Le
contrôle des ressources naturelles est au coeur d'une bataille
montante qui oppose les grandes sociétés internationales
aux peuples qui veulent affirmer leur droit souverain de décider
de leur avenir, au Québec et aussi partout en Amérique
latine et ailleurs, y compris les Premières Nations qui
défendent leurs droits ancestraux. En ce moment
l'activité des minières
canadiennes font l'objet d'un
vaste mouvement de protestation dans toute l'Amérique latine en
raison
des impacts destructeurs de leurs activités pour les populations
et l'environnement naturel. Ces activités
créent des dommages irréparables à la flore et la
faune et foulent au pied les droits ancestraux des Premières
Nations. Les sociétés minières provoquent la
désorganisation des
communautés locales, usant de tactiques de division des
communautés, de menaces et d'assassinats, pour continuer
à voler le patrimoine national, principalement en or et en
argent, des sous-sols des pays concernés. Il faut aussi voir les
mécanismes qui servent à
l'exploitation brutales des communautés, comme les
traités
de « libre
échange » (Voir LML
numéro 105 du 16 juin 2010).
LML :
Le 2 décembre 2009, le
gouvernement du Québec, par la voix de son ministre
délégué aux Ressources naturelles et à la
Faune, Serge Simard, a déposé le projet loi 79 modifiant
la loi sur les mines. Dans les notes explicatives du projet de loi, on
nous apprend que l'intention est de modifier la loi actuelle
« afin de
stimuler les travaux d'exploration ». Une des façons
qu'il propose de le faire est de modifier les règles relatives
aux « claims »[1], qui sont les droits miniers.
En quoi consistent ces modifications ?
Claude Brunelle : Premièrement, pour
saisir l'intention de ce projet de loi, nous devons tenir compte du
développement historique dans lequel a évolué
la réglementation sur les mines au Québec et au Canada,
mais aussi dans toutes les Amériques, tout en tenant compte des
conditions actuelles de l'activité minière, ses besoins,
ses répercussions sur l'environnement naturel et la vie des
communautés proches des sites miniers.
La réglementation sur l'exploration
minière au Québec, comme dans toute l'Amérique, a
connu son développement
« pré-moderne » suite à
l'époque appelée « la ruée vers
l'or ». Cela s'est passé au États-Unis et au
Canada pour ce qui nous concerne, à partir des années
1830 et jusque vers la fin du XIXe siècle. Tous
connaissent la fameuse ruée vers l'or du Klondike dans l'Ouest
canadien. À cette époque, il n'y avait pas de
réglementation et encore moins de respect du territoire des
autochtones. C'était l'anarchie (organisée, comme nous le
verrons) et la violation totale des droits territoriaux ancestraux,
allant jusqu'aux assassinats et massacres des communautés
qui défendaient leurs terres, tout cela avec l'encouragement et
le plein appui des instances gouvernementales (ce qui n'a toujours pas
changé !). Le territoire était grand, peu
peuplé et les entreprises minières n'avaient pas les
moyens d'occuper et de prospecter sur tout le territoire. D'autre part,
les gouvernements ne prenaient pas charge et
responsabilité du patrimoine national pour un
développement profitable à la nation, si ce n'est que
pour protéger, peu importe les coûts en vies humaines, les
intérêts des grandes entreprises minières et
industrielles. À ce moment là, nous sommes
également à la veille de l'éclosion de la grande
production industrielle et de l'essor du système de
profit capitaliste et donc, le besoin en métaux est
énorme et
de plus en plus pressant.
Aussi, deux moyens principaux seront
mis en place afin
de garantir et faciliter l'exploitation minière aux entreprises
ainsi que leur enrichissement. La première fût que le
gouvernement déclare toute richesse de sous-sol
propriété d'État. La deuxième a
été de donner préséance au droit
d'exploration et d'exploitation des sous-sols à tout individu
et entreprise sur le droit de propriété foncier de
surface de tout individu. Une fois cela fait, il fallait trouver
comment assurer la découverte de sites ou prospects
sur toute la grandeur du territoire sans en assumer tous les
coûts. Le moyen utilisé a été de permettre
à tous de pouvoir faire de la prospection sur la partie de
territoire qu'il
choisissait pour autant qu'elle ne soit pas prise par un autre
prospecteur. Une fois les possibles gisements trouvés, la
question des coûts d'exploration et d'exploitation s'est
posée. C'est
là qu'intervenaient les entreprises plus grandes et plus riches
pour acheter à prix risibles les projets miniers aux individus
qui effectivement n'avaient pas les moyens et
ressources de développer les sites trouvés.
Le tout se faisait avec les méthodes
d'intimidation, les menaces et les assassinats lorsque jugés
nécessaires pour éliminer les obstacles à
l'appropriation des territoires et ressources naturelles par les
groupes économiques les plus puissants. Ceci est, en
résumé, l'essence de ce sur quoi ont été
développées la réglementation et les
différentes lois sur
les mines, c'est-à-dire l'imposition du droit absolu à la
propriété privée de manière
hiérarchique pour donner toute priorité à ceux qui
détenaient le pouvoir économique et contrôlaient le
pouvoir politique avec la pleine collaboration de l'État.
LML :
Quelles sont les conditions actuelles
de l'activité de l'industrie minière ?
C.B. : Aujourd'hui nous faisons face
à une occupation du territoire par une population beaucoup plus
grande, une complexité des relations avec les
communautés, principalement autochtones, en raison du
développement urbain ou régional et qui est plus
marqué pour les Premières Nations du fait que la question
des droits
ancestraux n'est toujours pas résolue. L'industrie
possède des techniques très modernes d'exploitation
minière qui produisent des niveaux de contamination
très élevés, des coûts d'exploitation
beaucoup plus grands, une dépendance des ressources
minières de part la fluctuation des titres boursiers et une
hausse de la valeur des minéraux comme l'or
et l'argent et autres produits due ou à
l'insécurité financière internationale ou au
besoin d'un type de minéraux particulier dans l'industrie,
principalement militaire.
LML :
En quoi le projet de loi 79 vient-il
modifier ce qui caractérise l'activité minière au
Québec ?
C.B. : Au Québec, le projet de loi 79
ne modifie en rien l'essence de l'activité minière et son
développement, mais vient harmoniser la réglementation
pour satisfaire aux besoins de la grande entreprise et des techniques
modernes d'exploration et exploitation et également sur les
questions environnementales.
Les besoins de l'industrie minière sont grands en
ce moment parce que l'industrie cherche à profiter au maximum de
la grande valeur de certains minéraux. L'or par exemple atteint
des niveaux sans précédent et ce partout dans les
Amériques; les entreprises veulent rapidement extraire ce
minerai pour faire le maximum d'argent sans avoir à se
préoccuper de la contamination, de la destruction des sols ou de
comment sont affectées les communautés, et encore moins
des droits de propriété de ces communautés sur
les territoires convoités.
En ce sens, la loi actuelle ne répond pas aux
besoins de la grande entreprise minière au Québec. Cette
dernière veut que ce qui fait obstacle à ses plans
d'enrichissement rapide soit éliminé.
LML :
En quoi consistent ces obstacles ?
C.B. :
Les principaux obstacles que
rencontre la grande industrie en ce moment portent sur la possession de
territoires exploratoires. Elle se trouve devant des centaines de
petits prospecteurs indépendants et de petites entreprises
minières qui possèdent les
« claims » sur une grande partie du territoire
mais qui végètent
dessus pendant des dizaines d'années sans les exploiter. Les
modifications dans le projet de loi sur la propriété des
claims, sur la durée possible de possession et sur les exigences
d'exploration rapide sont liées directement à la
nécessité de créer les conditions pour que soient
abandonnés des milliers de claims par ceux qui les
possèdent actuellement.
Le but recherché est de faire en sorte qu'il ne soit pas
possible de soutenir économiquement leurs possessions ou qu'ils
n'aient pas les moyens de développer l'exploration rapide des
sites. Ainsi, l'individu prospecteur ou la petite entreprise ne pourra
pas reconduire ses titres de propriété sur les centaines
et milliers de claims qu'il ou elle possède.
Pour les petites entreprises minières, cela signifie qu'elles
devront abandonner ou vendre aux plus grandes entreprises les
territoires qu'elles ont. La nouvelle loi va donc permettre une
concentration de l'activité minière entre les mains de
grands monopoles miniers et la destruction d'une partie de
l'économie régionale.
LML :
Certaines clauses du projet de loi,
comme celle sur l'obtention des permis, prétendent raffermir
l'autorité gouvernementale sur l'activité minière.
Qu'en est-il ?
C.B. :
En regard de ce que nous avons
discuté précédemment, le fait que les permis ne
seront plus octroyés par un acte ministériel mais par le
ministre lui-même peut paraître comme une
élévation de l'autorité gouvernementale en rapport
avec le patrimoine national. Mais nous sommes dans une période
de transition, de pression
en faveur de l'annexion politique pour la réalisation du plan
visant à créer la grande Amérique des monopoles et
en ce sens, dans un processus de transformation des États en
gardiens des droits des monopoles. Ceci étant, le fait que
l'octroi des permis passe des mains de la compétence des experts
ministériels aux mains du ministre ne signifie pas
un transfert de compétence mais une ouverture politique à
préserver les intérêts particuliers de groupe
particulier. Dans ce sens, ce n'est pas un progrès mais un
nouvel arrangement pour assurer aux monopoles qu'ils vont recevoir le
maximum.
LML :
Le projet de loi apporte
également des changements sur l'évaluation des projets et
crée un nouveau mécanisme de consultation auprès
de la population. De quoi est-il question ici ?
C.B. : Effectivement, le projet de loi
ajoute un nouveau mécanisme de consultation publique
obligatoire. Avec ces modifications, tout projet minier
représentant une exploitation supérieure à 3 000
tonnes métriques par jour sera soumis au BAPE (Bureau d'audience
publique sur l'environnement), les autres seront soumis à des
consultations communautaires organisées par la Conférence
régionale des élus et les municipalités
régionales de comté, le tout chapeauté par le
ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF). Il
faut
comprendre qu'actuellement, en plus du BAPE, il existe toute une
réglementation que doivent suivre les entreprises afin de
présenter le plan de
mise en valeur, d'exploration, d'exploitation et de restauration des
sites. Tout ce processus doit être fait et présenté
avant de pouvoir obtenir les autorisations du ministère, ce qui
inclut les garanties financières également. Dans ce sens,
les nouvelles clauses ne viennent pas apporter quelque chose de
nouveau, si ce n'est le processus de consultation
communautaire. Dans ce dernier cas, il s'agit de répondre aux
préoccupations grandissantes des populations locales et
autochtones qui vivent près des sites miniers ou encore qui sont
concernées directement par l'utilisation du territoire leur
appartenant, comme c'est le cas des Premières Nations. On veut
satisfaire ici les doléances des communautés
et des groupes environnementaux et écologistes.
LML :
Est-ce que cela va permettre de
garantir que les projets miniers respectent les droits des
communautés de même que l'environnement naturel et
social ?
C.B : Que ce soit pour le BAPE ou les
nouvelles consultations communautaires, les clauses du projet de loi ne
constituent en rien une garantie de meilleure préservation des
ressources naturelles, de l'environnement et encore moins des droits
des communautés et du peuple du Québec. Prenez l'exemple
du projet de mine d'or à
ciel ouvert à Malartic, dans le nord-ouest du Québec, par
la compagnie Osisko. Cette entreprise se trouve propriétaire
à 100 % du site du nom de Canadian Malartic. Ce projet a
fait l'objet d'audience publique du BAPE, d'une très large et
grande opposition de la part des populations locales et nationales, de
même que de la part de dizaines
d'organisations impliquées dans la question des mines, de
l'environnement et de la défense des droits des
communautés. Bien avant que le BAPE dépose, en juin
dernier, son rapport au ministère et sans aucune autorisation,
la compagnie a cabalé auprès des quelques 204
résidents propriétaires de maison pour, un à un,
réussir à acheter leur
propriété et les convaincre de s'installer dans le
nouveau centre-ville de Malartic. En effet, le gisement en question est
situé directement sous le centre-ville de cette ville
minière et n'existe plus maintenant !
Est-ce parce que les résidents sont satisfaits du
projet et croient qu'ils vont s'enrichir, eux, la ville, la
région et le pays ? Absolument pas. C'est tout simplement
parce qu'ils n'ont reçu aucune aide et assistance juridique et
professionnelle des instances gouvernementales à tous les
échelons pour comprendre ce que signifie le projet, les
retombées économiques mais également
environnementales sur l'eau, la nappe phréatique, les sols,
l'air, sans parler de la détérioration géophysique
des lieux à court et long terme: ils ont été
laissés à eux-mêmes. En plus de cela, le seul
résident à s'être opposé à la vente
de sa propriété à Osisko vient d'être
frappé d'un décret du conseil des
ministres du Québec exigeant son expropriation des lieux. Le
ministre Pierre Corbeil a justifié le geste en affirmant :
« Quant l'intérêt individuel brime
l'intérêt collectif [...] on n'a pas d'autre
décision que celle-là à prendre. »
Notons que la réponse finale et les ultimes permis ne sont
toujours pas émis ! Et nous
sommes dans la période d'étude du projet de loi 79, ce
qui montre avec éloquence dans l'intérêt de qui se
fait cette réforme.
Le rapport que le BAPE a soumis indique que les
méthodes utilisées par Osisko sont défaillantes
d'un point de vue déontologique en ce sens que la compagnie
déplaçait les maisons sur des camions au moment
même où les audiences publiques se tenaient. La question
du remplissage du trou soulèvent également des
questionnements, sans parler
des contaminations potentielles de la nappe phréatique par le
cyanure. Sur cela, la compagnie a déjà
décidé qu'il est possible que le trou ne soit pas rempli
par la suite. Le ministère a six mois pour prendre sa
décision suite au dépôt d'un rapport du BAPE sur un
projet. Pourtant, tout indique que ce rapport et ses recommandations ne
comptent pour
rien. Il ne sera pas le premier puisque le rapport du
Vérificateur général du Québec,
déposé en mars 2009 sur la situation de l'activité
minière au Québec[2], indique que dans plusieurs cas si
ce n'est la majorité, malgré des rapports du BAPE
très négatifs, les projets miniers ont été
autorisés ou ont tout simplement opéré sans
même que tous les
permis ou vérifications ou garanties n'aient été
réalisés.
Osisko est basée à Montréal et son
président et chef de direction, M. Sean Roosen, est
également
chef d'exploitation chez Eurasia Holding, entreprise britano-allemande
située à Freiburg en Allemagne. La même entreprise
qui a obtenu les droits de piller l'or d'Haïti sur le site d'un
gisement historique, qui est selon des experts parmi les plus gros au
monde en ce moment, est également au Kazakhstan dans la
région caspienne et dans les deux Amériques et les
ex-colonies britanniques. Nous parlons de monopole et non de petite
entreprise.
Selon la coalition Pour que le
Québec ait meilleure MINE ![3] Osisko
« excavera, en moins de 10 ans, 525 millions de tonnes de
roches pour obtenir un volume d'or équivalent à celui
d'une voiture de type Smart – 6,28 millions d'onces selon le site web
de l'entreprise.[4] Chaque jour, 25 millions de litres d'eau,
11 tonnes de cyanure et 30 tonnes de produits chimiques seront
nécessaires pour l'exploitation de cette ressource. »
LML :
Qu'en est-il des consultations
communautaires ?
C.B. : Bien que le ministre Simard
prétende que le projet de loi 79 constituera un
« virage majeur dans l'histoire minière au
Québec », son projet n'invente rien qui n'existe
déjà, surtout pour les peuples en
Amérique. Si vous prenez les pays d'Amérique du sud et
des
Caraïbes, il existe chez une très grande majorité
d'entre eux des lois et même des clauses constitutionnelles
exigeant la tenue d'audience publique préalable à tout
projet minier. Ceci n'empêche en rien les entreprises
minières, dont la majorité sont canadiennes, à
passer outre aux lois et obligations et à s'installer sur les
territoires sans effectuer les
consultations nécessaires. Ils utilisent tout ce qui est
possible pour se soustraire à cette obligation. Cela va de la
corruption des instances gouvernementales locales,
fédérales ou provinciales, aux manoeuvres juridiques avec
injonction, et lorsque ce n'est pas suffisant, aux menaces,
intimidations et assassinats. C'est ce qui se vit chaque jour au
Mexique, au Guatemala, au Honduras, en Colombie, au Salvador, au
Pérou et ailleurs.
L'un des moyens favoris des entreprises est d'utiliser
les consultations communautaires pour justement diviser les
communautés entre les pour et les contre, entre travailleurs
miniers et
défenseurs des terres ancestrales et environnementalistes.
Même le groupe de travail de l'ONU sur la défense des
droits humains ne cesse d'émettre des rapports
accablants sur la violation des droits humains les plus
élémentaires dans toute cette région du monde par
les compagnies minières. Alors peut-on penser que ces
mêmes entreprises qui agissent de manière criminelle, sans
aucun scrupule quant à la destruction des communautés,
des sols, des
eaux, des animaux et êtres humains, vont
agir différemment ici au Québec? Elles ont des dizaines
d'années d'expérience sur comment voler les richesses des
nations partout dans le monde. Elles savent comment contourner toutes
les règles d'application des lois. Et ces lois sont faites pour
elles, pour leur permettre d'agir comme elles veulent et retirer en
toute quiétude le maximum de
richesse et la condenser entre leurs mains sans rien pour les
communautés et les peuples à qui elle appartient.
En ce moment, il existe 27 mines et plus de deux cents
projets d'exploration qui creusent et fouillent le sous-sol ici, la
plupart, selon le rapport du Vérificateur
général du Québec, en toute
illégalité en regard de la loi actuelle et de sa
réglementation. Nous verrons plus loin comment les redevances
versées à l'État (lorsqu'elles le sont) sont
ridicules en comparaison des milliards que s'accaparent les
entreprises minières au Québec. Alors dites-moi, si le
gouvernement ne fait pas appliquer la loi et les règles
actuelles, qu'est-ce qu'une nouvelle loi et de nouvelles règles
vont venir changer à cela ? Seule une volonté
de protection du patrimoine nationale et de l'intérêt du
peuple peut y arriver, mais le projet de loi actuel, je le rappelle, se
base sur la volonté de stimuler l'activité minière
et les travaux d'exploration et d'exploitation, ce qui est bien
différent.
LML :
Parlant des conséquences sur
l'environnement naturel et social, dans le projet de loi on retrouve
toute une série d'amendements et d'ajouts aux règles qui
se veulent des moyens d'établir un suivi plus stricte des
activités minières allant de l'établissement de
titre de propriété des claims au plan de restauration et
de
réaménagement des sites pendant et après
l'activité d'exploration et d'exploitation. Est-ce que ces
mesures représentent une garantie réelle que les lieux
seront décontaminés et restaurés dans un
état naturel et géographique convenable pour l'avenir et
les communautés qui les habitent ?
C.B. : Le projet de loi apporte
effectivement certaines modifications qui visent à resserrer les
règles d'obtention et de maintien d'un claim, tout comme pour
l'obtention de permis d'exploration et d'exploitation. Les exigences de
tenir des consultations publiques et la présentation, par le
titulaire du projet, d'un plan de
réaménagement et de restauration accessible au public au
moins 30 jours avant le début des consultations, font partie de
ceux-là. Également, selon l'article 140.1 tel que
modifié « le titulaire du droit minier doit
constituer un comité de suivi, selon les modalités
déterminées par règlement, afin de s'assurer du
respect des engagements qu'il a
pris à la suite des observations qui lui ont été
faites lors de la consultation publique ». L'obligation de
déclarer la découverte des substances minérales
pouvant contenir 0,05 % ou plus d'uranium est également au
nombre des amendements. Le principal amendement se retrouve aux clauses
53 et 54 modifiant les articles 232.4 et consiste
à faire passer les dépôts de garantie pour les
travaux de restauration et de réaménagement de 15 %
à 70 % pour les activités minières
réalisées de 1997 jusqu'à l'adoption du
présent projet de loi 79 et à 100 % des coûts
anticipés pour la réalisation des travaux prévus
qui sont spécifiquement identifiés à l'article
232.4.1 comme
étant :
1- le réaménagement et la restauration des
aires d'accumulation ;
2- la stabilisation géotechnique des sols ;
3- la sécurisation des ouvertures et des piliers
de surface ;
4- le traitement des eaux ;
5- les travaux ayant trait aux chemins;
cela à partir de la date d'adoption du projet
de
loi et le tout accompagné de diverses modalités de
versement.
La chose à noter ici est que la loi actuelle
comporte des modalités de garantie pour les travaux de
restauration et de réaménagement, elles sont moindres
mais elles existent. Le problème est qu'elles ne sont pas
appliquées. Il existe en ce moment quelques 345 sites miniers
abandonnés au Québec pour lesquels l'État
québécois devra engager 264 millions de dollars
sur 10 ans pour les restaurer suivant un estimé fait par le MRNF
remontant au 31 mars 2008. Le rapport du Vérificateur
général du Québec est encore une fois limpide sur
l'irresponsabilité gouvernementale en ce qui a trait à
l'application de la loi sur les mines. À la section
« Mécanismes de contrôle » au point
2.6 du rapport il est
indiqué :
« Mécanismes de contrôle
« 2.6 Par le passé, de nombreux sites
d'exploration et d'exploitation ont été abandonnés
par leurs propriétaires. Ils sont maintenant à la charge
de l'État qui devra engager pour les restaurer des sommes
estimées à 264 millions de dollars au 31 mars 2008. Les
résultats de nos travaux ont démontré que les
interventions visant à s'assurer du
respect des exigences légales par les compagnies minières
aux différentes étapes de la vie d'une mine ne minimisent
pas le risque que l'État doive supporter des coûts de
restauration additionnels dans l'avenir. À partir de l'analyse
d'un échantillon de 25 dossiers de sites miniers, nous avons
relevé les éléments suivants :
« - Pour 11 des 25 dossiers examinés,
les délais prévus n'ont pas été
respectés en ce qui concerne le dépôt ou la
révision du plan.
« - L'appréciation du plan de
réaménagement et de restauration et la décision
qui en découlait ne concordaient pas toujours.
« - Les délais moyens entre le
dépôt du plan et son approbation ont été de
trois ans environ. Plus les délais sont longs, plus les
versements de la garantie financière tardent, compte tenu du
fait que ces derniers ne débutent qu'après l'approbation
du plan.
« - La Loi sur les mines prévoit
que
le
MRNF
approuve
le
plan
après
consultation
du
ministère
du Développement durable, de l'Environnement et
des Parcs (MDDEP). Dans 10 dossiers, il a été
approuvé malgré un avis du MDDEP non concluant,
défavorable ou spécifiant des conditions, ou encore en
l'absence d'un avis. Ces
décisions du MRNF n'étaient pas suffisamment
documentées pour permettre de comprendre ce qui les justifiait
sans un avis favorable.
« - La garantie financière,
censée couvrir 70 p. cent des coûts de restauration
estimés, comporte des limites, compte tenu des modalités
d'établissement et de versement des sommes. À titre
illustratif, la garantie applicable aux dossiers vérifiés
s'élevait à 109 millions de dollars alors que le
coût total des travaux de restauration de
l'ensemble de ces sites était de 352 millions en date du 31 mars
2007.
« - Le MRNF a fait peu de travail afin de
suivre l'état des réserves indiqué dans le plan de
réaménagement et de restauration bien que ce soit un des
facteurs importants pour établir le calendrier des versements de
la garantie financière.
« - Les versements de la garantie ne
correspondaient pas toujours à l'échéancier
établi par le MRNF, les retards pouvant dépasser deux
ans. Dans certains cas, ils n'avaient tout simplement pas
été faits. Au moment de notre vérification, le
total de la garantie non versée pour deux dossiers
vérifiés représentait environ 4,4 millions de
dollars. Par ailleurs, les exigences de versement
déterminées par le MRNF pour certains dossiers
n'étaient pas conformes à la réglementation, ce
qui a fait en sorte de reporter les versements de 16 millions de
dollars.
« - Les activités d'inspection
souffraient d'un sérieux manque d'organisation. Aucun rapport
concernant de telles activités n'a pu être retracé
dans 56 p. cent des dossiers analysés. Pour les autres, les
inspections avaient été effectuées sans grille
d'analyse et remontaient parfois à plus de deux ans. Dans la
quasi-totalité des dossiers, nous
n'avons retrouvé aucune trace de collaboration entre les
inspecteurs du MRNF et ceux du MDDEP. Une telle collaboration
s'avère incontournable si le gouvernement veut favoriser la
cohérence de ses travaux et optimiser l'efficience et
l'efficacité des activités d'inspection.
« - Parmi les trois dossiers
vérifiés pour lesquels un certificat de libération
avait été délivré à la suite de la
réalisation des travaux de restauration, nous n'avons pas
retracé d'analyse documentée permettant de voir que
l'émission du certificat avait reposé sur les
critères établis à cet égard. De plus,
lorsqu'un tiers avait accepté d'assumer
les obligations de restauration, le MRNF n'avait pas
vérifié sa solvabilité.
« - Les renseignements consignés dans
les dossiers des sites miniers du MRNF ne permettaient pas d'avoir une
image complète des interventions effectuées. Nous avons
aussi noté un manque d'information de gestion et d'outils
susceptibles d'aider le ministère à colliger des
données sur l'évolution de la situation de l'ensemble des
sites
miniers. »
Le ministre responsable à l'époque
était Pierre Corbeil. Est-ce que ce ministre a
été traduit en justice pour ce qui apparaît comme
un acte criminel sur le plan fiscal et un manque au concept actuel
voulant que l'État soit le fiduciaire de ce bien commun et que
la mission du ministère est de s'inscrire « dans une
perspective de
développement durable et de gestion intégrée,
assurer la conservation et la mise en valeur des ressources naturelles,
dont la faune et son habitat, ainsi que des terres du domaine de
l'État, au bénéfice des
citoyens » ?[5] Non. Au contraire il est maintenant
ministre des Affaires autochtones et de la région du nord-ouest
du Québec, soit la
région où se trouve la très grande
majorité des ressources naturelles exploitées ou
exploitables sur les terres ancestrales des Premières
Nations !
D'ailleurs dans ses réactions suite au
dépôt du projet de loi 79 par le ministre Simard,
l'Association minière du Québec (AMQ)[6] mentionne
qu'elle
« supporte les grands objectifs du projet de loi modifiant
la Loi sur les mines... » et indique que
« pour le président-directeur général
de l'Association minière du Québec,
M. Dan Tolgyesi, l'AMQ a déjà fait connaître au
gouvernement son appui pour augmenter à 100 % le niveau de
la couverture des coûts de restauration des sites
miniers... » Quand on regarde les données fournies
par le rapport du Vérificateur général du
Québec, on comprend bien pourquoi ! Notons
également
qu'il n'y a rien dans le projet de loi qui manifeste une intention du
gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour que le
ministre et son ministère aient les moyens de garantir
l'application de la loi.
LML :
Qu'en est-il de la préservation
des ressources naturelles ?
C.B. : En ce qui a trait à la
garantie sur la préservation des ressources pour l'avenir, le
vérificateur général note dans son rapport au
point 2.52 que « l'un des volets importants du MRNF porte
sur la conservations des ressources naturelles. En pratique, toutefois,
le ministère s'intéresse peu à la conservation des
ressources
minérales. Ainsi la plupart de ses efforts sont dirigés
vers l'exploitation, la découverte de nouveaux gisements et la
considération des conséquences environnementales qui y
sont associées. » Or, d'entrée de jeu dans
l'introduction du projet de loi 79 nous retrouvons les mêmes
fondements, ce qui signifie que le ministre et le gouvernement
Charest n'ont nullement l'intention de modifier le cadre dans lequel se
développe l'activité minière au Québec.
L'organisation même des consultations qui ont
mené à l'élaboration de la stratégie
minérale du gouvernement démontre le peu d'intention
réelle de profiter de cette opportunité historique dans
l'histoire du Québec de le doter d'une stratégie qui
repose sur les intérêts souverains du peuple du
Québec et de son développement. Le gouvernement a
tenu des consultations en présentant des documents pour
« aider » les intervenants dans leur
réflexion, ils sont au nombre de 5 :
1. découvrir de nouveaux gisements ;
2. renforcer la compétitivité du secteur
minier et en maximiser les retombées ;
3. attirer et former la main-d'oeuvre ;
4. protéger l'environnement et assurer une
intégration harmonieuse dans le milieu ;
5. associer les régions.
À ce chapitre, le vérificateur
général du Québec mentionne dans son rapport au
point 2.57 : « Le document à lui seul est
insuffisant pour bien informer les gens concernés. Pourtant des
renseignements sur la problématique propre aux régions,
les évolutions temporelles et les rendements économiques
de diverses données sur la
main-d'oeuvre, l'investissement minier, le financement, la
fiscalité, l'environnement, la santé et la
sécurité, entre autres, auraient contribué
à optimiser les résultats de la
consultation. » Le fait est que le gouvernement ne pouvait
fournir ces renseignements, puisque depuis 1995 il ne recueille plus
aucune donnée sur tout ce secteur. Autrement
dit, tout le secteur minier est abandonné aux entreprises
privées qui occupent et utilisent le territoire national comme
leur propre propriété privée et dans leurs
intérêts privés. Donc nous avons
l'élaboration d'une stratégie minière qui repose
sur des données incomplètes et de laquelle est issu un
projet de loi tout aussi incomplet, mais avec des
intentions bien précises qui sont de ne rien changer dans
l'exercice des activités minières au Québec.
LML :
Tout ce qui fait
référence aux redevances, droits annuels et perception de
loyer dans le projet de loi 79 nous renvoie aux règlements tels
qu'établis. Est-ce que le Québec reçoit une partie
de la richesse extraite de son sol par les compagnies
minières ?
C.B. : En fait, une partie des droits
annuels, plus les loyers, sont fixés par réglementation
ou par décret, tout comme les crédits d'impôt.
Tous les droits et activités minières sont régis
par quatre lois :
Loi sur les mines : Cette loi et le
règlement y afférent, soit le Règlement sur
les substances minérales autres que le pétrole, le gaz
naturel et la saumure, visent à favoriser la prospection,
la recherche, l'exploration et l'exploitation des substances
minérales et des réservoirs souterrains, et ce, en tenant
compte des autres possibilités d'utilisation du
territoire. Des modifications à la loi et au règlement ont
permis de mieux encadrer la restauration des sites
miniers à partir de 1995.
Loi concernant les droits sur les mines : Il
s'agit
de
la
loi
qui
encadre
la
perception
des
droits sur les mines et
le versement du crédit de droit remboursable pour perte
auprès des exploitants.
Loi sur la qualité de l'environnement : Cette
loi
accorde
à
toute
personne
le
droit
à
la
qualité
de l'environnement, à sa protection et à la sauvegarde
des espèces vivantes qui y habitent. Elle exige également
l'obtention d'un certificat d'autorisation pour tout projet ayant pour
conséquence d'affecter la qualité de
l'environnement. La Directive 019 sur l'industrie minière précise
les
attentes
et
les
exigences
concernant
les
projets
d'exploitation
minière
qui nécessitent l'obtention d'un certificat
d'autorisation.
Loi sur les impôts : C'est la loi
qui prévoit les modalités de mise en oeuvre du
crédit d'impôt relatif aux ressources, des
actions accréditives ainsi que des mesures pour la recherche et
le développement. Il s'agit de mécanismes
d'aide aux entreprises du secteur minier.
Le montant des droits perçus varie selon
les caractéristiques du site exploitable, de l'emplacement du
territoire, de la durée du bail minier et
autres considérations. En ce qui a trait aux redevances, elles
ont été majorées lors du dépôt du
dernier budget provincial. Elles sont donc passées de 12 %
du profit annuel à 14 %
maintenant et passeront à 16 % en 2012 et certaines
règles de déductions des compagnies minières ont
été réduites, tout en conservant intact les
moyens de les contourner.
Au Québec, en 2008 on retrouvait une
activité minière pour 14 types de minéraux
totalisant 24 mines actives et 13 gîtes en développement,
comme le montre ce tableau :
Source :
Ministère
des
Ressources
naturelles
et
de
la
Faune
Selon les données recueillies par le
vérificateur général du Québec
auprès du MRNF, un grand nombre d'entreprises ne versent aucun
droit minier au gouvernement. Le rapport nous apprend que de 2002
à 2008, « 14 entreprises n'ont versé aucun
droit minier alors qu'elles cumulaient des valeurs brutes de production
annuelle relative
aux minerais métalliques de 4,2 milliards de
dollars ». Le tableau suivant nous renseigne sur le nombre
d'entreprises en opération, le nombre de celles qui ont
versé des droits miniers, la valeur brute de leur production et
la valeur des droits versés :

Source : Ministère des Ressources
naturelles et de la Faune
Maintenant, voyons le coût estimatif des mesures
fiscales et droits se rapportant au secteur minier au 31 mars 2008 (en
millions de dollars) :

C'est dire que sur cette période de 6 ans, le
gouvernement du Québec a accordé aux entreprises
minières quelque 623 millions de dollars en crédits
d'impôt et avantages fiscaux alors qu'il a reçu de ces
mêmes entreprises une somme de 256 millions en droits miniers. Le
peuple du Québec a donc payé 367 millions de dollars aux
entreprises
minières pour qu'elles puissent s'accaparer des richesses
naturelles, faire des milliards en profit, détruire
l'environnement naturel, occuper les terres ancestrales des
Premières Nations, diviser les communautés et tout cela
au nom de la prospérité économique du
Québec ! Il n'est pas étonnant qu'un sondage
effectué par l'Institut Fraser
auprès des dirigeants de compagnies minières en 2007
classait le Québec comme l'endroit offrant le meilleur contexte
d'investissement en ce qui a trait à l'exploration.
D'ailleurs, la même enquête, du même
Institut en 2010, classait le Québec en première position
mondiale parmi les 72 juridictions étudiées pour ce qui
est de la qualité de sa politique minière. Ce qui
n'empêche pas Fred McMahon et Jean François Minardi[7],
tous deux de l'Institut Fraser, de faire de la désinformation en
réaction au projet de
loi 79 et d'écrire : « Les compagnies
minières ne sont pas contre le fait de payer des impôts et
de se conformer à des règles raisonnables, mais
s'inquiètent lorsqu'elles sont confrontées à
l'incertitude et aux conséquences qui en découlent.
Ainsi, alors qu'elles avaient déjà investi des millions
de dollars dans des projets qui s'appuyaient
sur un calcul des coûts basé sur un taux d'imposition et
des règles qu'elles croyaient stables, elles doivent aujourd'hui
revoir leurs évaluations. » Puis vient la
menace : « Le Québec devrait avoir à
l'esprit le cas de la Colombie-Britannique. L'environnement politique
était hostile à l'industrie dans les années 90.
Depuis lors, le
gouvernement de la province a passé de nombreuses années
à essayer de réparer les dégâts. Pourtant,
malgré ces efforts, la Colombie-Britannique obtient encore de
mauvais scores dans notre enquête et le sentiment d'incertitude
né pendant cette période hante encore
l'industrie. »
Mais alors si « l'incertitude »
est tellement grande en Colombie-Britannique, comment expliquer que 19
des compagnies minières opérant au Mexique et y oeuvrant
à voler le patrimoine nationale en richesses naturelles,
principalement l'or et l'argent, aient leur siège social en
Colombie-Britannique ? ! Donc, pour
répondre à votre question, non seulement le Québec
ne reçoit rien de la richesse extraite de son sol, mais en plus,
de 2003 à 2008, il a versé à ceux qui s'accaparent
cette richesse près de 150 % de plus que ce qu'il a
reçu.
LML : Un des arguments apportés par
l'industrie minière pour s'opposer à l'augmentation
du taux d'impôt à payer et de la diminution de certains
crédits d'impôt, est que cela met en péril les
investissements dans le secteur minier au Québec. Il en
résulterait par conséquent le risque de faire perdre des
milliers d'emplois et ainsi
nuire aux communautés qui dépendent de l'activité
minière pour survivre. Que pensez-vous de cet argument ?
Selon les données fournies par Ressources
naturelles Canada et Statistique Canada, pour la période de 1997
à 2007, les investissements en dépenses d'exploration et
de mise en valeur ont augmenté de 140 %, la valeur de la
production a augmenté elle de 72 % alors que dans la
même période le nombre d'emplois
générés par
l'extraction a chuté de 17 %.
Le tableau suivant est très
révélateur :

Ce que nous enseigne ce tableau est qu'entre 1997 et
2007, la valeur de la production des métaux a connu une hausse
de
61 %, alors que l'emploi généré a connu lui
une baisse de 17 %. Le fait est que dans la même
période, l'industrie a connu une baisse de production importante
dans la plupart des minerais. Ainsi, la production
de cuivre a baissé en terme de tonnes de 83 %, l'or de
26 %, l'argent de 2 %, le zinc de 45 % et le fer de
11 %; seul le nickel a connu une croissance de 27 %. La cause
principale serait due à l'augmentation des prix mondiaux
résultant d'une forte demande de minerais de pays comme la Chine
et l'Inde entre autres. Ce qui en soit est une contradiction puisque
s'il y a forte demande, comment expliquer la baisse de production ? Une
raison possible relève d'un parasitisme spéculatif sur
les marchés, les entreprises accumulant de grandes
réserves
sans toutefois en exploiter le plein potentiel. La crise du
système financier mondial sert également de
prétexte pour le maintien élevé du coût des
minerais comme l'or principalement.
C'est donc un mensonge qui vient d'une politique de
désinformation servant à leurrer la classe
ouvrière et le peuple pour qu'ils abandonnent leurs
intérêts propres au profit de ceux de l'industrie, pour
qu'ils acceptent les concessions, la perte de leur fonds de pension et
des réductions de salaires.
LML : Le projet de loi 79 traite de deux
autres aspects liés à l'activité minière.
Le premier concerne les droits sur les substances de surface et
l'autre sur la découverte de matière contenant
0.05 % d'uranium. À quoi répondent ces
changements ?
C.B. : Il s'agit ici d'un concept
très important qui est celui du droit de propriété
sur les ressources naturelles, nous reviendrons plus loin sur cette
question. Maintenant, pour ce qui a trait aux substances
minérales de surface, le projet de loi 79 propose dans son
premier point de modifier l'article 5 de la loi actuelle sur les
mines[9]. Cet article fixe le droit de propriété sur les
substances minérales de surface et sur les minerais du
tréfonds, soit du sous-sol, comme appartenant dans leur ensemble
à l'État et pouvant être aliénés au
propriétaire du droit minier acquis pour ce territoire. Ce droit
minier sur les substances de surface et de tréfonds a
préséance sur le droit de
propriété foncière. Avec le développement
de tourbières et l'utilisation d'autres substances
minérales de surface comme le gravier, principalement, des
conflits sont apparus entre les exploitants de certains de ces sites
privés et les propriétaires de claims. Comme la loi
actuelle dicte que la personne détenant les droits miniers sur
le tréfonds possède
également les droits miniers sur les substances de surface,
certains projets d'exploration et d'exploitation minières
viennent
léser les propriétaires fonciers qui exploitent des
substances de surface et voient leurs droits leur
échapper au profit des détenteurs de droits
miniers. Donc l'amendement proposé vient octroyer aux
propriétaires fonciers le droit
sur les substances minérales de surface en terres privées
dans le cas où ces substances appartiennent à
l'État. Il s'agit ici d'un retour au principe du régime
colonial qui distinguait les droits sur la surface des droits sur le
tréfonds minéral, principe qui tient ses racines
dans le XVe siècle en France, puis au XVIIe siècle sous
le développement
du régime français en nouvelle France.
Ce n'est pas la première fois dans la Loi
sur les mines au Québec qu'un tel retour s'effectue. Dans
l'établissement de la Loi cadre sur les mines de 1880
apparait cette modification dans le but de clarifier le droit de
propriété sur les ressources entre l'État et les
entrepreneurs naissant (particulièrement de mines de
phosphate), assurer à l'État le contrôle sur les
découvertes d'or et d'argent et à partir de 1892 sur tous
les minerais. Cela a également servi à préparer
l'établissement de règles sur les rentes futures. Cette
modification est confirmée dans la loi de 1890 et celle de 1892
et en
sera ainsi jusqu'au début des années 1960, alors qu'en
1966 l'union des droits sur
les substances minérales de surface et de tréfonds est
de nouveau rétablie en un seul droit accordé à
celui qui possède le titre de propriété sur le
claim. Avec la modification proposée dans le projet de loi 79,
nous revenons donc à une mesure établie il y a 130 ans.
En ce qui a trait à la découverte
d'uranium, la question mérite d'être
étudiée. Nous savons que l'uranium est très
recherché pour des fins de production de l'énergie
nucléaire et est très important dans le
développement du marché très lucratif des
armements. Nous savons également, de par le rapport du
Vérificateur général du Québec, que le
gouvernement a pendant plusieurs années abandonné de
colliger les données sur les gisements miniers et leurs
développements sur le territoire québécois.
L'ajout de l'obligation de faire rapport au ministre de la
découverte de substances contenant 0,05 % et plus d'uranium
sert à palier à ce manque. Le Québec n'a pas de
mine d'uranium en
production en ce moment. Par contre il a sur son territoire quelque 90
sites d'exploration pour de futures mines possibles. Au total 13 de
ces sites sont situés sur la Côte-Nord. L'exploration de
ces sites fait en sorte de libérer des matières
radioactives et donc d'augmenter le risque de contamination des
communautés environnantes, principalement
autochtones. C'est le constat effectué par les médecins
de la région de Sept-Îles.
Le problème soulevé par l'amendement dans
le projet de loi 79 est qu'il crée l'obligation de rapporter
toute découverte de substances minérales contenant
0.05 % en uranium mais n'en n'interdit pas son exploitation. Ce
qui fait dire aux opposants aux mines d'uranium que
l'intérêt réel du gouvernement n'est pas tant de
chercher à
protéger la population des effets radioactifs de ce minerai
sinon de favoriser l'accumulation de connaissances sur les gisements
potentiels et les entreprises désireuses de les exploiter. C'est
pourquoi, devant cette perspective, le mouvement Sept-Îles sans
uranium et les 24 médecins qui veulent démissionner du
Centre de santé et des services
sociaux (CSSS) si l'exploration de l'uranium se poursuit au lac
Kashiwiss, exigent un moratoire sur l'activité uranifère
au Québec.
LML : En conclusion que devons-nous retenir
ce projet de loi 79 ?
C.B. : Trois choses importantes sont
à retenir dans ce projet de loi 79. Premièrement, il
vient reconfirmer le droit à la spoliation des richesses
naturelles du peuple au profit de groupes d'intérêts
particuliers, principalement monopolistes et militaristes.
Deuxièmement, parce qu'il fait cela, il ne répond en rien
aux préoccupations
exprimées par les différentes sections du peuple du
Québec et des Premières Nations. Troisièmement, il
est une occasion ratée de créer une véritable
politique minière au Québec qui serve son
développement comme nation moderne. Une politique unificatrice
du peuple du Québec et des Premières Nations, dans la
réalisation de ce qui constitue un
élément important dans le développement d'un
projet d'édification nationale, soit le droit souverain de
propriété sur son territoire et les richesses qu'il
contient.
Ce dernier point est probablement le plus important car
il s'adresse à tout l'esprit dans lequel le cadre
réglementaire sur l'activité minière au
Québec s'est développé depuis 1880 jusqu'à
maintenant. Je fais référence ici au droit de
propriété. Lorsque, à la fin du XIXe
siècle, a débuté le développement important
de différents secteurs miniers,
comme pour le phosphate et l'amiante, l'absence de
réglementation sur l'utilisation des ressources contenues sur et
dans les sols dans un premier temps et sur leur profitabilité
dans un deuxième temps, a fait ressortir la
nécessité de créer des règles devant
régir cette activité. Au bout de ce processus qui a
duré de 1880 à 1901, le gouvernement de
l'époque a affirmé que les ressources naturelles en
surface comme dans le tréfonds appartenaient à
l'État. Cet acte en soit représentait une avancée
puisqu'il affirmait le bien commun sur l'intérêt
privé et offrait ainsi la possibilité d'utiliser le
développement des richesses du sol québécois dans
l'intérêt du développement de la nation.
Dans cette période, ce que cherchait à
faire le gouvernement Mercier était de profiter du
développement minier pour combler le vide juridique sur
l'utilisation des ressources et ainsi établir de nouveaux
mécanismes de rentes afin de subvenir aux
nécessités budgétaires de son gouvernement
concentrées dans le développement des chemins de fer,
des routes et autres infrastructures. Il devait également
chercher à démontrer à la population votante
qu'il travaillait à défendre ses intérêts
nationaux sur la richesse de son sol. Mais, en même temps que
d'une main il affirmait le droit du peuple sur ses richesses, de
l'autre il le lui enlevait en permettant du même souffle que
soit aliéné ce
droit au profit d'intérêts privés. Le fait est
qu'au
moment d'établir la politique minière du Québec en
1880, le gouvernement a dû faire face aux producteurs miniers
regroupés en association qui s'opposaient farouchement à
la mainmise de l'État sur tous les minerais de surface et de
tréfonds de même que sur l'imposition de rente sur la
valeur
marchande du produit extrait.
La raison principale vient du fait qu'avant 1880,
certains droits exclusifs avaient été octroyés
sous le régime seigneurial français et sous le
régime britannique. Ces droits permettaient à leurs
détenteurs d'exploiter comme bon leur semble toute richesse
minérale sur les terres acquises à l'exception de l'or et
l'argent qui devaient être déclarés à la
Couronne, mais pour le reste aucune rente ne devait être
versée sur le produit extrait. Ces producteurs étaient
ceux qui exploitaient les mines de phosphate sur des terres agricoles
et surtout celles d'amiante dans la région de Thedford Mines.
Leur association, la « General Mining Association of the
Province of Quebec » voyait dans le
projet du gouvernement Mercier l'intention d'exproprier leur droit de
propriété à exploiter les richesses des sols
qu'ils détenaient et en ce qui concerne l'imposition de rente,
elle déclarait par la voix de son président qu'elle
« ne croyait pas que les industries minières avaient
progressé à l'étape où elles peuvent
être une source de
revenus ». Aussi ont-ils fait d'énormes pressions sur
le gouverneur général du Canada de l'époque pour
que ce dernier exerce son désaveu à l'encontre du
gouvernement du Parti national que dirigeait Mercier. Le gouverneur
général du Canada a refusé de faire cela,
préférant laisser aux tribunaux le soin de régler
la chose.
Finalement, avec la venue au Québec en 1892 du
gouvernement
conservateur de Charles-Eugène Boucher de Boucherville,
ayant le soutien de l'association des
producteurs, l'article du projet de loi en question fut abrogé
et les règles existantes avant 1880 furent maintenues dans le
cas des concessions déjà octroyées. Mais pour
toutes les autres terres de la Couronne, la loi spécifia la
propriété de l'État sur tous les minerais de
surface et de tréfonds. Finalement en 1901, les derniers
amendements furent introduits permettant l'acquisition des droits
miniers par les propriétaires de surface qui variaient de 1
à 4 $ l'acre. Puisque le mécanisme établi
pour acquérir des droits miniers du tréfonds consistait
dans l'unique achat de
surface de terre, cette dernière modification profita grandement
aux entreprises minières de l'époque. Il aura donc fallu
21 ans pour que soit conclue une entente entre le gouvernement du
Québec et les riches entrepreneurs (dont une majorité
provenait de la clique du château) pour trouver comment
établir une stratégie minière qui permettait
à l'État
d'augmenter ses revenus, montrer au peuple qu'il défendait ses
intérêts nationaux tout en ne nuisant en rien aux
intérêts économiques des riches commerçants
et entrepreneurs de l'époque.
Donc dans un premier temps le gouvernement, après
avoir établi que toutes les ressources naturelles de surface et
de tréfonds appartenaient à l'État, a introduit le
mécanisme d'aliénation de ce droit en permettant
l'acquisition de ces richesses par le paiement d'une rente d'achat de
droit minier établi sur la seule base d'une délimitation
de
territoire de surface. Une fois cette surface acquise, l'entrepreneur
avait plein droit de possession sur toute richesse qu'elle contenait
sans rien d'autre à payer. Dans la même période est
venue la question d'augmenter les revenus sur les richesses extraites
du sol par l'ajout d'une rente. Encore là, les discussions et
négociations furent longues afin de
trouver sur quoi s'appliquerait cette rente. Le gouvernement voulait
qu'elle s'applique sur la valeur marchande des richesses extraites,
alors que les exploitants voulaient qu'elle soit sur un pourcentage de
profit net réalisé annuellement.
L'avantage de la position gouvernementale est qu'elle
permettait un contrôle de l'État sur l'extraction des
minerais et un pourcentage plus grand sur la rentabilité de ces
richesses versées au trésor public. Encore une fois, cela
ne plaisait pas au puissant groupe économique possédant
les mines de phosphate et d'amiante de l'époque. Au lieu de
maintenir sa position, le gouvernement opta pour l'imposition d'une
rente allant de 2 à 3 % sur le profit annuel net. On peut
voir aujourd'hui combien cette règle est importante. Le
versement d'une redevance fixée sur la valeur marchande d'une
quantité de minerai extraite annuellement est mesurable et
quantifiable de manière très simple.
Par contre, le versement de redevance à partir d'un impôt
sur le profit annuel permet, à travers l'octroi de crédit
d'impôt et de perte en production, de déclarer peu ou pas
de profit et de ne rien avoir à verser à l'État.
C'est ce que nous vivons actuellement au Québec
et c'est le moyen par lequel les compagnies minières volent
littéralement des milliards de dollars provenant des richesses
naturelles de la nation. C'est un vol qui, de par le système des
crédits d'impôt et des subventions offerts par
l'État, est de surcroît rétribué par la
richesse collective du peuple du Québec.
Cela permet de voler jusqu'à quatre fois le peuple: en
prenant les richesses du sol, en ne versant rien sur la
profitabilité qui résulte de leurs traitements, en
revendant au Québec et à des prix exorbitants les
produits finis manufacturés à l'extérieur du pays
avec ces mêmes richesses et finalement en s'accaparant par les
crédits d'impôt et
subventions de toutes sortes une partie importante de la richesse
collective produite par la classe ouvrière.
Si l'établissement des politiques minières
de la fin du XIXe siècle a pu permettre de satisfaire les
intérêts des producteurs tout en calmant les demandes du
peuple, on ne peut en dire autant du projet de loi 79 du gouvernement
Charest. En fait, il n'arrive seulement qu'à satisfaire les
intérêts des grandes compagnies minières et ne
répond en rien
aux intérêts des différentes sections du peuple.
Ainsi, la CSN si elle ne remet pas en question l'acquisition du droit
de propriété minier, trouve timide les modifications
apportées par le projet de loi qui n'empêchent pas les
compagnies minières de retarder
l'exploitation de gisement, ce qui vient, selon elle, léser la
création
d'emplois ; pour le reste elle souhaite des aménagements
plus favorables dans les processus d'étude, d'exploration et
d'exploitation et une meilleure participation de la population locale
et un développement durable. Nature Québec et la
Société pour la nature et les parcs du Canada, section
Québec, exigent tout simplement que « la
mainmise des mines sur le territoire québécois par divers
propriétaires privés cesse et que soient
éliminées les inégalités causées par
la préséance des droits miniers. » Le
directeur de cet organisme Christian Simard déplore
« qu'actuellement la conservation de territoire n'est
possible que si le secteur minier ne manifeste aucun
intérêt
pour un site. En fait, le ministère des Ressources naturelles et
de la Faune bloque non seulement tout projet de conservation s'il y a
un titre minier alloué (claim) mais il bloque également
sur la présomption d'un potentiel minier. »
Les petits entrepreneurs sont insatisfaits en raison de
l'augmentation des droits miniers devant être versés pour
les claims, la réduction du temps de possession du dit claim et
l'exigence de devoir entreprendre les travaux exploratoires plus
tôt et le versement de 100 % des garanties avant le
début des travaux exploratoires. Les partis
d'opposition à l'Assemblée nationale trouvent
également le projet de loi trop timide mais ne remettent pas en
question le droit de propriété ni le mécanisme de
réception des redevances. Le même genre d'argument est
présenté par la coalition Pour que le Québec ait
meilleur MINE ! qui demande que le projet de loi soit beaucoup plus
profond sur le
resserrement de la gestion des ressources, de leur exploitation et des
redevances à en tirer.
Donc, ce qui ressort clairement du projet de loi 79 est
la volonté du gouvernement de ne rien changer sur
l'aliénation du droit de propriété minier, de
l'exploitation et de la profitabilité des richesses qui en
résultent. Sans récupérer son plein droit de
propriété et sans l'établissement d'une
stratégie minière qui repose, comme base fondamentale et
inaliénable, sur le développement des ressources
naturelles servant le développement de la nation moderne du
Québec et le bien-être de son peuple, le tout en harmonie
avec les Premières Nations (ce qui implique la
volonté de résoudre la question des droits ancestraux sur
leur terres), il ne sera pas possible d'arrêter le vol des
richesses du
patrimoine national par les monopoles miniers et leurs alliés et
complices au gouvernement.
Notes
1. Claim : droit minier qui donne à
son
titulaire le privilège exclusif de rechercher sur un territoire
délimité toute substance minérale avec certaines
exceptions selon différentes juridictions.
2. Rapport du Vérificateur général
du Québec à l'Assemblée nationale pour
l'année 2008-2009, Tome II, chapitre 2, mars 2009.
3. Coalition Pour que le Québec ait meilleure MINE ! Regroupant
plus de 14 organisations, coalition, syndicats,
institut oeuvrant entre autres, sur les questions de l'environnement,
de
l'uranium et la défense des communautés au Québec.
4. Osisko, www.osisko.com/fr
5. Tiré du site web du ministère des Ressources
naturelles et de la Faune.
6. Avis émis par l'Association minière du
Québec, au lendemain du dépôt du projet de loi 79.
7. Fred McMahon est vice-président de la
recherche à l'Institut Fraser. Jean-François Minardi est
analyste senior de politique publique à l'Institut Fraser.
8. Article paru dans La Presse le 30 avril
2010 sous le titre : « L'industrie minière
contribue à bâtir des communautés prospères.
Alors pourquoi renverser une tendance jusque là largement
positive ? »

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca