Le Marxiste-Léniniste

Numéro 157 - 8 octobre 2010

Marche mondiale des femmes 2010

Plein succès au grand Rassemblement
national à Rimouski le 17 octobre!
Six jours de marche et d'actions locales, régionales
et interrégionales partout au Québec!



Le grand rassemblement national
à Rimouski le 17 octobre

(clôture de la Marche)
(Pour plus de détails, voir le Calendrier
de la Marche mondiale des femmes)

Marche mondiale des femmes 2010
Plein succès au grand Rassemblement national à Rimouski le 17 octobre! Six jours de marche et d'actions locales, régionales et interrégionales partout au Québec!

10e anniversaire de l'invasion de l'Afghanistan
L'OTAN élargit la guerre de l'Afghanistan au Pakistan - Rick Rozoff, Stop NATO

Irak
La fin des combats et la nécessité de justice - Jamilé Ghaddar
Abus systématiques des détenus

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Marche mondiale des femmes 2010

Plein succès au grand Rassemblement
national à Rimouski le 17 octobre!
Six jours de marche et d'actions locales, régionales
et interrégionales partout au Québec!

Du 12 au 16 octobre prochain, les femmes et leurs organisations partout au Québec tiendront des marches, actions et rassemblements sous le thème de la Marche mondiale des femmes 2010 : En 2010, nous marcherons tant que toutes les femmes ne seront pas libres ! Elles ont en tête et en action la défense des droits de toutes et tous, la défense du système de santé et d'éducation public, en passant par la défense du droit au logement et du droit à un moyen de subsistance et la lutte pour l'élimination de la pauvreté pour que personne ne soit laissé pour compte.

Elles exprimeront leur opposition aux droits privilégiés des monopoles qui pillent nos richesses et détruisent les régions et l'environnement, à la participation du Canada aux guerres d'agression et d'occupation des États-Unis et au recrutement de l'armée dans les écoles.


Marches à Ankara, Turquie (gauche) et à Manille, Philippines, plus tôt cette année en
appui à la Marche mondiale des femmes 2010
(
www.mmf2010.info)

Elles ont en tête et en action que les gouvernements Harper/Charest doivent assumer leur responsabilité envers les femmes et la population et garantir une société qui progresse et s'épanouisse plutôt que de reculer. Elles n'acceptent pas les discours sur le « manque d'argent » pour les programmes sociaux, ni le détournement des fonds publics pour sauver les monopoles, ni les attaques contre les plus vulnérables qui sont une attaque contre la société.

Elles n'acceptent pas les promesses de remèdes des dieux de la peste, comme la ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, qui leur demandait le 7 octobre d'attendre « une commission parlementaire plus tard cet automne... » Elles se sont assurées que leurs demandes soient entendues et discutées partout au Québec et tiendront des activités pour se faire entendre dans les 18 régions du Québec de l'Abitibi-Témiscamingue à la Gaspésie-Iles-de-La-Madeleine, de l'Outaouais à la Côte Nord.

Les 5 principales revendications de la Marche mondiale des femmes au Québec sont :

Autonomie économique : Pour réduire les écarts entre riches et pauvres et pour instaurer une meilleure justice économique, nous défendons l'accès à un salaire minimum de 10,69 $ de l'heure, et nous revendiquons la fin des catégories à l'aide sociale qui perpétuent les préjugés à l'égard des personnes en les qualifiant de « méritantes » et de « non méritantes » et qui servent à justifier le maintien de certaines personnes dans une grande pauvreté.

Bien commun et accès aux ressources : Avec la destruction insidieuse de nos services publics, outils essentiels à l'atteinte de l'égalité, nous luttons contre la privatisation et la hausse de la tarification des services publics, notamment en santé et en éducation. Nous voulons aussi protéger l'eau et l'air de la marchandisation.

Violence envers les femmes : Devant les tentatives de la droite religieuse et politique de contrôler nos corps et de réduire notre liberté, nous revendiquons que le gouvernement du Canada garantisse le droit inaliénable des femmes de décider d'avoir ou non des enfants, ce qui implique le maintien et la consolidation des services d'avortement gratuits offerts partout au pays.

Avec la marchandisation grandissante du corps des femmes, nous exigeons du gouvernement du Québec qu'il légifère sur les publicités sexistes et qu'il mette en place dans les écoles, des cours d'éducation à la sexualité promouvant des rapports égalitaires dans une perspective non sexiste et non hétérosexiste.

Paix et démilitarisation : Nous dénonçons la militarisation de notre société en revendiquant le retrait immédiat des troupes canadiennes en Afghanistan par le gouvernement du Canada et en appelant le gouvernement québécois à interdire le recrutement militaire dans les établissements scolaires.

Droits des femmes autochtones : Nous exigeons la signature de la Déclaration internationale sur les droits des peuples autochtones par le gouvernement du Canada. Le Canada et les États-Unis sont les deux seuls pays au monde à refuser de signer cette déclaration.

Plein appui aux actions de la Marche mondiale des femmes !
Appuyons vigoureusement la lutte des femmes à la défense des droits de toutes et tous !

En 2010, ça va marcher !
- Appel de la Marche mondiale des femmes pour le Québec -

Pour une troisième fois, de l'Afrique du Sud, en passant par l'Angleterre, le Bangladesh, le Cameroun, El Salvador et la Turquie, des milliers de femmes, aux souliers usés par l'histoire, marcheront pour affirmer une vision féministe du monde.

En 2000, dans les suites de la fameuse marche Du pain et des roses, les femmes du monde entier se sont solidarisées contre la pauvreté et la violence envers les femmes. Des milliers de groupes de femmes sur tous les continents ont mis au monde un réseau féministe international incontournable : la Marche mondiale des femmes. Une belle contribution du mouvement féministe québécois à l'histoire.

En 2005, nous avons offert au monde une Charte mondiale des femmes pour l'humanité, jetant les bases d'un projet féministe de liberté, d'égalité, de paix, de justice et de solidarité.

En 2010, nous marcherons tant que toutes les femmes ne seront pas libres ! Notre marche veut ébranler les idées de droite et les adversaires des droits des femmes qui cherchent constamment à couper dans les programmes et les services qui favorisent la solidarité et l'égalité. Dans un contexte où les gouvernements introduisent, parfois directement, souvent insidieusement, une façon de voir le monde qui nous paraît foncièrement sexiste, raciste et inégalitaire, l'heure est venue pour une grande mobilisation de la population afin de signifier que nous en avons assez.

Au Québec, 6 jours d'actions et de marches locales, régionales et nationales en octobre 2010, joignez-vous à nous !

12 octobre : le travail, l'autonomie économique et la lutte contre la pauvreté
13 octobre : le bien commun et l'accès aux ressources
14 octobre : la violence envers les femmes
15 octobre : la paix et la démilitarisation
16 octobre : les droits des femmes autochtones
17 octobre : grand Rassemblement national à Rimouski

Faites la différence, impliquez-vous :

* Participez aux marches et actions locales, régionales et interrégionales partout au Québec du 12 au 16 octobre
* Soyez de la partie le 17 octobre au grand Rassemblement national à Rimouski
* Impliquez-vous auprès d'un groupe de femmes de votre localité
* Faites connaître les revendications de la Marche autour de vous
* Rejoignez la Fédération des femmes du Québec sur Facebook ou Twitter
* Participez à la campagne de financement de la Marche mondiale des femmes au Québec en achetant des kilomètre de marche (bientôt disponible sur ce site)

Ne laissez pas passer la marche sans y prendre part ! Votre implication pourrait être celle qui fait qu'En 2010, ça va marcher !

Pour trouver l'information sur les actions organisées au Québec :
http://www.ffq.qc.ca/luttes/marche-mondiale-des-femmes/champs-daction/calendrier/

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10e anniversaire de l'invasion de l'Afghanistan

L'OTAN élargit la guerre
de l'Afghanistan au Pakistan

Le 7 octobre, les États-Unis et leurs alliés de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord entameront leur dixième année de guerre en Afghanistan, situé à plus de 3 000 milles des quartiers généraux de l'OTAN à Bruxelles.

Le mois suivant, des élections de mi-mandat auront lieu aux États-Unis et l'OTAN tiendra un sommet de deux jours au Portugal. L'administration américaine cherche désespérément un triomphe – ou du moins, un semblant de triomphe – en politique étrangère, afin de conserver le contrôle du Parti démocrate au Congrès, et l'OTAN cherche à justifier une mission militaire qui s'avère la plus longue et la plus étendue de ses 61 années d'existence.

Le président Barack Obama a triplé le nombre de soldats de combat américains en Afghanistan, le portant à 100 000. Lorsqu'on inclut les forces provenant des autres pays membres de l'OTAN et des pays partenaires, cela fait plus de 150 000 soldats étrangers en Afghanistan, du jamais vu dans ce pays décimé par la guerre. De ce nombre, 120 000 sont maintenant sous la commande de la Force internationale d'assistance et de sécurité (ISAF), un nombre sans précédent pour une opération militaire dirigée par l'Alliance atlantique nord. La Force kosovienne de l'OTAN à son apogée comprenait 50 000 soldats, mais ils ne furent envoyés dans la province serbe qu'à la fin d'une guerre aérienne qui a duré près de trois mois.

Les 120 000 soldats de l'OTAN présentement actifs – provenant de 50 pays, alors que d'autres s'apprêtent à envoyer des troupes en surcroît – sont au coeur d'une guerre ouverte des plus longues et des plus meurtrières. C'est la première guerre terrestre de l'OTAN, ses premières opérations de combat en Asie.

L'année dernière a été la plus meurtrière pour les États-Unis et pour l'OTAN dans ce conflit qui perdure depuis neuf ans. Cette année s'est avérée aussi des plus coûteuses en termes de soldats tombés au combat. Et il reste encore trois mois. Washington et Bruxelles pourraient décider de sauver la face et de mettre un terme aux hostilités au moyen d'un stratagème incluant un règlement politique interne et des mesures fondées sur un véritable maintien de la paix international – plutôt que de compter sur les activités subversives menées par la ISAF, établie sur la base d'un mandat des Nations unies en décembre 2001 mais qui, aujourd'hui, est devenue l'instrument par lequel l'OTAN mène la guerre en Afghanistan ainsi que chez son voisin, le Pakistan.

Cette perspective est peu probable, puisque la métaphysique militaire prédominante à Washington depuis les dernières 65 années ne peut accepter qu'une victoire ou, du moins, un semblant de victoire. Un héritage de défaite en Afghanistan ne pourrait que ternir l'image d'un président qui n'aura pas réussi à assurer la victoire ainsi que de son parti qui serait alors accusé de manquer de coeur au ventre et de défaitisme.

En ce qui concerne l'OTAN, le concept stratégique qui sera adopté en novembre est fondé sur un concept d'expansion du bloc en une force expéditionnaire mondiale du XXIe siècle, et l'Afghanistan en est le banc d'essai. Si l'OTAN perd l'Afghanistan, si elle perd en Afghanistan, elle sera sujette aux critiques de ses pays membres et leurs citoyens qui auront sacrifié leurs fils et filles dans l'intérêt des ambitions internationales de l'OTAN. Comme le déclarait l'ancien secrétaire général, Jaap de Hoop Scheffer, il y a six ans : « Que fait l'OTAN en Afghanistan ? Elle défend des valeurs au Hindou Kouch dans un climat international bien connu de tous. Nous devons combattre le terrorisme partout. Si nous ne le combattons pas au Hindou Kouch, ce terrorisme se retrouvera chez nous. En d'autres mots, cette perception fragile [face aux agissements de l'alliance militaire de l'Atlantique nord en Asie du sud] doit être solidifiée et consolidée une fois pour toutes – pour l'avenir de l'OTAN, cette démarche est primordiale. »[1]

Non satisfaite du Vietnam qu'est devenu l'Afghanistan, l'OTAN a maintenant entrepris son incursion cambodgienne. Les implications de cette nouvelle incursion, par contre, sont beaucoup plus lourdes que pour le Vietnam des années soixante et soixante-dix, puisqu'elle se passe cette fois au Pakistan, un pays avec une population de presque 170 millions d'habitants et qui possède des armes nucléaires.

Au même moment où les États-Unis menaient leur vingtième attaque meurtrière à base de lancement de drones sur le sol Pakistanais, le 27 septembre, des attaques cinq fois plus importantes qu'au mois d'août, l'OTAN pour sa part menait une série d'attaques à base d'hélicoptères dans le nord-ouest du Pakistan. Invoquant le « droit à la légitime défense » et la « poursuite immédiate » des insurgés soupçonnés d'avoir attaqué un camp de l'OTAN, l'avant-poste de combat de Narizah dans la province afghane de Khost, près de la frontière pakistanaise, des hélicoptères d'attaque de l'OTAN ont mené en fin de semaine deux raids dans les régions tribales où les frappes de drones ont tué un nombre record de personnes en un mois.

Le nombre de personnes tuées, qu'on nomme machinalement dans la presse occidentale insurgés, militants ou terroristes, était d'abord de 30, ensuite de 50, puis 60, 70, et plus tard « 82 et plus ».[2]

Nous ne connaîtrons jamais de façon définitive ni le nombre ni l'identité des victimes.

Selon les journaux, les cibles visées étaient des membres du réseau Haqqani, fondé par le dirigeant vétéran des moudjahidines, Jalaluddin Haqqani, un héros américain du temps qu'il menait des attaques à partir du territoire pakistanais contre des cibles afghanes, il y a quelques années. C'était un des « combattants de la liberté » de Ronald Reagan. Il y a deux ans, le New York Times écrivait : « Dans les années 80, Jalaluddin Haqqani était entretenu en tant qu'actif de la CIA et recevait des dizaines de milliers de dollars comptant pour son travail qui consistait à combattre l'armée soviétique en Afghanistan, selon un compte-rendu paru dans The Bin Ladens, le dernier livre de Steve Coll. À ce moment-là, Haqqani aidait et protégeait Osama bin Laden, qui mettait sur pied sa propre milice pour combattre les forces soviétiques, écrit Coll. »[3]

En ce qui concerne le regret exprimé par certains à l'effet que l'admirable Haqqani ait récemment fait des Talibans ses alliés – un de ceux-là étant feu Charlie Wilson, qui disait de Haqqani qu'il était « la bonté incarnée » – à l'occasion de émission de NBC, Meet the Press, l'année dernière, le président pakistanais Asif Ali Zardari avait déclaré aux téléspectateurs américains que le Taliban « faisait partie de votre passé et du nôtre, et le Renseignement inter-services pakistanais et la CIA les ont créés ensemble. Et je peux vous citer 10 livres, 10 philosophes et 10 articles qui confirmeront mes dires... »[4]

Le 27 septembre, deux hélicoptères de l'OTAN ont attaqué l'agence Kurram située dans les régions tribales pakistanaises, tuant six personnes et en blessant huit. Un porte-parole du gouvernement pakistanais local a dit que toutes les victimes étaient des civils. Selon le Dawn News, « ce n'est pas la première fois que l'OTAN bombarde la région. »[5] Donc trois attaques en trois jours causant 100 décès.

Le même jour, une frappe de missiles drone tuait quatre personnes à l'agence du Waziristan du nord. « L'identité des quatre personnes tuées lors de l'attaque n'est pas connue... »[6]

Ces incidents ont eu lieu alors que le nouveau livre de Bob Woodward, Obama's Wars, révélait qu'« une armée secrète de 3 000 soldats paramilitaires afghans dirigés par la Central Intelligence Agency avait mené des raids outre-frontière au Pakistan ».[7]

Après une montée en intensité échelonnée sur deux ans et consistant en des opérations secrètes – des attaques par hélicoptères de combat et des raids menés par des équipes spéciales d'assassins – les États Unis et l'OTAN sont impliqués à l'heure qu'il est dans une guerre dans le nord du Pakistan qui bat son plein et qui ne peut être niée.

Le Pentagone – les hélicoptères utilisés lors des attaques des 25 et 26 septembre étaient des Apaches américains et des Kiowas – a défendu les frappes de la fin de semaine en prétendant qu'elles respectaient leurs règles d'engagement et le porte-parole du département de la Défense, le colonel Dave Lapan, a dit que les États-Unis suivaient le « protocole approprié » à la lettre et que « nos soldats ont le droit de se défendre. »[8]

Un porte-parole de l'ISAF avait d'abord nié que les forces de l'Alliance avait mené des attaques à l'intérieur des frontières pakistanaises, bien que les porte-parole de la police afghane aient confirmé le contraire. Le 27 septembre, par contre, l'ISAF a confirmé que les forces de l'OTAN avaient mené des frappes meurtrières. Alors que la troisième attaque par hélicoptères de l'OTAN avait lieu le jour même, « les porte-parole de la Coalition ont dit que les attaques outre-frontières étaient conformes à ses règles d'engagement puisque les insurgés les avaient attaqués au delà de leurs frontières ».[9]

Un porte-parole de l'OTAN a informé la presse que « les forces de l'ISAF ont le devoir et la volonté de défendre l'autorité, selon leur mandat, de se défendre lors de l'accomplissement de leur mission ».[10]

Mehmood Shah, un ancien porte-parole de la sécurité du gouvernement pakistanais dans la région où les hélicoptères de combat et les frappes de drones ont tué plus de 200 personnes dans moins d'un mois, a dit au sujet de ces dernières attaques de l'OTAN : « Ces incidents sont vraiment un point tournant. Ils [l'OTAN] doivent comprendre que la prochaine fois pourrait mener à la guerre. Il faut déployer nos unités de combat pour faire feu sur eux. Cette frontière est sacrée. L'OTAN doit réaliser qu'elle a un mandat pour opérer en Afghanistan et non au Pakistan. »[11]

Le 27 septembre, le ministre de la Sécurité, Rehman Malik, a dénoncé les raids de l'OTAN en tant que violations de l'intégrité territoriale et de la souveraineté nationale du Pakistan et a annoncé au sénat du pays que l'ambassadeur afghan à Islamabad serait convoqué afin d'expliquer ces attaques. Malik et le gouvernement pakistanais savent, somme toute, que l'administration de Hamid Karzaï à Kaboul ne contrôle aucunement les agissements des États Unis et de l'OTAN dans son propre pays, encore moins au Pakistan. Le commentaire du ministre de la Sécurité était pour consommation interne seulement, visant à calmer l'indignation populaire, mais comme le Pakistan lui- même est maintenant un partenaire de l'OTAN et un auxiliaire des États-Unis[12], ses représentants, comme ceux de l'Afghanistan, ne seront aucunement prévenus en cas de futures attaques.

Malgré tout, la pression interne a poussé Malik à dénoncer les attaques contre son pays et à affirmer : « Je considère que les attaques en territoire pakistanais sont une atteinte à la souveraineté du Pakistan. » Un sénateur de la Ligue musulmane pakistanaise de Nawaz « a demandé au gouvernement d'informer le parlement de l'existence de tout accord conclu avec les États-Unis qui autoriserait les attaques par drones ».[13]

De même, le porte-parole de l'Office des affaires étrangères du Pakistan, Abdul Basit, est allé encore plus loin et a contesté de façon officielle et sans équivoque auprès des quartiers généraux de l'OTAN à Bruxelles les frappes aériennes menées au cours de la fin de semaine, émettant une déclaration qui dit en partie : « Ces incidents représentent une nette violation et un non-respect du mandat de l'ONU qui autorise l'ISAF à agir », et que ce mandat « se termine/prend fin » à la frontière afghane.

« Il n'existe pas de règlement ou d'entente au sujet des poursuites.... Toute suggestion du contraire n'est pas basée sur les faits. De telles violations sont inacceptables. »[14]

Le soir du 27 septembre, suite aux plaintes soulevées par les Pakistanais, l'ISAF de l'OTAN a tenté de limiter les dégâts en revenant à la prise de position originale défendue par le bloc militaire à l'effet qu'elle n'avait pas mené d'attaques au Pakistan. Le jour même, elle avait envoyé deux autres hélicoptères de combat dans le but de mener un troisième raid dans les régions tribales.

L'OTAN poursuivra ses attaques meurtrières en sol pakistanais peu importe la cible et ne donnera ni avertissement ni excuse. Les États Unis continueront d'intensifier leurs attaques de missiles Hellfire contre quiconque, en se contentant de rapports inexacts, anecdotiques et intéressés.

Le nombre de morts au Pakistan pour le mois de septembre est bien au-delà de 200 et pour l'année il se situe à plus de 2 000. La justification donnée par les États-Unis et l'OTAN pour expliquer ce carnage est que celui-ci vise à prolonger la politique de Barack Obama visant à « désorganiser, démanteler et vaincre » les réseaux d'insurgés en Afghanistan jusqu'au Pakistan, prétendant ainsi mettre un terme plus rapidement à la guerre.

Il y a quarante ans, le prédécesseur d'Obama, Richard Nixon, commençait ainsi son discours annonçant l'expansion de la guerre du Vietnam au Cambodge : « Bonsoir, mes compatriotes américains. Il y a dix jours, dans mon rapport à la nation sur la question du Vietnam, j'ai annoncé la décision de retirer un autre 150 000 Américains du Vietnam dans l'année qui vient. J'avais dit à ce moment-là que je prenais cette décision malgré nos inquiétudes concernant les agissements de l'ennemi au Laos, au Cambodge et au Sud-Vietnam. Et à ce moment-là j'avais expliqué que si je devais constater que les agissements ennemis s'intensifiaient dans l'ensemble de ces régions et qu'ils mettaient en danger la vie des Américains qui devaient rester au Vietnam, je n'hésiterais pas à prendre des mesures fortes et efficaces pour régler la situation. »[15]

Il prétendait que des « sanctuaires ennemis » au Cambodge « mettaient en danger la vie des Américains qui étaient au Vietnam », et que « si cet effort de la part de l'ennemi s'avérait un succès, le Cambodge deviendrait une vaste région organisationnelle ennemie et un tremplin pour attaquer le Sud-Vietnam tout le long de sa frontière de 600 milles : un refuge vers lequel des troupes ennemies pourraient retourner pour fuir le combat sans craindre les représailles ».

Il avait commandé un déploiement pour « aller au coeur du problème, ce qui veut dire nettoyer les grands territoires vietnamiens et vietcong occupés, ces sanctuaires qui servent de bases pour mener des attaques contre les forces, tant cambodgiennes, américaines que sud-vietnamiennes, au Sud-Vietnam ».

L'application pratique de cette politique se résumait ainsi : « Nous avons mené des attaques cette semaine pour en finir avec les principaux sanctuaires ennemis sur la frontière du Cambodge et du Vietnam. »

Dans un langage très familier entendu récemment à Washington et à Bruxelles – seuls les pays ont changé de nom – Nixon avait déclaré : « Nous entreprenons cette action, non pas dans le but d'étendre la guerre jusqu'au Cambodge, mais dans le but de mettre un terme à la guerre au Vietnam... »

Washington étendit en effet la guerre du Vietnam jusqu'au Cambodge, avec les conséquences désastreuses que les peuples ne connaissent que trop bien, pour peu après déguerpir, vaincu, de l'Asie du sud-est, laissant derrière lui des régions entières du Vietnam et du Cambodge en ruines.

Le sort de l'Afghanistan et du Pakistan ne sera pas plus reluisant.

Notes

1. Radio Free Europe/Radio Liberty, le 12 novembre 2004
2.Le New York Times, le 27 Septembre 2010
3. Le New York Times, le 9 septembre 2008
4. Meet the Press, le 10 mai 2010, http ://msnbc.msn.com/id/30658135
5. Le Dawn News, le 28 septembre 2010
6. Le Daily Times, le 28 septembre 2010
7. Le Financial Times, le 27 septembre 2010
8. Associated Press, le 27 septembre 2010
9. Le New York Times, le 27 septembre 2010
10. Le Dawn News, le 27 septembre 2010
11. The Guardian, le 27 septembre 2010
12. « L'OTAN entraîne le Pakistan dans son réseau mondial », Stop NATO, le 23 juillet 2010
13. Le Dawn News, le 28 septembre 2010
14. Le Dawn News, le 27 septembre 2010
15. Richard M. Nixon, Discours sur l'incursion cambodgienne,
http ://www.americanrhetoric.com/speeches/richardnixoncambodia.htm
http ://www.


(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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Irak

La fin des combats et la nécessité de justice

Le 31 août, Obama a annoncé « la fin de la mission de combat » en Irak, ce qui amène à se demander ce que cela augure pour l'Irak et son peuple. Le retrait des forces militaires sous commandement étasunien se fait sous les auspices d'une Convention sur le statut des forces (SOFA) de 2008 entre les États-Unis et le gouvernement irakien. La SOFA spécifiait que les forces dirigées par les États-Unis se retireraient des régions urbaines à la fin de juin 2009 et se retireraient complètement du pays à la fin de 2011. Avec la SOFA, l'armée étasunienne a aussi relâché ou transféré tous les détenus sous sa garde aux autorités irakiennes et leur a aussi rendu le contrôle des prisons. Ces prisons comprennent le camp Cropper, près de l'aéroport international de Bagdad, le camp Taji, au nord de Bagdad, et le camp Bucca, près de Bassorah.

Actuellement, les États-Unis ont 50 000 soldats en Irak et les opérations militaires se poursuivent, mais pas un mot encore sur les dédommagements pour les pertes humaines et matérielles massives qu'ils ont causées. Que les États-Unis retirent ou non tous les soldats d'ici la fin de 2011, ou qu'ils transfèrent ou non certains pouvoirs aux autorités irakiennes, il est absolument crucial pour eux de maintenir leur contrôle sur le pays. C'est là le épineux problème : comment se dépêtrer d'une guerre coûteuse, prolongée et impopulaire tout en s'arrangeant pour sauvegarder leurs intérêts impérialistes en Irak et dans la région. Cette situation où l'envahisseur se positionne avec une nouvelle stratégie pour protéger ses intérêts en Irak appelle à la vigilance.

Tous ceux et celles qui se soucient des droits humains en Irak et de l'avenir de l'Irak en tant que pays indépendant servant les intérêts de son peuple doivent se méfier de cette prétention de fin de la mission de combat. La responsabilité des forces d'occupation dirigées par les Américains pour ce qui se passe en Irak va bien au-delà du retrait des troupes. Après avoir ravagé le pays et son peuple durant sept ans d'occupation brutale, précédée par des décennies d'ingérence impérialiste, ces pays impérialistes sont responsables des difficultés et des défis que confronte l'Irak, et cela dans n'importe lequel scénario post-occupation. Il est ridicule de laisser entendre que les États-Unis et leurs alliés puissent envahir un pays, détruire l'ensemble de son infrastructure, empoisonner son environnement naturel et infliger des dommages indicibles à son peuple, puis simplement s'en aller en déclarant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Tout au long de l'occupation, les forces anglo-américaines ont semé la violence et encouragé les divisions sectaires et les éléments criminels et corrompus. Dans ce contexte de violence, d'orchestration de l'indigence et de la corruption, on a imposé un gouvernement irakien sans égard aux conditions, à la pensée ou à l'histoire du peuple irakien. Il était naturel qu'un système imposé de la sorte fonctionne mal et soit instable. C'est le résultat final de cette prétention des États-Unis à vouloir apporter la démocratie et la liberté à l'Irak. C'est dans ce contexte qu'il faut voir les prétentions d'Obama d'en être arrivé à « la fin des combats » : c'est de la désinformation. En présentant le retrait des troupes comme étant l'enjeu, Obama fait de la désinformation en s'éloignant de la question centrale pour le peuple irakien et les peuples du monde : tenir responsables les États-Unis et leurs alliés pour leurs crimes.

Le Canada, même s'il a officiellement refusé de participer à l'invasion et ensuite à l'occupation, est un de ces alliés. Il joue depuis le début un rôle vital au sein de la soi-disant « Opération liberté » en Irak. Les généraux canadiens ont notamment assumé le rôle d'assistants commandants dans des opérations des militaires américains et la Marine canadienne sert dans le golfe Persique de plate-forme de lancement pour les raids de bombardements en Irak.

Les États-Unis et d'autres pays qui ont participé à cette agression, comme la Grande-Bretagne et le Canada, ont la responsabilité de verser les dédommagements au peuple irakien pour les crimes qu'ils ont commis. Sans réparations et sans justice pour les crimes commis, il est impensable que le peuple irakien puisse rebâtir son pays dans un proche avenir et les Irakiens seront évidemment blâmés pour ce qui suit. On leur reprochera leur incapacité à surmonter les problèmes causés par ces forces étrangères. Il faut briser la culture de l'impunité créée par l'occupation pour que le peuple irakien puisse recommencer à neuf.

La situation appelle à la vigilance face à cette désinformation et aux tentatives d'inscrire les crimes des forces d'occupation des autorités irakiennes à qui elles ont donné naissance dans les aspirations futures du peuple irakien qui, avec sa résistance, est à la recherche d'une Irak vraiment sécuritaire, indépendante et juste.

Réparations et justice pour l'Irak ! Non à l'impunité !

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Abus systématiques des détenus

Le 13 septembre, Amnesty International a publié son rapport intitulé New Order, Same Abuse : Unlawful Detentions and Torture in Iraq (« Le nouvel ordre et les mêmes abus : les détentions illégales et la torture en Irak »). Dans ce rapport, Amnesty souligne les graves et systématiques violations des droits humains subies par des milliers de détenus aux mains des forces d'occupation sous commandement américain et des autorités irakiennes soutenues et formées par l'armée américaine. Les violations incluent la torture, la détention illégale et le refus des procédures prévues par la loi et sont infligées principalement aux Irakiens résistant à l'occupation.

Dans l'ensemble, le rapport dépeint une situation d'impunité totale pour ces crimes. En dépit de la loi irakienne et du droit international applicable, comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les violations documentées des droits fondamentaux des détenus se poursuivent sans que les responsables soient poursuivis. Le rapport d'Amnesty International révèle que même si des enquêtes de certains abus ont été annoncées, à cause d'un tollé général, aucune action significative en a résulté. « Dans tous les cas, les responsables de violations n'ont pas été traduits en justice. » Le rapport conclut en ajoutant que « l'échec à traiter sérieusement et efficacement de la torture et des autres violations des droits humains [...] a créé une culture de l'impunité. »

Selon le rapport :

- Environ 30 000 prisonniers irakiens sont actuellement détenus, la grande majorité pour avoir exercé leur droit de résister à l'occupation. Une telle résistance est indifféremment appelée « terrorisme » par les forces sous commandement américain et les autorités irakiennes. Par conséquent, la majorité sont détenus en vertu d'une loi datant de 2005 contre le terrorisme, qui prévoit la peine de mort pour quiconque « provoque, planifie, finance et facilite l'activité des terroristes ». Cette même prévoit la prison à vie pour toute personne cachant ou donnant refuge aux terroristes.

- La plupart des prisonniers sont détenus illégalement, sans mandat d'arrêt, inculpation ni procès, et ont été torturés, soumis à des conditions de détention inhumaines et se sont vus refuser les visites par des membres de leur famille.

- Certains sont détenus depuis l'invasion en 2003 tandis que d'autres restent en prison même si les tribunaux ou les juges d'instruction ont ordonné leur libération pour manque de preuves ou de motifs suffisants pour les emprisonner.

- De nombreux détenus ont « disparu » après leur arrestation et les familles continuent à les chercher. Certains ont été détenus dans des centres de détention secrets, l'un des plus notoires est à l'ancien aéroport Muthanna au centre de Bagdad. Cette installation secrète a été révélée au grand jour en avril 2010 lorsqu'il fut découvert que plus de 400 personnes y étaient détenues. Ces disparitions forcées « constituent en soi un mauvais traitement ou de la torture à cause des souffrances considérables à lesquelles font face les personnes détenues sans contact avec le monde extérieur, et sans savoir quand ou même si elles ne seront jamais libérées ou auront le droit de revoir leur famille ».

- De nombreux détenus ont été arrêtés sur la base d'informations fournies par des informateurs payés ou capturés dans un coup de filet à l'occasion d'une descente, lors d'arrestations de masse ou enlevés de force d'une voiture par des individus masqués ou habillés en civil.

- Les quelques détenus amenés en cour l'ont été presqu'exclusivement sur la base d'aveux obtenus sous la torture, incluant des centaines de personnes condamnées plus tard à mort.

- La torture inclut le viol ou la menace de viol, les coups subis avec des câbles et des tuyaux, des chocs électriques sur les parties sensibles du corps, la suspension prolongée par les membres, le prélèvement des ongles des pieds à l'aide de pinces, l'asphyxie à l'aide d'un sac de plastique sur la tête, la perforation du corps à l'aide d'une perceuse et être forcé à s'asseoir sur des objets pointus tels que des bouteilles brisées. Ces actes de torture ont été appliqués sans distinction aux femmes, enfants et hommes, certains ayant de graves problèmes de santé. Le rapport souligne l'usage considérable de la torture, en précisant que « le ministère irakien des Droits de l'homme a documenté 574 allégations de torture au cours de 2009 [...] mais cela représente presque certainement rien d'autre que la pointe d'un gigantesque iceberg. »

- Un nombre important de personnes sont mortes en détention, y compris lors de leur transfert, au cours de l'interrogatoire ou peu de temps après l'interrogatoire.

Le rapport fait également valoir que même si ces violations des droits humains ont été faites au nom de la sécurité, la situation sécuritaire en Irak n'a jamais été aussi pire que maintenant alors même que l'occupation illégale de l'Irak a échoué à réaliser son but déclaré d'améliorer la qualité de vie des Irakiens ou la situation des droits humains dans le pays.

Le rapport souligne que :

- Des centaines de milliers de personnes ont été tuées. On estime à au moins 151 000 morts entre 2003 et 2006 mais le chiffre exact est inconnu.

- Les services de base n'existent plus ou fonctionnent à peine, y compris la santé et l'éducation.

- La fourniture en eau et électricité est, au mieux, intermittente ; 70 % des Irakiens n'ont pas accès à l'eau potable et 80 % n'ont pas accès à des installations sanitaires fonctionnelles.

- Le chômage se situe officiellement à 50 %, mais en réalité, il est beaucoup plus élevé.

- Environ quatre millions de personnes ont fui à l'étranger ou sont déplacées dans le pays.

- Malgré la richesse pétrolière du pays, des millions d'Irakiens sont aux prises avec la pauvreté et la malnutrition grandissantes, dont les femmes souffrent particulièrement.

Il y a violation des droits fondamentaux des prisonniers irakiens et l'impunité parce que cela sert les forces sous commandement américain comme moyen d'atteindre leur but de contrôler la région, ses ressources et les peuples. Grâce à de tels crimes, ils visent à éliminer la résistance du peuple irakien à l'occupation et bloquer sa lutte pour affirmer son droit à l'autodétermination. Dans l'ensemble, l'impérialisme a détruit l'infrastructure de l'Irak et donné naissance à une culture de l'impunité, créant des défis gigantesques pour le peuple irakien qui n'en continue pas moins de lutter courageusement pour l'indépendance et la justice.

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