Le Marxiste-Léniniste

Numéro 75 - 28 avril 2010

28 avril: Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail

La crise doit être résolue
à l'avantage des travailleurs


Ottawa le 21 octobre 2009: des travailleurs accidentés, anciens employés de Nortel, demandent que le
gouvernement et la compagnie leur versent leur pension et une juste compensation. (Photos: LML, Marc Lavoie)

La crise doit être résolue à l'avantage des travailleurs

Québec
Construction - François Patry, Santé et sécurité à la FTQ-Construction
Mines - Dominic Lemieux, permanent de la FTQ
Santé - Michelle Boisclair, première vice-présidente de la FIQ
Agriculture - Andréa Galvez, coordonnatrice de l'ATA, section Québec
Alimentation: L'État a la responsabilité d'assurer la sécurité des travailleurs, non des monopoles - Normand Chouinard

Alberta
Rapport du vérificateur général sur l'échec du gouvernement à faire respecter les réglementations de la loi sur la santé et la sécurité

Mines
Xstrata, Sudbury - Richard Paquin, président de la section 598 des TCA
Ekati Mine, Territoires du Nord-Ouest - Todd Parsons, président du Syndicat des travailleurs du Nord
Iron Ore du Canada, Terre-Neuve et Labrador - George Kean, président de la section 5795 du Syndicat des Métallos

États-Unis
Une tragédie minière non seulement tragique mais criminelle - Amy Goodman

Mexique
Une communauté mexicaine est ravagée par les activités minières de Blackfire Exploration - Communiqué de Common Frontiers et du syndicat des Métallos

Bolivie
Les manifestants suspendent le blocus de la mine Sumitomo

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28 avril: Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail

La crise doit être résolue
à l'avantage des travailleurs

Aujourd'hui, 28 avril, Jour de deuil national pour les travailleurs blessés ou tués au travail, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) salue les travailleurs qui participent aux cérémonies, assemblées et autres actions organisées partout au pays pour marquer cette occasion.

La réalité d'aujourd'hui est que le nombre de décès au travail est à la hausse dans le contexte de l'offensive néolibérale antisociale à l'échelle du monde. Cette crise généralisée qui a à sa base la crise économique a entraîné des centaines de milliers de mises à pied ne serait-ce qu'au Canada et des dizaines de millions dans le monde. Les années 2007 et 2008 ont établi de nouveaux records pour ce qui est du nombre de décès au travail, selon les données officielles, soit 1 055 en 2007 et 1 036 en 2008. Ce nombre ne représente en fait qu'une fraction du nombre de morts suite à des maladies professionnelles qui dans la plupart des cas ne sont pas reconnues comme étant liées au travail.

Le rejet du fardeau de la crise sur le dos des travailleurs s'est traduit par une intensification de l'exploitation des travailleurs et des peuples opprimés, et cela s'exprime par la détérioration des conditions de vie et de travail et la création d'un environnement de plus en plus dangereux.

L'expulsion en masse des travailleurs des usines a entraîné une situation intenable pour ceux qui restent. Par exemple, les riches exercent une pression constante pour transformer la main-d'oeuvre en une réserve de travailleurs occasionnels, à temps partiel, sur appel ou migrants, dans des conditions de plus en plus précaires et la plupart du temps sans possibilité de syndicalisation. Les monopoles profitent de la montée en flèche du chômage et utilisent la menace constante de fermeture pour obliger leurs employés à choisir entre des conditions de travail de moins en moins sécuritaires et la rue.

Le chantage pèse encore plus quand les monopoles instituent ce qu'ils appellent « la tolérance zéro » concernant les accidents de travail. La tolérance zéro ne veut pas dire que les employeurs prennent les mesures nécessaires pour créer des conditions de travail sécuritaires, mais plutôt qu'ils mettent en place un système pour criminaliser et harceler les travailleurs qui déclarent des blessures et imposer une culture du silence et de déni de la réalité. Ceux qui sont blessés deviennent la cible d'une offensive idéologique qui les blâme pour l'augmentation des coûts, laquelle nuit à l'effort pour rendre les monopoles concurrentiels sur les marchés mondiaux, et pour la sur-utilisation des régimes d'indemnisation des gouvernements provinciaux. Cette pression suffocante décourage les travailleurs qui voudraient déclarer une blessure au travail et veut faire accepter que la mort par suite de maladies professionnelles ne soit pas reconnue par la société.

C'est une autre façon d'imposer la conception du monde antisociale selon laquelle les travailleurs qui produisent toute la richesse de la société sont en fait des abuseurs des programmes sociaux et des gaspilleurs de la richesse produite par les monopoles. C'est pour faire accepter qu'une part de plus en plus grande de la richesse sociale soit transférée des travailleurs aux monopoles.

Les morts et blessures au travail pèsent encore plus sur les peuples en Asie, en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes parce que les impérialistes et leurs monopoles rejettent le fardeau de la crise sur leur dos. Ils travaillent majoritairement dans les trois secteurs que l'Organisation internationale du travail (OIT) considère comme étant les plus dangereux : agriculture, mines et construction. L'OIT estime que sur les 335 000 personnes qui meurent au travail chaque année dans le monde, 170 000 sont dans le secteur de l'agriculture. Dans le secteur des mines, les monopoles qui ont leur siège social au Canada ont une réputation de pratiques scandaleuses pour leurs employés et les communautés minières dans ces pays. Les travailleurs immigrent de ces pays par dizaines de millions chaque année à la recherche d'un moyen de subsistance, mais les riches et leurs monopoles dans les pays où ils vont se servent d'eux comme d'une main-d'oeuvre jetable et sans droit. L'OIT estime que les taux d'accidents au travail sont les plus élevés parmi les travailleurs migrants, tous secteurs confondus.

Le Jour de deuil national, les travailleurs prennent le temps de réfléchir à leur situation et ils en viennent de plus en plus à la conclusion qu'ils doivent remettre en cause le droit d'exploiter et de piller à volonté s'ils veulent travailler et vivre dans des conditions sécuritaires. Le premier pas est de restreindre la capacité des monopoles d'agir impunément grâce à la complicité de gouvernements qui adoptent des lois en leur faveur et qui argumentent leur cause. Ces gouvernements disent par exemple qu'on ne peut rien faire contre l'impunité parce que les monopoles peuvent tout simplement choisir d'aller investir ailleurs. Mais ces monopoles utilisent le produit social que nous créons pour s'enrichir, pas pour investir dans notre avenir. C'est la preuve que ces gouvernements ne sont pas aptes à gouverner et qu'il faut les forcer à faire respecter le droit de tous à des conditions de travail sécuritaires.

Les travailleurs cherchent une issue à la crise qui sera à l'avantage du peuple et ils en viennent à la conclusion qu'ils doivent aussi bâtir une opposition ouvrière effective qui amènera leur cause au parlement. Ce serait un changement important, parce que le but des travailleurs n'est pas de mettre tous les avoirs de la société à la disposition des empires privés en quête de profit et de domination partout dans le monde. Une fois regroupés pour se représenter politiquement, ils mettront chaque situation à profit pour établir des gouvernements qui feront du droit à des conditions de travail sécuritaires un droit garanti pour tous. La responsabilité sociale de garantir les droits de tous, y compris le droit à des conditions de travail sécuritaires, est un puissant incitatif pour donner une nouvelle direction à l'économie, pour que les avoirs de la société soient utilisés pour le bien de tous.

Le PCC(M-L) salue les travailleurs qui participent aux activités organisées à l'occasion du Jour du deuil national et lance l'appel à tous les travailleurs à intensifier leur lutte pour forcer les monopoles et leurs gouvernements à faire respecter le droit à des conditions de travail sécuritaires.

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Québec

Construction

Le taux des décès dans la construction au Québec est le plus élevé de tous les secteurs de l'économie. Les décès se produisent surtout suite à des chutes de hauteur et quand les travailleurs ne sont pas cadenassés.

Le plus grand problème c'est qu'il n'y a pas de culture de prévention dans la construction. Le secteur est basé sur la production à tout prix, le plus vite possible et le moins cher possible. Il y a ce qu'on appelle du « fast tracking » partout. Les travailleurs sont parfois engagés dans le prolongement d'une autoroute comme c'est le cas en ce moment avec l'autoroute 30 avant même que les plans pour le prolongement aient été rendus publics. Il y a des cas où les chantiers de construction commencent leur travail sans qu'un plan de prévention ne soit mis en place.

Au Québec, tout chantier de construction qui a plus de 500 travailleurs doit avoir un plan de prévention qui est présenté à la CSST 180 jours avant le début des travaux. La CSST doit rencontrer les représentants des employeurs et des travailleurs pour obtenir leur approbation et faire les ajustements nécessaires. Souvent le travail commence sur le chantier avant que le plan ne soit approuvé. C'est illégal à strictement parler mais les employeurs font juste recevoir des amendes et qu'est-ce que c'est une amende de 1000 $ ou 2000 $ à la CSST sur un projet de 2 milliards $. Souvent la CSST n'émet même pas d'avis d'infraction et cherche plutôt à convaincre l'employeur de présenter son plan. Les travailleurs ont le temps de se faire tuer à l'ouvrage. Il n'y a pas de culture de prévention et de planification de prévention.

En 1980, la Loi sur la santé et la sécurité du travail a été adoptée au Québec. Cette loi prescrit entre autres la formation de comités de santé et de sécurité dans les places de travail et l'existence de représentants en prévention. Les articles 204 à 215 se rapportent à la construction et ils n'ont jamais été promulgués et cela pour des raisons qui n'ont jamais été expliquées par les gouvernements qui se sont succédés. Chaque fois que nous soulevons la question devant la CSST les employeurs nous donnent une fin de non-recevoir. La CSST fonctionne sur la base du consensus. Les employeurs et les syndicats doivent se mettre d'accord avant que la CSST propose quelque changement que ce soit. Le paritarisme a certes ses avantages mais cela cause également beaucoup de problèmes. Lorsque c'est à l'avantage d'une des parties de ne pas en arriver à un consensus, nous faisons face à un cul-de-sac.

Nous avons besoin de mécanismes qui font de la place aux syndicats sur les chantiers. Il nous faut des organisations sur lesquelles les travailleurs sont représentés et où l'on peut dénoncer les conditions de travail qui ne sont pas sécuritaires et proposer des changements. Sinon nous faisons du cas par cas. Nous sommes là pour éteindre des incendies plutôt que de les prévenir.

Dans la construction, il n'y a pas d'ancienneté. Les employeurs peuvent congédier un travailleur n'importe quand. Probablement que le travailleur va se trouver un autre emploi dans la construction, mais il n'accumule pas d'ancienneté. Cela crée une grande pression sur les travailleurs pour leur faire accepter des conditions qu'ils n'accepteraient pas autrement. Ils ne veulent pas passer pour des plaignards et la pression les pousse au silence. Les travailleurs se font placer devant le dilemme de la possibilité d'être blessés ou la certitude de ne pas pouvoir nourrir leur famille. C'est un dilemme qui se pose aux travailleurs à chaque jour et personne n'est capable de vivre avec un dilemme quotidien et de vivre constamment avec l'idée que peut-être aujourd'hui il va être blessé. Les travailleurs ont l'habitude de défier le danger et la pression, c'est de vivre avec lui. Cela fait partie de l'absence d'une culture de prévention qui est le fait des entreprises.

Dans notre travail, c'est une de nos constantes préoccupations, celle d'éduquer et de former des travailleurs dans une culture de la santé et de la sécurité qui soit pro-travailleurs et combatte le fatalisme. Nous les entraînons afin qu'ils soient capables d'intervenir sur les chantiers. La FTQ-Construction a environ 1000 représentants à l'échelle du Québec qui ont pour mandat d'aller sur les chantiers pour voir comment ils sont organisés et faire les représentations nécessaires pour que les changements qui s'imposent soient faits. Une des choses que nous faisons c'est d'organiser les travailleurs sur les chantiers à utiliser leur droit de refuser un travail non sécuritaire et nous défendons les travailleurs quand ils exercent leur droit de refus. Nous nous assurons qu'ils ne sont pas laissés à eux-mêmes et qu'ils sont représentés par le syndicat quand ils refusent de faire un travail dangereux. Nous le faisons en coopérant avec les autres syndicats parce que comme vous le savez, il y a cinq syndicats différents dans la construction au Québec. Mais l'affiliation syndicale ne compte pas quant il est question de la santé et de la sécurité des travailleurs. Nous devons travailler tous ensemble et c'est cela que nous faisons sur les chantiers quand ces problèmes se produisent. Ce sont des actions collectives de tous les travailleurs parce que nous sommes tous dans le même bateau.

En même temps nous ne pouvons pas être partout à la fois. Nous sommes capables de visiter environ 15-20 % des chantiers. Nous demandons donc que les articles de la loi qui se rapportent à la construction soient promulgués. Cela fait 30 ans que les gouvernements refusent de bouger là-dessus. Il faut les forcer à le faire. Quand nous soulevons le problème, nous nous faisons dire qu'il faut créer d'autres comités pour étudier le problème. La CSST, l'an passé, a établi un comité pour étudier les problèmes qui sont posés par la perspective de la promulgation de ces articles. Des mémoires ont été présentés mais rien ne bouge. Dans le cas du problème du cadenassage, il y a un comité qui a été établi pour élaborer une procédure unique universelle de cadenassage pour tout le secteur de la construction. Nous avons travaillé pendant sept ans sur une telle procédure et nous en avons élaboré une avec laquelle tout le monde est d'accord mais elle n'a pas encore été incorporée dans les codes de sécurité. C'est ça le danger du paritarisme. C'est de la discussion par-dessus de la discussion et tous les prétextes sont bons pour retarder la décision. Lorsque nous soulevons ce problème la réponse qu'on nous donne c'est qu'il faut créer un comité pour étudier pourquoi les choses ne bougent pas. Les travailleurs ont le temps de mourir avant que quelque chose ne se passe.

Nous assistons également depuis des années au développement d'une industrie de la contestation des réclamations des travailleurs. Les employeurs donnent en sous-traitance leur filière de santé et sécurité à d'autres, dont le mandat est de contester les réclamations des travailleurs, de contester que la blessure s'est produite, d'assigner immédiatement les travailleurs à des tâches modifiées afin d'éviter que l'accident ne soit rapporté à la CSST et que les travailleurs fassent une réclamation, d'envoyer des docteurs-experts pour contester les réclamations à tous les niveaux possibles. La prévention est remplacée par la contestation des réclamations des travailleurs. Évidemment cela rapporte beaucoup aux avocats et aux docteurs.

Tout cela fait partie de la culture dont je parlais tantôt. Un des buts qui est recherchés c'est de forcer les gens à accepter la vision selon laquelle une compensation adéquate n'est pas un droit mais une faveur qu'on fait aux travailleurs.

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Mines

La première chose qui me vient à l'esprit quand je pense à cette journée c'est comment les médias considèrent comme étant socialement acceptable et normal que des travailleurs soient tués ou blessés au travail. Les médias remplissent leurs premières pages de sensationnalisme mais la mort des travailleurs les laisse indifférents. C'est pris pour acquis qu'à un moment donné il y aura des travailleurs qui sont tués ou blessés à l'ouvrage. Les journalistes devraient enquêter, poser des questions aux inspecteurs du gouvernement, mettre les entreprises sur la sellette, demander comment il se fait que le travailleur n'était pas attaché et que ce n'est pas la politique de l'entreprise que les travailleurs doivent être attachés.

Je suis allé à un congrès une fois où un représentant de la CSST a dit que cent travailleurs étaient morts dans l'année dans la province et que le but devait être pour l'année suivante de ramener ce chiffre en bas de cent. Je n'en revenais pas. Selon moi, un décès ou un accident c'est un décès et un accident de trop. C'est inconcevable que dans une société comme la nôtre les travailleurs risquent leur vie en essayant de la gagner et de nourrir leur famille.

Cela nous dit que nous avons beaucoup de travail à faire et notamment beaucoup de travail d'éducation dans la société. Je viens du secteur minier. Quand j'étais jeune je travaillais dans les mines en Abitibi. Je me rappelle très bien que nous avions toujours à combattre l'idée que le mort d'un travailleur des mines c'est quelque chose d'acceptable. Ça n'est pas vrai que travailler pour gagner sa vie doit impliquer de la perdre ou de se faire blesser à l'ouvrage.

On entend surtout parler de sécurité et très peu de santé. La sécurité c'est quelque chose de plus visible et plus quantifiable. Mais c'est tout aussi important de s'assurer que personne ne meure d'amiantose ou de cancer du poumon. Quand je travaillais à Stelco à Contrecoeur (maintenant propriété de Arcelor-Mittal) s'il y a avait un danger qu'un travailleur se casse un bras ou qu'une charge tombe sur le plancher l'entreprise bougeait et faisait quelque chose. Par contre, s'il s'agissait de vapeurs, de bruits ou de vibrations elle était très récalcitrante à l'idée de faire quelque chose. Une mort par maladie professionnelle, c'est une mort elle aussi.

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Santé

Le 28 avril est une journée très importante. En 2010, avec tous les moyens que la société possède pour prévenir les décès et les blessures au travail, ceux-ci devraient être choses du passé. Il y a des gens qui ne meurent pas de leurs blessures mais qui demeurent handicapés physiquement et psychologiquement affectés toute leur vie.

Dans le secteur de la santé au Québec les coupures qui ont été faites pendant les 10-15 dernières années, la pénurie de travailleurs, la charge de travail intenable, tous ces facteurs affectent immanquablement la santé et la sécurité des travailleurs et des travailleuses de la santé de même que celles des patients. Quand vous devez travailler dans des espaces restreints, vous ne pouvez pas protéger votre dos et votre colonne vertébrale. Quand vous êtes forcées de faire des quarts de travail de 16 heures 2 ou 3 fois par semaine, que vous devez courir tout le temps, à l'urgence par exemple qui est supposée avoir 32 lits mais en a 75, tout cela affecte grandement la santé et la sécurité des travailleurs. Il y a aussi un haut niveau de détresse psychologique parmi nos membres qui souvent n'arrivent pas à relaxer quand elles rentrent à la maison parce que peut-être qu'elles n'ont pas passé l'information au quart de travail suivant de façon appropriée.

Nous vivons avec une pénurie de travailleuses et une mauvaise planification des horaires de travail qui est encore aggravée par l'augmentation du travail à temps partiel. Les infirmières qui doivent faire du 16 heures 2 ou 3 fois par semaine ne travaillent pas le jour suivant et la situation devient vite insoutenable pour celles qui doivent tenir le fort. Notre employeur, qui en essence est le gouvernement, souffre du préjugé selon lequel la question c'est de s'assurer qu'il n'y ait personne dans les hôpitaux qui soit là à ne rien faire. J'attends toujours le jour où je verrai une infirmière en train de ne rien faire sur un plancher d'hôpital !

Pour des raisons budgétaires, on refuse de créer des emplois à temps plein, ce qui pourtant stabiliserait le système. N'oublions pas non plus que plusieurs de nos membres vont prendre leur retraite dans les années qui viennent. Qui sera là pour les remplacer ?

C'est la responsabilité du gouvernement d'appliquer ce qui est écrit dans les conventions collectives au sujet de la santé et de la sécurité mais il ne le fait pas. Il y a une culture qui se développe selon laquelle les lois (et une convention collective est un document légal) sont faites pour être contournées. N'oublions pas non plus que le secteur de la santé n'est pas considéré comme un secteur prioritaire dans la Loi sur la santé et la sécurité du travail, ce qui veut dire entre autres choses que la formation de comités de santé et de sécurité dans les établissements de santé au Québec n'est pas obligatoire. Nos blessures ne sont peut-être pas aussi visibles ou dramatiques que celles d'autres secteurs mais elles sont réelles et elles coûtent notamment des millions de dollars à la CSST.

Le budget récent du gouvernement Charest va encore empirer la situation. Notre évaluation était que juste pour maintenir le statu quo le budget global de la santé devait être haussé de 6,2 % et il ne l'a été que d'un peu plus de 5 %. Cela n'est pas viable. Le système est privé de fonds et c'est la privatisation qui est présentée comme la réponse. Mais le privé dans la santé fonctionne sur la base du profit. Si quelqu'un est blessé dans un environnement privatisé est-ce qu'on va reprendre la personne quand elle va mieux ou bien s'en débarrasser ? Les employeurs privés du système qui pensent à ouvrir de nouvelles institutions privées disent ouvertement qu'ils ne veulent pas embaucher de personnel syndiqué. On voit qu'ils veulent s'attaquer aux droits du personnel syndiqué. Ils veulent faire face à une force non organisée. Tant que la société et le système de santé seront gérés selon des philosophies néolibérales qui comprennent notamment la privatisation, la déréglementation et la déresponsabilisation, la situation ne fera que s'aggraver. Je suis dans le secteur de la santé depuis 1973 et les conditions de travail sont pires aujourd'hui qu'elles ne l'étaient quand j'ai commencé.

Mais nous résistons et c'est ça le principal. Nous le faisons pour nous-mêmes, pour les patients et pour la société québécoise dans son ensemble.

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Agriculture

Les problèmes relatifs à la santé et à la sécurité des travailleurs sont très sérieux et cela pour tout le secteur agricole et non seulement pour les travailleurs migrants. Le secteur agricole est l'un des secteurs de l'économie qui a le plus haut taux de blessures. Le travail agricole est très exigeant physiquement et il se fait souvent par très mauvais temps. Les conditions du secteur rendent très difficile pour les travailleurs l'accès à de l'éducation et à de la formation en santé et en sécurité.

Les travailleurs agricoles migrants sont une section de la force de travail qui est très vulnérable, qui souvent ne parle ni le français ou l'anglais et n'est pas au courant des droits que la loi leur reconnaît même formellement. Les lois du travail des provinces ne sont pas adaptées aux besoins des travailleurs agricoles migrants et il y a un lobby agricole très actif qui s'oppose farouchement au droit de ces travailleurs de s'organiser en syndicats. Les lois du travail varient également beaucoup d'une province à l'autre et notamment sur les questions de santé et de sécurité bien que le programme des travailleurs agricoles migrants soit fédéral.

Le Québec reçoit environ 6000 travailleurs agricoles migrants chaque année et leur nombre augmente constamment. Ils étaient environ 3000 en 2006. Ces travailleurs proviennent principalement des Antilles, du Mexique et du Guatemala.

Un des grands problèmes c'est que ni le gouvernement fédéral ni le gouvernement du Québec n'investissent de l'argent et des ressources pour aider ces travailleurs. Ils ne se reconnaissent aucune responsabilité envers eux. Les informations sur le travail agricole migrant ne sont qu'en français et en anglais et même les étiquettes sur les produits toxiques sont uniquement dans ces deux langues.

Un autre problème très sérieux c'est que les contrats qui sont signés par les deux pays donnent tout pouvoir aux propriétaires de fermes. Ils peuvent congédier les travailleurs à volonté même si cela fait 20 ans qu'ils reviennent chaque année travailler au Québec. Les contrats sont temporaires et renouvelables chaque année. C'est donc très difficile pour un travailleur migrant agricole qui se blesse de présenter une réclamation ou même de dire en public qu'il s'est blessé parce qu'il peut être congédié n'importe quand ou exclu du programme l'année suivante. Ce sont des choses qui se produisent souvent. L'absence de sécurité et de stabilité dans leur vie les exclut en pratique de la protection formelle qui est prévue dans la loi. Les travailleurs migrants du Québec sont couverts par la loi sur la santé et la sécurité mais non ceux d'Alberta. Légalement, le travailleur migrant agricole au Québec a le droit de faire une réclamation à la CSST ou à l'assurance-maladie mais ce n'est pas ce qui se produit dans la vie de tous les jours.

Notre alliance fait beaucoup de travail pour éduquer ces travailleurs et la société dans son ensemble sur les droits des travailleurs et sur les droits humains en général et nous essayons de briser l'isolement dans lequel se trouvent ces travailleurs. Nous les accompagnons souvent à l'hôpital ou à la pharmacie. Nous faisons des représentations aux deux paliers de gouvernement pour que ces travailleurs aient le droit légal de s'organiser en syndicats et de négocier leurs conditions de travail. Nous organisons des ateliers et participons dans des séminaires et des conférences pour conscientiser les gens.

C'est inconcevable qu'un travailleur migrant ait travaillé au Québec pendant 20 ans et passé la moitié de sa vie ici et ne puisse toujours pas utiliser toutes ces années de présence au Canada pour présenter une demande de résidence permanente. Ils sont maintenus délibérément dans des conditions précaires et temporaires. Ils travaillent ici, contribuent à l'économie mais ils ne sont pas jugés assez bons pour rester ici ! Nous demandons qu'ils puissent avoir le droit de se bâtir une vie stable au Canada et participer aux affaires de la société. Ça n'a aucun sens qu'au 21e siècle au Canada on trouve des conditions de travail qui remontent à la révolution industrielle.

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Alimentation

L'État a la responsabilité d'assurer la sécurité
des travailleurs, non des monopoles

Récemment le monopole de la transformation de porc et de poulet Olymel a apposé sur les lieux des différentes usines et entrepôts de distribution une note de service au sujet d'un nouveau système de prévention sur la santé et sécurité. Il s'agit d'un programme appelé SCORE (Stratégie-communication-observation-rétroaction-évaluation) qui a été élaboré par Olymel en étroite collaboration avec des chercheurs de l'Université de Sherbrooke. Ce système selon la note de service en question « a pour mission d'évaluer la performance de tous les établissements d'Olymel en matière de prévention en santé et sécurité au travail, de reconnaître les implications qui sont réalisées par tous les intervenants de l'organisation, et de l'établissement, et de suggérer des pistes d'amélioration afin d'accroître la performance globale de toute l'organisation. Ce système s'inspire des meilleurs approches nationales et internationales connues et réalisées en matière de santé et sécurité et met particulièrement l'emphase sur la diligence raisonnable qui est un incontournable dans tout système de gestion de risques. »

La première question qui nous vient en tête en lisant cette note de service est : ou est l'État du Québec dans tout cela ? Est-ce que les recherches de l'Université de Sherbrooke sont mises au service de l'ensemble des travailleurs ou seulement de ce qu'oxymel considère comme « ses travailleurs » et seulement de sa définition de la sécurité au travail ? Olymel compte plus de 10 000 ouvriers et ouvrières actifs dans tout le processus de production et de distribution. Quel rôle vont jouer ces 10 000 personnes dans ces « recherches » pour l'établissement d'un nouveau système de gestion de risque ?


St-Hyacinthe le 24 octobre 2009: les grévistes de Olymel.

En fait, Olymel a-t-il vraiment l'autorité morale de s'accaparer les questions de sécurité lorsque c'est ce même monopole qui demande constamment de nouvelles concessions aux ouvriers comme ce fut le cas lors de la plus récente grève à St-Hyacinthe ? Il ferme des usines et cela affecte des milliers de travailleurs, comme la plus récente fermeture le 26 avril à Iberville, où une nouvelle restructuration dans la production de volaille fera perdre 183 emplois. Si on compte l'ensemble des emplois indirects touchés par le travail des 10 000 ouvriers tous les jours, ce sont des dizaines de milliers de travailleurs qui vivent, conséquence des décisions d'Olymel, dans un état d'insécurité constant. Cela a toutes sortes de séquelles sociales et psychologiques. Comment est-ce possible également que des chercheurs mobilisés par le plus gros monopole agro-alimentaire du Québec, qui n'ont rien avoir avec la production de porc et de poulet, puissent régler les questions de sécurité pour les ouvriers ? Est-ce eux qui vont subir l'accélération des cadences de production pour satisfaire les exigences des opérations ? Est-ce eux qui vont définir la longueur de la journée de travail et des décisions relatives à la production ? Bref, le nouveau système de gestion va-t-il limiter la prépondérance du droit de monopole sur le contrôle de la production ?

Et qu'est ce que cette histoire de diligence raisonnable ? Durant les dernières années, tout au long de son offensive contre les travailleurs de ses usines, Olymel a établi un système de « gestion des attitudes » appelé programme STAR (de nouveau inspiré par ce qui se fait au USA) dans lesquelles elle remet des diplômes aux « meilleurs employés » ayant une « bonne » attitude. Le nouveau programme SCORE est-il basé sur le même schéma, c'est-à-dire criminaliser ceux qui n'ont pas une bonne attitude vis-à-vis la sécurité, et rejeter la responsabilité de la prévention sur le dos des travailleurs ?

Pour la classe ouvrière, il n'y a aucun doute : la hausse des accidents de travail ne vient pas de quelconques problèmes d'attitude, mais bien de l'intensification de l'exploitation. L'État doit assumer la responsabilité de protéger l'ensemble de la classe ouvrière, peu importe la grosseur de l'entreprise et garantir un environnement sécuritaire tout au long du processus de production. Les travailleurs doivent redoubler de vigilance et ne pas laisser les monopoles prendre le contrôle des questions de sécurité. Pour nous la responsabilité commence chez nous.

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Alberta

Rapport du vérificateur général sur l'échec
du gouvernement à faire respecter les
réglementations de la loi sur la santé et la sécurité

Dans son rapport du 14 avril, le vérificateur général de l'Alberta, Merwan Saher, demande pourquoi le gouvernement de l'Alberta n'a pas pris les mesures qui s'imposent contre quelque 100 entreprises albertaines qui ont enfreint à plusieurs reprises les lois sur la santé et la sécurité, et qui connaissent des taux de blessures au travail qui sont de trois ou quatre fois plus élevés que la moyenne provinciale. Des vérificateurs de son bureau ont identifié des entreprises de 30 secteurs qui ont enfreint les réglementations de santé et de sécurité en toute impunité.

Non seulement le gouvernement de l'Alberta n'a pas forcé les entreprises à respecter les réglementations, mais il a lui-même suspendu ses avis d'exécution même si les mesures prescrites n'avaient pas été appliquées, a dit le vérificateur général. Il a aussi rapporté que le gouvernement continue de fournir des subsides aux entreprises qui enfreignent les lois sur la santé et la sécurité et n'appliquent pas les standards provinciaux. Certains de ces employeurs ont même reçu des Certificats de reconnaissance qui sont supposément réservés aux employeurs qui démontrent des standards élevés en matière de santé et de sécurité. Les entreprises utilisent ces certificats pour obtenir des contrats et des réductions sur les primes qu'elles paient au bureau de la compensation.

Le vérificateur général a fait ses recommandations en examinant près de 4000 avis d'exécution émis par le gouvernement albertain sur une période de cinq mois en 2007 et 2008. Saher écrit aussi dans son rapport que « la majorité de ces employeurs ont moins de 200 travailleurs. Le nombre total de leurs employés est d'un peu plus de 31 000 ». Sur l'ensemble des avis qu'il a étudiés, 109 d'entre eux, qui représentent 63 employeurs, n'ont pas été respectés. Les avis dans certains cas avaient été émis suite à des accidents de travail.

Selon les données officielles du gouvernement, il y a eu 110 décès reliés au travail en Alberta en 2009, 166 en 2008 et 154 en 2007. L'Alberta est aussi la province canadienne avec le plus haut taux de décès et de blessures dans le secteur de l'agriculture. Le gouvernement provincial persiste jusqu'à ce jour à exclure les travailleurs agricoles de la loi sur la santé et la sécurité. L'année dernière, il y a eu 23 décès de travailleurs dans le secteur agricole.

Dans un communiqué de presse, la Fédération des travailleurs de l'Alberta (AFL) demande que les recommandations du vérificateur général pour des mesures punitives contre les employeurs qui persistent à enfreindre la loi soient appliquées immédiatement. « Le problème, a dit le président de l'AFL Gil McGowan, c'est que ce gouvernement n'arrive pas à se résoudre à punir les employeurs même s'ils ont enfreint la loi à plusieurs reprises. » Il a ajouté que « la conformité volontaire a ses limites. Parfois, pour le bien de tous les Albertains, le gouvernement doit être prêt à frapper du poing et punir les employeurs qui enfreignent la loi » sinon « encore plus d'Albertains paieront de leurs vies ».

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Mines

Xstrata, Sudbury

En cette Journée internationale de commémoration, nous nous souvenons de nos confrères et consoeurs qui sont morts de blessures ou de maladies contractées au travail. C'est aussi l'occasion pour nous d'évaluer le chemin que nous avons parcouru. Dans le passé, les décès et les blessures étaient chose courante dans le secteur minier. Nous avons fait des progrès grâce à notre lutte et nous devons continuer ce combat qui en est un de tous les jours. Nous avons mis en place des mesures de sécurité au fil des ans et nous devons nous assurer que personne ne va tenter de tourner la page sur elles.

Un des problèmes les plus pressants en ce moment est celui des maladies professionnelles. Les problèmes semblent s'accumuler à mesure que la période de latence de maladies contractées dans le passé arrive à terme et que les symptômes se manifestent. Nous demandons que la législation et les réglementations soient amendées pour qu'on y reconnaisse pleinement les maladies professionnelles. Divers types de cancer se manifestent chez les travailleurs et on observe de plus en plus de cas de maladies d'Alzheimer. De plus en plus de travailleurs qui ont travaillé dans le secteur minier à Elliott Lake dans les années 1960-1970-1980 se retrouvent aujourd'hui avec la maladie d'Alzheimer. La loi à l'époque obligeait les travailleurs à passer dans une chambre de poussière d'aluminium avant d'aller dans la mine parce cela était supposé éviter que la poussière d'uranium ne colle aux poumons. On savait à l'époque que l'uranium causait la silicose et on pensait que l'exposition des travailleurs de façon intensive à la poussière d'aluminium pouvait réduire le danger de contracter la silicose.

De nombreux travailleurs qui ont été soumis à cette procédure souffrent aujourd'hui de la maladie d'Alzheimer causée par la poussière d'aluminium, maintenant que la période de latence est terminée. Nous demandons donc que ces cas soient considérés comme des cas de maladies professionnelles.

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Ekati Mine, Territoires du Nord-Ouest

Le Syndicat des travailleurs du Nord comprend 26 unités dont la mine de diamants Ekati qui appartient au géant minier BHP Billiton. La préoccupation principale des mineurs d'Ekati est d'obtenir des périodes de repos suffisantes. Les travailleurs se rendent à la mine par avion et y travaillent pendant deux ou même trois semaines, sept jours sur sept et souvent 12 heures par jour, puis ils sont ramenés dans leur région par avion pour une semaine ou deux. Nous avons en plus des travailleurs qui font partie d'équipes d'urgence et sont appelés à intervenir pour des choses qui vont d'un écoulement mineur de carburant à des situations d'urgence sous terre. Des périodes de repos suffisantes peuvent faire la différence entre rester en vie et décéder.

D'un point de vue général, nous avons fait des recherches sur l'accroissement du nombre de décès et de blessures en un temps où le secteur manufacturier est en crise. Nous pensons qu'une des raisons de ce phénomène c'est que ceux qui ont perdu des emplois à temps plein se sont retrouvés dans des emplois précaires à temps partiel et on sait que le nombre de blessures est toujours plus élevé quand vous changez souvent d'emplois et surtout si vous passez d'un emploi relativement stable à un emploi précaire, à temps partiel ou sur appel. Ceux qui restent à l'emploi des grandes entreprises manufacturières doivent produire plus avec moins de monde. Les risques sont plus grands et la pression est aussi plus grande sur les travailleurs pour qu'ils acceptent cette situation ou fassent la place à d'autres.

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Iron Ore du Canada, Terre-Neuve et Labrador

Le 28 avril, nos pensées vont vers nos confrères et consoeurs de la section locale et du pays qui ont perdu leurs vies dans des accidents dans les places de travail ou à cause de maladies professionnelles. Depuis un an, nous avons perdu trois travailleurs qui sont morts de maladies professionnelles et nous avons eu un décès il y a juste un mois de cela. Les trois travailleurs sont morts de silicose. Deux d'entre eux étaient toujours actifs alors que le troisième était à sa retraite. Le décès s'est produit lorsque deux travailleurs sont tombés d'une plate-forme. L'un d'entre eux a survécu à ses blessures, mais le second y a succombé. Nous avons aussi bon nombre de travailleurs dont la maladie professionnelle n'avait pas été diagnostiquée au moment où ils l'ont contractée, mais qui s'est manifestée dans leurs poumons après une période de latence qui peut atteindre 20 ans. Le 28 avril est une journée très difficile pour les familles qui se remémorent ceux qu'ils ont perdus et pour nous, y compris pour moi qui ai côtoyé ces travailleurs.

Notre syndicat est très actif sur les questions relatives à la santé et à la sécurité. Notre premier souci est d'éduquer nos membres sur l'importance de la santé et de la sécurité au travail et nous les informons notamment de leur droit de refuser un travail non sécuritaire. Nous nous assurons que les travailleurs reçoivent l'équipement de protection nécessaire non seulement pour éviter les blessures immédiates mais les maladies pulmonaires également. Nous faisons pression sur l'employeur et nous aussi nous faisons notre part pour nettoyer la place de travail et faire en sorte que les travailleurs ne soient pas exposés à des particules de poussière dans l'atmosphère. Notre but est d'éliminer les décès et les blessures reliés au travail.

Le 28 avril, nous participons en tant qu'affiliés du Conseil du Travail dans une cérémonie et nous observons une minute de silence dans les places de travail. Nous allons dans les écoles de Labrador West pendant la journée pour parler à plus de 300 élèves et c'est important parce que les jeunes sont les plus susceptibles d'être blessés lorsqu'ils commencent à travailler. Nous informons les étudiants de leurs droits. En fin d'après-midi, nous tenons un service avec les familles devant les bureaux du syndicat. Le 28 avril est une journée solennelle où les émotions sont très fortes.

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États-Unis

Une tragédie minière non seulement
tragique mais criminelle

La mine Upper Big Branch (UBB) à Montcoal en Virginie-Occidentale, où 29 mineurs ont péri la semaine dernière, est opérée par Massey Energy. Les pertes de vie sont tragiques mais l'explosion de la UBB est plus que tragique : elle est criminelle. Pourtant, quand les grandes entreprises se rendent coupables de crimes, elles ne vont pas en prison et ne sont pas privées de leur liberté, elles sont simplement mises à l'amende, ce qui revient le plus souvent à une petite tape sur les doigts, quelque chose qui fait partie des coûts à payer quand on est en affaires. Personne ne l'exprime plus clairement que le pdg de Massey Energy, Don Blankenship. Depuis des années il est l'ennemi juré des activistes contre le changement climatique et des promoteurs d'une industrie minière sécuritaire. Cette plus récente tragédie minière en fait un emblème de l'irresponsabilité criminelle de la grande entreprise qui piétine les droits des communautés, de l'environnement et des travailleurs.

Dans les jours qui ont suivi l'explosion à Massey, Blankenship a admis lors d'une entrevue radiophonique que « les infractions font malheureusement partie du travail dans les mines... il y a des infractions dans chaque mine de charbon aux États-Unis. L'UBB n'y échappe pas. » La Charleston Gazette de Virginie-Occidentale a constamment critiqué Massey Energy et Blankenship et elle s'est attiré ses foudres dans un discours en novembre 2008 dans lequel il a dit : « Cela me fait grand plaisir d'être critiqué par les communistes et les athées de la Gazette... est-ce que ça nous offusquerait si Oussama ben Laden nous critiquait ? Probablement que non. »

Depuis le début, on soupçonne que la cause de l'explosion est le méthane dans la mine. La mine UBB de Massey a reçu des milliers d'avis d'infractions, dont de nombreuses pour avoir omis de retirer le méthane avec de la ventilation. Une autre cause peut être la proximité de la mine aux opérations de Massey d'extraction à ciel ouvert des sommets de montagnes. L'extraction à ciel ouvert comprend le dynamitage massif des sommets, donnant accès à des veines de charbon mais provoquant une destruction massive de l'environnement. Le Wall Street Journal rapportait lundi qu'une enquête de l'État de Virginie-Occidentale sur l'explosion comprendra l'impact possible de la proximité des opérations minières d'extraction des sommets. L'administratrice de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), Lisa Jackson, a publié le 1er avril une nouvelle réglementation limitant le retrait de sommet, quelques jours seulement avant l'explosion chez Massey. Massey est la principale cible d'une campagne de plus en plus populaire contre l'enlèvement de sommet. Parmi les personnes arrêtées lors de manifestations, on retrouve le climatologue bien connu James Hansen, directeur de l'Institut Goddard de la NASA pour les études spatiales, et l'actrice Daryl Hannah.

Entre les années 2000 et 2007, seize mineurs sont morts dans les mines de Massey. Elvis Hatfield, 46 ans, et Don Bragg, 33 ans, ont été tués en janvier 2006 dans l'incendie de la mine Aracoma. Leurs veuves ont poursuivi Massey Energy et Blankenship. Lors du procès, leurs avocats ont présenté une note de service rédigée par Blankenship des mois avant l'incendie mortel, donnant des directives aux surintendants de la mine profonde de se concentrer sur l'extraction du charbon au détriment des projets de sécurité : « Si les présidents de votre groupe, superviseurs, ingénieurs ou quelqu'un d'autre vous ont demandé de vous concentrer sur autre chose que le charbon (c'est-à-dire construire un croisement d'aérage, faire des travaux de construction ou autre), vous devez les ignorer et extraire du charbon. Cette note de service est nécessaire uniquement parce qu'on ne semble pas comprendre que le charbon paie les factures. »

Le charbon paie les factures et paie le salaire de Blankenship qui est estimé à 19,7 millions $, selon l'Associated Press, soit le plus élevé de l'industrie charbonnière. Massey qui est membre du conseil d'administration de la Chambre de commerce des États-Unis, est un farouche opposant du mouvement syndical, un négationniste acharné du changement climatique et un adversaire résolu de la réglementation. Il a dit des organismes gouvernementaux de réglementation, à la dernière fête du Travail lors d'un rassemblement anti-syndical : « L'idée même qu'ils se soucient davantage de la sécurité des mineurs de charbon que nous est aussi stupide que le réchauffement climatique. »

Blankenship a versé 3 millions $ à la campagne électorale d'un candidat à la Cour suprême de Virginie-Occidentale afin de remplacer un juge dont il craignait un jugement défavorable à Massey dans un pourvoi contre un arrêt de 50 millions $. Le candidat qu'il soutenait, Brent Benjamin, a remporté le siège et a voté pour renverser le jugement. (La Cour suprême des États-Unis a renversé cette décision, invoquant le financement de l'élection par Blankenship et l'affaire a servi de base en 2008 pour le film de suspense juridique « L'appel » de John Grisham).

Les fonds de pension et d'autres grands investisseurs institutionnels exigent que Massey licencie Blankenship. Le dernier des 29 corps des mineurs tués dans la mine Massey a été récupéré. Leur mort ne devrait pas être prise en compte par Don Blankenship en tant que coût pour brasser des affaires, mais, plutôt, devrait être en tête de l'acte d'accusation criminelle contre lui.

* Amy Goodman est co-fondatrice, productrice et animatrice de Democracy Now !, une émission nationale de nouvelles, quotidienne, indépendante, primée et diffusée sur plus de 450 stations de radiodiffusion publiques en Amérique du Nord.

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Mexique

Une communauté mexicaine est ravagée
par les activités minières de Blackfire Exploration


San Cristobal de las Casas, Mexique, le 9 décembre 2009: manifestation contre la compagnie minière Blackfire
Exploration, que les résidents tiennent responsable du meurtre de l'activiste Mariano Abarca le 27 novembre 2009.
(Photos: Carlos Dandon S. of REMA)

Une délégation canadienne en visite dans l'État mexicain du Chiapas à la suite du meurtre du militant Mariano Abarca, dans lequel ont été impliqués plusieurs employés de la société minière de Calgary Blackfire Exploration, a conclu que Blackfire doit quitter le Chiapas et que le parlement canadien doit agir immédiatement pour éviter que d'autres conflits aient des conséquences funestes dans l'industrie minière à l'échelle mondiale.

Le 7 décembre 2009, la mine de barite de Blackfire, située près de la localité de Chicomuselo, dans le sud de l'État du Chiapas, au Mexique, a été fermée par les autorités étatiques chargées de la protection de l'environnement. Mariano Abarca Roblero a été tué par balle devant sa maison le 27 novembre 2009.

« Au cours de notre enquête, nous avons vu une communauté ravagée par l'omniprésence de l'intimidation, par la violence, par des pratiques minières inadmissibles, par la destruction de l'environnement, par le harcèlement juridique... et par le meurtre sanglant de Mariano Abarca, qui a dénoncé cette destruction », déclare Rick Arnold de Common Frontiers.

« Selon la famille Abarca, c'est Blackfire qui, au final sinon directement, est responsable de la violence ayant suivi l'entrée en service de la mine, laquelle a abouti à la mort de M. Abarca », indique Dawn Paley, journaliste et chercheuse ayant pris part à la délégation au nom de Mines Alerte Canada. « Ce sentiment est partagé par beaucoup de gens à Chicomuselo. »

« Le ministère de l'Environnement et du Logement du Chiapas a fermé la mine, les autorités ont arrêté plusieurs employés de l'entreprise et la communauté a dénoncé ouvertement les agissements de Blackfire. Malgré tout, l'entreprise cherche toujours à faire casser la décision du Ministère et à reprendre ses activités comme si de rien n'était, ce qui est scandaleux », soutient le porte-parole de Mines Alerte, Jamie Kneen.

« D'après les conclusions de notre enquête, il est évident que le parlement du Canada doit immédiatement adopter deux mesures. Premièrement, une motion de blâme doit être déposée par tous les partis contre les activités de Blackfire. Deuxièmement, le Parlement doit adopter les deux projets de loi sur la responsabilisation des sociétés minières qui sont actuellement à l'étude, en l'occurrence les projets de loi C-300 et C-354 », déclare Mark Rowlinson, avocat du Syndicat des Métallos.

La délégation d'enquête, qui a séjourné au Mexique du 21 au 27 mars à l'invitation du REMA (réseau mexicain de collectivités victimes de l'industrie minière), comptait des représentants de Mines Alerte Canada, de Common Frontiers et des Métallos. Vous trouverez un compte rendu complet des conclusions de la délégation sur le site : www.miningwatch.ca/fr

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Bolivie

Les manifestants suspendent
le blocus de la mine Sumitomo

Jeudi le 22 avril, les paysans boliviens ont mis fin à leur mouvement de protestation des derniers 10 jours contre la mine de San Cristobal appartenant à la société japonaise Sumitomo Corp, a dit un fonctionnaire du gouvernement local.

Des centaines de résidents locaux, qui demandent d'être indemnisés par la compagnie pour l'utilisation des sources d'approvisionnement en eau, ont renversé des conteneurs remplis de minerai et détruit un petit bureau sur le site isolé de la région de Potosi.

« Après la réunion d'hier entre les résidents et le gouverneur, nous en sommes venus à une solution temporaire. Le blocus est levé », a déclaré à Reuters un fonctionnaire du gouvernement provincial de Potosi.

« Les manifestants ont mis comme date butoir le 8 mai pour que leur demande soit résolue », a ajouté le responsable.

Les manifestants réclament aussi l'installation des services, y compris l'électricité, l'eau courante et la couverture en téléphonie mobile.

Le 20 avril, la société a déclaré qu'elle réduirait progressivement les opérations en raison du blocus qui coupait l'accès ferroviaire principal vers la mine d'argent-plomb-zinc, d'où le minerai est extrait et transporté vers les navires situés dans les ports voisins du Chili.

Partout dans la région andine les groupes indigènes réclament un plus grand contrôle sur les ressources naturelles, et une plus grande part des revenus miniers et énergétiques de leur pays.

San Cristobal est l'une des plus grandes mines de la Bolivie, un pays enclavé, et dont la production journalière représente quelque 1 300 tonnes de minerai de zinc-argent et 300 tonnes de minerai de plomb-argent.

Selon le site internet de Sumitomo, la mine est le sixième producteur en importance au monde de zinc et le troisième plus grand producteur d'argent au monde.

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