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28 avril: Jour de deuil pour les
travailleurs blessés ou tués au travail
La crise doit être résolue
à l'avantage des travailleurs
Aujourd'hui, 28 avril, Jour de deuil national pour les
travailleurs blessés ou tués au travail, le Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) salue les travailleurs
qui participent aux cérémonies, assemblées et
autres actions organisées partout au pays pour marquer cette
occasion.
La réalité d'aujourd'hui est que le nombre
de décès au travail est à la hausse dans le
contexte de l'offensive néolibérale antisociale à
l'échelle du monde. Cette crise généralisée
qui a à sa base la crise économique a
entraîné des centaines de milliers de mises à pied
ne serait-ce qu'au Canada et des dizaines de millions dans le monde.
Les années
2007 et 2008 ont établi de nouveaux records pour ce qui est du
nombre de décès au travail, selon les données
officielles, soit 1 055 en 2007 et 1 036 en 2008. Ce nombre ne
représente en fait qu'une fraction du nombre de morts suite
à des maladies professionnelles qui dans la plupart des cas ne
sont pas reconnues comme étant liées au travail.
Le rejet du fardeau de la crise sur le dos des
travailleurs s'est traduit par une intensification de l'exploitation
des travailleurs et des peuples opprimés, et cela s'exprime par
la détérioration des conditions de vie et de travail et
la création d'un environnement de plus en plus dangereux.
L'expulsion en masse des travailleurs des usines a
entraîné une situation intenable pour ceux qui restent.
Par exemple, les riches exercent une pression constante pour
transformer la main-d'oeuvre en une réserve de travailleurs
occasionnels, à temps partiel, sur appel ou migrants, dans des
conditions de plus en plus précaires et la plupart du
temps sans possibilité de syndicalisation. Les monopoles
profitent de la montée en flèche du chômage et
utilisent la menace constante de fermeture pour obliger leurs
employés à choisir entre des conditions de travail de
moins en moins sécuritaires et la rue.
Le chantage pèse encore plus quand les monopoles
instituent ce qu'ils appellent « la tolérance
zéro » concernant les accidents de travail. La
tolérance zéro ne veut pas dire que les employeurs
prennent les mesures nécessaires pour créer des
conditions de travail sécuritaires, mais plutôt qu'ils
mettent en place un système pour
criminaliser et harceler les travailleurs qui déclarent des
blessures et imposer une culture du silence et de déni de la
réalité. Ceux qui sont blessés deviennent la cible
d'une offensive idéologique qui les blâme pour
l'augmentation des coûts, laquelle nuit à l'effort pour
rendre les monopoles concurrentiels sur les marchés mondiaux, et
pour la sur-utilisation des régimes d'indemnisation des
gouvernements
provinciaux. Cette pression suffocante décourage les
travailleurs qui voudraient déclarer une blessure au travail et
veut faire accepter que la mort par suite de maladies professionnelles
ne soit pas reconnue par la société.
C'est une autre façon d'imposer la conception du
monde antisociale selon laquelle les travailleurs qui produisent toute
la richesse de la société sont en fait des abuseurs des
programmes sociaux et des gaspilleurs de la richesse produite par les
monopoles. C'est pour faire accepter qu'une part de plus en plus grande
de la richesse sociale soit
transférée des travailleurs aux monopoles.
Les morts et blessures au travail pèsent encore
plus sur les peuples en Asie, en Afrique, en Amérique latine et
dans les Caraïbes parce que les impérialistes et leurs
monopoles rejettent le fardeau de la crise sur leur dos. Ils
travaillent majoritairement dans les trois secteurs que l'Organisation
internationale du travail (OIT) considère comme étant
les plus dangereux : agriculture, mines et construction. L'OIT
estime que sur les 335 000 personnes qui meurent au travail chaque
année dans le monde, 170 000 sont dans le secteur de
l'agriculture. Dans le secteur des mines, les monopoles qui ont leur
siège social au Canada ont une réputation de pratiques
scandaleuses pour leurs employés
et les communautés minières dans ces pays. Les
travailleurs immigrent de ces pays par dizaines de millions chaque
année à la recherche d'un moyen de subsistance, mais les
riches et leurs monopoles dans les pays où ils vont se servent
d'eux comme d'une main-d'oeuvre jetable et sans droit. L'OIT estime que
les taux d'accidents au travail sont les
plus élevés parmi les travailleurs migrants, tous
secteurs confondus.
Le Jour de deuil national, les travailleurs prennent le
temps de réfléchir à leur situation et ils en
viennent de plus en plus à la conclusion qu'ils doivent remettre
en cause le droit d'exploiter et de piller à volonté
s'ils veulent travailler et vivre dans des conditions
sécuritaires. Le premier pas est de restreindre la
capacité des monopoles d'agir
impunément grâce à la complicité de
gouvernements qui adoptent des lois en leur faveur et qui argumentent
leur cause. Ces gouvernements disent par exemple qu'on ne peut rien
faire contre l'impunité parce que les monopoles peuvent tout
simplement choisir d'aller investir ailleurs. Mais ces monopoles
utilisent le produit social que nous créons
pour s'enrichir, pas pour investir dans notre avenir. C'est la preuve
que ces gouvernements ne sont pas aptes à gouverner et qu'il
faut les forcer à faire respecter le droit de tous à des
conditions de travail sécuritaires.
Les travailleurs cherchent une issue à la crise
qui sera à l'avantage du peuple et ils en viennent à la
conclusion qu'ils doivent aussi bâtir une opposition
ouvrière effective qui amènera leur cause au parlement.
Ce serait un changement important, parce que le but des travailleurs
n'est pas de mettre tous les avoirs de la société
à la disposition des
empires privés en quête de profit et de domination partout
dans le monde. Une fois regroupés pour se représenter
politiquement, ils mettront chaque situation à profit pour
établir des gouvernements qui feront du droit à des
conditions de travail sécuritaires un droit garanti pour tous.
La responsabilité sociale de garantir les droits de tous, y
compris
le droit à des conditions de travail sécuritaires, est un
puissant incitatif pour donner une nouvelle direction à
l'économie, pour que les avoirs de la société
soient utilisés pour le bien de tous.
Le PCC(M-L) salue les travailleurs qui participent aux
activités organisées à l'occasion du Jour du deuil
national et lance l'appel à tous les travailleurs à
intensifier leur lutte pour forcer les monopoles et leurs gouvernements
à faire respecter le droit à des conditions de travail
sécuritaires.

Québec
Construction
- François Patry, directeur du
département
de la santé et de la sécurité à la
FTQ-Construction -
Le taux des décès dans la construction au
Québec est le plus élevé de tous les secteurs de
l'économie. Les décès se produisent surtout suite
à des chutes de hauteur et quand les travailleurs ne sont pas
cadenassés.
Le plus grand problème c'est qu'il n'y a
pas de
culture de prévention dans la construction. Le secteur est
basé sur la production à tout prix, le plus vite possible
et le moins cher possible. Il y a ce qu'on appelle du « fast
tracking » partout. Les travailleurs sont parfois
engagés dans le prolongement d'une autoroute comme c'est le
cas en ce moment avec l'autoroute 30 avant même que les plans
pour le prolongement aient été rendus publics. Il y a des
cas où les chantiers de construction commencent leur travail
sans qu'un plan de prévention ne soit mis en place.
Au Québec, tout chantier de construction qui a
plus de 500 travailleurs doit avoir un plan de prévention qui
est présenté à la CSST 180 jours avant le
début des travaux. La CSST doit rencontrer les
représentants des employeurs et des travailleurs pour obtenir
leur approbation et faire les ajustements nécessaires. Souvent
le travail commence sur
le chantier avant que le plan ne soit approuvé. C'est
illégal à strictement parler mais les employeurs font
juste recevoir des amendes et qu'est-ce que c'est une amende de
1000 $ ou 2000 $ à la CSST sur un projet de 2
milliards $. Souvent la CSST n'émet même pas d'avis
d'infraction et cherche plutôt à convaincre l'employeur
de présenter son plan. Les travailleurs ont le temps de se faire
tuer à l'ouvrage. Il n'y a pas de culture de prévention
et de planification de prévention.
En 1980, la Loi sur la santé et la
sécurité du travail a été
adoptée au Québec. Cette loi prescrit entre autres la
formation de comités de santé et de
sécurité dans les places de travail et l'existence de
représentants en prévention. Les articles 204 à
215 se rapportent à la construction et ils n'ont jamais
été promulgués et cela pour des
raisons qui n'ont jamais été expliquées par les
gouvernements qui se sont succédés. Chaque fois que nous
soulevons la question devant la CSST les employeurs nous donnent une
fin de non-recevoir. La CSST fonctionne sur la base du consensus. Les
employeurs et les syndicats doivent se mettre d'accord avant que la
CSST propose quelque
changement que ce soit. Le paritarisme a certes ses avantages mais cela
cause également beaucoup de problèmes. Lorsque c'est
à l'avantage d'une des parties de ne pas en arriver à un
consensus, nous faisons face à un cul-de-sac.
Nous avons besoin de mécanismes qui font de la
place aux syndicats sur les chantiers. Il nous faut des organisations
sur lesquelles les travailleurs sont représentés et
où l'on peut dénoncer les conditions de travail qui ne
sont pas sécuritaires et proposer des changements. Sinon nous
faisons du cas par cas. Nous sommes là pour éteindre des
incendies plutôt que de les prévenir.
Dans la construction, il n'y a pas d'ancienneté.
Les employeurs peuvent congédier un travailleur n'importe quand.
Probablement que le travailleur va se trouver un autre emploi dans la
construction, mais il n'accumule pas d'ancienneté. Cela
crée une grande pression sur les travailleurs pour leur faire
accepter des conditions qu'ils n'accepteraient
pas autrement. Ils ne veulent pas passer pour des plaignards et la
pression les pousse au silence. Les travailleurs se font placer devant
le dilemme de la possibilité d'être blessés ou la
certitude de ne pas pouvoir nourrir leur famille. C'est un dilemme
qui se pose aux travailleurs à chaque jour et personne n'est
capable de vivre avec un dilemme
quotidien et de vivre constamment avec l'idée que
peut-être aujourd'hui il va être blessé. Les
travailleurs ont l'habitude de défier le danger et la pression,
c'est de vivre avec lui. Cela fait partie de l'absence d'une culture de
prévention qui est le fait des entreprises.
Dans notre travail, c'est une de nos constantes
préoccupations, celle d'éduquer et de former des
travailleurs dans une culture de la santé et de la
sécurité qui soit pro-travailleurs et combatte le
fatalisme. Nous les entraînons afin qu'ils soient capables
d'intervenir sur les chantiers. La FTQ-Construction a environ 1000
représentants à l'échelle du
Québec qui ont pour mandat d'aller sur les chantiers pour voir
comment ils sont organisés et faire les représentations
nécessaires pour que les changements qui s'imposent soient
faits. Une des choses que nous faisons c'est d'organiser les
travailleurs sur les chantiers à utiliser leur droit de refuser
un travail non sécuritaire et nous défendons les
travailleurs quand ils exercent leur droit de refus. Nous nous assurons
qu'ils ne sont pas laissés à eux-mêmes et qu'ils
sont représentés par le syndicat quand ils refusent de
faire un travail dangereux. Nous le faisons en coopérant avec
les autres syndicats parce que comme vous le savez, il y a cinq
syndicats différents dans la construction au Québec.
Mais l'affiliation syndicale ne compte pas quant il est question de la
santé et de la sécurité des travailleurs. Nous
devons travailler tous ensemble et c'est cela que nous faisons sur les
chantiers quand ces problèmes se produisent. Ce sont des actions
collectives de tous les travailleurs parce que nous sommes tous dans le
même bateau.
En même temps nous ne pouvons pas être
partout à la fois. Nous sommes capables de visiter environ
15-20 % des chantiers. Nous demandons donc que les articles de la
loi qui se rapportent à la construction soient
promulgués. Cela fait 30 ans que les gouvernements refusent de
bouger là-dessus. Il faut les forcer à le faire. Quand
nous
soulevons le problème, nous nous faisons dire qu'il faut
créer d'autres comités pour étudier le
problème. La CSST, l'an passé, a établi un
comité pour étudier les problèmes qui sont
posés par la perspective de la promulgation de ces articles. Des
mémoires ont été présentés mais rien
ne bouge. Dans le cas du problème du cadenassage, il y a un
comité qui a été établi pour
élaborer une procédure unique universelle de cadenassage
pour tout le secteur de la construction. Nous avons travaillé
pendant sept ans sur une telle procédure et nous en avons
élaboré une avec laquelle tout le monde est d'accord mais
elle n'a pas encore été incorporée dans les codes
de sécurité. C'est ça le danger du
paritarisme. C'est de la discussion par-dessus de la discussion et tous
les prétextes sont bons pour retarder la décision.
Lorsque nous soulevons ce problème la réponse qu'on nous
donne c'est qu'il faut créer un comité pour
étudier pourquoi les choses ne bougent pas. Les travailleurs ont
le temps de mourir avant que quelque chose ne se passe.
Nous assistons également depuis des années
au développement d'une industrie de la contestation des
réclamations des travailleurs. Les employeurs donnent en
sous-traitance leur filière de santé et
sécurité à d'autres, dont le mandat est de
contester les réclamations des travailleurs, de contester que la
blessure s'est produite, d'assigner
immédiatement les travailleurs à des tâches
modifiées afin d'éviter que l'accident ne soit
rapporté à la CSST et que les travailleurs fassent une
réclamation, d'envoyer des docteurs-experts pour contester les
réclamations à tous les niveaux possibles. La
prévention est remplacée par la contestation des
réclamations des travailleurs. Évidemment cela
rapporte beaucoup aux avocats et aux docteurs.
Tout cela fait partie de la culture dont je parlais
tantôt. Un des buts qui est recherchés c'est de forcer les
gens à accepter la vision selon laquelle une compensation
adéquate n'est pas un droit mais une faveur qu'on fait aux
travailleurs.

Mines
- Dominic Lemieux, permanent de la
Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) -
La première chose qui me vient à l'esprit
quand je pense à cette journée c'est comment les
médias considèrent comme étant socialement
acceptable et normal que des travailleurs soient tués ou
blessés au travail. Les médias remplissent leurs
premières pages de sensationnalisme mais la mort des
travailleurs
les laisse indifférents. C'est pris pour
acquis qu'à un moment donné il y aura des travailleurs
qui sont tués ou blessés à l'ouvrage. Les
journalistes devraient enquêter, poser des questions aux
inspecteurs du gouvernement, mettre les entreprises sur la sellette,
demander comment il se fait que le travailleur n'était pas
attaché et que ce n'est pas la politique de l'entreprise que les
travailleurs doivent être attachés.
Je suis allé à un congrès une fois
où un représentant de la CSST a dit que cent travailleurs
étaient morts dans l'année dans la province et que le but
devait être pour l'année suivante de ramener ce chiffre en
bas de cent. Je n'en revenais pas. Selon moi, un décès ou
un accident c'est un décès et un accident de trop. C'est
inconcevable que dans
une société comme la nôtre les travailleurs
risquent leur vie en essayant de la gagner et de nourrir leur famille.
Cela nous dit que nous avons beaucoup de travail
à faire et notamment beaucoup de travail d'éducation dans
la société. Je viens du secteur minier. Quand
j'étais jeune je travaillais dans les mines en Abitibi. Je me
rappelle très bien que nous avions toujours à combattre
l'idée que le mort d'un travailleur des mines c'est quelque
chose
d'acceptable. Ça n'est pas vrai que travailler pour gagner sa
vie doit impliquer de la perdre ou de se faire blesser à
l'ouvrage.
On entend surtout parler de sécurité et
très peu de santé. La sécurité c'est
quelque chose de plus visible et plus quantifiable. Mais c'est tout
aussi important de s'assurer que personne ne meure d'amiantose ou de
cancer du poumon. Quand je travaillais à Stelco à
Contrecoeur (maintenant propriété de Arcelor-Mittal) s'il
y a avait un danger qu'un
travailleur se casse un bras ou qu'une charge tombe sur le plancher
l'entreprise bougeait et faisait quelque chose. Par contre, s'il
s'agissait de vapeurs, de bruits ou de vibrations elle était
très récalcitrante à l'idée de faire
quelque chose. Une mort par maladie professionnelle, c'est une mort
elle
aussi.

Santé
- Michelle Boisclair, première
vice-présidente
de la Fédération interprofessionnelle du Québec
(FIQ) -
Le 28 avril est une journée très
importante. En 2010, avec tous les moyens que la société
possède pour prévenir les décès et les
blessures au travail, ceux-ci devraient être choses du
passé. Il y a des gens qui ne meurent pas de leurs blessures
mais qui demeurent handicapés physiquement et psychologiquement
affectés toute leur vie.
Dans le secteur de la santé au Québec les
coupures qui ont été faites pendant les 10-15
dernières années, la pénurie de travailleurs, la
charge de travail intenable, tous ces facteurs affectent
immanquablement la santé et la sécurité des
travailleurs et des travailleuses de la santé de même que
celles des patients. Quand vous devez travailler dans des
espaces restreints, vous ne pouvez pas protéger votre dos et
votre colonne vertébrale. Quand vous êtes forcées
de faire des quarts de travail de 16 heures 2 ou 3 fois par semaine,
que vous devez courir tout le temps, à l'urgence par exemple qui
est supposée avoir 32 lits mais en a 75, tout cela affecte
grandement la santé et la sécurité des
travailleurs. Il y a aussi un haut niveau de détresse
psychologique parmi nos membres qui souvent n'arrivent pas à
relaxer quand elles rentrent à la maison parce que
peut-être qu'elles n'ont pas passé l'information au quart
de travail suivant de façon appropriée.
Nous vivons avec une pénurie de travailleuses et
une mauvaise planification des horaires de travail qui est encore
aggravée par l'augmentation du travail à temps partiel.
Les infirmières qui doivent faire du 16 heures 2 ou 3 fois par
semaine ne travaillent pas le jour suivant et la situation devient vite
insoutenable pour celles qui doivent tenir le
fort. Notre employeur, qui en essence est le gouvernement, souffre du
préjugé selon lequel la question c'est de s'assurer qu'il
n'y ait personne dans les hôpitaux qui soit là à ne
rien faire. J'attends toujours le jour où je verrai une
infirmière en train de ne rien faire sur un plancher
d'hôpital !
Pour des raisons budgétaires, on refuse de
créer des emplois à temps plein, ce qui pourtant
stabiliserait le système. N'oublions pas non plus que plusieurs
de nos membres vont prendre leur retraite dans les années qui
viennent. Qui sera là pour les remplacer ?
C'est la responsabilité du gouvernement
d'appliquer ce qui est écrit dans les conventions collectives au
sujet de la santé et de la sécurité mais il ne le
fait pas. Il y a une culture qui se développe selon laquelle les
lois (et une convention collective est un document légal) sont
faites pour être contournées. N'oublions pas non plus que
le secteur de
la santé n'est pas considéré comme un secteur
prioritaire dans la Loi sur la santé et la
sécurité du travail, ce qui veut dire entre autres
choses que la formation de comités de santé et de
sécurité dans les établissements de santé
au Québec n'est pas obligatoire. Nos blessures ne sont
peut-être pas aussi visibles ou dramatiques que celles
d'autres secteurs mais elles sont réelles et elles coûtent
notamment des millions de dollars à la CSST.
Le budget récent du gouvernement Charest va
encore empirer la situation. Notre évaluation était que
juste pour maintenir le statu quo le budget global de la santé
devait être haussé de 6,2 % et il ne l'a
été que d'un peu plus de 5 %. Cela n'est pas viable.
Le système est privé de fonds et c'est la privatisation
qui est présentée
comme la réponse. Mais le privé dans la santé
fonctionne sur la base du profit. Si quelqu'un est blessé dans
un environnement privatisé est-ce qu'on va reprendre la personne
quand elle va mieux ou bien s'en débarrasser ? Les
employeurs privés du système qui pensent à ouvrir
de nouvelles institutions privées disent ouvertement qu'ils ne
veulent pas embaucher de personnel syndiqué. On voit qu'ils
veulent s'attaquer aux droits du personnel syndiqué. Ils veulent
faire face à une force non organisée. Tant que la
société et le système de santé seront
gérés selon des philosophies néolibérales
qui comprennent notamment la privatisation, la
déréglementation et la déresponsabilisation, la
situation ne fera que s'aggraver. Je suis dans le secteur de la
santé depuis 1973 et les conditions de travail sont pires
aujourd'hui qu'elles ne l'étaient quand j'ai commencé.
Mais nous résistons et c'est ça le
principal. Nous le faisons pour nous-mêmes, pour les patients et
pour la société québécoise dans son
ensemble.

Agriculture
- Andréa Galvez, coordonnatrice de
l'Alliance
des travailleurs agricoles, section Québec -
Les problèmes relatifs à la santé
et à la sécurité des travailleurs sont très
sérieux et cela pour tout le secteur agricole et non seulement
pour les travailleurs migrants. Le secteur agricole est l'un des
secteurs de l'économie qui a le plus haut taux de blessures. Le
travail agricole est très exigeant physiquement et il se fait
souvent par très mauvais
temps. Les conditions du secteur rendent très difficile pour les
travailleurs l'accès à de l'éducation et à
de la formation en santé et en sécurité.
Les travailleurs agricoles migrants sont une section de
la force de travail qui est très vulnérable, qui souvent
ne parle ni le français ou l'anglais et n'est pas au courant des
droits que la loi leur reconnaît même formellement. Les
lois du travail des provinces ne sont pas adaptées aux besoins
des travailleurs agricoles migrants et il y a un lobby
agricole très actif qui s'oppose farouchement au droit de ces
travailleurs de s'organiser en syndicats. Les lois du travail varient
également beaucoup d'une province à l'autre et notamment
sur les questions de santé et de sécurité bien que
le programme des travailleurs agricoles migrants soit
fédéral.
Le Québec reçoit environ 6000 travailleurs
agricoles migrants chaque année et leur nombre augmente
constamment. Ils étaient environ 3000 en 2006. Ces travailleurs
proviennent principalement des Antilles, du Mexique et du Guatemala.
Un des grands problèmes c'est que ni le
gouvernement fédéral ni le gouvernement du Québec
n'investissent de l'argent et des ressources pour aider ces
travailleurs. Ils ne se reconnaissent aucune responsabilité
envers eux. Les informations sur le travail agricole migrant ne sont
qu'en français et en anglais et même les étiquettes
sur les produits
toxiques sont uniquement dans ces deux langues.
Un autre problème très sérieux
c'est que les contrats qui sont signés par les deux pays donnent
tout pouvoir aux propriétaires de fermes. Ils peuvent
congédier les travailleurs à volonté même si
cela fait 20 ans qu'ils reviennent chaque année travailler au
Québec. Les contrats sont temporaires et renouvelables chaque
année. C'est donc très
difficile pour un travailleur migrant agricole qui se blesse de
présenter une réclamation ou même de dire en public
qu'il s'est blessé parce qu'il peut être
congédié n'importe quand ou exclu du programme
l'année suivante. Ce sont des choses qui se produisent souvent.
L'absence de sécurité et de stabilité dans leur
vie les exclut en pratique de la
protection formelle qui est prévue dans la loi. Les travailleurs
migrants du Québec sont couverts par la loi sur la santé
et la sécurité mais non ceux d'Alberta.
Légalement,
le travailleur migrant agricole au Québec a le droit de faire
une réclamation à la CSST ou à l'assurance-maladie
mais ce n'est pas ce qui se produit dans la vie de tous les
jours.
Notre alliance fait beaucoup de travail pour
éduquer ces travailleurs et la société dans son
ensemble sur les droits des travailleurs et sur les droits humains en
général et nous essayons de briser l'isolement dans
lequel se trouvent ces travailleurs. Nous les accompagnons souvent
à l'hôpital ou à la pharmacie. Nous faisons des
représentations aux
deux paliers de gouvernement pour que ces travailleurs aient le droit
légal de s'organiser en syndicats et de négocier leurs
conditions de travail. Nous organisons des ateliers et participons dans
des séminaires et des conférences pour conscientiser les
gens.
C'est inconcevable qu'un travailleur migrant ait
travaillé au Québec pendant 20 ans et passé la
moitié de sa vie ici et ne puisse toujours pas utiliser toutes
ces années de présence au Canada pour présenter
une demande de résidence permanente. Ils sont maintenus
délibérément dans des conditions précaires
et temporaires. Ils travaillent ici,
contribuent à l'économie mais ils ne sont pas
jugés assez bons pour rester ici ! Nous demandons qu'ils
puissent avoir le droit de se bâtir une vie stable au Canada et
participer aux affaires de la société. Ça n'a
aucun sens qu'au 21e siècle au Canada on trouve des conditions
de travail qui remontent à la révolution industrielle.

Alimentation
L'État a la responsabilité d'assurer la
sécurité
des travailleurs, non des monopoles
- Normand Chouinard -
Récemment le monopole de la transformation de
porc et de poulet Olymel a apposé sur les lieux des
différentes usines et entrepôts de distribution une note
de service au sujet d'un nouveau système de prévention
sur la santé et sécurité. Il s'agit d'un programme
appelé SCORE
(Stratégie-communication-observation-rétroaction-évaluation)
qui
a
été
élaboré par Olymel en étroite
collaboration avec des chercheurs de l'Université de Sherbrooke.
Ce système selon la note de service en question « a
pour mission d'évaluer la performance de tous les
établissements d'Olymel en matière de prévention
en santé et sécurité au travail, de
reconnaître les implications qui sont réalisées par
tous les
intervenants de l'organisation, et de l'établissement, et de
suggérer des pistes d'amélioration afin d'accroître
la performance globale de toute l'organisation. Ce système
s'inspire des meilleurs approches nationales et internationales connues
et réalisées en matière de santé et
sécurité et met particulièrement l'emphase sur la
diligence raisonnable qui
est un incontournable dans tout système de gestion de
risques. »
La première question qui nous vient en tête
en lisant cette note de service est : ou est l'État du
Québec dans tout cela ? Est-ce que les recherches de
l'Université de Sherbrooke sont mises au service de l'ensemble
des travailleurs ou seulement de ce qu'oxymel considère comme
« ses travailleurs » et seulement de sa
définition de la sécurité au travail ? Olymel
compte plus de 10 000 ouvriers et ouvrières actifs dans tout le
processus de production et de distribution. Quel rôle vont jouer
ces 10 000 personnes dans ces « recherches » pour
l'établissement d'un nouveau système de gestion de
risque ?

St-Hyacinthe le 24 octobre 2009: les grévistes de Olymel.
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En fait, Olymel a-t-il vraiment l'autorité morale
de s'accaparer les questions de sécurité lorsque c'est ce
même monopole qui demande constamment de nouvelles concessions
aux ouvriers comme ce fut le cas lors de la plus récente
grève à St-Hyacinthe ? Il ferme des usines et cela
affecte des milliers de travailleurs, comme la plus récente
fermeture le 26 avril à Iberville, où une nouvelle
restructuration
dans la production de volaille fera perdre 183 emplois. Si on compte
l'ensemble des emplois indirects touchés par le travail des 10
000 ouvriers tous les jours, ce sont des dizaines de milliers de
travailleurs qui vivent, conséquence des décisions
d'Olymel, dans un état d'insécurité constant. Cela
a
toutes sortes de séquelles sociales et psychologiques. Comment
est-ce possible également que des chercheurs mobilisés
par le plus gros monopole agro-alimentaire du Québec, qui n'ont
rien avoir avec la production de porc et de poulet, puissent
régler les questions de sécurité pour les
ouvriers ? Est-ce eux qui vont subir l'accélération
des
cadences de production pour satisfaire les exigences des
opérations ? Est-ce eux qui vont définir la longueur
de la journée de travail et des décisions relatives
à la production ? Bref, le nouveau système de
gestion va-t-il limiter la prépondérance du droit de
monopole sur le contrôle de la production ?
Et qu'est ce que cette histoire de diligence
raisonnable ? Durant les dernières années, tout au
long de son offensive contre les travailleurs de ses usines, Olymel a
établi un système de « gestion des
attitudes » appelé programme STAR (de nouveau
inspiré par ce qui se fait au USA) dans lesquelles elle remet
des diplômes aux
« meilleurs employés » ayant une
« bonne » attitude. Le nouveau programme SCORE
est-il basé sur le même schéma, c'est-à-dire
criminaliser ceux qui n'ont pas une bonne attitude vis-à-vis la
sécurité, et rejeter la responsabilité de la
prévention sur le dos des travailleurs ?
Pour la classe ouvrière, il n'y a aucun
doute : la hausse des accidents de travail ne vient pas de
quelconques problèmes d'attitude, mais bien de l'intensification
de l'exploitation. L'État doit assumer la responsabilité
de protéger l'ensemble de la classe ouvrière, peu importe
la grosseur de l'entreprise et garantir un environnement
sécuritaire
tout au long du processus de production. Les travailleurs doivent
redoubler de vigilance et ne pas laisser les monopoles prendre le
contrôle des questions de sécurité. Pour nous la
responsabilité commence chez nous.

Alberta
Rapport du vérificateur général
sur l'échec
du gouvernement à faire respecter les
réglementations de la loi sur la santé et la
sécurité
Dans son rapport du 14 avril, le vérificateur
général de l'Alberta, Merwan Saher, demande pourquoi le
gouvernement de l'Alberta n'a pas pris les mesures qui s'imposent
contre quelque 100 entreprises albertaines qui ont enfreint à
plusieurs reprises les lois sur la santé et la
sécurité, et qui connaissent des taux de blessures au
travail qui sont de
trois ou quatre fois plus élevés que la moyenne
provinciale. Des vérificateurs de son bureau ont
identifié des entreprises de 30 secteurs qui ont enfreint les
réglementations de santé et de sécurité en
toute impunité.
Non seulement le gouvernement de l'Alberta n'a pas
forcé les entreprises à respecter les
réglementations, mais il a lui-même suspendu ses avis
d'exécution même si les mesures prescrites n'avaient pas
été appliquées, a dit le vérificateur
général. Il a aussi rapporté que le gouvernement
continue de fournir des subsides aux entreprises qui
enfreignent les lois sur la santé et la sécurité
et n'appliquent pas les standards provinciaux. Certains de ces
employeurs ont même reçu des Certificats de reconnaissance
qui sont supposément réservés aux employeurs qui
démontrent des standards élevés en matière
de santé et de sécurité. Les entreprises utilisent
ces certificats pour obtenir des
contrats et des réductions sur les primes qu'elles paient au
bureau de la compensation.
Le vérificateur général a fait ses
recommandations en examinant près de 4000 avis
d'exécution émis par le gouvernement albertain sur une
période de cinq mois en 2007 et 2008. Saher écrit aussi
dans son rapport que « la majorité de ces employeurs
ont moins de 200 travailleurs. Le nombre total de leurs employés
est d'un peu plus de 31
000 ». Sur l'ensemble des avis qu'il a
étudiés, 109 d'entre eux, qui représentent 63
employeurs, n'ont pas été respectés. Les avis dans
certains cas avaient été émis suite à des
accidents de travail.
Selon les données officielles du gouvernement, il
y a eu 110 décès reliés au travail en Alberta en
2009, 166 en 2008 et 154 en 2007. L'Alberta est aussi la province
canadienne avec le plus haut taux de décès et de
blessures dans le secteur de l'agriculture. Le gouvernement provincial
persiste jusqu'à ce jour à exclure les travailleurs
agricoles de
la loi sur la santé et la sécurité. L'année
dernière, il y a eu 23 décès de travailleurs dans
le secteur agricole.
Dans un communiqué de presse, la
Fédération des travailleurs de l'Alberta (AFL) demande
que les recommandations du vérificateur général
pour des mesures punitives contre les employeurs qui persistent
à enfreindre la loi soient appliquées
immédiatement. « Le problème, a dit le
président de l'AFL Gil McGowan, c'est que ce
gouvernement n'arrive pas à se résoudre à punir
les employeurs même s'ils ont enfreint la loi à plusieurs
reprises. » Il a ajouté que « la
conformité volontaire a ses limites. Parfois, pour le bien de
tous les Albertains, le gouvernement doit être prêt
à frapper du poing et punir les employeurs qui enfreignent la
loi » sinon
« encore plus d'Albertains paieront de leurs
vies ».

Mines
Xstrata, Sudbury
- Richard Paquin, président de la
section 598 des TCA -
En cette Journée internationale de
commémoration, nous nous souvenons de nos confrères et
consoeurs qui sont morts de blessures ou de maladies contractées
au travail. C'est aussi l'occasion pour nous d'évaluer le chemin
que nous avons parcouru. Dans le passé, les décès
et les blessures étaient chose courante dans le secteur minier.
Nous
avons fait des progrès grâce à notre lutte et nous
devons continuer ce combat qui en est un de tous les jours. Nous avons
mis en place des mesures de sécurité au fil des ans et
nous devons nous assurer que personne ne va tenter de tourner la page
sur elles.
Un des problèmes les plus pressants en ce moment
est celui des maladies professionnelles. Les problèmes semblent
s'accumuler à mesure que la période de latence de
maladies contractées dans le passé arrive à terme
et que les symptômes se manifestent. Nous demandons que la
législation et les réglementations soient amendées
pour qu'on y
reconnaisse pleinement les maladies professionnelles. Divers types de
cancer se manifestent chez les travailleurs et on observe de plus en
plus de cas de maladies d'Alzheimer. De plus en plus de travailleurs
qui ont travaillé dans le secteur minier à Elliott Lake
dans les années 1960-1970-1980 se retrouvent aujourd'hui avec la
maladie d'Alzheimer.
La loi à l'époque obligeait les travailleurs à
passer dans une chambre de poussière d'aluminium avant d'aller
dans la mine parce cela était supposé éviter que
la poussière d'uranium ne colle aux poumons. On savait à
l'époque que l'uranium causait la silicose et on pensait que
l'exposition des travailleurs de façon intensive à la
poussière
d'aluminium pouvait réduire le danger de contracter la silicose.
De nombreux travailleurs qui ont été
soumis à cette procédure souffrent aujourd'hui de la
maladie d'Alzheimer causée par la poussière d'aluminium,
maintenant que la période de latence est terminée. Nous
demandons donc que ces cas soient considérés comme des
cas de maladies professionnelles.

Ekati Mine, Territoires du Nord-Ouest
-Todd Parsons,
président du Syndicat des travailleurs du Nord -
Le Syndicat des travailleurs du Nord comprend 26
unités dont la mine de diamants Ekati qui appartient au
géant minier BHP Billiton. La préoccupation principale
des mineurs d'Ekati est d'obtenir des périodes de repos
suffisantes. Les travailleurs se rendent à la mine par avion et
y travaillent pendant deux ou même trois semaines, sept jours
sur sept et souvent 12 heures par jour, puis ils sont ramenés
dans leur région par avion pour une semaine ou deux. Nous avons
en plus des travailleurs qui font partie d'équipes d'urgence et
sont appelés à intervenir pour des choses qui vont d'un
écoulement mineur de carburant à des situations d'urgence
sous terre. Des périodes de repos suffisantes
peuvent faire la différence entre rester en vie et
décéder.
D'un point de vue général, nous avons fait
des recherches sur l'accroissement du nombre de décès et
de blessures en un temps où le secteur manufacturier est en
crise. Nous pensons qu'une des raisons de ce phénomène
c'est que ceux qui ont perdu des emplois à temps plein se sont
retrouvés dans des emplois précaires à temps
partiel et on sait
que le nombre de blessures est toujours plus élevé quand
vous changez souvent d'emplois et surtout si vous passez d'un emploi
relativement stable à un emploi précaire, à temps
partiel ou sur appel. Ceux qui restent à l'emploi des grandes
entreprises manufacturières doivent produire plus avec moins de
monde. Les risques sont plus grands et la
pression est aussi plus grande sur les travailleurs pour qu'ils
acceptent cette situation ou fassent la place à d'autres.

Iron Ore du Canada, Terre-Neuve et Labrador
- George Kean, président de la
section 5795 du Syndicat des métallos -
Le 28 avril, nos pensées vont vers nos
confrères et consoeurs de la section locale et du pays qui ont
perdu leurs vies dans des accidents dans les places de travail ou
à cause de maladies professionnelles. Depuis un an, nous avons
perdu trois travailleurs qui sont morts de maladies professionnelles et
nous avons
eu un décès il y a juste un mois de cela. Les trois
travailleurs sont morts de silicose. Deux d'entre eux étaient
toujours actifs alors que le troisième était à sa
retraite. Le décès s'est produit lorsque deux
travailleurs sont tombés d'une plate-forme. L'un d'entre eux a
survécu à ses blessures, mais le second y a
succombé.
Nous avons aussi bon nombre de travailleurs dont la maladie
professionnelle n'avait pas été diagnostiquée au
moment où ils l'ont contractée, mais qui s'est
manifestée dans leurs poumons après une période de
latence qui peut atteindre 20 ans. Le 28 avril est une journée
très difficile pour les familles qui se remémorent
ceux qu'ils ont perdus et pour nous, y compris pour moi qui ai
côtoyé ces travailleurs.
Notre syndicat est très actif sur les questions
relatives à la santé et à la
sécurité. Notre premier souci est d'éduquer nos
membres sur l'importance de la santé et de la
sécurité au travail et nous les informons notamment de
leur droit de refuser un travail non sécuritaire. Nous nous
assurons que les travailleurs
reçoivent l'équipement de protection nécessaire
non seulement pour éviter les blessures immédiates mais
les maladies pulmonaires également. Nous faisons pression sur
l'employeur et nous aussi nous faisons notre part pour nettoyer la
place de travail et faire en sorte que les travailleurs ne soient pas
exposés à des
particules de poussière dans l'atmosphère. Notre but est
d'éliminer les décès et les blessures
reliés au travail.
Le 28 avril, nous participons en tant
qu'affiliés
du Conseil du Travail dans une cérémonie et nous
observons une minute de silence dans les places de travail. Nous allons
dans les écoles de Labrador West pendant la journée pour
parler à plus de 300 élèves et c'est important
parce que les jeunes sont
les plus susceptibles d'être blessés lorsqu'ils commencent
à travailler. Nous informons les étudiants de leurs
droits. En fin d'après-midi, nous tenons un service avec les
familles devant les bureaux du syndicat. Le 28 avril est une
journée solennelle où les émotions sont
très fortes.

États-Unis
Une tragédie minière non seulement
tragique mais criminelle
- Amy Goodman*, Truthout, le 14 avril
2010 -
La mine Upper Big Branch (UBB) à Montcoal en
Virginie-Occidentale, où 29 mineurs ont péri la semaine
dernière, est opérée par Massey Energy. Les pertes
de vie sont tragiques mais l'explosion de la UBB est plus que
tragique : elle est criminelle. Pourtant, quand les grandes
entreprises se rendent coupables
de crimes, elles ne vont pas en prison et ne sont pas privées de
leur liberté, elles sont simplement mises à l'amende, ce
qui revient le plus souvent à une petite tape sur les doigts,
quelque chose qui fait partie des coûts à payer quand on
est en affaires. Personne ne l'exprime plus clairement que le pdg de
Massey Energy,
Don Blankenship. Depuis des années il est l'ennemi juré
des activistes contre le changement climatique et des promoteurs d'une
industrie minière sécuritaire. Cette plus récente
tragédie minière en fait un emblème de
l'irresponsabilité criminelle de la grande entreprise qui
piétine les droits des communautés, de
l'environnement et des travailleurs.
Dans les jours qui ont suivi l'explosion à
Massey, Blankenship a admis lors d'une entrevue radiophonique que
« les infractions font malheureusement partie du travail
dans les mines... il y a des infractions dans chaque mine de charbon
aux États-Unis. L'UBB n'y échappe pas. » La Charleston
Gazette de Virginie-Occidentale a constamment critiqué
Massey Energy et Blankenship et elle s'est attiré ses foudres
dans un discours en novembre 2008 dans lequel il a dit :
« Cela me fait grand plaisir d'être critiqué
par les communistes et les athées de la Gazette...
est-ce que ça nous
offusquerait si Oussama ben Laden nous critiquait ? Probablement
que non. »
Depuis le début, on soupçonne que la cause
de l'explosion est le méthane dans la mine. La mine UBB de
Massey a reçu des milliers d'avis d'infractions, dont de
nombreuses pour avoir omis de retirer le méthane avec de la
ventilation. Une autre cause peut être la proximité de la
mine aux opérations de Massey
d'extraction à ciel ouvert des sommets de montagnes.
L'extraction à ciel ouvert comprend le dynamitage massif des
sommets, donnant accès à des veines de charbon mais
provoquant une destruction massive de l'environnement. Le Wall
Street Journal rapportait lundi qu'une enquête de
l'État de
Virginie-Occidentale sur l'explosion comprendra l'impact possible de la
proximité des opérations minières d'extraction des
sommets. L'administratrice de l'Agence de protection de l'environnement
(EPA), Lisa Jackson, a publié le 1er avril une nouvelle
réglementation limitant le retrait de sommet, quelques jours
seulement avant l'explosion chez Massey. Massey est la principale cible
d'une campagne de plus en plus populaire contre l'enlèvement de
sommet. Parmi les personnes arrêtées lors de
manifestations, on retrouve le climatologue bien connu James Hansen,
directeur de l'Institut Goddard de la NASA pour les études
spatiales, et l'actrice Daryl Hannah.
Entre les années 2000 et 2007, seize mineurs sont
morts dans les mines de Massey. Elvis Hatfield, 46 ans, et Don Bragg,
33 ans, ont été tués en janvier 2006 dans
l'incendie de la mine Aracoma. Leurs veuves ont poursuivi Massey Energy
et Blankenship. Lors du procès, leurs avocats ont
présenté une note de
service rédigée par Blankenship des mois avant l'incendie
mortel, donnant des directives aux surintendants de la mine profonde de
se concentrer sur l'extraction du charbon au détriment des
projets de sécurité : « Si les
présidents de votre groupe, superviseurs, ingénieurs ou
quelqu'un d'autre vous ont
demandé de vous concentrer sur autre chose que le charbon
(c'est-à-dire construire un croisement d'aérage, faire
des travaux de construction ou autre), vous devez les ignorer et
extraire du charbon. Cette note de service est nécessaire
uniquement parce qu'on ne semble pas comprendre que le charbon paie les
factures. »
Le charbon paie les factures et paie le salaire de
Blankenship qui est estimé à 19,7 millions $, selon
l'Associated Press, soit le plus élevé de l'industrie
charbonnière. Massey qui est membre du conseil d'administration
de la Chambre de commerce des États-Unis, est un farouche
opposant du mouvement
syndical, un négationniste acharné du changement
climatique et un adversaire résolu de la réglementation.
Il a dit des organismes gouvernementaux de réglementation,
à la dernière fête du Travail lors d'un
rassemblement anti-syndical : « L'idée
même qu'ils se soucient davantage de la sécurité
des mineurs
de charbon que nous est aussi stupide que le réchauffement
climatique. »
Blankenship a versé 3 millions $ à la
campagne électorale d'un candidat à la Cour suprême
de Virginie-Occidentale afin de remplacer un juge dont il craignait un
jugement défavorable à Massey dans un pourvoi contre un
arrêt de 50 millions $. Le candidat qu'il soutenait, Brent
Benjamin, a remporté
le siège et a voté pour renverser le jugement. (La Cour
suprême des États-Unis a renversé cette
décision, invoquant le financement de l'élection par
Blankenship et l'affaire a servi de base en 2008 pour le film de
suspense juridique « L'appel » de John Grisham).
Les fonds de pension et d'autres grands investisseurs
institutionnels exigent que Massey licencie Blankenship. Le dernier des
29 corps des mineurs tués dans la mine Massey a
été récupéré. Leur mort ne devrait
pas être prise en compte par Don Blankenship en tant que
coût pour brasser des affaires, mais, plutôt,
devrait être en tête de l'acte d'accusation criminelle
contre lui.

Mexique
Une communauté mexicaine est ravagée
par
les activités minières de Blackfire Exploration
- Communiqué de Common Frontiers
et du
syndicat des Métallos, 21 avril 2010 -


San Cristobal de las
Casas, Mexique, le 9 décembre 2009: manifestation contre la
compagnie minière Blackfire
Exploration, que les résidents tiennent responsable du meurtre
de l'activiste Mariano Abarca le 27 novembre 2009.
(Photos: Carlos Dandon S. of REMA)
Une délégation canadienne en visite dans
l'État mexicain du Chiapas à la suite du meurtre du
militant Mariano Abarca, dans lequel ont été
impliqués plusieurs employés de la société
minière de Calgary Blackfire Exploration, a conclu que Blackfire
doit quitter le Chiapas et que le parlement canadien doit agir
immédiatement pour éviter que d'autres conflits aient des
conséquences funestes dans l'industrie minière à
l'échelle mondiale.
Le 7 décembre 2009, la mine de barite de
Blackfire, située près de la localité de
Chicomuselo, dans le sud de l'État du Chiapas, au Mexique, a
été fermée par les autorités
étatiques chargées de la protection de l'environnement.
Mariano Abarca Roblero a été tué par balle devant
sa maison le 27 novembre 2009.
« Au cours de notre enquête, nous avons
vu une communauté ravagée par l'omniprésence de
l'intimidation, par la violence, par des pratiques minières
inadmissibles, par la destruction de l'environnement, par le
harcèlement juridique... et par le meurtre sanglant de Mariano
Abarca, qui a dénoncé cette
destruction », déclare Rick Arnold de Common
Frontiers.
« Selon la famille Abarca, c'est Blackfire
qui, au final sinon directement, est responsable de la violence ayant
suivi l'entrée en service de la mine, laquelle a abouti à
la mort de M. Abarca », indique Dawn Paley, journaliste et
chercheuse ayant pris part à la délégation au nom
de Mines Alerte Canada.
« Ce sentiment est partagé par beaucoup de gens
à Chicomuselo. »
« Le ministère de l'Environnement et
du Logement du Chiapas a fermé la mine, les autorités ont
arrêté plusieurs employés de l'entreprise et la
communauté a dénoncé ouvertement les agissements
de Blackfire. Malgré tout, l'entreprise cherche toujours
à faire casser la décision du Ministère et
à reprendre
ses activités comme si de rien n'était, ce qui est
scandaleux », soutient le porte-parole de Mines Alerte,
Jamie Kneen.
« D'après les conclusions de notre
enquête, il est évident que le parlement du Canada doit
immédiatement adopter deux mesures. Premièrement, une
motion de blâme doit être déposée par tous
les partis contre les activités de Blackfire.
Deuxièmement, le Parlement doit adopter les deux projets de loi
sur
la responsabilisation des sociétés minières qui
sont actuellement à l'étude, en l'occurrence les projets
de loi C-300 et C-354 », déclare Mark Rowlinson,
avocat du Syndicat des Métallos.
La délégation d'enquête, qui a
séjourné au Mexique du 21 au 27 mars à
l'invitation du REMA (réseau mexicain de collectivités
victimes de l'industrie minière), comptait des
représentants de Mines Alerte Canada, de Common Frontiers et des
Métallos. Vous trouverez un compte rendu complet des conclusions
de la délégation sur le site : www.miningwatch.ca/fr

Bolivie
Les manifestants suspendent
le blocus de la mine
Sumitomo
Jeudi le 22 avril, les paysans boliviens ont mis fin
à leur mouvement de protestation des derniers 10 jours contre la
mine de San Cristobal appartenant à la société
japonaise Sumitomo Corp, a dit un fonctionnaire du gouvernement local.
Des centaines de résidents locaux, qui demandent
d'être indemnisés par la compagnie pour l'utilisation des
sources d'approvisionnement en eau, ont renversé des conteneurs
remplis de minerai et détruit un petit bureau sur le site
isolé de la région de Potosi.
« Après la réunion d'hier
entre les résidents et le gouverneur, nous en sommes venus
à une solution temporaire. Le blocus est
levé », a déclaré à Reuters un
fonctionnaire du gouvernement provincial de Potosi.
« Les manifestants ont mis comme date butoir
le 8 mai pour que leur demande soit résolue », a
ajouté le responsable.
Les manifestants réclament aussi l'installation
des services, y compris l'électricité, l'eau courante et
la couverture en téléphonie mobile.
Le 20 avril, la société a
déclaré qu'elle réduirait progressivement les
opérations en raison du blocus qui coupait l'accès
ferroviaire principal vers la mine d'argent-plomb-zinc, d'où le
minerai est extrait et transporté vers les navires situés
dans les ports voisins du Chili.
Partout dans la région andine les groupes
indigènes réclament un plus grand contrôle sur les
ressources naturelles, et une plus grande part des revenus miniers et
énergétiques de leur pays.
San Cristobal est l'une des plus grandes mines de la
Bolivie, un pays enclavé, et dont la production
journalière représente quelque 1 300 tonnes de minerai de
zinc-argent et 300 tonnes de minerai de plomb-argent.
Selon le site internet de Sumitomo, la mine est le
sixième producteur en importance au monde de zinc et le
troisième plus grand producteur d'argent au monde.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
Site web: www.pccml.ca
Courriel: redaction@cpcml.ca