Le Marxiste-Léniniste

Numéro 129 - 22 juillet 2010

États-Unis

Amis de la liberté d'information?

États-Unis: Amis de la liberté d'information? - Nestor Nuñez, Radio Havana Cuba
Commandement cybernétique américain: la conduite de la guerre sur le cinquième champ de bataille - Rick Rozoff, Stop NATO

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États-Unis

Amis de la liberté d'information?

La chose peut paraître surprenante pour ceux qui se laissent séduire par la propagande impérialiste sur la liberté d'expression.

Il semble en effet que le gouvernement étasunien veuille se donner le pouvoir d'interrompre les services Internet chez-eux en invoquant des « menaces à la sécurité nationale » ou des perturbations indésirables sur le réseau.

La Maison blanche établira un bureau spécial qui assumera du jour au lendemain les fonctions du grand censeur national, celles dont se chargent à chaque jour, sur une plus petite échelle, les équipes de rédaction des stations de radio et de télévision qui représentent les propriétaires des médias de masse et qui agissent en leur nom.

Bref, la liberté d'information est la revendication de l'heure.

Ce n'est pas que l'information ne puisse circuler de par le monde, mais il ne faut pas être naïf ou manquer d'objectivité à ce sujet.

Le secret bien mal gardé des représentants étasuniens est qu'eux-seuls seraient en droit de censurer, manipuler, altérer, taire ou amplifier comme ils le désirent. Ils vont partout dans le monde proclamer la liberté d'information alors qu'ils sont les premiers à ne pas la respecter ou la permettre. En fait, selon le site ADSL Zone, la « Protecting Cyberspace as a National Asset Act » [loi des États-Unis sur la protection du cyberespace en tant qu'avoir nationaln déposée au Sénat étasunien le 10 juin – ndlr], justifie son existence par la règle que « le pays ne peut attendre un attentat cybernétique du type du 11 septembre avant de réagir ».

Ce qui peut et ne peut pas être fait sur Internet restera la prérogative du Cyber Security National Center, lui-même subordonné au pouvoir exécutif qui serait l'autorité suprême dans ces cas.

Évidemment, pour beaucoup d'analystes l'adoption d'une telle loi serait la goutte qui a fait déborder le vase pour ce qui est du contrôle du flux de l'information sur Internet, qui est de fait un privilège qui appartient aux puissants et dont la grande majorité du reste de l'humanité est exclue.

La création d'Internet était justement liée à des questions de « sécurité nationale » : le Pentagone cherchait le moyen de transmettre des ordres de façon précise, d'obtenir des informations et de traiter l'information militaire et de renseignement en quasi-temps réel.

Plus tard, avec l'évolution d'Internet dans la vie civile, un monopole fut établi, principalement à partir des États-Unis. En fait, la majorité des serveurs de la planète sont basés aux États-Unis, tandis que 75 % de l'accès à Internet est concentré en Amérique du Nord et en Europe. Le reste du monde a à peine plus de 20 %.

Quand on ajoute à cela le fait que 90 % de l'information qui circule dans le monde provient de sources contrôlées et établies aux États-Unis et dans les pays alliés, la vérité est loin d'être libre : nous sommes en présence d'une tyrannie colossale du média impérialiste.

Parmi les cercles des plus puissants, on ne se satisfait pas de ce scénario totalitaire. L'objectif visé avec les nouvelles dispositions législatives semble être de rendre ce despotisme absolu.

L'Afrique possède environ 1,5 % des navigateurs Internet, l'Asie 15 %, les Caraïbes 0,6 %, l'Amérique centrale 1 % ; l'Amérique du sud 3,5 % et l'Océanie 2,8 %.

C'est donc à une très curieuse interprétation de la « liberté de l'information » que nous avons affaire.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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Commandement cybernétique américain: la conduite de la guerre sur le cinquième champ de bataille

Le 21 mai dernier, le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a annoncé la mise en oeuvre du premier commandement cybernétique américain. Ce faisant, il annonçait la première opération militaire cybernétique globale de l'histoire, une opération qui implique plusieurs services des forces armées.

Le Commandement cybernétique américain (CYBERCOM), qui a été approuvé initialement le 23 juin 2009, a maintenant atteint onze mois plus tard ce que le Pentagone appelle le niveau de capacités opérationnelles initiales. Il est supposé devenir totalement opérationnel plus tard cette année.

Le CYBERCOM est basé à Fort Meade dans le Maryland, où est aussi basée l'Agence de sécurité nationale (NSA). Le chef de la NSA et du Service central de sécurité qui lui est relié est Keith Alexander, qui est passé du rang de lieutenant-général de l'armée américaine le matin du 21 mai, au rang de général quatre étoiles peu avant le lancement du Commandement cybernétique plus tard dans la journée, ce qui lui a permis d'en prendre le commandement.

Le Sénat américain a confirmé Alexander dans sa nouvelle position le 7 mai. Dans une déclaration écrite présentée plus tôt devant le Congrès, il a affirmé qu'en plus de la défense des systèmes et réseaux d'ordinateurs, « le commandement cybernétique doit aussi être prêt à mener des opérations offensives... »[1] Deux jours avant sa nomination, l'Associated Press a rapporté qu'Alexander « a dit que les États-Unis sont déterminés à diriger l'effort international visant à utiliser la technologie informatique pour dissuader ou vaincre les ennemis ».[2] Il faut remplacer le « ou » par « et ».

Le jour où Alexander a entrepris ses nouvelles fonctions, l'assistant-secrétaire à la Défense, William Lynn, « a dit que l'établissement du Commandement cybernétique américain à Fort Meade dans le Maryland est un jalon historique dans l'effort des États-Unis pour mener des actions dans un nouveau domaine dans toute la gamme des opérations », et il a ajouté que « le domaine cybernétique ... est tout aussi important pour les forces armées américaines que les opérations sur terre, sur mer, dans les airs et dans l'espace, et que la protection des réseaux militaires est cruciale pour le succès du Département de la Défense sur le champ de bataille ».[3]

Le deuxième plus haut commandant du Pentagone n'est pas le seul à considérer la guerre cybernétique comme le cinquième champ de bataille dans le monde après le sol, la mer, l'air et l'espace et à le mettre en lien avec les quatre autres.

L'examen récent de la situation en matière de défense que fait le département de la Défense, tous les quatre ans, met l'accent sur « des responsabilités militaires plus vastes qui comprennent l'espace et l'espace cybernétique », et les opérations dans l'espace du Pentagone sont maintenant combinées avec la guerre cybernétique, du fait que le Commandement cybernétique fait partie du Commandement stratégique américain (USSTRATCOM), responsable de la militarisation de l'espace et du projet d'interception des missiles, de la guerre de l'information et d'autres questions connexes.

Dans ses propres mots, « le USSTRATCOM allie la synergie du commandement et de la mission de contrôle nucléaires traditionnels des États-Unis à la responsabilité des opérations dans l'espace ; à la capacité globale de frappe ; aux opérations d'information du département de la Défense ; à la défense anti-missile ; au commandement général, au contrôle, aux communications, aux ordinateurs, aux services de renseignements, à la surveillance et à la reconnaissance (C4ISR) et à la lutte contre les armes de destruction massive ».[5]

« Le U.S. CYBERCOM est un niveau de commandement unifié subalterne qui fait partie du Commandement stratégique américain à la base Offutt de l'Armée de l'air au Nebraska. Il opérera cependant à partir de l'agence ultra-secrète de la Sécurité nationale de Fort Meade au Maryland chargée de rassembler les communications. »[6]

Le commandant de l'Armée de l'air américaine, le général Norton Schwartz, a prononcé un discours il y a trois mois devant l'Association de l'Armée de l'air dans lequel « il n'a pas mentionné les avions de chasse, les opérations spéciales ou la mobilité » mais a mis l'accent sur l'espace et l'espace cybernétique. « Nous avons grandement besoin de capacités solides d'opérations dans l'espace et l'espace cybernétique », a-t-il dit.

Le Air Force Times offre des références pour étayer les propos de Schwartz et fait le lien entre l'espace et la guerre cybernétique : « C'est l'an dernier que les missions dans l'espace et les missions cybernétiques ont été regroupées, quand le service a transféré plusieurs de ses missions de communications et cybernétiques au Commandement spatial et a créé la vingt-quatrième vrmée de l'air au service du "commandement cybernétique" du service. »

« La responsabilité des missiles nucléaires du Commandement spatial a été transférée en même temps au nouveau Commandement de frappe globale. »[7]

La Vingt-quatrième Armée de l'air se joindra au Commandement cybernétique des Forces armées, à la Dixième Flotte et au Commandement cybernétique de la Marine (soit les quatre branches principales des forces armées américaines) pour fournir les 1000 premiers employés du nouveau Commandement cybernétique regroupant plusieurs services.

Le Pentagone a annoncé, le jour où le CYBERCOM a été inauguré, que « l'Armée américaine va mobiliser 21 000 soldats dans ses unités de guerre cybernétique sous un commandement unifié avec à sa tête un général trois étoiles ». Le Commandement cybernétique de l'armée, l'ARFORCYBER, « sera pleinement opérationnel à partir d'octobre à Fort Belvois en Virginie, une base en expansion au sud de Washington », et il réalisera « l'unité sans précédent des efforts et de la synchronisation des forces armées qui opèrent dans le domaine cybernétique ». Le major-général Steven Smith qui commande les opérations cybernétiques de l'armée, a dit que son service « est en train d'essayer de comprendre ce qu'est un guerrier cybernétique et de quelle formation il a besoin ».[8]

Quelques jours plus tôt, l'Armée de l'air a révélé avoir transféré au moins 30 000 soldats assignés aux opérations de communications et d'électronique vers les « premières lignes de la guerre cybernétique ».[9]

Plus tôt le même mois, le sous-secrétaire adjoint à la défense James Miller était cité dans la presse : « Le Pentagone envisagerait une riposte militaire à une attaque cybernétique contre les États-Unis. » La presse rapporte qu'il a proposé une riposte militaire directe aux attaques informatiques et dit que « nous devons réfléchir à l'éventail des ripostes qui vont au-delà du domaine cybernétique ».[10]

Mettre sous commandement militaire la sécurité informatique, y compris dans le secteur civil, est un pas de plus dans la direction de la militarisation de la réponse à des questions qui sont de nature criminelle ou même commerciale ou relative à la propriété. Il en va de même pour la préparation de ripostes qui ne sont pas de nature virtuelle.

Le Pentagone et l'Agence de sécurité nationale ne seront pas laissés à eux-mêmes pour établir et opérer le premier centre de commandement de guerre cybernétique national au monde. Comme c'est le cas habituellement, Washington recevra l'appui inconditionnel de l'OTAN, le bloc militaire qu'il a fondé en 1949 et étendu à toute l'Europe et dont les opérations ont été étendues à l'Asie, à l'Afrique et au Moyen-Orient ces onze dernières années.

Non seulement l'OTAN garantit-il 27 voix et votes additionnels aux États-Unis à l'ONU et autant de pays par lesquels ils peuvent transiter et où ils peuvent maintenir des troupes et de l'équipement militaire, mais il autorise, par le biais de l'article 5 sur l'aide militaire mutuelle, les déploiements militaires américains et crée un prétexte pour la confrontation armée au nom de la défense des autres États membres. Les troupes des 28 pays membres de l'OTAN et de plus de 20 États partenaires sont impliqués dans la guerre en Afghanistan depuis maintenant près de neuf ans, depuis que l'article 5 a été invoqué en septembre 2001.

L'article 5, qui dit que « les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties », est en grande partie le fondement et le moteur du Commandement cybernétique du Pentagone.

La clameur en faveur d'une force de guerre cybernétique s'est élevée pour la première fois au sein des dirigeants des États-Unis et de l'OTAN pendant et tout de suite après les attaques contre les systèmes informatiques en Estonie à la fin d'avril et au début de mai 2007. Ce petit pays voisin de la Russie et incorporé à l'OTAN trois ans plus tôt avait accusé des pirates informatiques russes d'être les auteurs des attaques contre les réseaux gouvernementaux et privés, et l'Ouest avait fait écho à ces accusations en y ajoutant que le gouvernement russe d'alors, dirigé par le président Vladimir Poutine, était derrière les attaques.

Trois ans plus tard, ces accusations n'ont toujours pas été prouvées mais elle ont néanmoins atteint leur but : l'OTAN a envoyé des experts en guerre cybernétique en Estonie suite aux événements de 2007 et, le 14 mai 2008, le bloc militaire a mis sur pied ce qu'il a appelé le Centre d'excellence pour la défense cybernétique (CCDCOE) dans la capitale Tallinn.

L'article 5 du bloc militaire a été invoqué de façon répétée et ostentatoire en référence aux crimes et aux attaques cybernétiques alléguées, et on a dépeint l'Estonie à la fois comme la victime parfaite de tels assauts et le point de ralliement pour une riposte de guerre cybernétique globale.

Les efforts des États-Unis et de l'OTAN pour mettre sur pied des opérations de guerre cybernétique ont depuis le tout début visé ouvertement ou de façon voilée la Russie.

Dans une rubrique d'août 2008 du très influent Wall Street Journal intitulée « L'agression russe menace l'ordre mondial », Joseph Lieberman et Lindsey Graham, deux sénateurs américains très en vue, ont appelé « au renforcement de l'OTAN en tant qu'alliance militaire et non uniquement politique. Il faut donner un second souffle aux plans de défense des États-membres en cas d'attaques conventionnelles et non conventionnelles, ce qui comprend la guerre cybernétique. Il faut rehausser la crédibilité de l'article 5 de la Charte de l'OTAN selon laquelle une attaque contre un État membre est une attaque contre tous les membres et doit être traitée comme telle. »[11] En janvier de cette année, la société Google, qui est basée aux États-Unis, a accusé des pirates chinois d'être les auteurs « d'attaques cybernétiques » sophistiquées et depuis ce temps, Pékin a rejoint Moscou comme l'ennemi le plus probable des scénarios d'avenir de conflits cybernétiques, lesquels sont intimement liés à des disputes similaires dans l'espace au sujet des satellites militaires et civils.

La Chambre des lords de Grande-Bretagne a rendu public un rapport qui affirme explicitement que « la Grande-Bretagne doit travailler plus étroitement avec l'OTAN pour prévenir les "attaques cybernétiques" contre des infrastructures nationales névralgiques de la part d'anciens ennemis de la guerre froide, comme la Russie et la Chine », et qui « attire l'attention sur les dangers d'attaques sur Internet, sur les réseaux bancaires et téléphoniques, par les Russes en Estonie il y a trois ans. »[12]

Quelques jours auparavant, le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, occupé à faire la promotion du nouveau concept stratégique du bloc militaire en Finlande, pays officiellement non aligné, a réitéré que bien que la défense militaire des territoire des 28 pays membres de l'Alliance demeure la mission principale de l'OTAN en vertu de l'Article 5, il n'est pas suffisant « de masser des soldats, des chars et des équipements militaires le long des frontières », puisque le bloc doit « s'attaquer à ce qui menace sa base, et cela pourrait être dans le cyberespace ». « L'ennemi peut apparaître n'importe où dans le cyberespace », a-t-il ajouté.[13]

L'année précédente, le prédécesseur de Rasmussen à la tête de l'alliance militaire occidentale, le néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, avait présenté une esquisse du concept stratégique de l'OTAN pour le XXIe siècle, annoncé par l'ancienne secrétaire d'État américaine Madeleine Albright et son groupe d'experts autoproclamé, aux quartiers généraux de l'alliance le 17 mai, lorsqu'il a dit : « Nous devons nous donner approche élargie et prendre en considération la notion de la sécurité collective plutôt que la défense collective. »[14]

Pour élargir les missions de l'alliance nord-atlantique internationalement, il faut effacer la distinction entre les menaces militaires et une multitude de préoccupations de sécurité nationale définies par leurs tenants.

La panoplie de prétextes non militaires pour l'intervention de l'OTAN dans le monde comprend des facteurs souvent intangibles, non vérifiables et très subjectifs, comme la menace perçue d'attaques par missile, le changement climatique, le virage démographique et les dislocations, et les « tempêtes et inondations » dans le contexte d'une « myriade de menaces mortelles et décisives », pour citer lord Peter Levene, président de la société Lloyd à Londres, qui parlait des défis actuels de l'OTAN à une conférence tenue conjointement par sa société et le bloc militaire le 1er octobre.[15]

Les menaces à la sécurité cybernétique sont sans doute, de par leur nature, les plus informes, nébuleuses et éthérées qu'on puisse imaginer et à ce titre elles se caractérisent par une applicabilité quasi-universelle et sont pratiquement impossibles à réfuter. Bref, une flèche indispensable dans le carquois collectif du Pentagone et de l'OTAN.

Dans le discours précité, l'ancien chef de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a abordé le problème de la sécurité cybernétique. Il a dit que l'OTAN « doit songer à puiser dans les capacités uniques actuelles de nos armées qui existent déjà et envisager de les mettre en valeur. Nous pourrions, par exemple, créer un service de réaction rapide pour soutenir les alliés et peut-être même des partenaires en cas d'attaque. Et à la lumière de l'importance vitale de l'espace et des satellites pour nos cyberréseaux aujourd'hui, ne devrions-nous pas également suivre de plus près l'activité dans l'espace et songer aux conséquences pour notre sécurité ? »[16]

En juin de l'année dernière, l'ambassadeur des États-Unis à l'OTAN Ivo Daalder, ancien membre du personnel du Conseil de sécurité nationale et présentement à l'emploi de la Brookings Institution, a lui aussi voulu tester l'applicabilité de l'article 5 de l'Alliance, cette fois-ci en réponse à « un étranglement énergétique » ou à « une attaque biologique ou cyperspatiale d'origine inconnue ».[17]

L'« étranglement énergétique » (l'accusation de rupture des approvisionnements énergétiques de l'Europe) s'accompagne inévitablement d'accusations d'attaques cyberspatiales en Europe et dans les deux cas en référence exclusive à la Russie. Par exemple, il a ajouté ce qui suit à la recommandation de Scheffer l'année dernière sur l'application de l'Article 5 en cas d'attaque spatiale ou cyberspatiale :

« L'interruption des approvisionnements en énergie peut détruire le tissu économique et social d'un pays de la même façon qu'une guerre, mais sans qu'un coup de feu ne soit tiré. Il est donc impératif que l'OTAN définisse quelle valeur ajoutée elle peut apporter, par exemple en ce qui concerne la protection des infrastructures critiques ou des jonctions névralgiques des lignes d'approvisionnement. »[18]

Dans son discours au Conseil de l'Atlantique Nord de l'OTAN, le 17 mai, sur le nouveau concept stratégique de l'alliance, Madeleine Albright a déclaré que « l'OTAN doit maintenir une combinaison flexible de capacités militaires, comprenant la défense conventionnelle, nucléaire et anti-missile », et a mis l'accent sur « la primauté de l'Article 5 », qui stipule que « l'Alliance doit continuer de considérer la défense collective comme étant sa mission essentielle ».

Parmi les menaces justifiant l'invocation de l'Article 5 se trouvent « les attaques cyberspatiales et les attaques contre les infrastructures énergétiques et les lignes d'approvisionnement ».[19] Son groupe d'experts propose dans son rapport que l'OTAN « accélère les efforts pour répondre au danger de cyberattaques en protégeant ses systèmes de communications et de commandement, en aidant les alliés à améliorer leur capacité de prévoir et de se remettre d'attaques, et en développant une gamme de capacités de cyberdéfense pour établir une détection et une dissuasion effectives ».[20]

Devançant de deux mois William Lynn du Pentagone, le directeur de planification politique de l'OTAN, Jamie Shea, a dit que « 120 pays possèdent présentement, ou sont en voie d'acquérir, des capacités d'attaque cyberspatiales, qui sont aujourd'hui vues comme la cinquième dimension de la guerre, après l'espace, la mer, le sol et les airs... »

Le 22 mars, « Shea a dit que certaines personnes dans la communauté stratégique croient que les cyberattaques joueront maintenant le même rôle dans l'initiation d'hostilités que les campagnes aériennes au XXe siècle ».[21]

Quelque temps après les élections présidentielles cette année, l'Ukraine est devenue le premier pays non membre de l'OTAN à être recruté pour la coopération en cyberdéfense avec le bloc militaire atlantique. « Les 11 et 12 février 2010, des experts en matière de cyberdéfense de l'Ukraine, de l'OTAN et des pays alliés ont participé aux premiers pourparlers d'experts en cyberdéfense entre l'OTAN et l'Ukraine à Kiev. »[22]

Le projet pilote de l'OTAN dans ce domaine demeure cependant son centre de cyberguerre en Estonie. Les experts du projet « envisagent des adversaires potentiels en scrutant ce qu'ils appellent le "cinquième champs de bataille", après le sol, la mer, l'espace et l'air ».

Le colonel Ilmar Tamm, le plus haut gradé de l'armée estonienne sur le site, a dit le mois dernier : « Dans une perspective cyberspatiale, je crois que nous sommes définitivement allés plus loin que nous l'avions imaginé en science fiction. »[23]

Le ministre de la Défense de l'Estonie Jaak Aaviksoo, parlant des événements qui se sont produits de 2007 à aujourd'hui, a dit à l'Agence France-Presse : « C'était à l'évidence le début d'une nouvelle ère. [Ces attaques] présentaient toutes les caractéristiques d'un crime informatique qui a fini par menacer la sécurité nationale. C'était un changement qualitatif qui a provoqué un déclic dans beaucoup d'esprit. La cybersécurité, la cyberdéfense et la cyberoffensive existent, c'est un fait. »[24]

Le 23 avril, le deuxième jour d'une rencontre des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN dans la capitale de l'Estonie, un protocole d'entente a été signé qui « établit un cadre légal pour la coopération en cyberdéfense entre l'OTAN et l'Estonie. Il facilitera l'échange d'information et établira les moyens de créer un mécanisme d'assistance en cas de cyberattaques.

« Pour le compte de l'OTAN, l'accord a été signé par l'ambassadeur Claudio Bisogniero, secrétaire-général adjoint... »[25]

L'individu qui personnifie la liaison organique et inextricable entre le Pentagone et l'OTAN est celui qui dirige simultanément le Commandement européen des États-Unis et le commandement allié suprême de l'OTAN en Europe, du général Dwight Eisenhower en 1951 à l'amiral James Stavridis aujourd'hui.

Le 2 février dernier, Stavridis a dit qu'en raison des « attaques contre les réseaux informatiques en Estonie, en Géorgie, en Lettonie et en Lituanie au cours des dernières années, il faut élargir la définition des protections des pays membres de l'OTAN », sans toutefois préciser ou étayer son affirmation.

Les quatre pays identifiés ici comme victimes ne laissent aucun doute sur qui Stavridis voit comme l'auteur des attaques.

Prenant la parole à une conférence de la Armed Forces Communications and Electronics Association, parlant de l'Article 5 de l'OTAN, il a dit que « la probabilité que le prochain conflit débute avec une cyberattaque plutôt qu'avec une attaque physique fait ressortir l'importance de changer les définitions du traité ».[26]

Reprenant un raisonnement qu'il a déjà énoncé à plusieurs reprises, il a dit : « À l'OTAN, nous devons parler de ce qui définit une attaque. Dans un pays comme l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, tous membres de l'OTAN, comment se définit une attaque ? Je crois qu'il est plus probable que l'attaque se fasse non par le lancement d'une bombe par un avion, mais par des électrons se déplaçant sur un câble à fibre optique. La cyberguerre est donc un défi très réel et connexe. » Les propos du plus haut gradé de l'OTAN ont été paraphrasés comme suit : « L'OTAN a fait le premier pas pour faire de la cyberguerre un effort international avec le Centre d'excellence de cyberdéfense coopérative en Estonie en 2008, mais pour affronter les cybermenaces il faudra une coopération entre les agences du gouvernement américain et entre les gouvernements et l'industrie. »[27]

Au début de mai, Stavridis a prononcé un discours à Paris dans lequel il a encore une fois parlé des « nouvelles menaces provenant du cyberespace » en rapport avec « le rôle de l'OTAN dans la lutte conter ces menaces, en particulier les opérations de l'Article 5 et la défense collective ».[28]

Le 19 mai, il était l'invité d'honneur à un événement spécial au Conseil atlantique[29] à Washington. Il a été présenté par Madeleine Albright deux jours après la présentation du rapport de son groupe d'experts sur le concept stratégique global de l'OTAN pour le XXIe siècle à Bruxelles.

Stavridis a dit que les pays de l'OTAN ont un produit intérieur total de 31 billions $, plus de deux millions d'hommes et femmes armés et « 130 000 soldats et marins, aviateurs et marines dans des missions sur trois continents ». Tout cela en dépit du fait « qu'aucun pays n'a jamais attaqué un pays de l'OTAN ».[30]

Sa présentation était accompagnée de diapositives et de ce commentaire : « Je crois que le rapport de la secrétaire Albright arrive à point nommé. Nous devons, en tant qu'alliance, commencer à songer collectivement au cyberespace. Nous avons ici le drapeau de quatre États qui ont été la cible d'intrusions cyberspatiales. [Il s'agirait des quatre anciens États soviétiques identifiés en février.] Je crois qu'il est important qu'en tant qu'alliance nous commencions à comprendre ce qu'est une cyberattaque.

« Nous avons besoin de centres qui se penchent là-dessus, nous avons besoin de procédures nous munir de moyens de défense dans ce cybermonde. »[31]

La cyberdéfense et son corrélat, la cyberguerre, sont des éléments de la doctrine de guerre du Pentagone et de l'OTAN, incorporés comme tels dans la nouvelle revue de défense quadriennale et dans le dernier concept stratégique de l'OTAN, qui sera officiellement adopté lors du sommet de l'alliance à Lisbonne, Portugal, en novembre.

La cyberguerre est un élément des opérations militaires dans les quatre autres sphères : sol, air, mer et espace, surtout dans cette dernière, et est une sphère en elle-même. Avec les réseaux informatiques les plus avancés du monde et un corps de cyberspécialistes parmi les plus capables, la superpuissance militaire mondiale vient d'établir le premier cybercommandement militaire.

Notes

1. Agence France-Presse, 12 mai 2010.
2. Associated Press, 5 mai 2009.
3. U.S. Department of Defense, 21 mai 2010.
4. Financial Times, 31 janvier 2010.
5. U.S. Strategic Command, http ://www.stratcom.mil/about.
6. Stars and Stripes, 22 mai 2010.
7. Air Force Times, 19 février 2010.
8. Stars and Stripes, 22 mai 2010.
9. Air Force Times, 19 mai 2010.
10. Agence France-Presse, 12 mai 2010.
11. Wall Street Journal, August 26, 2008.
12. The Telegraph, 18 mars 2010.
13. Agence France-Presse, 4 mars 2010.
14. North Atlantic Treaty Organization, 11 mars 2009.
15. "Thousand Deadly Threats : Third Millennium NATO, Western Businesses Collude on New Global Doctrine," Stop NATO, 2 octobre 2009, http ://rickrozoff.wordpress.com/2009/10/02/thousand-deadly-threats-third-millennium-nato-western-businesses-collude-on-new-global-doctrine.
16. North Atlantic Treaty Organization, 11 mars 2009.
17. Defense News, 8 juin 2009.
18. North Atlantic Treaty Organization, 11 mars 2009.
19. North Atlantic Treaty Organization, 17 mai 2010.
20. Aviation Week, 18 mai 2010.
21. Defense News, 23 mars 2010.
22. North Atlantic Treaty Organization, 22 février 2010.
23. Agence France-Presse, 24 avril 2010.
24. Ibid.
25. North Atlantic Treaty Organization, 23 avril 2010.
26. Defense News, 2 février 2010.
27. Ibid.
28. North Atlantic Treaty Organization, Supreme Headquarters Allied Powers Europe, 7 mai 2010.
29. "Atlantic Council : Securing The 21st Century For NATO", Stop NATO, April 30, 2010, http ://rickrozoff.wordpress.com/2010/05/01/atlantic-council-securing-the-21st-century-for-nato.
30. Atlantic Council, 19 mai 2010.
31. Ibid.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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