Le Marxiste-Léniniste

Numéro 65 - 14 avril 2010 (Supplément)

Charlie Wilson et la guerre
de trente ans des États- Unis

Le 13 février, les États-Unis et l'OTAN ont dirigé un assaut de 15 000 soldats occidentaux et afghans contre Marjah, une ville dans la province du Helmand et dont la population est de 75 000. Un soldat pour cinq civils. Le contingent de l'OTAN engagé dans l'offensive comprend des troupes de la Grande-Bretagne, du Canada, du Danemark, de l'Estonie et des États-Unis.

Dans les premières heures de l'attaque massive, « la plus importante attaque aérienne jamais entreprise par les forces de la coalition dans le pays »[1], deux roquettes provenant d'un système de roquettes d'artillerie à grande mobilité de l'OTAN, ont démoli une maison à l'extérieur de Marjah, tuant douze civils. Le général Stanley McChrystal, commandant de toutes les forces des États-Unis et de l'OTAN dans le pays, a décrit l'incident comme étant « regrettable ».

Un compte-rendu publié dans un journal britannique décrivait la situation dans la ville dans les heures qui ont suivi l'agression : « La ville très peuplée de Marjah, bastion taliban, est devenue une ville fantôme, selon les résidents. Les boutiques sont fermées, les rues désertées et la plupart des habitants se cachent dans leurs maisons de brique crue, en se demandant à quel moment la "fin du monde" arrivera. »[2]

L'opération est la plus vaste jamais menée par les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN depuis que la guerre en Afghanistan fut déclenchée en octobre 2001. C'est la salve d'envoi pour le plan qui vise à escalader la guerre anti-insurrectionnelle en Afghanistan annoncé par le président Barack Obama à l'Académie militaire de West Point le 3 décembre dernier.[3]

La stratégie d'Obama est fondée sur l'évaluation initiale du COMISAF (Commandant des forces de sécurité de l'entraide internationale) du général McChrystal publiée le 30 août 2009. Dans ce document, l'ancien dirigeant du Commandement interarmée pour les opérations spéciales, qui quitta ce poste pour prendre en charge les troupes des États-Unis et de l'OTAN en Afghanistan, a mis de l'avant un plan détaillé pour mettre en oeuvre la transition d'une stratégie qu'on qualifiait de contre-terroriste vers une stratégie dite contre-insurrectionnelle.

Comme il n'y a pas de guerre sans adversaires, McChrystal a identifié les cibles de cette campagne que mèneront incessamment 150 000 troupes des États-Unis et de l'OTAN : « Les principaux groupes d'insurgés, dans l'ordre de la menace qu'ils représentent pour la mission, sont : les Taliban Quette Shura (05T), le réseau Haqqani (HQN), et le Hezb-e Gulbuddin islamique (HiG). »[4]

Les deux derniers groupes portent le nom de leurs fondateurs et dirigeants, Jalaluddin Haqqani et Gulbuddin Hekmatyar, respectivement.

Haqqani et Hekmatyar ont perdu un vieil ami et collègue le 10 février, l'ancien membre du Congrès pendant douze mandats, Charlie Wilson. Le héros d'un des plus grands films à succès américains pour 2007-2008, La guerre de Charlie Wilson. Il a été porté aux nues par la presse et par un ancien partenaire ayant contribué lui aussi à armer et à former les Haqqani et Hekmatyar, – y inclus Oussama ben Laden – l'actuel secrétaire à la Défense des États-Unis, Robert Gates, qui fut directeur adjoint de l'Agence centrale de renseignement de 1986 à 1989 et qui a déclaré, dans un discours livré en 1999, que « la CIA avait obtenu d'importants succès dans ses activités secrètes. Sans doute l'endroit où nos activités ont eu le plus de répercussions est l'Afghanistan alors que la CIA, grâce à sa gestion, a canalisé des milliard de dollars en approvisionnements et en armes aux Moudjahidines... »[5]

Gates se référait à Opération Cyclone, la plus vaste opération secrète menée par la CIA et, de loin, par quelqu'agence ou nation qui soit. Le titre intégral du livre de George Crile qui inspira le film La guerre de Charlie Wilson est La guerre de Charlie Wilson : l'extraordinaire histoire de la plus vaste opération secrète de l'histoire.

La part du lion de ces milliards de dollars que Gates est fier d'avoir fournis pour armer les Moudjahidines basés au Pakistan était destinée à Gulbuddin Hekmatyar et Jalaluddin Haqqani, ces deux-là mêmes que le Pentagone avec Gates en tête identifient comme étant deux des trois cibles de la guerre la plus vaste et la plus longue au monde.

Le jour du décès de Charlie Wilson, Gates l'a salué en tant que « patriote extraordinaire » pour avoir « libéré l'Afghanistan de l'occupation soviétique. »[6] Le 23 février, Wilson recevra un service funèbre avec honneurs militaires au cimetière national d'Arlington.

Autant Gates avait de l'admiration pour son ancien collègue et pour son rôle décisif dans l'armement et l'entraînement des forces de Kekmatyar et de Haqqani, autant Wilson était exubérant dans son admiration pour ceux-ci.

Au cours de la première guerre afghane de 1979 à 1992, Wilson fut l'invité de Jalaluddin Haqqani en Afghanistan de l'Est en 1987, et il voyait en son hôte « la bonté personnifiée. » Lorsque, suite au 11 septembre 2001, Haqqani devint la troisième plus importante personne sur la liste des personnes les plus recherchées par les États-Unis après Oussama ben Laden et Mullah Muhammad Omar, Wilson a déclaré : « C'est vrai que ça m'a fait réfléchir. Mais Haqqani s'est occupé de moi, et je ne l'oublierai jamais. J'aimerais vraiment le revoir. Je tenterais de le convaincre que les Talibans sont une force destructrice – ce qu'il n'a jamais été. »[7]

Les vieilles amitiés sont à l'épreuve du temps.

Un éditorial du Times of London paru deux jours après la mort de Wilson fut plus modéré que les notices nécrologiques ou hommages uniformément laudatifs que l'on retrouve dans les médias étatsuniens – la Grande-Bretagne a jusqu'ici perdu plus de soldats en Afghanistan que dans tout autre conflit depuis la Corée et la Malaisie dans les années cinquante – rappelant à ses lecteurs qu' « en assistant la déconfiture de la menace soviétique, Charlie Wilson a fait naître un monstre. Les commandants du jihad islamique qui ont combattu grâce aux fonds qu'il a fournis en Afghanistan se souviennent du membre du Congrès avec affection. Ses compatriotes combattent à présent les guérillas qu'il a contribué à armer et les civils qui souffrent sous leur joug verront sans doute son legs d'un oeil plus critique. »[8]

L'article ajoutait :

« Wilson avait jadis décrit le seigneur de guerre Jalaluddin Haqqani comme étant "la bonté personnifiée". Aujourd'hui, le commandant vieillissant est l'un des terroristes le plus recherché par les États-Unis.

« Dans les années 80, le guerrier sacré auto-proclamé, dont les liens avec Oussama ben Laden étaient intimes, recevait des millions en argent des contribuables étatsuniens pour envoyer des volontaires arabes et afghans au front contre les troupes soviétiques. La CIA était son allié. Gulbuddin Hekmatyar fut un autre commandant islamique financé par l'argent de Wilson. Aujourd'hui, les deux hommes sont à la tête de militants réseaux qui sont responsables pour d'innombrables attaques contre les forces étatsuniennes, afghanes et internationales. »

The Times cite un ancien collègue de Hekmatyar qui dit de Charlie Wilson : « Il a vraiment aidé les Moudjahidines. »[9]

Un autre commentaire sur la mort de Wilson vint du quotidien britannique, The Telegraph, le 12 février : « La Guerre de Charlie Wilson a attiré Oussama ben Laden d'abord à Peshawar, au Pakistan, et ensuite en Afghanistan avec ses jihads arabes. Une des personnes qui en a bénéficié le plus est Gulbuddin Hekmayar, dont les combattants Hezb-i-islamiques forment l'une des factions les plus brutales dans l'insurrection dirigée par les Talibans aujourd'hui... »[10]

En 2003, le département d'État des États-Unis avait désigné Hekmatyar, le principal bénéficiaire de la plus vaste opération secrète de renseignement militaire jamais connue, "Terroriste mondial et international spécial".[11]

Haqqani est toujours actif dans l'Afghanistan que Charlie Wilson et Robert Gates ont contribué à « libérer » au coût de milliard de dollars et d'un arsenal d'armes sans égal.

Une agence de presse indienne écrivait en début d'année que « Il a été reconnu de façon tout à fait scandaleuse que l'attentat suicide à la bombe tuant sept employés de la CIA en Afghanistan de l'Est cette semaine fut l'oeuvre de Jalaluddin Haqqani, seigneur de guerre et jadis allié pivot de la CIA. »

« Pendant les années 80, M. Haqqani était un commandant respecté qui, avec l'aide de l'Occident, combattait l'Union soviétique en Afghanistan. Après que celle-ci se fut retirée, il est devenu membre de la coalition approuvée par les États-Unis qui a formé le gouvernement au lendemain de l'occupation. »[12]

Gulbuddin Hekmatyar est devenu premier ministre de ce qui restait de l'Afghanistan en 1993-1994, au moment ou les États-Unis ont appuyé la prise en mains du pays en 1992 par leurs clients moudjahidines.

Le rôle joué par Hekmatayar et Haqqani en tant que chefs de bande des bains de sang fratricides et d'anarchie violente au lendemain de la défaite de la République démocratique de l'Afghanistan est important à retenir à la lumière des nombreux commentaires de Charlie Wilson et récemment de la secrétaire d'État, Hillary Clinton, à l'effet que la seule bévue des États-Unis en Afghanistan depuis ces trente dernières années est celle de – pour paraphraser – « n'être pas resté pour finir ce que nous avions commencé. » C'est cette erreur et cette erreur seule que Washington cherche maintenant à « redresser ». Le suivi que Wilson avait en tête était de continuer d'armer et de subventionner les Hekmatyar et les Haqqani en tant que dirigeants du régime au pouvoir en Afghanistan en 1992.

Le proche complice de Wilson – et qui a contribué à bâtir la puissance militaire de deux des trois principaux groupes insurrectionnels actuels contre qui les États-Unis et l'OTAN mènent une guerre depuis plus de huit ans – s'appelle Gust Avrakotos, qui joue dans le film de 2007, La guerre de Charlie Wilson, le rôle de l'Américain moderne, « non sans défauts mais aimable », héros réfractaire/anti-héros.

Avrakotos, qui est décédé en 2005 et qui « était à la tête de la plus grande opération secrète dans l'histoire de l'agence, portait le surnom de "Docteur Sale", étant toujours prêt à prendre en mains les tâches teintées d'une certaine ambiguïté éthique... Travaillant avec l'ancien représentant du Texas, Charles Wilson, Avrakotos contrôla éventuellement plus de 70 % des dépenses annuelles de la CIA vouées aux opérations secrètes, canalisant les sommes par le biais d'intermédiaires jusqu'aux Moudjahidines. »[13]

En ce qui concerne les armes que lui et Wilson faisaient parvenir à leurs alliés basés au Pakistan, elles « furent utilisées ultérieurement dans la guerre fratricide en Afghanistan avant que les Talibans n'aient imposé leur autorité.

« Les critiques ont soulevé que sans doute ces armes circulaient toujours, à la fois en appui et contre les troupes étatsuniennes, lorsque les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Afghanistan en 2001. »[14]

Même si le livre de George Crile explique en détail que Gulbuddin Hekmatyar et Jalaluddin Haqqani étaient les principaux bénéficiaires de l'aide militaire des États-Unis garanti par Wilson et par ses homologues de la CIA – y inclus Robert Gates – la version cinématographique n'en glisse mot.

Une des critiques du film est à l'effet que « Les réalisateurs...laissent entendre que le chaos qui s'empara de l'Afghanistan après la guerre fut l'oeuvre de forces délinquantes qui ont pris le contrôle du pays – ce qui fait fi de leur entraînement en méthodes terroristes grâce à la CIA (y inclus l'utilisation spécialisée d'explosifs brisants). »[15]

Une édition du U.S. News & World Report de 2008 donna d'amples détails sur la nature des relations entre Wilson, d'une part, et Hekmatyar et Haqqani, ainsi que sur les activités courantes de ces deux derniers.

« Au cours des récentes semaines, Hekmatyar a encouragé des militants pakistanais à s'en prendre à des cibles étatsuniennes, alors que le réseau Haqqani est tenu responsable de trois importants attentats de véhicules piégés y inclus la tentative d'assassinat de [président afghan Hamid] Karzaï en avril...Ces deux seigneurs de guerre – qui sont au sommet de la liste étatsunienne des personnes les plus recherchées en Afghanistan – étaient jadis parmi les alliés les plus choyés par les États-Unis. »

« Dans les années 80, la CIA a canalisé des centaine de million de dollars en armes et en munitions afin de les aider à combattre l'armée soviétique...Hekmatyar, grandement perçu par Washington comme étant un rebelle anti-soviétique fiable, s'est même rendu aux États-Unis à l'invitation de la CIA en 1985.

« Il était le plus radical des radicaux », se souvient l'ancien représentant Charlie Wilson... »

« Les porte-parole officiels aux États-Unis avaient une opinion encore plus élevée de Haqqani, qu'ils percevaient comme le seigneur de guerre rebelle le plus efficace. "J'adorais Haqqani. Lorsque j'étais en Afghanistan, Haqqani était celui qui garantissait mon retour en toute sécurité," dit Wilson. "Il était un dirigeant merveilleux et était très aimé dans son territoire."

« Haqqani était aussi l'un des principaux partisans des soi-disant Afghans arabes, organisant avec doigté les combattants volontaires arabes qui venaient mener le jihad contre l'Union soviétique et contribuant à protéger le futur dirigeant d'Al-Quaïda, Oussama ben Laden. »[17]

L'autre collègue de Wilson, Gulbuddin Hekmatyar, « était...un contrebandier d'opium connu et un seigneur de guerre, et on disait de lui qu'il vaporisait de l'acide dans le visage des femmes qui ne portaient pas le voile. Un des collègues [de Hekmatyar] disait de lui qu'il était "un véritable monstre", bien qu'on prétend qu'il ait impressionné la CIA (ce qui est indicatif de l'esprit qui anime cette organisation) en voulant transporter la guerre contre les Soviétiques en Asie centrale et faire reculer le communisme en Kazakhstan, en Azerbaïdjan et en Ouzbékistan.

« Un officier de la CIA a dit, "Nous voulions tuer autant de Russes que nous pouvions, et Hikmatyar semblait être l'homme pour le faire." »[18]

L'avant-dernier paragraphe qui précède révèle une autre facette de la première guerre des États-Unis en Afghanistan, qu'elle ne visait pas uniquement à expulser les forces soviétiques du pays, y renverser le gouvernement et y installer les clients de la CIA, les Moudjahidine, mais à étendre la guerre jusqu'en Union soviétique.

À la suite du film La guerre de Charlie Wilson sorti fin 2007, des histoires ont fait surface relatant que d'autres personnes haut-placées aux États-Unis ont joué un rôle instrumental à armer les actuels adversaires des États-Unis en Afghanistan. Le livre, The Judge : William P. Clark, Ronald Reagan's Top Hand de Paul Kengor et Patricia Clark Doerner, relate en détails le rôle du conseiller national pour la sécurité du président Ronald Reagan de 1982 à 1983 et de « son travail en faveur des rebelles afghans, des rebelles polonais en passant par les rebelles nicaraguayens, et beaucoup plus encore. »

Une étude du livre révèle que « Clark et Reagan avaient discrètement autorisé que les [moudjahidine] rebelles traversent la rivière Amou- Daria à la frontière de l'Afghanistan et de la république soviétique d'Ouzbékistan, ou les rebelles ont combattu l'Union soviétique sur son propre terrain...Des unités rebelles à entraînement spécial opérant à l'intérieur de l'Union soviétique, et munies d'explosifs de haute technologie grâce à la CIA, ont sabordé des cibles soviétiques. Elles ont fait dérailler des trains, attaqué des postes frontaliers et miné le terrain. »[19]

Une citation tirée du livre déclare : « Ce furent des activités particulièrement audacieuses – parmi les actions les plus dangereuses de toute l'histoire de quarante ans de la guerre froide... »[20]

Un autre compte-rendu des activités de Wilson mentionne que « les moudjahidine dans les camps pakistanais étaient entraînés pour mener une guerre de terreur urbaine, avec des instructions en bombes piégées pour autos, bicyclettes et chameaux ainsi qu'en assassinats. Selon Charlie Wilson, c'était une des croisades les moins ambiguës d'un point de vue moral. »[21] (Qu'on retrouve le nom de Wilson et toute allusion à la moralité dans la même phrase est tout à fait étonnant. Rappelons simplement que bien qu'il représentait un pauvre district de congrès au Texas, Wilson a dépensé des million de dollars en voyages de plaisir à l'échelle internationale ou y ont défilé une succession de maîtresses, d'alcool, de cocaïne y inclus une débauche sans nom.)

Le patriote étasunien extraordinaire et héros de cinéma Wilson a dit de ses propres efforts dans les années 89 : « Ceci est une chance extraordinaire de retourner les jeunes hommes soviétiques chez eux en housse mortuaire comme ils ont retourné nos gars de la même manière. Faisons de cette situation un Vietnam pour les Soviétiques. »[22]

Quelques semaines à peine après qu'Hollywood eut fait de Wilson une célébrité, Paul Fitzgerald et Elizabeth Gould, qui furent, en 1981, les premiers journalistes étatsuniens à qui on a permis de travailler dans la capitale afghane et les futurs auteurs de Invisible History : Afghanistan's Untold Story, ont fait parvenir une lettre au Boston Globe afin de dégonfler le mythe grandissant autour de Wilson.

Les auteurs disent : « nous continuons d'être abasourdis de constater comment la campagne de désinformation des États-Unis concernant l'invasion soviétique de l'Afghanistan persiste.

« Fait : le financement secret des moudjahidine a commencé bien avant l'invasion soviétique, pas après.

« Fait : Cette aide secrète visait à attirer les Soviétiques dans le guet-apens afghan et de les y tenir, et non à les expulser, comme le prétend Wilson.

« Toutes les preuves indiquent que la guerre de Wilson a prolongé l'agonie d'Afghanistan d'un autre six ans, a fourni en toute sécurité une base d'entraînement de plusieurs millions de dollars pour le terrorisme islamique, et a préparé le terrain pour une industrie d'héroïne privatisée de proportions historiques.

« Le problème résidait dès le départ dans le cadre conceptuel créé par les décideurs de la guerre froide des États-Unis qui a fait de l'Afghanistan la terre ensanglantée qu'elle est jusqu'à ce jour. »[23]

Une étude du livre publié par le couple en 2009, Untold story, révèle les détails suivants :

« Ayant d'abord fait des pieds et des mains pour attirer les Afghans (ces activités ont débuté même en 1973), les États-Unis voulaient que les Soviétiques y restent pour que leurs mandataires moudjahidine puissent livrer un coup final à l'"Empire du Mal".

« À mesure que la guerre froide s'intensifiait et que les Afghans se rapprochaient des soviétiques, l'intérêt des États-Unis envers le pays s'intensifia proportionnellement. L'Afghanistan devint rapidement le champ de bataille sur lequel se joueraient les fantaisies des planificateurs des politiques de la guerre froide de Washington.

« Invisible History démontre aussi à quel point l'ingérence secrète des États-Unis avait commencé dès 1973 avec le président Nixon, après l'éviction du roi Zahir Shah par Mohammad Daoud. Les États-Unis ne s'étaient pas sitôt extirpés de leur propre guerre du Vietnam que des plans furent conçus en tant qu'"Axe Chine-Iran- Pakistan-Péninsule arabique" afin que les Soviétiques s'engouffrent à leur tour. »[24]

La traduction de William Blum d'une entrevue de 1999 dans le Nouvel Observateur avec l'architecte initial de l'intervention étatsunienne en Afghanistan, l'ancien conseiller national pour la sécurité de l'administration Carter, Zbigniew Brzezinski, confirme les affirmations de Fitzgerald et de Gould.

Ses aveux incluent :

« Selon la version officielle de l'histoire, l'aide de la CIA aux Moudjahidines débuta pendant 1980, c'est-à-dire, après que l'armée soviétique eut envahi l'Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secret jusqu'à aujourd'hui, est toute autre. En effet, le 3 juillet 1979, le président Carter a approuvé la première directive assurant de l'aide secrète aux opposants du régime pro-soviétique à Kaboul. Et le jour même, j'ai envoyé une note au président pour lui expliquer que, selon moi, cette aide allait provoquer une intervention militaire soviétique.

« Cette opération secrète fut une excellente idée. Elle a eu comme effet d'attirer les Russes dans le guet-apens afghan et vous voulez que j'aie des regrets ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement traversé la frontière, j'ai écrit au président Carter. C'était l'opportunité que nous attendions pour donner à l'URSS sa guerre du Vietnam. »

« Quel est l'élément qui marquera le plus l'histoire ? Le Taliban ou la chute de l'empire soviétique ? Quelques musulmans énervés ou la libération de l'Europe centrale et la fin de la guerre froide ? »[25]

Quelques mois après la parution du film qui fit de Charlie Wilson une célébrité, un film qui fut visionné par plusieurs dizaines de millions d'Américains et presqu'unanimement approuvé par eux à un niveau ou à un autre, Wilson disait qu'il ne pouvait « penser à ce que j'aurais pu faire différemment. »

Le quotidien qui l'avait questionné et qui avait obtenu cette citation a écrit : « Quelle importance si un grand nombre de guérillas moudjahidine qui furent armés par l'ancien représentant américain d'un district du Texas...devinrent ces mêmes dirigeants taliban qui firent naître le fondamentalisme islamique radical et violent qui domina l'Afghanistan...Qu'importe l'émergence du Taliban et de Al-Quaïda. »[26]

Une dépêche annonçant tôt en 2006 que les droits d'auteur pour La guerre de Charlie Wilson avaient été obtenus par Universal Pictures mentionnait en passant que « Plusieurs des hommes armés par la CIA sont par la suite devenus les hommes de main des Talibans et les protecteurs d'Oussama ben Laden. »[27]

Wilson, tout comme Brzezinski, n'avait aucun regret. Aucun regret pour les activités menées par les guérillas brutaux entraînés et armés par lui au Pakistan en 1980 contre l'Afghanistan et son peuple. Ni ne regrette-t-il que des combattants étrangers parmi eux se sont propagés jusqu'en Asie Centrale, aux Caucases, aux Balkans, en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est.

Les bâtisseurs d'empire n'ont pas le temps ni de penchant pour les regrets. La stratégie terrorisme/contre-terrorisme, liée de près et de façon intéressée aux armes de destruction massive, aux drogues et maintenant à la piraterie, a juste dans la récente décennie gratifié les États-Unis et ses alliés de l'OTAN de camps et de bases militaires en Afghanistan, au Pakistan, en Kirghizistan, au Tadjikistan, en Ouzbékistan, aux Philippines, en Irak, au Koweït, dans les Émirats arabes unis, au Yémen, au Djibouti, aux Seychelles, en Ouganda, au Mali, en Bulgarie, en Roumanie et en Colombie.

Il y a aura bientôt plus de troupes étasuniennes et de l'OTAN en Afghanistan – 150 000, provenant de 50 nations – qu'il n'a jamais eu de troupes soviétiques dans les années 80. Les forces militaires occidentales ne furent pas invitées au pays par quelque gouvernement ou faction politique que ce soit. Il n'y a pas de Charlie Wilson au Congrès des États-Unis en appelant à l'expulsion militaire de forces d'occupation étrangères, et presque personne en cette enceinte pour ne serait-ce que demander qu'elles se retirent de façon pacifique.

Mais le projet de Wilson pour une deuxième guerre vietnamienne est à même d'être réalisé. Un deuxième Vietnam pour les Américains.

Notes

1. Agence France presse/Reuters, le 14 février 2010
2. The Independent, le 15 février 2010
3. Le Comité du prix Nobel célèbre la guerre en tant que paix, Stop NATO, le 8 décembre 2009
4. Washington Post, le 21 septembre 2009
5. BBC News, le 1 décembre 2010
6. Le département de la Défense des États-Unis, le 11 février 2010
7. The Times (Londres, le 12 janvier 2008)
8. The Times, le 12 février 2010
9. Ibid.
10. The Telegraph, le 12 février 2010
11. Département d'État des États-Unis, le 19 février 2003
12. Asian News International, le 2 janvier 2010
13. Washington Post, le 26 décembre 2005
14. Ibid.
15. Jeremy Kuzmarov, La guerre de Charlie Wilson, la culture de l'impérialisme et la falsification de l'histoire, History News Network, le 31 décembre 2007
16. U.S. News Network, le 31 décembre 2007
17. The Times, le 12 février 2010
18. History News Network, le 31 décembre 2007
19. The Village News (Californie), le 10 janvier 2008
20. Ibid.
21. Myra MacDonald, Un deuxième regard sur la guerre des États-Unis en Afghanistan, Reuters, le 26 septembre 2008
22. Ibid.
23. Boston Globe, le 11 janvier 2008
24. Anthony Fenton, Ce qui se cache derrière la propagande afghane, Asia Times, le 2 mai 2009
25. Http ://www.globalresearch.ca/articles/BRZ110A.html
26. Salt Lake Tribune, le 23 avril 2008
27. Reuters, le 11 janvier 2006

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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