Le Marxiste-Léniniste

Numéro 132 - 28 juillet 2010

Insoutenable et sans avenir

Résistons aux pressions pour des concessions!


Résistons aux pressions pour des concessions!
Corruption et décadence au sein de l'élite dirigeante au Canada - Lettre à la rédaction
Mises à pieds massives chez Olymel

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Insoutenable et sans avenir

Résistons aux pressions pour des concessions!

Les concessions ne sont pas une solution.

Exiger des travailleurs qu'ils réduisent leurs revendications concernant les salaires, les avantages sociaux et les fonds de pension ne résoudra aucun des problèmes de l'économie dans son ensemble, ni ceux des monopoles comme US Steel ou Essar Steel Algoma. La demande de concessions au nom de la compétitivité des entreprises est une fraude et elle aura comme effet général l'aggravation de la crise de l'économie canadienne. Cela vaut également pour les gouvernements qui veulent forcer les travailleurs du secteur public à accepter un gel des salaires et des concessions au niveau des avantages sociaux et des fonds de pension sous le faux prétexte de « la réduction de la dette et du retour à l'équilibre budgétaire ».

Les dirigeants de US Steel et de Essar disent que les concessions sont nécessaires pour garder les usines concurrentielles. C'est une absurdité totale qui révèle tout simplement leurs préjugés de classe. Pour appuyer leurs préjugés, ils répètent à l'infini que les travailleurs sont un coût de production, et que les concessions réduisent les coûts de production, ce qui leur permet de faire plus de profits d'entreprise et peut-être même d'offrir des prix plus bas pour leur acier. Ils devraient faire preuve d'honnêteté et avouer que les concessions n'ont rien à voir avec les coûts ou les prix, que ce qu'ils veulent c'est tout simplement transférer la valeur ajoutée des travailleurs canadiens aux possesseurs du capital qui, pour la plupart, vivent à l'étranger. Les monopoles veulent payer plus de dividendes à leurs actionnaires, servir leur méga-dette et donner de plus gros bonus à leurs hauts dirigeants.

Les concessions transfèrent les réclamations de la classe ouvrière à la production aux propriétaires du capital. Cela est vrai pour les monopoles individuellement comme pour l'économie prise dans son ensemble. Le produit social global de la production d'un pays est la somme de la production de toutes les entreprises. Les réclamations au produit social sont divisées en deux grandes catégories sociales : la classe ouvrière et les propriétaires du capital. Une modification de la quantité de la réclamation de chacune des principales forces sociales (les travailleurs et les propriétaires du capital) ne change pas la valeur du produit social produit par une entreprise particulière, par exemple une aciérie ou dans le pays dans son ensemble ; cela ne change que la proportion de la valeur ajoutée qui va à chacun. L'accroissement de la quantité de produit social qui est soutiré aux travailleurs et versé dans les coffres des riches affaiblit d'autant l'économie socialisée.

La valeur est déterminée par le temps de travail moyen nécessaire pour produire quelque chose, comme une tonne d'acier. La manière dont la valeur ajoutée contenue dans l'acier produit par les travailleurs est séparée entre les travailleurs, les propriétaires du capital et le gouvernement, n'a rien à voir directement avec la valeur du produit social et son prix de marché.

La fiction selon laquelle les concessions sont la solution aux maux de l'industrie de l'acier ou d'une entreprise particulière est un non-sens et un mensonge qui a pour but d'abaisser le niveau de vie des travailleurs actifs et retraités. Les concessions ne réduisent pas les coûts des entreprises ; elles sont simplement un transfert de richesses des travailleurs aux propriétaires du capital. Son résultat est non pas la réduction des coûts, mais l'affaiblissement de l'économie, en particulier dans les collectivités directement touchées puisque la classe ouvrière a moins de revenus pour acheter des biens des entreprises locales.

C'est la même chose pour les travailleurs du secteur public. Plus grandes sont les concessions arrachées aux travailleurs du secteur public et plus grand est l'affaiblissement de l'économie. Comment pourrait-il en être autrement alors que la classe ouvrière constitue la majorité écrasante de la population?

La classe ouvrière, y compris les sections intermédiaires et les propriétaires de petites entreprises,  doivent s'unir pour s'opposer résolument aux concessions dans les secteurs privé et public. Les concessions ne résolvent aucun problème économique comme la dette et les déficits publics ; les concessions ne font qu'aggraver la situation.

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Corruption et décadence au sein
de l'élite dirigeante au Canada

J'ai suivi d'assez près la saga de Magna International dans la presse bourgeoise. J'ai trouvé l'article paru dans Le Marxiste-Léniniste très utile. Il met les choses en perspective lorsqu'il dit : « Frank et Belinda Stronach représentent une aristocratie à la fois naturelle et héréditaire qui cherche à réintroduire tous les droits et privilèges du pouvoir médiéval. L'oligarchie financière rejette toutes les définitions modernes et en particulier les droits du peuple et son pouvoir décisionnel sur toutes les affaires économiques et politiques, notamment son droit d'utiliser la propriété sociale comme Magna International Inc. au Canada et de distribuer le produit social. »

L'expérience des travailleurs de Stelco est semblable. La vieille Stelco a eu recours à la protection de la Loi sur la faillite (CCAA) le 29 janvier 2004. Un des objectifs de cette manoeuvre était d'essayer de forcer la main aux travailleurs et aux retraités pour qu'ils fassent des concessions aux propriétaires de la vieille Stelco. Après 27 mois de faillite frauduleuse, une nouvelle Stelco est née, contrôlée par trois vautours capitalistes (Tricap, Appaloosa et Sunrise) et Rodney Mott, un spéculateur des États-Unis avec une spécialisation dans l'industrie de l'acier. Ces vautours ont pris le contrôle des nouveaux titres de la nouvelle Stelco pour moins de 150 million $. Ils ont aussi obtenu un prêt de 150 million $ à des taux d'intérêt de 1 % de la part du gouvernement provincial, évitant par le fait même tout risque par rapport à leur propre argent. Dix-huit mois plus tard, ces vautours ont vendu leurs titres à US Steel pour 1,1 milliard $ comptant, réalisant ainsi en 18 mois un retour de 700 % sur leur investissement.

Ces vautours ont arraché une valeur de plus d'un milliard $ de Stelco et sont disparus de la circulation pour préparer leur prochain coup (Tricap fait partie d'un empire de 100 milliards $, Brookfield Asset Management.) Les travailleurs à US Steel Canada Hamilton Works travaillent présentement dans une usine en mal d'un laminoir à chaud et de nouveaux investissements de modernisation, ce qui aurait été tout à fait possible avec le 1 milliard $. Cependant, les travailleurs ne contrôlent pas l'économie et sont donc réduits à subir les conséquences des agissements et des exigences des vautours qui sont seulement intéressés à réussir leurs coups. Tandis que ces coups  sont dévastateurs pour les peuples à l'échelle internationale, on dit aux travailleurs que leurs demandes pour des pensions, des avantages sociaux tels en santé, etc., sont farfelues.

Il est clair que l'heure est à ce que les travailleurs organisent une opposition efficace à tout ce qui constitue une forme de destruction nationale.

Un métallo à US Steel Hamilton Works

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Mises à pieds massives chez Olymel

Vendredi le 16 juillet, le monopole Olymel a procédé à l'application de sa toute dernière restructuration anti-ouvrière dans son usine d'Iberville, dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu, sur la rive Sud de Montréal. Au mois d'avril dernier, Olymel a annoncé la mise à pied permanente et définitive de 183 travailleurs le 16 juillet à son usine d'Iberville. Cette usine de transformation de volaille et de porc compte près de 300 travailleurs. Avec ces mises à pieds, il ne reste que 100 travailleurs dans la production. Le monopole essaie de justifier cette décision en disant oeuvrer dans un secteur compétitif et pouvoir « sauver » deux millions de dollars par année avec cette nouvelle restructuration. La production effectuée à Iberville sera transférée à son usine de Brampton en Ontario et aux usines de Berthierville et Sainte-Rosalie au Québec. Le Marxiste-Léniniste s'est récemment entretenu avec plusieurs travailleurs de cette usine et voici le compte-rendu de la conversation.

***

LML : C'est une journée difficile aujourd'hui ; c'est la dernière journée de travail pour 183 d'entre vous. Quelles sont vos impressions ?

Premier travailleur : Quelquefois j'ai l'impression que c'est ceux qui restent avec cette compagnie qui sont à plaindre.(Rire général) Sérieusement, ce n'est pas facile, on se sent humilié et impuissant. En plus on ne comprend pas. L'année dernière à la même date, la compagnie embauchait beaucoup de monde, ils avaient rénové notre cafétéria, investi dans de nouvelles machines et fait des travaux de rénovation. Aujourd'hui, l'usine est pratiquement fermée.

Deuxième travailleur : On ne comprend pas pourquoi ils font cette réorganisation parce qu'on nous a déjà arraché des concessions en 2005 lors de notre dernière négociation collective. Olymel nous menaçait de fermer les portes si nous donnions un mandat de grève à notre exécutif. Beaucoup ont eu peur à ce moment-là et ont voté pour accepter ce que la compagnie nous offrait. Tout cela absolument pour rien. Ils ont mis l'usine sur respirateur artificiel et nous sommes en sursis.

LML : Pourquoi dites vous cela ?

Deuxième travailleur : Olymel dit vouloir sauver deux millions de dollars avec ces mises à pieds. Comment peut-on sauver deux millions en faisant disparaître 183 emplois productifs ? L'usine va produire moins, il y a donc moins de revenu qui va être créé et l'usine va générer moins d'argent. En plus, si on produit moins de revenus, les dépenses et les coûts reliés à la production sont les mêmes. Nous devons payer les taxes de la ville, au gouvernement, nous devons payer l'énergie, la bâtisse, les infrastructures, l'entretien des machines etc... Comment va-t-on faire ça si on diminue notre production ? Ce n'est pas logique.

Troisième travailleur : Ce qui n'est pas logique non plus, c'est que le gouvernement ne fait rien et nous laisse moisir sans rien faire, sans lever le petit doigt.

LML : J'ai vu tout à l'heure la députée du Parti québécois accompagnée d'un journaliste de Radio-Canada. Quelle est sa position ?

Travailleur 4 : Elle veut que le gouvernement de Jean Charest intervienne pour trouver une solution à ces mises à pieds. Elle a dit au journaliste qu'une société d'État, la Société générale de financement, a investi dans Olymel dans le but de créer des emplois en régions. Elle se dit indignée maintenant que cet argent va servir à créer des emplois en Ontario. Elle dit vouloir initier un comité de relance et elle insiste pour dire à tout le monde qu'elle veut créer un comité de relance.

Premier travailleur : Elle est ici juste pour se faire du capital politique, personne n'y croit. C'est elle-même qui a appelé les journalistes pour qu'ils viennent aujourd'hui. Tout le monde croit que la seule chose qu'elle veut aujourd'hui, c'est notre vote aux prochaines élections. Moi je suis le seul représentant syndical ici en ce moment ; elle voulait que je l'accompagne dans ses poignées de mains aux travailleurs devant les journalistes. J'ai refusé. Ces gens peuvent nous faire dire des choses que l'on n'a pas dit ou encore qu'on ne pense pas. Lors de la lutte des travailleurs d'Olymel à Vallée-Jonction en 2007, Radio-Canada a pris partie contre les travailleurs, se plaçant du côté de Lucien Bouchard et du gouvernement et de la compagnie, et maintenant ils viennent ici comme s'ils avaient pitié de nous. C'est écoeurant et en même temps très humiliant. Moi je ne fais pas de politique, en tout cas, si un jour j'en fais, ce ne sera pas avec ces gens là, je n'ai pas confiance. Mon instinct me dit qu'il faut se tenir loin d'eux.

Troisième travailleur : Tu as raison, mais le problème c'est que nous sommes totalement impuissants, on a l'impression que l'on ne peut rien faire. Leurs histoires de comité de relance sonnent comme des mots creux qui ne servent qu'à créer des illusions. On n'a qu'à regarder le cas de l'usine Komastu à Candiac où le député du PQ avait créé un comité de relance sans succès ou encore mieux le cas de la raffinerie Shell. C'est évident maintenant que Shell a dupé tout le monde. Le problème c'est que les compagnies comme Olymel et Shell peuvent faire ce qu'elles veulent et qu'elles ont la loi de leur coté. Nous on n'a rien.

LML : Ça prend donc des lois qui défendent les travailleurs et des politiciens qui sont prêts à les défendre eux aussi.

Cinquième travailleur : Les politiciens que l'on a ne sont pas intéressés à passer ce genre de lois, de peur de perdre leur position. Ce qu'il faudrait, c'est que ce soit nous qui fassions les lois (rires parmi les travailleurs)

LML : Tu veux dire des travailleurs qui se font élire au parlement et qui font les lois ?

Cinquième travailleur : Euh... Bien, pourquoi pas !

LML : Je trouve que c'est une excellente idée !

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