Le Marxiste-Léniniste

Numéro 88 - 19 mai 2010

Onzième mois de grève chez Vale Inco

Les travailleurs de Sudbury intensifient
la protestation politique contre les manoeuvres
de la Commission des relations de travail


Sudbury, le 11 mai 2010: Les grévistes de Vale Inco intensifient les lignes de piquetage à la mine Coleman, défiant une décision de la Cour supérieure de l'Ontario leur ordonnant de mettre fin à leurs actions de protestation.

Onzième mois de grève chez Vale Inco
Les travailleurs de Sudbury intensifient la protestation politique contre les manoeuvres de la Commission des relations de travail - Dave Starbuck

Ne touchez pas aux pensions et avantages sociaux!
Les concessions ne sont pas des solutions à la crise, elles ne font que l'exacerber! - K.C. Adams

Étude
Le rythme accéléré de la contraction de 2008-2009 - Statistique Canada

La fermeture de la brasserie Lakeport à Hamilton
Il faut restreindre le droit de monopole!

Industrie forestière en Colombie-Britannique
Nous avons besoin de plus d'industrie du bois, pas moins - Peter Ewart

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Onzième mois de grève chez Vale Inco

Les travailleurs de Sudbury intensifient
la protestation politique contre les manoeuvres
de la Commission des relations de travail


Mine Coleman, le 11 mai 2010

Lundi le 17 mai, la Commission des relations de travail de l'Ontario (CRTO) a rejeté la demande du syndicat des Métallos d'une « audience péremptoire accélérée d'urgence » pour traiter de la question qui achoppe dans les négociations, soit la réintégration de neuf grévistes congédiés depuis le début de la grève. La Commission avait accepté d'entendre la demande uniquement pour mettre fin à six jours de protestation politique ininterrompue aux entrées des mines Clarabelle et Coleman. L'annonce du rejet de la demande n'a fait qu'accroître la détermination des travailleurs et de la communauté, et le syndicat a annoncé un plan d'actions encore plus intense avec une mobilisation encore plus étendue.

Le refus de Vale de réintégrer les travailleurs congédiés est une pierre d'achoppement dans les négociations contractuelles entre Vale et le syndicat des Métallos. En fait, une plainte de négociation de mauvaise foi a été initialement déposée le 13 janvier, au sixième mois de la grève, mais la Commission ne prévoyait pas l'entendre avant la mi- juin.

Le président de la CRTO, Kevin Whitaker, a donc dit qu'il entendrait l'argument du syndicat vendredi le 14 mai. Le syndicat a fait valoir que l'accélération de la procédure concernant les neuf grévistes congédiés rendrait possible le règlement du conflit. Vale Inco a soutenu pour sa part que la Commission ne devait pas accélérer la procédure concernant les neufs grévistes parce que cela « compromettrait » sa position d'« inflexibilité » dans les négociations. Elle a dit qu'elle avait le droit d'employer tous les moyens à sa disposition pour défendre ses intérêts, son droit de monopole.

La CRTO a été forcée d'entendre la demande de procédure accélérée à cause des protestations politiques des travailleurs et de la communauté qui gagnaient de l'ampleur. Ceux-ci avaient dressé des lignes de piquetage très efficaces sur un lieu public avec pour effet d'empêcher en pratique toute sortie de l'usine. Les choses en étaient rendues là à cause du refus de négocier de la compagnie et de l'emploi de briseurs de grève. Les travailleurs et leurs supporteurs exigeaient que le gouvernement intervienne pour empêcher Vale d'agir de la sorte. Ils ont accepté de faire la trêve le 12 mai lorsque le directeur du district 6 du syndicat des Métallos, Wayne Fraser, et le président de la section locale 6500, John Fera, leur ont demandé de le faire, après avoir visité les sites de protestation.

La production aux mines, au concentrateur, à la fonderie et l'affinerie de nickel de Vale à Sudbury, en Ontario, a été interrompue par les protestations et un accident majeur dans la fonderie. Les travailleurs ont défié une décision injuste rendue le 11 mai par le juge Robbie Gordon de la Cour supérieure donnant deux heures aux manifestants pour mettre fin à leurs protestations. Lorsqu'ordonnés de mettre fin ou de se faire arrêter par le shérif et la police, les travailleurs se sont tenus par les bras en trois rangées l'une derrière l'autre, en criant « Plus de briseurs de grève ! », « Pas question ! Nous ne partirons pas ! » et ont chanté Ô Canada et Solidarité pour toujours ! Face à la résistance déterminée des travailleurs, la police n'avait pas d'autre choix que de se retirer, laissant libre cours aux protestations. (Voir l'excellent vidéo de neuf minutes et demi sur l'impasse à Clarabelle à http ://www.youtube.com/watch ?v=NVdKVZuxmFo).

Le jeudi 13 mai marque le début du onzième mois de la grève des 3 000 métallos contre Vale Inco à Sudbury et Port Colborne.

Les actions de masse des travailleurs de Sudbury, fondées sur la justesse de leur cause, la force de leur nombre et l'ampleur du soutien de la communauté ont démasqué la loi canadienne du travail pour ce qu'elle est : l'expression codifiée de la volonté des employeurs soutenue par la violence de l'État. Lorsque Vale a besoin de la menace de violence de la police pour imposer sa volonté, la Cour supérieure vient à la rescousse. Lorsque les travailleurs exercent un recours contre la négociation de mauvaise foi par la compagnie ou que la municipalité cherche à faire respecter ses règlements sur l'habitation qui interdisent aux travailleurs mercenaires de résider sur la propriété de la société, la justice est retardée à chaque fois. L'unilatéralité de la loi canadienne du travail est exposée.

Une audience en procédure accélérée devant la CRTO est un événement rare et vient apparemment à la demande du bureau du premier ministre McGuinty, révélant que le calendrier de la CRTO qui, comme une pratique normale, impose de longs délais dans ses procédures au détriment des travailleurs, est une décision politique. Mais comme on l'a vu, une audience accélérée ne signifie pas encore que justice sera nécessairement faite. À n'importe laquelle des étapes, la CRTO peut maintenir le diktat de monopole au détriment des droits des travailleurs. Dans ce cas-ci, la CRTO a choisi de retenir les objections de Vale et de ne pas procéder rapidement. La CRTO peut décider que Vale a le droit de monopole de congédier les neuf travailleurs. La CRTO peut tendre un piège en déclarant que certains travailleurs méritent d'être réembauchés tandis que d'autres ne le méritent pas. Même si la CRTO force Vale à réintégrer les neuf travailleurs, cela n'oblige pas Vale à négocier une convention collective de standard canadien et ne l'empêche pas de continuer à utiliser des mercenaires pour reprendre la production.

Vale Inco a congédié injustement neuf travailleurs. Vale Inco et les médias manipulent l'affaire en disant que l'insistance des travailleurs à ce que tout le monde retourne travailler ensemble est ce qui bloque les négociations. Rien qu'ils fassent ne changera quoi que ce soit au fait que la cause des travailleurs est juste et tout le monde le sait.

Vale et le gouvernement ontarien de Dalton McGuinty sont alarmés par la position ferme et la protestation politique des travailleurs de Sudbury qui refusent de se confiner dans les limites fixées par les employeurs et leurs représentants politiques. Les travailleurs de Sudbury et leurs supporteurs dans la communauté ont démontré que, armés de la justesse de leur cause et de la solidarité, l'organisation et la force du nombre, ils sont capables d'arrêter la production mercenaire de Vale et ils sont capables de le faire au moment de leur choix.

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Ne touchez pas aux pensions et avantages sociaux!

Les concessions ne sont pas des solutions
à la crise, elles ne font que l'exacerber!

Les demandes de concessions par les monopoles sont un
vol pur et simple du produit social de la classe ouvrière.

La destruction récente du régime de retraite à prestations déterminées pour les nouveaux employés à US Steel, ateliers Lake Erie Works, en Ontario, et l'élimination de l'indexation des pensions à cet endroit ainsi que pour les travailleurs du secteur public en Nouvelle-Écosse par le NPD au pouvoir sont un vol pur et simple du produit social appartenant à la classe ouvrière par les propriétaires du capital et leurs représentants dans les entreprises et le gouvernement. Ce produit social appartient aux travailleurs du fait qu'ils sont les producteurs de la valeur ajoutée et les dispensateurs des services, qu'ils soient actifs ou à la retraite.

Les travailleurs résistent au vol de leur droit au produit social partout au pays et, ce faisant, ils rejettent le chantage idéologique que les concessions ne sont pas du vol mais quelque chose de nécessaire pour rendre les monopoles concurrentiels et équilibrer les comptes des gouvernements. Il ne faut pas cesser de dénoncer cette absurdité des monopoles et de leurs gouvernements ! Les concessions sont un transfert de richesse vers les plus riches. La résistance à ce vol de ce qui appartient de plein droit aux travailleurs est ce que font courageusement les mineurs de Vale Inco, les travailleurs de Lafarge Canada à Hamilton, les travailleurs du secteur public au Québec, la section locale 1005 du syndicat des Métallos de Hamilton Works et de nombreux autres travailleurs des secteurs privé et public partout au pays.

La destruction des régimes de retraite à prestations définies, la fin de l'indexation des pensions, l'augmentation de l'imposition individuelle comme la taxe de vente harmonisée (TVH), les frais de toutes sortes, d'autres concessions et des actions antisociales sous le prétexte de rendre les monopoles concurrentiels et d'équilibrer les comptes des gouvernements sont plus qu'un problème pour les travailleurs et les personnes directement concernées. Ce sont des problèmes pour l'économie et les collectivités et ce sont des manifestations de désintégration nationale. Ce vol a tendance à retirer le produit social de l'économie, d'affaiblir les collectivités du Canada et d'affaiblir le pays dans son ensemble. De plus en plus la richesse se retrouve dans les mains de l'oligarchie financière internationale, y compris les propriétaires de capitaux propres et les propriétaires de la dette des monopoles tels que Vale, US Steel, Lafarge, AbitibiBowater, les propriétaires de la dette fédérale et provinciale ainsi que les bénéficiaires des combines pour payer les riches telles que les plans de sauvetage ou de « stimulation » pour les monopoles de l'automobile et l'avance de liquidités aux banques.

Ce vol de ce qui appartient de droit à la classe ouvrière concentre la richesse entre de moins en moins de mains loin de la population, de l'économie et des collectivités au Canada. La circulation des biens et services est affaiblie par ce vol, tandis que moins de produit social est entre les mains des Canadiens pour leur utilisation directe. Cela fait mal aux entreprises locales et au réinvestissement dans l'économie et les communautés canadiennes. C'est une façon de payer les riches et une forme de désintégration nationale. On doit y mettre fin avant que l'économie soit davantage affaiblie, le niveau de vie des gens diminue davantage et le tissu social de la société s'affaiblisse.

La mainmise du produit social hors des mains des travailleurs actifs et retraités et en dehors de l'économie par les riches, leurs monopoles et les gouvernements est un problème grave qui doit être dénoncé et opposé autant dans ses formes générales que particulières. Tous les travailleurs devraient se rallier derrière ces travailleurs qui sont particulièrement menacés par des concessions et leur fournir tout le soutien qu'ils peuvent, comme la défense de la ligne de piquetage à Vale Inco et aider les travailleurs retraités du secteur public en Nouvelle-Écosse dans leur résistance face à l'élimination unilatérale de l'indexation de leurs pensions par le gouvernement NPD.

Les travailleurs et leurs alliés doivent se rallier pour bâtir leur propre opposition ouvrière et mettre fin à cette tendance générale du vol du produit social par les riches, leurs monopoles et leurs gouvernements, produit social qui appartient aux travailleurs du fait qu'ils sont les producteurs du produit social et les dispensateurs de services. Les travailleurs et leurs alliés doivent s'unir et se rallier à la défense des Canadiens, surtout les plus vulnérables qui ont des droits en vertu du simple fait qu'ils sont des être humains.

Ensemble, levons la bannière de l'augmentation des investissements dans le secteur manufacturier, les programmes sociaux, les services publics et les entreprises, la bannière de l'édification nationale.

Arrêtez de payer les riches ! Augmentez les investissements dans les programmes sociaux ! Les concessions ne sont pas des solutions à la crise économique, elles ne font que l'exacerber !

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Étude

Le rythme accéléré de la contraction de 2008-2009

Le repli économique amorcé en 2008 a été particulièrement remarquable quant à la rapidité à laquelle il a surgi et à sa gravité, lesquelles se sont manifestées sur le marché financier et sur le marché des produits de base en août 2008. Les fortes baisses observées à la fin de 2008 sur le marché boursier ainsi que sur ceux des produits de base et des changes ont été plus prononcées que celles notées dans les trois marchés au cours des trois cycles précédents (en 1981-1982, au début des années 1990 et en 2001). De plus, la plupart de ces baisses sont survenues au cours de deux ou trois mois à la fin de 2008, soit un rythme bien plus rapide que ceux des replis économiques précédents.

La forte baisse des prix des produits de base s'est poursuivie pendant huit mois, soit de juin 2008 à février 2009. Il s'agit d'une période nettement plus courte que celles des cycles précédents. Malgré sa brièveté, la baisse de 50 % des prix des produits de base durant le présent cycle a largement dépassé celles des autres cycles.

Le dollar canadien s'est éloigné de la parité avec le dollar américain, s'étant replié pour se situer à 79 cents, soit son niveau mensuel le plus faible des 10 mois compris entre mai 2008 et mars 2009. En comparaison, les diminutions survenues au cours de chacun des trois cycles précédents s'échelonnaient sur une période d'un an ou plus. La dépréciation de 21 % du dollar canadien vers la fin de 2008 et au début de 2009 a largement dépassé les baisses de moins de 10 % enregistrées au cours des cycles antérieurs.

La Bourse de Toronto a atteint un sommet en juin 2008, puis s'est rapidement repliée jusqu'au début de mars 2009, soit une dégringolade qui s'est poursuivie pendant neuf mois. Cette situation est à mettre en parallèle avec la baisse d'un sommet à un creux de 12 mois en 1981-1982, avec celle de 14 mois en 1989-1990 et avec celle de 13 mois en 2000-2001. La diminution de 45 % en 2008-2009 a dépassé les baisses de 37 % en 1981-1982, de 23 % en 1989-1990 et de 39 % en 2000-2001.

Même si la contraction initiale de la production et de l'emploi a été particulièrement rapide à se manifester au cours du dernier repli, les pertes globales n'ont pas dépassé les pertes des deux récessions précédentes. Le produit intérieur brut (PIB) réel trimestriel a fléchi de 3,6 % en 2008-2009, par rapport au recul de 3,4 % en 1990-1991 et à celui de 4,9 % en 1981-1982. Près des deux tiers de la baisse s'est produite entre novembre 2008 et janvier 2009, une période de trois mois durant laquelle le PIB a diminué de 2,5 % alors que les exportations du Canada ont reculé de 26 %.

De même, l'emploi a fléchi de 2,3 % au cours de la présente récession, comparativement au repli de 3,4 % en 1990-1992 et à celui de 5,4 % en 1981-1982. La quasi-totalité de la baisse est survenue au cours des quatre mois compris entre novembre 2008 et février 2009.

Selon ces mesures, quoique la récession de 2008-2009 ait été plus rapide à toucher le fond, elle a été semblable à celles des cycles précédents, ou moins prononcée.

De plus, les contractions plus fortes sur les marchés financiers observées en 2008 ne se sont pas reflétées dans l'économie réelle.

Même si le rythme accéléré des cycles a été évident tant sur les marchés financiers que dans l'économie réelle durant la contraction de 2008-2009, l'ampleur des baisses a été fort différente, soit plus forte sur le marché financier et plus contenue dans l'économie réelle. Le rôle joué par les prix a permis de réconcilier les deux.

La forte baisse des prix des produits de base a été le principal facteur à l'origine de la diminution des stocks et du taux de change au Canada. La baisse des prix des produits de base s'est reflétée dans le repli record de 7,6 % du PIB nominal, principalement attribuable à une baisse de 4,2 % des prix, tandis que la diminution du volume de production a été relativement faible. C'est ce recul marqué des revenus et des prix nominaux qu'avaient prévu les marchés financiers.

Les variations de prix ont constitué la principale différence entre les récessions aux États-Unis et au Canada. Aux États-Unis, la contraction de 3,8 % du PIB réel jusqu'à la fin du deuxième trimestre de 2009 était légèrement supérieure à celle des deux récessions précédentes. Le PIB nominal des États-Unis a reculé de seulement 2,4 % au cours de la dernière récession, ce qui laisse entendre que les prix ont crû de 1,5 %, un contraste frappant avec la baisse record des prix au Canada.

Ainsi, la récession du PIB en 2008-2009 a été davantage attribuable aux prix qu'au volume au Canada, mais davantage imputable au volume qu'aux prix aux États-Unis. La distinction entre les prix et le volume est importante pour plusieurs raisons. Le volume de production est plus étroitement lié à l'emploi, ce qui aide à expliquer pourquoi les pertes d'emplois ont été plus importantes aux États-Unis qu'au Canada. En outre, les variations de prix sont plus faciles à inverser que les variations de la production.

L'étude « Le rythme accéléré de la contraction de 2008-2009 » figure dans l'édition Internet de mai 2010 de L'observateur économique canadien, vol. 23, no 5 (11-010-X, gratuit), accessible à partir du module Publications de notre site Web, sous l'onglet Ressource clé.

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La fermeture de la brasserie Lakeport à Hamilton

Il faut restreindre le droit de monopole!

Le monopole américano-belge de la bière InBev (Labatt) a acheté une petite brasserie concurrente de Hamilton en 2007 dans le seul but de la fermer dès que ce serait politiquement opportun de le faire (c'est en tout cas l'opinion de plusieurs). En mars dernier, le monopole a annoncé que la fermeture était pour avril et que par la suite tout l'équipement de la brasserie en serait sorti. InBev (Labatt) a été on ne peut plus clair sur son intention de ne pas avoir de compétition à Hamilton quand elle a dit que les deux années qui restent sur son bail avec l'autorité portuaire de Hamilton pouvaient aller à n'importe quelle entreprise qui ne brasse pas de bière et ne produit pas de liqueurs douces.

Face aux dénonciations des gens de Hamilton, plutôt que de montrer quelque souci pour le droit public, InBev (Labatt) a dit aux 143 travailleurs de la brasserie Lakeport que l'usine allait fermer plus tôt que prévu et que tous les moyens de production seraient retirés immédiatement. Le monopole a déjà agi de cette façon en Ontario dans le passé en fermant des brasseries à Waterloo et à Etobicoke et en vidant les usines au mépris de l'opposition populaire.

La destruction délibérée de l'activité manufacturière par InBev (Labatt) pour servir un but étroit est déjà devenue un classique de l'imposition du droit de monopole. La question qui se pose à Hamilton n'est pas tant de démontrer l'injustice flagrante de cette négation du droit public et les dommages que cela cause à l'économie socialisée mais de mobiliser la population pour stopper cette négation.

Trois petites brasseries ont manifesté de l'intérêt à acheter l'usine à condition que l'équipement soit intact mais Inbev (Labatt) les a repoussées tout de suite. Certains parmi les couches intermédiaires, dont plusieurs élus, ont soulevé la question au Conseil municipal, à la législature ontarienne et au parlement fédéral mais ils ont été vite découragés par l'énorme puissance financière et légale du monopole. On a rapporté que le député de Hamilton Centre David Christopherson a demandé à Tony Clement, le ministre de l'Industrie, d'intervenir tout en ajoutant qu'il ne pense pas qu'Ottawa peut forcer Labatt à vendre son équipement. Un député provincial de Hamilton a demandé aux libéraux au pouvoir d'intervenir mais la ministre du Développement économique Sandra Pupatello l'a vite rebuffé en disant : « Le rôle du gouvernement dans un cas comme celui-là est de créer un climat d'affaires qui attire les entreprises à Hamilton plutôt que de les faire fuir en les attaquant. » Un propriétaire de taverne de Hamilton s'est dit d'accord avec l'appel des Teamsters à la population de Hamilton à boycotter les produits de InBev (Labatt) mais il a tout de suite ajouté que toutes les tavernes doivent le faire sinon il va perdre des clients. Des gens qui oeuvrent dans le domaine légal ont dit que le droit commercial actuel qui traite de la restriction de la compétition par les monopoles nous lie les mains parce que la Loi sur la concurrence n'a pas de dents. Un conseiller municipal de Hamilton a logé une plainte devant le Bureau de la concurrence contre la décision de InBev (Labatt) de fermer la brasserie mais le tribunal l'a rejetée.

Les couches intermédiaires et les petites et moyennes entreprises ne sont pas capables à notre époque d'être à la tête de l'édification nationale parce qu'elles sont constamment absorbées ou bloquées par les monopoles et leur contrôle de l'État. Pour que tous joignent la résistance unie, il faut que le peuple se convainque que la classe ouvrière est sérieuse, bien organisée et consciente de la direction nouvelle de l'édification nationale qu'elle veut donner au pays et à l'économie en opposition au droit de monopole. L'exemple de la brasserie Lakeport est un exemple du droit de monopole qui supplante le droit public des travailleurs, des couches intermédiaires et des petites et moyennes entreprises. Aucune autre force sociale que la classe ouvrière n'a la force du nombre et la détermination nécessaires pour défendre le droit public et confronter le droit de monopole.

(Pour plus d'information sur la fermeture de la brasserie Lakeport, voir l'article « Pour une alternative à la fermeture de la brasserie Lakeport à Hamilton » dans le LML du 9 avril 2010)

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Industrie forestière en Colombie-Britannique

Nous avons besoin de plus d'industrie
du bois, pas moins

Selon David Emerson, un ancien député du cabinet fédéral, l'avenir des Canadiens consistera à « continuer d'être des 'scieurs de bois et des porteurs d'eau' » et la « création de la richesse » sera « basée sur les ressources naturelles et sur le développement des ressources naturelles » encore plus que par le passé.

Voilà une bien curieuse déclaration compte-tenu du contexte, alors que l'économie canadienne se voit rapidement « désindustrialiser » avec des centaines de milliers d'emplois perdus dans les industries forestière, automobile, et autres. En effet, Emerson semble applaudir cette désindustrialisation, d'autant plus que c'est sous sa supervision en tant que ministre fédéral de l'industrie, PDG de la corporation Canfor, et bureaucrate aux échelons supérieurs du gouvernement provincial de la Colombie-Britannique, que cette détérioration s'est produite.

Déclaration curieuse, aussi, du fait que même des membres de l'élite économique et politique se plaignent (sans pour autant, bien sûr, faire quoi que ce soit pour changer la situation) que la dépendance du Canada vis-à-vis l'exportation de matières premières est un problème sérieux. Par exemple, en 2007, le Conference Board du Canada indiquait, dans une critique acerbe de l'industrie canadienne, qu'« un avantage compétitif fondé uniquement sur des ressources locales ou à bas prix n'est pas renouvelable ».

Sur une note similaire, Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada, exprimait récemment sa déception envers les dirigeants des grandes entreprises pour leur « manque de volonté » à réinvestir dans leurs propres opérations au Canada, ayant comme résultat une feuille de route de productivité exécrable (le 25 mars 2010, Globe and Mail).

Tout cela révèle une sérieuse carence dans l'économie, ainsi que dans l'attitude de l'élite économique et politique de ce pays. Le Canada abonde en ressources naturelles riches et fécondes, que ce soit ses forêts, ses minéraux, ses métaux, son énergie hydro-

électrique, son pétrole et son gaz, ses produits agricoles, sa pêche, etc. Ces ressources naturelles sont des avantages énormes quand il s'agit d'édifier la nation, et de façon indéniable, plus d'un pays dans le monde donnerait n'importe quoi en échange ne serait-ce que d'une fraction des ressources du Canada.

Une des raisons pour lesquelles le Canada s'est constitué en nation fut pour se défendre contre l'expansion des États-Unis en Amérique du Nord. Pourtant, au vingtième siècle, l'élite canadienne a abandonné toute prétention d'édifier la nation et a commencé un processus de braderie massive de nos ressources naturelles et de notre économie principalement aux intérêts étatsuniens. Maintenant, au vingt-et-unième siècle, nous sommes devenus un des pays les plus dominés par des intérêts étrangers au monde, et cette domination est dans les sphères économiques, culturelles et commerciales.

Ceci dit, le Canadien moyen aspire à un pays indépendant, économiquement équilibré et qui contrôle ses ressources naturelles. Par contre, cette aspiration n'est pas partagée par les sections dominantes de l'élite canadienne.

Et ainsi va la vie, les politiciens de l'establishment et les dirigeants des grandes entreprises, que ce soit au niveau fédéral ou provincial, se font des carrières sur la base d'une plus grande braderie des ressources naturelles et d'une plus grande intégration à l'économie des États-Unis. Au coeur de la médiocrité se trouve l'esprit servile, et peu d'endroits au monde ont une élite politique aussi servile que celle du Canada.

Ainsi nous retrouvons-nous avec une économie dont des secteurs en entier sont en état de léthargie avancée et qui dépend grandement de l'exportation de matières brutes ou à peu près non transformées. Il est intéressant de noter que David Emerson n'en a que pour l'industrie des sables bitumineux de l'Alberta en tant que « bel exemple » d'une « industrie à technologie sophistiquée », bien qu'il n'explique pas pourquoi le secteur industriel d'usinage, qui produit les machines qui servent à l'extraction et au traitement de matières premières et à la production, est extrêmement sous-développé. Ce secteur est essentiel pour maintenir une économie indépendante, et pourtant, les produits de ce secteur – que ce soit pour la foresterie, le pétrole et le gaz ou les autres industries – nous proviennent d'autres pays sous forme d'importations.

En ce moment, beaucoup d'encre coule au sujet de l'impact sur l'environnement occasionné par les sables bitumineux, l'expansion de pipelines et les opérations minières en Alberta aussi bien qu'en Colombie-britannique. Ce que ce débat semble parfois perdre de vue est que pour chaque baril de pétrole brut qui coule dans un pipeline, pour chaque wagon rempli de charbon ou de minerai qui sort du pays, disparaissent aussi toutes sortes d'opportunités pour des emplois et pour le développement économique. L'économie du pays est beaucoup affaiblie par le fait même.

C'est un paradoxe pour le moins étrange que des ressources naturelles abondantes, telles que le pétrole et le gaz, entre les mains d'une élite complaisante, peuvent mener à dénaturer une économie en passant sous silence ses faiblesses et son développement unilatéral. Les budgets provinciaux de la Colombie-britannique et de l'Alberta sont des exemples scandaleux de ce phénomène, et il en va de même pour le gouvernement fédéral.

Comment trouver des solutions à une économie dénaturée et tronquée, ainsi qu'à la désindustrialisation ? Ne retenons pas notre souffle, car David Emerson ainsi que les autres membres de l'élite économique et politique ne proposeront rien en ce sens. Leur oeuvre parle d'elle-même.

Ces réponses viendront plutôt du peuple, en particulier les travailleurs, dont l'intérêt dans un pays industriel, indépendant et prospère est indéniable. [...]

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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