Le Marxiste-Léniniste

Numéro 177 - 12 novembre 2010

Acier

Fermeture et lockout à l'aciérie de Hamilton: Stelco doit continuer de produire, disent les métallos


Les métallos en lockout de Hamilton reçoivent la visite de retraités et de supporters de la
communauté sur les lignes de piquetage devant les portes de l'aciérie le 10 novembre 2010.

Acier
Fermeture et lockout à l'aciérie de Hamilton: Stelco doit continuer de produire, disent les métallos

Foresterie
Les travailleurs de l'usine Papier Masson entre les griffes des vautours de la finance - Gabriel Girard-Bernier

Mines
Résultats du troisième trimestre de Vale: l'opposition ouvrière doit trancher sur la question de la propriété, du contrôle et de l'utilisation des ressources naturelles - Steve Rutchinski

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Acier

Fermeture et lockout à l'aciérie de Hamilton: Stelco doit continuer de produire, disent les métallos

US Steel a encore une fois fermé la production à l'aciérie de Hamilton et le 7 novembre, il a décrété un lockout pour forcer les métallos à faire des concessions, pour détruire le régime de pension de Stelco et pour créer les conditions pour briser le syndicat. Le monopole étasunien répand aussi des rumeurs à l'effet que l'aciérie « n'est plus productive », qu'elle est devenue « un lien faible » dans le maillon de son empire mondial et qu'il songe à démolir l'usine plutôt que d'investir pour rehausser sa capacité de production. Démolir l'énorme aciérie de Hamilton ne peut être vu comme autre chose qu'une agression contre le bien-être et la souveraineté économique du Canada.

Pour essayer de justifier cette invasion, acquisition et démolition de ce que les travailleurs canadiens ont bâti à la sueur de leur front et qui est nécessaire pour leur sécurité et bien-être, US Steel répand la désinformation et le doute à propos de la position de principe défendue par la section locale 1005 du syndicat des Métallos, par la population de Hamilton et par tous ceux qui résistent à la destruction de l'industrie canadienne de l'acier. La compagnie a embauché le monopole comptable Ernst & Young pour préparer sa défense dans les poursuites que lui intente le gouvernement du Canada pour violation de ses engagements aux termes de la Loi sur Investissement Canada.

E&Y est la firme comptable qui avait été embauchée pour superviser la mise en faillite de Stelco en 2004-2006 aux termes de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. C'est aux termes de cette procédure de faillite que US Steel s'est emparé de Stelco. E&Y soumet maintenant un document qu'elle a préparé pour la poursuite au fédéral dans lequel elle tente d'ennoblir les motifs qui ont poussé US Steel à tourner le dos à ses obligations envers l'emploi et la production lors de l'acquisition de l'aciérie.

Après l'acquisition de Stelco en 2007, US Steel n'a pas tardé à renier ses obligations légales, ce qu'il admet maintenant ouvertement pour humilier les travailleurs qui ont cru qu'il respecterait sa parole. On voit maintenant que ces engagements n'étaient qu'une façade que s'était donnée le monopole géant expert en duperie. C'était pour convaincre les « colonisés du nord » que l'impérialisme américain et la mondialisation néolibérale ne sont pas aussi rapaces qu'on pourrait en déduire de leurs agissements dans le monde.

9 novembre 2010



Le 9 novembre, les métallos ont attendu le premier ministre de l'Ontario Dalton McGuinty devant la firme JNE à Hamilton, où il devait annoncer le lancement d'une nouvelle usine d'assemblage de panneaux solaires. Le premier ministre est passé par la porte de derrière (photo du bas à droite). Il a dit que c'est le personnel de sécurité qui lui a conseillé d'éviter les métallos qui voulaient lui demander pourquoi il n'intervient pas contre US Steel dans le dossier des pensions, qui est de juridiction provinciale.

Le président du 1005, Rolf Gerstenberger, a dit plus tard que les travailleurs avaient deux demandes à faire au premier ministre : 1) prendre ses responsabilités et ne pas laisser les multinationales étrangères venir démolir nos usines et laisser nos travailleurs en plan ; 2) empêcher US Steel de détruire les pensions des métallos. Paul Miller, député de Hamilton Est-Stoney Creek, a fait remarquer que la firme JNE est un important contributeur à la caisse électorale du Parti libéral de l'Ontario. « Les travailleurs de Stelco méritent mieux, a-t-il dit. Ils ont contribué à bâtir cette région. Ils méritent un premier ministre qui agira pour protéger les pensions et les avantages sociaux qu'ils ont durement gagnés. »

10 novembre 2010




Le 10 novembre, les métallos de Hamilton ont reçu la visite sur les lignes de piquetage de retraités, membres de la communauté et autres supporters, y compris la chef du NPD de l'Ontario et députée de Hamilton, Andrea Horwath, et le député Paul Miller (centre, droite). « Vous menez une bataille qui est juste, pas seulement pour vous, mais pour des milliers de retraités, a dit Andrea Horwath aux piqueteurs. US Steel fait ce que les sociétés multinationales font partout en Amérique du Nord. La protection des retraités est une des valeurs qu'a toujours défendue le 1005. C'est une bataille qui vaut d'être menée. »

Deux vidéos ont été réalisées sur les lignes de piquetage par Voice of Steel Productions, un collectif multimédia de jeunes et de travailleurs qui ont entrepris de documenter le point de vue des travailleurs. Les vidéos sont en anglais. La première a été réalisée lors du rassemblement le jour du lockout (cliquer ici pour télécharger), le 7 novembre, et la deuxième sur les lignes de piquetage par la suite (cliquer ici pour télécharger). Il faut QuickTime Payer ou VLC Media Player pour les jouer.

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Foresterie

Les travailleurs de l'usine Papier Masson entre
les griffes des vautours de la finance

Les 150 travailleurs de l'usine Papier Masson, située à Gatineau en Outaouais, sont sous la menace d'un ultimatum pour renégocier leur convention collective au plus tard le 19 novembre par un consortium dirigé par Black Diamond Capital Management. Le 29 septembre dernier, le consortium composé d'une filiale du Crédit suisse, de Black Diamond Capital Management, une société d'investissement américaine spécialisée dans la restructuration et créancier de Papiers White Birch à la hauteur de 157 millions $, ainsi que Caspian Capital Advisors, ont acquis aux enchères quatre papetières du monopole forestier Papiers White Birch en plus d'une scierie, notamment une usine à Stadacona près de Québec, et une autre à Rivière-du-Loup.

La vente aux enchères des actifs de Papiers White Birch s'est faite dans un climat complètement antiouvrier. La firme Ernst & Young, le contrôleur des actifs de la compagnie, dans un document déposé en Cour supérieure, affirme qu'il est nécessaire que « les bénéfices offerts aux employés, anciens employés et retraités soient réduits » et que la renégociation des conventions collectives « devient une condition clé » d'une future transaction. La vente aux enchères des usines s'est soldée par la vente des actifs de Papiers White Birch à moins du quart de leur valeur. Depuis, le consortium de vautours financiers mène une attaque de front contre les travailleurs pour renégocier leur convention collective et leur régime de retraite.

La tendance actuelle des ventes aux enchères d'actifs des monopoles forestiers qui sont sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) ne fait qu'accroître l'anarchie dans l'industrie forestière et la multiplication des attaques contre les travailleurs. Loin d'être un remède contre la destruction, les gouvernements et les tribunaux contribuent à la crise permanente en appuyant la liquidation à prix dérisoires des usines et des scieries pour financer d'autres restructurations antiouvrières. Soulignant la fraude et les attaques antiouvrières dans le cas de la vente des actifs de Papiers White Birch, Renaud Gagné, vice-président du Syndicat canadien de l'énergie et du papier (SCEP), déclarait : « C'est scandaleux qu'on veuille profiter de la situation pour acheter des usines pour une chanson tout en menaçant les travailleurs. »

Le cas de l'usine de Papier Masson et des autres usines de Papiers White Birch n'est pas unique. La longue saga du monopole AbitibiBowater sous la LACC et le vol légalisé de milliards de dollars du produit social par l'oligarchie financière avec la complicité du gouvernement Charest démontrent que les vautours financiers font partie du problème et non de la solution. Les solutions à la crise de l'industrie ne peuvent venir que des travailleurs et de leurs alliés.

Depuis le début de la crise de l'industrie forestière, les gouvernements de Harper au Canada et de Charest au Québec ont appuyé les monopoles forestiers dans leur oeuvre de destruction et de saccage qui a privé des dizaines de milliers de travailleurs et leurs communautés de moyen de subsistance. Les différents consortiums qui se spécialisent dans les restructurations tirent des bénéfices immenses des transactions qui se multiplient, tout en extorquant une part du produit social transférée le plus souvent aux États-Unis. Les vautours de la finance ne sont pas la solution à la crise de l'industrie forestière et doivent être exclus de toute transaction dans le monde forestier. Défendons le moyen de subsistance des travailleurs et les retraités de l'usine de Papier Masson ! Pas de remèdes des dieux de la peste !

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Mines

Résultats du troisième trimestre de Vale:
l'opposition ouvrière doit trancher sur la question
de la propriété, du contrôle et de l'utilisation
des ressources naturelles

Vale a publié le 27 octobre son rapport du troisième trimestre 2010. Le rapport est signé par le Département des relations avec les investisseurs de Vale, mais il aurait pu être sorti de la plume de l'avare de La Fontaine qui a été assez fou pour tuer la poule qui lui pondait des oeufs d'or. Tout comme l'avare, Vale est imbu de lui-même et se vante de sa performance « éclatante », « remarquable », « la meilleure de l'histoire », un « record ». etc.

Selon le rapport, « les revenus records d'opérations de 14,5 milliards $US du troisième trimestre 2010 représentent une augmentation de 46 % par rapport aux revenus de 9,9 milliards $US du deuxième trimestre de 2010. » Chaque dollar de revenu, en plus du reste qui va au service de la dette, à la prise de contrôle des ressources en potasse, etc. provient de la sueur et du sang des travailleurs qui produisent la richesse de Vale dans ses installations partout dans le monde et il provient également des prix de cartel imposés à la vente des ressources naturelles que Vale pille à l'échelle mondiale.

Les travailleurs doivent construire une opposition ouvrière qui limite le pouvoir des monopoles internationaux comme Vale et prend contrôle de nos ressources naturelles en tant que biens de la nation qui doivent être utilisés de manière durable au bénéfice des travailleurs actifs et à la retraite, des générations à venir et de la société dans son ensemble. Le contrôle de nos ressources est vital au projet d'édification nationale de la classe ouvrière canadienne et à notre solidarité internationale avec les travailleurs et les nations du monde.

Vale se regarde dans le miroir et applaudit sa brillante stratégie d'affaires : « Dans la phase d'expansion du cycle d'affaires, la demande pour nos produits fait augmenter les volumes de ventes et les prix... Dans cet environnement, la variable critique qu'il faut surveiller est l'effet net des ventes et des prix sur la profitabilité et les liquidités, ce qui requiert une évaluation constante des revenus marginaux par rapport aux coûts marginaux. »

Félicitations ! Ça doit être épuisant d'être si brillant ! C'est probablement ce que le PDG Pollesel avait en tête quand il a dit devant la Chambre de commerce il y a de ça quelques semaines, que les liquidités provenant des opérations de Sudbury ne suffisent pas à financer les investissements de modernisation et de maintien des opérations. Selon lui, Sudbury ne pourrait pas survivre sans Vale !

Le « miracle économique » de Vale est une question de prix de cartels

Le succès de Vale tient au fait qu'une poignée de monopoles se sont emparés des ressources naturelles à l'échelle du globe et qu'ils agissent en cartels pour fixer les prix tout en se faisant mutuellement concurrence. La brillante stratégie d'affaires et « l'évaluation constante des revenus marginaux » n'est pour rien là-dedans. Vale a amassé son butin en exerçant un diktat de monopole brutal.

Le rapport du troisième trimestre 2010 le dit lui-même : « Les revenus d'opérations du trimestre ont atteint 14,528 milliards $ US, une hausse de 193 % par rapport aux revenus de 4,954 milliards $US du même trimestre en 2009. » La cause principale de ce miracle économique est une « hausse des prix », surtout des métaux ferreux (minerai de fer et granules de minerai de fer) que Vale, Rio Tinto et BHP Billiton ont imposée à l'échelle du globe cette année en vertu de leur contrôle global des ressources de minerai de fer.

Vale, Rio Tinto et BHP Billiton contrôlent conjointement 35 % de la production mondiale du minerai de fer et 61 % du commerce international de ce minerai. Companhia Vale do Rio Doce est le plus gros producteur de minerai de fer du monde. Ils ont augmenté de concert le prix du minerai de fer sur les marchés mondiaux de plus de 90 %. EUROFER, la Confédération européenne des industries du fer et de l'acier, qui consomme régulièrement 24 % de la production des métaux ferreux de Vale, a dit récemment : « La faible différence entre les augmentations de prix qui sont demandées par les plus gros producteurs qui dominent l'industrie du fer est quelque chose de remarquable. » (Tiré du numéro du 13 mars 2010 du journal The Australian).

La performance « éclatante » de Vale à son troisième trimestre est due essentiellement à la fixation des prix. Les produits de métaux ferreux comptent pour 76 % des revenus totaux d'opérations de 14,496 milliards $ US au troisième trimestre soit 11,04 milliards $US. Les ventes de produits de métaux ferreux ont augmenté de 13 % pendant le troisième trimestre 2010 par rapport au trimestre précédent tandis que les revenus ont augmenté de 52 %, passant de 7,321 milliards $ US à 11,040 milliards $ US.

Le diktat brutal de Vale dans ses opérations de nickel

La nécessité pour les travailleurs de faire échec au diktat brutal de monopoles géants comme Vale et de prendre contrôle de nos ressources n'est nulle part plus évidente que dans l'expérience amère des travailleurs de Sudbury, de Port Colborne, de Voisey's Bay au Labrador et de Thompson au Manitoba depuis plus d'un an.

Les ressources en nickel tout comme le minerai de fer sont contrôlées à l'échelle mondiale par une poignée de monopoles. Lorsque la récession mondiale a frappé, les monopoles internationaux ont réduit la production mondiale de nickel de 24 %.

À Sudbury, Xstrata a fermé des installations parfaitement productives et s'est concentré sur le développement du site de South Rim. Les travailleurs ont perdu leurs emplois et Sudbury une quantité substantielle d'activité économique tandis que Xstrata, selon les mineurs, empochait jusqu'à un million de dollars à chaque explosion qui extrayait des concentrations particulièrement riches en métaux précieux, avant même qu'on touche au nickel.

Vale a utilisé la récession et son contrôle des ressources en nickel au Canada et dans le monde, particulièrement en Indonésie, pour attaquer les travailleurs actifs et à la retraite, leurs pensions et les primes sur la production de nickel. Vale a imposé une grève longue, brutale et vicieuse aux travailleurs de Sudbury et de Port Colborne. Les travailleurs de Voisey's Bay sont toujours en grève contre des demandes de concessions encore plus coûteuses tandis que Vale continue d'essayer de pousser la production avec des scabs.

C'est certain que la grève a coûté de l'argent à Vale. Les opérations de Sudbury produisent à elles seules environ 25 % de la production de nickel totale de Vale à l'échelle mondiale. Le rapport du troisième trimestre indique que Vale a été obligé d'acheter pour 69 millions $ de produits de nickel au second semestre de 2010 et un autre 63 millions $ au troisième semestre (environ 3 millions de tonnes métriques à chaque trimestre) afin de respecter son livret de commandes. Le nickel n'en a pas moins généré des revenus de 891 millions $ US (soit un revenu net de 828 millions $ US) au troisième trimestre de 2010 et 820 millions $ US (un revenu net de 751 millions $US) au deuxième trimestre.

Les revenus des métaux de base ont généré 1,9 milliard $ des revenus d'opérations de Vale au troisième trimestre 2010. Le nickel et le cuivre ont généré près de 70 % des revenus des métaux de base, rapportant respectivement 891 millions $ US et 395 millions $ US. Si Vale a été capable de réaliser ces revenus en dépit de la grève qu'il a imposée aux travailleurs de Sudbury, Port Colborne et Voisey's Bay, c'est qu'il a augmenté la production ailleurs, surtout en Indonésie.

La « performance remarquable » de Vale au troisième trimestre 2010 fait l'envie des gangsters et des voleurs qui rêvent de faire la même chose aux travailleurs et aux peuples du Canada et du monde. En ce qui concerne les travailleurs, la performance de Vale est un exemple du diktat monopoliste. C'est un enfer sur terre qui ne disparaîtra pas de lui-même. Nous devons limiter le pouvoir des monopoles internationaux en construisant une opposition ouvrière effective qui entre autres choses prend contrôle de nos ressources naturelles et les fait servir les travailleurs, leurs familles et leurs régions et la société dans son ensemble.

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