Le Marxiste-Léniniste

Numéro 73 - 24 avril 2010

Les travailleurs doivent rejeter la pression
visant à leur faire abandonner leur propre
pensée et conception du monde

Une alternative prosociale est possible. Cela peut se faire! Cela doit se faire!

Les propriétaires du capital des États-Unis et du Canada utilisent leur pouvoir et leurs privilèges de classe pour empêcher la classe ouvrière de s'organiser comme une force sociale indépendante en soi, par soi et pour soi. En détournant les travailleurs de leur propre pensée, de leur propre conception du monde et de leur propre organisation, les propriétaires du capital perpétuent leur propriété et leur contrôle de l'économie socialisée qui ont fait leur temps et ils empêchent les travailleurs de se rebeller contre leur exploitation et d'organiser la lutte pour une alternative prosociale.

Une de leurs tactiques préférées pour amener les travailleurs à abandonner leur propre pensée et conception du monde est la propagation de désinformation sur les causes de la crise économique en général et sur les causes des problèmes de secteurs spécifiques comme le secteur de l'acier. Les propriétaires du capital essaient de détourner l'attention des travailleurs des causes des problèmes qui affectent les États-Unis, lesquels proviennent des contradictions internes entre l'économie socialisée et sa division désuète en composantes privées et rivales, en poussant les travailleurs à blâmer quelque ennemi étranger pour les problèmes. Ces dernières années, c'est la Chine qui est devenue la grande diversion ; elle est blâmée pour l'augmentation en flèche du chômage aux États-Unis et accusée de causer de grands dommages au secteur manufacturier américain.

Les représentants politiques des propriétaires américains du capital jouent un rôle de premier plan dans la propagation de la désinformation au sujet de la crise économique. Le sénateur de la Pensylvanie, Arlen Specter, a depuis longtemps été l'un de ceux qui ont détourné l'attention des travailleurs des contradictions économiques et de classe qui sont à l'oeuvre aux États-Unis vers un ennemi extérieur accusé de tous les maux.

Le sénateur Specter s'est récemment adressé en ces termes à des métallos dans une aciérie située près de Pittsburgh : « Cela fait maintenant plusieurs années que les travailleurs américains de l'acier doivent affronter la concurrence dans un monde qui prêche le libre-échange mais pratique souvent le commerce illégal. L'American Association of Manufacturing, US Steel et le Syndicat des métallos ont rapporté la semaine dernière que les États-Unis ont perdu 2,4 millions d'emplois depuis 2001 à cause des pratiques commerciales des Chinois. Près de 100 000 de ces emplois étaient en Pensylvanie, qui se situe au sixième rang des États ayant perdu le plus grand nombre d'emplois.

« Le yuan est présentement dévalué de 40 %, ce qui donne à la Chine un avantage insurmontable dans les exportations. Si on ne permet pas au yuan de se déprécier, le déficit commercial américain et les pertes d'emplois vont continuer d'augmenter. Si la Chine refuse de coopérer, le département d'État devrait déclarer que la Chine est un État qui manipule la devise, ce qui contribuerait à monter l'opinion publique contre la Chine et paverait la voie à l'imposition de barrières commerciales contre les produits chinois en mesure de représailles. Dans le cas ou se faire accuser de manipuler la devise ne ramènerait pas la Chine à la raison, nous devrions envisager une surcharge sur les importations jusqu'à ce que la Chine réévalue le yuan. » (Source : SteelOrbis)

Selon Specter, les travailleurs doivent faire fi de l'expérience directe qu'ils ont avec les propriétaires du capital et se concentrer sur un ennemi extérieur. Specter demande aux travailleurs de faire comme s'ils ne savaient pas qui contrôle l'économie américaine, laquelle bien sûr comprend ses relations commerciales avec l'étranger. Ce n'est pas la Chine qui contrôle l'économie américaine et ce ne sont certainement pas les travailleurs américains non plus. Les plaintes de Specter contre la Chine n'indiquent pas la voie pour résoudre les problèmes. Elles amèneront seulement encore plus de querelles au pays et dans le monde entre les propriétaires du capital et elles seront possiblement la cause d'une nouvelle grande guerre.

Les travailleurs veulent que le renouveau de l'économie commence au pays tout comme la responsabilité pour l'économie commence au pays. C'est trop facile de blâmer les autres pour les problèmes qui résultent des contradictions internes de l'économie. Pour résoudre les problèmes au pays, il faut partir de la reconnaissance des droits qu'ont les travailleurs en tant que producteurs de tout le produit social et dispensateurs des services. Pour véritablement renouveler l'économie, il faut mettre le facteur humain/conscience sociale au centre de l'économie socialisée ; il faut nier les privilèges de classe et la concurrence désastreuse que se font les propriétaires du capital qui mène inévitablement aux crises économiques récurrentes, détruit la richesse du pays et provoque la guerre à l'étranger. Pour renouveler l'économie, il faut augmenter les investissements dans les programmes sociaux et l'entreprise publique et bâtir autour de cela une économie moderne subvenant à ses besoins qui est à l'abri des crises économiques récurrentes et développe ses relations commerciales sur la base de l'avantage réciproque et qui s'abstient de blâmer les autres parce que, selon la conception des travailleurs, la responsabilité commence chez soi. Une économie prosociale arrêtera de payer les riches et rendra illégal le financement de l'entreprise privée avec de l'argent du trésor public. Tout l'argent public consacré à la stimulation économique doit aller à l'entreprise publique dans chaque secteur et aux programmes sociaux en tant que noyau d'une économie moderne subvenant à ses besoins et à l'abri des crises économiques.

L'hégémonie du dollar américain

Cela fait 25 ans que les propriétaires américains du capital sont à la tête de ceux qui demandent un libre-échange mondial. Un aspect de cette mondialisation capitaliste est l'hégémonie du dollar américain qui comprend une politique de dollar fort et l'utilisation du dollar comme devise de réserve internationale et moyen d'échange. La plus grande partie du commerce international se fait en dollars américains et les prix des marchandises de base comme le pétrole sont établis en dollars américains. Chose certaine, tout le commerce entre les États-Unis et la Chine se fait en dollars américains. Lorsque GM, Ford ou Bechtel achètent de l'acier à la Chine, ils paient en dollars américains. Ils n'achètent pas d'abord des renminbis chinois ( yuans ) pour payer l'acier chinois en monnaie chinoise. Le monopole du dollar dans les échanges permet aux propriétaires américains du capital d'emprunter de l'argent aux États-Unis pour acheter des marchandises à l'étranger. Ils peuvent même acheter des dollars américains aux Chinois afin d'acheter des produits chinois. La chose la plus importante c'est que l'État américain peut émettre de nouveaux dollars américains à volonté et les mettre en circulation au pays ou à l'étranger sans se préoccuper qu'il y ait une quantité équivalente de production matérielle correspondante qui soit créée pour maintenir la valeur de la devise stable. Les propriétaires du capital qui contrôlent l'État américain savent très bien que ces dollars seront requis pour la conclusion d'ententes internationales ou seront gardés en réserve par la plupart des pays. L'État américain peut de cette façon financer son complexe militaire et sa bureaucratie et donner des subsides aux monopoles par des manoeuvres pour payer les riches simplement en ajoutant à la dette américaine puisque cette dette est financée en imprimant de nouveaux dollars. Leur statut d'unique superpuissance leur permet de faire cela.

Arlen Specter n'est pas sans savoir que les États-Unis jouent le rôle dominant dans les affaires économiques internationales. Il connaît également très bien le rôle que l'État américain a joué dans la réorganisation de l'industrie de l'acier selon les intérêts des propriétaires du capital monopoliste et dans la rupture du contrat social entre les travailleurs et les monopoles de l'acier. Il est depuis 1981 un sénateur influent de l'État de l'acier de Pensylvanie au Congrès américain et il a donc été au centre des affaires politiques des propriétaires du capital monopoliste et aux premières lignes des attaques contre les moyens de subsistance et les réclamations des travailleurs de l'acier américains. C'est donc à tout le moins hypocrite de sa part de blâmer les Chinois pour la destruction de la base manufacturière des États-Unis. Lui et d'autres dirigeants politiques et économiques de l'État capitaliste monopoliste américain au poste de contrôle de ses politiques nationales et internationales. S'ils avaient voulu abandonner le libre-échange et la politique d'un dollar américain fort, ils auraient pu le faire à n'importe quel moment en tant que membres dirigeants de la seule superpuissance. Ils auraient pu conclure des ententes alternatives avec la Chine et d'autres de commerce bilatéral et d'échanges de devises à des termes acceptés par les deux parties, ou bien ils auraient pu utiliser les Droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI comme forme de devise internationale comme le suggérait la Chine ou mieux encore discuter d'échanges qui n'impliquent pas de devises comme l'échange direct de produit social. Les propriétaires américains du capital monopoliste ont grandement profité des arrangements qui ont suivi la Guerre froide en matière de libre-échange, d'un dollar fort et de flux sans restriction du capital.

Le commerce international et d'autres politiques dictées par les propriétaires américains du capital ont précipité la crise économique et les travailleurs américains devraient avertir Specter qu'il se trompe de cible en attaquant la Chine et que les travailleurs américains, mexicains et canadiens sont en train de s'organiser pour régler leurs comptes avec leurs propres propriétaires du capital peu importe où est leur base et de hisser la bannière de l'alternative prosociale afin de renouveler leur économie.

Depuis la fin de la Guerre froide, l'obsession du libre-échange et de la mondialisation du capital et des devises a surtout hanté les États-Unis qui ont agi en collusion active avec l'Union européenne et le Japon. Les pays en voie de développement et même les pays développés moins puissants savent que le libre-échange signifie la domination des faibles par les plus puissants d'une façon ou d'une autre. C'est seulement depuis décembre 2001 que la Chine est membre de l'Organisation mondiale du commerce. La Chine utilise l'échange de devises avec un nombre croissant de pays, surtout en Asie, et l'un de ses objectifs est d'aider les petits pays à éviter d'avoir à garder des dollars américains et de les utiliser pour leur commerce avec des pays autres que les États-Unis et elle les aide aussi à défendre leur propre devise contre les spéculateurs internationaux qui se retrouvent surtout aux États-Unis et en Europe.

Avant la crise économique actuelle, les États-Unis étaient capables d'accroître leur dette nationale sans se préoccuper d'avoir à rembourser l'argent avec du produit social concret et sans se soucier que le dollar américain puisse perdre de sa valeur par rapport à d'autres devises. La crise économique est venue changer cette situation et certaines sections des propriétaires du capital aux États-Unis et ailleurs demandent maintenant de nouveaux arrangements. Certains demandent la fin de l'arrangement qui maintient le dollar fort afin de provoquer l'inflation des prix aux États-Unis et transférer ainsi les réclamations des travailleurs au produit social vers les propriétaires du capital alors que d'autres qui profitent du dollar fort résistent, notamment les industries consommatrices d'acier, les gros importateurs d'électronique, de produits de mercerie et d'autres marchandises et les monopoles du transport.

Réorganisation de l'industrie de l'acier

Depuis les 20 dernières années et même avant, les propriétaires du capital dans le secteur de l'acier ont utilisé la menace virtuelle ou réelle de l'acier étranger à bon marché comme un facteur majeur pour justifier la réorganisation de l'industrie de l'acier. Pour que cette réorganisation anti- ouvrière puisse devenir réalité, les propriétaires américains du capital avaient besoin du libre-échange ; ils avaient besoin d'améliorer leur commerce avec la Chine ; ils avaient besoin de l'hégémonie du dollar américain et ils avaient besoin d'une augmentation de la productivité de la production de l'acier à l'échelle mondiale, ce qui veut dire la production d'une même quantité d'acier avec une technologie plus avancée et moins de travailleurs ; chose très importante, ils devaient amener les travailleurs à abandonner leur propre pensée et leur propre vision du monde. Ils cherchaient par cette réorganisation à attaquer les salaires, les avantages sociaux et les pensions des travailleurs américains actifs et à la retraite et à concentrer la propriété et le contrôle de la production et de la distribution de l'acier dans un certain nombre d'empires comme US Steel et ArcelorMittal. Il fallait pour cela rompre unilatéralement le contrat social de l'après-guerre entre les propriétaires du capital et les travailleurs qui leur fournissait un certain niveau de sécurité d'emploi, de salaires, d'avantages sociaux et de pensions en échange de quoi ils renonçaient à s'organiser sur la base de leurs propres demandes politiques de façon indépendante des propriétaires du capital.

Cette réorganisation a été faite via la législation sur les faillites commerciales et sur la protection contre la faillite et la menace virtuelle et actuelle de l'acier étranger à bon marché. De nombreuses usines ont fermé, les travailleurs de l'acier ont perdu leurs emplois par dizaines de milliers et leurs réclamations au produit social ont été drastiquement réduites. Maintenant que le contrat social est entièrement en lambeaux, de nouveaux arrangements sont en train d'être établis mais la classe ouvrière n'a pas son mot à dire et n'a pas de contrôle sur eux parce qu'elle n'est pas organisée en une opposition ouvrière effective en soi, par soi et pour soi qui est indépendante de la conception du monde et de l'influence des propriétaires du capital et de leurs représentants.

La classe ouvrière n'a rien en commun avec Arlen Specter

Selon Arlen Specter, ce représentant politique du capital monopoliste américain, « Le yuan est présentement dévalué de 40 %. Si on ne permet pas au yuan de se déprécier, le déficit commercial américain et les pertes d'emplois vont continuer d'augmenter ».

Specter ne dit pas quelle est la base scientifique de son appréciation des devises américaine et chinoise et comment le problème est si intimement relié au « déficit commercial américain et aux pertes d'emplois ». Si Specter était sérieux et intéressé à faire autre chose que de répandre de la désinformation afin d'empêcher les travailleurs de s'organiser en opposition effective qui lutte pour le renouveau prosocial de l'économie, il déposerait un projet de loi au Congrès demandant que toutes les marchandises achetées à l'étranger soient payées dans la devise du pays vendeur et non en dollars américains. Cela affaiblirait immédiatement le dollar américain et mettrait fin à son hégémonie. Les importateurs américains comme Ford, GM, Bechtel Corporation ( le plus gros monopole américain de la construction), Best Buy, Apple Inc. et Wal-Mart seraient alors obligés d'échanger des dollars américains pour des renmibis chinois pour acheter de l'acier, de l'électronique, des produits de mercerie et d'autres produits de la Chine. Si cet échange se faisait sur les marchés internationaux d'échange de devises, cela renforcerait tout de suite le renmibi et affaiblirait le dollar américain à cause du grand déséquilibre commercial qui existe entre les deux pays et de la nécessité qui en résulterait pour les États-Unis d'acheter d'énormes quantités de renmibis et de vendre une quantité correspondante de dollars américains, ce qui réduirait la valeur relative du dollar. Specter pourrait aussi recommander que les États-Unis procèdent à des échanges bilatéraux de devises avec la Chine et d'autres nations avec lesquelles ils font du commerce. Le taux d'échange de ces transactions pourrait être établi selon le temps de travail impliqué dans la production des principaux produits transigés et selon les prix de production. Si cette opération avait pour but l'avantage mutuel et non l'exaction d'un tribut, l'échange de devises prendrait nécessairement en considération la différence entre les taux d'exploitation des travailleurs américains et chinois. Specter pourrait finalement envisager une mesure encore plus progressiste comme un commerce international basé sur l'échange de produit social dans lequel la devise n'a même pas à intervenir.

De nouveaux arrangements bénéficieraient à la classe ouvrière des États-Unis et de la Chine. Des échanges de devises qui reflètent le temps de travail et les taux d'exploitation empêcheraient les propriétaires américains du capital d'utiliser les marchandises étrangères à bon marché comme moyen de générer de l'insécurité face aux moyens de subsistance aux États-Unis et comme moyen d'abaisser les réclamations des travailleurs américains puisque les différents taux d'exploitation seraient nivelés par le biais de l'échange des devises. Cela empêcherait aussi les importateurs américains d'acheter des produits chinois à un prix bien inférieur au prix qu'il en coûte pour les produire aux États-Unis. Les propriétaires chinois du capital recevraient des renmibis et non des dollars de leurs ventes à l'étranger, ce qui les forcerait à en investir une partie en Chine et permettrait aux travailleurs chinois d'augmenter leurs réclamations au produit social qu'ils produisent. Dans la situation actuelle, la Chine reçoit des dollars américains pour ses exportations et les redirige vers l'étranger ou les utilise pour financer la dette américaine. Tout compte fait cependant, quels que soient les nouveaux arrangements qui sont proposés, un grand déséquilibre dans le commerce n'est dans l'intérêt de personne surtout lorsque l'échange qui implique les empires monopolistes est basé sur les intérêts étroits des propriétaires du capital et non des véritables producteurs c'est-à-dire de la classe ouvrière.

Contrairement à ce que prétend Specter, la Chine se porterait mieux si elle recevait du produit social des États-Unis en échange de ses exportations plutôt qu'un dollar affaibli ou une devise chinoise plus forte. Recevoir de la monnaie de papier en échange de production matérielle qui quitte le pays sous la forme d'exportations peut mener à l'inflation chaotique des prix dans le pays exportateur ou à la pression visant à exporter « l'excédent » en devises à l'étranger, ce qui renforce la tendance du pays à devenir une puissance impérialiste et l'amène inévitablement en concurrence directe et en conflit avec les autres puissances impérialistes , lesquels vont jusqu'à la guerre pour des marchés, des sources de matières premières , des zones d'investissements et des sphères d'influence.

L'élimination de l'hégémonie du dollar américain n'en constituerait pas moins un progrès pour l'humanité. La Chine et d'autres pays n'auraient plus à bâtir des réserves en dollars américains ou à les utiliser pour acheter du pétrole et d'autres produits de base. La question centrale ici c'est la nécessité d'organiser les arrangements commerciaux sur une base bilatérale d'avantage mutuel, sans rancoeur ni menace et sans l'hégémonie institutionnalisée du dollar américain qui est signe de vol organisé et un diktat dans les relations internationales.

Specter n'implique pas les travailleurs de l'acier dans une discussion sur les problèmes et les alternatives dont certaines ont été suggérées par les Chinois. Il se permet plutôt un langage non diplomatique de bâtisseur d'empires, de quelqu'un qui présente une exigence et pense que tout le monde va se mettre au garde à vous. Ce n'est pas ainsi qu'on doit développer les relations internationales. Un langage comme celui-là ne peut mener qu'à de l'acrimonie et à la guerre.

Specter demande aux travailleurs de l'acier d'oublier les contradictions qu'ils ont avec les propriétaires américains du capital du secteur de l'acier et de se rallier à US Steel, aux autres monopoles et à leurs représentants politiques dans une tirade contre la Chine et d'autres pays alors que dans les faits le capital financier américain a appuyé en bloc la politique étrangère des États-Unis sauf pour quelques désaccords mineurs correspondant à des intérêts d'investissements spécifiques. Pour l'essentiel, le capital financier américain a totalement appuyé les relations internationales centrées sur la mondialisation capitaliste, qui comprend notamment de grands investissements directs en Chine, sur l'hégémonie du dollar américain et sur l'édification d'empire. La crise économique a cependant causé de l'incertitude dans les affaires internationales des États-Unis et des désaccords ouverts parmi les propriétaires américains du capital et ceux d'autres pays sur la nécessité d'arrangements différents.

Specter sait que les propriétaires chinois du capital, surtout dans le secteur des exportations qui est très intégré au capital financier international, ont leurs intérêts propres et leur propre influence en Chine et à l'étranger et négocier une entente avec eux pour augmenter les prix des biens exportés demande diplomatie et respect mutuel. Leur lancer des insultes grossières, c'est se donner une posture afin d'exciter les sentiments chauvins les plus rétrogrades aux États-Unis. Des gens comme Specter et d'autres représentants et propriétaires du capital financier américain sont d'ailleurs eux-mêmes intégrés au secteur d'exportation chinois en tant que propriétaires d'usines, de transporteurs maritimes et ferroviaires, d'importateurs de biens vendus aux États-Unis et en tant que financiers. Les travailleurs doivent rejeter avec mépris ce comportement de voyou de Specter et d'autres de son genre et déclarer que ces activités n'ont pas leur place dans les affaires internationales. Ces activités font partie de l'édification d'empire et de la guerre et les travailleurs de tous les pays doivent les dénoncer comme étant tout à fait inacceptables dans le monde d'aujourd'hui où les travailleurs du monde entier ont en commun l'intérêt de mettre fin à leur exploitation aux mains des propriétaires du capital qui entre autres choses menacent les peuples aujourd'hui avec leurs armes modernes d'une puissance de destruction inouïe. La classe ouvrière doit dire à Specter et aux autres représentants du capital monopoliste qu'elle veut que les relations internationales soient basées sur la coopération, l'avantage mutuel et la solidarité sociale afin d'éliminer l'exploitation de l'être humain par l'être humain et elle doit leur dire que la classe ouvrière des États- Unis, du Mexique et du Canada va d'abord régler ses comptes avec les propriétaires du capital dans son pays en combattant pour doter la classe ouvrière de son pouvoir de façon à régler les problèmes d'une manière qui bénéficie au peuple et restreint les propriétaires du capital monopoliste.

La crise économique

En tant qu' évaluation générale de la crise économique, le blâme que Specter adresse aux Chinois ne tient pas. Ses tirades semblent si infantiles face à l'énormité de l'effondrement de l'économie américaine depuis le début de 2008. Cette crise générale et la crise spécifique du secteur de l'acier ont été causées par les contradictions fondamentales de l'économie socialisée des États-Unis. La classe ouvrière et ses alliés doivent considérer sérieusement les causes de la crise et ne pas se laisser divertir par les propos insensés des propriétaires du capital et de leurs représentants. Depuis le début de cette crise l'économie américaine a subi une perte nette de 8,2 millions d'emplois. Au moment le plus fort de la crise, 700 000 travailleurs perdaient leur emploi chaque mois. Le taux de chômage officiel a grimpé à 10 %. D'un point de vue général, sans discuter des différences de classe et la nature de la richesse, on estime que les ménages américains ont perdu près de 8 trillions $ de richesse sur les marchés boursiers en plus des 6 trillions $ qui ont été perdus par la chute de la valeur de leur maison. Cette destruction totale de 14 trillions $ des ménages américains est égale à tout le PIB américain en 2008. Une portion importante de la perte de richesse sur les marchés boursiers est représentée par les pertes dans les pensions et les fonds mutuels qui sont en grande partie détenus par les travailleurs et les couches intermédiaires aux États-Unis.

Le PIB américain a chuté dramatiquement pendant la crise et tous les secteurs en ont été affectés. Les propriétaires américains du capital ont paniqué et tout fait pour sauver leur système qui a fait son temps et leurs fortunes personnelles et ils ont utilisé les institutions de l'État capitaliste monopoliste pour transférer des fonds dans les coffres des plus gros monopoles. Les stratagèmes les plus récents utilisés pour payer les riches en réponse à la crise économique ont été le fait du président Bush d'abord, et le président Obama est allé encore plus loin. L'État capitaliste américain a transféré des montants renversants aux monopoles qu'on estime à environ 60 % du PIB américain annuel. Les sauvetages effectués par le gouvernement américain sous des formes diverses se sont chiffrés à 9,7 trillions $, un montant qui ironiquement suffirait à payer plus de 90 % des hypothèques résidentielles qui se chiffrent à 10.5 trillions $ selon la Réserve fédérale. Le déboursement de montants aussi énormes à des monopoles spécifiques a créé une concurrence intense pour les fonds de l'État et des désaccords violents au sein de la classe capitaliste monopoliste dirigeante. Ces désaccords portent notamment sur la politique que l'État devrait adopter par rapport au maintien d'un dollar fort et sur ses relations avec la Chine, le Japon et l'Union européenne ; la question est débattue à savoir si les guerres actuelles en Irak et en Afghanistan pour des marchés, des sources de matières premières , des sphères d'influence et pour le renforcement de l'hégémonie américaine devraient être étendues à l'Iran et ailleurs ou si la politique de guerre actuelle n'est pas plutôt téméraire et susceptible d'éventuellement affaiblir l'Empire américain. La classe ouvrière des États-Unis ne joue aucun rôle dans la décision de la direction de l'économie ou dans les politiques en général parce qu'elle n'est pas organisée comme une force sociale en soi, par soi et pour soi.

La crise économique et la reprise

La destruction de la richesse est une méthode spontanée du système capitaliste au moyen de laquelle il s'attaque à ses contradictions internes et connaît une reprise temporaire. Cette destruction de richesse pourrait mener à de nouveaux arrangements qui résolvent les problèmes mais cela n'est pas ce qui se produit, principalement pour trois raisons :

1) La classe ouvrière ne s'est pas préparée et n'a pas préparé les autres conditions subjectives pour diriger la construction d'une alternative prosociale sous forme de nouveaux arrangements sur la base d'un fort mouvement de masse pour garantir les droits de tous et restreindre le droit de monopole ;

2) L'intervention de l'État capitaliste monopoliste pour secourir les propriétaires du capital par divers stratagèmes pour payer les riches empêche le renouvellement de l'économie en concentrant la richesse dans les mains des riches et de leurs monopoles et en renforçant les privilèges et le pouvoir de classe d'agir contre le peuple en toute impunité ;

3) La réduction forcée des réclamations de la classe ouvrière et des couches intermédiaires au produit social, la destruction de la richesse détenue par les travailleurs et les couches intermédiaires et le refus des propriétaires du capital d'accroître les investissements dans les programmes sociaux privent l'économie de sa capacité de mettre les biens et services en circulation.

La classe ouvrière doit se mettre en action pour défendre ses droits spécifiques et les droits de tous en commençant par rejeter la pensée et la conception du monde des propriétaires du capital et de leurs représentants comme Arlen Specter. Une opposition ouvrière doit préparer les conditions pour renouveler l'économie, donner le pouvoir à la classe ouvrière et bâtir un État à son image afin de résoudre les problèmes posés par l'histoire en faveur du peuple et ouvrir la voie au progrès de la société vers son prochain stade historique de développement.

Le président Obama a salué les actions prises par l'État capitaliste monopoliste pour rejeter le fardeau de la crise sur les épaules de la classe ouvrière et détruire la richesse. En agissant ainsi, l'État capitaliste monopoliste a sauvé temporairement les propriétaires les plus puissants du capital. Obama a dit récemment lors d'un discours prononcé dans l'ancien État esclavagiste de Caroline du Nord : « Les données plus encourageantes sur l'emploi ( en mars) nous montrent que le programme de stimulation économique que le gouvernement a adopté il y a un an a renversé la tendance à la perte de 700 000 emplois par mois qui se manifestait à ce moment-là ». Obama a fait cette affirmation dans une usine qu'il avait choisie pour l'occasion dans la ville de Charlotte en Caroline du Nord qui construit des membranes pour des batteries en lithium, ce qui est considéré comme une technologie « verte ». L'État capitaliste monopoliste américain a donné à cette compagnie une subvention de 50 millions $, qui faisait partie du programme de stimulation de 787 milliards $ de 2009, pour développer l'usine de Charlotte et en ouvrir une autre ailleurs dans le même État. C'était une façon pour Obama d'admettre l'importance cruciale de l'État pour secourir, à tout le moins dans le court terme, le système capitaliste monopoliste aux prises avec ses contradictions internes. Les travailleurs doivent mettre de l'avant leur propre perspective qui leur dit qu'en sauvant les monopoles de la ruine en payant les riches et en blâmant les autres pour la faillite interne du système capitaliste, l'État ne fait que perpétuer la souffrance et l'exploitation de la classe ouvrière des États-Unis et des autres pays qui sont captifs du système impérialiste mondial d'États.

Il est grand temps que la classe ouvrière des États-Unis, du Mexique et du Canada adopte sa propre perspective de la réalité politique, économique et sociale de chaque pays. Il faut rejeter la conception du monde et l'influence des propriétaires du capital et de leurs représentants et bâtir l'opposition ouvrière qui est l'oeuvre de la classe ouvrière en soi, par soi et pour soi. C'est seulement en rejetant le point de vue et l'influence omniprésente des propriétaires du capital que les travailleurs peuvent défendre leurs droits et préparer les conditions pour de nouveaux arrangements qui bénéficient au peuple. La classe ouvrière et ses alliés s'ouvrent les portes d'un avenir radieux en rejetant le point de vue et la conception du monde des propriétaires du capital. En organisant la lutte pour édifier la nation de façon à investir le peuple de son pouvoir souverain et prendre le contrôle de la direction de l'économie, on peut éliminer le doute et l'incertitude qui pèsent lourdement sur le peuple. En s'organisant et en luttant pour une alternative prosociale qui arrête de payer les riches, on rend possibles de nouveaux arrangements. Organisons-nous et luttons tous pour un avenir radieux pour les États-Unis, le Mexique et le Canada !

Une alternative prosociale est possible ! Cela peut se faire !

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