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États-Unis
Amis de la liberté d'information?
- Nestor Nuñez, Radio Havana Cuba,
le 3 juillet 2010 -
La chose peut paraître surprenante pour ceux qui
se laissent séduire par la propagande impérialiste sur la
liberté d'expression.
Il semble en effet que le gouvernement étasunien
veuille se donner le pouvoir d'interrompre les services Internet
chez-eux en invoquant des « menaces à la
sécurité nationale » ou des perturbations
indésirables sur le réseau.
La Maison blanche établira un bureau
spécial qui assumera du jour au lendemain les fonctions du grand
censeur national, celles dont se chargent à chaque jour, sur une
plus petite échelle, les équipes de rédaction des
stations de radio et de télévision qui
représentent les propriétaires des médias de masse
et qui agissent en leur nom.
Bref, la liberté d'information est la
revendication de l'heure.
Ce n'est pas que l'information ne puisse circuler de par
le monde, mais il ne faut pas être naïf ou manquer
d'objectivité à ce sujet.
Le secret bien mal gardé des représentants
étasuniens est qu'eux-seuls seraient en droit de censurer,
manipuler, altérer, taire ou amplifier comme ils le
désirent. Ils vont partout dans le monde proclamer la
liberté d'information alors qu'ils sont les premiers à ne
pas la respecter ou la permettre. En fait, selon le site ADSL Zone, la
« Protecting Cyberspace as a National Asset Act »
[loi des États-Unis sur la protection du cyberespace en tant
qu'avoir nationaln déposée au Sénat
étasunien le 10 juin – ndlr], justifie son existence par la
règle que « le pays ne peut attendre un attentat
cybernétique du type du 11 septembre avant de
réagir ».
Ce qui peut et ne peut pas être fait sur Internet
restera la prérogative du Cyber Security National Center,
lui-même subordonné au pouvoir exécutif qui serait
l'autorité suprême dans ces cas.
Évidemment, pour beaucoup d'analystes l'adoption
d'une telle loi serait la goutte qui a fait déborder le vase
pour ce qui est du contrôle du flux de l'information sur
Internet, qui est de fait un privilège qui appartient aux
puissants et dont la grande majorité du reste de
l'humanité est exclue.
La création d'Internet était justement
liée à des questions de
« sécurité nationale » : le
Pentagone cherchait le moyen de transmettre des ordres de façon
précise, d'obtenir des informations et de traiter l'information
militaire et de renseignement en quasi-temps réel.
Plus tard, avec l'évolution d'Internet dans la
vie civile, un monopole fut établi, principalement à
partir des États-Unis. En fait, la majorité des serveurs
de la planète sont basés aux États-Unis, tandis
que 75 % de l'accès à Internet est concentré
en Amérique du Nord et en Europe. Le reste du monde a à
peine plus de 20 %.
Quand on ajoute à cela le fait que 90 % de
l'information qui circule dans le monde provient de sources
contrôlées et établies aux États-Unis et
dans les pays alliés, la vérité est loin
d'être libre : nous sommes en présence d'une tyrannie
colossale du média impérialiste.
Parmi les cercles des plus puissants, on ne se satisfait
pas de ce scénario totalitaire. L'objectif visé avec les
nouvelles dispositions législatives semble être de rendre
ce despotisme absolu.
L'Afrique possède environ 1,5 % des
navigateurs Internet, l'Asie 15 %, les Caraïbes 0,6 %,
l'Amérique centrale 1 % ; l'Amérique du sud
3,5 % et l'Océanie 2,8 %.
C'est donc à une très curieuse
interprétation de la « liberté de
l'information » que nous avons affaire.

Commandement cybernétique américain: la
conduite de la guerre sur le cinquième champ de bataille
- Rick Rozoff, Stop NATO, le 26 mai 2010
-
Le 21 mai dernier, le secrétaire américain
à la Défense Robert Gates a annoncé la mise en
oeuvre du premier commandement cybernétique américain. Ce
faisant, il annonçait la première opération
militaire cybernétique globale de l'histoire, une
opération qui implique plusieurs services des forces
armées.
Le Commandement cybernétique américain
(CYBERCOM), qui a été approuvé initialement le 23
juin 2009, a maintenant atteint onze mois plus tard ce que le Pentagone
appelle le niveau de capacités opérationnelles initiales.
Il est supposé devenir totalement opérationnel plus tard
cette année.
Le CYBERCOM est basé à Fort Meade dans le
Maryland, où est aussi basée l'Agence de
sécurité nationale (NSA). Le chef de la NSA et du Service
central de sécurité qui lui est relié est Keith
Alexander, qui est passé du rang de
lieutenant-général de l'armée américaine le
matin du 21 mai, au rang de général quatre étoiles
peu avant le
lancement du Commandement cybernétique plus tard dans la
journée, ce qui lui a permis d'en prendre le commandement.
Le Sénat américain a confirmé
Alexander dans sa nouvelle position le 7 mai. Dans une
déclaration écrite présentée plus tôt
devant le Congrès, il a affirmé qu'en plus de la
défense des systèmes et réseaux d'ordinateurs,
« le commandement cybernétique doit aussi être
prêt à mener des opérations
offensives... »[1] Deux jours avant sa
nomination, l'Associated Press a rapporté qu'Alexander
« a dit que les États-Unis sont
déterminés à diriger l'effort international visant
à utiliser la technologie informatique pour dissuader ou vaincre
les ennemis ».[2] Il faut remplacer le
« ou » par « et ».
Le jour où Alexander a
entrepris ses nouvelles fonctions, l'assistant-secrétaire
à la Défense, William Lynn, « a dit que
l'établissement du Commandement cybernétique
américain à Fort Meade dans le Maryland est un jalon
historique dans l'effort des États-Unis pour mener des actions
dans un nouveau domaine dans toute la gamme des
opérations », et il a ajouté que
« le domaine cybernétique ... est tout aussi
important pour les forces armées américaines que les
opérations sur terre, sur mer, dans les airs et dans l'espace,
et
que la protection des réseaux militaires est cruciale pour
le succès du Département de la Défense sur le
champ
de bataille ».[3]
Le deuxième plus haut commandant du Pentagone
n'est pas le seul à considérer la guerre
cybernétique comme le cinquième champ de bataille dans le
monde après le sol, la mer, l'air et l'espace et à le
mettre en lien avec les quatre autres.
L'examen récent de la situation en matière
de défense que fait le département de la Défense,
tous les quatre ans, met l'accent sur « des
responsabilités militaires plus vastes qui comprennent l'espace
et l'espace cybernétique », et les opérations
dans l'espace du Pentagone sont maintenant combinées avec la
guerre cybernétique, du fait
que le Commandement cybernétique fait partie du Commandement
stratégique américain (USSTRATCOM), responsable de la
militarisation de l'espace et du projet d'interception des missiles, de
la guerre de l'information et d'autres questions connexes.
Dans ses propres mots, « le USSTRATCOM allie
la synergie du commandement et de la mission de contrôle
nucléaires traditionnels des États-Unis à la
responsabilité des opérations dans l'espace ;
à la capacité globale de frappe ; aux
opérations d'information du département de la
Défense ; à la défense anti-missile ; au
commandement général, au
contrôle, aux communications, aux ordinateurs, aux services de
renseignements, à la surveillance et à la reconnaissance
(C4ISR) et à la lutte contre les armes de destruction
massive ».[5]
« Le U.S. CYBERCOM est un niveau de
commandement unifié subalterne qui fait partie du Commandement
stratégique américain à la base Offutt de
l'Armée de l'air au Nebraska. Il opérera cependant
à partir de l'agence ultra-secrète de la
Sécurité nationale de Fort Meade au Maryland
chargée de rassembler les
communications. »[6]
Le commandant de
l'Armée de l'air américaine, le général
Norton Schwartz, a prononcé un discours il y a trois mois devant
l'Association de l'Armée de l'air dans lequel « il
n'a pas mentionné les avions de chasse, les opérations
spéciales ou la mobilité » mais a mis l'accent
sur l'espace et l'espace cybernétique. « Nous
avons grandement besoin de capacités solides d'opérations
dans l'espace et l'espace cybernétique », a-t-il dit.
Le Air Force Times offre des
références pour étayer les propos de Schwartz et
fait le lien entre l'espace et la guerre cybernétique :
« C'est l'an dernier que les missions dans l'espace et les
missions cybernétiques ont été regroupées,
quand le service a transféré plusieurs de ses missions de
communications et
cybernétiques au Commandement spatial et a créé la
vingt-quatrième vrmée de l'air au service du
"commandement cybernétique" du service. »
« La responsabilité des missiles
nucléaires du Commandement spatial a été
transférée en même temps au nouveau Commandement de
frappe globale. »[7]
La Vingt-quatrième Armée de l'air se
joindra au Commandement cybernétique des Forces armées,
à la Dixième Flotte et au Commandement
cybernétique de la Marine (soit les quatre branches principales
des forces armées américaines) pour fournir les 1000
premiers employés du nouveau Commandement cybernétique
regroupant plusieurs
services.
Le Pentagone a annoncé, le jour où le
CYBERCOM a été inauguré, que
« l'Armée américaine va mobiliser 21 000
soldats dans ses unités de guerre cybernétique sous un
commandement unifié avec à sa tête un
général trois étoiles ». Le
Commandement cybernétique de l'armée, l'ARFORCYBER,
« sera pleinement
opérationnel à partir d'octobre à Fort Belvois en
Virginie, une base en expansion au sud de Washington », et
il réalisera « l'unité sans
précédent des efforts et de la synchronisation des forces
armées qui opèrent dans le domaine
cybernétique ». Le major-général Steven
Smith qui commande les opérations cybernétiques de
l'armée, a dit que son service « est en train
d'essayer de comprendre ce qu'est un guerrier cybernétique et de
quelle formation il a besoin ».[8]
Quelques jours plus tôt, l'Armée de l'air a
révélé avoir transféré au moins 30
000 soldats assignés aux opérations de communications et
d'électronique vers les « premières lignes de
la guerre cybernétique ».[9]
Plus tôt le même mois, le
sous-secrétaire adjoint à la défense James Miller
était cité dans la presse : « Le
Pentagone envisagerait une riposte militaire à une attaque
cybernétique contre les États-Unis. » La
presse rapporte qu'il a proposé une riposte militaire directe
aux attaques informatiques et dit que « nous devons
réfléchir à l'éventail des ripostes qui
vont au-delà du domaine cybernétique ».[10]
Mettre sous commandement militaire la
sécurité informatique, y compris dans le secteur civil,
est un pas de plus dans la direction de la militarisation de la
réponse à des questions qui sont de nature criminelle ou
même commerciale ou relative à la propriété.
Il en va de même pour la préparation de ripostes qui ne
sont pas de nature
virtuelle.
Le Pentagone et l'Agence de sécurité
nationale ne seront pas laissés à eux-mêmes pour
établir et opérer le premier centre de commandement de
guerre cybernétique national au monde. Comme c'est le cas
habituellement, Washington recevra l'appui inconditionnel de l'OTAN, le
bloc militaire qu'il a fondé en 1949 et étendu à
toute l'Europe et
dont les opérations ont été étendues
à l'Asie, à l'Afrique et au Moyen-Orient ces onze
dernières années.
Non seulement l'OTAN garantit-il 27 voix et votes
additionnels aux États-Unis à l'ONU et autant de pays par
lesquels ils peuvent transiter et où ils peuvent maintenir des
troupes et de l'équipement militaire, mais il autorise, par le
biais de l'article 5 sur l'aide militaire mutuelle, les
déploiements militaires américains et crée un
prétexte pour la
confrontation armée au nom de la défense des autres
États membres. Les troupes des 28 pays membres de l'OTAN et de
plus de 20 États partenaires sont impliqués dans la
guerre en Afghanistan depuis maintenant près de neuf ans, depuis
que l'article 5 a été invoqué en septembre 2001.
L'article 5, qui dit que « les parties
conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs
d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera
considérée comme une attaque dirigée contre toutes
les parties », est en grande partie le fondement et le
moteur du Commandement cybernétique du Pentagone.
La clameur en faveur d'une force de guerre
cybernétique s'est élevée pour la première
fois au sein des dirigeants des États-Unis et de l'OTAN pendant
et tout de suite après les attaques contre les systèmes
informatiques en Estonie à la fin d'avril et au début de
mai 2007. Ce petit pays voisin de la Russie et incorporé
à l'OTAN trois ans plus tôt
avait accusé des pirates informatiques russes d'être les
auteurs des attaques contre les réseaux gouvernementaux et
privés, et l'Ouest avait fait écho à ces
accusations en y ajoutant que le gouvernement russe d'alors,
dirigé par le président Vladimir Poutine, était
derrière les attaques.
Trois ans plus tard, ces
accusations n'ont toujours pas été prouvées mais
elle ont néanmoins atteint leur but : l'OTAN a
envoyé des experts en guerre cybernétique en Estonie
suite aux événements de 2007 et, le 14 mai 2008, le bloc
militaire a mis sur pied ce qu'il a appelé le Centre
d'excellence pour la défense cybernétique (CCDCOE)
dans la capitale Tallinn.
L'article 5 du bloc militaire a été
invoqué de façon répétée et
ostentatoire en référence aux crimes et aux attaques
cybernétiques alléguées, et on a dépeint
l'Estonie à la fois comme la victime parfaite de tels assauts et
le point de ralliement pour une riposte de guerre cybernétique
globale.
Les efforts des États-Unis et de l'OTAN pour
mettre sur pied des opérations de guerre cybernétique ont
depuis le tout début visé ouvertement ou de façon
voilée la Russie.
Dans une rubrique d'août 2008 du très
influent Wall Street Journal intitulée
« L'agression russe menace l'ordre mondial »,
Joseph Lieberman et Lindsey Graham, deux sénateurs
américains très en vue, ont appelé « au
renforcement de l'OTAN en tant qu'alliance militaire et non uniquement
politique. Il faut
donner un second souffle aux plans de défense des
États-membres en cas d'attaques conventionnelles et non
conventionnelles, ce qui comprend la guerre cybernétique. Il
faut rehausser la crédibilité de l'article 5 de la Charte
de l'OTAN selon laquelle une attaque contre un État membre est
une attaque contre tous les membres et doit être traitée
comme telle. »[11] En janvier de cette année, la
société Google, qui est basée aux
États-Unis, a accusé des pirates chinois d'être les
auteurs « d'attaques cybernétiques »
sophistiquées et depuis ce temps, Pékin a rejoint Moscou
comme l'ennemi le plus probable des scénarios d'avenir de
conflits cybernétiques, lesquels sont
intimement liés à des disputes similaires dans l'espace
au sujet des satellites militaires et civils.
La Chambre des lords de Grande-Bretagne a rendu public
un rapport qui affirme explicitement que « la
Grande-Bretagne doit travailler plus étroitement avec l'OTAN
pour prévenir les "attaques cybernétiques" contre des
infrastructures nationales névralgiques de la part d'anciens
ennemis de la guerre froide, comme la Russie et la
Chine », et qui « attire l'attention sur les
dangers d'attaques sur Internet, sur les réseaux bancaires et
téléphoniques, par les Russes en Estonie il y a trois
ans. »[12]
Quelques jours auparavant, le secrétaire
général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, occupé
à faire la promotion du nouveau concept stratégique du
bloc militaire en Finlande, pays officiellement non aligné, a
réitéré que bien que la défense militaire
des territoire des 28 pays membres de l'Alliance demeure la mission
principale de l'OTAN en
vertu de l'Article 5, il n'est pas suffisant « de masser des
soldats, des chars et des équipements militaires le long des
frontières », puisque le bloc doit
« s'attaquer à ce qui menace sa base, et cela
pourrait être dans le cyberespace ».
« L'ennemi peut apparaître n'importe où dans le
cyberespace », a-t-il
ajouté.[13]
L'année précédente, le
prédécesseur de Rasmussen à la tête de
l'alliance militaire occidentale, le néerlandais Jaap de Hoop
Scheffer, avait présenté une esquisse du concept
stratégique de l'OTAN pour le XXIe siècle, annoncé
par l'ancienne secrétaire d'État américaine
Madeleine Albright et son groupe d'experts autoproclamé, aux
quartiers
généraux de l'alliance le 17 mai, lorsqu'il a dit :
« Nous devons nous donner approche élargie et prendre
en considération la notion de la sécurité
collective plutôt que la défense
collective. »[14]
Pour élargir les missions de l'alliance
nord-atlantique internationalement, il faut effacer la distinction
entre les menaces militaires et une multitude de préoccupations
de sécurité nationale définies par leurs tenants.
La panoplie de
prétextes non militaires pour l'intervention de l'OTAN dans le
monde comprend des facteurs souvent intangibles, non vérifiables
et très subjectifs, comme la menace perçue d'attaques par
missile, le changement climatique, le virage démographique et
les dislocations, et les « tempêtes et
inondations » dans le contexte
d'une « myriade de menaces mortelles et
décisives », pour citer lord Peter Levene,
président de la société Lloyd à Londres,
qui parlait des défis actuels de l'OTAN à une
conférence tenue conjointement par sa société et
le bloc militaire le 1er octobre.[15]
Les menaces à la sécurité
cybernétique sont sans doute, de par leur nature, les plus
informes, nébuleuses et éthérées qu'on
puisse imaginer et à ce titre elles se caractérisent par
une applicabilité quasi-universelle et sont pratiquement
impossibles à réfuter. Bref, une flèche
indispensable dans le carquois collectif du Pentagone et de l'OTAN.
Dans le discours précité, l'ancien chef de
l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a abordé le problème de la
sécurité cybernétique. Il a dit que l'OTAN
« doit songer à puiser dans les capacités
uniques actuelles de nos armées qui existent déjà
et envisager de les mettre en valeur. Nous pourrions, par exemple,
créer un service de réaction rapide
pour soutenir les alliés et peut-être même des
partenaires en cas d'attaque. Et à la lumière de
l'importance vitale de l'espace et des satellites pour nos
cyberréseaux aujourd'hui, ne devrions-nous pas également
suivre de plus près l'activité dans l'espace et songer
aux conséquences pour notre
sécurité ? »[16]
En juin de l'année dernière, l'ambassadeur
des États-Unis à l'OTAN Ivo Daalder, ancien membre du
personnel du Conseil de sécurité nationale et
présentement à l'emploi de la Brookings Institution, a
lui aussi voulu tester l'applicabilité de l'article 5 de
l'Alliance, cette fois-ci en réponse à « un
étranglement énergétique » ou à
« une attaque biologique ou cyperspatiale d'origine
inconnue ».[17]
L'« étranglement
énergétique » (l'accusation de rupture des
approvisionnements énergétiques de l'Europe) s'accompagne
inévitablement d'accusations d'attaques cyberspatiales en Europe
et dans les deux cas en référence exclusive à la
Russie. Par exemple, il a ajouté ce qui suit à la
recommandation de Scheffer l'année dernière sur
l'application de l'Article 5 en cas d'attaque spatiale ou
cyberspatiale :
« L'interruption des approvisionnements en
énergie peut détruire le tissu économique et
social d'un pays de la même façon qu'une guerre, mais sans
qu'un coup de feu ne soit tiré. Il est donc impératif que
l'OTAN définisse quelle valeur ajoutée elle peut
apporter, par exemple en ce qui concerne la protection des
infrastructures critiques
ou des jonctions névralgiques des lignes
d'approvisionnement. »[18]
Dans son discours au Conseil de l'Atlantique Nord de
l'OTAN, le 17 mai, sur le nouveau concept stratégique de
l'alliance, Madeleine Albright a déclaré que
« l'OTAN doit maintenir une combinaison flexible de
capacités militaires, comprenant la défense
conventionnelle, nucléaire et anti-missile », et a
mis l'accent sur « la
primauté de l'Article 5 », qui stipule que
« l'Alliance doit continuer de considérer la
défense collective comme étant sa mission
essentielle ».
Parmi les menaces justifiant l'invocation de l'Article 5
se trouvent « les attaques cyberspatiales et les attaques
contre les infrastructures énergétiques et les lignes
d'approvisionnement ».[19] Son groupe d'experts propose dans
son rapport que l'OTAN « accélère les efforts
pour répondre au danger de cyberattaques en
protégeant ses systèmes de communications et de
commandement, en aidant les alliés à améliorer
leur capacité de prévoir et de se remettre d'attaques, et
en développant une gamme de capacités de
cyberdéfense pour établir une détection et une
dissuasion effectives ».[20]
Devançant de deux mois William Lynn du Pentagone,
le directeur de planification politique de l'OTAN, Jamie Shea, a dit
que
« 120 pays possèdent présentement, ou sont en
voie d'acquérir, des capacités d'attaque cyberspatiales,
qui sont aujourd'hui vues comme la cinquième dimension de la
guerre, après l'espace, la mer, le sol et les
airs... »
Le 22 mars, « Shea a dit que certaines
personnes dans la communauté stratégique croient que les
cyberattaques joueront maintenant le même rôle dans
l'initiation d'hostilités que les campagnes aériennes au
XXe siècle ».[21]
Quelque temps après les élections
présidentielles cette année, l'Ukraine est devenue le
premier pays non membre de l'OTAN à être recruté
pour la coopération en cyberdéfense avec le bloc
militaire atlantique. « Les 11 et 12 février 2010,
des experts en matière de cyberdéfense de l'Ukraine, de
l'OTAN et des pays alliés ont participé aux
premiers pourparlers d'experts en cyberdéfense entre l'OTAN et
l'Ukraine à Kiev. »[22]
Le projet pilote de l'OTAN dans ce domaine demeure
cependant son centre de cyberguerre en Estonie. Les experts du projet
« envisagent des adversaires potentiels en scrutant ce
qu'ils appellent le "cinquième champs de bataille", après
le sol, la mer, l'espace et l'air ».
Le colonel Ilmar Tamm, le plus haut gradé de
l'armée estonienne sur le site, a dit le mois dernier :
« Dans une perspective cyberspatiale, je crois que nous
sommes définitivement allés plus loin que nous l'avions
imaginé en science fiction. »[23]
Le ministre de la Défense de l'Estonie Jaak
Aaviksoo, parlant des événements qui se sont produits de
2007 à aujourd'hui, a dit à l'Agence France-Presse :
« C'était à l'évidence le début
d'une nouvelle ère. [Ces attaques] présentaient toutes
les caractéristiques d'un crime informatique qui a fini par
menacer la sécurité nationale.
C'était un changement qualitatif qui a provoqué un
déclic dans beaucoup d'esprit. La cybersécurité,
la cyberdéfense et la cyberoffensive existent, c'est un
fait. »[24]
Le 23 avril, le deuxième jour d'une rencontre des
ministres des Affaires étrangères de l'OTAN dans la
capitale de l'Estonie, un protocole d'entente a été
signé qui « établit un cadre légal pour
la coopération en cyberdéfense entre l'OTAN et l'Estonie.
Il facilitera l'échange d'information et établira les
moyens de créer un mécanisme
d'assistance en cas de cyberattaques.
« Pour le compte de l'OTAN, l'accord a
été signé par l'ambassadeur Claudio Bisogniero,
secrétaire-général adjoint... »[25]
L'individu qui personnifie la liaison organique et
inextricable entre le Pentagone et l'OTAN est celui qui dirige
simultanément le Commandement européen des
États-Unis et le commandement allié suprême de
l'OTAN en Europe, du général Dwight Eisenhower en 1951
à l'amiral James Stavridis aujourd'hui.
Le 2 février dernier, Stavridis a dit qu'en
raison des « attaques contre les réseaux
informatiques en Estonie, en Géorgie, en Lettonie et en Lituanie
au cours des dernières années, il faut élargir la
définition des protections des pays membres de
l'OTAN », sans toutefois préciser ou étayer
son affirmation.
Les quatre pays identifiés ici comme victimes ne
laissent aucun doute sur qui Stavridis voit comme l'auteur des attaques.
Prenant la parole à une conférence de la
Armed Forces Communications and Electronics Association, parlant de
l'Article 5 de l'OTAN, il a dit que « la probabilité
que le prochain conflit débute avec une cyberattaque
plutôt qu'avec une attaque physique fait ressortir l'importance
de changer les définitions du traité ».[26]
Reprenant un raisonnement qu'il a déjà
énoncé à plusieurs reprises, il a dit :
« À l'OTAN, nous devons parler de ce qui
définit une attaque. Dans un pays comme l'Estonie, la Lettonie,
la Lituanie, tous membres de l'OTAN, comment se définit une
attaque ? Je crois qu'il est plus probable que l'attaque se fasse
non par le
lancement d'une bombe par un avion, mais par des électrons se
déplaçant sur un câble à fibre optique. La
cyberguerre est donc un défi très réel et
connexe. » Les propos du plus haut gradé de l'OTAN
ont été paraphrasés comme suit :
« L'OTAN a fait le premier pas pour faire de la cyberguerre
un effort international avec le
Centre d'excellence de cyberdéfense coopérative en
Estonie en 2008, mais pour affronter les cybermenaces il faudra une
coopération entre les agences du gouvernement américain
et entre les gouvernements et l'industrie. »[27]
Au début de mai, Stavridis a prononcé un
discours à Paris dans lequel il a encore une fois parlé
des « nouvelles menaces provenant du
cyberespace » en rapport avec « le rôle de
l'OTAN dans la lutte conter ces menaces, en particulier les
opérations de l'Article 5 et la défense
collective ».[28]
Le 19 mai, il était l'invité d'honneur
à un événement spécial au Conseil
atlantique[29] à Washington. Il a été
présenté par Madeleine Albright deux jours après
la présentation du rapport de son groupe d'experts sur le
concept stratégique global de l'OTAN pour le XXIe siècle
à Bruxelles.
Stavridis a dit que les pays de l'OTAN ont un produit
intérieur total de 31 billions $, plus de deux millions
d'hommes et femmes armés et « 130 000 soldats et
marins, aviateurs et marines dans des missions sur trois
continents ». Tout cela en dépit du fait
« qu'aucun pays n'a jamais attaqué un pays de
l'OTAN ».[30]
Sa présentation était accompagnée
de diapositives et de ce commentaire : « Je crois que
le rapport de la secrétaire Albright arrive à point
nommé. Nous devons, en tant qu'alliance, commencer à
songer collectivement au cyberespace. Nous avons ici le drapeau de
quatre États qui ont été la cible d'intrusions
cyberspatiales. [Il
s'agirait des quatre anciens États soviétiques
identifiés en février.] Je crois qu'il est important
qu'en tant qu'alliance nous commencions à comprendre ce qu'est
une cyberattaque.
« Nous avons besoin de centres qui se
penchent là-dessus, nous avons besoin de procédures nous
munir de moyens de défense dans ce cybermonde. »[31]
La cyberdéfense et son corrélat, la
cyberguerre, sont des éléments de la doctrine de guerre
du Pentagone et de l'OTAN, incorporés comme tels dans la
nouvelle revue de défense quadriennale et dans le dernier
concept stratégique de l'OTAN, qui sera officiellement
adopté lors du sommet de l'alliance à Lisbonne, Portugal,
en novembre.
La cyberguerre est un élément des
opérations militaires dans les quatre autres
sphères : sol, air, mer et espace, surtout dans cette
dernière, et est une sphère en elle-même. Avec les
réseaux informatiques les plus avancés du monde et un
corps de cyberspécialistes parmi les plus capables, la
superpuissance militaire mondiale vient d'établir
le premier cybercommandement militaire.
Notes
1. Agence France-Presse, 12 mai 2010.
2. Associated Press, 5 mai 2009.
3. U.S. Department of Defense, 21 mai 2010.
4. Financial Times, 31 janvier 2010.
5. U.S. Strategic Command, http ://www.stratcom.mil/about.
6. Stars and Stripes, 22 mai 2010.
7. Air Force Times, 19 février 2010.
8. Stars and Stripes, 22 mai 2010.
9. Air Force Times, 19 mai 2010.
10. Agence France-Presse, 12 mai 2010.
11. Wall Street Journal, August 26, 2008.
12. The Telegraph, 18 mars 2010.
13. Agence France-Presse, 4 mars 2010.
14. North Atlantic Treaty Organization, 11 mars 2009.
15. "Thousand Deadly Threats : Third Millennium NATO, Western
Businesses Collude on New Global Doctrine," Stop NATO, 2 octobre 2009,
http ://rickrozoff.wordpress.com/2009/10/02/thousand-deadly-threats-third-millennium-nato-western-businesses-collude-on-new-global-doctrine.
16. North Atlantic Treaty Organization, 11 mars 2009.
17. Defense News, 8 juin 2009.
18. North Atlantic Treaty Organization, 11 mars 2009.
19. North Atlantic Treaty Organization, 17 mai 2010.
20. Aviation Week, 18 mai 2010.
21. Defense News, 23 mars 2010.
22. North Atlantic Treaty Organization, 22 février 2010.
23. Agence France-Presse, 24 avril 2010.
24. Ibid.
25. North Atlantic Treaty Organization, 23 avril 2010.
26. Defense News, 2 février 2010.
27. Ibid.
28. North Atlantic Treaty Organization, Supreme Headquarters Allied
Powers Europe, 7 mai 2010.
29. "Atlantic Council : Securing The 21st Century For NATO", Stop
NATO, April 30, 2010,
http ://rickrozoff.wordpress.com/2010/05/01/atlantic-council-securing-the-21st-century-for-nato.
30. Atlantic Council, 19 mai 2010.
31. Ibid.

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