n'est pas la bienvenue au Portugal
«Pour la paix, non à l'OTAN» - Juillet 2010

Abandon du calendrier de retrait
Pas de fin à la guerre des États-Unis et de l'OTAN en Afghanistan - Rick Rozoff, Stop NATO

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Le Sommet de Lisbonne de l'OTAN

L'OTAN n'est pas la bienvenue au Portugal

Les actions antiguerre s'intensifient au Portugal à l'approche du Sommet de l'OTAN qui se tient à Lisbonne du 19 au 21 novembre. Parallèlement au sommet, les activistes organisent une fin de semaine d'action contre la guerre avec comme slogans : « Non à la nouvelle stratégie de l'OTAN », « Démantelez l'OTAN » et « Mobilisons-nous pour la paix mondiale ». Il y aura également un contre-sommet à Lisbonne du 19 au 21 novembre, une grande manifestation samedi le 20 novembre et des actions de désobéissance civile à différents endroits.

Le réseau Non à l'OTAN, créé lors des actions contre le Sommet 2009 de l'OTAN à Strasbourg-Kehl, France et Allemagne, présentera une webdiffusion en direct des manifestations à compter de 11 heures (17 heures HNE) le 19 novembre à l'adresse suivante : http://www.no-to- nato.org/en/video-livestream- anti-nato-summit-2010-in-portugal/

Pour des détails sur le programme et des informations en français sur le contre-sommet, voir : http://www.otan-afghanistan.org/

Non à l'OTAN fait remarquer que l'alliance militaire adoptera son nouveau concept stratégique à Lisbonne, pour « mener l'OTAN dans les temps troubles et dangereux du début du XXIe siècle », telle qu'annoncé au sommet de 2009. L'organisation rapporte que le groupe d'experts établi pour formuler la nouvelle stratégie, sous la direction de l'ex-secrétaire d'État des États-Unis Madeleine Albright, a fait ses recommandations en mai dernier dans un rapport intitulé « OTAN 2010 ». « L'Alliance doit être versatile et flexible dans cette période d'incertitude du XXIe siècle », affirme Albright dans un communiqué de presse annonçant le rapport. Non à l'OTAN explique : « S'il faut tirer une première conclusion de ce document, elle ne peut être que ceci : pur militarisme, continuation des guerres, surtout en Afghanistan, et, par dessus tout, poursuite de l'armement nucléaire. Le texte du document est plus prudent et moins direct, mais la réalité est brutale et guerrière. Les stratégies pour une plus grande coopération politique, notamment avec la Russie, se heurtent à la politique d'armement agressif (qui comprend le système anti-missile). La critique du mouvement pour la paix, que nous avons formulée en rapport avec le 60e anniversaire de l'OTAN, demeure nécessaire et correcte : l'OTAN est un dinosaure qui doit être éliminé. »

Au Portugal, « Pour la paix, Non à l'OTAN ! » est le groupe parapluie qui rassemble tous les opposants au sommet de l'OTAN. Depuis avril, il a organisé plusieurs marches et d'autres actions de masse et a recueilli 13 000 noms sur une pétition citoyenne adressée au parlement. En juillet il y a eu un camp de la jeunesse à Aviz, dans le sud du Portugal. Dans une déclaration publiée plus tôt cette année, il explique que non seulement les Portugais sont-ils contre le sommet, mais sa tenue en sol portugais est une infraction à la constitution du pays.

Le Marxiste-Léniniste dénonce le Sommet de l'OTAN et salue tous ceux qui condamnent cette alliance agressive et qui s'organisent pour bloquer ses plans.

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«Pour la paix, non à l'OTAN»

« 1. Le Portugal observe, dans les relations internationales, les principes de l'indépendance nationale, des droits de l'homme, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, de l'égalité entre les États, du règlement pacifique des conflits internationaux, de la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États et de la coopération avec tous les peuples, pour l'émancipation et le progrès de l'humanité.

« 2. Le Portugal est en faveur de l'abolition de l'impérialisme, du colonialisme et de toute autre forme d'agression, de domination et d'exploitation dans les relations entre les peuples, il prône le désarmement général simultané et contrôlé, le démantèlement des blocs politiques et militaires et la mise en place d'un système de sécurité collective afin de créer un nouvel ordre international susceptible de garantir la paix et la justice dans les relations entre les peuples. » – Tiré de la Constitution de la République du Portugal, Article 7

À l'occasion de la visite au Portugal du secrétaire général de l'OTAN dans le cadre des préparatifs du sommet de l'OTAN qui se tient à Lisbonne en novembre, la campagne « Pour la paix, non à l'OTAN », qui comprend plus de 104 organisations, réitère ses préoccupations et sa vigilance face aux menaces et dangers réels que fait planer sur les peuples le renforcement de l'OTAN en tant qu'instrument d'ingérence et d'agression à l'échelle mondiale.

Confrontés à une grave crise, les États-Unis essaient par le biais du sommet de Lisbonne de l'OTAN de forcer leurs alliés à s'engager à escalader les conflits afin d'assurer l'exploitation des ressources, le contrôle des marchés et la domination politique, assurant ainsi leur survie par l'usage de la force militaire.

Les États-Unis, qui font face à leur pire crise économique et financière depuis 1929, voient dans l'exploitation, la violence et la guerre leur réponse au marasme dans lequel ils sont plongés. Le budget militaire américain pour 2010 est le plus élevé de leur histoire et est égal à lui seul à la somme des budgets militaires de tous les autres pays. Le budget militaire des pays membres de l'OTAN représente les 2/3 de tous les budgets militaires dans le monde.

Ceux qui encouragent la course aux armements, la militarisation des affaires internationales, le mépris de la souveraineté des peuples et la guerre sont aussi les premiers responsables de la détérioration économique et de la situation sociale partout dans le monde.

La campagne « Pour la paix, non à l'OTAN » dénonce aussi le gouvernement portugais qui, tout en prenant part aux négociations de l'OTAN, cache au peuple portugais quelle position il y défendra et refuse de promouvoir un débat national large, sérieux et ouvert aux positions divergentes sur les conséquences sérieuses qu'il y a à attacher le Portugal à l'escalade actuelle du militarisme et de la guerre, une escalade qui est en contradiction flagrante avec le texte de la Constitution de la République portugaise.

Le Portugal sera bientôt l'hôte du Sommet de l'OTAN à un moment où son budget militaire pour les agressions contre les autres peuples est en pleine croissance. Ces agressions vont contre l'intérêt national et sont en violation de la Constitution de la République.

Au Portugal comme dans les pays européens en général, ce sont ceux qui vivent de leur travail de même que les pensionnés, les démunis et les plus vulnérables qui sont forcés de faire des « sacrifices » en même temps que croissent les profits et les subsides immoraux. L'argent ne manque jamais quand il s'agit du chantage, de l'ingérence et de la guerre.

À l'occasion de la visite du secrétaire général de l'OTAN au Portugal, dans le contexte des préparatifs du sommet de l'organisation, qui cherche entre autres à reformuler son concept stratégique, la campagne « Pour la paix, non à l'OTAN » trouve important de dénoncer que :

1. Le contenu révélé récemment de la soi-disant « analyse et des recommandations du groupe d'experts sur le nouveau concept stratégique de l'OTAN » ( un groupe présidé, ce qui en dit long, par Madeleine Albright, l'ex-secrétaire d'État de Clinton pendant l'agression illégale contre la Yougoslavie en 1999), même s'il ne comprend pas de changements fondamentaux, ne peut qu'alimenter les craintes au sujet des dangers et des menaces que le sommet représente pour les peuples et le changement qualitatif qui est en train d'être préparé pour le sommet de l'OTAN au Portugal.

2. Le document propose que l'OTAN « normalise » et fomente ses actes agressifs d'ingérence en utilisant n'importe quel prétexte ; qu'il appelle à l'augmentation des budgets militaires et en particulier de ses membres européens , à la course aux armements, à l'établissement de bases militaires étrangères et au déploiement de troupes au-delà des frontières de ses pays membres ; à la transformation des forces armées nationales en forces mercenaires expéditionnaires au service de l'OTAN, c'est-à-dire aux intérêts et ambitions de domination des États-Unis et des grandes puissances de l'UE ; et qu'il appelle à l'ingérence et à la militarisation des relations internationales et de la guerre.



Lisbonne, Portugal, le 29 septembre 2010

3. Le document réaffirme et va encore plus loin dans la position que l'OTAN est un instrument d'ingérence et d'agression à l'échelle mondiale, qui donne priorité à ses activités menées au-delà des frontières des pays membres , ce qui veut dire à l'intérieur des frontières des États non- membres.

4. L'objectif visé est d'étendre les actions de l'OTAN à toutes les régions de la planète (l'Europe, la Méditerranée, l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Asie centrale et le reste de l'Asie, en « oubliant » bien sûr l'Amérique du Nord et l'Amérique latine qui est l'arrière-cour des États-Unis).

5. On cherche à justifier les actions de l'OTAN sous tous les (faux) prétextes possibles, en agitant les soi-disant « nouvelles menaces » qui sont inventées pour tenter de justifier l'existence de l'OTAN de même que sa doctrine, ses objectifs et ses activités criminelles illégales.

6. En d'autres mots, l'OTAN provoque et va provoquer des situations qu'il utilisera par la suite pour commettre des agressions et tenter de les justifier face à une opinion publique qui est délibérément manipulée par des campagnes de désinformation.

7. Le droit international est encore une fois instrumentalisé, partout où c'est possible, pour « légitimer » les actions illégales de l'OTAN ou, lorsque ce n'est pas possible, il est ouvertement violé sous prétexte que toute « menace » est une raison suffisante pour l'ingérence et la guerre.

8. Sur la base des expériences dans les Balkans et en Afghanistan, il est réaffirmé que l'OTAN cherche à élargir sa sphère d'action par l'établissement de « partenariats » avec des pays, des organisations régionales et internationales (y compris l'ONU) avec des raisons, des formes et des durées différentes, pour préparer la voix à la présence et à l'action directes ou pour lier les autres au service de ses objectifs et stratégies de domination de toutes les régions du monde. L'OTAN est appelée à jouer, selon les besoins ou les possibilités, le rôle de directeur ou d'acteur principal, ou de directeur d'autres acteurs, comme l'illustrent les exemples des Balkans (Bosnie-Herzégovine, Kosovo) et de l'Afghanistan.

9. L'analyse du groupe d'experts réaffirme et énumère tous les foyers de tension et de « menaces », tels que définis par les États-Unis, notamment l'Iran, et propose qu'une agression de l'OTAN contre ce pays est justifiée.

10. Il réitère la proximité entre les sphères militaires et civiles (aide humanitaire, protection civile), subordonnant le second au premier, au service d'une stratégie d'ingérence et de domination.

11. Il réaffirme l'Union européenne en tant que pilier européen de l'OTAN et un allié stratégique, soulignant le contenu et la signification du Traité de Lisbonne pour cet objectif militariste.

12. Il défend la préservation et l'utilisation des armes nucléaires dans la doctrine et la stratégie de l'OTAN et défend le déploiement de ce type d'armes, notamment les armes nucléaires des États-Unis, dans les autres pays membres.

13. Il propose que l'OTAN considère comme siens les nouveaux systèmes de missile offensifs, y compris le bouclier anti-missile en Europe.

14. Il prétend préconiser une réduction et une rationalisation des dépenses (administratives) de l'OTAN, mais seulement pour canaliser plus de ressources vers la guerre et l'agression contre les peuples, comme en Afghanistan, où l'alliance se heurte à de plus en plus de difficultés.

15. En somme, le document est une déclaration de guerre contre les peuples du monde.

Face aux objectifs de plus en plus ouverts et inacceptables du sommet de l'OTAN, les demandes et les aspirations de la campagne « Pour la paix, Non à l'OTAN ! » deviennent de plus en plus pertinentes et légitimes.

Pour exprimer l'opposition du peuple portugais à la tenue du Sommet de l'OTAN et à ses objectifs guerriers ;

Pour exiger que le gouvernement retire les soldats portugais engagés dans les missions militaires de l'OTAN ;

Pour exiger la dissolution de l'OTAN ;

Pour exiger le désarmement et l'abolition des armes nucléaires et des armes de destruction massive ;

Pour exiger que les autorités portugaises respectent les dispositions de la Charte de l'ONU et de la Constitution de la République portugaise, le droit international dans son intégralité et la souveraineté et l'égalité des peuples,

La campagne « Pour la paix, Non à la guerre ! » considère qu'il n'est pas possible de réformer ou d'améliorer le nouveau concept stratégique de l'OTAN en voie de préparation. Ce qu'il faut, c'est le rejeter totalement et résolument.

La lutte pour la paix et contre la guerre est une partie intégrante et une condition nécessaire pour le progrès et la justice sociale. [...]


Lisbonne, Portugal, le 6 octobre 2010

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Abandon du calendrier de retrait

Pas de fin à la guerre des États-Unis
et de l'OTAN en Afghanistan

Les grands médias et les médias alternatifs ont reproduit une révélation récente, qui n'a surpris personne, provenant de la chaîne de journaux McClatchy : « L'administration Obama a décidé de renoncer publiquement à ce qu'elle avait auparavant appelé ses dates-clé en ce qui concerne la guerre en Afghanistan pour minimiser la promesse de Barack Obama de commencer le retrait des troupes américaines en juillet 2011. »[1]

Un article publié il y a un mois par cette chaîne, « Les États-Unis et l'OTAN en guerre : Une guerre de 15 ans en Afghanistan et au Pakistan »[2], le révélait et quiconque a suivi les nouvelles sur Internet pendant les semaines qui ont précédé la parution de l'article n'a pas été surpris des révélations de McClatchy.

Le 25 octobre, le secrétaire du Conseil du Traité de l'Atlantique Nord, Edmund Whiteside, a fait un discours à l'Université Concordia à Montréal dans lequel il aurait dit selon la presse : « Vous pouvez vous attendre à ce que la guerre en Afghanistan, le plus long engagement militaire de l'histoire des États-Unis et du Canada, continue encore très longtemps. » « L'Afghanistan est une entreprise militaire de très longue durée », aurait-il dit.

Son opinion sera confirmée par le Sommet de l'OTAN à Lisbonne au Portugal la semaine prochaine, qui adoptera le nouveau Concept stratégique de l'alliance que dominent militairement les États-Unis : le maintien de l'arsenal nucléaire de l'OTAN et le stationnement de bombes nucléaires américaines en Europe. « Le Canada dit ne pas avoir besoin de missiles balistiques, a dit Whiteside. Le Canada, ne l'oublions pas, fait partie d'une alliance qui a une politique nucléaire. Cela n'est pas sans conséquence... »[3]

Le 8 novembre, un jour avant la parution de l'article de la chaîne McClatchy, le brigadier-général allemand Josef Blotz, porte-parole de la Force d'assistance à la sécurité de l'Afghanistan qui est dirigée par l'OTAN et qui comprend 152 000 soldats provenant de 50 pays, a dit : « Nous n'avons pas établi de calendrier de retrait des troupes de la coalition de l'Afghanistan. »

Blotz a ensuite confirmé : « Il n'y a pas encore de calendrier. »

Au sujet du transfert du contrôle de la sécurité aux forces afghanes, il a ajouté : « Nous n'allons pas agir selon un calendrier rigide mais selon les conditions telles qu'elles se développeront dans les années qui viennent. »[4]

Le premier ministre du Canada Stephen Harper a dit le 11 novembre dernier, en marge du Sommet du G20 à Séoul, en Corée du Sud, qu'il avait décidé « de garder des soldats en Afghanistan dans un rôle non combattant d'entraînement une fois la mission de combat terminée en 2011 ».

L'Associated Press a cité un représentant du gouvernement canadien disant que le Canada « maintiendra 750 entraîneurs militaires et 250 membres de personnel de soutien en Afghanistan jusqu'en 2014... »[5]

Les médias ont rapporté que le jour précédent, le commandant en chef des forces britanniques dans le sud de l'Afghanistan, le major-général Nick Carter avait « présenté un tableau désastreux de l'effort de guerre en Afghanistan » pour rendre improbable un retrait ou même un début de retrait des troupes l'an prochain.

Carter a admis que « sous mon commandement j'ai perdu 302 soldats, la plupart américains. Le coût en vies et en argent est énorme. » Il a ajouté que l'OTAN ne serait pas en mesure de savoir s'il était en train de remporter la victoire (un mot qui ne signifie pas grand chose dans une guerre qui s'étire depuis dix ans et s'escalade à chaque jour) avant juin 2011 « quand la saison des combats va reprendre » et que l'Alliance atlantique et le Pentagone seront en mesure de « comparer les attaques des Talibans avec celles de cette année ».[6]

Les États-Unis et l'OTAN (la distinction est mince quand on sait que 140 000 des 150 000 soldats étrangers en Afghanistan servent maintenant sous le commandement de l'OTAN), ont perdu 633 soldats cette année en date du 11 novembre. Ils en ont perdu 521 l'an dernier et 295 en 2008. Sur le total de 2 203 morts parmi les soldats occidentaux dans le pays, 1 184 se sont produites dans les derniers 22 mois.

Citant des statistiques de la US Air Force, un reportage de ABC News du 10 novembre intitulé « Nombre record de frappes aériennes en Afghanistan » révélait que le nombre de frappes aériennes effectuées en Afghanistan en octobre – près de 1 000 – était le nombre mensuel le plus élevé depuis que la guerre a débuté en 2001, alors qu'il était de 700 le mois précédent, une hausse de 172 % par rapport à septembre 2009.

L'article mentionnait également que les sorties de combat américaines et de l'OTAN cette année, soit 26 948, dépassent déjà le nombre record de 26 474 établi l'année dernière.[7]

Ne serait-ce que depuis le début du mois dernier, les États-Unis ont lancé 20 attaques de drones de combat au Pakistan, qui ont tué plus de 130 personnes.

Une violation de l'espace aérien du Pakistan par un hélicoptère armé de l'OTAN a eu lieu dans les régions tribales fédérales du Pakistan le 2 novembre dernier ; c'était au moins la cinquième violation du genre depuis septembre et l'attaque au drone du 31 octobre avait causé la mort de trois soldats pakistanais.

Des députés de l'opposition ont exprimé plus tôt en novembre « leur sérieuse préoccupation face à la violation de l'espace aérien du Pakistan par les forces de l'OTAN » et ils « ont quitté une session du sénat en signe de protestation et condamné avec force les violations de l'espace aérien par les forces de l'OTAN ».[8]

Le magazine indien Frontline rapporte que « le président Obama a accru substantiellement ses dépenses pour la défense et étendu la guerre en Afghanistan » et que « l'administration Obama a complètement endossé la politique de l'administration Bush de tuer les personnes soupçonnées de terrorisme au moyen de drones aériens de combat sans pilote. ».

« Plutôt que de capturer les supposés terroristes dans leurs cachettes dans les villes densément peuplées ou les villages éloignés, ce qui est plus laborieux, les drones bombardent la maison ou le village où les suspects se cachent. Cela cause beaucoup de dommages collatéraux. Le nombre de civils innocents qui sont tués par cette méthode dépasse de beaucoup le nombre des gens qui sont tués dans la lutte contre l'occupation. »

« Depuis qu'il est arrivé au pouvoir il y a deux ans, Obama a fait des drones meurtriers un élément clé de sa lutte contre les militants en Afghanistan et au Pakistan. Les drones sont aussi utilisés de façon indiscriminée pour cibler des militants au Yemen et en Somalie. »[9]

En cette dixième année de la guerre en Afghanistan, le conflit est maintenant beaucoup plus étendu, devenant plus important et mortel avec chaque semaine qui passe. Il va s'accroître encore davantage avant qu'il ne commence à diminuer, si jamais cela arrive.

La promesse de l'an dernier du président Obama de « repositionner » l'an prochain les forces de combat américaines et de l'OTAN de l'Asie centrale et du Sud – elles sont également en poste au Kirghizistan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan – se révèle maintenant être une manipulation ouvertement politique, comme ce le fut depuis le début.

Un texte signé par Stephen M. Walt a été publié le 11 novembre sur le site du National Public Radio sous le titre : « La politique étrangère en Afghanistan : un attrape-nigaud ».

Walt est professeur de relations internationales au John F. Kennedy School of Government à l'Université de Harvard, siège au comité de rédaction de la politique étrangère, des études de sécurité, des relations internationales et du périodique d'études sur la guerre froide, et est le co-auteur avec John Mearsheimer du livre intitulé The Israel Lobby and US Foreign Policy.

Il se demande pourquoi tout ce brouhaha réel ou feint au sujet de l'article de McClatchy, indiquant :

« Je ne connais personne qui pense que les États-Unis pourraient changer les choses en l'espace de 18 mois, et ce délai n'est notamment pas plus qu'une manoeuvre politique conçue pour rendre l'escalade comparable à une étape provisoire. Les gens raisonnables peuvent être en désaccord avec la décision d'Obama d'escalader le conflit en Afghanistan (je pense qu'elle n'est pas la bonne), mais la tergiversation d'Obama sur cette question est l'une des raisons pour lesquelles certains de ses partisans les plus enthousiastes sont devenus désenchantés. »

Énumérant des précédents historiques et faisant allusion à la crédulité maladive du public, Walt ajoute : « Il y a une longue tradition de présidents qui disent au peuple américain que certaines nouvelles missions militaires ne dureront pas longtemps et ne coûteront pas tant que ça. Nixon nous a dit qu'il avait un "plan secret" pour mettre fin à la guerre du Vietnam (il n'en n'avait pas) et Bill Clinton a déclaré que les troupes américaines ne seront en Bosnie que pour 12 mois (cela a plutôt duré neuf ans). Le président George W. Bush et ses conseillers ont déclaré que l'occupation de l'Irak sera brève et s'autofinancera mais aujourd'hui nous sommes toujours là et maintenant Obama a fait essentiellement la même chose : vendre un plus grand engagement en suggérant que ce n'est que temporaire, puis renier la date limite qu'il s'était lui-même imposée ».[10]

D'autres promesses de désamorcer un conflit qui s'avère non seulement la plus longue guerre de l'histoire américaine mais aussi en Afghanistan, vont visiblement suivre leur cours selon le cycle politique aux États-Unis, en particulier l'élection présidentielle de 2012 et la quête présumée d'Obama pour sa réélection, mais vont s'avérer aussi fausses que celles de l'an passée.

Le Pentagone et ce qui sera officiellement dévoilé les 19 et 20 novembre comme étant une OTAN mondiale ont tiré des avantages considérables de la guerre en Afghanistan, et ils ne sont pas prêts à y renoncer. Leurs forces armées se sont installées à long terme au centre de l'Eurasie. Et ils ont construit un réseau international d'installations et de partenariats militaires au service de la guerre, allant de la première base d'opération de transport aérien multinational stratégique en Hongrie jusqu'à une base de transit au Kirghizistan à travers laquelle au moins 50 000 soldats passent chaque mois vers et hors de l'Afghanistan et la subordination des forces armées d'un grand nombre de nations en Europe et en Asie.

Ces derniers jours, par exemple, la guerre en Afghanistan a offert aux États-Unis et à l'OTAN des possibilités sans précédent d'étendre leur portée militaire au monde entier :

Le président Nursultan Nazarbayev du Kazakhstan qui possède la plus grande réserve de pétrole et de gaz naturel dans le bassin de la mer Caspienne et qui a des frontières communes avec la Russie et la Chine, a visité le siège de l'OTAN à Bruxelles pour rencontrer le secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen. Rasmussen « a remercié le président Nazarbayev pour le soutien de son pays à la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) de l'OTAN en Afghanistan ».[11] et Nazarbayev a annoncé que « plusieurs soldats kazakhs serviront au siège de la coalition internationale en Afghanistan ».[12]

L'amiral Giampaolo di Paola, président du Comité militaire de l'OTAN, s'est rendu en Géorgie pour rencontrer les ministres de la Défense et des Affaires étrangères du pays et le chef de l'état-major des Forces armées de la Géorgie et pour inspecter le Centre national de formation Krtsanisi soutenu par l'OTAN, le Bureau de liaison de l'OTAN nouvellement établi dans la capitale nationale et « le 33e bataillon de la 3e Brigade d'infanterie qui va remplacer [le] contingent du 32e bataillon actuellement déployé en Afghanistan ».[13] En août 2008, la Géorgie a mené une guerre de cinq jours contre la Russie, et l'OTAN est en train de former ses forces armées pour autre chose que simplement la guerre en Afghanistan.

Le commandement des opérations spéciales des États-Unis a récemment conclu en Allemagne des exercices d'entraînement pour les troupes de la République tchèque, de la Lituanie et de la Pologne. Le Pentagone a décrit leur objectif comme suit :

« La coordination et la synchronisation entre les forces d'opérations classiques et spéciales (FOS) sont cruciales sur le champ de bataille moderne, puisque les deux jouent un rôle complémentaire au sein d'une responsabilité commune – qu'il s'agisse de la collecte de renseignements ou de mener des opérations de combat ... L'activité de formation fait partie de la mission de la brigade dont un exercice annuel d'entraînement ... afin de préparer des unités de forces conventionnelles attribuées à la zone du Commandement étasunien des opérations européennes pour le déploiement en Afghanistan ».[14]

La Lituanie et la Pologne ont des frontières avec la Russie et les deux accueillent des forces de l'OTAN, le premier pays à une base aérienne et le second à un centre de formation. Plus tôt ce mois-ci le parlement tchèque a approuvé le déploiement en Afghanistan l'année prochaine de troupes supplémentaires, y compris des forces spéciales, ce qui accroît le contingent de ce pays pour l'OTAN à 720 soldats.

Également ce mois-ci, des troupes polonaises se sont entraînées à une base de la Garde nationale de l'Illinois, à une heure de route de Chicago, et un officier polonais impliqué dans la formation, a déclaré : « Nous nous entraînons ensemble parce que nous luttons ensemble. Si nous nous entraînons ensemble nous nous battons et travaillons mieux en Afghanistan. C'est une bonne idée de s'entraîner ensemble avant de se déployer. Nous sommes de bons soldats et de notre brigade a été déployée deux fois en Irak et en Afghanistan et nous travaillons à un niveau élevé. Nous sommes prêts. »[15]

Le lien entre les pays qui contribuent des troupes à la guerre en Afghanistan et l'engagement des États-Unis à intervenir en leur faveur dans des conflits avec des pays voisins a été mis en lumière récemment par Philip H. Gordon, secrétaire d'État adjoint pour les Affaires européennes et eurasiennes.

Lors d'une réunion de stratégie en Pologne le mois dernier il a dit : « Je crois qu'il y a beaucoup d'appui parmi les alliés pour un équilibre entre les missions traditionnelles de l'OTAN menées en vertu de l'Article 5, sur la défense collective, et le besoin d'affronter de nouveaux défis de sécurité dans le monde, et nous sommes très confortables avec cet équilibre. »[16]

Le parlement suédois a prolongé le déploiement de soldats en Afghanistan, où la Suède participe à des opérations de combat et a perdu des soldats pour la première fois en deux siècles, plusieurs mois après que le gouvernement ait éliminé le dernier élément de conscription pour satisfaire les demandes de « professionnalisation » de l'OTAN et après l'annonce d'un déploiement obligatoire pour tous les soldats.

La semaine dernière le ministre de la Défense de l'Allemagne Karl-Theodor zu Guttenberg était en Mongolie, qui a des frontières communes avec la Chine et la Russie, où il a rencontré « des soldats du premier contingent de la mission mongolienne, qui avait été déployé dans le secteur allemand en Afghanistan. »[17]

Dans le contexte de la visite du président Obama à Mumbai et New Delhi, on a appris que l'Inde pourrait être appelée à contribuer des soldats à la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan. L'analyste des affaires de la défense Bharat Singh affirmait récemment que « les près de 9 000 soldats indiens déployés dans des missions de maintien de la paix de l'ONU pourraient facilement être redéployés en Afghanistan. »[18]

En Bulgarie, où le Pentagone a fait l'acquisition de quatre nouvelles bases militaires, dont deux bases aériennes depuis 2006, le ministre de la Défense Anyu Angelov a récemment déclaré que 7 % du budget de la défense (si on peut l'appeler ainsi) de la Bulgarie est consacré à la guerre en Afghanistan. Le nombre de soldats bulgares déployés en Afghanistan passera de 536 à plus de 600. Il a également dit que la Bulgarie « ne fixera pas d'échéance pour le retrait de ses troupes d'Afghanistan ».[19]

Néanmoins, James Warlick, ambassadeur des États-Unis en Bulgarie, qui intervenait à une conférence intitulée « L'Europe en Afghanistan : de la compréhension à l'appui » tenue au Club militaire de la capitale bulgare, a dit que « la Bulgarie pourrait accroître ses efforts en Afghanistan et faire plus ».[20]

La consolidation d'un partenariat militaire de longue portée pour la guerre en Afghanistan ne se limite pas à l'Europe de l'Est. Le mois dernier « un petit coin de Cornwall est devenu l'Afghanistan ». À la base de la Royal Air Force de St-Mawgan, 1 000 soldats du Corps de réaction rapide des forces alliées de l'OTAN ont pris part à « un important exercice d'entraînement, le premier en son genre au Royaume-Uni »[21] en préparation pour le déploiement en Afghanistan en janvier.

« Les soldats du Corps de réaction rapide étaient au pays pour préparer leur formation finale avant d'être déployés pour le service opérationnel en Afghanistan l'année prochaine.

« Les exercices du Corps de réaction rapide vise la formation des recrues en vue de leur participation à la Force internationale d'assistance à la sécurité de l'OTAN. »[22]

De Cornwall à la Mongolie, du Kazakhstan à l'Illinois, de la Suède au pays de Galles, de la Pologne à la Géorgie, de la Lituanie à l'Inde et au-delà, l'OTAN et le Pentagone renforcent les partenariats et les réseaux militaires autour de la guerre en Afghanistan. Ni Washington ni Bruxelles n'est pressé d'abandonner un conflit qui leur a permis de mondialiser leurs rôles militaires.

Notes

1. Nancy A. Youssef, »Obama officials moving away from 2011 Afghan date », McClatchy Newspapers, 6 novembre 2010
2. « U.S. And NATO To Wage War 15-Year War In Afghanistan And Pakistan », Stop NATO, 6 octobre 2010
3. The Link, 2 novembre 2010,
4. Xinhua News Agency, 8 novembre 2010
5. Associated Press, 11 novembre 2010
6. Daily Mirror, 11 novembre 2010
7. Luis Martinez, « Number of Afghan Air Strikes Highest Ever », ABC News, 10 novermbre 2010
8. Daily Times, 4 novembre 2010
9. John Cherian, « Hellfire from the sky », Frontline, 6-19 novembre 2010
10. Stephen M. Walt, « Foreign Policy : Bait And Switch in Afghanistan », National Public Radio, 11 novembre 2010
11. North Atlantic Treaty Organization, 26 octobre 2010 « .... Kazakhstan : U.S., NATO Seek Military Outpost Between Russia And China », Stop NATO, 14 avril 2010
12. Central Asia Online, 27 novembre 2010
13. Ministère de la Défense de la Géorgie, 29 octobre 2010
14. U.S. European Command, 26 octobre 2010
15. Belleville News Democrat, 1er novembre 2010
16. Polish Radio, 29 octobre 2010
17. Ulaanbaatar Post, 5 novembre 2010 « .... Mongolia : Pentagon Trojan Horse Wedged Between China And Russia« , Stop NATO, 31 mars 2010
18. Daily Times, 7 novembre 2010
19. Sofia News Agency, 26 octobre 2010
20. Sofia News Agency, 26 octobre 2010
21. Pirate FM, 14 octobre 2010
22. This Is Cornwall, 14 octobre 2010
23. The Star, 1er novembre 2010

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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