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Un trait marquant des négociations cette année est la détermination des travailleurs à forcer le gouvernement à négocier et à ne pas utiliser le plein poids de l'État pour imposer leurs conditions de travail comme il l'a fait en 2005. Le décret de 2005 a enchâssé les concessions et les reculs que le gouvernement n'était pas capable d'imposer aux tables de négociation et il a déclaré illégale la résistance à la détérioration des conditions de travail. Ces cinq années de démoralisation dans des secteurs aussi importants que la santé et l'éducation ont causé des torts irréparables au Québec. Les travailleurs avertissent le gouvernement qu'il doit rectifier la situation et améliorer les conditions dans le secteur et respecter leur droit légal de négocier leurs conditions de travail. Ils ont demandé la médiation parce que le gouvernement refuse de négocier sur la base de leurs justes demandes. Sur son site web, le gouvernement Charest rejette leurs demandes salariales du revers de la main comme étant irresponsables et ne mentionne même pas leurs autres demandes. Il insiste plutôt pour que les travailleurs se positionnent par rapport à ses offres à lui, même s'ils ont démontré très clairement qu'elles ne feraient que rendre les conditions de travail encore plus intenables. Il cherche à éviter de reconnaître la justesse des demandes en disant qu'il a une responsabilité supérieure, celle de bien utiliser les deniers publics. Il se prépare à criminaliser la lutte des travailleurs au nom d'idéaux supérieurs. Le gouvernement prépare les conditions pour un nouveau décret lorsqu'il dit qu'il « préférerait » un règlement négocié mais qu'il doit répondre à un intérêt supérieur.
C'est aussi dans le cadre de la préparation d'un nouveau décret que le gouvernement a inscrit dans son récent budget qu'il n'augmentera pas l'offre salariale qu'il a faite pour le secteur public. D'une part, ce gouvernement ne reconnaît pas que les travailleurs ont des droits en tant que travailleurs et que c'est sa responsabilité de les défendre. D'autre part, il ne reconnaît pas que les programmes sociaux, les services publics, l'entreprise publique et l'élévation du niveau de vie sont les points d'appui de l'économie et du tissu social du Québec et jouent un rôle clé dans la protection de la population contre les cycles destructeurs de l'économie capitaliste. Il veut imposer à la société québécoise une direction qui a complètement échoué, celle de remettre une partie toujours plus grande de la richesse sociale dans les mains des monopoles, ce qui prive la société québécoise de ce dont elle a besoin pour bâtir des services publics vibrants qui sont l'âme d'une société moderne, et il criminalise ceux qui rejettent cette approche inhumaine centrée sur le capital. Le Marxiste-Léniniste applaudit la détermination des travailleurs du secteur public à obtenir des règlements négociés et leurs efforts pour stopper le démantèlement des services publics en améliorant les conditions de ceux qui dispensent les services. Cette lutte fait partie de la lutte contre la destruction nationale et pour l'édification nationale. Le gouvernement doit cesser de bloquer les négociations et signer de nouvelles conventions avec les travailleurs sur la base de leurs justes demandes.
Le Front commun rappelle sa détermination
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![]() Manifestation des travailleurs du secteur public en 2005. |
La FSSS demande que les appellations de postes, les tâches reliées à chaque position et les critères pour accéder à des postes soient revus pour que tout soit clair et qu'il n'y ait pas de place pour l'arbitraire. Un des buts est de s'assurer que les tâches requises des travailleurs soient strictement celles prévues à une position donnée et de donner au syndicat un pouvoir de décision réel sur les changements à la liste des emplois et aux tâches qui lui correspondent de même que sur les taux et échelles de salaires liés à ces positions.
Au sujet de l'attraction et de la rétention de la main-d'oeuvre, qui est un des enjeux principaux de ces négociations, la fédération propose l'utilisation de primes pour traiter du problème. Elle demande par exemple que les primes de soir, de nuit et de fin de semaine soient augmentées, qu'on donne une prime et des congés aux travailleurs qui s'occupent de patients potentiellement violents, une augmentation des primes aux travailleurs des soins intensifs et l'extension de ce type de prime à d'autres secteurs comme celui des grands brûlés et les salles d'opération. La fédération demande également la conversion des heures accumulées par les travailleurs sur la liste de rappel en nouvelles positions et la création d'un programme de tutorat et d'accompagnement pour les nouvelles infirmières et les infirmières auxiliaires.
En ce qui concerne l'amélioration de la qualité de la vie au travail, la fédération fait remarquer que dans un contexte de pénurie et avec la complexification des soins de santé qui deviennent aussi plus dangereux, les opinions des travailleurs sur l'organisation du travail n'en sont pas moins constamment rejetées par les employeurs.
La FSSS revendique la création de comités locaux qui se penchent sur l'organisation du travail, l'amélioration de la formation dans les places de travail (au moyen de cours par exemple sur la façon de s'occuper des patients psychiatriques) et une revue des soins de longue durée pour les patients souffrant de sérieux problèmes cognitifs comme la démence. Ces mesures visent à bâtir un environnement sécuritaire afin que les patients ne soient pas continuellement restreints pour leur propre sécurité et afin de créer de la flexibilité pour les travailleurs du secteur les aidant à quitter ou à acquérir de la formation. La FSSS demande que le nombre de jours de vacances auxquels les travailleurs ont droit soit établi en fonction du nombre travaillées dans tout le secteur et non dans une institution donnée.
La FSSS présente des revendications qui visent à stopper la privatisation du système de santé. La fédération explique que la privatisation prend les formes les plus variées comme les agences de personnel privées, la sous-traitance et les PPP et que les emplois des travailleurs sont menacés à travers tout le système, dans les laboratoires et les soins aux patients, dans les cuisines, l'entretien et l'administration.
La fédération demande qu'aucune mesure de privatisation ne soit adoptée sans l'assentiment du syndicat, qu'il n'y ait pas de mises à pied et de congédiements résultant des PPP, de la sous-traitance ou du transfert de lits et que les agences privées d'engagement de personnel soient bannies.
Une revendication prioritaire du Front commun cette année est l'opposition à la suppression des droits syndicaux par le décret. La FSSS met l'accent sur le rôle qu'a joué le décret dans les attaques contre les syndicats en forçant par exemple la partie qui perd un arbitrage à en assumer les coûts dans le but d'épuiser les ressources des syndicats. La FSSS note aussi que le décret a drastiquement réduit son pouvoir de négocier en transférant unilatéralement une grande partie des choses à négocier au niveau local.
La FSSS demande entre autres dans la catégorie de la défense des droits syndicaux que la négociation collective qui a été enlevée du niveau provincial lui soit retournée entièrement, que les processus d'arbitrage soient accélérés et entièrement payés par les employeurs ; elle demande aussi l'augmentation du nombre de jours de libération syndicale et que les concessions que le décret a imposées aux travailleurs comme les réductions des assurances en cas de perte de salaire soient enlevées, etc.
Au chapitre de la catégorie conciliation famille-travail-études, la fédération revendique plus de temps de congé pour les travailleurs pour s'occuper des membres de leur famille et dans les cas de décès de membres de leur famille.
La FSSS mentionne également les concessions que demande le gouvernement Charest.
Voici certaines d'entre elles :
- réduction du taux d'assurance-salaire à 66,6 % du salaire brut pour la première année et à 50 % du salaire brut la deuxième année ; présentement, le taux est de 80 % du salaire brut pour les deux années ;
- diminution de la banque de congés de maladie de 9,6 jours par année à 7 jours par année ;
- octroi des primes conditionnel à la disponibilité au travail (par exemple, une personne ayant une disponibilité jugée non suffisante n'aurait pas droit aux primes de fin de semaine, de nuit ou de soir) ;
- abrogation de la notion de journée régulière de travail afin de réduire le paiement du temps supplémentaire (par exemple, travailler 10 heures dans une même journée pourrait faire en sorte de ne pas avoir droit au temps supplémentaire);
- abrogation de la disposition qui prévoit que le nombre maximal de jours de travail dans une semaine de travail est de cinq pour permettre sept jours de travail dans une semaine sans temps supplémentaire. ;
- reconnaissance du travail à taux supplémentaire sur une base mensuelle plutôt qu'hebdomadaire ;
- faciliter l'utilisation de la sous-traitance et de la main-d'oeuvre indépendante ;
- nouvelle réduction de la liberté d'action syndicale et des banques de libérations syndicales.
Ce ne sont là qu'une partie des concessions demandées. Les demandes des travailleurs et celles du gouvernement Charest vont dans deux directions diamétralement opposées. Les revendications des travailleurs visent à défendre les services publics qu'ils dispensent alors que celles du gouvernement visent à détruire ces services.
LML : La FIQ est une des
principales organisations de travailleurs de la santé au
Québec. Combien la FIQ a-t-elle de membres et quels services
dispensent-ils dans le secteur ?
Régine Laurent : La FIQ regroupe 58 000 membres dans les catégories d'emplois infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et nous avons aussi quelques perfusionnistes. Nous retrouvons nos membres en centre hospitalier, dans les CLSC, les CHSLD, en psychiatrie, bref dans toute une variété d'établissements. Nous faisons partie du Secrétariat intersyndical des services publics qui est l'une des trois centrales qui forment le Front commun.
LML : Quelles sont les principales revendications de la FIQ dans les négociations actuelles avec le gouvernement Charest ?
RL : En tant que membres du Front commun, nous avons des revendications centrales qui sont les mêmes pour toutes les organisations du Front commun sur les salaires, les droits parentaux, la retraite et la conciliation famille-travail. Nous avons créé le Front commun pour retrouver le droit de négocier que le gouvernement Charest a nié par son décret de 2005. Nous voulons obtenir un règlement négocié et nous avons voulu le faire en Front commun.
La FIQ a quatre priorités au niveau sectoriel : l'aménagement du temps de travail, la formation, la reconnaissance des inconvénients et la reconnaissance des responsabilités.
Pour ce qui est de l'aménagement du temps de travail, l'objectif est de diminuer la pression sur le personnel qui s'exerce notamment par le maintien de beaucoup de travailleurs à des emplois à temps partiel parce que les employeurs n'affichent pas de postes à temps complet. Nous voulons transformer le plus possible de positions à temps partiel en positions à temps plein. Notre proposition est de ramener tout le monde à quatre jours de travail par semaine avec différents modèles. Le pari que nous faisons est que cela va diminuer le temps supplémentaire obligatoire qui est imposé à nos membres, ce qui est un très gros problème pour eux et pour les soins aux patients. Nous pensons que cela aiderait à attirer des jeunes travailleurs dans la profession et garder les travailleurs qui y sont en ce moment. C'est un grand problème dans tout le secteur. Nous voulons stabiliser les équipes. Comme vous le savez, d'ici trois ans il y a 15 000 infirmières qui vont prendre leur retraite. Qui sera là pour prendre leur place ? Nous voulons créer les conditions pour que les travailleurs qui s'apprêtent à prendre leur retraite fassent de l'accompagnement avec les plus jeunes pour qu'ils soient bien préparés.
La formation est une demande historique. En 1989, nous avons réussi à avoir une échelle de salaires différente pour celles qui poursuivent des études universitaires. Depuis ce temps-là, les employeurs font un peu ce qu'ils veulent. Un employeur rémunère la formation mais un autre ne le fait pas. Ça suffit. Les gens ont de la formation et nous avons besoin de beaucoup d'infirmières de première ligne, donc il faut qu'ils rémunèrent la formation. Nous demandons que celles qui ont une formation universitaire soient rémunérées en conséquence selon les échelles prévues pour les bachelières.
Quand on parle d'inconvénients on parle de travail de soir, de nuit et de fin de semaine. La vaste majorité de nos membres travaillent une fin de semaine sur deux. Le pourcentage de la prime qui est payée pour travailler une fin de semaine sur deux toute sa vie est de 4 %, ce qui revient à 3 $ pour le quart de travail. C'est insignifiant et ce n'est certainement pas assez pour retenir le monde la fin de semaine. Nous voulons faire en sorte que cela soit reconnu que cela fait partie de la profession de travailler une fin de semaine sur deux, mais il faut qu'il y ait une compensation correspondante qui soit significative.
Pour ce qui est des responsabilités, nous avons en ce moment une prime qui est peu significative et qui concerne les soins intensifs seulement. Nous avons fait un travail avec le gouvernement il y a quelques années pour rectifier la situation et nous nous sommes entendus sur le concept de soins critiques et non seulement intensifs en ce qui concerne les primes. Les soins de santé deviennent de plus en plus complexes et nous avons des soins critiques dans les urgences ou dans le cas des grands brûlés par exemple. C'est la raison pour laquelle nous demandons que la prime pour les responsabilités s'applique aux soins critiques.
LML : Vous insistez beaucoup dans votre littérature sur la question de l'aménagement du temps de travail comme étant au centre de toutes les questions dans le secteur de la santé. Pouvez-nous nous en dire plus ?
RL : Nous avons besoin de changements structurants qui nous permettent d'attirer les plus jeunes et de garder les plus expérimentées. Nous voulons dans le moyen terme régler la pénurie et nous pensons que cela serait attirant de travailler quatre jours par semaine avec sensiblement le même salaire que pour cinq jours. C'est pour cela que nous faisons la bataille sur la question des agences privées. On dit que près de 3 000 infirmières ou plus travaillent dans les entreprises privées. Nous voulons les ramener dans le réseau public. Nous disons au gouvernement que vous dites que vous êtes pour un système public fort, alors ramenez-les dans le système public. Il faut qu'ils intègrent les infirmières auxiliaires dans les équipes de travail selon les fonctions dévolues par la loi mais les employeurs ne le font pas. Par exemple, depuis que la loi 90 a été adoptée il y a huit ans, les infirmières ont le droit de faire certaines ponctions veineuses. Pour que cela se produise, il faut que les employeurs locaux passent des règlements qui disent que dorénavant les infirmières auxiliaires peuvent accomplir telles ou telles fonctions. Cela ne s'est pas fait depuis des années et selon nous c'est terrible de ne pas utiliser le plein potentiel des infirmières, surtout en contexte de pénurie. À travers l'aménagement du temps de travail, en offrant des emplois stables à un plus grand nombre d'infirmières, il est possible d'intégrer les infirmières auxiliaires et de dégager du temps pour que les autres infirmières puissent s'occuper des cas les plus complexes. Tout cela se tient.
La pénurie est reliée à la détérioration des conditions de travail qui se sont beaucoup dégradées avec le décret de 2005. Nous avons travaillé très fort en 2005 pour convaincre le gouvernement Charest de créer des positions qui garantissent un plus grand nombre de jours de travail aux travailleuses. Le gouvernement a dit non. Il a dit que la garantie de travail c'est 4 jours par 15 jours. Qui au Québec peut gagner sa vie avec une garantie de travail de 8 jours par mois ? Nous lui avons dit de donner des postes à temps complet à plus de monde. Ça n'a aucun sens d'être sur appel, de savoir le soir même que vous devez rentrer au travail le lendemain. On ne peut pas bâtir d'équipes stables dans ces conditions. Nous voyons souvent des infirmières en larmes parce qu'on les oblige sous la menace ou l'intimidation de travailler 16 heures en ligne deux ou trois fois par semaine. Nos conditions salariales et nos autres conditions de travail se sont aussi dégradées. Tout ça n'est pas très attirant pour les jeunes.
Rien ne s'est fait depuis cinq ans pour améliorer le système. C'est le contraire qui s'est produit. Il faut donner un sérieux coup de barre et c'est maintenant le temps de le faire.
LML :
Quelles sont les principales demandes des enseignants et enseignantes
dans la lutte actuelle des travailleurs du secteur public ?
Geneviève Royer : Je suis enseignante à l'école secondaire Daniel-Johnson à Pointe-aux-Trembles, dans l'Est de Montréal, et mon syndicat local fait partie de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE). La FAE regroupe neuf syndicats de l'enseignement qui représentent quelque 30 000 enseignantes et enseignants. La FAE, qui ne fait pas partie du Front commun, est l'une des deux fédérations de commissions scolaires d'enseignantes et enseignants qui sont en lutte pour une éducation moderne au Québec. Nos demandes vont dans le même sens que celles des travailleurs du Front commun. Tout comme le reste des travailleurs du secteur public, nous avons subi le décret antisocial et brutal du gouvernement Charest en 2005 qui a décrété les conditions de travail des 500 000 travailleurs du secteur public et déclaré illégale leur juste lutte pour des conditions de travail qui correspondent au service crucial qu'ils dispensent à la société québécoise.
Le 31 mars a marqué la fin du décret pour les 500 000 travailleurs du secteur public, dont les quelque 90 000 enseignants et enseignantes du Québec. Dès le départ, quand le syndicat a fait ses dépôts de demandes en novembre 2009, une chose est ressortie très clairement : le gouvernement n'avait pas l'intention de mener les négociations selon le processus établi. Pour sa part, le syndicat suivait ce processus de négociations tel qu'il a été établi depuis des décennies au Québec. C'est-à-dire que les travailleurs présentent leurs demandes à la partie patronale qui en essence est le gouvernement et celle-ci répond à ces demandes. L'entente tacite est que le gouvernement s'assoit avec les représentants syndicaux et que c'est sur la base des demandes des travailleurs qu'il négocie.
Encore une fois (Charest l'a fait aussi en 2005), le gouvernement ne mentionne même pas les demandes des enseignants. Quand il présente son dépôt patronal, il ne se base pas sur ces demandes, mais exige que la discussion se tienne sur la base de ce que lui-même met de l'avant. Les syndicats sont censés se placer tout de suite sur la défensive et passer tout leur temps à dire non au gouvernement puisque les offres du gouvernement ne sont que des attaques. Par exemple, voici, et je cite le dépôt patronal, les trois grands thèmes sur lesquels se base le gouvernement dans ses demandes :
- des enseignantes et enseignants engagés dans la réussite des élèves ;
- une organisation scolaire au service des élèves et axée sur leur réussite ;
- une utilisation responsable des ressources centrée sur les services aux élèves.
Nous avons reçu cela avec beaucoup de mépris parce que depuis des années, le principal obstacle à la réussite des élèves et à la réponse à leurs besoins, est le refus du gouvernement d'investir en éducation !
L'aspect principal ou la ligne de pensée du gouvernement dans ses demandes dans le domaine de l'éducation c'est toute la question de la réorganisation du travail. Nous n'avons pas d'illusion sur ce que cela signifie. L'expérience nous a montré que cela veut dire l'augmentation de notre tâche, le maintien par le gouvernement de son refus d'investir dans l'éducation sous prétexte que le problème dans l'éducation comme dans la société, en est un de gestion.
La réorganisation du travail que demande le gouvernement Charest, c'est en fait la poursuite de l'offensive antisociale dans le secteur de l'éducation et spécifiquement le rejet sur les enseignants des conséquences désastreuses de décennies d'offensive antisociale contre la population du Québec. Nous sommes aux premières lignes de réponse aux effets de l'offensive antisociale et de la crise, notamment sur les enfants et leurs familles, et ce n'est pas de l'aide qu'ils reçoivent du gouvernement, mais seulement des attaques. L'offensive antisociale et en particulier dans les conditions de la crise économique récente a créé sa propre crise dans le système d'éducation et c'est aux enseignants et donc aux élèves et à la population qu'on en fait subir le blâme et le poids, ce qui aggrave la crise encore davantage.
Une des nos principales demandes, c'est une diminution du ratio élèves-profs. C'est une demande qui date de plus de dix ans et qui n'a jamais été satisfaite. Il faut comprendre que pour un gouvernement pour qui l'éducation est une dépense, la diminution du nombre d'élèves en classe signifie des salaires à verser à de nouveaux enseignants. Au secondaire, la moyenne d'élèves en classe est de 30 et le maximum 32. C'est déjà beaucoup quand on pense à toutes les particularités de la psychologie des jeunes de cet âge, imaginez ce à quoi les enseignants doivent répondre en face d'adolescents dont les familles vivent l'offensive antisociale sous Charest ! Notre demande est très claire, nous voulons une diminution du ratio depuis le primaire jusqu'à la fin du secondaire.
Les enseignants demandent aussi que les ressources d'aide soient présentes en quantité suffisante dans les écoles. On se retrouve dans des situations où on dit aux parents de nos élèves que, par exemple, l'orthopédagogue n'a pas assez d'heures pour aider leur enfant. Selon les difficultés des élèves, il faut parfois leur suggérer d'aller au privé pour avoir des services, car sinon les parents ne peuvent espérer que d'être sur une « liste d'attente » pour bénéficier de ressources à l'école !
Un autre problème très épineux est celui des élèves en difficulté. Lorsqu'un étudiant est identifié comme étant en difficulté selon un code en vigueur, la commission scolaire n'a d'autre choix que de lui accoler un service correspondant. Depuis quelques années, la pression augmente de la part des autorités pour que l'on cesse d'identifier les élèves en difficulté. Cela se fait au nom de la nécessité de normaliser les élèves, de les scolariser dans le milieu le plus normalisant possible, mais nous ne sommes pas dupes et voyons bien que le but c'est de justifier les coupures. Les enseignants appellent cela de l'intégration sauvage. Des élèves en difficulté sont introduits dans des classes de 32-34-36 élèves. C'est très déshumanisant pour nous et pour nos élèves. Nous défendons la pratique d'identification d'élèves en difficulté et de services correspondants, dont le maintien des classes spécialisées.
Toutes ces mesures qui nous sont imposées créent beaucoup de découragement. Un enseignant sur quatre quitte la profession dans ses cinq premières années l'enseignement. Nous vivons une grande pénurie d'enseignants. La lourdeur de la tâche y est pour beaucoup et la précarité de l'emploi également. Un enseignant peut enseigner pendant huit ou dix ans sans avoir sa permanence. Il peut changer d'école d'une année à l'autre et cela brise la stabilité de l'équipe-école.
En même temps qu'il y a pénurie d'enseignants, on observe qu'on intègre de plus en plus d'enseignants qui n'ont pas de permis, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas terminé leur formation ou n'ont pas de formation du tout. En 2007-2008, il y avait 2 345 enseignants sans permis au Québec, ce qui est un nombre considérable. Ces enseignants sont très vulnérables parce qu'ils n'ont pas de sécurité d'emploi et cette pratique démontre l'absence de respect du gouvernement envers l'éducation et ceux qui la dispensent.
La lourdeur de la tâche de plus en plus grande, la précarisation des emplois, les conditions de travail qui empirent sans cesse, le surmenage qui frappe de plus en plus d'enseignants, le fossé de plus en plus grand entre les besoins des élèves et la capacité des enseignants à les satisfaire, tout cela dresse un portrait sombre des conditions de travail qui sont les conditions de dispensation d'un service aussi crucial dans une société moderne.
LML : Quel est l'état d'esprit des enseignants en ce moment ?
GR : Les enseignants veulent ardemment se battre et mettre derrière eux les années démoralisantes du décret qui ont réprimé leur droit de lutter contre la dégradation de toutes les conditions dans le système d'éducation et ont facilité cette dégradation en la recouvrant d'impunité. Dès l'approche de la fin du décret, des actions ont commencé comme le port de macarons et de foulards, et elles se sont intensifiées depuis la fin du décret le 31 mars par des actions plus publiques et militantes comme des manifestations, des piquetages, des distributions de tracts, etc. La FAE, comme les organisations d'enseignants membres du Front Commun et le Front Commun dans son ensemble ont maintenant demandé la médiation, car aux tables des négociations, les négociateurs syndicaux ne recevaient que du mépris pour leurs demandes. Comme je l'ai mentionné au début, les négociateurs patronaux font preuve « d'ouverture » seulement si l'on accepte leurs demandes comme base de discussion, même si elles sont inacceptables et contraires à ce qu'une négociation avec les dispensateurs des services publics doit être. Nous menons ces négociations pour rétablir la dignité de notre fonction. Nos conditions de travail sont les conditions d'étude de nos élèves.
La FAE poursuit ses moyens d'action et a un mandat de grève d'une journée pour le 8 juin, alors que les organisations du Front commun veulent être en position de grève légale en front commun à la rentrée.
Je veux dire en conclusion que nous sommes de plus en plus conscients que la lutte qui se développe pour les services publics et pour le droit à l'éducation est une lutte pour l'humanisation de la société toute entière. La nation du Québec a besoin d'une population éduquée qui est capable de faire face à tous les problèmes et de les régler et c'est cet esprit que l'on voit dans les actions de masse des travailleurs du secteur public. Le gouvernement Charest ne reconnaît pas nos demandes, même du bout des lèvres, et fait comme si elles n'existaient pas parce qu'il est totalement détaché des problèmes de l'édification d'une nation moderne qui garantit les droits de tous et les standards les plus élevés dans tous les aspects de la vie. L'humanisation de la société à travers la reconnaissance des droits de tous et leur garantie, surtout dans les contextes de crise où l'on peut juger qui a l'étoffe pour être en position d'autorité, c'est quelque chose qui lui échappe totalement.
Le gouvernement Charest doit immédiatement cesser de bloquer les négociations avec les enseignants et négocier sérieusement avec eux sur la base de leurs justes demandes.
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