Le Marxiste-Léniniste

Numéro 83 - 7 mai 2010

Venezuela

Désinformation sur les droits humains

Des prisonniers politiques au Venezuela? - Eva Golinger, Correo del Orinoco international
Lutte contre la corruption ou persécution des opposants politiques au Venezuela? Une réponse au New York Times - Suggett James, Venezuelanalysis.com

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Venezuela

Des prisonniers politiques au Venezuela?

Lorsque des politiciens et des acteurs politiques commettent des crimes, peuvent-ils prétendre être persécutés ? Si d'une part les organisations internationales soutenues par Washington condamnent l'administration Chavez pour sa présumée persécution politique, d'autre part les faits révèlent la différence entre l'activisme et le crime.

Amnesty International a lancé un appel urgent la semaine dernière, affirmant que cinq personnes font l'objet de persécutions politiques par le gouvernement vénézuélien. L'organisation internationale de défense des droits humains a allégué que « ces dernières années, le gouvernement vénézuélien semble avoir établi un régime de répression de la dissidence par l'utilisation de méthodes législatives et administratives pour réduire au silence et harceler les critiques. Les lois sont utilisées pour justifier ce qui semble être essentiellement des accusations politiquement motivées, ce qui indiquerait que le gouvernement vénézuélien cible délibérément ses adversaires. »

Ce que Amnesty International omet de préciser, c'est qui sont vraiment les individus en question et quels sont les faits derrière les crimes dont ils sont réellement accusés. L'appel à l'action mentionne le Vénézuélien Oswaldo Alvarez Paz, un ex-gouverneur de l'État de Zulia, qui a été arrêté et inculpé il y a deux semaines pour « incitation publique à la criminalité » et « diffusion de fausses informations ». Alvarez Paz qui a participé au coup d'État d'avril 2002 contre le gouvernement vénézuélien et qui a toujours encouragé publiquement le renversement violent de l'administration Chavez, a déclaré en direct à la télévision que le gouvernement vénézuélien soutient les groupes terroristes et facilite le trafic de la drogue. Dans le cadre de ses déclarations, Alvarez Paz appuyait les allégations d'une cour d'Espagne et de plusieurs organisations internationales de droite qui ont pour vocation la condamnation internationale du gouvernement vénézuélien.

Les partisans d'Alvarez Paz se cachent derrière le concept de la liberté d'expression. Mais les citoyens sont-ils libres d'aller en direct à la télévision nationale et d'y accuser le président d'une nation de trafic de drogue et de terrorisme, sans présenter la moindre preuve ? Est-ce que cela pourrait se produire dans un autre pays sans qu'il y ait conséquence ? Imaginez un ancien gouverneur des États-Unis qui va en direct sur la chaîne NBC pour accuser le président Barack Obama de terrorisme et de trafic de drogue, sans preuve à l'appui de si dangereuses allégations. L'individu serait immédiatement arrêté par les services secrets et poursuivi dans toute la mesure de la loi, non seulement pour avoir diffusé de fausses informations, mais aussi pour avoir mis en péril la vie et la réputation de la présidence des États-Unis.


Henry Vivas, Ivan Simonovis et Lazaro Forero, anciens commissaires de police trouvés coupables l'année dernière d'avoir joué un rôle dans le coup d'État de 2002.
(Correo del Orinoco)

Dans la plupart des démocraties qui reconnaissent et chérissent le droit à la liberté d'expression, des limites sont imposées par rapport à la mise en péril de la sécurité d'une nation ou de ses dirigeants. En outre, nul n'a la liberté de diffamer et de calomnier les autres publiquement sans preuve et sans conséquences. Les actions d'Alvarez de Paz violent non seulement les lois du Venezuela, mais aussi les principes internationaux de la liberté d'expression. La liberté d'expression n'est pas absolue en droit international – des limitations sont imposées lorsqu'elle viole clairement les droits et la sécurité d'autrui.

Mais au Venezuela, beaucoup croient qu'ils sont au-dessus de la loi, en particulier ceux de la classe dirigeante qui a dominé la nation tout au long du siècle dernier. Par exemple, la plupart des personnes impliquées dans le coup d'État d'avril 2002 qui a renversé le gouvernement n'ont pas été poursuivis pour leurs crimes, et ils continuent de s'organiser pour renverser le gouvernement Chavez. Seulement trois commissaires de police ont été traduits en justice en rapport avec le coup d'État d'avril 2002, après qu'un tribunal eut jugé qu'ils étaient responsables d'avoir ordonné, il y a huit ans, le massacre de Vénézuéliens manifestant dans les rues. Néanmoins, les trois commissaires de police, Ivan Simonovis, Lazaro Forero et Henry Vivas, ont lancé un appel aux organisations internationales prétextant qu'ils sont des prisonniers politiques parce qu'ils s'opposent au président Chavez. Leur condamnation a été confirmée cette semaine au Venezuela par une cour d'appel.

Relâcher illégalement des prisonniers, est-ce un droit ?

Un autre cas évoqué par Amnesty International est celui de Maria Lourdes Afiuni, une juge arrêtée le 10 décembre 2009 pour avoir aidé un détenu à s'échapper d'une salle d'audience et à fuir le pays. La juge Afiuni a été accusée d'avoir permis à Eligio Cedeno, un banquier vénézuélien poursuivi et emprisonné pour corruption et détournement de fonds, de quitter sa salle du tribunal par une porte dérobée. Elle avait demandé une audience pour Cedeno sans en aviser le bureau du procureur, en violation flagrante de la procédure judiciaire, et une fois qu'elle l'avait physiquement dans la salle d'audience, elle l'a libéré par une porte dérobée, permettant son évasion à Miami.

La juge Afiuni a ensuite été arrêtée et inculpée de corruption. Le président Chavez a publiquement cité le cas comme une preuve de la corruption dans le système judiciaire et a appelé le bureau du procureur général à prendre les mesures nécessaires. Mais le président vénézuélien n'a pas été responsable de la détention de la juge, et son arrestation n'était pas arbitraire, elle était fondée sur des preuves solides d'inconduite judiciaire et d'abus.

Les manifestations violentes et la corruption

Un article du New York Times de dimanche dernier lance une attaque cinglante contre l'administration Chavez, l'accusant de « réprimer la dissidence » par l'arrestation de ces individus. L'article cite le cas du général Raul Baduel Isaias, un ancien ministre de la Défense et allié de Chavez actuellement emprisonné pour corruption. L'auteur de l'article tente de dépeindre Baduel comme une victime du président Chavez, mais omet de mentionner que l'ancien fonctionnaire militaire a été pris en flagrant délit à voler plus de 30 millions US $ pendant son mandat. En sa qualité de ministre de la Défense, Baduel avait acquis des entreprises, des fermes et des propriétés à l'intérieur et à l'extérieur du Venezuela. C'est seulement après sa démission forcée, exigée par Chavez, et qu'il eut fait l'objet d'une enquête pour corruption, que le général Baduel a prétendu être la victime de persécution politique.

Richard Blanco, un leader de l'opposition, a également été cité par Amnesty International comme prétendu victime d'une forme de persécution politique. Pourtant, Blanco a été arrêté en plein jour, après avoir agressé physiquement un policier lors d'une manifestation publique et avoir incité d'autres personnes présentes à la manifestation à violer la barricade de la police et à participer à une protestation violente. Ses actions ont été vues en direct à la télévision et ne peuvent guère être contestées.

D'autres dirigeants de l'opposition accusés de crimes tels que la corruption ont fui le pays, ne voulant pas faire face aux accusations ou subir un procès judiciaire. Plusieurs de ces individus bien connus ont obtenu l'asile aux États-Unis et au Pérou, deux refuges notoires pour les criminels de l'Amérique latine. L'ancien gouverneur de Zulia, Manuel Rosales, qui est suspecté de vol de millions de dollars du trésor public pillés durant ses années en tant que gouverneur et d'accumulation massive et illégale de terres, a fui l'an dernier. Du Pérou, où il a obtenu l'asile, Rosales allègue qu'il est un prisonnier politique du gouvernement Chavez. Il est rejoint par d'autres criminels violents et corrompus, dont Nixon Moreno, inculpé pour tentative de viol d'une policière, et Oscar Perez, inculpé pour violence armée et incitation criminelle au cours de manifestations l'an dernier.

L'idéologie n'est pas une exemption à la criminalité. Après une longue période d'impunité au Venezuela, le système judiciaire commence enfin à risquer d'imposer la loi, quelles qu'en soit les conséquences. En novembre 2004, le procureur fédéral Danilo Anderson, chargé d'enquêter sur les individus impliqués dans le coup d'État d'avril 2002, a été assassiné durant un acte terroriste atypique après que son véhicule eut explosé. À ce jour, son cas demeure non résolu.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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Lutte contre la corruption ou persécution
des opposants politiques au Venezuela?
Une réponse au New York Times

Comme le Venezuela se dirige vers sa 15e élection sous surveillance internationale en dix ans[1], l'assaut des médias internationaux contre le gouvernement démocratiquement élu de Chavez s'intensifie. Le 3 avril, le correspondant du New York Times Simon Romero a prêté main forte à l'élite du Venezuela, l'opposition néolibérale, par la déformation des nouvelles positives sur les efforts anti-corruption du gouvernement dans une diatribe profondément biaisée sur la supposée persécution politique.

En faisant vaguement référence à plusieurs faits très pertinents, Romero suggère que Chavez a manipulé l'arrestation arbitraire du juge María Afiuni Lourdes pour avoir simplement déplu au président, et que cela fait partie des efforts de Chavez pour prendre le contrôle du pouvoir judiciaire et faire taire la dissidence.[2]

Lorsqu'on la considère en soi, l'arrestation d'Afiuni pour avoir illégalement permis à un riche banquier en détention d'être libéré et donc fuir le pays reflète les efforts du gouvernement visant à établir la primauté du droit dans le secteur bancaire et le système de justice historiquement corrompus. Il met aussi en lumière des problèmes profondément enracinés dans la magistrature du Venezuela, ce qui indique qu'il y a encore beaucoup à faire pour bien corriger ces problèmes.

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Voici ce qui s'est passé : en 2007, les autorités vénézuéliennes ont arrêté Eligio Cedeño, l'ancien président de deux banques, relativement à l'accusation d'avoir volé 27 millions $ de l'organisme de l'État gérant les devises étrangères, CADIVI, grâce à un faux contrat d'importation.

En décembre dernier, le gouvernement a intensifié ses enquêtes sur la corruption dans le secteur bancaire, menant à l'arrestation de 10 banquiers pour fraude, et à la liquidation ou nationalisation de huit banques qui avaient violé les lois bancaires nationales - y compris les deux anciennes banques de Cedeño, Banco Canarias et Banco Bolivar. Trois dirigeants de la banque ont fui le pays pour éviter les accusations, alors le gouvernement a imposé des interdictions temporaires de voyage à l'étranger et a saisi les actifs de près de trente autres banquiers qui ont été soumis à l'enquête.[3]

Au milieu de tout cela, le 10 décembre, la juge Afiuni a modifié les conditions du mandat d'arrêt de Cedeño afin de lui permettre d'être libéré de sa détention. Plus important encore, elle l'a fait lors d'une audition sans préavis, sans en aviser le ministère public du bureau du procureur général, en violation du code de procédures pénales. Cedeño a été libéré et, quelques jours plus tard, il se retrouve à Miami, où il était détenu par les autorités d'immigration des États-Unis pour être entré illégalement au pays.[4]

Si la seule infraction d'Afiuni avait été un vice de procédure judiciaire, alors elle n'aurait pas été arrêtée. Au contraire, elle aurait été sanctionnée par la Cour suprême en fonction de son propre code de déontologie, une procédure prévue par la Constitution de 1999 afin d'assurer l'indépendance du pouvoir judiciaire. Cependant, il a été prouvé qu'Afiuni a conspiré pour aider Cedeño à éviter de faire face aux accusations au moment de l'éclatement du scandale de fraude dans lequel il était impliqué. Ainsi, les procureurs nationaux ont mis en accusation Afiuni pour complot, ce qui justifiait son arrestation.[5]

Il importe de souligner que ni la juge Afiuni ni Eligio Cedeño n'a fait campagne contre ou critiqué le gouvernement. Ceux qui font tout un plat de cette question comme étant une manière de réduire au silence les critiques du gouvernement se trompent et sont coupables d'avoir délibérément trompé le public. La juge et le banquier ont été arrêtés respectivement pour corruption et fraude et ils seront jugés comme tout autre citoyen.

Cela relève de la plus grande hypocrisie de la part des médias quand ils disent d'une part qu'il y a des prisonniers politiques lorsque le gouvernement prend des mesures efficaces contre la corruption et la criminalité, et qu'ils condamnent, d'autre part, le gouvernement pour ne pas faire assez à propos de la corruption et la criminalité, selon ce qui sert leurs fins.

Néanmoins, il convient de rappeler qu'il y avait des problèmes liés à l'arrestation de Cedeño et Afiuni. Par exemple, Romero fait référence à trois avocats des droits humains de l'ONU qui ont critiqué la détention de Cedeño. La critique est centrée sur le fait que la détention de Cedeño a duré près de deux ans avant que son procès commence, ce qui constitue une infraction à son droit à un procès expéditif.[6] En effet, les délais pour procès sont depuis longtemps et continuent d'être un problème au Venezuela.

Mais ce n'est pas une preuve de persécution dirigée par l'État ; elle reflète l'inefficacité de la procédure judiciaire dans son ensemble. Ces problèmes systémiques doivent être vus séparément en tant que tels et analysés en détail, dans le contexte de l'ensemble des mesures du gouvernement pour une réforme judiciaire.

Le système judiciaire vénézuélien

Pendant des décennies avant Chavez, le système judiciaire du Venezuela avait un énorme problème avec la corruption qui sapait la primauté du droit et servait les intérêts de la direction répressive du monopole des deux partis. Plusieurs massacres infâmes d'opposants politiques ordonnés par l'État durant les années 1980 sont restés jusqu'à présent impunis et le gouvernement Chavez enquête sur les événements et localise les corps des victimes.[7]

La corruption persiste encore aujourd'hui, et il y a encore des victimes, mais cela n'est pas mis en évidence par l'opposition et leurs médias alliés internationaux. Cela inclut plus de 220 organisateurs des régions rurales qui, dans leurs campagnes pour obtenir des lopins de terre conformément à la loi de 2001 sur les terres, ont été tués par des assassins au service des intérêts des grands propriétaires terriens.[8] Ces riches propriétaires terriens conservateurs utilisent leur argent pour exercer une influence extraordinaire sur les tribunaux et les fonctionnaires du gouvernement régional; par conséquent, seule une poignée de gens ont été emprisonnés pour ces crimes.[9]

Ce n'est pas surprenant que la situation de ces paysans sans terre ne soit pas mise en évidence dans les médias de masse, du moins pas avec un souci réel pour leur lutte. Au contraire, leurs meurtriers sont défendus contre les prétendues « invasions » de la propriété privée par le gouvernement.[10]

Considérant ce contexte, l'affaire de la juge Afiuni reflète deux problèmes majeurs dans le système de justice : son traitement en prison et la possibilité d'intervention par d'autres branches du gouvernement dans son arrestation.

Les prisons

Romero suggère dans son article qu'Afiuni est persécutée en étant placée dans une cellule sombre dans la même prison que des détenus qu'elle a condamnés ou qui sont en colère contre le système judiciaire qu'elle représente. Pour être clair, aucune preuve n'a été présentée que son droit à un procès équitable a été violé ou qu'elle a été privée d'information ou d'un avocat, ou d'autres droits, comme le ton de Romero semble suggérer.

Pendant des décennies, sinon plus, le système carcéral vénézuélien a été notoirement surpeuplé, mal entretenu, corrompu et dangereux. Des affrontements sanglants en prison et des soulèvements ont marqué les années 1990, avec une population carcérale record de 32 000 en 1992. Le gouvernement Chavez a initié un programme d'humanisation des prisons en 2006, procuré à de nombreuses prisons de meilleurs soins de santé, des installations sportives et des leçons de musique.[11] Toutefois, les prisons restent surpeuplées avec une population moyenne de plus de 20 000 au cours des dix dernières années et il y a eu une récente hausse de la population carcérale due à l'accroissement des mesures de la lutte contre le crime du gouvernement. Jusqu'aux deux tiers des détenus ont été en attente de jugement à certains moments et des centaines de prisonniers sont tués annuellement dans des rixes.[12]

Certes, un juge ne devrait pas avoir une cellule plus confortable juste à cause de sa classe socio-économique. Donc, si l'on est à se plaindre au sujet des droits d'Afiuni en tant que prisonnière dans ce contexte, il convient de souligner que tous les prisonniers ont besoin de meilleurs programmes pour les aider à se réadapter et se réintégrer dans la société. Le commentaire d'Afiuni au New York Times qu'elle se sent comme si elle était en « enfer » n'est pas une preuve d'attaque directe dirigée par l'État contre elle en particulier, mais plutôt une indication qu'il y a encore beaucoup à faire pour améliorer le système carcéral vénézuélien.

Indépendance judiciaire

Une autre question importante est de savoir si l'indépendance judiciaire a été confirmée dans le cas d'Afiuni. Peu de temps après qu'Afiuni ait permis à Cedeño d'être libéré, le législateur de l'Assemblée nationale Carlos Escarrá, un avocat de droit constitutionnel et ancien juge de la Cour suprême, a dénoncé publiquement Afiuni. « Elle a été complice d'un crime, et qui plus est, elle a aidé à l'évasion de Cedeño », a déclaré Escarrá. « La justice doit être égale pour tous. Tout comme quelqu'un qui vole un morceau de pain est mis en prison, un banquier ou un homme d'affaires doit subir le plein poids de la loi », a-t-il dit.[13]

Une semaine plus tard, après la réapparition de Cedeño à Miami, le président Chavez a exprimé son indignation que la juge serait impliquée en contredisant directement les efforts d'anti-corruption menés dans le système judiciaire. Il a dit qu'Afiuni devrait passer trente ans en prison. « Elle a violé la loi, en premier lieu, parce qu'aucun juge ne peut tenir une audience sans la présence de la poursuite... elle est en prison, et je demande sévérité contre cette juge », a dit le président.[14]

Ces déclarations publiques provenant de la branche législative et exécutive constituent-elles des interventions dans la branche judiciaire, en violation de la Constitution nationale ? Selon Red de Apoyo para la Justicia y la Paz, une organisation indépendante des droits humains à Caracas, cela est discutable.

« Ce qu'une personne déclare publiquement sur une affaire est une chose. Il n'y a rien de mal à ce qu'un politicien fasse une déclaration que quelqu'un devrait être mis en prison », a dit le coordonnateur général Pablo Fernández à Venezuela Analysis la semaine dernière. « La réaction au sein de la branche judiciaire est une autre chose. La déclaration sur Afiuni a-t-elle été comprise, ainsi que la réaction à son sujet, comme un ordre ? Ou bien le bureau du procureur général a-t-il suivi la procédure normale pour un tel cas ? »[15] Jusqu'à présent, il semble que les procureurs ont suivi les normes de procédure pour un juge accusé d'un crime.

Sur un autre aspect de la question de l'indépendance judiciaire, un groupe des droits humains à Caracas aligné sur l'opposition, PROVEA, a souligné dans son rapport annuel 2009 qu'il y a une coïncidence entre les déclarations des fonctionnaires de l'exécutif et une partie des actions de la Cour suprême, du Bureau du procureur général et le Bureau du Défenseur public.[16]

Une telle coïncidence ne constitue pas en soi une violation de l'indépendance judiciaire. Il est nécessaire d'examiner les cas pour des éléments de preuve que les déclarations du président ont influencé ou sapé arbitrairement la justice.

Par exemple, PROVEA a dit que 509 manifestants politiques ont été temporairement détenus ou arrêtés durant les dix années de l'administration Chavez. L'organisation les appelle les « prisonniers politiques et victimes de l'intolérance politique » et aussi les victimes de « l'utilisation de fonctionnaires judiciaires en tant qu'instruments d'intimidation », ce qui implique que le parti politique au pouvoir intervient dans le pouvoir judiciaire.[17]

Des bulletins de nouvelles locales confirment que certaines manifestations de l'opposition vénézuélienne sont pacifiques et certaines sont violentes, et certaines commencent pacifiquement puis tournent à la violence. Des manifestations pacifiques ont lieu régulièrement sans répression policière. Au contraire, le cordon policier balise le parcours jusqu'à ce que la marche soit terminée. Toutefois, des témoins oculaires confirment que lors des marches violentes, qui ces dernières années ont été principalement dirigées par des groupes d'étudiants d'opposition, les manifestants ont mené des assauts coordonnés contre la police à l'aide de cocktails Molotov, d'armes artisanales, de frondes, de pierres, de verre et à l'occasion d'armes à feu. La police a répondu aux agressions violentes avec des balles en plastique et des gaz lacrymogènes. Les étudiants se sont retirés sur leurs campus universitaires où la police ne peut pas entrer parce que cela est interdit par la loi. Intercalés entre les agressions violentes contre la police, on trouve des groupes de manifestants non armés à genoux devant la police avec leurs mains en l'air, ce qui représente pour les médias une image de victimes non violentes.[18] Les grands médias, y compris le New York Times, reprennent cette ligne en fournissant de fausses nouvelles et en faussant les événements pour les adapter à leur ligne éditoriale, affirmant que le gouvernement Chavez réprime les manifestants pacifiques.[19]

Tout manifestant qui tire du pistolet ou lance une bombe sur la police aux États-Unis et dans de nombreux autres pays est rapidement abattu par une pluie de balles. Mais au Venezuela, ces manifestants sont temporairement arrêtés ou détenus, et souvent même pas.

Le fait que le président Chavez condamne publiquement ces manifestations violentes lorsqu'elles se produisent, et à une occasion a encouragé la police à lancer des gaz lacrymogènes sur eux, ne semble guère constituer une violation de l'indépendance judiciaire, ni du droit des manifestants à la justice. Il semble très improbable que les commentaires de Chavez aient vraiment incité la police à agir et les juges à décider autrement qu'ils l'auraient fait ou plus durement que ce qu'ils devraient.

La réforme judiciaire du gouvernement

Il est clair que l'arrestation d'Afiuni est présentée pour donner l'impression que c'est de la persécution d'État ciblée, mais c'est vraiment le résultat des efforts du gouvernement pour corriger les problèmes systémiques de longue date. Il est également clair que les opposants au gouvernement utilisent l'argument de la persécution politique pour défendre leurs alliés politiques quand ils commettent des crimes. En plus de ces deux questions, certains critiques disent aussi que les efforts mêmes de réforme judiciaire du gouvernement violent l'indépendance judiciaire.

Peu de temps après que Chavez eut assumé ses fonctions en 1999, une Commission de restructuration judiciaire a été créée et 80 % des juges du pays ont été démis de leurs fonctions pour corruption. Ils ont été remplacés par des juges provisoires qui ont été nommés par la Commission et étaient censés être temporaires[20]. Toutefois, PROVEA a souligné dans son rapport annuel qu'en 2008, seulement 51 % des juges ont été examinés et se sont vus accorder une magistrature entière, tandis que 49 % sont demeurés provisoires[21]. On pourrait faire valoir que ces 49 % peuvent être influencés par la volonté du gouvernement qui les met en place. En outre, une des raisons pour lesquelles le processus d'examen des juges provisoire a pris si longtemps, c'est que beaucoup ont été jugés corrompus et ont été destitués, et remplacés. Ce brassage constant des juges a, malheureusement, porté préjudice au prompt déroulement et à l'objectivité de nombreux procès, ce qui a également reçu des critiques.

La loi de 2004 de la Cour suprême a également fait l'objet d'un débat sur l'indépendance judiciaire. Après que la Cour suprême en avril 2002 eut appuyé le coup d'État contre Chavez en jugeant que ce n'était pas un coup d'État, la loi de 2004 a été adoptée dans un effort pour réformer une Cour suprême clairement politisée. Cette loi a, entre autres, permis à l'Assemblée nationale de nommer et révoquer les juges avec un vote à majorité simple, si un vote à la majorité des deux tiers n'est pas atteint après trois tours de scrutin et de débat. Ce pouvoir, disent les critiques, semble rendre la Cour suprême trop subordonnée à l'alignement politique de l'Assemblée nationale, qui a été et demeure avant tout pro-Chavez[22].

Pour rendre le processus de réforme plus efficace et effectif, le gouvernement a initié en 2005 une deuxième ronde d'efforts de réforme. Un code de déontologie a été créé, et des cours municipales ont été créées pour accélérer le traitement des dossiers et améliorer l'accès des citoyens à la justice. De nombreuses commissions ont été créées pour améliorer la discipline dans le système judiciaire et attaquer à la source les pots-de-vin, la corruption, les violations de la procédure et d'autres infractions communes. Une telle commission, la Commission nationale du système judiciaire, est composée de représentants de l'Assemblée nationale, du Tribunal suprême de la justice, du ministère de la Justice et des Affaires intérieures, des forces de police, du système carcéral, du bureau du procureur général et du bureau du Défenseur public. La commission a été chargée de coordonner les politiques d'État pour l'amélioration du système.[23] Dans son rapport annuel 2009, PROVEA a critiqué le fait que la combinaison des branches de l'actuel gouvernement à la Commission « institutionnalise un facteur permanent d'intervention par le reste des pouvoirs dans le pouvoir judiciaire ».[24]

Malheureusement, en dépit de ces efforts de réforme, la corruption est encore très répandue. Un sondage effectué en 2009 parmi les juges vénézuéliens, réalisé par le groupe de défense des droits humains Development and Justice Consortium, a montré que seulement un tiers des juges pensent que les juges qui acceptent des pots-de-vin sont sanctionnés, et seulement la moitié des juges ont déclaré que les juges qui violent les normes sont licenciés.[25]

Ces critiques relatives à l'indépendance judiciaire ont une base et doivent être considérées, mais elles ne prouvent nullement que l'arrestation d'Afiuni a été un exemple de la persécution ou de la mise au silence des opposants au gouvernement, ni que cette persécution est une tendance croissante au Venezuela. Cependant, elles soulignent la difficulté - presque le paradoxe - d'intervenir dans un système judiciaire politisé dans l'intention d'établir l'indépendance judiciaire.

Conclusions

Dans son article du 3 avril pour le New York Times, Romero a manipulé et falsifié les faits concernant le cas Afiuni pour le rendre conforme à l'ordre du jour du Times d'entraver la parution de nouvelles et discussions honnêtes sur le Venezuela, et faire avancer le sabotage d'information contre le gouvernement Chavez qui est largement répandu parmi les médias internationaux à grand tirage.

Romero a affirmé que la juge Afiuni et Eligio Cedeño sont des prisonniers politiques. Ceci est manifestement inexact, d'autant plus qu'aucune preuve n'a été présentée qu'ils étaient politiquement actifs. Son article suggère aussi, par omission d'un contexte suffisant, que le gouvernement Chavez est la principale cause des problèmes dans le système judiciaire. Ceci est également inexact et fallacieux. Romero est même allé jusqu'à comparer implicitement Afiuni au dalaï-lama à la fin de son article, confirmant le manque de sérieux du Times pour aborder ces questions.

L'article de Romero est une insulte aux réels prisonniers politiques de l'Amérique latine - passés et présents - qui ont été torturés, assassinés et disparus par les dictateurs et les régimes néolibéraux qui ont utilisé le système de justice comme outil de répression pour éliminer les opposants. Et, dans le cadre de ces faits historiques horribles, l'article de Romero détourne son auditoire international de tout discours constructif sur les problèmes du système judiciaire du Venezuela et de la façon de les surmonter.

Le gouvernement vénézuélien a fait des efforts pour amorcer une réforme intégrale et durable du système judiciaire. Cela n'a pas été à ce jour une réussite totale. Mais la réponse de l'opposition - la condamnation impulsive de tous les efforts de réforme du gouvernement, en mettant tout le blâme sur le gouvernement de Chavez pour les problèmes dans le système judiciaire, tout en prétendant être des prisonniers politiques - est destructeur et ne contribue pas à résoudre problème historique du système judiciaire du Venezuela.

Notes

1. « Human Rights in Venezuela », Ambassade de la république bolivarienne du Venezuela aux États-Unis, le 24 février 2010, http ://www.embavenez-us.org/factsheet/FS-HR %20in %20Venezuela02242010.pdf
2. Romero, Simon, « Criticism of Chávez Stifled by Arrests », New York Times, le 3 avril 2010, http ://www.nytimes.com/2010/04/04/world/americas/04venez.html ?scp=1&sq=afiuni&st=cse
3. Suggett, James, « Venezuela Seizes Assets of Bankers Charged with Fraud », Venezuela Analysis, December 12, 2009, http ://venezuelanalysis.com/news/4999
4. Janicke, Kiraz, « Venezuela to Demand Extradition of Banker Detained in the U.S. », Venezuela Analysis, le 22 décembre 2009, http ://venezuelanalysis.com/news/5024
5. Pablo Fernández Blanco, coordonnateur de Red de Apoyo, entrevue personnelle, le 6 avril 2010.
6. http ://www.un.org/apps/news/story.asp ?NewsID=33273&Cr=judges&Cr1
7. Suggett, James, « Venezuela Advances Investigations of Fourth Republic Massacres », Venezuela Analysis, October 1, 2009, http ://venezuelanalysis.com/news/4830
8. Suggett, James, « Venezuelan Farmer Activists March Against Killings by Estate Owners », Venezuela Analysis, October 3, 2009, http ://venezuelanalysis.com/news/4838
9. Selon Adriana Ribas, un membre du Front national Ezequiel Zamora Campesino, six qui ont participé physiquement à ces assassinats et un complice ont été arrêtés. Farrel, Jojo ; Fox, Michael ; and Martinez, Carlos, Venezuela Speaks ! : Voices from the Grassroots (Oakland : PM Press, 2010), 58.
10. Les exemples abondent, tels qu'ils apparaissent régulièrement dans une série de journaux d'opposition de diffusion nationale à grand tirage, mais voici un de l'an dernier. « Denuncian masivas invasiones en Puerto Píritu », El Universal, le 2 septembre 2009, http ://noticias.eluniversal.com/2009/09/02/pol_art_denuncian-invasiones_1548622.shtml
11. L'article cite Human Rights Watch, NACLA, et d'autres sources sur le sujet. Janicke, Kiraz, « Venezuela Moves to Humanize Prison System Amidst Hunger Strikes », Venezuela Analysis, le 11 mars 2008, http ://venezuelanalysis.com/news/3260
12. Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos, « Informe Annual 2009 : Derechos de las Personas Privadas de Libertad », PROVEA, 2009, http ://www.derechos.org.ve/proveaweb/wp-content/uploads/18-c %C3 %A1rceles.pdf
13.« Escarrá fustiga a jueza del caso Cedeño por ser ‘cómplice de un delito' », Noticias24, le 15 décembre 2009, http ://www.noticias24.com/actualidad/noticia/128996/escarra-fustiga-a-jueza-del-caso-cedeno-por-ser-complice-de-un-delito/
14. « Chávez solicitó pena máxima para jueza que liberó a empresario Eligio Cedeño », Agencia Bolivariana de Noticias, le 11 décembre 2009, http ://www.abn.info.ve/noticia.php ?articulo=211496&lee=4
15. Pablo Fernández Blanco, coordonnateur de Red de Apoyo, entrevue personnelle, le 6 avril 2010.
16. Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos, « Informe Annual 2009 : Derechos a la Justicia », PROVEA, 2009, p. 249, http ://www.derechos.org.ve/proveaweb/wp-content/uploads/13-justicia.pdf
17. Ibid.
18. Gabriel, George and Suggett, James, « Venezuelan Students and Security Forces Clash Violently as Referendum Debate Intensifies »,Venezuela Analysis, le 28 janvier 2009, http ://venezuelanalysis.com/news/4148
19. Farrell, Jojo, « US Media Bias and Recent Student Violence in Venezuela », Common Dreams, le 15 novembre 2007, http ://www.commondreams.org/archive/2007/11/15/5247
20. Wilpert, Gregory, Changing Venezuela by Taking Power : The History and Policies of the Chavez Government (New York : Verso Books, 2007), 45.
21. Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos, « Informe Annual 2009 : Derechos a la Justicia », PROVEA, 2009, p. 248, http ://www.derechos.org.ve/proveaweb/wp-content/uploads/13-justicia.pdf
22. Wilpert, 47.
23. Alexander Eñaranda, membre du Front des avocats bolivariens, entrevue personnelle, le 6 avril 2010.
24. Programa Venezolano de Educación-Acción en Derechos Humanos, « Informe Annual 2009 : Derechos a la Justicia », PROVEA, 2009, p. 248,

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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