Selon le coordonnateur du FRAPRU, la crise
budgétaire a été consciemment provoquée par
les gouvernements pour leur permettre de mettre de l'avant leur propre
ordre du jour. « Qui est responsable de cette crise ?
Pas nous. Elle vient de cette soif de profit, toujours plus de profit
et le plus vite possible », a-t-il ajouté sous
les applaudissements des délégués. Il a
parlé également des baisses d'impôts pour les plus
riches mises de l'avant par les gouvernements libéraux et
péquistes et les nombreuses politiques antisociales dont fait
partie le récent budget Bachand et qui s'attaquent aux plus
vulnérables. « Le gouvernement voudrait nous faire
croire que tout le monde
est responsable du déficit mais cela est faux. Ce sont les
riches les responsables », a-t-il dit.
En conclusion, il a invité à travailler
avec les autres groupes pour s'opposer aux politiques antisociales.
Les nombreuses interventions lors des ateliers et
plénières pourraient se résumer dans cette
phrase : « Face à l'intensification de
l'offensive antisociale, nous devons construire un puissant rapport de
force avec tous ceux et celles qui refusent de voir leurs droits
niés. » Toutes les interventions sont allées
dans ce sens, c'est-à-
dire comment construire ce rapport de force en bâtissant
l'unité dans l'action. Plusieurs délégués
ont donné l'exemple de la Coalition contre la tarification et la
privatisation qui regroupe près de 200 groupes qui tout en
menant leur travail spécifique s'unissent dans des actions
communes.
Les délégués ont
réitéré leur détermination à lutter
pour la pleine reconnaissance du droit au logement et ce, avec des
mesures concrètes. Dans ce cadre, plusieurs actions sont
prévues, dont l'organisation en février 2011 d'une
caravane qui circulera dans plusieurs villes du Québec. On a
également convenu que lors de son assemblée
générale de
septembre, le FRAPRU débattra de la pertinence et des conditions
d'une grève sociale à déclencher au moment
opportun avec tous ceux et celles qui s'opposent à la politique
antisociale du gouvernement Charest. L'organisme participera
également à la Marche des femmes qui se tiendra à
Rimouski.
Le 30e Congrès du FRAPRU s'est terminé
dans l'enthousiasme quand les délégués ont appris
que la totalité du conseil d'administration sera composé
de femmes. C'était pour eux un gage de succès pour
l'année à venir.
Comme l'a souligné la nouvelle présidente,
Patricia Viannay, « le FRAPRU sera actif sur tous les
fronts pour obtenir des investissements permettant de réaliser
50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans, mais il se mobilisera
également avec la Coalition opposée à la
tarification et à la privatisation des services publics contre
l'ensemble des politiques néolibérales contenues dans le
dernier budget. Le second plan de lutte s'intitule ironiquement :
'Le Québec mobilisé contre la pauvreté'. Le FRAPRU
considère que, pour se mobiliser contre la pauvreté,
c'est contre le gouvernement Charest que le Québec devra d'abord
se mobiliser. »

Sidérurgie
Concernant les problèmes structurels de US Steel
- Discussion avec K.C. Adams -
LML : Les dirigeants de
US Steel disent que le fonds de pension à prestations
déterminées des métallos de Hamilton constitue un
problème structurel. Pouvez-vous commenter cette
affirmation ? Dire qu'un fonds de pension est un problème
structurel est un non-sens. Si on élimine un fonds de pension
à
prestations déterminées et qu'on le remplace par un fonds
d'épargne, on s'attaque à la réclamation
d'ensemble des travailleurs de l'acier à la valeur
ajoutée, tout comme on le ferait en réduisant les
salaires et les avantages sociaux. Comment US Steel peut-il
considérer cela comme un problème structurel ?
KCA : C'est un problème
évidemment. Les dirigeants de US Steel nous disent ni plus ni
moins que toute réclamation des travailleurs au produit social
qu'ils produisent est un problème structurel pour les
propriétaires du capital. Si tel est le cas, alors on est en
face d'un système qui est en négation complète des
véritables
producteurs.
LML : En disant que les pensions
sont un problème structurel, les dirigeants de US Steel semblent
donner libre cours à leur souhait de voir les travailleurs
« les laisser tranquilles et aller mourir dans leur
coin » une fois à la retraite.
KCA : Les travailleurs refusent de
disparaître et d'aller mourir dans leur coin. Ils refusent de
laisser tomber les salaires, les avantages sociaux et les pensions au
standard canadien pour lesquels ils ont combattu depuis la
Deuxième Guerre mondiale. Conscients de ce refus, les dirigeants
de US Steel s'attaquent à une réclamation
des travailleurs après l'autre en les qualifiant de
problème structurel qui doit être résolu si l'on
veut que le monopole soit viable. Ils ont commencé à Lake
Erie Works en éliminant l'indexation des pensions et les
pensions à prestations déterminées pour les
nouveaux engagés mais ils n'ont pas l'intention de se limiter
à ces deux concessions. En
disant qu'une réclamation donnée des travailleurs au
produit social constitue un problème structurel qu'il faut
résoudre pour maintenir l'entreprise viable et concurrentielle,
les dirigeants de US Steel tantôt visent les salaires et
tantôt les avantages sociaux et les conditions de travail et,
dans
le cas de Hamilton Works, c'est le fonds de pension à
prestations déterminées et l'indexation des pensions
qu'ils ont en tête. Ils s'attaquent à la
réclamation des travailleurs au produit social en souhaitant,
dans leur esprit égocentrique, que cela va modérer le
problème structurel réel qu'est la chute du taux de
rendement sur l'investissement. Cela n'est rien d'autre qu'un voeu
pieux parce vous ne pouvez
pas résoudre un problème structurel par des concessions
faites par les travailleurs ; ces concessions aggravent les
problèmes des travailleurs et de l'économie.
LML : Il nous semble que plus ces
concessions et ces attaques contre les programmes sociaux se
répandent, plus elles aggravent le problème structurel de
l'économie en privant la classe ouvrière et les
éléments les plus vulnérables de la
société de la possibilité de mettre en circulation
des biens et des services.
KCA : Les propriétaires du capital, y
compris leurs dirigeants exécutifs grassement payés,
souffrent de myopie. Ils se disent : « Ah ! si
seulement les travailleurs de notre entreprise gagnaient moins cher,
nous serions en meilleure position. » Cela leur
échappe complètement que l'économie va finir par
s'arrêter et s'enliser dans la crise à mesure que les
autres entreprises font comme eux et que l'État coupe dans les
programmes sociaux.
LML : Exactement. Ils ne voient
pas plus loin que le bout de leur nez. La réclamation des
travailleurs sous forme de salaires, d'avantages sociaux et de
sécurité de la retraite au produit social qu'ils
créent n'est pas un problème structurel. Le
problème structurel principal qui hante les propriétaires
du capital chez US
Steel réside dans les rapports entre les propriétaires du
capital et l'économie elle-même et non entre eux et les
salaires, les avantages sociaux et les pensions de la classe
ouvrière. Pouvez-vous nous expliquer davantage comment se posent
les problèmes structurels ?
KCA : Certainement. La grande production
moderne, et particulièrement dans l'industrie lourde, a besoin
d'investissements énormes dans les usines, les machines,
l'équipement, les matières premières et
l'énergie. Cet investissement réduit le nombre de
travailleurs en relation avec l'investissement d'ensemble et les
coûts de
production et encore davantage à mesure que la
productivité augmente.
Face à cette situation, les propriétaires
du capital espèrent et essaient d'extraire un taux de rendement
sur leur investissement qui est absolument impossible. C'est leur
propriété privée de ce qui est en fait une
institution publique socialisée, dans ce cas-ci des
aciéries et des mines, qui est un problème structurel qui
empêche les propriétaires du
capital de réaliser leur objectif étroit.
Le profit privé qui est arraché aux usines
et aux mines de US Steel provient du temps de travail des travailleurs
actifs qui transforment la matière première en minerai de
fer, en charbon et en acier utilisables. L'application de la science,
de la technologie et de la machinerie réduit le nombre des
travailleurs actifs en relation avec l'investissement
d'ensemble et les coûts de production ce qui réduit le
niveau de grandeur relatif du profit privé en relation avec
l'investissement total et les coûts de production. Bien que ce
phénomène soit évident, les dirigeants de US Steel
refusent de reconnaître ou d'admettre la contradiction qui existe
entre l'économie socialisée et l'objectif des
propriétaires du
capital d'un retour sur leurs investissements qui remplisse leurs
attentes. La reconnaissance qu'il en est ainsi et l'étape
logique suivante qui est de résoudre le problème
mèneraient au renouveau de l'économie et à la
résolution de la contradiction entre le caractère public
et socialisé de l'économie moderne et sa
propriété privée et sa division en
composantes rivales. Sans cette reconnaissance et le renouveau
économique, les crises récurrentes du cycle d'affaires
deviennent de plus en plus graves et la société ne peut
pas jouir pleinement des bénéfices du potentiel
énorme et des possibilités de la grande production
industrielle.
LML : Le PDG de US Steel, John
Surma, a dit récemment que les matières premières
et les coûts en énergie représentent à eux
seuls 70 % des coûts de production. Bien sûr, selon sa
vision centrée sur le capital, il place les réclamations
des travailleurs dans les coûts de production mais, même
à cela, ce chiffre
de 70 % uniquement pour les matières premières et
les coûts en énergie par rapport aux autres coûts de
production et aux réclamations des travailleurs
représente un dilemme pour le système capitaliste
monopoliste. Il nous indique que les coûts de production et
l'investissement total montent en flèche avec l'augmentation de
la machinerie
dans le processus de production et à mesure que s'accroît
la productivité.
KCA : Le fait que les réclamations
des travailleurs au produit social qu'ils créent
représentent bien moins que 30 % par rapport aux seuls
coûts des matières premières et de
l'énergie, sans compter les autres coûts de production et
l'investissement total lui-même, est le reflet d'un
caractère fondamental de la production
moderne et surtout de l'industrie lourde : qu'un système
centré sur le capital ne peut pas contrôler, sans parler
d'en bénéficier pleinement, la production énorme
de produit social.
La quantité de revenu disponible en relation avec
les coûts de production et l'investissement total est basse et se
réduit encore à mesure qu'augmente la
productivité. ArcelorMittal, les grands monopoles de l'acier en
Chine et ailleurs mènent une grande campagne de
dénonciation contre le monopole des « trois
géants » sur le minerai
de fer, sur le charbon et sur les prix de monopoles qu'ils demandent,
lesquels nous dit-on sont bien supérieurs au prix de leur
production. Ces « trois géants », tous
intégrés au capital financier anglo-américain sont
Vale, qui est basé au Brésil, Rio Tinto PLC de
Grande-Bretagne et BHP Billiton d'Australie. Surma a lui
évoqué le
problème des « trois géants » mais
il a dit que US Steel s'attend à profiter du prix
élevé du minerai de fer puisque 80 % de ses besoins
en minerai de fer sont couverts par ses propres mines. Les monopoles de
l'acier cherchent à hausser les prix de l'acier sur les
marchés pour passer à d'autres les coûts plus
élevés du minerai de
fer, faute de quoi les coûts de production ne sont pas
entièrement recouvrés dans la vente de l'acier ce qui
diminue leurs revenus. La manipulation monopoliste des prix à
travers le monde est un autre facteur qui dévaste
l'économie socialisée.
Le revenu est le montant brut des ventes
auquel on a soustrait les coûts de production. Le revenu n'est
pas le montant total de valeur ajoutée réalisée
par le temps de travail des ouvriers mais le montant qui est
réalisé dans la vente en tant que portion du montant brut
des ventes. Le revenu est le seul montant que les travailleurs, les
propriétaires du capital et le gouvernement peuvent se diviser.
La quantité de revenu en rapport au montant brut des ventes et
à l'investissement total diminue avec la croissance de la
productivité et ce phénomène est un
problème structurel qu'on ne peut résoudre qu'en mettant
fin à la division de l'économie socialisée en
composantes privées
rivales et en remplaçant cette division par l'entreprise
publique reposant sur la coopération des différents
secteurs de l'économie pour servir les producteurs
véritables et l'intérêt général de la
société. Ces changements dans la base économique
qui visent à résoudre ses problèmes structurels
tournent autour de la question politique de qui décide. Qui
décide des affaires économiques et politiques du pays,
telle est la question que nous pose notre époque. C'est la
raison pour laquelle les travailleurs et leurs alliés
reconnaissent qu'il est de leur responsabilité sociale de faire
un geste et d'affirmer leur droit et leur devoir d'être les
preneurs de décisions.
LML : La prétention que le
financement des pensions est la cause de problèmes structurels
n'est rien d'autre que de la désinformation. Désinformer
signifie détruire la forme; la désinformation
sème le doute afin d'empêcher les travailleurs de s'unir
sur le bien-fondé de la lutte des travailleurs pour un niveau
de vie à un standard canadien et pour des salaires et des
conditions de travail qui correspondent au travail qu'ils effectuent.
C'est important de tirer les conclusions que les faits une fois
placés dans leur contexte nous poussent à tirer et de ne
pas permettre que les faits soient décontextualisés pour
des motifs étroits.
KCA : Oui, tout à fait. Les
travailleurs, le gouvernement et les propriétaires du capital
sont les trois revendicateurs du revenu total. Si les
propriétaires du capital augmentent leurs réclamations,
ils ne peuvent le faire qu'aux dépens d'un des deux autres
groupes. La quantité de revenu réclamée par les
propriétaires du capital est
elle-même divisée entre ceux qui font diverses
réclamations, que ce soit sous la forme d'intérêt
sur la dette, du profit d'entreprise en tant qu'actionnaires et de la
rente en tant que propriétaires de la terre. Tout cet ensemble
de rapports de production reposant sur la base économique
socialisée est chargé de tensions et de luttes qui le
rendent très
instable. Cela prouve ce que Marx disait, que le capitalisme est un
système transitoire entre la petite production
médiévale et la grande production industrielle
dirigée par la classe ouvrière, et que le capitalisme est
incapable de résoudre ses contradictions internes qui
créent constamment des crises, des tensions sociales de classe
et des guerres. Le
renouveau économique dirigé par la classe ouvrière
est la seule solution viable.
LML : Ce problème se pose
à nous de façon immédiate. Les nouveaux
arrangements qui sont socialement et économiquement viables sont
bâtis dans le feu de la lutte des travailleurs pour faire
échec aux attaques antisociales contre eux et pour
établir une direction qui reconnaisse leurs droits. C'est cela
qui s'est
produit en 1946 et c'est l'essence de la lutte contre les concessions
aujourd'hui.
KCA : Exactement. Juste pour continuer sur
ce qu'on vient de dire, cette chute tendancielle du taux de rendement
sur l'investissement est aussi la raison pour laquelle l'État
concentre dans ses mains les fonds publics, de plus en plus par les
taxes et impôts sur les particuliers et de moins en moins par les
entreprises, et remet ces
fonds publics aux propriétaires du capital les plus puissants
à travers des manoeuvres pour payer les riches. L'appropriation
de fonds publics par des manoeuvres pour payer les riches sous formes
de sauvetages, subsides et incitations est un moyen de plus dans les
mains
des propriétaires du capital pour éviter la tendance
à la chute du taux de
rendement sur l'investissement et éviter de s'attaquer aux
crises économiques inévitables du cycle d'affaires
capitaliste.
Toujours sur la question du revenu, dans les conditions
de la grande production industrielle, ce qui compte ce n'est pas tant
la
quantité absolue de revenu que les propriétaires du
capital réclament, mais la quantité absolue par rapport
aux coûts de production et au capital
total mobilisé dans les installations, la
machinerie et l'équipement.
LML : Pouvez-vous nous en dire
plus sur ce que US Steel appelle des coûts de production ?
KCA : US Steel ne fournit pas une
évaluation précise de ses coûts de production parce
qu'il les regroupe pèle-mêle avec les réclamations
des travailleurs au revenu. Le montant total des ventes a
fluctué dans la période récente entre 15 et 20
milliards $ en fonction des prix de marché et de la
situation économique. Les
dépenses d'opérations totales ont oscillé
légèrement au-dessus ou en-dessous du montant brut des
ventes. N'oublions pas que la comptabilité centrée sur le
capital inclut les salaires et les avantages sociaux des travailleurs
dans les dépenses d'opérations plutôt que dans les
revenus. Les revenus sont le montant brut des ventes auquel on a
soustrait les
coûts de production. US Steel a rapporté que pendant les
derniers dix-huit mois, ses dépenses d'opérations ont
dépassé le montant brut des ventes ce qui a drainé
ses liquidités. C'est en partie le résultat de la
contradiction fondamentale dans l'économie entre
l'économie socialisée et la propriété
privée de ses composantes rivales, laquelle a été
aggravée par la crise économique mondiale de 2008.
La dette à long terme de US Steel se chiffre
à 3,65 milliards $ et les actions ordinaires dans
l'entreprise se montent à 7,5 milliards $, bien que ce
montant fluctue suite aux ventes d'actions à la bourse. Avant la
crise, l'action se vendait à 100 $ mais elle vaut
maintenant 47 $. Cet échange d'actions entre leurs
différents
propriétaires est lui aussi une façon importante pour le
capital monopoliste de tenter de surmonter le problème
structurel du taux de rendement sur le capital investi. J'y reviendrai
plus tard. Tout ce capital mobilisé dans les coûts de
production et dans l'investissement s'attend à un certain
rendement sur le montant qui reste une fois qu'on a soustrait
ce qui est qualifié de dépenses d'opérations du
montant brut des ventes. La propriété des actions et de
la dette de US Steel se monte à elle seule à plus de 11
milliards $ et le capital mobilisé dans les dépenses
d'opérations pour l'année est de plus de 15
milliards $ et le revenu disponible couvre à peine les
réclamations des travailleurs.
Cela fait déjà plusieurs années que les
réclamations du gouvernement américain au revenu sont
nulles dans les rapports comptables de US Steel.
Les chiffres représentant l'investissement total,
sous forme de dettes et d'actions, et les coûts matériels
de production sont immenses. Tout montant qui serait volé aux
travailleurs par l'élimination des pensions à prestations
déterminées pour les nouveaux engagés et par
l'élimination de l'indexation des pensions est à peine
une goutte d'eau dans
l'océan et certainement pas un problème structurel ou sa
solution. Cette tentative de voler ce qui appartient de droit aux
travailleurs est une première salve des propriétaires du
capital de US Steel pour contenir la chute du taux de rendement sur le
capital investi et abaisser le niveau de vie des travailleurs de
l'acier. Ce vol qui a été perpétré à
Lake
Erie Works et qui sera tenté à Hamilton Works ne fera
qu'aggraver le problème structurel. C'est cela qu'il faut
comprendre. La réduction généralisée des
réclamations des travailleurs non seulement à US Steel
mais dans tout le Canada aggrave la crise économique. Comme on
l'a dit plus tôt, la seule façon de résoudre le
problème structurel c'est de
renouveler l'économie mais entre-temps, si on veut éviter
l'aggravation des crises, la dernière chose à faire c'est
d'abaisser le niveau de vie de la classe ouvrière et des membres
les plus vulnérables de la société.
LML : C'est donc dire
fondamentalement que si les réclamations des travailleurs
à ce qu'ils produisent et aux services qu'ils dispensent sont
réduites au minimum, tous les problèmes structurels du
capitalisme vont continuer d'exister et vont même s'aggraver.
KCA : Oui on peut dire ça. Le
problème structurel de la chute du taux de rendement sur le
capital investi qui affecte l'industrie socialisée sous
propriété privée s'observe à la fois dans
les pays capitalistes en voie de développement comme la Chine et
les pays capitalistes développés. En Chine, les
réclamations des travailleurs
sous formes de salaires, d'avantages sociaux et de pensions sont en
général très inférieures à celles
des travailleurs des pays capitalistes développés et
pourtant l'économie capitaliste chinoise connaît les
mêmes problèmes que nous. La croissance dans
l'économie chinoise est concentrée principalement dans le
secteur de l'exportation et non dans la
circulation de biens et de services dans le pays, bien que la crise
économique mondiale ait forcé la Chine à changer
le focus de l'économie jusqu'à un certain point. Les
concessions ouvrières au Canada et en Grèce qui risquent
d'abaisser le niveau de vie à ce qu'il est présentement
en Chine ne vont pas résoudre le problème structurel
auquel fait
face l'industrie socialisée sous propriété
privée, laquelle est essentiellement contrôlée par
l'oligarchie financière dont font partie les
propriétaires du capital à US Steel.
LML : En résumé,
comme on vient de le mentionner, les efforts de toutes sortes des
propriétaires du capital pour maintenir un certain niveau de
rendement sur le capital investi exacerbent le cycle d'affaires et font
de la crise économique quelque chose de quasi permanent. Les
crises économiques deviennent de plus
en plus aiguës et les problèmes sociaux qui s'y rattachent
comme la pauvreté et l'augmentation du chômage en Europe
et en Amérique du Nord atteignent des niveaux qui ont un impact
sur le tissu social.
KCA : Ces tentatives de surmonter la chute
du taux de rendement sur le capital investi sont des plus dommageables
à l'économie socialisée et elles mènent
inévitablement à encore plus de parasitisme et de
décadence de même qu'à des crises plus aiguës
et à des guerres. Une de ces méthodes est
l'émission d'actions en bourse
qui sont souvent échangées internationalement. Presque
tous les monopoles sont maintenant inscrits en bourse. La plupart des
entreprises qui ne sont pas inscrites ne participent pas à la
production de quoi que ce soit ou à la dispensation de
services : elles achètent des entreprises en
détresse et font des déplacements de capitaux pour
réaliser
des coups d'argent, comme avec les fonds spéculatifs. Les fonds
spéculatifs et tout ce que les institutions financières
appellent les produits dérivés sont des moyens d'extraire
un revenu de l'économie socialisée sans rien produire et
sans offrir aucun service. Ils réduisent la quantité de
capital qu'ils investissent au minimum et tirent un profit privé
de
l'investissement des autres. Mais cela a pour effet d'exacerber le
problème de la chute du taux de rendement dans les entreprises
qui ont un taux d'investissement élevé parce que la
valeur ajoutée (revenu) est accaparée par ce groupe qu'on
ne peut qualifier autrement que de parasites.
L'émission d'actions publiques (à la
bourse) d'une entreprise est une façon de contourner le
problème de la chute du taux de rendement : on transforme
ainsi les actions en outil de spéculation à profit. Le
rendement sur l'investissement dans les actions d'une entreprise sous
forme de dividendes est relativement petit, ce qui fait que le
rendement sur l'investissement doit provenir d'une hausse du prix de
l'action, ce qui produit ce qu'on appelle un gain en capital. Une des
méthodes utilisées pour faire monter le prix des actions
est de rassembler les épargnes des travailleurs et de les
investir dans des actions ordinaires. Les propriétaires du
capital ont même obtenu du Fonds de
régime de pensions du Canada qu'il investisse à la bourse
et directement dans des entreprises privées. Mais cette
méthode a ses limites, puisque les crises récurrentes ont
pour effet de réduire les sommes que les travailleurs peuvent
épargner, et s'ajoute à cela la pression sur les
salaires et les pensions et la hausse du chômage, qui
réduisent aussi les
épargnes des travailleurs. De récentes études ont
montré que les travailleurs aux États-Unis et au Canada
sont passés d'épargneurs à emprunteurs.
(À suivre : Discussion sur
l'échec à utiliser les actions de US Steel pour tenter de
freiner la chute du taux de rendement du capital investi, une autre
raison pour laquelle les directeurs de US Steel veulent mettre la main
sur tout ce qu'ils peuvent des réclamations légitimes des
travailleurs.)

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