Le Marxiste-Léniniste

Numéro 102 - 11 juin 2010

Est du Québec

Les projets de diversification économique
du «bâtisseur» Jean Charest: de la frime
au service des monopoles !

Est du Québec
Les projets de diversification économique du «bâtisseur» Jean Charest: de la frime au service des monopoles ! - Correspondant de l'Est du Québec

30e Congrès du FRAPRU
Un appel à la mobilisation active contre les orientations budgétaires des gouvernements - Serge Lachapelle

Sidérurgie
Concernant les problèmes structurels de US Steel - Discussion avec K.C. Adams

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Est du Québec

Les projets de diversification économique
du «bâtisseur» Jean Charest: de la frime
au service des monopoles !

Depuis le printemps 2010, la Gaspésie nous offre deux excellents exemples de destruction des capacités de production du Québec.

Le premier cas est celui de l'usine de la Gaspésia à Chandler, une papeterie qui appartenait à Abitibi/Consolidated Bathurst, aujourd'hui connue sous le nom de Abitibi/Bowater, qui est en voie de démolition. La ville de Chandler, qui est propriétaire de l'usine depuis l'échec de la relance de l'usine en 2004, a vendu cette dernière à des intérêts asiatiques.

Le deuxième cas est celui de l'ancienne cartonnerie de New Richmons, Smurfit-Stone, qui tombera sous le pic des démolisseurs d'ici 12 mois. C'est Green Investment Group, une firme de l'Illinois, qui supervise la destruction de cette usine. Tous les travaux préalables à la démolition seront faits par American Iron and Metal de Montréal. La cartonnerie était fermée depuis 2005. Elle avait été construite au milieu des années 60, ce qui correspond à la moyenne d'âge des papeteries du Québec.

Le 25 mai 2010, le gouvernement du « bâtisseur » Charest a annoncé par la voix de la ministre responsable de la région, Nathalie Normandeau, que « 18 millions $ sur trois ans seront versés à la région de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine pour poursuivre sa diversification économique ». La ministre renchérit : « On est conscient que la Gaspésie a des défis à relever... Que le gouvernement ait reconduit les mêmes sommes que par le passé 'tient du miracle', vu le contexte budgétaire. »

L'arrogance du gouvernement Charest et de ses représentants est sans borne et inacceptable. L'enveloppe de 6 millions $ par année est répartie dans deux programmes. D'abord, le Fonds d'aide au développement des territoires qui permet aux communautés dévitalisées de soutenir des projets dans les domaines récréotouristiques, de l'environnement et de la culture (2,4 millions $), puis le Fonds d'interventions stratégique régionale pour soutenir la poursuite de la compétitivité des entreprises (3,6 millions $).

Ces sommes ne représentent même pas la masse salariale annuelle de chacune des usines de Chandler et de New Richmond alors qu'elles étaient en opération et qui sont offertes actuellement aux démolisseurs.

C'est ainsi que le droit de monopole supplante le droit des populations concernées, malgré les luttes acharnées des travailleurs des deux usines pour protéger leur gagne-pain. Tout cela sous la supervision du démolisseur en chef Jean Charest. Ça ne doit pas continuer ! Ça ne doit pas passer !

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30e Congrès du FRAPRU

Un appel à la mobilisation active contre les orientations budgétaires des gouvernements

Les 4, 5 et 6 juin, plus d'une centaine de délégués, dont près de 75 % de femmes, provenant de tous les coins du Québec ont participé au 30e Congrès du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) à l'Université de Sherbrooke. Pour l'organisme qui oeuvre depuis 30 ans pour la reconnaissance du droit au logement, l'année qui vient sera cruciale pour l'avenir du logement social, mais aussi de l'ensemble des programmes sociaux et des services publics. « Nous lançons l'appel à la résistance active de tous les mouvements sociaux contre les orientations budgétaires des gouvernements Harper et Charest. »

« Pas question de laisser Ottawa et Québec mener la lutte au déficit au détriment des droits de la majorité de la population, comme ils l'ont fait dans les années 1990 », s'est exclamé le président sortant du FRAPRU, Normand Couture.

L'organisme communautaire considère que l'avenir du logement social est plus incertain que jamais. Dans son budget du 4 mars, le ministre fédéral Jim Flaherty a annoncé la fin, à partir du 1er avril 2011, des investissements d'un milliard de dollars par année dans la construction et la rénovation de logements sociaux. Selon le coordonnateur de l'organisme, François Saillant, « à partir de ce moment, le Québec ne recevra plus que des peanuts d'Ottawa pour la construction de logements sociaux ». Il précise que l'aide fédérale chutera à 29 millions $ par an, soit l'équivalent des subventions pour 415 logements sociaux dans le programme québécois AccèsLogis. « C'est ridicule quand on sait que le fédéral évalue, sur la base de chiffres qui datent d'avant la crise, que 260 000 ménages locataires québécois ont des besoins urgents de logement ! »

Dans ses remarques d'introduction, il a parlé du contexte actuel de la crise du logement accompagné de la crise économique et de la crise des finances publiques. « On a beau nous dire que la crise économique est techniquement terminée, aucune leçon n'a été tirée et la spéculation financière et boursière a repris de plus belle ». Quant à la crise du logement, elle ne se manifeste plus principalement par une rareté du logement si ce n'est un manque flagrant de grands logements pour les familles mais par une hausse marquée du coût des loyers et une incapacité de payer pour de nombreux locataires. Les causes entendues à la Régie du logement pour incapacité de payer le loyer ont augmenté de 17,2 % lors des deux dernières années. À Gatineau, on parle d'augmentation de 22 %, Saguenay 19 % et 16 % à Sherbrooke.



Manifestation organisée par le RCLALQ pour le registre des baux à Québec le 2 juin 2010

Selon le coordonnateur du FRAPRU, la crise budgétaire a été consciemment provoquée par les gouvernements pour leur permettre de mettre de l'avant leur propre ordre du jour. « Qui est responsable de cette crise ? Pas nous. Elle vient de cette soif de profit, toujours plus de profit et le plus vite possible », a-t-il ajouté sous les applaudissements des délégués. Il a parlé également des baisses d'impôts pour les plus riches mises de l'avant par les gouvernements libéraux et péquistes et les nombreuses politiques antisociales dont fait partie le récent budget Bachand et qui s'attaquent aux plus vulnérables. « Le gouvernement voudrait nous faire croire que tout le monde est responsable du déficit mais cela est faux. Ce sont les riches les responsables », a-t-il dit.

En conclusion, il a invité à travailler avec les autres groupes pour s'opposer aux politiques antisociales.

Les nombreuses interventions lors des ateliers et plénières pourraient se résumer dans cette phrase : « Face à l'intensification de l'offensive antisociale, nous devons construire un puissant rapport de force avec tous ceux et celles qui refusent de voir leurs droits niés. » Toutes les interventions sont allées dans ce sens, c'est-à- dire comment construire ce rapport de force en bâtissant l'unité dans l'action. Plusieurs délégués ont donné l'exemple de la Coalition contre la tarification et la privatisation qui regroupe près de 200 groupes qui tout en menant leur travail spécifique s'unissent dans des actions communes.

Les délégués ont réitéré leur détermination à lutter pour la pleine reconnaissance du droit au logement et ce, avec des mesures concrètes. Dans ce cadre, plusieurs actions sont prévues, dont l'organisation en février 2011 d'une caravane qui circulera dans plusieurs villes du Québec. On a également convenu que lors de son assemblée générale de septembre, le FRAPRU débattra de la pertinence et des conditions d'une grève sociale à déclencher au moment opportun avec tous ceux et celles qui s'opposent à la politique antisociale du gouvernement Charest. L'organisme participera également à la Marche des femmes qui se tiendra à Rimouski.

Le 30e Congrès du FRAPRU s'est terminé dans l'enthousiasme quand les délégués ont appris que la totalité du conseil d'administration sera composé de femmes. C'était pour eux un gage de succès pour l'année à venir.

Comme l'a souligné la nouvelle présidente, Patricia Viannay, « le FRAPRU sera actif sur tous les fronts pour obtenir des investissements permettant de réaliser 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans, mais il se mobilisera également avec la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics contre l'ensemble des politiques néolibérales contenues dans le dernier budget. Le second plan de lutte s'intitule ironiquement : 'Le Québec mobilisé contre la pauvreté'. Le FRAPRU considère que, pour se mobiliser contre la pauvreté, c'est contre le gouvernement Charest que le Québec devra d'abord se mobiliser. »

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Sidérurgie

Concernant les problèmes structurels de US Steel

LML : Les dirigeants de US Steel disent que le fonds de pension à prestations déterminées des métallos de Hamilton constitue un problème structurel. Pouvez-vous commenter cette affirmation ? Dire qu'un fonds de pension est un problème structurel est un non-sens. Si on élimine un fonds de pension à prestations déterminées et qu'on le remplace par un fonds d'épargne, on s'attaque à la réclamation d'ensemble des travailleurs de l'acier à la valeur ajoutée, tout comme on le ferait en réduisant les salaires et les avantages sociaux. Comment US Steel peut-il considérer cela comme un problème structurel ?

KCA : C'est un problème évidemment. Les dirigeants de US Steel nous disent ni plus ni moins que toute réclamation des travailleurs au produit social qu'ils produisent est un problème structurel pour les propriétaires du capital. Si tel est le cas, alors on est en face d'un système qui est en négation complète des véritables producteurs.

LML : En disant que les pensions sont un problème structurel, les dirigeants de US Steel semblent donner libre cours à leur souhait de voir les travailleurs « les laisser tranquilles et aller mourir dans leur coin » une fois à la retraite.

KCA : Les travailleurs refusent de disparaître et d'aller mourir dans leur coin. Ils refusent de laisser tomber les salaires, les avantages sociaux et les pensions au standard canadien pour lesquels ils ont combattu depuis la Deuxième Guerre mondiale. Conscients de ce refus, les dirigeants de US Steel s'attaquent à une réclamation des travailleurs après l'autre en les qualifiant de problème structurel qui doit être résolu si l'on veut que le monopole soit viable. Ils ont commencé à Lake Erie Works en éliminant l'indexation des pensions et les pensions à prestations déterminées pour les nouveaux engagés mais ils n'ont pas l'intention de se limiter à ces deux concessions. En disant qu'une réclamation donnée des travailleurs au produit social constitue un problème structurel qu'il faut résoudre pour maintenir l'entreprise viable et concurrentielle, les dirigeants de US Steel tantôt visent les salaires et tantôt les avantages sociaux et les conditions de travail et, dans le cas de Hamilton Works, c'est le fonds de pension à prestations déterminées et l'indexation des pensions qu'ils ont en tête. Ils s'attaquent à la réclamation des travailleurs au produit social en souhaitant, dans leur esprit égocentrique, que cela va modérer le problème structurel réel qu'est la chute du taux de rendement sur l'investissement. Cela n'est rien d'autre qu'un voeu pieux parce vous ne pouvez pas résoudre un problème structurel par des concessions faites par les travailleurs ; ces concessions aggravent les problèmes des travailleurs et de l'économie.

LML : Il nous semble que plus ces concessions et ces attaques contre les programmes sociaux se répandent, plus elles aggravent le problème structurel de l'économie en privant la classe ouvrière et les éléments les plus vulnérables de la société de la possibilité de mettre en circulation des biens et des services.

KCA : Les propriétaires du capital, y compris leurs dirigeants exécutifs grassement payés, souffrent de myopie. Ils se disent : « Ah ! si seulement les travailleurs de notre entreprise gagnaient moins cher, nous serions en meilleure position. » Cela leur échappe complètement que l'économie va finir par s'arrêter et s'enliser dans la crise à mesure que les autres entreprises font comme eux et que l'État coupe dans les programmes sociaux.

LML : Exactement. Ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. La réclamation des travailleurs sous forme de salaires, d'avantages sociaux et de sécurité de la retraite au produit social qu'ils créent n'est pas un problème structurel. Le problème structurel principal qui hante les propriétaires du capital chez US Steel réside dans les rapports entre les propriétaires du capital et l'économie elle-même et non entre eux et les salaires, les avantages sociaux et les pensions de la classe ouvrière. Pouvez-vous nous expliquer davantage comment se posent les problèmes structurels ?

KCA : Certainement. La grande production moderne, et particulièrement dans l'industrie lourde, a besoin d'investissements énormes dans les usines, les machines, l'équipement, les matières premières et l'énergie. Cet investissement réduit le nombre de travailleurs en relation avec l'investissement d'ensemble et les coûts de production et encore davantage à mesure que la productivité augmente.

Face à cette situation, les propriétaires du capital espèrent et essaient d'extraire un taux de rendement sur leur investissement qui est absolument impossible. C'est leur propriété privée de ce qui est en fait une institution publique socialisée, dans ce cas-ci des aciéries et des mines, qui est un problème structurel qui empêche les propriétaires du capital de réaliser leur objectif étroit.

Le profit privé qui est arraché aux usines et aux mines de US Steel provient du temps de travail des travailleurs actifs qui transforment la matière première en minerai de fer, en charbon et en acier utilisables. L'application de la science, de la technologie et de la machinerie réduit le nombre des travailleurs actifs en relation avec l'investissement d'ensemble et les coûts de production ce qui réduit le niveau de grandeur relatif du profit privé en relation avec l'investissement total et les coûts de production. Bien que ce phénomène soit évident, les dirigeants de US Steel refusent de reconnaître ou d'admettre la contradiction qui existe entre l'économie socialisée et l'objectif des propriétaires du capital d'un retour sur leurs investissements qui remplisse leurs attentes. La reconnaissance qu'il en est ainsi et l'étape logique suivante qui est de résoudre le problème mèneraient au renouveau de l'économie et à la résolution de la contradiction entre le caractère public et socialisé de l'économie moderne et sa propriété privée et sa division en composantes rivales. Sans cette reconnaissance et le renouveau économique, les crises récurrentes du cycle d'affaires deviennent de plus en plus graves et la société ne peut pas jouir pleinement des bénéfices du potentiel énorme et des possibilités de la grande production industrielle.

LML : Le PDG de US Steel, John Surma, a dit récemment que les matières premières et les coûts en énergie représentent à eux seuls 70 % des coûts de production. Bien sûr, selon sa vision centrée sur le capital, il place les réclamations des travailleurs dans les coûts de production mais, même à cela, ce chiffre de 70 % uniquement pour les matières premières et les coûts en énergie par rapport aux autres coûts de production et aux réclamations des travailleurs représente un dilemme pour le système capitaliste monopoliste. Il nous indique que les coûts de production et l'investissement total montent en flèche avec l'augmentation de la machinerie dans le processus de production et à mesure que s'accroît la productivité.

KCA : Le fait que les réclamations des travailleurs au produit social qu'ils créent représentent bien moins que 30 % par rapport aux seuls coûts des matières premières et de l'énergie, sans compter les autres coûts de production et l'investissement total lui-même, est le reflet d'un caractère fondamental de la production moderne et surtout de l'industrie lourde : qu'un système centré sur le capital ne peut pas contrôler, sans parler d'en bénéficier pleinement, la production énorme de produit social.

La quantité de revenu disponible en relation avec les coûts de production et l'investissement total est basse et se réduit encore à mesure qu'augmente la productivité. ArcelorMittal, les grands monopoles de l'acier en Chine et ailleurs mènent une grande campagne de dénonciation contre le monopole des « trois géants » sur le minerai de fer, sur le charbon et sur les prix de monopoles qu'ils demandent, lesquels nous dit-on sont bien supérieurs au prix de leur production. Ces « trois géants », tous intégrés au capital financier anglo-américain sont Vale, qui est basé au Brésil, Rio Tinto PLC de Grande-Bretagne et BHP Billiton d'Australie. Surma a lui évoqué le problème des « trois géants » mais il a dit que US Steel s'attend à profiter du prix élevé du minerai de fer puisque 80 % de ses besoins en minerai de fer sont couverts par ses propres mines. Les monopoles de l'acier cherchent à hausser les prix de l'acier sur les marchés pour passer à d'autres les coûts plus élevés du minerai de fer, faute de quoi les coûts de production ne sont pas entièrement recouvrés dans la vente de l'acier ce qui diminue leurs revenus. La manipulation monopoliste des prix à travers le monde est un autre facteur qui dévaste l'économie socialisée.

Le revenu est le montant brut des ventes auquel on a soustrait les coûts de production. Le revenu n'est pas le montant total de valeur ajoutée réalisée par le temps de travail des ouvriers mais le montant qui est réalisé dans la vente en tant que portion du montant brut des ventes. Le revenu est le seul montant que les travailleurs, les propriétaires du capital et le gouvernement peuvent se diviser. La quantité de revenu en rapport au montant brut des ventes et à l'investissement total diminue avec la croissance de la productivité et ce phénomène est un problème structurel qu'on ne peut résoudre qu'en mettant fin à la division de l'économie socialisée en composantes privées rivales et en remplaçant cette division par l'entreprise publique reposant sur la coopération des différents secteurs de l'économie pour servir les producteurs véritables et l'intérêt général de la société. Ces changements dans la base économique qui visent à résoudre ses problèmes structurels tournent autour de la question politique de qui décide. Qui décide des affaires économiques et politiques du pays, telle est la question que nous pose notre époque. C'est la raison pour laquelle les travailleurs et leurs alliés reconnaissent qu'il est de leur responsabilité sociale de faire un geste et d'affirmer leur droit et leur devoir d'être les preneurs de décisions.

LML : La prétention que le financement des pensions est la cause de problèmes structurels n'est rien d'autre que de la désinformation. Désinformer signifie détruire la forme; la désinformation sème le doute afin d'empêcher les travailleurs de s'unir sur le bien-fondé de la lutte des travailleurs pour un niveau de vie à un standard canadien et pour des salaires et des conditions de travail qui correspondent au travail qu'ils effectuent. C'est important de tirer les conclusions que les faits une fois placés dans leur contexte nous poussent à tirer et de ne pas permettre que les faits soient décontextualisés pour des motifs étroits.

KCA : Oui, tout à fait. Les travailleurs, le gouvernement et les propriétaires du capital sont les trois revendicateurs du revenu total. Si les propriétaires du capital augmentent leurs réclamations, ils ne peuvent le faire qu'aux dépens d'un des deux autres groupes. La quantité de revenu réclamée par les propriétaires du capital est elle-même divisée entre ceux qui font diverses réclamations, que ce soit sous la forme d'intérêt sur la dette, du profit d'entreprise en tant qu'actionnaires et de la rente en tant que propriétaires de la terre. Tout cet ensemble de rapports de production reposant sur la base économique socialisée est chargé de tensions et de luttes qui le rendent très instable. Cela prouve ce que Marx disait, que le capitalisme est un système transitoire entre la petite production médiévale et la grande production industrielle dirigée par la classe ouvrière, et que le capitalisme est incapable de résoudre ses contradictions internes qui créent constamment des crises, des tensions sociales de classe et des guerres. Le renouveau économique dirigé par la classe ouvrière est la seule solution viable.

LML : Ce problème se pose à nous de façon immédiate. Les nouveaux arrangements qui sont socialement et économiquement viables sont bâtis dans le feu de la lutte des travailleurs pour faire échec aux attaques antisociales contre eux et pour établir une direction qui reconnaisse leurs droits. C'est cela qui s'est produit en 1946 et c'est l'essence de la lutte contre les concessions aujourd'hui.

KCA : Exactement. Juste pour continuer sur ce qu'on vient de dire, cette chute tendancielle du taux de rendement sur l'investissement est aussi la raison pour laquelle l'État concentre dans ses mains les fonds publics, de plus en plus par les taxes et impôts sur les particuliers et de moins en moins par les entreprises, et remet ces fonds publics aux propriétaires du capital les plus puissants à travers des manoeuvres pour payer les riches. L'appropriation de fonds publics par des manoeuvres pour payer les riches sous formes de sauvetages, subsides et incitations est un moyen de plus dans les mains des propriétaires du capital pour éviter la tendance à la chute du taux de rendement sur l'investissement et éviter de s'attaquer aux crises économiques inévitables du cycle d'affaires capitaliste.

Toujours sur la question du revenu, dans les conditions de la grande production industrielle, ce qui compte ce n'est pas tant la quantité absolue de revenu que les propriétaires du capital réclament, mais la quantité absolue par rapport aux coûts de production et au capital total mobilisé dans les installations, la machinerie et l'équipement.

LML : Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que US Steel appelle des coûts de production ?

KCA : US Steel ne fournit pas une évaluation précise de ses coûts de production parce qu'il les regroupe pèle-mêle avec les réclamations des travailleurs au revenu. Le montant total des ventes a fluctué dans la période récente entre 15 et 20 milliards $ en fonction des prix de marché et de la situation économique. Les dépenses d'opérations totales ont oscillé légèrement au-dessus ou en-dessous du montant brut des ventes. N'oublions pas que la comptabilité centrée sur le capital inclut les salaires et les avantages sociaux des travailleurs dans les dépenses d'opérations plutôt que dans les revenus. Les revenus sont le montant brut des ventes auquel on a soustrait les coûts de production. US Steel a rapporté que pendant les derniers dix-huit mois, ses dépenses d'opérations ont dépassé le montant brut des ventes ce qui a drainé ses liquidités. C'est en partie le résultat de la contradiction fondamentale dans l'économie entre l'économie socialisée et la propriété privée de ses composantes rivales, laquelle a été aggravée par la crise économique mondiale de 2008.

La dette à long terme de US Steel se chiffre à 3,65 milliards $ et les actions ordinaires dans l'entreprise se montent à 7,5 milliards $, bien que ce montant fluctue suite aux ventes d'actions à la bourse. Avant la crise, l'action se vendait à 100 $ mais elle vaut maintenant 47 $. Cet échange d'actions entre leurs différents propriétaires est lui aussi une façon importante pour le capital monopoliste de tenter de surmonter le problème structurel du taux de rendement sur le capital investi. J'y reviendrai plus tard. Tout ce capital mobilisé dans les coûts de production et dans l'investissement s'attend à un certain rendement sur le montant qui reste une fois qu'on a soustrait ce qui est qualifié de dépenses d'opérations du montant brut des ventes. La propriété des actions et de la dette de US Steel se monte à elle seule à plus de 11 milliards $ et le capital mobilisé dans les dépenses d'opérations pour l'année est de plus de 15 milliards $ et le revenu disponible couvre à peine les réclamations des travailleurs. Cela fait déjà plusieurs années que les réclamations du gouvernement américain au revenu sont nulles dans les rapports comptables de US Steel.

Les chiffres représentant l'investissement total, sous forme de dettes et d'actions, et les coûts matériels de production sont immenses. Tout montant qui serait volé aux travailleurs par l'élimination des pensions à prestations déterminées pour les nouveaux engagés et par l'élimination de l'indexation des pensions est à peine une goutte d'eau dans l'océan et certainement pas un problème structurel ou sa solution. Cette tentative de voler ce qui appartient de droit aux travailleurs est une première salve des propriétaires du capital de US Steel pour contenir la chute du taux de rendement sur le capital investi et abaisser le niveau de vie des travailleurs de l'acier. Ce vol qui a été perpétré à Lake Erie Works et qui sera tenté à Hamilton Works ne fera qu'aggraver le problème structurel. C'est cela qu'il faut comprendre. La réduction généralisée des réclamations des travailleurs non seulement à US Steel mais dans tout le Canada aggrave la crise économique. Comme on l'a dit plus tôt, la seule façon de résoudre le problème structurel c'est de renouveler l'économie mais entre-temps, si on veut éviter l'aggravation des crises, la dernière chose à faire c'est d'abaisser le niveau de vie de la classe ouvrière et des membres les plus vulnérables de la société.

LML : C'est donc dire fondamentalement que si les réclamations des travailleurs à ce qu'ils produisent et aux services qu'ils dispensent sont réduites au minimum, tous les problèmes structurels du capitalisme vont continuer d'exister et vont même s'aggraver.

KCA : Oui on peut dire ça. Le problème structurel de la chute du taux de rendement sur le capital investi qui affecte l'industrie socialisée sous propriété privée s'observe à la fois dans les pays capitalistes en voie de développement comme la Chine et les pays capitalistes développés. En Chine, les réclamations des travailleurs sous formes de salaires, d'avantages sociaux et de pensions sont en général très inférieures à celles des travailleurs des pays capitalistes développés et pourtant l'économie capitaliste chinoise connaît les mêmes problèmes que nous. La croissance dans l'économie chinoise est concentrée principalement dans le secteur de l'exportation et non dans la circulation de biens et de services dans le pays, bien que la crise économique mondiale ait forcé la Chine à changer le focus de l'économie jusqu'à un certain point. Les concessions ouvrières au Canada et en Grèce qui risquent d'abaisser le niveau de vie à ce qu'il est présentement en Chine ne vont pas résoudre le problème structurel auquel fait face l'industrie socialisée sous propriété privée, laquelle est essentiellement contrôlée par l'oligarchie financière dont font partie les propriétaires du capital à US Steel.

LML : En résumé, comme on vient de le mentionner, les efforts de toutes sortes des propriétaires du capital pour maintenir un certain niveau de rendement sur le capital investi exacerbent le cycle d'affaires et font de la crise économique quelque chose de quasi permanent. Les crises économiques deviennent de plus en plus aiguës et les problèmes sociaux qui s'y rattachent comme la pauvreté et l'augmentation du chômage en Europe et en Amérique du Nord atteignent des niveaux qui ont un impact sur le tissu social.

KCA : Ces tentatives de surmonter la chute du taux de rendement sur le capital investi sont des plus dommageables à l'économie socialisée et elles mènent inévitablement à encore plus de parasitisme et de décadence de même qu'à des crises plus aiguës et à des guerres. Une de ces méthodes est l'émission d'actions en bourse qui sont souvent échangées internationalement. Presque tous les monopoles sont maintenant inscrits en bourse. La plupart des entreprises qui ne sont pas inscrites ne participent pas à la production de quoi que ce soit ou à la dispensation de services : elles achètent des entreprises en détresse et font des déplacements de capitaux pour réaliser des coups d'argent, comme avec les fonds spéculatifs. Les fonds spéculatifs et tout ce que les institutions financières appellent les produits dérivés sont des moyens d'extraire un revenu de l'économie socialisée sans rien produire et sans offrir aucun service. Ils réduisent la quantité de capital qu'ils investissent au minimum et tirent un profit privé de l'investissement des autres. Mais cela a pour effet d'exacerber le problème de la chute du taux de rendement dans les entreprises qui ont un taux d'investissement élevé parce que la valeur ajoutée (revenu) est accaparée par ce groupe qu'on ne peut qualifier autrement que de parasites.

L'émission d'actions publiques (à la bourse) d'une entreprise est une façon de contourner le problème de la chute du taux de rendement : on transforme ainsi les actions en outil de spéculation à profit. Le rendement sur l'investissement dans les actions d'une entreprise sous forme de dividendes est relativement petit, ce qui fait que le rendement sur l'investissement doit provenir d'une hausse du prix de l'action, ce qui produit ce qu'on appelle un gain en capital. Une des méthodes utilisées pour faire monter le prix des actions est de rassembler les épargnes des travailleurs et de les investir dans des actions ordinaires. Les propriétaires du capital ont même obtenu du Fonds de régime de pensions du Canada qu'il investisse à la bourse et directement dans des entreprises privées. Mais cette méthode a ses limites, puisque les crises récurrentes ont pour effet de réduire les sommes que les travailleurs peuvent épargner, et s'ajoute à cela la pression sur les salaires et les pensions et la hausse du chômage, qui réduisent aussi les épargnes des travailleurs. De récentes études ont montré que les travailleurs aux États-Unis et au Canada sont passés d'épargneurs à emprunteurs.

(À suivre : Discussion sur l'échec à utiliser les actions de US Steel pour tenter de freiner la chute du taux de rendement du capital investi, une autre raison pour laquelle les directeurs de US Steel veulent mettre la main sur tout ce qu'ils peuvent des réclamations légitimes des travailleurs.)

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