Le Marxiste-Léniniste

Numéro 134 - 30 juillet 2010

Montréal

Les débardeurs défendent les droits de tous —
Un pour tous et Tous pour un

Les débardeurs défendent les droits de tous — Un pour tous et Tous pour un!
Les débardeurs forcent l'association patronale à lever son lockout

Sanctions et bellicisme contre l'Iran
Dénonçons les sanctions contre l'Iran! Non à l'utilisation de la force pour résoudre les conflits entre les peuples et les nations!
Les sanctions de l'Europe contre l'Iran se pourraient retourner contre elle
- Kaveh L. Afrasiabi*, Asia Times Online

Critique de film
Le crime sur l'Orient-Express ou promouvoir le revanchisme afin de désinformer 

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Montréal

Les débardeurs défendent les droits de tous—
Un pour tous et Tous pour un!

Le Marxiste-Léniniste appelle tous les travailleurs à appuyer les débardeurs du Port de Montréal dans la lutte qu'ils mènent sous leur mot d'ordre « Un pour tous ! Tous pour un ! » Ils font face aux attaques vicieuses de l'Association des employeurs maritimes (AEM) et aux menaces du gouvernement fédéral de déclarer leur lutte illégale en utilisant la récession comme prétexte. Sous le prétexte de la récession et que les négociations ne vont nulle part, l'AEM, qui représente les propriétaires de navires et d'autres entreprises qui utilisent les terminaux, a organisé un véritable coup contre les débardeurs à la fin du mois de juin. Elle a décidé unilatéralement d'éliminer l'arrangement de sécurité du revenu pour 169 des 910 débardeurs, soit ceux qui ont le moins d'ancienneté. Cet arrangement permet aux débardeurs d'avoir une garantie de salaire équivalent à 40, 36 ou 32 heures de travail en échange d'être sur appel 365 jours par année et 24 heures sur 24 et d'avoir à confirmer chaque jour s'ils travaillent le lendemain. Les travailleurs ont protesté contre ce coup en refusant de faire du travail supplémentaire. L'AEM a répliqué en les mettant en lockout pendant que le gouvernement menaçait de passer une loi spéciale de retour au travail qui aurait pu signifier l'imposition d'une convention collective.

Les travailleurs ont immédiatement dressé leurs lignes de piquetage où ils portaient fièrement des chandails avec le slogan « Tous ensemble ! ». Ils ont mobilisé et reçu l'appui des autres syndicats de débardeurs non seulement au Canada, mais dans le monde. Daniel Tremblay, le président du syndicat a dit au LML que la décision des débardeurs de Halifax, de Vancouver et de New York de refuser de décharger des navires qui étaient détournés du Port de Montréal a grandement aidé à forcer l'association à lever son lockout. « Leur solidarité a été formidable, a-t-il dit. Nous avons des contacts avec des syndicats de débardeurs partout dans le monde et ils ont immédiatement répondu à notre demande d'appui. » C'est tout au mérite des débardeurs d'avoir affirmé leur unité et défendu les intérêts de tous en prenant la défense des travailleurs les plus jeunes et en forçant l'entreprise à lever son lockout.

Le Marxiste-Léniniste salue les débardeurs qui refusent que les plus jeunes se fassent attaquer. C'est devenu une pratique très courante de la part des riches et de leurs gouvernements d'essayer d'imposer des conditions de travail à deux vitesses et même à plus que deux vitesses. C'est un des aspects des attaques contre eux que les travailleurs essaient de toute leur force de bloquer. La situation dans laquelle se retrouvent les débardeurs fait également partie d'une tendance qui se développe où les riches et leurs gouvernements changent unilatéralement les conditions de travail et criminalisent les luttes des travailleurs en invoquant des circonstances exceptionnelles.

Cela ne doit pas passer !

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Les débardeurs forcent l'association
patronale à lever son lockout

Le 19 juillet, l'Association des employeurs maritimes (AEM) qui représente les propriétaires de navires et d'autres entreprises qui utilisent les terminaux, a mis en lockout les 910 débardeurs du Port de Montréal qui sont membres de la section 375 du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Elle a imposé son lockout sous le prétexte que les moyens de pression des débardeurs déstabilisaient l'activité économique dans le port !

En réalité c'est l'AEM qui a organisé un coup contre les débardeurs à la fin de juin lorsqu'elle a unilatéralement mis fin à l'arrangement de sécurité de revenu pour 169 des 910 débardeurs, soit ceux qui ont le moins d'ancienneté. Il s'agit d'un arrangement qui a été établi au début des années 1970. À cette époque, les entreprises qui utilisaient le port se plaignaient d'avoir de la difficulté à garder leurs travailleurs du fait que c'est un travail très épuisant et que les heures sont très irrégulières ( les débardeurs travaillent lorsqu'il y a des navires à décharger). Les entreprises se plaignaient aussi qu'il y avait des grèves alors un arrangement a été conclu entre le syndicat et l'association nouvellement formée qui prévoit un arrangement de sécurité de revenu. En échange d'être sur appel 365 jours par année et 24 heures par jour et d'avoir à confirmer chaque jour qu'ils travaillent le lendemain, les travailleurs se sont vus accorder une clause de sécurité de revenu qui leur accorde un salaire équivalent à 40, 36 ou 32 heures de travail selon les circonstances, qu'ils travaillent ou non. L'AEM invoque maintenant la récession comme prétexte pour demander des concessions aux travailleurs en ce qui concerne cet arrangement. L'AEM bien sûr ne se sent pas obligée d'expliquer comment il se fait que cet arrangement ait survécu aux nombreuses récessions que le Québec a connues depuis 40 ans. C'est évident que la récession est un prétexte pour attaquer les travailleurs et leur organisation et tenter de diviser leurs rangs de façon tout à fait opportuniste.

La convention collective des débardeurs est échue depuis le 31 décembre 2008. En plus de la question de l'arrangement de la sécurité de revenu, il y a d'autres questions en litige dont la sécurité d'emploi et les salaires. Deux ententes de principe ont été conclues au fil des négociations, mais les travailleurs les ont rejetées parce qu'elles ne satisfaisaient pas à leurs demandes.

À la fin juin, sous le prétexte de la récession et que les travailleurs avaient rejeté par deux fois les ententes de principe, l'association a éliminé unilatéralement l'arrangement de sécurité de revenu pour ces 169 travailleurs. Elle a aussi annoncé qu'il pourrait y avoir des mises à pied pendant l'été.

Les débardeurs ont considéré cette annonce comme une provocation et une tentative scandaleuse de les diviser entre travailleurs plus jeunes et travailleurs plus âgés. Ils ont immédiatement averti l'association qu'en réponse à cette attaque, ils cessaient de faire du temps supplémentaire. Leur action avait un aspect économique car les travailleurs, en refusant le temps supplémentaire, cherchaient à donner plus d'heures de travail à ceux qui venaient d'être éliminés de l'arrangement de sécurité de revenu.

L'AEM a fait toute une campagne dans les médias pour accuser les débardeurs de perturber l'activité économique dans le port et de mettre en péril la reprise économique. Le 19 juillet, elle a annoncé qu'en réponse à l'action des travailleurs, elle décrétait un lockout et arrêtait le déchargement de bateaux dans le port. Le gouvernement fédéral pendant ce temps répandait le bruit qu'il surveillait la situation de près et pourrait bien adopter une loi spéciale de retour au travail ce qui aurait pu signifier l'imposition d'une convention collective.

Après que les travailleurs aient dressé les barricades et des lignes de piquetage et que leurs confrères de Halifax, Vancouver et New-York aient refusé de décharger les bateaux détournés du Port de Montréal; l'AEM a dû, le 22 juillet, conclure une entente avec le syndicat en vertu de laquelle le lockout était levé. Les travailleurs recommençaient donc à faire du temps supplémentaire et l'arrangement de sécurité de revenu était rétabli pour les 169 travailleurs. Les débardeurs ont ratifié l'entente le lendemain en assemblée générale et les médias ont rapporté les propos de jeunes travailleurs exprimant leur fierté que les travailleurs plus anciens les aient défendus.

Les négociations ont repris lundi le 26 juillet.

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Dénonçons les sanctions contre l'Iran!
Non à l'utilisation de la force pour résoudre les conflits entre les peuples et les nations!

Le Marxiste-Léniniste s'oppose vigoureusement à l'escalade guerrière contre l'Iran et à l'ajout de sanctions par l'Union européenne (UE) et le Canada le 26 juillet. Les actions de l'UE et du Canada font suite à celles des États-Unis qui ont aussi décrété des sanctions supplémentaires contre l'Iran le 24 juin.

Les remarques du ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon lors de son annonce des sanctions en vertu de la Loi sur les mesures économiques spéciales sont presque la copie conforme des remarques que la secrétaire à la Défense des États-Unis Hillary Clinton a prononcées le 21 juillet pour menacer la République démocratique populaire de Corée (RDPC). C'est un fait bien connu que ce genre de sanctions visent expressément à fomenter un soi-disant changement de régime en incitant le peuple à blâmer son gouvernement pour la détérioration des conditions qu'elles engendrent.

Ces actions font partie des activités sans principe des fauteurs de guerre américains, européens et canadiens pour isoler l'Iran, endommager la souveraineté et le bien-être du peuple iranien et répandre de la désinformation. Les fauteurs de guerre pensent que leurs mensonges et leur hystérie au sujet d'un programme « d'armes nucléaires secrètes » vont désorienter les peuples et ainsi supprimer leur résistance aux préparatifs de guerre. Cela ne doit pas passer ! Les peuples du monde n'acceptent pas qu'au nom de l'opposition aux armes nucléaires, les États-Unis possèdent le plus grand arsenal nucléaire au monde et menacent d'anéantissement nucléaire tout pays qui ne se soumet pas à leur diktat injuste.

En plus des sanctions, les dirigeants américains continuent de menacer l'Iran d'une guerre ouverte. L'ancien directeur de la CIA Michael Hayden a dit à CNN le 25 juillet que la possibilité d'une attaque des États-Unis contre l'Iran s'accroît. Les commentaires de Hayden arrivent au moment où un groupe de législateurs républicains est en train d'essayer de faire passer une résolution qui appuie explicitement le « droit » d'Israël d'utiliser la force militaire contre l'Iran. Les agences de nouvelles ont rapporté que quarante-sept républicains à la Chambre des représentants ont déjà signé ce projet de loi.

Le 27 juillet, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Russie a critiqué l'application de sanctions par l'UE et les États-Unis contre l'Iran sans l'autorité de l'ONU. L'agence de nouvelles Interfax a rapporté que le porte-parole du ministère, Andrei Nesterenko, a dit que « Nous rejetons catégoriquement toute tentative d'appliquer des lois intérieures de l'Union européenne et des États-Unis à des tiers pays ou d'appliquer des sanctions contre des entreprises ou des individus appartenant à des États qui respectent consciencieusement les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ».

Nesterenko a réitéré la position de Moscou à l'effet qu'il est « inadmissible » « d'utiliser des sanctions unilatérales ou collectives contre l'Iran » qui vont au-delà de ce qu'a décidé le Conseil de sécurité de l'ONU.

« Non seulement cela nuit-il à nos efforts conjoints pour en arriver à un règlement politique et diplomatique de la situation qui entoure le programme nucléaire iranien, mais cela dénote un manque de respect pour les résolutions minutieusement contrôlées et coordonnées du Conseil de sécurité de l'ONU », a dit le porte-parole avant d'ajouter que les gestes de l'UE et des États-Unis vont contre les principes du travail en équipe.

Le Marxiste-Léniniste appelle les Canadiens à s'opposer aux sanctions et aux préparatifs de guerre contre l'Iran et réitère son plein appui à tous les peuples et toutes les nations qui luttent pour leur voie indépendante de développement économique, politique et social.

(Press TV, Xinhua)

Le Canada adopte des sanctions contre l'Iran

« Par conséquent, conformément à la Loi sur les mesures économiques spéciales, le Canada impose des sanctions supplémentaires contre l'Iran.

« Ces nouvelles mesures sévères interdisent toute interaction avec des personnes désignées, qui sont mêlées à des activités de prolifération nucléaire, chimique, biologique et de missiles. Elles interdisent l'exportation de produits posant un risque de prolifération, de matériel servant au raffinage du pétrole et du gaz, ainsi que de toutes les armes restantes et de la technologie liée aux produits mentionnés.

« De plus, elles interdisent les nouveaux investissements dans les secteurs pétrolier et gazier iraniens. Ces mesures proscrivent également la présence d'institutions financières iraniennes au Canada et vice versa, et interdisent toutes relations de correspondance bancaire avec des institutions financières iraniennes, ainsi que l'achat de la dette du gouvernement iranien. Ces sanctions entrent en vigueur dès maintenant.

« Ces sanctions ont pour but de ralentir le progrès des programmes nucléaire, chimique, biologique et de missiles des autorités iraniennes. Elles ont également pour objet de persuader les autorités iraniennes de reprendre les négociations avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et l'Allemagne pour que l'Iran honore ses obligations internationales en matière nucléaire.

« Le Canada estime que ces sanctions supplémentaires, qui prennent appui sur la résolution 1929 du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée en juin, envoient un message clair à l'Iran : la communauté internationale est unie dans ses visées et dans ses engagements. Aucun État ne peut menacer la paix et la sécurité internationales sans en subir les conséquences. »

(Centre des nouvelles du Canada )


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Les sanctions de l'Europe contre l'Iran se pourraient retourner contre elle

L'Union européenne (UE) a adopté une nouvelle ronde de sanctions contre l'Iran qui, si elles sont mises en oeuvre, auront de sérieuses répercussions sur l'UE non seulement en tant que partenaire commercial le plus important de la République islamique, mais aussi sur le plan de sa sécurité énergétique.

Les nouvelles sanctions européennes s'en prennent au secteur de transport de fret, par mer ou par air, imposent des interdictions de visa aux fonctionnaires, bloquent les fonds liés au Corps des Gardiens de la révolution islamique et imposent des sanctions financières et liées à l'assurance crédit. Elles interdisent de nouveaux investissements de l'UE dans les secteurs nucléaire et gazier iraniens ainsi que toute assistance technique énergétique – au moment où ce continent reçoit de l'Iran environ 29 % de ses exportations en pétrole brut et est de plus en plus dépendant de ses exportations gazières.

Les sanctions de l'UE appuient les limites prévues dans la résolution 1929 du Conseil de sécurité de l'ONU imposées le 10 juin, qui ont été suivies de sanctions imposées par les États-Unis. La résolution a préparé la voie pour une quatrième ronde de sanctions internationales sur la base que l'Iran fabriquerait des armes nucléaires. Téhéran nie les accusations et dit que son programme nucléaire n'existe qu'à des fins pacifiques.

À la lumière des sérieux besoins de l'Iran en capital étranger pour son secteur énergétique, les résultats paralysants qu'auront ces sanctions occidentales sur ses secteurs pétrolier et gazier auront sans aucun doute des conséquences directes sur la présente insécurité énergétique de l'Europe, reflétée par l'attitude prudente des 27 membres de l'UE conscients de leur dépendance exagérée envers la Russie et cherchant de façon effrénée à diversifier ses sources d'importations gazières.

Il est plus que possible que la présomption implicite dans les nouvelles sanctions de l'UE est l'assurance réconfortante que les sanctions énergétiques ne paralyseront pas la capacité de l'Iran d'exporter, permettant ainsi à l'Europe de continuer d'en bénéficier. Le noeud du dilemme européen, cependant, est que les sanctions contre l'Iran se traduiront inévitablement par des pertes économiques, financières et énergétiques pour l'UE.

En imposant des sanctions au secteur énergétique de l'Iran, tout en espérant en même temps aucun ralentissement dans la livraison de pétrole et de gaz, les politiciens européens se bercent d'illusions en pensant pouvoir se placer à la tête du régime des sanctions contre l'Iran sans que cela leur en coûte chèrement.

Déjà, l'Iran a signalé qu'il pourrait transférer ses transactions énergétiques de l'euro à d'autres devises, en particulier le dirham des Émirats arabes unis. La simple menace d'un tel changement ne fait que rendre l'euro encore plus faible à un moment critique où les devises et les finances de l'eurozone sont aux prises avec une multitude de problèmes de santé.

De plus, les nouvelles sanctions de l'UE, en plus de réduire sa soi-disant diplomatie à deux voies avec l'Iran presqu'entièrement en une diplomatie coercitive, cible une source fiable d'énergie qui jusque là avait bien servi l'Europe, contrairement aux sanctions provenant des États-Unis, lesquels n'importent pas directement de pétrole ou de gaz de l'Iran. Par exemple, le géant énergétique suisse, EGL, qui vient de signer un contrat de 13 milliards $ US pour une durée de 25 ans avec l'Iran, sera vraisemblablement affecté par les nouvelles sanctions occidentales imposées au secteur énergétique de l'Iran.

Non sans ironie, la décision de l'UE arrive quelques jours à peine après que la Turquie eut signé un accord d'oléoduc de 1,3 milliard $ US avec l'Iran permettant des exportations gazières de 2,1 milliards de pieds cubes par jour (pc/j) en trois ans. C'est donc sans surprise qu'Ankara a sur le coup dénoncé les sanctions de l'UE et a déclaré ouvertement qu'elle ne les respecterait pas.

En plus de l'oléoduc de 410 milles (660 km) proposé, l'oléoduc de 745 milles (1200 km), Iran-Turquie, complété en 2001, a une capacité de 1,4 milliard pc/j de gaz naturel, bien que différentes difficultés techniques et des interruptions périodiques l'ont empêché de fonctionner à sa pleine capacité.

« L'UE a bêtement et aveuglément suivi l'exemple des États-Unis qui n'a aucun lien économique avec l'Iran », un professeur en science politique de l'Université de Téhéran a-t-il expliqué à l'auteur. « Il s'ensuivra des répercussions géo-politiques négatives pour l'Union européenne qui dit à l'Iran, nous aimerions obtenir votre pétrole et votre gaz, mais nous ferons tout en notre possible pour que votre secteur énergétique soit paralysé. Quelle ironie. »

En réaction, l'Iran multiplierait vraisemblablement ses liens énergétiques avec des pays d'Asie, dont l'Inde, qui avait augmenté ses importations de pétrole de l'Iran de 9 % de plus que l'an dernier, a ajouté le professeur. Il n'y a pas, non plus, d'indication que la Chine et le Japon, qui, ensemble, représentent à peu près un tiers des exportations du pétrole de l'Iran, sont prêts à mettre leur sécurité énergétique à risque pour l'imbroglio nucléaire, comme l'a fait l'Europe.

Sans aucun doute, les sanctions européennes et étatsuniennes auront un impact significatif sur le trajet de l'Iran en tant que producteur de gaz dans les années à venir. Selon des hauts fonctionnaires iraniens de l'énergie, l'Iran a besoin d'investissements de 8 milliards $ dans le secteur gazier, puisque presque deux-tiers de ses réserves gazières restent non développées, particulièrement dans la gigantesque South Pars. Son champ de pétrole contient approximativement la moitié du gaz de l'Iran, l'autre moitié étant à Quatar, qui a exploité davantage et de loin sa réserve, ce qui inquiète les Iraniens, qui pensent que Quatar pourraient tirer avantage des sanctions occidentales.

Autre question importante, comment les nouvelles sanctions de l'UE affecteront-t-elles le projet d'un ambitieux « oléoduc perse » qui doit lier le gaz de la South Pars de l'Iran à l'Europe via la Turquie.[1] L'Europe a-t-elle vraiment réfléchi sur ces questions ou, comme l'a exprimé le regretté spécialiste en relations Allemagne-Iran, Johannes Reissner, l'Europe souffre-t-elle de « réductionnisme nucléaire » ?

Une lueur d'espoir

Au coeur de la course folle des gouvernements occidentaux vers des sanctions plus sévères contre l'Iran, il existe une lueur d'espoir dans le domaine d'échange de combustible nucléaire pour le petit réacteur médical de l'Iran.

Suite à des échanges intenses avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), on rapporte qu'il y a de moins en moins de points de litige entre les deux parties sur cette question. Au mois de septembre, une entente mise de l'avant par l'AIEA pour un échange de combustible pourrait être conclue.

L'Iran a maintenant fait parvenir une nouvelle missive à l'AIEA et au groupe de Vienne, composé des États-Unis, la Russie, la France et l'AIEA, concernant les aspects techniques de l'échange de combustible, les invitant à ne pas « perdre de temps ».

Des nouvelles issues de Téhéran semblent indiquer une nouvelle flexibilité de la part de l'Iran, entre autres sur la délicate question de la production par l'Iran d'uranium enrichi à 20 %, ce que l'Iran pourrait abandonner pour un engagement ferme de la part du groupe de Vienne de livraison opportune de combustible nucléaire à l'intention du réacteur de Téhéran.

En plus, il se pourrait bien que l'Iran, qui a proposé une nouvelle ronde de pourparlers nucléaires multilatéraux pour septembre, soit disposé à considérer une entente selon laquelle il suspendrait ses activités d'enrichissement et accepterait un gel temporaire sans empêcher ses centrifugeurs de fonctionner. Tout ça en échange de mettre un terme aux sanctions.

Cette suspension temporaire est en effet le maximum que l'Occident peut espérer de l'Iran à cette étape, puisque l'option « centrifugeur zéro » est périmée – et pour l'Iran, non réaliste sur le plan politique.

Ainsi, une solution d'ensemble comprenant un échange de combustible nucléaire et l'option de suspension, y inclus de nouvelles « garanties objectives » touchant au programme nucléaire pacifique de l'Iran, pourrait en ce moment être le meilleur scénario, et le plus plausible, permettant de mettre fin à une crise qui, depuis quelques mois, s'aggrave et qui pourrait, en effet, se détériorer.

Note

1. Pour plus d'information à ce sujet, cliquer ici.(site en anglais)

*Kaveh L. Afrasiabi, PhD, docteur en philosophie, est l'auteur de « Après Khomeini : nouvelles directions dans la politique étrangère de l'Iran » (Westview Press). Son plus récent livre, « Le pouls de l'Iran : sa politique étrangère après le 11 septembre » (BookSurge Publishing, le 23 octobre 2008) est maintenant disponible.

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Critique de film

Le crime sur l'Orient-Express ou promouvoir le revanchisme afin de désinformer

C'est plus qu'un bandit qui a été assassiné sur l'Orient-Express; ce sont les principes modernes de justice et la règle de droit qui ont été sacrifiés.

Lors du Sommet du G20 à Toronto, les Canadiens ont dénoncé la violence fasciste et gratuite de la police mais ils devraient aussi réfléchir à la culture véhiculée à la télévision. La culture dans l'art, la littérature et les médias exerce un effet énorme quant à la manière dont les Canadiens perçoivent le monde et à l'idéologie sur laquelle ils s'appuient pour guider leur pensée. L'adaptation pour la télévision faite en 2010 du roman d'Agatha Christie « Le crime de l'Orient-Express » cherche à concilier et à atténuer l'opposition au fascisme et à la guerre impérialiste.

Le roman original paru en 1934 et le film produit en 1974 avec Albert Finney sont des versions assez médiocres de la conciliation avec le fascisme et du retour aux pratiques médiévales de l'impérialisme fondées sur le privilège et l'impunité avec laquelle on détruit par la force l'objectif de la règle de droit de rechercher une justice égale pour tous. La version 2010, avec l'acteur britannique bien connu David Suchet, est beaucoup plus sombre et va plus loin en substituant la justice basée sur la règle de droit par la vengeance. Cette version dépeint la torture et l'exécution sans procès comme étant justifiées vu l'horreur du crime et la nature ignoble du meurtrier accusé. Dans la scène finale, Poirot apparaît sur le point de s'effondrer. Verbalement, il se dit en faveur de la règle de droit mais il se contredit immédiatement après par ses gestes. Son visage s'assombrit alors qu'il renonce à ses principes et permet à douze revanchards d'échapper à la justice pour la torture et le meurtre horribles qu'ils ont commis. Poirot tourne rapidement le dos à la vilaine scène sans doute pressé de retrouver le confort et l'immunité de sa position petite bourgeoise de plus grand détective belge.

Au lieu de caractériser le meurtre sur l'Orient-Express de geste criminel, le film le présente plutôt comme un geste compréhensible, comme une justice pour venger la mort brutale d'une petite fille. Ce meurtre revanche devient une métaphore pour les crimes revanches des États-Unis en représailles à des événements comme ceux du 11 septembre 2001 ou pour la violence policière de type Gestapo en représailles aux actions de certains manifestants et agents provocateurs au Sommet du G20 à Toronto.

Les similitudes du crime de l'Orient-Express avec la violence de l'État et le revanchisme sont à peine dissimulées. Les crimes et les meurtres s'accompagnent de tortures et d'emprisonnements sans procès. Évidemment, les États-Unis sont allés plus loin parce qu'il s'agit d'un État avec le pouvoir illimité de faire disparaître des gens, de mener des guerres dévastatrices et d'ignorer avec mépris les normes internationales et la règle de droit. À cela peuvent s'ajouter les actions illégales de l'État menées par la police de Toronto pour écraser le droit de conscience et de dissidence du peuple durant le Sommet du G20.

Les libéraux qui ont concilié avec le fascisme durant les années 1930 ont joué un rôle particulièrement perfide en Allemagne, dans le reste de l'Europe et aux États-Unis ouvrant la voie aux crimes gratuits commis par le régime nazi au mépris total des normes et des lois existant à l'époque concernant la guerre destructrice, la torture et la violation des droits de tous. Similairement à Poirot, joué par Suchet, et à bien d'autres comme lui aux États-Unis, au Canada et en Europe aujourd'hui, les principes exprimés en parole disparaissent dès qu'ils sont en face de la propagande et des pressions incessantes de guerre et de vengeance. Les principes, la règle de droit et les normes internationales sont perçues comme des obstacles à l'action répressive de l'État contre les « musulmans fanatiques », les terroristes et les « tactiques du black block ». Il y a de plus en plus de pression pour tendre au pragmatisme et accepter les exigences de l'heure devant un ennemi qui n'a aucun principe, est de nature médiévale, en particulier misogyne, s'apparentant à plusieurs égards au bandit américain sans scrupule d'Agatha Christie.

Ce film contemporain ne peut résister à la tentation de se livrer à l'hystérie antimusulmane. Le film commence par une scène de brutale violence de foule à Istanbul contre une femme accusée d'adultère. Une badaude, qui se retrouvera plus tard parmi les meurtriers à bord de l'Orient-Express, exprime à Poirot son indignation devant la macabre scène, affirmant son statut de bonne personne en opposition aux barbares d'Asie occidentale. Comme c'est pratique de présenter la nécessité de définitions modernes de justice d'une manière à justifier la l'effondrement des principes et à affaiblir l'opposition à la participation de l'État canadien à la guerre menée par les États-Unis contre l'Afghanistan. Les lamentations des douze bourreaux à bord de l'Orient-Express pour justifier leur participation à ce meurtre commis de sang-froid ressemblent à celles des politiciens et des militaires canadiens pour expliquer la nécessité de tuer les « ordures » de Talibans ou bien de déclencher la guerre envers des pays désobéissants comme l'Iran ou la République populaire de Corée.

Fait remarquable également, c'est la politique revancharde typique de la politique d'une seule nation que suit la bande de l'Orient-Express. Toutes les classes sociales et plusieurs nationalités sont unies dans cette sale affaire. Il s'agit d'une seule nation unie pour défendre l'honneur des États-Unis et des petites filles, unie dans la politique pragmatique enracinée dans la vengeance et dans la gratification qui vient avec le succès que génère le pouvoir. Les revanchards déclarent que les principes et la règle de droit existent pour les faibles et les indifférents parce qu'un procès n'est pas arrivé à rendre justice. Au lieu de lutter pour le renouveau démocratique et les définitions modernes de justice pour tous et pour se débarrasser de tout vestige du moyen-âge, les revanchards penchent vers un retour à la justice médiévale où le puissant agit en toute impunité et ne perd pas son temps à s'attendrir sur les droits de l'accusé.

La bande des douze sont tous des bonnes personnes qui sont désolés et qui sont émus par la souffrance des victimes sans défense des criminels et ils feraient sans doute la même chose pour les victimes des terroristes et des bandits vêtus de noir et exigeraient une action organisée par l'État pour éliminer d'une main ferme les criminels inculpés. La politique d'une nation accuse les gens de principe qui défendent les droits de tous de rester à rien faire alors que les terroristes attaquent notre mode de vie et que les bandits en noir et les voyous fracassent des vitrines et incendient des voitures de police dans le centre-ville de Toronto. La politique d'une nation refuse d'accepter la faiblesse et les limites d'une règle de droit et la fragilité apparente d'une société qui donne de la dignité et défend les droits de tous et leur conscience, les droits et conscience qui semblent de plus en plus entrer en conflit avec le droit des monopoles et les intérêts naturels et héréditaires de l'aristocratie. La politique d'une nation se déclare en opposition à la violence de la populace et à l'affranchissement du peuple et elle fait ce qu'il faut pour les réprimer. Quand les principes et la règle de droit entrent en conflit avec le statu quo des privilèges de classe, de l'oppression, de l'exploitation et de la guerre de pillage, la politique d'une nation déclenche alors la violence organisée par l'État pour protéger les riches, leurs monopoles et leurs organisations illégitimes comme le G20.

Avant de concilier avec les gestes horribles des bourreaux de l'Orient-Express, Poirot se fait un devoir de leur faire un exposé sur la nécessité de la règle de droit et sur le danger pour l'humanité de sombrer dans la barbarie du fascisme. Mais, quand vient le temps de prendre position en pratique sur ces principes, Suchet (Poirot) regarde fixement la bande de meurtriers, ravale ses principes de règle de droit et de normes modernes, répudie ses propres paroles, rend à la police la veste d'un criminel fictif et s'en va sous un nuage sombre, sans doute pour sombrer dans la folie et l'indifférence, comme Hardial Bains disait à propos de ces conciliateurs avec le fascisme qui refusent de lever le petit doigt ou de prendre une position de principe devant la montée du fascisme et le retour aux pratiques médiévales.

Non à la conciliation avec le fascisme ! Non à la criminalisation de la dissidence ! Les droits et principes modernes sont inviolables ; ils ne sont pas sujets à des circonstances exceptionnelles !

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