Le Marxiste-Léniniste

Numéro 119 - 7 juillet 2010

Honduras: Premier anniversaire du putsch

Vive la résistance populaire !
Appuyons la lutte du peuple hondurien
pour la justice et l'émancipation !


Tegucigalpa, Honduras, le 28 juin 2010: Des milliers de personnes marchent dans la capitale suite à la décision du Front national de la Résistance populaire de commémorer le premier anniversaire du coup d'État avec une grève à l'échelle nationale. (Honduras Indymedia, FNRP)

Vive la résistance populaire ! Appuyons la lutte du peuple hondurien pour la justice et l'émancipation !
Manifeste politique du Front national de résistance populaire (FNRP)
Le Honduras avant le coup - Le Front national de résistance populaire
Coup d'État militaire au Honduras dirigé par des diplômés de l'École des Amériques - School of the Americas Watch

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Honduras: Premier anniversaire du putsch

Vive la résistance populaire !
Appuyons la lutte du peuple hondurien
pour la justice et l'émancipation !

Le 28 juin 2010 est le premier anniversaire du coup d'État contre le gouvernement démocratiquement élu de Manuel Zelaya. À cette occasion, Le Marxiste-Léniniste réitère son soutien au peuple hondurien et au Front national de résistance populaire, créé il y a un an pour défendre les intérêts du peuple contre la réaction et développer les forces populaires pour faire avancer les grandes revendications du peuple hondurien.

Le Marxiste-Léniniste dénonce les oligarques qui continuent à utiliser la répression violente et les représailles contre la résistance populaire pour maintenir leur pouvoir illégitime. Nous dénonçons également les États-Unis qui ont instigué le coup d'État à partir de leur base aérienne à Palmerola et qui font tout en leur pouvoir pour donner de la légitimité aux putschistes. Nous condamnons en particulier le gouvernement Harper au Canada et son ministre d'État pour les Amériques, Peter Kent, qui ont même surpassé l'ignominie des États-Unis avec leurs déclarations répétées en appui aux justifications des putschistes. Il y a eu des manifestations partout au Canada pour dénoncer le putsch et la complicité du gouvernement canadien.

Malgré le coup d'État, les élections présidentielles illégitimes du 29 novembre et la répression politique qui se poursuit, la résistance du peuple hondurien est devenue plus organisée, elle se consolide et prend de l'ampleur. Elle continue de progresser vers la convocation d'une assemblée nationale constituante, pour réformer la Constitution et codifier la souveraineté politique du peuple.

Le 1er juillet, Zelaya, qui est actuellement en exil en République dominicaine, a accusé le gouvernement des États-Unis d'avoir orchestré le coup. « Aujourd'hui, nous savons que ce que nous soupçonnions à l'époque a été confirmé. Les États-Unis étaient derrière le coup d 'État. » Il a ajouté que « tout indique que le coup a été planifié à partir de la base militaire de Palmerola ». Cette base qui se trouve à 80 km au nord de la capitale, Tegucigalpa, a été créée en 1984. Zelaya a également cité les changements progressifs qu'il avait entamés en arrivant au pouvoir au début de 2006, notamment les mesures pour « récupérer la base militaire de Palmerola et la convertir en un aéroport civil-militaire », l'adhésion du Honduras à l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et le fait que « dans l'Organisation pour l'Assemblée des États américains à San Pedro Sula, au Honduras, nous avons réussi à renverser l'expulsion de Cuba [de l'OÉA], qui a eu lieu en 1962 », autant de raisons qui ont motivé les putschistes et leurs maîtres étasuniens.

Le chef putschiste Roberto Micheletti continue à propager la désinformation au sujet du coup d'État fasciste et a récemment menacé que « si Zelaya revient, les tribunaux l'attendront pour les crimes qu'il a commis quand il était au gouvernement ».

Pendant ce temps, le régime actuel de Porfirio Lobo a refusé de reconnaître l'adhésion du Honduras à l'ALBA, ce qui signifie que les Honduriens ne peuvent pas profiter des programmes de pétrole à bon marché, des crédits à faible intérêt, des opérations chirurgicales aux yeux par la mission cubaine Milagro, de la campagne nationale d'alphabétisation et de nombreux programmes de développement social et économique.

Le Marxiste-Léniniste lance l'appel à tous à résolument soutenir le peuple hondurien, sa résistance et ses efforts pour se bâtir un brillant avenir.

Vive la résistance populaire !
Tous en appui à la lutte du peuple hondurien pour la justice et l'émancipation !




Tegucigalpa, Honduras, le 28 juin 2010: Sur l'affiche: « Il ne peut y avoir ni paix ni réconciliation lorsque ceux qui ont violé la démocratie sont en liberté.» Outre l'action de masse, il y avait un concert intitulé «Junio Rojo » (juin rouge), pour marquer l'occasion. (Honduras Indymedia)


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Manifeste politique du Front national de résistance populaire (FNRP)
- Le 28 juin 2010 -

Camarades.

Lorsque l'oligarchie hondurienne a entrepris d'exécuter le coup d'État militaire le 28 juin de l'an dernier, elle n'avait jamais imaginé qu'elle serait confrontée à l'une des plus extraordinaires expressions des valeurs et de la dignité de toute l'histoire de notre grande Amérique latine. Le peuple hondurien s'est mis en action dès qu'il a appris l'acte perfide, planifié et exécuté par l'impérialisme et l'oligarchie hondurienne, et n'a pas cessé un instant depuis de s'organiser et de se mobiliser pour son droit de transformer son présent et devenir maître de son avenir.

Aujourd'hui, le Honduras est le théâtre d'une bataille entre l'ancien et le nouveau, entre la domination et la liberté. D'un côté, les hordes criminelles du fascisme international, des partis de droite, des églises au service de l'oligarchie et des gouvernements à genoux devant le règne de l'impérialisme, et de l'autre les organisations populaires, les forces politiques progressistes et démocratiques, les secteurs sociaux historiquement opprimés et la solidarité sans équivoque des pays frères.



Le 26 juin 2010: Des membres du FNRP recueillent des signatures dans la municipalité de La Esperanza, département d'Intibuca, pour convoquer l'Assemblée nationale constituante et en appui au retour au Honduras des exilés politiques. (Honduras Indymedia)

La résistance est l'expression authentique de la combinaison des forces révolutionnaires qui a mené à l'échec des plans de l'empire nord-américain, de la droite internationale et de l'oligarchie locale et qui est devenue une entité sociale et politique, qui confond les services de renseignement et devient inintelligible pour une oligarchie qui n'est pas en mesure de comprendre dans sa logique morale néolibérale la combinaison de sacrifices et d'espoirs du peuple qui affronte la répression, le totalitarisme et la duperie, avec une vision d'un avenir de progrès et de bien-être pour tous.

Le coup d'État militaire a été un acte de désespoir de l'oligarchie contre le début d'un processus de transformation qui a été interprété et canalisé par le gouvernement du président Manuel Zelaya Rosales. Arrivé au pouvoir dans le cadre des arrangements établis pour préserver les intérêts économiques des riches, Manuel Zelaya a été en mesure de prendre un virage dans les politiques économiques et sociales et de faire l'exercice légitime de la souveraineté nationale et internationale en plaçant l'État du côté des pauvres et des transformations.

Mel Zelaya a assumé la direction d'un gouvernement au milieu d'une grave crise sociale, un bipartisme presque défunt, un mouvement populaire en ascension et un nouveau scénario international marqué par des processus profonds de changements économiques, sociaux et politiques en Amérique latine. Même dans ce contexte, le président Zelaya a pris un engagement social, il a démontré beaucoup de courage et d'audace pour affronter l'oligarchie parasitaire, corrompue et criminelle qui, depuis Francisco Morazán, n'avait pas vu son système de privilèges remis en question. Ce qui a commencé comme une tentative de petites réformes pour renforcer la production nationale et lutter contre la privatisation des autres services publics et des ressources que l'État possédait encore, est devenu un engagement à transformer structurellement l'État et la société, grâce à la mise sur pied de l'Assemblée nationale constituante.



Tegucigalpa, Honduras, le 27 juin 2010: Marche et vigile à la mémoire des plus de 50 personnes tuées depuis un an de résistance au coup d'État. (Honduras Indymedia)

La situation de l'oligarchie est désespérée, les pouvoirs d'État sont sur le point de s'effondrer sous le poids d'une grave crise fiscale et financière qui pourrait elle-même masquer une faillite totale. Elle ne parvient pas à obtenir la reconnaissance internationale qu'il lui faut pour obtenir des crédits pour oxygéner la crise économique provoquée par le coup d'État militaire et le pillage massif des fonctionnaires qui ont pris en charge le régime de facto ; le monde les reconnaît comme des violeurs des droits humains dénoncés par la Cour pénale internationale. Bref, elle est assurée d'un échec.

La résistance s'est renforcée, elle a accru ses capacités de coordination et d'organisation au niveau national, elle se préoccupe d'assurer des mécanismes de démocratie interne pour maintenir l'unité dans la diversité idéologique et ose rêver d'une nouvelle société : juste, équitable et inclusive. Pour parvenir à cette fin, la stratégie du FNRP est clairement définie, les Honduriens convoqueront une Assemblée nationale constituante, démocratique et populaire, avec laquelle nous refondrons l'État et la société.

D'une importance toute particulière est le besoin de se souvenir et d'honorer la mémoire de nos frères et soeurs tués et torturés par les forces de la terreur, l'appareil répressif de l'État au service de l'oligarchie et du Pentagone. Pour ces hommes et ces femmes qui ont donné leur vie pour construire une société juste et équitable, nous réaffirmons qu'ici personne ne se rend jusqu'à ce que les aspirations du peuple du Honduras (nation) soient réalisées ; pour eux, nous exprimons notre plein soutien à la Commission de la vérité mise sur pied à la demande de la Plate-forme des droits humains. Nous sommes convaincus que grâce à son travail, nous connaîtrons les actes et poursuivrons les auteurs intellectuels des tortures, assassinats, violations multiples, répression et autres humiliations auxquelles ces hommes et femmes ont été soumis.


Commission de la vérité en cours à Tegucigalpa, au Honduras, le 28 juin 2010. (Honduras Indymedia)

Nous exigeons le retour de nos frères et soeurs qui sont forcés à l'exil à cause de la persécution politique de l'oligarchie putschiste.

En ce qui concerne cette crise politique, économique et sociale provoquée par l'oligarchie, conséquence des efforts pour maintenir ce système injuste et inéquitable, nous nous sommes donnés comme objectif de réaliser la transformation sociale qui suit :

1. Nous devons intensifier le processus menant à l'Assemblée nationale constituante, composée de membres du congrès constitutif qui proviennent des secteurs sociaux, des travailleurs, des groupes ethniques, des descendants d'Africains, des citoyens, des femmes, des paysans (travailleurs de la terre), des professionnels et des jeunes, formant une représentation authentique du peuple du Honduras pour lequel nous devons continuer à renforcer les aspects organisationnels de la base jusqu'à la structure nationale, nous éduquant dans des assemblées ouvertes pour promouvoir la discussion participative et décider du contenu du nouveau pacte social dans le cadre de la refondation d'un État souverain-social-laïque-démocrate et dévoué au progrès et au bien-être du peuple hondurien, ce qui passe inévitablement par le démantèlement de la structure oligarchique putschiste et son appareil répressif et criminel.

2. Sauver les ressources naturelles, annuler les concessions illégales accordées dans le cadre du modèle néolibéral et dans des secteurs stratégiques au sein de la vie économique du pays, tels que les télécommunications, l'énergie, l'eau, les forêts, les ports, les mines et les hydrocarbures et les aéroports, avec la mise en oeuvre d'une économie mixte qui permet la participation du peuple, avec une répartition équitable des richesses pour répondre aux aspirations légitimes du peuple qui aspire à des conditions de vie de dignité ; pour réaliser le progrès et le bien-être du peuple hondurien il faut que les ressources nationales soient utilisées à des fins domestiques et, dans cet ordre d'idées, nous rejetons les mesures néolibérales adoptées par le régime putschiste oligarchique de Porfirio Lobo Sosa qui attaque le peuple hondurien avec des hausses massives d'impôts, des privatisations, l'imposition de charges fiscales, l'augmentation du coût des services publics, qui rejette le coût du pillage et de la corruption par le coup d'État militaire essentiellement sur la classe moyenne et les secteurs populaires. Nous en demandons à ces personnes de continuer avec un plus grand niveau d'engagement dans la lutte patriotique, pacifique et démocratique, qui est la raison d'être du FNRP.

3. Nous encourageons le peuple à s'organiser dans les hameaux, villages, districts, quartiers, municipalités et départements en fronts de la résistance et dans les organisations sociales, les syndicats, les fédérations, les entreprises paysannes, les associations professionnelles, pour intensifier le travail d'organisation. À la suite de l'échec des mesures prises par l'oligarchie pour arrêter le processus de transformation sociale par le coup d'État militaire du 28 juin 2009 et les élections illégitimes, violentes et militarisées du 29 novembre dernier, le régime putschiste oligarchique de M. Porfirio Lobo Sosa n'a pas été en mesure de résoudre la crise économique, politique et sociale ; bien au contraire, celle-ci a empiré. En désespoir de cause, voulant à tout prix maintenir ses privilèges, l'oligarchie putschiste a préparé une offensive violente et criminelle, soutenue par l'aile nord-américaine et latino-américaine d'extrême droite pour à nouveau arrêter le processus de transformation sociale par le peuple hondurien, avec son développement organisationnel, avec la clarté et la force de sa ligne politique, avec la direction de José Manuel Zelaya Rosales dont nous exigeons le retour inconditionnel et avec les hommes et femmes dignes de Morazán qui continuent d'avancer en s'intégrant au FNRP jusqu'à la victoire finale.

Honduras, Amérique centrale, le 28 juin 2010

À la mémoire de nos martyrs tombés au combat !
Pour une société juste et la refondation de l'État du Honduras!
Pour l'Assemblée nationale constituante!
Résister et vaincre ! Vive le FNRP !

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Le Honduras avant le coup

Le Honduras d'avant le 28 juin 2009 était déjà un pays en détresse déchiré par de puissants affrontements entre la classe d'affaires et la classe ouvrière, qui forme la majorité de la population. Dans les comptes rendus des médias et des milieux populaires sur le coup, on a porté très peu d'attention à cette situation.

La période de conflits qui a précédé le coup militaire était le résultat des actions unifiées de la lutte du mouvement social contre le modèle néolibéral et pour des transformations structurelles et sociales d'une part et les actions de Manuel Zelaya, d'autre part, qui s'est placé, en tant que président de la République, en opposition à l'oligarchie hondurienne et à l'intervention impérialiste des États-Unis d'Amérique.

Le mouvement populaire

Au début des années 1990, suite à l'imposition du modèle néolibéral, les forces du mouvement social ont été disloquées, ce qui a affaibli le mouvement. Le tournant du siècle a vu la formation du Bloc populaire (créé le 21 mai 2000) en tant qu'espace rassembleur des différents secteurs sociaux et dont la base est formée par les syndicats les plus combatifs de la Fédération unitaire des travailleurs du Honduras (FUTH). C'est au Bloc qu'est revenue la tâche de combattre le néolibéralisme et la privatisation.

En 2003, presque toutes les régions du pays possédaient une fédération d'organisations actives à la base dont le style était similaire à celui du Bloc. Le 26 août 2003, la Marche pour la dignité nationale a mené à la formation de la Coordination nationale de la résistance populaire, laquelle est devenue la plus vaste organisation regroupant les mouvements communautaires du pays qui tenait une réunion chaque mois avec tous ses affiliés régionaux et était porteuse d'un ordre du jour remarquablement unifié.

Le Comité de coordination a rassemblé les revendications les plus importantes du peuple. Les mobilisations nationales n'ont cessé de croître à partir de 2003 et elles ont contesté et affaibli les politiques du gouvernement de Ricardo Maduro (2002-2006), ce qui a créé une situation difficile pour les élites dirigeantes. À travers tout ce processus, et à mesure que le mouvement social grandissait, l'oligarchie du Honduras a de plus en plus eu recours à la répression ; le résultat en a été qu'en quelques années le mouvement a mis l'accent sur les demandes politiques.

Mel et le début d'une voie nouvelle

Pendant la période d'intronisation présidentielle, Manuel Zelaya, communément appelé « Mel », a fait passer la Loi sur la participation citoyenne qu'il allait utiliser trois ans plus tard pour promouvoir la Quatrième Urne, un référendum non décisionnel pour convoquer une Assemblée nationale constituante pour les élections de novembre 2009. Le coup s'est produit le jour même du référendum. Pendant les premiers mois de sa présidence, Zelaya n'a pas pris de distance face au plan stratégique de la classe dominante et des compagnies transnationales. Mais il s'est rapidement placé en contradiction avec elles à cause de leur refus de permettre même des changements minimes pour renforcer l'infrastructure de production de la nation ou permettre de ralentir la privatisation des dernières ressources toujours dans les mains de l'État.

Face à l'intransigeance des élites, Zelaya a commencé à radicaliser les politiques gouvernementales. Le président, guidé par sa sensibilité humaine, s'est rangé aux côtés du peuple. Des mesures plus progressives ont été adoptées, comme l'augmentation substantielle (40 %) du salaire minimum, les incitatifs à la production agricole, le renforcement des entreprises d'État et une politique étrangère indépendante.

À mesure qu'il se rapprochait du peuple, Zelaya se distançait de l'oligarchie financière. Il l'a fait par des actions comme la signature des contrats d'importation de pétrole avec Petrocaribe, l'incorporation du Honduras dans l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), par son plan de convertir la base militaire américaine de Soto Cano en un aéroport, par le délai qu'il a mis à accepter les lettres de créance de l'ambassadeur des États-Unis Hugo Llorens pour protester contre le boycott par les États-Unis du gouvernement d'Evo Morales. Le refus de Morales de signer une entente avec le FMI a nui aux intérêts de l'impérialisme américain et contrecarré son contrôle total sur le Honduras. qui est un pays important de la région du point de vue géopolitique.

Le mouvement populaire, qui au début s'était opposé aux politiques néolibérales suivies par Zelaya en début de mandat, a vu certaines de ses revendications adoptées par l'administration Zelaya pendant la deuxième année de son mandat, au point où ils ont travaillé ensemble pour élaborer ce projet de très grande importance qu'est la convocation d'une Assemblée constituante pour ré-écrire la Constitution.



Le 28 juin 2010: L'action de COPINH (Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras) pour marquer le premier anniversaire du coup d'État au Honduras, sur la route entre Otoro et La Esperanza, dans le département de l'Intibuca. Sur la photo ci-dessous on voit des gens qui votent symboliquement pour le Cuarta Urna, ou quatrième tour de scrutin, qui devait être ajouté à l'élection présidentielle de l'an dernier avant d'être annulé par le coup. Sur une affiche on peut lire: «L'Assemblée constituante s'en vient et rien ne l'arrêtera.» (Honduras Indymedia)

La classe d'affaires du Honduras

Le Honduras souffre de dépendance économique face aux États-Unis : 70,6 % de ses exportations vont vers les États-Unis, 53 % de ses importations proviennent des États-Unis et les envois de fonds d'Honduriens vivant aux États-Unis comptent pour 21,2 % du Produit national brut (PNB).

Sous l'administration Zelaya, le pays a connu une croissance économique d'environ 5 % de son PIB ; le taux de pauvreté cependant n'a diminué que de très peu à cause de l'augmentation des inégalités et de la concentration de la richesse. Le système néolibéral en vigueur au Honduras n'a pas servi la majorité, soit les 75 % de la population qui vivent dans la pauvreté, et il a aggravé les conditions de travail des Honduriens, provoqué la destruction de l'environnement et conduit à la vente des secteurs productifs sous propriété de l'État. L'oligarchie, qui contrôle les moyens de production et partage le pouvoir économique, politique et médiatique entre 10 familles, est un facteur important du développement du conflit au Honduras. Il est important de noter qu'à la différence des autres pays d'Amérique centrale où la classe dominante s'est établie autour de la production du café, la classe dominante du Honduras s'est développée sur la base des importations en tant qu'agent des opérations minières et des enclaves de bananes sous contrôle étranger. Cette situation a rendu l'oligarchie nationale très vulnérable et l'a soumise aux intérêts impériaux.

La classe d'affaires du Honduras maintient son contrôle des moyens de production par la corruption, la manipulation et l'adoption de lois, le trafic de drogue et l'utilisation de la force policière et militaire contre la population et l'utilisation des médias pour justifier ces actions. La face visible de la classe d'affaires se voit dans les conseils et les associations d'affaires privés qui sont représentés à tous les niveaux de gouvernement. Les présidents précédents (de 1982 à 2006) en cette nouvelle ère de « Représentation démocratique » étaient des défenseurs fidèles de l'entreprise privée et des intérêts de l'impérialisme américain. Les multinationales du pétrole, du textile, du secteur pharmaceutique, minier, agricole et du commerce des aliments illustrent la braderie éhontée, commise par la classe d'affaires, des ressources humaines et naturelles à des intérêts qui sont étrangers à ceux de la nation hondurienne.

La naissance de la résistance


« La Résistance: Fabriquée au Honduras » (Honduras Indymedia)

Dans la semaine qui a précédé le 28 juin 2009, de fortes rumeurs ont circulé à l'effet que Manuel Zelaya allait être renversé par un coup militaire. Le mercredi 25 juin, plusieurs membres du Bloc de même que des activistes qui travaillent sur le projet de la Quatrième Urne ont reçu l'appel de se rendre au Palais présidentiel pour empêcher un coup d'État. C'est seulement aux petites heures du matin du 28 juin que l'oligarchie, composée de politiciens conservateurs, de représentants des secteurs militaire, religieux et d'affaires a exécuté son coup d'État contre Manuel Zelaya. Ce même jour, dans les rues qui entourent le Palais présidentiel, le Front national de résistance populaire est né.

Les premières actions organisées par le peuple ont été improvisées et conformes aux tactiques de luttes sociales qu'il avait utilisées pendant toutes ces années, soit l'action directe. Des blocus routiers, des marches et des manifestations ont été organisés dans les heures et les jours qui ont suivi le coup. À travers ces actions contre ce coup violent et répressif, la Résistance a grandi en quantité et en qualité, démontrant que la lutte, loin de disparaître, exprimait en fait d'une façon particulièrement forte la lutte de classe qui faisait encore rage dans le pays.

La Résistance a été créée à partir de la structure de diverses organisations populaires qui ont formé le Comité national de la Résistance populaire, de même qu'à partir d'une section importante du Parti libéral que Mel avait arrachée par ses actions à la politique traditionnelle et corrompue du pays. Des citoyens qui précédemment n'avaient pas pris part à l'organisation sont descendus dans les rues et font maintenant partie de la Résistance qui est présente partout au pays.

Le nouvel ordre du jour présenté par les exploités et les marginalisés a surpassé qualitativement ce qui existait avant le coup. La nécessité de prendre le pouvoir politique et de contrôler l'État est apparue de plus en plus clairement.

Cela a permis de révéler qui sont les amis et les ennemis de la transformation sociale.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

À la mémoire de nos martyrs tombés au combat !
Pour une société juste et la refondation de l'État du Honduras !
Pour l'Assemblée nationale constituante !
Résister et vaincre ! Vive le FNRP !

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Coup d'État militaire au Honduras dirigé par des diplômés de l'École des Amériques

Depuis le coup d'État militaire du 28 juin 2009, les forces de l'État ont assassiné, torturé, battu et fait disparaître des militants. Il y a eu des couvre-feux, des restrictions de mouvement et le bâillonnement des médias. Les organisations sociales honduriennes rapportent environ 4 200 violations des droits humains parmi lesquelles 130 meurtres contre des membres de la résistance et environ 3 000 arrestations.

Le coup d'État militaire du 28 juin 2009 au Honduras a été réalisé par des diplômés de l'École des Amériques (SOA), le général Romeo Vásquez Velásquez, le chef de l'état-major interarmes du Honduras et le général Luis Prince Suazo, le commandant des forces aériennes. La direction du coup par des diplômés de la SOA suit un schéma d'actions anti-démocratiques par les diplômés de la SOA (rebaptisé Institut de l'hémisphère occidental pour la coopération en sécurité, WHINSEC). La prétention du Pentagone - que l'Institut inculque le respect de la démocratie et la direction civile tout en enseignant les compétences de combat aux soldats latino-américains - a de nouveau été démentie par les actions des diplômés de l'Institut.

Le procureur et colonel de l'armée hondurienne formé à la SOA, Herberth Inestroza, a justifié le coup d'État militaire en déclarant dans une entrevue accordée au Miami Herald : « Il serait difficile pour nous, avec notre formation, d'avoir une relation avec un gouvernement de gauche. C'est impossible. » Inestroza a également confirmé que la décision du coup d'État a été prise par les militaires. Un autre diplômé de la SOA, le général à la retraite Daniel López Carballo, a déclaré au réseau CNN que le coup était justifié parce que le président vénézuélien Hugo Chávez dirigerait le Honduras par procuration si l'armée n'avait pas agi.

La crise au Honduras a commencé quand l'armée a refusé de distribuer des boîtes de scrutin pour un sondage d'opinion non contraignant qui devait déterminer si oui ou non la majorité des Honduriens désirent initier un processus visant à modifier leur constitution. Le président Zelaya a congédié le chef de l'état-major interarmes et diplômé de la SOA, le général Roméo Vásquez Velásquez. Les chefs de toutes les branches des forces armées ont démissionné en solidarité avec Vásquez. Cependant Vásquez a refusé de démissionner, encouragé par une décision de la Cour suprême qui l'a rétabli. Vásquez a conservé le contrôle des forces armées et en mars 2010, Romeo Vásquez Velásquez est devenu le nouveau directeur de l'entreprise de télécommunications du Honduras, HONDUTEL.

Vásquez, comme beaucoup d'autres chefs militaires, est diplômé de l'infâme SOA des États-Unis. Selon les informations que SOA Watch a obtenues du gouvernement américain par le biais de d'une demande au Freedom of Information Act, Vásquez a étudié à la SOA au moins deux fois : une fois en 1976 et de nouveau en 1984.

Le chef des forces aériennes du Honduras, le général Luis Javier Prince Suazo, a étudié en 1996 à l'École des Amériques. Les forces aériennes ont été un protagoniste important dans le coup au Honduras. Lorsque les militaires ont refusé de distribuer les urnes pour le sondage d'opinion, les urnes ont été entreposées sur une base aérienne jusqu'à ce que les citoyens accompagnés de Zelaya les aient récupérées. Zelaya rapporte qu'après que les soldats l'ont enlevé, ils l'ont emmené à une base militaire aérienne d'où il a été conduit à un avion et transporté au Costa Rica.

L'ancien représentant au Congrès Joe Kennedy a déclaré : « L'École des Amériques... est une école qui a [formé] plus de dictateurs que toute autre école dans l'histoire du monde. »

La SOA a une longue histoire au Honduras : en 1975, le général diplômé de la SOA Juan Melgar Castro est devenu le dictateur militaire du Honduras. De 1980-1982 le régime dictatorial était dirigé par un autre diplômé de la SOA, Policarpo Paz García, qui a intensifié la répression à l'aide du bataillon 3-16, l'un des escadrons de la mort les plus redoutés dans les Amériques.

Le général hondurien Humberto Regalado Hernandez, qui a été intronisé au Temple de la renommée de la SOA, a été diplômé quatre fois. En tant que chef des forces armées, il a refusé de prendre des mesures contre les soldats impliqués dans l'escadron de la mort du bataillon 3-16.

Ce n'est pas la première fois que la SOA a été impliquée dans un coup d'État en Amérique latine. En avril 2002, le gouvernement démocratiquement élu du Venezuela de Hugo Chávez a été brièvement renversé et les soldats formés à la SOA, Efrain Vasquez Velasco, ex-commandant de l'armée et le général Ramirez Poveda, ont été des acteurs clés dans la tentative de coup d'État.

L'école a diplômé au moins onze dictateurs d'Amérique latine, dont ceux-ci :

* Le général argentin Leopoldo Galtieri qui s'est emparé du pouvoir dans un coup d'État sanglant, qui a renversé un autre diplômé de la SOA, le général Roberto Viola, qui est arrivé au pouvoir au cours de la guerre sale en Argentine.

* Le dictateur et général guatémaltèque Efrain Rios Montt qui a pris le pouvoir par un coup en 1982 et a mené une campagne de terre brûlée contre les Indiens mayas.

* Les dictateurs panaméens, le général Omar Torrijos qui a renversé en 1968 un gouvernement civil par un coup d'État et le général Manuel Noriega, un diplômé à cinq reprises de la SOA qui a gouverné le pays et fait le trafic de la drogue alors qu'il était rémunéré par la CIA.

* Le dictateur et général équatorien Guillermo Rodríguez qui a renversé le gouvernement civil élu en 1972.

* Les dictateurs boliviens, le général Hugo Banzer Suarez qui a pris le pouvoir par un coup violent en 1971 et le général Guido Vildoso Calderon qui s'est emparé du pouvoir en 1982.

* Le général et homme fort péruvien Juan Velasco Alvarado qui a renversé en 1968 le gouvernement civil élu.

Depuis 1946, la SOA/WHINSEC a formé plus de 60 000 soldats latino-américains en techniques contre-insurrectionnelles, en tireurs d'élite, en guerre psychologique et de commandos, en renseignement militaire et en tactiques d'interrogatoire. Les organisations de défense des droits humains appellent à la fermeture de l'Institut. Le congressiste Jim McGovern a introduit le projet de loi HR 2567 à la Chambre des représentants, qui appelle à la suspension du fonctionnement de l'école et à la mise sur pied d'une enquête du Congrès sur le lien entre les atteintes aux droits humains en Amérique latine et la formation militaire aux États-Unis.

Du 19 au 21 novembre 2010, des milliers de personnes se rassembleront aux portes de Fort Benning, en Géorgie, pour réclamer la fermeture de l'École des Amériques (SOA/WHINSEC) et parler en faveur de la justice en solidarité avec le peuple du Honduras et de l'ensemble des Amériques.

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