Le Marxiste-Léniniste

Numéro 162 - 19 octobre 2010

64e anniversaire des procès de Nuremberg

Opposons-nous à la campagne pour
réhabiliter des criminels de guerre nazis!

64e anniversaire des procès de Nuremberg
Opposons-nous à la campagne pour réhabiliter des criminels de guerre nazis!
Walkyrie: Quand des criminels de guerre nazis deviennent de nobles et vaillants chevaliers - Dougal MacDonald
Comment les impérialistes américains ont sauvé les industriels nazis

À titre d'information
Les plans des industriels allemands pour une action souterraine après la défaite de l'Allemagne

Accueil | Archives | English

64e anniversaire des procès de Nuremberg

Opposons-nous à la campagne pour
réhabiliter des criminels de guerre nazis!


Monument aux victimes des atrocités nazies sur le site où
se trouvait le camp de concentration de Dachau arborant
la proclamation des peuples du monde à la victoire
contre le fascisme.

Cette année est le 64e anniversaire de la conclusion du Tribunal militaire international, le premier des procès de Nuremberg. Le Tribunal militaire international a jugé 21 dirigeants nazis. Les condamnations ont été prononcées le 1er octobre 1946 et les condamnés à mort ont été exécutés le 16 octobre 1946.

La défaite du fascisme en 1945 fut un point marquant de la bataille pour la démocratie. À la défaite de l'Allemagne nazie, de l'Italie fasciste et du Japon par les puissances alliées et le front uni de la résistance antifasciste mené par l'Union soviétique, c'est un monde uni qui sortait de la lutte des peuples pour stopper le fascisme. Une nouvelle forme de démocratie vit le jour, une démocratie qui, pour être fidèle à elle-même, ne devait plus permettre le fascisme.

Les chefs des puissances alliées avaient conclu aux conférences de Moscou et de Yalta que les criminels de guerre nazis devaient être tenus responsables de leurs crimes et châtiés en conséquence. À la Conférence de Yalta, en février 1945, Churchill, Roosevelt et Staline convinrent que le militarisme et le nazisme allemands devaient être détruits et qu'on ne devait plus leur permettre de ressurgir.

Les principes de Nuremberg affirmaient que les chefs d'État et les autres dirigeants politiques, comme les dirigeants militaires, devaient être imputables pour les crimes d'agression, les crimes contre la paix et les crimes contre l'humanité. Le procès de Nuremberg établit que « suivre les ordres » n'était pas une défense acceptable contre les accusations de crimes de guerre.


Un soldat soviétique brandit le drapeau rouge le 7 février
1943 à Stalingrad en signe de victoire des forces soviétiques
sur les nazis à la bataille de Stalingrad, une bataille décisive
où les immenses sacrifices des peuples de l'Union soviétique
permirent de briser le dos de l'armée hitlérienne
et de renverser le courant la guerre.

De la victoire des peuples du monde contre le fascisme sortit la devise : « Plus jamais » – plus jamais le fascisme ne devait surgir ! L'agression fut déclarée crime international suprême et l'opposition sans réserve à l'agression fut proclamée le moyen de réaliser la paix. Le droit des nations à l'autodétermination fut reconnu par les Nations unies qui reconnaissaient l'égalité des nations, grandes et petites, et qui interdisait l'usage de la force ou la menace de l'usage de la force contre tout État. Ces principes ont été violés par les États-Unis et les autres grandes puissances sous leur influence à commencer par l'agression contre la Corée sous le drapeau de l'ONU. Ce sont néanmoins les procès de Nuremberg à la conclusion de la Deuxième Guerre mondiale qui inscrivirent dans le droit international les principes contenus dans la Charte de l'ONU.

Aujourd'hui, 64 ans après la conclusion du principal procès de Nuremberg, les États-Unis et leurs alliés, dont le Canada, font activement campagne pour renverser les verdicts de la victoire contre le fascisme. En Europe, aux États-Unis et au Canada on assiste à une campagne pour réhabiliter des criminels de guerre nazis et pour minimiser et même discréditer et criminaliser la résistance héroïque à l'invasion et à l'occupation qui infligèrent des souffrances horribles aux peuples du monde et entraînèrent la mort de millions de personnes. On prétend aujourd'hui que les nazis et leurs collaborateurs étaient des « victimes du communisme totalitaire » à la mémoire de qui il faut ériger des monuments. On affirme qu'il faut excuser ceux qui ont commis ces crimes haineux contre les peuples parce qu'ils « combattaient le communisme » et que la lutte contre le communisme est une cause sacrée.

Entre-temps, au nom de la sécurité nationale les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN, dont le Canada, se livrent impunément à des guerres d'agression et commettent impunément des crimes contre la paix et des crimes contre l'humanité. Les pratiques nazies consistant à utiliser des civils comme boucliers humains, à justifier la torture et la déportation vers la torture, à utiliser des agents provocateurs pour justifier de fausses accusations de conspiration contre des « ennemis de l'État », à cibler les minorités et à criminaliser l'opinion publique et la conscience au nom de la sécurité nationale et des valeurs sont la nouvelle normale. Les États-Unis, le Canada et les grandes puissances du camp de l'OTAN ont renversé le verdict de l'histoire. L'objectif immédiat des États-Unis est de sauvegarder le pouvoir de leurs monopoles et de dominer l'Europe pour ensuite dominer l'Asie. Le Canada s'associe à cet objectif de guerre pour que l'oligarchie financière canadienne puisse en profiter. Pour ce faire, il doit criminaliser la résistance et le droit à la légitime défense.

Le gouvernement Harper participe activement aux côtés des États-Unis à la campagne pour réhabiliter des criminels de guerre et poursuit des plans de fascisme, de militarisme et de guerre. La protestation politique et la dissidence sont criminalisées et seuls ceux qui se soumettent à la vision harpérienne des « valeurs canadiennes » sont considérés comme dignes d'une vie de paix.

La résistance à ce glissement vers le fascisme et la guerre peut et doit donner naissance à une démocratie moderne et nouvelle. Riche de l'expérience de la Deuxième Guerre mondiale, cette démocratie doit non seulement reconnaître le droit de résister mais le garantir dans la loi. C'est seulement ainsi que le peuple peut avoir voix au chapitre sur les questions cruciales qui se posent aujourd'hui, en particulier sur les questions de la guerre et de la paix.

Au Canada, nous sommes placés devant la tâche historique de remplacer un gouvernement de la guerre, du militarisme et du fascisme par un gouvernement anti-guerre. Ce gouvernement doit défendre le droit à l'existence de tous les peuples et défendre leur droit de bâtir des sociétés selon leurs propres décisions et suivant leur propre mode de vie et matériel de pensée. Cela ferait du Canada une force pour la paix dans le monde.

Notes

Le Tribunal de Nuremberg a conclu que la guerre d'agression est « le crime international suprême, ne se différant des autres crimes de guerre que du fait qu'il les contient tous ». Les principaux dirigeants nazis ont été reconnus des crimes suivants :

1. Conspiration pour commettre la guerre d'agression, avant le début de la guerre
2. Guerre d'agression (« crimes contre la paix »)
3. Crimes de guerre (exécuter ou maltraiter des prisonniers de guerre et utiliser des armes illégales)
4. Crimes contre l'humanité (crimes commis contre les Juifs, les Roms, les minorités nationales, les handicapés physiques et intellectuels, les civils de pays occupés)

Haut de page


Walkyrie: Quand des criminels de guerre nazis deviennent de nobles et vaillants chevaliers

Walkyrie est un film hollywoodien de 2008 réalisé par Bryan Singer et mettant en vedette Tom Cruise. Il part d'un fait réel : la tentative d'assassiner Adolf Hitler par l'aristocrate et officier militaire Claus von Stauffenberg le 20 juillet 1944. Le film commence en Afrique du Nord, où Stauffenberg (joué par Tom Cruise) remet en question le leadership de Hitler, convaincu qu'il mène l'Allemagne à sa perte. Blessé lors d'un raid aérien par les forces britanniques, des suites de quoi il perd un oeil et une main, et ne pouvant plus combattre au front, Stauffenberg est envoyé chez lui et affecté à des tâches administratives.

La « résistance allemande » le contacte pour l'aider à éliminer Hitler. Stauffenberg propose d'exploiter le plan d'urgence des nazis appelé « Opération Walkyrie » qui donne à l'armée de réserve le mandat de maintenir l'ordre en Allemagne en cas d'interruption des communications venant de Hitler ou si Hitler est tué. Il cache une bombe dans la salle de conférence de Hitler, mais lorsque la bombe explose, Hitler n'est que légèrement blessé. Les conspirateurs croient que Hitler est mort et déclenchent l'Opération Walkyrie, mais ils sont arrêtés. À la fin du film, Stauffenberg est fusillé par un peloton d'exécution et avant de s'écrouler il crie : « Vive la sainte Allemagne ».


Une carte des camps de concentration nazis et une photo de l'exécution de prisonniers juifs soumises comme preuve
de crimes de guerre aux Procès de Nuremberg en 1945-1946.

Walkyrie fait partie de la campagne commencée il y a 65 ans, dès la fin de la guerre, pour réhabiliter les criminels de guerre nazis d'hier, pour rétablir « l'honneur » de l'état major général et du haut commandement allemands de la Deuxième Guerre mondiale. Les puissances anglo- américaines cherchaient à rebâtir la Wehrmacht aussi rapidement que possible pour la mobiliser dans leur campagne contre l'Union soviétique et le communisme. Même durant les procès de Nuremberg, les cercles militaires anglo-américains ont réclamé l'acquittement de l'État-major général et du haut commandement allemands comme organisations criminelles, malgré la forte opposition du juge soviétique, Nikitchenko. Des articles défendant les officiers nazis et les membres des SS, qui avaient survécu à la guerre, sont aussitôt parus dans des publications militaires américaines. À l'annonce des condamnations de Nuremberg, des voix officielles chez les Anglo-Américains ont exigé un sursis pour les condamnés. Dès 1951, John J. McCloy, haut-commissaire américain pour l'Allemagne et ancien président de la Rockefeller Chase Manhattan Bank, a commencé une campagne pour une amnistie générale et la commutation de sentences pour des milliers de criminels nazis, notamment les grands industriels comme Krupp, Flick et les directeurs de IG Farben. En 1958, tous les criminels de guerre condamnés lors des douze « procès successeurs » du procès des principaux criminels de guerre étaient libres.

Au centre de la campagne de réhabilitation se trouve le mythe de « l'opposition militaire à Hitler ». Bien que tout confirme que l'État-major général et le haut commandement de l'armée allemande ont aidé sans hésitation Hitler à se hisser au pouvoir en toute connaissance de cause et à exécuter ses mesures barbares, le mythe est créé que des officiers se sont « héroïquement révoltés » contre la tyrannie du Führer parce qu'ils avaient un « code d'honneur ». Ce premier mythe s'accompagne d'un deuxième selon lequel la défaite militaire de l'Allemagne serait attribuable à l'inaptitude de Hitler et que si les plans des généraux avaient été suivis, les nazis auraient été victorieux. Le troisième mythe veut que tous les services de renseignement de l'armée allemande aient collaboré avec les Alliés pour saboter les plans de Hitler.

Toute une littérature révisionniste a été créée pour appuyer ces mythes : des livres, des mémoires et des essais produits après le Procès de Nuremberg, dont plusieurs par des non-Allemands comme le futur directeur de la CIA, Allen Dulles, et le « penseur » militaire britannique H. Liddell Hart. Plusieurs nazis, notamment les généraux Rommel et Guderian, ont été glorifiés. La participation de Hollywood à la glorification des nazis commence bien avant 2008, notamment avec des films comme Le Renard du désert (1951) et Torpilles sous l'Atlantique (1957).

Le film de 2008, Walkyrie, est une tentative de renforcer la légende de la « ferme résistance » à Hitler par des officiers nazis « honorables ». L'attentat du 20 juillet 1944 devient un acte d'héroïsme, un autre exemple de falsifications historiques répétées sans cesse. On tente d'absoudre l'état-major général et le haut commandement allemands de toute responsabilité pour les crimes de guerre et d'en faire d'importants alliés dans les guerres impérialistes des États-Unis contre les peuples du monde et contre le communisme.

La tentative d'assassinat contre Hitler n'était pas un geste d'honneur mais un acte de désespoir de la part d'une clique militaire qui, consciente de la défaite imminente, a voulu au dernier moment s'emparer du pouvoir pour être en position de marchander de meilleures conditions de capitulation avec les Anglo- américains, ou pour s'unir à eux dans un campagne anticommuniste. Les dirigeants nazis comme Hermann Göring et Heinrich Himmler ont espéré jusqu'à la fin l'effondrement de la coalition antifasciste, rêvant de pouvoir marcher vers l'Est avec l'impérialisme anglo-américain pour détruire l'Union soviétique.

[Note : Les cercles dirigeants allemands ont toujours appuyé la campagne de réhabilitation nazie, par exemple en commençant à rétablir d'anciens nazis à des postes de pouvoir dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. En 1980, le gouvernement allemand a érigé un monument au « mouvement de résistance anti-nazi » dans le Benderblock, l'édifice abritant le bureaux berlinois du ministère de la Défense. La rue a été rebaptisée Stauffenbergstrasse, et l'édifice Benderblock abrite maintenant une exposition permanente de plus de 5 000 photographies et documents. La cour où Stauffenberg et d'autres ont été fusillés le 21 juillet 1944 est maintenant un site commémoratif, avec une plaque et une statue.]

Haut de page


Comment les impérialistes américains
ont sauvé les industriels nazis

Quand, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il a été décidé de poursuivre en justice les principaux criminels de guerre nazis devant le Tribunal international, l'opinion publique internationale s'attendait à ce que les industriels allemands figurent aux rangs des accusés, puisque leurs responsabilités étaient incontestables. Ils avaient financé la prise du pouvoir de Hitler, financé le parti nazi, armé la Wehrmacht, pillé les pays occupés, exploité le travail forcé de millions de prisonniers, étendu leurs empires et réalisé d'énormes profits. Les industriels allemands sont sortis de la guerre non seulement avec leur fortune pratiquement intacte mais aussi impunis malgré leurs agissements odieux. Avec l'aide des Américains et du Vatican, ils ont rapidement regagné leur influence et, en peu de temps, rebâti leur empire pour redevenir les hommes les plus riches au monde. Comment cela a-t-il été possible ? La raison principale a été que les Américains, qui sont sortis pratiquement indemnes de la guerre et dont les industriels constituaient en fait une section des industriels et des financiers nazis, n'ont ménagé aucun effort pour absoudre les industriels allemands de la responsabilité d'avoir provoqué la guerre, et empêché qu'ils soient jugés par le Tribunal international.

Le fascisme est la forme que prend le pouvoir bourgeois quand le pouvoir économique est concentré dans le pouvoir politique. Le parti nazi représentait la concentration du pouvoir économique des plus grands industriels allemands, sous une forme politique. Le Parti nazi d'Hitler n'aurait jamais pu s'emparer du pouvoir ni mener sa guerre longue et barbare contre les peuples du monde s'il n'avait pas représenté l'industrie allemande et n'avait pas a été soutenu par elle. Les industriels ont été les organisateurs, les bâilleurs de fonds et les bénéficiaires de la guerre, mais en sont sortis impunis. Le but de la guerre des industriels était d'éliminer par la force tous leurs concurrents en Europe, que ce soit en les éliminant ou en s'emparant de leurs entreprises. Alfried Krupp, les directeurs d'IG Farben, Friedrich Flick et autres industriels se sont emparés des ressources et des usines dans les territoires nouvellement occupés militairement par les nazis et ont pillé les installations industrielles des pays occupés pour étendre leurs empires, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Allemagne nazie.

Les industriels conseillaient même aux Nazis sur quelles régions attaquer et qui tuer pour servir leurs intérêts. Alfried Krupp a été ministre de l'armement et de la production de guerre de Hitler. Il était membre du gouvernement responsable de la planification du pillage en règle des pays qui allaient bientôt être attaqués. Le biographe de Krupp, William Manchester, (The Arms of Krupp/1587-1968), rapporte un témoignage de Rumann, un marchand d'arts présent à une soirée le 10 mai 1940 lors de l'invasion par Hitler de la Belgique, de la Hollande et du Luxembourg. Krupp et cinq hommes d'affaires examinent une carte de l'Europe. « Les quatre messieurs pointaient du doigt certains endroits en Hollande, il les entendait s'exclamer avec enthousiasme : « Voici le village de ... Il y a Muller là, il est à vous » et « Voici Herr Schmidt, ou Huber ... il possède deux usines, nous allons le faire arrêter. » À un moment donné, Alfried dit à l'un d'eux : « Cette usine, c'est la vôtre. » (p. 465) En mai 1941, un mois avant l'invasion de l'Union soviétique, il fut décidé que l'infrastructure et les ressources naturelles de l'Ukraine reviendraient à la Minière et Fonderie orientale incorporée (MFCE) ; Alfried Krupp était à la tête du conseil d'administration de la MFCE.

Les quelques industriels jugés et emprisonnés après la guerre furent libérés le 1er février 1951 (pendant la guerre de Corée), leur courte peine ayant été réduite à trois ans par le Haut-commissaire des États-Unis en Allemagne, John J. McCloy, qui fut longtemps associé aux Rockfeller et qui était surnommé « président de l'establishment américain ». Les décisions de McCloy confirment le peu d'importance que les impérialistes américains attachaient aux crimes de guerre nazis et qu'ils avaient en fait remplacé les nazis en tant qu'état-major des crimes contre les peuples au nom de l'anti-communisme. Très vite, les immenses fortunes des industriels allemands réapparurent, beaucoup avaient de l'argent caché à l'étranger dans des pays comme l'Argentine ou ailleurs en Europe. En 1985, sur la liste des cent personnes les plus riches au monde de la revue Fortune figuraient, presque en tête, des milliardaires qui avaient été des membres importants de l'entourage de Hitler.

La rapidité avec laquelle les bâilleurs de fonds du nazisme ont reconstruit leurs empires industriels montre bien que pour les impérialistes anglo-américains, toutes les décisions sur la dénazification prises par les puissances alliées étaient devenues de la rhétorique et de la poudre au yeux pour couvrir leur programme de réhabilitation des nazis. Par exemple, parmi les mesures de dénazification des puissances alliées figuraient le procès des industriels allemands qui avaient commis des crimes de guerre. Après le procès des 24 principaux criminels de guerre à Nuremberg, trois des douze autres procès de Nuremberg tenus par les autorités américaines dans leur zone d'occupation de l'Allemagne visaient certains des grands industriels nazis : les industries Flick, IG Farben et Krupp AG. Mais, bien que certains accusés furent reconnus coupables de certaines accusations, les procès ont été grotesques et les peines dérisoires. Par exemple, le banquier nazi Kurt von Schroeder, qui avait transféré des fonds des États-Unis aux organisations nazies, a été condamné à trois mois de prison pour crimes contre l'humanité.

Les industriels allemands accusés avaient des liens intimes mais secrets avec les monopoles anglo-américains. Chaque année, de nouvelles révélations confirment l'étroitesse de ces liens. En voici quelques exemples : les liens politiques et économiques étroits et de longue date entre les nazis et Henry Ford (Hitler a donné un prix à Ford et avait une photo de lui sur son bureau) ; la production de matériel militaire allemand par la filiale de General Motors, Opel, et la filiale de ITT, Focke-Wulf ; les accords secrets entre la Standard Oil de Rockfeller, Dupont et IG Farben, qui ont permis à Farben de produire de l'essence synthétique pour l'armée allemande, la collaboration des frères Dulles avec la Banque Schroeder pour cacher des actifs nazis et l'appui aux nazis de Henri Deterding, le fondateur de la Shell Oil, financée par Rothschild (Hitler et Goering ont assisté à ses funérailles).

Le grand-père de George W. Bush, feu le sénateur américain Prescott Bush, était administrateur et actionnaire de sociétés étroitement liées aux bâilleurs de fonds de l'Allemagne nazie, notamment Thyssen et IG Farben. Ces relations se sont poursuivies après l'entrée en guerre des États-Unis jusqu'à ce que les actifs de plusieurs sociétés soient confisqués en 1942 en raison du Trading with the Enemy Act (Loi sur le commerce avec l'ennemi). Bush a été également un directeur de l'Union Banking Corporation qui représentait les intérêts de Thyssen aux États-Unis. Il a été également membre du conseil d'administration d'au moins une entreprise qui faisait partie du réseau international de sociétés de façade de Thyssen, ce qui lui permettait de transférer des actifs à travers le monde. Prescott Bush était également lié à la Consolidated Silesian Steel Company (CSSC), qui utilisait la main-d'oeuvre esclave des camps de concentration nazis, celui d'Auschwitz, entre autres.

Beaucoup d'autres monopoles américains entretenaient des liens étroits avec l'Allemagne nazie. Torkid Rieber, le président de Texaco, a d'abord fourni un soutien matériel à Franco, puis à Hitler. Il a servi d'intermédiaire entre Goering et Roosevelt et a financé des activités pro-nazies aux États-Unis. Il a continué à livrer du pétrole à l'Allemagne après le début de la Deuxième Guerre mondiale, défiant l'embargo britannique et le blocus de l'Atlantique. Les activités de Rieber furent finalement arrêtées par l'agence de renseignement britannique, le MI6.

Un groupe dirigé par James D. Mooney de General Motors a fait pression sur Roosevelt pour qu'il suspende les livraisons d'armes à la Grande-Bretagne et « améliore » les relations des États-Unis avec l'Allemagne nazie. Ce groupe comprenait IT & T, Ford et Eastman Kodak.

Les banques de Wall Street ont appuyé et financé l'Allemagne nazie ; ces opérations leur ont rapporté gros. Parmi ces banques on trouve : la Banque JP Morgan, Guaranty Trust, Chase Manhattan Bank et au moins trois autres établissements bancaires de Wall Street (Dillon, Read ; Harris, Forbes ; et National City Company).

Les partenaires américains et britanniques des financiers et industriels allemands ne pouvaient se permettre d'être démasqués et de voir leurs machinations à l'origine de la guerre révélées au grand jour. Ils savaient très bien que tenir la « grande entreprise » responsable de la guerre allait créer un précédent dangereux pour l'avenir parce c'était un coup à la propriété privée, le coeur même du système capitaliste. Cela devait être évité à tout prix. En même temps, il fallait satisfaire l'opinion publique mondiale.

Pour masquer les véritables raisons de la disculpation des industriels, les Américains ont utilisé des arguments fallacieux. On les trouve dans une lettre du 13 mai 1946 du procureur en chef pour les États-Unis au procès de Nuremberg, Robert Jackson, au président Truman. Jackson écrit que les procès seraient trop coûteux et que les industriels pourraient être acquittés. Il ajoute que ces procès risqueraient de donner l'impression que les industriels sont traduits en justice uniquement parce que ce sont des industriels et cela d'autant plus que les États-Unis seraient associés « aux communistes soviétiques et aux gauchistes français ». Il affirme qu'une attaque publique contre l'industrie pourrait décourager une coopération future avec le gouvernement américain en matière de production d'armement. Il est sous-entendu que ces armements seraient utilisés contre l'Union soviétique et tout autre pays qui constituerait une menace à la domination de la propriété privée et un obstacle aux visées de domination mondiale des États-Unis. Jackson propose la tenue d'un seul procès des industriels sous contrôle international et que les autres, s'il y a lieu, se déroulent devant des tribunaux des autres pays alliés sans contrôle international. Ce n'est pas une coïncidence que la plupart des industriels aient été détenus en zone américaine.

Malgré une forte opposition venant d'en haut, le procureur américain Telford Taylor a réussi à instruire des procès contre Flick, IG Farben et Krupp. Quels ont été les résultats ? Pour n'en donner qu'un exemple, lors du procès Krupp, les Anglo-Américains ont d'abord manoeuvré pour retirer pour des « raisons de santé » Gustav Krupp (Krupp père) de la liste des accusés devant le Tribunal international de Nuremberg, où il devait être jugé avec Bormann, Goering et les autres criminels de guerre. Au lieu de cela, son fils, Alfried, a été jugé avec onze de ses directeurs dans un procès séparé par un tribunal militaire américain, ce qui donnait aux Américains le contrôle total des résultats. Dans le procès séparé, tous les accusés ont été acquittés de l'accusation d'avoir planifié, préparé et déclenché des guerres d'agression. Pour les crimes de guerre, le pillage et les crimes impliquant des esclaves – aucune mention n'est faite des activités de l'accusé sur le territoire de l'Union soviétique – les onze ont été condamnés à des peines d'emprisonnement de seulement trois à douze ans, puis libérés au bout de deux ans par McCloy. Les tribunaux américains ont conclu que les pauvres industriels nazis méritaient une clémence particulière parce qu'ils avaient agi dans une situation de « nécessité supérieure ».

Sous la forte pression de l'opinion publique de leur propre pays, les impérialistes anglo-américains ont été forcés d'accepter de transférer les politiciens et les généraux nazis au Tribunal international, mais ils ont soustrait les industriels à la juridiction du tribunal et les ont gardés en « détention préventive », attendant l'occasion de développer une coopération plus étroite et plus ouverte avec eux. Dans son « Rapport final au Secrétaire de l'Armée sur le procès pour crimes de guerre de Nuremberg » (1949), Telford Taylor décrit les efforts incessants déployés pour absoudre les industriels nazis, les véritables organisateurs de l'agression nazie, de la responsabilité d'avoir provoqué la guerre et pour empêcher qu'ils soient jugés par le Tribunal international. Comme le montrent clairement le rapport de Taylor et d'autres documents, ces machinations pour soustraire les industriels nazis à la justice qu'exigeaient les peuples étaient en fait l'application d'un plan décidé à l'avance par les impérialistes anglo-américains.

Quant aux industriels des États-Unis, dont beaucoup étaient des partisans des nazis, qui ont fourni un soutien matériel aux nazis et tiré d'énormes profits de ces relations d'affaires, aucun n'a été traduit en justice.

Les trois procès des industriels

1) Le Groupe Flick était un des principaux producteurs d'armements de Hitler et un grand exploiteur de la main-d'oeuvre esclave des camps. Au Procès Flick (19 avril-22 décembre1947), Freidrich Flick et cinq administrateurs seront inculpés de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et d'appartenance à trois organisations criminelles : le parti nazi, le Cercle des amis de Himmler et la SS. Flick sera condamné à sept ans de prison, deux de ses administrateurs seront condamnés à cinq ans et deux ans respectivement, et les trois autres seront acquittés. Après sa libération anticipée par McCloy en 1951, Friedrich Flick a reconstruit son empire industriel, acheté une participation dans Daimler-Benz, et est devenu l'un des hommes les plus riches du monde. Forbes classe son fils et héritier, Friedrich Flick Jr., parmi les 100 plus riches milliardaires.

2) IG Farben a été le fabricant du Zyklon B, le pesticide au cyanure utilisé dans les chambres à gaz des camps d'extermination, et a été le principal exploiteur de la main-d'oeuvre esclave des camps. IG Farben avait construit des usines à proximité du camp de concentration d'Auschwitz. Au Procès IG Farben (27 août 1947-30 juillet 1948), 24 chefs d'entreprise ont été inculpés de préparation, déclenchement et poursuite d'une guerre d'agression, d'invasion d'autres pays, de crimes de guerre et crimes contre l'humanité et d'appartenance à une organisation criminelle, la SS. Treize ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu'à huit ans, dix ont été acquittés et un n'a pas été jugé. IG Farben a été scindé en Bayer, BASF, Hoechst et Agfa, ce fut la seule entreprise à être démantelée en zone américaine. Les quatre nouvelles entreprises ont prospéré rapidement et, après leur libération anticipée par McCloy en 1951, certains dirigeants d'IG Farben en ont pris la direction. Plusieurs anciens directeurs d'IG Farben siègeront au conseil d'administration d'autres monopoles allemands comme Telefunken.

3) Krupp a été le plus grand groupe industriel et fabricant d'armes d'Allemagne. En 1943, Hitler nomme Alfried Krupp, membre des SS depuis en 1931, ministre de l'armement et la production de guerre. Pendant la guerre, les entreprises Krupp utilisent près de 100 000 travailleurs forcés des camps en Allemagne et dans les usines saisies dans les territoires occupés. Au Procès Krupp (du 8 décembre 1947 au 31 juillet 1948), Alfried Krupp, propriétaire, et onze directeurs ont été inculpés de crimes contre la paix et crimes contre l'humanité et de participation à un plan concerté ou un complot en vue de commettre des crimes contre la paix. Alfried Krupp a été condamné à douze ans de prison et dix directeurs ont été condamnés à des peines allant de trois à douze ans. Alfried Krupp a été libéré en 1951 par McCloy et une grande partie de sa propriété lui a été rendue. En deux ans, Krupp revenait au premier rang des entreprises allemandes et, en 1963, Alfried Krupp était de nouveau l'industriel le plus riche et le plus puissant d'Europe. Il est mort en 1967, son exemplaire personnel de Mein Kampf sur sa table de chevet.

Haut de page


À titre d'information

Les plans des industriels allemands pour une action souterraine après la défaite de l'Allemagne

Rapport référence EW-Pa 128 du Renseignement militaire américain

Pièce jointe n ° 1 à la dépêche n ° 19.489 du 27 novembre 1944, de l'ambassade à Londres, Angleterre

État-major suprême des Forces expéditionnaires alliées
Bureau du chef d'état-major, G-2
7 novembre 1944.
RAPPORT DE RENSEIGNEMENT NO. EW-Pa 128.

Objet : Les plans des industriels allemands pour mettre en place une action souterraine, après la défaite de l'Allemagne, par des flux de capitaux venant de pays neutres.

SOURCE : Agent du Deuxième Bureau français, recommandé par le commandant Zindel. Cet agent est considéré comme fiable et a travaillé pour les Français sur les problèmes de l'Allemagne depuis 1916. Il a été en contact étroit avec les Allemands, en particulier les industriels, pendant l'occupation de la France et il a visité l'Allemagne aussi récemment que la fin août 1944.

1. Une réunion des principaux industriels allemands ayant des intérêts en France a eu lieu le 10 août 1944 à l'Hôtel Rotes Haus à Strasbourg, en France, et en présence de l'informateur indiqué ci-dessus comme étant la source. Parmi les personnes présentes étaient les suivantes :

Dr. Scheid, qui présidait, ayant le grade de SS Obergruppenführer et directeur de la Société Heche (Hermandorff & Schönburg) ; Dr. Kaspar, représentant de la Krupp ; Dr. Tolle, représentant de Röchling, le Dr Sinderen, représentant de Messerschmitt ; les Drs. Kopp, Vier, et Beerwanger, représentant Rheinmetall ; le capitaine Haberkorn et le Dr Ruhe représentant la Bussing ; les Drs. Ellenmayer et Kardos, représentant Volkswagenwerk ; les ingénieurs Drose, Yanchew et Koppshem, représentant différentes usines de Posen, Pologne (Drose, Yanchew et Cie, Brown-Boveri, Herkuleswerke, Buschwerke, et Stadtwerke), le capitaine Dornbuach, chef de la section d'inspection industrielle de Posen ; le Dr Meyer, fonctionnaire du ministère allemand de la Marine à Paris ; le Dr Strossner, du ministère de l'Armement, Paris.

2.Le Dr. Scheid a déclaré que tous les matériaux industriels en France devaient être évacués immédiatement en Allemagne. La bataille de France était perdue pour l'Allemagne et maintenant la défense de la ligne Siegfried était le principal problème. À partir de maintenant, l'industrie allemande doit aussi se rendre compte que la guerre ne peut être gagnée et qu'il faut prendre des mesures en vue de la campagne commerciale de l'après-guerre. Chaque industriel doit établir des contacts et des alliances avec des entreprises étrangères, mais cela doit être fait individuellement et sans attirer les soupçons. En outre, des préparatifs doivent être faits sur le plan financier pour emprunter des sommes considérables en provenance de pays étrangers après la guerre. Comme exemples de ce genre de pénétration qui a été le plus utile dans le passé, Dr. Scheid a cité le fait que les brevets pour l'acier inoxydable appartenait à la Fondation Chemical Inc, New York, et la société Krupp d'Allemagne conjointement et que U.S. Steel Corporation, Carnegie Illinois, American Steel and Wire et National Tube, etc. sont ainsi dans l'obligation de travailler avec Krupp. Il a également cité la Société Zeiss, la Société Leisa et la ligne Hambourg-Amérique, des entreprises qui avaient été particulièrement efficace dans la protection des intérêts allemands à l'étranger et a donné leur adresse à New York les industriels lors de cette réunion.

3. Suite à cette réunion, une autre plus restreinte a eu lieu présidée par Dr. Bosse du ministère allemand de l'Armement à laquelle ont assisté seulement les représentants de Hecho, Krupp et Röchling. Lors de cette deuxième réunion, il a été indiqué que le parti nazi avait informé les industriels que la guerre était pratiquement perdue mais qu'il continuerait jusqu'à ce qu'une garantie sur l'unité de l'Allemagne puisse être obtenue. Les industriels allemands doivent, a-t-il été dit, par leurs exportations augmenter la puissance de l'Allemagne. Ils doivent également se préparer à financer le parti nazi, qui sera contraint à la clandestinité comme Maquis. Dès maintenant, le gouvernement va fournir des sommes importantes aux industriels afin que chacun puisse établir une base solide d'après-guerre dans les pays étrangers. Les réserves financières existantes dans les pays étrangers doivent être mises à la disposition du parti de façon à ce qu'un Empire allemand fort puisse être créé après la défaite. Il est également exigé qu'immédiatement les grandes usines en Allemagne créent de petits bureaux techniques ou des bureaux d'études complètement indépendants et n'aient pas de liens connus avec l'usine. Ces bureaux recevront les plans et les dessins de nouvelles armes ainsi que les documents dont ils ont besoin pour poursuivre leurs recherches, car on ne peut se permettre qu'ils tombent dans les mains de l'ennemi. Ces bureaux doivent être établis dans les grandes villes où ils peuvent être plus facilement cachés ainsi que dans les petits villages à proximité de sources d'énergie hydro- électrique où ils peuvent passer pour des bureaux de faire développement des ressources d'eau. L'existence de ces bureaux ne doit être connue que par très peu de gens dans chaque industrie et que par les chefs du parti nazi. Chaque bureau aura un agent de liaison avec le parti. Dès que le parti redeviendra assez fort pour rétablir son contrôle sur l'Allemagne, les industriels seront payés pour leurs efforts et leur coopération avec des concessions et des commandes.

4. Ces réunions semblent indiquer que l'interdiction d'exporter des capitaux qui a été rigoureusement appliquée jusqu'à présent a été complètement retirée et remplacée par une nouvelle politique nazie selon laquelle les industriels avec l'aide du gouvernement doivent exporter autant de capitaux que possible. Auparavant, les exportations de capitaux des industriels allemands vers des pays neutres ont été faites plutôt subrepticement et en utilisant leurs relations particulières. Maintenant, le parti nazi soutient les industriels et les exhorte à se protéger par l'obtention de fonds à l'étranger et, en même temps, à renforcer les préparatifs pour les plans d'après-guerre du parti. Cette liberté accordée aux industriels cimente davantage leurs relations avec le Parti en leur donnant une protection.

5. Les industriels allemands en plus d'acheter des domaines agricoles en Allemagne placent leurs fonds à l'étranger, en particulier dans les pays neutres. Deux des principales banques qui servent d'intermédiaire pour ces exportations de capitaux sont la Handelsbank Basler et la Kreditanstalt Schweizerische de Zurich. Il existe aussi un certain nombre d'agences en Suisse qui, pour une commission de 5 pour cent, vont acheter une propriété en Suisse, sous une couverture suisse.

6. Après la défaite de l'Allemagne, le parti nazi admet que certains de ses chefs les plus connus seront condamnés comme criminels de guerre. Toutefois, en coopération avec les industriels, il prend des mesures pour placer ses membres moins visibles, mais le plus important à divers postes dans les usines allemandes comme experts techniques ou membres de leurs bureaux d'études et de recherche.

Pour le A.C. de S., G-2

WALTER K. SCHWINN
G-2, Section économique
Préparé par MELVIN M. FAGEN
Distribution : même que EW-Pa 1
Conseiller politique U.S. Political Adviser, ESFEA
Conseiller politique britannique, ESFEA .

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: redaction@cpcml.ca