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Négociations du secteur public au
Québec
Militante journée de grève des
enseignants
à la défense de leurs demandes !
Le 8 juin, près de 15 000 enseignantes et
enseignant de la Fédération autonome de l'enseignement
(FAE) de Laval, des Basses-Laurentides, de l'Outaouais, de la
Montérégie et de Montréal ont manifesté
devant les bureaux de Jean Charest à 11 h, au centre-ville de
Montréal. Plusieurs d'entre eux avaient commencé leur
journée à 6 h 30 à
manifester devant leur école pour empêcher la direction
d'y avoir accès. Ils ont été salués par les
nombreux automobilistes et leurs collègues du soutien scolaire.
Pierre St-Germain, président de la FAE, a dit
sous les cris des milliers de manifestants : « Nous
exigeons une convention négociée, pas un décret de
la part du gouvernement, qui nous liera les mains pendant cinq
ans. » Il faisait référence aux tentatives du
gouvernement Charest de briser l'unité des enseignants du
Québec en
mettant de l'avant une entente qui ne répond en rien aux
demandes des travailleurs du milieu de l'éducation. Ces derniers
exigent l'amélioration de leurs conditions de travail,
attaquées depuis des années par l'offensive antisociale
et, dernièrement, par les cinq années de décret
imposé dans leur milieu.
« Les enseignantes et enseignants pressent le
gouvernement pour qu'il procède à des
améliorations substantielles de leurs conditions de travail. La
FAE revendique de réelles solutions pour soulager les profs
d'une tâche excessivement lourde et pour faciliter les conditions
d'apprentissage pour tous leurs élèves. Cette
grève est l'expression
de l'exaspération des profs et le gouvernement va saisir
l'ampleur de notre mobilisation et de notre détermination. Nous
ne voulons pas le statu quo dans les conditions de travail des
enseignantes et enseignants que nous représentons et dans les
services aux élèves. Notre objectif est d'obtenir une
entente négociée et satisfaisante pour tous nos
membres et dans tous les secteurs », a aussi dit Pierre
St-Germain.
La ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport
a quant à elle déclaré : « On
pense que cette grève est prématurée et qu'avant
de faire des menaces, la FAE devrait revenir à la table de
négociation, lit-on dans un communiqué du
ministère. Ce sont les parents et les enfants qui font les frais
de leurs manoeuvres. »
Les enseignants ne sont pas dupes de cette campagne de
désinformation de l'opinion publique. En plus de tenter de
briser le mouvement des enseignants en proposant une entente de
principe insatisfaisante à l'autre organisation des enseignants,
la Fédération des syndicats de l'enseignement, le
gouvernement Charest, par le biais de son Conseil
des services essentiels, a tenté sans succès le 4 juin
dernier, de rendre la journée de grève de la FAE
illégale. Malgré cette pression exercée sur les
enseignants, ces derniers sont demeurés convaincus de la
justesse de leurs demandes et ont même dépassé, par
leur présence, le nombre de manifestants estimé par les
organisateurs avant la journée de
grève.
Après avoir quitté les bureaux de Charest,
les 15 000 enseignants se sont dirigés vers le parc
Jeanne-Mance, en traversant les rues du centre-ville sous un concert de
klaxons d'automobilistes et de saluts des passants. Affirmant leur
détermination à avoir des conditions de travail
négociées sur la base de leurs demandes, le
président de la FAE a
affirmé: «Si la rentrée est perturbée en
automne, ce sera la faute du
gouvernement»

Retrait immédiat du projet de loi 100 !
Non au gouvernement par décret !
Appuyons les travailleurs du secteur public
et leurs justes revendications !
En plein milieu des négociations avec le Front
commun et avec les autres travailleurs du secteur public, le
gouvernement Charest a déposé le 12 mai le projet de loi
100, un bill omnibus qui déclare de facto illégale la
lutte pour défendre les services publics par un règlement
négocié. Le Marxiste-Léniniste dénonce
cet
abus
de
pouvoir
flagrant. Le projet de loi applique des mesures du budget
antipopulaire du gouvernement Charest de mars dernier et impose
notamment des coupures massives dans la santé, les services
sociaux, l'éducation et les universités. Il
déclare en toutes lettres que toute clause de la convention
collective qui contreviendrait à ces coupures serait nulle
et non avenue. En d'autres termes, le projet de loi intensifie les
attaques contre les services publics et codifie la négociation
de mauvaise foi du gouvernement avec ses employés en interdisant
des négociations qui défendent les services publics, les
travailleurs qui les dispensent et le bien-être de tous les
Québécois. Tout travailleur québécois voit
dans cette impunité la continuation du décret
détesté de 2005. Cela ne doit pas passer !
Québec le 27
mai 2010: Manifestation contre le projet de loi 100. (CSN)
Le gouvernement a présenté l'argument
frauduleux que ce sont uniquement les « services
administratifs » qui seront coupés tandis que les
« services directs » comme les soins infirmiers
et l'enseignement seront épargnés. Les services qui sont
appelés administratifs sont ceux dispensés par les
employés de bureau, les
secrétaires, le personnel qui fait l'achat des fournitures
médicales, les employés aux archives et bien d'autres. Ce
sont les travailleurs du secteur public qui travaillent souvent dans
l'ombre pour assurer le flot ininterrompu de la dispensation des
services publics.
Dans le contexte d'une
crise économique sans précédent où la
population a besoin d'encore plus de services publics pour se
protéger, ce gouvernement se donne le droit de créer
encore plus de chaos dans les services publics en montant les
travailleurs les uns contre les autres, en décrétant des
coupures qui vont affecter tous les services et en
ouvrant les portes toujours plus grandes à la sous-traitance et
à la privatisation. Ce gouvernement se place une fois de plus en
contradiction ouverte avec tout ce qui est cher et précieux
à la population du Québec. Les travailleurs du secteur
public, en tant que dispensateurs des services publics, ont droit
à des conditions de travail qui correspondent
aux services cruciaux qu'ils dispensent. Un gouvernement qui ne
reconnaît pas cela et utilise son pouvoir pour nier ce droit a
perdu toute autorité morale de gouverner.
Le Marxiste-Léniniste appuie de tout
coeur les revendications des travailleurs du secteur public qui
comprennent maintenant la demande de retirer le projet de loi 100. Nous
tenons aussi à saluer la grève d'une journée tenue
hier par la Fédération autonome de l'enseignement.

«C'est la continuation du décret de 2005.
C'est totalement inacceptable !»
- Entrevue avec Josée Marcotte,
vice-présidente de la
Fédération de la santé et des services sociaux
(FSSS-CSN) -
LML :
La FSSS s'oppose à ce projet de loi du gouvernement Charest
comme une loi qui va démanteler encore plus les services publics
au Québec. La fédération souligne en particulier
trois aspects : que c'est une attaque contre les conditions de
travail des travailleurs du secteur public, et particulièrement
contre les femmes ; qu'elle ouvre la porte à encore plus de
sous-traitance et de privatisation ; et que c'est une attaque
contre le droit des travailleurs de négocier leurs conditions de
travail. Pouvez-vous expliquer brièvement chacun des
points ?
Josée Marcotte : Le projet de loi 100
continue le décret de 2005 sans qu'il ne soit appelé un
décret. Ce projet de loi décrète des mesures qui
vont mener à l'élimination de milliers de positions qui
sont en grande majorité occupées par des femmes.
Le gouvernement procède de deux façons
avec ce projet de loi pour éliminer des positions. Il
décrète tout d'abord une réduction de 10 %
dans les dépenses administratives dans la santé, les
services sociaux, l'éducation et les universités. Il ne
dit pas comment cela va se faire. Deuxièmement, il oblige
à des réductions d'effectifs. Il ajoute
que même une fois que les institutions auront atteint leur
objectif de réduction de 10 % dans leurs dépenses
administratives, les mesures de réduction des effectifs se
poursuivront jusqu'en 2014. Nous nous attendons à des coupures
de plus de 10 %.
Le projet de loi joue les services administratifs contre
les services dits directs à la population. Le projet de loi ne
définit pas ce que sont les services administratifs. Il prescrit
des réductions d'effectifs administratifs dans la santé,
les services sociaux, l'éducation et les universités.
Selon nous, les services administratifs sont ceux qui sont
dispensés
par exemple par les travailleuses qui font les achats des fournitures
médicales, qui préparent les chèques de paie, qui
reçoivent et admettent les patients dans les salles d'urgence,
dans les CLSC et les CHSLD, les centres-jeunesse, les travailleuses aux
archives, etc. Ce sont des gens qui travaillent souvent dans l'ombre
mais qui sont aussi importants
que ceux qui dispensent les services dits directs comme les
infirmières. Ce sont en majorité des femmes et leur
salaire moyen est de 35 000 $. De plus, nous sommes en contexte de
pénurie d'infirmières et d'autre personnel de soins
directs et nous sommes précisément en train de
négocier pour que les infirmières par exemple soient
libérées
de leurs charges administratives afin qu'elles se concentrent sur le
soin aux patients. Cela requiert de l'appui provenant du secteur
administratif. La loi 100 va augmenter la charge de travail des
infirmières ce qui va avoir un impact direct négatif sur
les services.
Nous ne sommes pas d'accord avec le gouvernement
lorsqu'il dit que le personnel administratif est moins
nécessaire aux services et qu'on peut le couper. En
éducation par exemple, les secrétaires font partie des
services administratifs. Comment va-t-on réduire ces services
quand on sait que dans
plusieurs écoles il y a une seule secrétaire ?
Nous disons également que ces mesures vont ouvrir
la porte encore plus grande à la sous-traitance et à la
privatisation. Dans le budget du gouvernement Charest, il est dit
qu'une personne sur deux qui prend sa retraite dans les services
administratifs ne sera pas remplacée. La loi 100 va encore plus
loin. Elle dit que le non-remplacement des
personnes qui prennent leur retraite est la façon
privilégiée de réduire les dépenses mais
pas la seule façon. C'est très pernicieux parce que cela
ouvre la porte à la sous-traitance et à la privatisation.
Nous croyons que c'est là l'intention du gouvernement mais cela
n'est pas dit comme tel dans le projet de loi.
Les travailleurs de la fonction publique ont vécu
de telles mesures. Des mesures de non-remplacement ont
été adoptées par réglementation en ce qui
les concerne et elles ont mené à une utilisation massive
de la sous-traitance. C'est justement une des demandes à la
table de négociation des employés de la fonction publique
à l'heure actuelle que
d'éliminer ces mesures qui favorisent la sous-traitance. La loi
évidemment va beaucoup plus loin qu'une réglementation
précisément parce que c'est une loi. Elle force les
institutions à faire ces coupures.

Manifestation des
enseignants de Montréal le 31 mai
2010 à l'occasion de la fin du décret antiouvrier de 2005
du gouvernement Charest. (FAE)
|
Nous considérons également ce projet de
loi comme une négation ouverte et inacceptable de notre droit de
négocier nos conditions de travail. Ce gouvernement nous dit que
peu importe ce que nous obtenons par la négociation, la loi le
déclarera nul et non avenu. Juste en plein milieu d'une
période de négociations, le gouvernement veut adopter
une loi qui élimine des milliers de positions dans les services
publics et rend illégale notre lutte pour améliorer les
conditions de travail et de vie de milliers de femmes. Le gouvernement
poursuit le décret de 2005 sans l'appeler un décret.
C'est un décret déguisé pour démanteler
encore davantage les services publics. C'est odieux et c'est
complètement inacceptable.
LML : Quelle est la demande de la
FSSS face à ce projet de loi ?
JM : Les mesures que je viens de
décrire doivent être retirées. Il n'y a pas d'autre
choix possible là-dessus. Nous avons commencé nos actions
et nous allons les intensifier dans la période qui vient afin de
forcer le gouvernement à retirer ces mesures. Nous travaillons
notamment avec les groupes de femmes pour élargir la
mobilisation contre ce projet de loi. Le gouvernement doit
reconnaître notre droit de négocier nos conditions de
travail et de les améliorer.

«Le gouvernement Charest ne
négocie pas. Il décrète.»
Entrevue avec Jean-Paul Bédard,
enseignant du secondaire à Montréal, membre de la
Fédération autonome des enseignants (FAE)
LML : Les enseignants de la FAE ont
mis de l'avant des demandes dans le cadre des négociations
actuelles du secteur public. Pouvez-vous nous en parler ?
Jean-Paul Bédard : Nous avons mis de
l'avant 16 demandes. Cela fait déjà depuis plus d'un an
que nous nous sommes entendus sur ces demandes qui, à l'heure
où l'on se parle, n'ont pratiquement pas été
entendues à la table de négociation. C'est un des
principaux problèmes que nous avons. Dans la négociation
actuelle,
d'une part les enseignants ont formulé leurs demandes et d'autre
part le gouvernement nous a répondu par un dépôt
patronal qui est un ensemble de déclarations de principe. Les
enseignants ont mis de l'avant des demandes concrètes au niveau
de la tâche, au niveau des difficultés qu'ils ont avec les
enfants en difficultés d'apprentissage et de
comportement et nous demandons des services. C'est le résultat
du décret, le résultat de la dernière
négociation où le gouvernement ne garantit pas les
services dont les enfants ont besoin, des besoins concrets qui ont
été identifiés dans les écoles.
Encore aujourd'hui, le gouvernement ne répond pas
à ces demandes-là. Il nous dit qu'il s'en fout de la
responsabilité, que c'est nous qui devons l'assumer. Lui, en ce
qui le concerne sur ce point, nous dit qu'il a 90 millions $
à consacrer et donc que la hauteur du panier de services qu'il
nous offre est de 90 millions $.
Séparez-vous le entre vous pour le temps couvert par la
négociation, soit pour une période de trois ans, et
achetez les services dont vous pensez avoir besoin. Le gouvernement ne
prend pas la responsabilité pour les enfants. Il n'y
répond pas. Il donne une enveloppe d'argent, qu'elle corresponde
ou non à garantir et assurer l'ensemble des besoins
et, selon sa conception, c'est l'école et ce sont les
enseignants qui doivent répondre aux besoins de l'enfant.
Dans ce cas-ci, les services dont nous avons besoin
concernent les enfants en difficulté. Cela signifie que l'on
doit consacrer ces montants principalement à ce qu'on appelle
les enseignants-ressources. Les enseignants-ressources sont des
enseignants qui aident l'enseignant et l'élève qui a des
difficultés d'apprentissage. Ils facilitent la vie
pédagogique de l'école, l'apprentissage de l'enfant et le
travail des enseignants.
C'est justement ça qu'on fait en ce moment. Les
enseignants se dévouent corps et âme pour répondre
aux besoins de l'enfant. Nous vivons avec eux. Ils sont 32
là-dedans - c'est trop - et sur ces 32, il y en a
peut-être 12 qui ont des besoins d'assistance et d'attention que
nous ne pouvons pas combler. Nous faisons du mieux que nous le
pouvons et nous assumons notre responsabilité. Nous recevons
donc, dépendamment du nombre d'étudiants qui sont
identifiés comme étant en difficulté, un certain
nombre d'enseignants-ressources qui sont des enseignants
libérés au maximum à mi-temps. Le reste du temps,
ils enseignent. La moitié de leur tâche est
consacrée à aider leurs pairs et
les enfants à passer à travers ces situations difficiles.
Mais cela ne répond aucunement aux besoins. Et la
difficulté empire du fait qu'il y a de plus en plus d'enfants
qui sont en difficulté à cause de troubles
d'apprentissage et d'adaptation.
Les enfants avec des difficultés, cela concerne
tout le monde. C'est le problème de toute la
société. On n'a pas le choix de traiter avec les
problèmes de la vie. Les enseignants font face à ces
problèmes à chaque jour et ils doivent avoir les outils
nécessaires pour leur faire face. Et cela doit se faire en
augmentant les investissements et l'aide
nécessaire dans l'éducation publique. C'est là que
nous retrouvons les enfants des familles les plus affectées par
l'offensive antisociale. Dans les écoles privées, ils
n'ont pas besoin de services aux enfants en difficulté parce
qu'ils n'en reçoivent pas. Les étudiants qui ont des
difficultés d'apprentissage et d'adaptation n'y entrent pas
parce qu'ils ne
réussissent pas les examens d'entrée. Les écoles
privées n'ont pas besoin de techniciens en éducation
spécialisée ni de psycho-éducateurs.
Notre principale demande est que le gouvernement doit
nous permettre de garantir les services, et la hauteur de 90
millions $ qu'offre Charest cela fait longtemps que nous l'avons
dépassée. Le montant ne correspond pas aux besoins. Le
gouvernement agit de façon semblable sur toutes les questions.
Face à nos demandes concrètes, il
arrive avec ses déclarations de principe et il refuse de bouger,
d'aller dans le concret des choses.
LML : Le gouvernement a
présenté le blitz de négociations comme
étant une manifestation de sa volonté de négocier
avec les travailleurs du secteur public. Qu'en pensez-vous ?
Jean-Paul Bédard : Dans cette
négociation, c'est tout comme avec le décret de
2005 : nous avons frappé un mur. Le gouvernement nous
arrive avec ses grandes déclarations et il refuse de bouger.
Nous ne sommes jamais capables d'avoir des réponses claires
à la table de négociation.
C'est là tout l'enjeu de la négociation
actuelle. Prenez la question du blitz. Nous avons 16 demandes
concrètes. Le 31 mars, le gouvernement a proposé un blitz
de négociations. Sa conception d'un blitz, c'était de
nous demander de prioriser trois demandes, de lui donner trois demandes
sur lesquelles nous insistons. La FAE a dit avec raison que
ce n'est pas sérieux, que nos 16 demandes n'ont même pas
été entendues ou discutées à la table de
négociation. Nous avons refusé. Nous avons dit que nous
devons d'abord discuter de l'ensemble des demandes.
Et quelles demandes sommes-nous supposés laisser
tomber ? On entend dire que nous pouvons laisser tomber
l'autonomie professionnelle. Faire respecter l'autonomie
professionnelle, c'est une demande très importante des
enseignants. Pourquoi défendons-nous cette demande ? Je
vous explique. Le gouvernement ne la respecte pas
en disant que tout professeur obligatoirement devra avoir de la
formation dans son domaine dans des choses prescrites par le
ministère. On ne reconnaît pas que l'enseignant a obtenu
sa permanence et qu'il a acquis ses compétences qu'on a
reconnues à un moment donné par un bac en enseignement de
4 ans, suivi de 2 ans de probation, avec 3
recommandations positives de la part des directeurs d'école.
Suite à ce processus, les enseignants sont devenus des
professionnels qualifiés reconnus.
Selon le ministère cependant, on peut à
n'importe quel moment demander à un professeur de changer de
méthode pédagogique, accepter une nouvelle façon
d'enseigner que l'enseignant est obligé d'adopter (et sur
laquelle il est évalué bien sûr !). On ne
respecte pas l'autonomie professionnelle de l'enseignant. Notre demande
est que c'est
à l'enseignant de décider de la façon dont il va
enseigner. C'est une question de principe chez les enseignants. Si on
laisse tomber cette demande d'autonomie professionnelle, alors le
gouvernement à tout moment donné peut dire à un
professeur qu'il va être mis sous supervision pédagogique
et qu'il va se retrouver comme un enseignant qui
commence à enseigner, et devoir prouver qu'il est capable
d'enseigner selon les compétences qui sont demandées.
Cela veut dire que tout enseignant qu'on veut congédier passe
par un processus qui peut mener à son congédiement. Cela
s'applique en particulier aux vieux professeurs, les têtes fortes
qui ont été de toutes les luttes et dont on veut se
débarrasser. Il ne faut pas oublier non plus que les vieux
professeurs coûtent plus chers que les plus jeunes à cause
de toutes leurs années d'expérience.
LML : On entend parler que la
situation actuelle est que le gouvernement agit comme s'il y avait
décret, sans un décret. Pouvez-vous élaborer ?
Jean-Paul Bédard : On peut parler du
projet de loi 100, qui demande de réduire le personnel
d'encadrement et administratif des secteurs de la santé et de
l'éducation. Il y a aussi la question du projet de loi 88 qui
pose un sérieux problème. Ce projet de loi a
été adopté en octobre 2008 et s'appelle maintenant
Loi
modifiant la loi sur l'instruction publique et d'autres modifications
législatives. Elle a été adoptée
environ juste un an avant le début de nos négociations .
Elle stipule entre autres choses que si une école fait des
surplus, c'est-à-dire qu'elle ne dépense pas tout
l'argent qui lui a été dévolu, ces surplus
appartiendront dorénavant à la commission
scolaire et non à l'école. Si l'école veut ravoir
ce soi-disant surplus, elle doit signer une entente de gestion avec la
commission scolaire en vertu de laquelle une mesure concrète est
ciblée pour l'utilisation de ce surplus. Par exemple,
l'école peut s'engager à augmenter les taux de
réussite scolaire pour une certaine année du secondaire.
Les
professeurs se trouvent alors pris dans l'engrenage de devoir augmenter
leur charge de travail en vertu d'une entente signée entre la
direction et la commission scolaire alors que c'est eux qui font le
travail. C'est une façon de décréter nos
conditions de travail.
Nous avons été frappés de voir que
les termes qu'on retrouve dans cette loi se retrouvent aussi dans le
dépôt patronal. Cela signifie qu'avant même de
commencer la négociation, tout est déjà
décidé et mis dans la loi pour décréter nos
conditions de travail.
C'est la continuation du décret sans que cela
soit appelé un décret. Les libéraux n'ont jamais
eu l'intention de négocier avec nous. Ils ne discutent pas, ils
décrètent. C'est pour cela qu'ils nous arrivent avec de
grands principes aux tables de négociation au lieu de discuter
de nos propositions concrètes. Les syndicats sont pris avec cela
et essaient
de se sortir de cet engrenage.

Lettre à la rédaction
Ce sont les enseignants qui peuvent garantir un
système d'éducation moderne au Québec!
Je tiens à souligner l'excellent travail que fait
LML en fournissant l'orientation dans cette
période d'attaque tous azimuts contre la conscience des
travailleurs et du peuple. La désinformation et le mensonge
s'intensifient et créent l'insécurité dans tous
les aspects de la vie des individus, que ce soit au niveau
économique ou social,
sans parler du danger de conflit mondial qui plane sur la tête
des peuples du monde.
J'ai été frappée par l'article du LML
ayant pour titre : « Comment les travailleurs
peuvent-ils garantir la sécurité à la retraite et
leurs autres droits ? », plus particulièrement
par l'extrait où il est dit qu'« aucun bout de
papier, aucune loi, aucun fonds de pension ou d'épargne et
aucune convention
collective ou parole donnée par ceux en position
d'autorité ne vont garantir quoi que ce soit sans que la classe
ouvrière ne s'organise et ne développe sa conscience
sociale dans la lutte pour ses droits. » En tant que
travailleuse dans le domaine de l'éducation, cela donne toute
une perspective du travail à développer pour avoir une
victoire
dans le cadre de nos négociations et de la modernisation du
système d'éducation au Québec.
Le gouvernement de Jean Charest crée toute une
euphorie au sujet de l'entente de principe que vient d'accepter une des
organisations syndicales représentants les enseignants. Mais les
enseignants sont très méfiants parce que leur
expérience leur dit que les libéraux n'ont pas
l'intention d'orienter l'économie en fonction de répondre
aux besoins
de la population, dont ceux d'un système d'éducation
public, organisé selon les plus hauts standards d'une
société moderne. À titre d'exemple, alors que les
enseignants exigeaient une diminution substantielle du nombre
d'élèves par classe pour toutes les années du
secondaire, le gouvernement, dans l'entente de principe, ne diminue que
les classes
de secondaire 1 et 2, de quatre et trois élèves
respectivement. Pour ajouter l'insulte à l'injure, le
président du comité patronal de négociations pour
les enseignants disaient, le lendemain même de l'acceptation de
l'entente de principe, que la nouvelle convention collective permettra
aux écoles de contourner les nouveaux ratios
d'élèves « si
elles n'ont pas le personnel pour y répondre ». Alors
qui garantira la réalisation des demandes des enseignants si ce
n'est pas eux-mêmes, via leur lutte pour se placer à la
tête des décisions concernant ce secteur de la
société ?

Le 16 mars 2010: Assemblée des enseignants de la FAE ratifiant
la journée de grève du 8 juin. (FAE)
|
Les travailleurs des services publics et les enseignants
en particulier doivent être vigilants et se fier à leur
longue et riche expérience avec les manoeuvres de Charest pour
détourner la lutte pour l'affirmation des droits de toutes et
tous à l'accès à des services publics de haute
qualité. Le gouvernement Charest propose des accommodements qui
ne servent en rien au droit à l'éducation et qui visent
plutôt à affaiblir le mouvement contre l'offensive
antisociale et diviser les travailleurs en lutte. Sinon, pourquoi la
ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, a-t-elle
dit : « Le fait que nous ayons signé cette
entente de principe avec le plus gros syndicat d'enseignants, je
souhaite
que ça incite les autres à poursuivre avec
intensité les négociations amorcées, pour qu'on
puisse connaître le même dénouement », et
ce au moment même où la FAE, autre syndicat des
enseignants, était convoquée le 4 juin en audience au
Conseil des services essentiels, dans une tentative de déclarer
illégale la journée de grève qu'elle
préparait pour le 8 juin ?
« Les organisations de la classe
ouvrière doivent créer les conditions pour que le travail
collectif et la responsabilité individuelle fleurissent et les
travailleurs individuels doivent assumer leur responsabilité
sociale en participant consciemment au travail collectif pour
défendre leurs droits et intérêts et en prenant sur
eux de garder bien en
vie les organisations de la classe ouvrière », note LML.
Voilà
un
excellent
guide ! Évaluons les propositions
du gouvernement sur la base de notre propre ordre du jour en tant
qu'éducateur de la jeune génération, et en tant
que collectif qui défend le droit à un système
d'éducation public répondant aux besoins de
tous !
Une enseignante de
Montréal

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