Le Marxiste-Léniniste

Numéro 80 - 4 mai 2010

Premier Mai 2010

Des millions de Cubains célèbrent le Premier Mai


La Havane, Cuba, Premier Mai 2010 (Cuba Debate)

Premier Mai 2010
Des millions de Cubains célèbrent le Premier Mai
Allocution du secrétaire général de la CTC Salvador Valdés Mesa
Reportage-photos: Cuba et Amérique latine

Haïti
Conférence de presse et réunion à Toronto: la reconstruction doit affirmer la souveraineté
Conférence internationale des donateurs de l'ONU: pour 10 milliards $ de promesses, la bourgeoisie remet sa souveraineté - Hervé Jean Michel, Haïti Liberté

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Premier Mai 2010

Des millions de Cubains célèbrent le Premier Mai

Des millions d'ouvriers, paysans et étudiants ont célébré le Premier Mai dans les parcs et grandes allées de Cuba, motivés par leur désir et leur détermination à défendre leur souveraineté nationale devant les efforts renouvelés des États-Unis et de l'Union européenne pour attaquer et discréditer le progrès du projet social révolutionnaire de ce pays. Tôt le matin, la télévision cubaine diffusait des images de milliers de personnes se dirigeant vers la place de la Révolution José Marti à La Havane, la place Antonio Macéo à Santiago de Cuba et le centre de dizaines d'autres villes.

À La Havane, les célébrations centrales ont commencé à 8 heures et ont été officiellement lancées par le secrétaire général de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC), Salvador Valdés Mesa. Le président Raúl Castro a présidé aux cérémonies, aux côtés d'autres dirigeants du Parti communiste, du gouvernement, des organisations de masse et des mouvements populaires, et des invités d'honneur. La jeunesse cubaine, à sa tête l'Union des jeunes communistes, était au premier rang des actions de la journée, occupant la place d'honneur au devant des manifestations en guise de symbole de la poursuite de la lutte héroïque du peuple cubain pour défendre les victoires de la révolution contre la nouvelle escalade de l'offensive impérialiste contre l'île.

Le soleil s'est levé sur une place de la Révolution José Marti superbement décorée d'un foisonnement de drapeaux multicolores, de banderoles, de panneaux et d'affiches géantes où s'exprimaient l'indignation face à la nouvelle campagne anticubaine et des exigences péremptoires : la liberté des Cinq Cubains antiterroristes injustement emprisonnés aux États-Unis et la levée du blocus imposé à la nation.

La participation massive était le fruit d'une décision consciente du peuple cubain de profiter de l'occasion pour envoyer un message au monde : le peuple est uni dans sa Révolution et autour de ses dirigeants face aux tentatives de l'impérialisme et de ses agents de les discréditer. Le peuple célébrait également les élections municipales auxquelles a participé 95 % de l'électorat, et la réalisation des objectifs de production et de services de nombreux collectifs de la classe ouvrière. Les actions du Premier Mai ont étalé la fierté du peuple cubain qui tenait à montrer au monde que ni les campagnes médiatiques extérieures, ni les provocations contre-révolutionnaires ne vont ralentir le progrès de son projet d'édification socialiste.

Des représentants du monde entier ont pris part aux célébrations du Premier Mai à La Havane, représentants de syndicats, partis politiques et d'une myriade d'organisations, pour dire que Cuba n'est pas seule, que son exemple se multiplie et que ses réalisations et ses principes sont défendus dans le monde entier.

Avant le début des cérémonies, Granma international rapportait aux premières heures du jour : « Partout le sentiment collectif palpable, qui ne laisse aucun doute quel qu'il soit, nous annonce que la journée qui vient sera une retentissante manifestation d'unité et de riposte à la nouvelle escalade de la contre-propagande internationale des ennemis de la Révolution. »

(Granma international, Radio Havana Cuba, Agence cubaine d'information)

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Allocution de Salvador Valdés Mesa

Général d'armée Raul Castro Ruz, président du Conseil d'État et du Conseil des ministres,

Camarades du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de Cuba,

Camarades membres du Conseil d'État,

Camarades invités,

Compatriotes,


À gauche: le secrétaire général de la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC) Salvador Valdés Mesa. À droite: le président Raúl Castro. (Photo: AIN)

Il y a exactement dix ans, sur cette même place, Fidel nous invitait à porter à des plans infinis la conception même de notre plus grande conquête : la Révolution. Tel est le sens du moment historique que nous vivons, disait-il alors.

Dans quelques minutes, cette place historique et toutes les places des principales villes du pays vibreront au pas de millions de travailleurs accompagnés de leur famille qui réaffirmeront ainsi avec force leur décision inébranlable de défendre la Révolution et de construire le socialisme : une réponse ferme et énergique à ceux qui, depuis les centres de pouvoir des États-Unis et de l'Union européenne, secondés par des groupuscules internes de mercenaires, tentent de nous discréditer à coup de mensonges et calomnies qui sont le fruit de leur haine ancestrale.

Il y a quelques jours à peine, plus de huit millions deux cents mille Cubains ont concouru massivement aux urnes pour élire, par leur vote conscient, les délégués au Pouvoir populaire : c'est ainsi que nous avons été les protagonistes d'une leçon exemplaire d'authentique démocratie participative. C'était le prélude de cette brillante célébration où les travailleurs et le peuple unis en un faisceau indestructible autour du Parti, de Fidel et de Raul, montrent ce dont ils sont capables.

Travailleuses et travailleurs,

Nous vivons une époque complexe, pleine de dangers et de risques qui menacent la planète et l'humanité. La scène du monde se caractérise par des calamités climatiques de plus en plus fréquentes et dévastatrices et par la crise mondiale et intégrale du capitalisme. Ce sont des phénomènes dont les impacts ne nous sont pas épargnés, et s'ajoutent au blocus génocidaire imposé par les États-Unis, aux conséquences de la période spéciale et à nos propres insuffisances.

Un tel panorama nous oblige à faire face à des réalités de la plus haute complexité, comme l'a dit le camarade Raul au Congrès des Jeunesses communistes. Et si, il y a dix ans, le commandant en chef nous rassemblait autour de l'idée que faire la Révolution, c'est changer tout ce qui doit être changé et nous émanciper nous-mêmes, par notre effort, notre devoir est de nous rassembler autour de ce qu'a dit notre Président. Je cite :

« Nous sommes convaincus qu'il faut détruire des dogmes et nous assumons avec confiance et fermeté l'actualisation, déjà en marche, de notre modèle économique, dans le but de jeter les bases du développement et de l'irréversibilité du socialisme cubain, dont nous savons qu'il est la garantie de l'indépendance et de la souveraineté nationale. »

Les travailleurs que nous sommes le savent tous : la bataille économique est une tâche plus vitale que jamais pour préserver notre système social. La livrer avec succès, cela suppose que chacun s'apprête à fournir la part d'effort qui lui incombe et soit bien conscient que la réorganisation en cours des institutions et du travail nous concerne tous.

Si nous voulons avancer, élever le niveau de vie de la population, maintenir et même améliorer rationnellement nos acquis dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la sécurité et de l'assistance sociale, nous devrons partager les pénuries et les efforts.

Nous devons analyser à fond le discours prononcé par Raul au Congrès des Jeunesses communistes, non pas pour insister sur les problèmes que nous confrontons mais pour mieux comprendre ces réalités, identifier les tâches qui nous incombent et proposer des solutions au sein de notre collectif de travail.

Depuis cette tribune historique, nous invitons les travailleurs et le peuple à accompagner l'actualisation de notre modèle économique, qui requerra des efforts et des sacrifices extraordinaires, conscients que nous ne garantirons la croissance économique et sociale du pays qu'en faisant du travail la source par excellence des richesses matérielles et spirituelles, et de la formation des consciences.

Cubaines et Cubains,

Profitons de cette occasion pour adresser un message de félicitations et de reconnaissance à tous nos compatriotes qui, aux confins les plus divers de la planète, accomplissent des missions internationalistes qui multiplient le prestige de la Révolution.

Nous appelons les organisations syndicales et sociales et tous les honnêtes gens du monde à participer plus activement que jamais au mouvement international en faveur de la levée de l'injuste et inhumain blocus économique, commercial et financier que les États-Unis imposent depuis près de cinquante ans au peuple de Cuba, et à exiger avec nous la libération de nos Cinq Héros arbitrairement détenus dans des prisons étasuniennes.

Nous exprimons notre solidarité aux travailleurs du monde, et toute notre gratitude pour les marques de solidarité que nous recevons, en particulier de plus de mille dirigeants syndicaux et sociaux qui ont choisi d'accompagner notre peuple dans cette fête prolétarienne.

VIVE LE PREMIER MAI ! VIVE LA RÉVOLUTION !
VIVE FIDEL ET RAUL ! VIVE CUBA LIBRE !

Que commence le défilé combattant et combatif du peuple !

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Reportage-photos

Cuba et Amérique latine

La Havane, Cuba



(Cuba Debate)

Tegucigalpa, Honduras

Partout au Honduras, les actions du Premier Mai ont réitéré la demande d'une Assemblée constituante nationale et du retour du président Manuel Zelaya Rosales. Les activistes ont profité de l'occasion pour recueillir des signatures sur la pétition en faveur d'une Assemblée constituante, tandis que d'autres ont fait un sondage sur des propositions mises de l'avant par le Front de résistance nationale. (Mario Ardon Mejia)

San Salvador, Salvador

Selon les organisateurs du Premier Mai dans la capitale San Salvador, les actions de cette année ont été historiques de par le nombre de participants. À la clôture de la manifestation, le vice-président Salvador Sanchez Ceran s'est adressé aux participants qui ont applaudi sa détermination à défendre les droits et les travailleurs. «Le FMLN, en cette occasion de la Journée internationale des travailleurs, joint sa voix à celles des travailleurs qui réclament le changement dans notre pays. [...] Nous vivons un moment de changement à cause de la crise économique et la crise politique du projet de droite. Nous disons que dans ce moment, la classe ouvrière doit jouer un rôle actif. Son unité, sa cohésion et sa clarté sont essentielles à la réalisation du changement historique.» (FMLN)

Managua, Nicaragua

(Xinhua)

Villavicencio, Colombie


Caracas, Venezuela

Les Vénézuéliens ont célébré le Premier Mai avec des marches, rassemblements et événements culturels de toutes sortes dans toutes les régions du pays. La journée a également été l'occasion d'une hausse de 15% des salaires des employés du gouvernement et de l'élargissement des droits à la sécurité sociale. La marche nationale a eu lieu dans la capitale, Caracas. On estime que des centaines de milliers de personnes ont participé à la célébration des réalisations de la révolution bolivarienne et des hausses de salaires, de l'amélioration des conditions de travail et de vie pour la majorité. (Venezuenanalysis.com. Photos: Agencia Bolivariana de Noticias)

Niteroi, Brésil


Quito, Équateur


La Paz, Bolivie

Le Premier Mai en Bolivie a été marqué par la nationalisation de de l'hydro-électricité. Dans son discours pour l'occasion, le président Evo Morales a dit: «Encore une fois, le 1er mai, et comme toujours, nous reprenons nos entreprises privatisées.» La nationalisation de l'hydro-électricité dans le cadre de la prise en charge du secteur par l'État garantira la stabilité du travail et entraînera une réduction de 20% des tarifs, rapportent les agences de presse.  Les entreprises nationalisées sont: Corani, contrôlée par une filiale de la GDF Suez de France; Guaracachi, administrée par la Ruelec PLC d'Angleterre; et Valle Hermona, gérée par le groupe bolivien Generating.
(Agencia Bolivariana de Noticias)

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Haïti: Conférence de presse et réunion à Toronto

La reconstruction doit affirmer la souveraineté

Dukens Raphaël, secrétaire général de la Confédération des travailleurs des secteurs publics et privés (CTSP) et porte-parole du Syndicat des travailleurs de l'électricité en Haïti, était à Toronto le 26 avril. Il a donné une conférence de presse dans une salle de l'assemblée législative de l'Ontario dans la matinée, a participé à un dîner donné par la Fédération du travail de l'Ontario et en soirée il était le conférencier à un forum public parrainé par l'Ontario Institute for Studies in Education. Cela s'inscrivait dans une tournée du Canada à l'invitation du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), divisions Colombie-Britannique et Ontario, de l'Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et du Comité d'action Toronto-Haïti.

La CTSP a été fondée en 2006 en opposition aux politiques néolibérales imposées à Haïti par les institutions du capital financier comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale et appliquées par le gouvernement haïtien. Elle rassemble environ 6 500 travailleurs regroupés dans douze syndicats dans différents secteurs dont le transport, les télécommunications, l'électricité et les archives nationales. Elle comprend également des enseignants oeuvrant dans un système d'éducation à 85 % privé.

À la conférence de presse Dukens Raphaël a été présenté par Illian Burbano, présidente du local 3393 du SCFP et co-présidente du comité de solidarité internationale de la centrale pour l'Ontario. Puis Niraj Joshi, parlant au nom du Comité d'action Toronto-Haïti, a dit que la tournée canadienne du syndicaliste haïtien était une rare occasion de combattre la désinformation que font les médias monopolisés et les gouvernements canadiens concernant la situation véritable en Haïti. Elle a dénoncé la participation du gouvernement canadien au renversement illégal et à l'enlèvement du président démocratiquement élu Jean-Bertrand Aristide en 2004 et à la répression des Haïtiens qui luttent pour leurs droits et qui s'opposent à l'occupation étrangère de leur pays au nom de la « responsabilité de protéger » et de l'aide à un « État échoué ». Elle a dit que le comité torontois mobilise l'appui au peuple haïtien au lendemain du tremblement de terre du 12 janvier dans l'esprit de la solidarité et de la reconstruction du pays pour et par les Haïtiens.

Dukens Raphaël a énoncé les trois principaux objectifs de sa tournée : d'abord remercier les Canadiens et les activistes pour leur immense soutien dans l'esprit de l'aide véritable au lendemain du tremblement de terre. À cet égard, il a dit qu'il était de son devoir d'informer les travailleurs canadiens et tous les amis d'Haïti que malgré l'aide et les sacrifices consentis, sur le terrain en Haïti l'aide internationale n'atteint pas ceux qui en ont le plus besoin. Les victimes du tremblement de terre sont encore à la rue, affamés et sans les choses de premières nécessités et doivent maintenant envisager la saison des pluies torrentielles et des ouragans sans même un abri temporaire. Cela est dû à plusieurs facteurs, a-t-il expliqué, notamment au fait que les puissances étrangères comme les États-Unis ont pris le contrôle du pays par une occupation militaire assurée par la présence de 20 000 soldats et décident de la distribution et de l'utilisation de l'aide extérieure. Le gouvernement haïtien a abdiqué ses responsabilités envers le peuple. Il n'exerce aucun contrôle sur les ONG, qui sont passées de 1 000 avant le séisme à plus 10 000.

Le deuxième objectif de la tournée, a poursuivi Dukens, est de faire campagne en faveur d'une aide internationale qui défend la dignité du peuple haïtien. S'il faut continuer de soutenir les ONG qui font une oeuvre constructive, l'aide doit être axée sur les relations bilatérales entre les organisations haïtiennes sur le terrain, les syndicats ouvriers, les organisations paysannes et les organisations de défense des droits humains, et leurs homologues au Canada et dans le monde. Le peuple haïtien sait de quoi il a besoin, a-t-il déclaré, et les organisations de l'étranger doivent collaborer avec les organisations haïtiennes à cet égard. En ce qui concerne les gouvernements, ceux qui veulent véritablement aider ont trouvé les moyens de le faire, comme le gouvernement cubain et celui de la République dominicaine. Le conférencier a maintenu qu'il faut mettre de la pression sur les gouvernements pour qu'ils offrent une aide véritable dans l'esprit de la défense de la dignité du peuple haïtien.

Le troisième objectif de la tournée est de faire appel à la solidarité des travailleurs canadiens dans la lutte pour la reconstruction du pays centrée sur la livraison de services publics, qu'il faut préserver et élargir. Il a décrit la situation en Haïti comme suit : 85 % du système d'éducation est privé ; moins de 15 % du pays a de l'électricité ; la population n'a pas accès à l'eau potable ; les moyens de communications sont un luxe. Haïti doit être reconstruite sur la base des services publics, a-t-il fait valoir, en engageant les travailleurs et le peuple dans le processus décisionnel.

Les politiques néolibérales faisaient déjà leurs ravages en Haïti avant le tremblement de terre, mais les institutions comme la Banque mondiale se servent de cette tragédie pour exiger d'autres privatisations et le démantèlement des services publics. La « Conférence internationale des donateurs pour un nouvel avenir pour Haïti », le plan rendu public à la fin mars, n'est pas un plan pour et par les Haïtiens, dit-il. Les Haïtiens et leurs organisations n'ont pas eu voix au chapitre. Même le maire de Port-au-Prince a dû aller sur Internet pour savoir quels étaient les plans pour la reconstruction de sa ville. C'est un plan qui va aggraver la situation plutôt que de l'améliorer.

Les Haïtiens ne demandent pas l'aumône mais la solidarité. Le conférencier a conclu en disant que son pays a besoin d'une aide internationale pour surmonter ses problèmes mais que ce sont les Haïtiens qui doivent mener la barque. Haïti n'a pas besoin de soldats étrangers, dit-il, elle a besoin de gens qui savent reconstruire et elle a besoin du nécessaire pour affronter les catastrophes naturelles ; elle a besoin du savoir-faire, d'un soutien financier qui ne l'asservira pas, elle a besoin de solidarité.

Dans la soirée, Dukens Raphaël était l'invité d'un forum public auquel assistait une cinquantaine de personnes. Il a beaucoup parlé de l'histoire d'Haïti, notamment des coups d'État comme méthode privilégiée des puissances étrangères pour priver le peuple haïtien de son projet démocratique. L'opposition aux coups d'État orchestrés par les puissances étrangères, surtout les États-Unis, est un élément essentiel de l'unité combattante qui se développe parmi les Haïtiens aujourd'hui, a-t-il expliqué. Les Haïtiens dénoncent les tentatives des États-Unis d'utiliser leur pays comme base pour espionner et attaquer des pays comme Cuba et le Venezuela, tout cela sous prétexte d'« aide ». Il a parlé du rôle du FMI et de la Banque mondiale, surtout depuis les années 1980, qui ont transformé Haïti d'un pays qui exportait du ciment et de la farine en un pays qui importe le ciment et la farine ; d'un pays qui suffisait à ses besoins en riz en un pays qui importe 80 % de son riz. D'autre part, la production sucrière a été privatisée et Haïti doit maintenant importer de plus en plus de sucre.

Il a conclu son allocution en faisant remarquer qu'au milieu de cette tragédie, les Haïtiens s'affairent à bâtir leur unité pour reconstruire un pays au service des besoins du peuple et dans lequel c'est le peuple qui joue le rôle central.

La présentation a été suivie d'un vigoureux échange avec les participants. Les gens ont exprimé leur solidarité avec l'héroïque peuple haïtien et discuté des façons d'aider dans les circonstances actuelles.

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Conférence internationale des donateurs à l'ONU

Pour 10 milliards $ de promesses,
la bourgeoisie remet sa souveraineté

La délégation haïtienne présidée par le président d'Haïti, René Préval, qui a participé à la conférence des donateurs, au siège des Nations unies à New York le 31 mars, est rentrée en Haïti au cours du week-end dernier.

Cette conférence s'est achevée sur des promesses de l'ordre 9,9 milliards de dollars pour la « reconstruction d'Haïti ». Une première tranche estimée à 5.3 milliards sera débloquée pour couvrir les premières urgences dans une période allant jusqu'à trois années, selon les données recueillies. Cette somme proviendrait des gouvernements étrangers, « partenaires et amis d'Haïti ».

Pour le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, très satisfait des pourparlers : « la communauté internationale s'est mobilisée de façon significative et en solidarité avec le peuple haïtien ». Parmi les donateurs, les États-Unis et l'Union européenne figurant parmi ceux qui apportent l'aide la plus substantielle, respectivement 1.15 milliards de dollars, 1.24 milliards d'euros.

Le président d'Haïti, heureux des conclusions de la conférence, s'est écrié : « Rêvons d'une nouvelle Haïti dont le destin repose sur un nouveau projet en faveur d'une société sans exclusion qui a vaincu la faim, où tous ont accès à un abri sûr et aux soins de santé. »

Pour le chef de l'État, cette promesse de la communauté internationale s'est déjà traduite en acte concret et la gestion de ces fonds, faite de manière que cesse l'exclusion, marque distinctive de la gestion des gouvernements, qui depuis la montée de Préval, préside à la destinée du pays. « Acta non verba » nous dit l'adage latin.

Le président de la République dans la solennité du moment a enfourché son rétif cheval nationaliste. « Le peuple haïtien historiquement ouvert sur le monde et ayant payé au prix du sang le combat pour la défense de la dignité humaine, n'est pas insensible à la portée de cet immense mouvement de solidarité et de compassion exprimé par le monde entier. Je veux dire à chacune des citoyennes, à chacun des citoyens, à chacune des familles, à chacune des entreprises, à chacun des dirigeants de ces pays qui ont d'une manière ou d'une autre contribué à la réalisation de ce grand effort, que le peuple haïtien leur exprime par ma voix, sa profonde gratitude ».

Quand le président Préval exige de l'impérialisme l'intervention d'une force d'intervention humanitaire, que veut-il dire par là ? Les forces armées qui ont foulé le sol d'Haïti, après le coup d'État du 29 février 2004, ne sont-elles pas une force d'intervention humanitaire ? Ne les a-t-on pas appelées « force de paix, force de maintien de la paix » ?

En d'autres termes, Préval exige de l'aide au renforcement de la colonisation. Par contre, pendant le déroulement de la conférence des donateurs, une cinquantaine d'Haïtiens ont manifesté de midi à 6 p.m. au parc Ralph Bunche en face du siège de l'ONU. Avec un haut parleur et des pancartes, ils ont revendiqué une fin immédiate à l'occupation militaire d'Haïti par les troupes de l'ONU et des États-Unis. Ils ont aussi protesté contre l'exclusion totale du peuple haïtien dans toutes les délibérations autour des milliards de dollars à verser en Haïti pour la « reconstruction. »

« Non au néocolonialisme, » on pouvait lire sur la pancarte de Jocelyne Gay, membre du Comité pour soutenir la lutte du peuple Haïtien (KAKOLA), qui a organisé le piquet avec la Fanmi Lavalas (Chapitre New York) et le Réseau international pour soutenir Haïti (ISHN). « Non à l'exploitation économique déguisée comme réforme. MINUSTAH, hors d'Haïti ! »

À l'ONU, Kim Ives d'Haïti Liberté a demandé à l'ancien président des États-Unis Bill Clinton de s'expliquer sur son changement d'attitude à propos de sa position sur la politique néolibérale, concernant particulièrement le riz. Après avoir encouragé la politique néolibérale en la matière dans les années 90, voilà qu'aujourd'hui il s'excusait pour avoir soutenu ces politiques alimentaires néfastes pour Haïti. « Oh ! Je pense qu'il y a un mouvement dans le monde entier aujourd'hui », a répondu Clinton. « J'ai d'abord entendu Bob Zoellick, le chef de la Banque mondiale, dire la même chose, à savoir qu'à partir de 1981, les riches pays producteurs agricoles, pendant ces vingt dernières années, croyaient sincèrement, eux et les puissances émergentes agricoles du Brésil et de l'Argentine, ...qu'en dirigeant la production agricole de ces pays-là [pays riches], vers des pays plus pauvres, ces endroits seraient libérés du besoin d'obtenir de l'aide, omettraient l'étape du développement agricole de façon à passer tout droit dans une ère industrielle. (En passant, on peut noter ici que c'est ridicule de faire comprendre que la Banque mondiale s'oppose maintenant aux politiques néolibérales qu'elle est la première à mettre en application. En plus, c'est ridicule d'appeler des usines d'assemblage des exemples d'« industrialisation. »)

« Et ça n'a pas réussi partout où ça a été tenté », a continué Clinton. « Et vous ne pouvez pas enlever la chaîne alimentaire du circuit de la production. C'est saper sérieusement la culture, le tissu de la vie, le sens de l'autodétermination. Et j'ai été impliqué pendant plusieurs années dans les produits agricoles, notamment au Rwanda, au Malawi, d'autres endroits en Afrique, et maintenant de plus en plus en Amérique latine, et je vois cela... Nous avons fait ces mauvais choix (devil's bargain) pour le riz. Et ce n'était pas la bonne chose à faire. Nous devrions avoir continué à travailler pour les aider à être autonomes dans l'agriculture. Et c'est bien ce que nous faisons maintenant. Nous pensons à comment augmenter la production de café, la production de mangues, d'avocats, beaucoup d'autres choses. »

Pourtant, Clinton, comme Edmund Mulet, le chef de MINUSTAH, est encore à promouvoir les usines d'assemblage, pas le relancement de l'agriculture. Clinton parle du bout des lèvres de « revitaliser l'agriculture haïtienne », mais la pièce maîtresse de sa stratégie de redressement d'Haïti est la loi HOPE II, qui sera plus facile pour les entreprises américaines à assembler et à exporter des produits d'Haïti sans payer aucun impôt. Clinton a affirmé que HOPE II va générer 100 000 nouveaux emplois à moyen terme, mais c'est la même promesse faite et de la stratégie utilisée il y a 30 ans lorsque Jean-Claude « Baby Doc » Duvalier a été président d'Haïti pour la vie.

Même si Clinton et Préval « voye monte » l'agriculture, l'Évaluation des dommages, des pertes et des besoins généraux et sectoriels (PDNA), le document de référence de la réunion, a été préparé, il admet, « par une équipe mixte composée de représentants du gouvernement [haïtien] et les membres de la communauté internationale ». Sur ce total 12,2 milliards de dollars qu'il a demandé pour les trois prochaines années, seulement $ 41 millions, ou 0,3 pour cent, serait affecté à « l'agriculture et à la pêche ».

Hillary Clinton, secrétaire d'État étasunien, a aussi bien parlé. « Il faut que Haïti réussisse. » Parlant de « reconstruction transparente », elle a dit que « l'aide est importante, mais l'aide n'a jamais sauvé un pays. Notre objectif doit être de donner du pouvoir (empowerment) au peuple haïtien. Ce sont eux qui porteront sur les travaux de reconstruction d'Haïti longtemps après notre participation a pris fin. »

Mais c'est une forme très étrange de « donner le pouvoir ». Les 9,9 milliards de dollars promis, en dépit de la très grande joie exprimée par le président haïtien et les élites, seront contrôlés par le Banque mondiale et puis confiés à la Commission intérimaire de reconstruction d'Haïti (CIRH), composée de 13 étrangers et 7 Haïtiens. C'est-à-dire, la « métropole » décidera tout. N'est-ce pas une preuve absolue de non confiance ?

Le gouvernement haïtien aura seulement droit de gérer 350 millions de dollars, promis en guise de support budgétaire. Tout ceci témoigne très clairement qu'en dépit du fait que les élites haïtiennes ont pillé ce pays au détriment de la majorité nationale, aucune confiance ne leur est faite par leurs tuteurs internationaux.

La diaspora haïtienne, elle aussi était présente aux Nations unies, le 31 mars 2010, où elle a fait des recommandations au gouvernement haïtien et aux pays donateurs. De ces recommandations surgissent des questions importantes sur l'économie, la santé, la formation, la gestion de l'aide, les urgences aux sinistrés, etc. Cette diaspora a insisté pour être représentée à la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti. Mais la conférence n'était pas vraiment une réunion délibérative, mais plutôt rituelle.

Tandis que des conférences, des promesses, des discours fusent, la situation s'aggrave sur le terrain. Le gouvernement haïtien, au lieu de profiler des politiques aptes à redresser la situation de misère persistante dans laquelle est plongé le pays, s'adonne de préférence à la propagande, une propagande très pernicieuse, qui sous peu montrera ses limites. La non prise en charge de la population sinistrée, trois mois après le séisme, débouchera sur la répression et la violence dans la mesure où des personnes qui ont accepté que leurs locaux soient occupés par des sinistrés, commencent à perdre patience face à leur incapacité de rentrer dans leurs biens.

Du côté des sinistrés victimes du mépris des décideurs, la patience est aussi à bout. La frustration débouchera coûte que coûte sur des émeutes ; de la violence des forces de l'ordre aggravera la situation.

Toutes les réunions, conférences, colloques traitant des problèmes post-sismiques, semblent oublier que Haïti est dans l'abîme. Que la grande majorité du pays était déjà sinistrée avant même la déflagration du 12 janvier 2010. Trois mois plus tard, la population n'a même pas pu être abritée de manière digne.

Que réserve l'avenir à Haïti, au moment même où la conférence de New York se termine sur des promesses qui réjouissent la délégation haïtienne, principalement le chef d'État haïtien et les élites accapareuses ? Les décideurs de ce monde reconnaîtraient-ils la nécessité d'une aide véritable, sans démagogie, à un peuple en danger de mort ?

L'avenir dira le reste. Un avenir que la majorité nationale ne devait pas abandonner à la merci du hasard, de la compassion et de la charité.

Le peuple a droit à ses leaders et à son propre agenda, économique et politique. Une fois encore, Haïti Liberté a posé la question à Clinton dans les coulisses de l'ONU :

« Qu'est-ce que vous pensez du retour d'Aristide, réclamé durant des manifestations, y compris celle qui se déroule devant l'ONU dans les rues aujourd'hui ? », a demandé Kim Ives.

« Eh bien, ce n'est pas du domaine de ma compétence. C'est aux Haïtiens, y compris ceux qui ne manifestent pas », a répondu Clinton. Pure hypocrisie, parce que les Clinton, de même que tous les ambassadeurs américains en Haïti, n'hésitent jamais une seconde à donner leur opinion sur des questions politiques qu'ils jugent importantes. Mais aujourd'hui, ils se cachent derrière Préval.

Notre avenir doit être construit à partir d'une volonté ferme pour retrouver la dignité volée, bafouée pendant ces siècles de déconstruction nationale, de violation des droits de la majorité et de crimes socioéconomiques.

(haiti-liberte.com)

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