Le Marxiste-Léniniste

Numéro 168 - 28 octobre 2010

Non aux pensions et conditions
de travail à deux vitesses!

Non aux pensions et conditions de travail à deux vitesses! - Entrevue: Dominic Lemieux, président du Comité des jeunes de la FTQ

Secteur minier
Les travailleurs de Voisey's Bay rejettent le diktat arrogant de Vale - Steve Rutchinski

Secteur automobile
Les TCA intensifient leur lutte contre les concessions - Entrevue: Gerry Farnham, président de la section 195 des TCA, secteur des pièces, Windsor-Essex
Navistar fait du chantage contre les travailleurs et la communauté - Pierre Chénier
Au sujet de la situation à Navistar à Chattam - Entrevue: Cathy Wiebenga, déléguée des TCA à Navistar

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Non aux pensions et conditions
de travail à deux vitesses!

Le comité des jeunes de la FTQ s'est réuni pendant la semaine du 19 septembre pour se préparer pour le Congrès de la FTQ qui aura lieu du 29 novembre au 3 décembre à Montréal. Le comité a décidé entre autres choses d'intensifier son travail contre l'imposition de régimes à deux vitesses dans les conditions de travail, pensions et avantages sociaux à la retraite qui sont introduits sous toutes sortes de prétextes arbitraires et notamment sur la base de l'âge. C'est une des contributions que les jeunes travailleurs comptent faire au Congrès de la FTQ afin que les syndicats mettent tout leur poids dans la solution de ce problème.

LML : Comment le Comité des jeunes voit-il cette question de l'opposition aux régimes à deux vitesse dans les conditions de travail, pensions et avantages sociaux à la retraite ?

Dominic Lemieux : Cela fait des années que nous nous battons là-dessus et nous voulons utiliser l'occasion du Congrès de la FTQ pour développer ce combat. Des conditions de travail à deux vitesses sur la base de l'âge ou sur toute autre base sont quelque chose d'injuste. C'est hypocrite aussi parce qu'on prend des décisions sur les conditions de travail de gens qui ne sont pas encore dans les places de travail et n'y ont donc aucune voix. Ils sont les futurs engagés. Ils n'ont pas de voix dans les décisions qui sont prises et qui les excluent des fonds de pension à prestations déterminées et les placent sur les fonds de pension à cotisations déterminées, qui sont bien inférieurs, ou encore réduisent ou même éliminent leurs avantages sociaux à la retraite. On décide à leur place que leur salaire au moment de l'engagement sera inférieur à ce qu'il est actuellement pour les nouveaux engagés.

Cela nuit beaucoup à la solidarité syndicale que d'avoir des travailleurs qui font le même travail, côte-à-côte, et ont des conditions de travail différentes. Cela se produit surtout dans le secteur manufacturier traditionnel, chez de gros employeurs comme Vale ou dans le secteur automobile. Dans le secteur des services, les fonds de pension à prestations déterminées sont déjà rares alors la question ne se pose pas de la même manière. Je pense que la société fait face à deux options : ou bien nous nous battons pour conserver ce que nous avons et pour protéger les générations futures ou nous jetons la serviette.

Nous menons notre travail à divers niveaux. Au niveau des lois du travail, par exemple. Nous demandons un resserrement des clauses anti-discrimination de la Loi sur les normes du travail. La loi s'oppose à la discrimination sur des choses de base comme les congés payés et les paies de vacances et aussi dans une certaine mesure sur les salaires en interdisant notamment à un employeur de payer un employé à un salaire moindre pour le même travail dans une même place de travail sous prétexte qu'il fait moins d'heures par semaine. Nous voulons renforcer et étendre l'application des clauses anti-discrimination aux pensions à deux vitesses et à d'autres questions également. Nous voulons accentuer la pression sur tous les politiciens pour que la loi soit renforcée dans son opposition aux conditions à deux vitesses.

Nous menons aussi un travail pour renforcer les clauses de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse qui interdisent la discrimination sur la base de l'âge ou sur toute autre base.

Notre travail inclut aussi toute la question de la précarité de l'emploi, qui constitue aussi de la discrimination. À Hydro-Québec, par exemple, vous pouvez avoir travaillé là pendant près de 15 ans et être toujours à contrat, lequel doit être renouvelé à chaque année, ce qui fait que vous ne savez jamais si vous allez travailler d'une année à l'autre. Pourquoi ne pas créer des emplois permanents ?

Nous devons développer ce combat dans les places de travail elles-mêmes et surtout dans les endroits syndiqués. Le contexte économique est très difficile et il y a beaucoup de pression sur les travailleurs pour qu'ils fassent des concessions. Nous avons besoin de toute la solidarité possible entre les travailleurs pour passer à travers cette période difficile et défendre notre unité. Il y a tellement de temps qui est perdu à la table de négociations à discuter de ces questions, à chercher à défaire ces tentatives de diviser les travailleurs avec des conditions de travail à deux vitesses. Les jeunes travailleurs disent déjà à leurs collègues et à leur syndicat que ça n'a pas de sens d'avoir des conditions de travail inférieures pour un même travail. Cela va créer une situation où dans 10-15 ans ces jeunes travailleurs, qui seront alors la majorité dans les places de travail, vont se demander pourquoi ils devraient se battre pour maintenir l'indexation des pensions des retraités si ces retraités ont accepté des conditions de travail inférieures pour les nouveaux engagés quand ils travaillaient.

C'est notre solidarité qui est en jeu. Si un président de syndicat a de meilleures conditions de travail que ses membres, est-ce qu'ils vont aller en grève tous ensemble côte-à-côte ?

Je suis heureux de dire que la direction de la FTQ se montre très sympathique à notre travail et j'ai bien hâte au Congrès.

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Secteur minier

Les travailleurs de Voisey's
Bay rejettent le diktat arrogant de Vale

Les 133 membres de la section 9508 du Syndicat des métallos à Voisey's Bay en sont maintenant à leur 15e mois de grève contre les demandes scandaleuses de Vale. L'entreprise leur demande encore plus de concessions qu'elle n'en a demandées à ses travailleurs de Sudbury et Port Colborne. Vale a rompu pour une nouvelle fois les négociations avec les travailleurs de Voisey's Bay le jour même où Exportation et développement Canada a annoncé un prêt d'un milliard de dollars à Vale dont un montant de 250 millions $ pour la construction d'une usine de haute technologie de traitement du nickel dans le sud de Terre-Neuve. Vale a quitté la table de négociations avec arrogance, escomptant bien que les travailleurs allaient accepter de voter sur une autre offre humiliante.

Comme les travailleurs sont amenés aux installations de Voisey's Bay par avion, le syndicat a décidé de tenir des assemblées dans diverses localités de la province pour informer ses membres de l'offre que Vale avait sur la table lorsqu'elle a rompu les négociations. Il n'a pas fallu plus d'une ou deux assemblées pour réaliser que les travailleurs allaient fermement rejeter l'offre de Vale et ses demandes de concessions.

Mises à part les concessions sur les primes sur le nickel qui sont encore plus coûteuses que celles arrachées à ses autres travailleurs, il y aussi des questions en litige concernant la durée de la convention collective, les primes reliées aux quarts de travail, le temps supplémentaire et le paiement des heures de libération syndicale.

Le représentant des métallos Boyd Bussey a expliqué « que dans le but de conclure une entente nous avons accepté la même prime sur le nickel que Vale a obtenue à Sudbury » mais Vale a refusé. Bussey a également expliqué que les travailleurs qui sont amenés par avion à la mine de Voisey's Bay y restent deux semaines et ont deux semaines de congé. Ils travaillent 14 quarts de travail de 12 heures en ligne soit 168 heures. Ils ne sont pas payés en temps supplémentaire et ne reçoivent aucune prime relative à leur type de quart de travail.

En ce qui concerne les montants payés pour libération syndicale, dans la plupart des mines au Canada des travailleurs sont dégagés à temps plein comme représentants en santé-sécurité et sont payés par l'entreprise. Ça n'est pas le cas à Voisey's Bay. Les représentants et officiers syndicaux y font leurs quarts de travail de 12 heures et ils sont censés faire leur travail syndical après leur quart de travail ou pendant leurs deux semaines de congé.

Le président de la section 9508 Dave Cove a dit que la seule nouvelle proposition que Vale a déposée lors de la dernière ronde de négociations concernait un protocole de retour au travail étalé sur sept semaines. « Si nous avions accepté cela aujourd'hui, a-t-il dit, il y a des travailleurs qui auraient reçu leur premier chèque de paie à la mi-janvier. » Ce protocole prévoit également que les travailleurs devraient travailler côte-à-côte avec les scabs une fois la grève terminée. « Nous forcer de travailler côte-à-côte avec les scabs, a dit Cove, va créer une situation volatile et dangereuse. »

Les conditions à Voisey's Bay sont telles qu'au mois d'août, 117 travailleurs syndiqués à l'emploi de sous-traitants qui s'y occupent de sécurité et d'entretien et fournissent des services de traiteur ont fait un refus de travail à cause de conditions non sécuritaires et nocives pour la santé à la mine. Avec l'arrogance qui est devenue sa marque de commerce, Vale a intenté une autre poursuite en dommages au civil contre la section 9508 du Syndicat des métallos, l'accusant « de s'ingérer » dans ses contrats de sous-traitance et d'inciter à la grève illégale.

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Secteur automobile

Les TCA intensifient leur lutte
contre les concessions

Hier le 27 octobre, les TCA organisaient une journée d'action devant leurs endroits de travail à l'heure du dîner dans le sud de l'Ontario. Ils visent par là à intensifier leur lutte contre les demandes de concessions de la part des monopoles de l'automobile et à renforcer leur résistance collective face à ces demandes. Ils ont mis de l'avant les revendications suivantes pour la journée : pas de coupures de salaires ; pas de coupures dans les pensions ; pas de conditions de travail à deux vitesses ; défendons nos emplois et résistons aux demandes de concessions des employeurs.

Nous reproduisons une entrevue avec Gerry Farnham qui est le président de la section 195 des TCA dans la région de Windsor-Essex.

LML : Les travailleurs tiennent leur journée d'action du 27 octobre pour intensifier la lutte contre les demandes de concessions des monopoles de l'automobile dans le secteur des pièces. Pouvez-nous en dire plus au sujet de ces concessions ?

Gerry Farnham : Les concessions appartiennent à trois catégories : les salaires, les pensions et avantages sociaux et les conditions de travail à deux vitesses.

Les demandes de coupures de salaires sont énormes, de 27 $ à 14 $ de l'heure dans certains cas ou encore de 26 $ à 20 $. C'est une descente en spirale qui n'a pas de fin. On nous demande d'abaisser drastiquement les salaires dans les usines de pièces alors qu'au même moment les travailleurs du secteur qui ont été mis à pied en 2008-2009 se trouvent principalement des emplois à temps partiel et parfois au salaire minimum qui est de 10,25 $ en Ontario. Les TCA estiment qu'entre l'automne 2008 et le printemps 2009, plus de 21 000 travailleurs du secteur des pièces automobiles à travers le Canada ont perdu leur emploi soit un travailleur sur quatre. Ne nous méprenons pas non plus. Les demandes de coupures de salaires ne sont pas faites uniquement à notre secteur ou uniquement à des secteurs spécifiques. On m'a même demandé récemment à une émission de radio ce que j'entendais faire pour convaincre Dalton McGuinty, le premier ministre de l'Ontario, de réduire le salaire minimum pour le rendre plus concurrentiel avec celui des États-Unis ! ! ! On est en train de pousser les travailleurs vers une situation où ils vont gagner juste un peu plus que ce qu'on reçoit sur l'aide sociale. Nous avons maintenant des travailleurs qui doivent faire un choix entre mettre de la nourriture sur la table et inscrire leurs jeunes dans des activités sportives !

Les concessions sont également énormes en ce qui concerne les pensions et avantages sociaux. Une des concessions par exemple c'est de transformer les fonds de pension à prestations déterminées en fonds à cotisations déterminées. Dans certains cas ce sont tous les travailleurs qui sont visés et doivent changer de fonds de pension et dans d'autres cas les travailleurs actuels restent sur le fonds à prestations déterminées et ce sont les nouveaux engagés qui doivent se placer sous un fonds à cotisations déterminées. Les concessions sur les avantages sociaux, qui concernent autant les travailleurs actifs que les retraités, comprennent des choses comme les prestations pour maladies causées par des accidents et les régimes dentaires.

Les demandes de conditions de travail à deux vitesses sont aussi très vastes et touchent entre autres les pensions, les avantages sociaux et les salaires. Comme je viens de le dire, les employeurs nous demandent de placer les nouveaux engagés sur les fonds de pension à cotisations déterminées. Sur la question des salaires, on veut nous faire accepter un salaire à l'engagement des nouveaux travailleurs qui est très inférieur à ce qu'il est actuellement, et des niveaux de salaires à chaque niveau pour les nouveaux engagés qui sont inférieurs aux niveaux correspondants actuels ; si cela passe, les nouveaux travailleurs ne rejoindront jamais les autres du point de vue salaires peu importe le nombre d'années qu'ils travaillent. C'est une attaque contre les salaires évidemment. mais également contre les syndicats car on ne peut pas justifier dans un même syndicat d'avoir des travailleurs qui travaillent côte-à-côte et font le même travail tout en ayant des conditions de travail différentes.

Nous voyons bien que les entreprises utilisent le contexte économique pour demander un abaissement permanent de toutes les conditions de travail et du niveau de vie au sein du secteur et dans la société en général et nous n'allons pas accepter cela. Vous pouvez vous imaginer l'impact que cela produit dans l'économie locale quand les travailleurs s'appauvrissent, ce qui est déjà le cas en ce moment. En tant que syndicat nous avons accepté d'aider les employeurs au moment fort de la récession tant dans l'assemblage que dans le secteur des pièces mais ils nous en demandent encore plus alors que le secteur automobile vit une lente reprise. Il y a des entreprises qui ont fait des centaines de millions en profits l'an dernier et elles nous demandent quand même d'énormes concessions. C'est pourquoi un de nos slogans est : « Assez, c'est assez ! ».

Le 27 octobre nous tenons des rassemblements devant les usines de pièces automobiles pour faire entendre notre message et appuyer les travailleurs du secteur et surtout leur faire savoir que nous n'allons pas les laisser à eux-mêmes face à ces attaques. Nous avons également distribué des tracts aux travailleurs d'usines non syndiqués pour leur expliquer le sens de notre action. Le 27 octobre, nous allons également présenter les demandes des TCA pour un commerce équitable et non le libre-échange et pour un nouveau Pacte de l'automobile qui soit un avantage pour le Canada parce que c'est évident que les concessions salariales et autres n'ont rien à voir avec la solution des problèmes de l'industrie.

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Navistar fait du chantage contre
les travailleurs et la communauté


Manifestation des travailleurs de Navistar devant le conseil municipal de Chatham-Kent le 28 juin 2010 (TCA)

Les travailleurs de l'usine de camions de Navistar International à Chatham ont maintenant été mis à pied depuis le 30 juin dernier, soit le jour même où leur convention collective a pris fin. Les travailleurs ont proposé de reporter l'échéance de la fin du contrat afin de se donner la possibilité de négocier une convention sans grève ou lockout mais Navistar a tout de suite mis à pied tous les travailleurs de la production et les employés de bureaux. Les travailleurs et la population de la municipalité de Chatham-Kent demandent au monopole américain de réouvrir immédiatement l'usine de camions de Chatham et de retirer ses demandes de concessions.

La fermeture de l'usine de camions a causé une situation des plus difficiles non seulement pour les travailleurs de Navistar mais pour ceux de la municipalité toute entière car la fermeture de l'usine a entraîné la fermeture ou la faillite d'usines de pièces. Le syndicat rapporte qu'un certain nombre de travailleurs de Navistar doivent maintenant avoir recours aux banques alimentaires et la municipalité rapporte que le nombre de gens sur l'aide sociale a augmenté. Chatham-Kent fait partie de la région économique de Windsor-Sarnia laquelle a le taux de chômage le plus élevé des 11 régions économiques de l'Ontario. Le taux de chômage officiel de la région est de plus de 11 % tandis qu'il est d'environ 9 % en moyenne dans les régions mais bien sûr le taux de chômage réel est bien plus élevé que cela dans les deux cas. La région est en train de perdre rapidement son secteur manufacturier ce qui cause une sérieuse détérioration des niveaux de vie de la population et beaucoup d'insécurité.

Voilà plus de 15 mois que les travailleurs de Navistar s'opposent courageusement aux concessions. L'étendue de ces concessions est sans précédent et celles-ci menacent l'existence même du syndicat et de l'usine d'assemblage de camions. Navistar employait plus de 2 000 travailleurs dans les années 1990 et ce nombre est tombé à environ 1 000 en 2007. Lorsque la convention collective est arrivée à échéance à la fin-juin 2009, il ne restait plus qu'environ 350 travailleurs dans l'usine et tous les autres avaient été mis à pied. Navistar a tout de même demandé des concessions qui auraient réduit le nombre de travailleurs de l'unité de négociations à juste un peu plus de 100, qui déménageraient une large part de la production vers les États-Unis et le Mexique et permettraient à des travailleurs à contrat de faire le travail des travailleurs de l'unité syndicale. Selon les travailleurs, accepter ces concessions signerait vraisemblablement l'arrêt de mort de l'usine à plus ou moins long terme. La direction de Navistar affirme vouloir négocier mais ce sont en réalité les conditions de la fermeture qu'elle demande aux travailleurs de « négocier » tout en les laissant à la rue.

Les travailleurs demandent aux gouvernements fédéral et ontarien de faire pression sur Navistar pour qu'elle redémarre l'usine et ils leur demandent aussi de défendre le secteur manufacturier qui perd un très grand nombre d'emplois. Ils mentionnent que Navistar a reçu plus de 60 millions $ en subventions des deux paliers de gouvernement en 2005 et plus de 40 millions $ en concessions de la part des travailleurs au fil des années. Les travailleurs demandent avec raison qu'on ne permette pas à Navistar de s'enfuir avec l'argent que l'entreprise a reçu du trésor public.

Navistar ne se reconnaît aucune responsabilité sociale envers les travailleurs et la municipalité tandis que les gouvernements refusent d'aller au-delà de leur rengaine impuissante à l'effet qu'ils ne peuvent pas s'ingérer dans les négociations et qu'ils regrettent que « Navistar ait eu à prendre cette décision ». Cela fait maintenant plus de 15 mois que les travailleurs et la communauté sont privés d'un énorme montant de richesse sociale et que l'économie locale se fait attaquer mais les gouvernements persistent à prétendre que tout cela relève d'une « affaire commerciale du domaine privé ».

Tous les travailleurs doivent se prononcer et exiger que Navistar cesse son chantage immédiatement et que ce monopole américain retire tout de suite ses demandes de concessions anti-ouvrières.

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Au sujet de la situation à Navistar à Chattam

LML : Quels sont les derniers développements à Navistar ?

Cathy Wiebenga : L'usine est maintenant fermée depuis le 30 juin 2009. C'est une très longue période d'attente pour les quelque 900 travailleurs de la production et 90 employés de bureau qui ont été mis à pied sans date de rappel. Nous avons deux sections locales des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) dans la place. La section 127 représente les travailleurs de la production et la section 35 représente les employés de bureau.

Le 19 août, nous avons rencontré la compagnie pour explorer les avenues possibles et voir ce qui pouvait être fait pour l'usine d'assemblage de Chatham. Depuis que nous avons été mis à pied à la fin de juin 2009, il n'y a eu que très peu de progrès en ce qui concerne la signature d'une convention collective qui soit viable. Notre convention collective s'est terminée le jour même où nous avons tous été mis à pied. Cette mise à pied en soi représente une violation des ententes que l'entreprise a signées dans le passé avec les gouvernements fédéral et ontarien. Ces ententes comprenaient un niveau donné de sécurité d'emploi pour nos travailleurs jusqu'en 2013. Comme aucun de nous ne travaille en ce moment, il est clair que Navistar ne respecte pas les ententes.

Notre lutte fait partie de la lutte pour défendre les emplois manufacturiers. Nous demandons aux gouvernements d'adopter une politique d'achats selon laquelle si vous voulez vendre un produit en Ontario ou au Canada vous devez également produire quelque chose en Ontario ou au Canada. Cela ne vaut pas seulement pour la production de camions mais pour tout le secteur manufacturier.

Nous avons organisé plusieurs actions et notamment des présentations aux politiciens. Nous sommes allés au Conseil de Ville cet été pour y demander de l'appui pour garder ouverte l'usine de Chatham. Nous avons contacté l'entreprise pour explorer les avenues possibles. Navistar est au courant que nous attendons une réponse de sa part.

Navistar produit des camions à Chatham depuis près de 60 ans. Mis à part les emplois directs, il y a un grand nombre d'emplois indirects qui sont en jeu. Il y a plusieurs usines de pièces et de services de logistique qui sont fermées depuis que nous avons été mis à pied comme Penske, Southwest Warehousing et WPP qui nos fournissait des châssis et l'usine de pièces Findlay a fait banqueroute. Tout cela est directement relié à la fermeture de l'usine de camions. Cette fermeture an un impact énorme sur toute la municipalité.

Les emplois manufacturiers, ceux qui sont syndiqués comme ceux qui ne le sont pas, sont très importants pour la communauté. Une grande partie des gens de la communauté sont impliqués dans ce genre de travail. Nous demandons à nos gouvernements d'adopter des politiques qui protègent ces emplois. La situation que nous vivons affecte toutes les entreprises dans notre communauté. Tout le monde est affecté.

Nous ne pouvons pas accepter les demandes de concessions de l'employeur. Il nous demande par exemple de céder une partie de nos emplois à des travailleurs de l'extérieur de l'usine. C'est une attaque contre notre syndicat. Mais ce ne sont pas seulement les travailleurs syndiqués qui sont visés. Tous les travailleurs le sont. Les attaques contre les travailleurs qui sont organisés atteignent aussi ceux qui ne le sont pas. C'est une attaque générale contre les travailleurs du secteur manufacturier et tous sont affectés.

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