Charlie Wilson et la guerre
de trente ans des États- Unis
- Rick Rozoff, Stop Nato, le 15
février 2010 -
Le 13 février, les États-Unis et l'OTAN
ont dirigé un assaut de 15 000 soldats occidentaux et afghans
contre Marjah, une ville dans la province du Helmand et dont la
population est de 75 000. Un soldat pour cinq civils. Le contingent de
l'OTAN engagé dans l'offensive comprend des troupes de la
Grande-Bretagne, du Canada, du Danemark, de
l'Estonie et des États-Unis.
Dans les premières heures de l'attaque massive,
« la plus importante attaque aérienne jamais
entreprise par les forces de la coalition dans le pays »[1],
deux roquettes provenant d'un système de roquettes d'artillerie
à grande mobilité de l'OTAN, ont démoli une maison
à l'extérieur de Marjah, tuant douze civils. Le
général Stanley
McChrystal, commandant de toutes les forces des États-Unis et de
l'OTAN dans le pays, a décrit l'incident comme étant
« regrettable ».
Un compte-rendu publié dans un journal
britannique décrivait la situation dans la ville dans les heures
qui ont suivi l'agression : « La ville très
peuplée de Marjah, bastion taliban, est devenue une ville
fantôme, selon les résidents. Les boutiques sont
fermées, les rues désertées et la plupart des
habitants se cachent dans leurs maisons de
brique crue, en se demandant à quel moment la "fin du monde"
arrivera. »[2]
L'opération est la plus vaste jamais menée
par les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN depuis que
la guerre en Afghanistan fut déclenchée en octobre 2001.
C'est la salve d'envoi pour le plan qui vise à escalader la
guerre anti-insurrectionnelle en Afghanistan annoncé par le
président Barack Obama à l'Académie militaire de
West Point le 3 décembre
dernier.[3]
La stratégie d'Obama est fondée sur
l'évaluation initiale du COMISAF (Commandant des forces de
sécurité de l'entraide internationale) du
général McChrystal publiée le 30 août 2009.
Dans ce document, l'ancien dirigeant du Commandement interarmée
pour les opérations spéciales, qui quitta ce poste pour
prendre en charge les troupes des États-Unis
et de l'OTAN en Afghanistan, a mis de l'avant un plan
détaillé pour mettre en oeuvre la transition d'une
stratégie qu'on qualifiait de contre-terroriste vers une
stratégie dite contre-insurrectionnelle.
Comme il n'y a pas de guerre sans adversaires,
McChrystal a identifié les cibles de cette campagne que
mèneront incessamment 150 000 troupes des États-Unis et
de l'OTAN : « Les principaux groupes d'insurgés,
dans l'ordre de la menace qu'ils représentent pour la mission,
sont : les Taliban Quette Shura (05T), le réseau Haqqani
(HQN), et le Hezb-e Gulbuddin islamique (HiG). »[4]
Les deux derniers groupes portent le nom de leurs
fondateurs et dirigeants, Jalaluddin Haqqani et Gulbuddin Hekmatyar,
respectivement.
Haqqani et Hekmatyar ont perdu un vieil ami et
collègue le 10 février, l'ancien membre du Congrès
pendant douze mandats, Charlie Wilson. Le héros d'un des plus
grands films à succès américains pour 2007-2008, La
guerre de Charlie Wilson. Il a été porté aux
nues par la presse et par un ancien partenaire ayant contribué
lui aussi à
armer et à former les Haqqani et Hekmatyar, – y inclus Oussama
ben Laden – l'actuel secrétaire à la Défense des
États-Unis, Robert Gates, qui fut directeur adjoint de l'Agence
centrale de renseignement de 1986 à 1989 et qui a
déclaré, dans un discours livré en 1999, que
« la CIA avait obtenu d'importants succès dans ses
activités secrètes. Sans
doute l'endroit où nos activités ont eu le plus de
répercussions est l'Afghanistan alors que la CIA, grâce
à sa gestion, a canalisé des milliard de dollars en
approvisionnements et en armes aux Moudjahidines... »[5]
Gates se référait à Opération
Cyclone, la plus vaste opération secrète
menée par la CIA et, de loin, par quelqu'agence ou nation qui
soit. Le titre intégral du livre de George Crile qui inspira le
film La guerre de Charlie Wilson est La guerre de Charlie
Wilson : l'extraordinaire histoire de la plus vaste
opération secrète de l'histoire.
La part du lion de ces milliards de dollars que Gates
est fier d'avoir fournis pour armer les Moudjahidines basés au
Pakistan était destinée à Gulbuddin Hekmatyar et
Jalaluddin Haqqani, ces deux-là mêmes que le Pentagone
avec Gates en tête identifient comme étant deux des trois
cibles de la guerre la plus vaste et la plus longue au monde.
Le jour du décès de Charlie Wilson, Gates
l'a salué en tant que « patriote
extraordinaire » pour avoir
« libéré l'Afghanistan de l'occupation
soviétique. »[6] Le 23 février, Wilson recevra
un service funèbre avec honneurs militaires au cimetière
national d'Arlington.
Autant Gates avait de l'admiration pour son ancien
collègue et pour son rôle décisif dans l'armement
et l'entraînement des forces de Kekmatyar et de Haqqani, autant
Wilson était exubérant dans son admiration pour ceux-ci.
Au cours de la première guerre afghane de 1979
à 1992, Wilson fut l'invité de Jalaluddin Haqqani en
Afghanistan de l'Est en 1987, et il voyait en son hôte
« la bonté personnifiée. » Lorsque,
suite au 11 septembre 2001, Haqqani devint la troisième plus
importante personne sur la liste des personnes les plus
recherchées par les États-Unis
après Oussama ben Laden et Mullah Muhammad Omar, Wilson a
déclaré : « C'est vrai que ça m'a
fait réfléchir. Mais Haqqani s'est occupé de moi,
et je ne l'oublierai jamais. J'aimerais vraiment le revoir. Je
tenterais de le convaincre que les Talibans sont une force destructrice
– ce qu'il n'a jamais été. »[7]
Les vieilles amitiés sont à
l'épreuve du temps.
Un éditorial du Times of London paru
deux jours après la mort de Wilson fut plus modéré
que les notices nécrologiques ou hommages uniformément
laudatifs que l'on retrouve dans les médias étatsuniens –
la Grande-Bretagne a jusqu'ici perdu plus de soldats en Afghanistan que
dans tout autre conflit depuis la Corée et la Malaisie dans
les années cinquante – rappelant à ses lecteurs qu'
« en assistant la déconfiture de la menace
soviétique, Charlie Wilson a fait naître un monstre. Les
commandants du jihad islamique qui ont combattu grâce aux fonds
qu'il a fournis en Afghanistan se souviennent du membre du
Congrès avec affection. Ses compatriotes combattent à
présent les
guérillas qu'il a contribué à armer et les civils
qui souffrent sous leur joug verront sans doute son legs d'un oeil plus
critique. »[8]
L'article ajoutait :
« Wilson avait jadis décrit le
seigneur de guerre Jalaluddin Haqqani comme étant "la
bonté personnifiée". Aujourd'hui, le commandant
vieillissant est l'un des terroristes le plus recherché par les
États-Unis.
« Dans les années 80, le guerrier
sacré auto-proclamé, dont les liens avec Oussama ben
Laden étaient intimes, recevait des millions en argent des
contribuables étatsuniens pour envoyer des volontaires arabes et
afghans au front contre les troupes soviétiques. La CIA
était son allié. Gulbuddin Hekmatyar fut un autre
commandant islamique
financé par l'argent de Wilson. Aujourd'hui, les deux hommes
sont à la tête de militants réseaux qui sont
responsables pour d'innombrables attaques contre les forces
étatsuniennes, afghanes et internationales. »
The Times cite un ancien collègue de
Hekmatyar qui dit de Charlie Wilson : « Il a vraiment
aidé les Moudjahidines. »[9]
Un autre commentaire sur la mort de Wilson vint du
quotidien britannique, The Telegraph, le 12
février : « La Guerre de Charlie Wilson a
attiré Oussama ben Laden d'abord à Peshawar, au Pakistan,
et ensuite en Afghanistan avec ses jihads arabes. Une des personnes qui
en a bénéficié le plus est Gulbuddin Hekmayar,
dont
les combattants Hezb-i-islamiques forment l'une des factions les plus
brutales dans l'insurrection dirigée par les Talibans
aujourd'hui... »[10]
En 2003, le département d'État des
États-Unis avait désigné Hekmatyar, le principal
bénéficiaire de la plus vaste opération
secrète de renseignement militaire jamais connue, "Terroriste
mondial et international spécial".[11]
Haqqani est toujours actif dans l'Afghanistan que
Charlie Wilson et Robert Gates ont contribué à
« libérer » au coût de milliard de
dollars et d'un arsenal d'armes sans égal.
Une agence de presse indienne écrivait en
début d'année que « Il a été
reconnu de façon tout à fait scandaleuse que l'attentat
suicide à la bombe tuant sept employés de la CIA en
Afghanistan de l'Est cette semaine fut l'oeuvre de Jalaluddin Haqqani,
seigneur de guerre et jadis allié pivot de la CIA. »
« Pendant les années 80, M. Haqqani
était un commandant respecté qui, avec l'aide de
l'Occident, combattait l'Union soviétique en Afghanistan.
Après que celle-ci se fut retirée, il est devenu membre
de la coalition approuvée par les États-Unis qui a
formé le gouvernement au lendemain de
l'occupation. »[12]
Gulbuddin Hekmatyar est devenu premier ministre de ce
qui restait de l'Afghanistan en 1993-1994, au moment ou les
États-Unis ont appuyé la prise en mains du pays en 1992
par leurs clients moudjahidines.
Le rôle joué par Hekmatayar et Haqqani en
tant que chefs de bande des bains de sang fratricides et d'anarchie
violente au lendemain de la défaite de la République
démocratique de l'Afghanistan est important à retenir
à la lumière des nombreux commentaires de Charlie Wilson
et récemment de la secrétaire d'État, Hillary
Clinton, à l'effet que la seule
bévue des États-Unis en Afghanistan depuis ces trente
dernières années est celle de – pour paraphraser –
« n'être pas resté pour finir ce que nous
avions commencé. » C'est cette erreur et cette erreur
seule que Washington cherche maintenant à
« redresser ». Le suivi que Wilson avait en
tête était de continuer d'armer et de
subventionner les Hekmatyar et les Haqqani en tant que dirigeants du
régime au pouvoir en Afghanistan en 1992.
Le proche complice de Wilson – et qui a contribué
à bâtir la puissance militaire de deux des trois
principaux groupes insurrectionnels actuels contre qui les
États-Unis et l'OTAN mènent une guerre depuis plus de
huit ans – s'appelle Gust Avrakotos, qui joue dans le film de 2007, La
guerre de Charlie Wilson, le rôle de
l'Américain moderne, « non sans défauts mais
aimable », héros réfractaire/anti-héros.
Avrakotos, qui est décédé en 2005
et qui « était à la tête de la plus
grande opération secrète dans l'histoire de l'agence,
portait le surnom de "Docteur Sale", étant toujours prêt
à prendre en mains les tâches teintées d'une
certaine ambiguïté éthique... Travaillant avec
l'ancien représentant du Texas, Charles Wilson, Avrakotos
contrôla
éventuellement plus de 70 % des dépenses annuelles
de la CIA vouées aux opérations secrètes,
canalisant les sommes par le biais d'intermédiaires jusqu'aux
Moudjahidines. »[13]
En ce qui concerne les armes que lui et Wilson faisaient
parvenir à leurs alliés basés au Pakistan, elles
« furent utilisées ultérieurement dans la
guerre fratricide en Afghanistan avant que les Talibans n'aient
imposé leur autorité.
« Les critiques ont soulevé que sans
doute ces armes circulaient toujours, à la fois en appui et
contre les troupes étatsuniennes, lorsque les États-Unis
ont déclaré la guerre à l'Afghanistan en
2001. »[14]
Même si le livre de George Crile explique en
détail que Gulbuddin Hekmatyar et Jalaluddin Haqqani
étaient les principaux bénéficiaires de l'aide
militaire des États-Unis garanti par Wilson et par ses
homologues de la CIA – y inclus Robert Gates – la version
cinématographique n'en glisse mot.
Une des critiques du film est à l'effet que
« Les réalisateurs...laissent entendre que le chaos
qui s'empara de l'Afghanistan après la guerre fut l'oeuvre de
forces délinquantes qui ont pris le contrôle du pays – ce
qui fait fi de leur entraînement en méthodes terroristes
grâce à la CIA (y inclus l'utilisation
spécialisée d'explosifs
brisants). »[15]
Une édition du U.S. News & World Report
de 2008 donna d'amples détails sur la nature des relations entre
Wilson, d'une part, et Hekmatyar et Haqqani, ainsi que sur les
activités courantes de ces deux derniers.
« Au cours des récentes semaines,
Hekmatyar a encouragé des militants pakistanais à s'en
prendre à des cibles étatsuniennes, alors que le
réseau Haqqani est tenu responsable de trois importants
attentats de véhicules piégés y inclus la
tentative d'assassinat de [président afghan Hamid] Karzaï
en avril...Ces deux seigneurs de guerre – qui
sont au sommet de la liste étatsunienne des personnes les plus
recherchées en Afghanistan – étaient jadis parmi les
alliés les plus choyés par les
États-Unis. »
« Dans les années 80, la CIA a
canalisé des centaine de million de dollars en armes et en
munitions afin de les aider à combattre l'armée
soviétique...Hekmatyar, grandement perçu par Washington
comme étant un rebelle anti-soviétique fiable, s'est
même rendu aux États-Unis à l'invitation de la CIA
en 1985.
« Il était le plus radical des
radicaux », se souvient l'ancien représentant Charlie
Wilson... »
« Les porte-parole officiels aux
États-Unis avaient une opinion encore plus élevée
de Haqqani, qu'ils percevaient comme le seigneur de guerre rebelle le
plus efficace. "J'adorais Haqqani. Lorsque j'étais en
Afghanistan, Haqqani était celui qui garantissait mon retour en
toute sécurité," dit Wilson. "Il était un
dirigeant merveilleux et était très aimé
dans son territoire."
« Haqqani était aussi l'un des
principaux partisans des soi-disant Afghans arabes, organisant avec
doigté les combattants volontaires arabes qui venaient mener le
jihad contre l'Union soviétique et contribuant à
protéger le futur dirigeant d'Al-Quaïda, Oussama ben
Laden. »[17]
L'autre collègue de Wilson, Gulbuddin Hekmatyar,
« était...un contrebandier d'opium connu et un
seigneur de guerre, et on disait de lui qu'il vaporisait de l'acide
dans le visage des femmes qui ne portaient pas le voile. Un des
collègues [de Hekmatyar] disait de lui qu'il était "un
véritable monstre", bien qu'on prétend qu'il ait
impressionné la
CIA (ce qui est indicatif de l'esprit qui anime cette organisation) en
voulant transporter la guerre contre les Soviétiques en Asie
centrale et faire reculer le communisme en Kazakhstan, en
Azerbaïdjan et en Ouzbékistan.
« Un officier de la CIA a dit, "Nous voulions
tuer autant de Russes que nous pouvions, et Hikmatyar semblait
être l'homme pour le faire." »[18]
L'avant-dernier paragraphe qui précède
révèle une autre facette de la première guerre des
États-Unis en Afghanistan, qu'elle ne visait pas uniquement
à expulser les forces soviétiques du pays, y renverser le
gouvernement et y installer les clients de la CIA, les Moudjahidine,
mais à étendre la guerre jusqu'en Union soviétique.
À la suite du film La guerre de Charlie
Wilson sorti fin 2007, des histoires ont fait surface relatant que
d'autres personnes haut-placées aux États-Unis ont
joué un rôle instrumental à armer les actuels
adversaires des États-Unis en Afghanistan. Le livre, The
Judge : William P. Clark, Ronald Reagan's Top Hand
de Paul Kengor et Patricia Clark Doerner, relate en
détails le rôle du conseiller national pour la
sécurité du président Ronald Reagan de 1982
à 1983 et de « son travail en faveur des rebelles
afghans, des rebelles polonais en passant par les rebelles
nicaraguayens, et beaucoup plus encore. »
Une étude du livre révèle que
« Clark et Reagan avaient discrètement
autorisé que les [moudjahidine] rebelles traversent la
rivière Amou- Daria à la frontière de
l'Afghanistan et de la république soviétique
d'Ouzbékistan, ou les rebelles ont combattu l'Union
soviétique sur son propre terrain...Des unités rebelles
à entraînement spécial opérant à
l'intérieur de l'Union soviétique, et munies d'explosifs
de haute technologie grâce à la CIA, ont sabordé
des cibles soviétiques. Elles ont fait dérailler des
trains, attaqué des postes frontaliers et miné le
terrain. »[19]
Une citation tirée du livre déclare :
« Ce furent des activités particulièrement
audacieuses – parmi les actions les plus dangereuses de toute
l'histoire de quarante ans de la guerre froide... »[20]
Un autre compte-rendu des activités de Wilson
mentionne que « les moudjahidine dans les camps pakistanais
étaient entraînés pour mener une guerre de terreur
urbaine, avec des instructions en bombes piégées pour
autos, bicyclettes et chameaux ainsi qu'en assassinats. Selon Charlie
Wilson, c'était une des croisades les moins ambiguës d'un
point de vue moral. »[21] (Qu'on retrouve le nom de Wilson
et toute allusion à la moralité dans la même phrase
est tout à fait étonnant. Rappelons simplement que bien
qu'il représentait un pauvre district de congrès au
Texas, Wilson a dépensé des million de dollars en voyages
de plaisir à l'échelle internationale ou y ont
défilé une succession de
maîtresses, d'alcool, de cocaïne y inclus une
débauche sans nom.)
Le patriote étasunien extraordinaire et
héros de cinéma Wilson a dit de ses propres efforts dans
les années 89 : « Ceci est une chance
extraordinaire de retourner les jeunes hommes soviétiques chez
eux en housse mortuaire comme ils ont retourné nos gars de la
même manière. Faisons de cette situation un Vietnam pour
les
Soviétiques. »[22]
Quelques semaines à peine après
qu'Hollywood eut fait de Wilson une célébrité,
Paul Fitzgerald et Elizabeth Gould, qui furent, en 1981, les premiers
journalistes étatsuniens à qui on a permis de travailler
dans la capitale afghane et les futurs auteurs de Invisible
History : Afghanistan's Untold Story, ont fait
parvenir une
lettre au Boston Globe afin de dégonfler le mythe
grandissant autour de Wilson.
Les auteurs disent : « nous continuons
d'être abasourdis de constater comment la campagne de
désinformation des États-Unis concernant l'invasion
soviétique de l'Afghanistan persiste.
« Fait : le financement secret des
moudjahidine a commencé bien avant l'invasion soviétique,
pas après.
« Fait : Cette aide secrète
visait à attirer les Soviétiques dans le guet-apens
afghan et de les y tenir, et non à les expulser, comme le
prétend Wilson.
« Toutes les preuves indiquent que la guerre
de Wilson a prolongé l'agonie d'Afghanistan d'un autre six ans,
a fourni en toute sécurité une base d'entraînement
de plusieurs millions de dollars pour le terrorisme islamique, et a
préparé le terrain pour une industrie
d'héroïne privatisée de proportions historiques.
« Le problème résidait
dès le départ dans le cadre conceptuel créé
par les décideurs de la guerre froide des États-Unis qui
a fait de l'Afghanistan la terre ensanglantée qu'elle est
jusqu'à ce jour. »[23]
Une étude du livre publié par le couple en
2009, Untold story, révèle les détails
suivants :
« Ayant d'abord fait des pieds et des mains
pour attirer les Afghans (ces activités ont débuté
même en 1973), les États-Unis voulaient que les
Soviétiques y restent pour que leurs mandataires moudjahidine
puissent livrer un coup final à l'"Empire du Mal".
« À mesure que la guerre froide
s'intensifiait et que les Afghans se rapprochaient des
soviétiques, l'intérêt des États-Unis envers
le pays s'intensifia proportionnellement. L'Afghanistan devint
rapidement le champ de bataille sur lequel se joueraient les fantaisies
des planificateurs des politiques de la guerre froide de Washington.
« Invisible History démontre
aussi à quel point l'ingérence secrète des
États-Unis avait commencé dès 1973 avec le
président Nixon, après l'éviction du roi Zahir
Shah par Mohammad Daoud. Les États-Unis ne s'étaient pas
sitôt extirpés de leur propre guerre du Vietnam que des
plans furent conçus en tant qu'"Axe Chine-Iran-
Pakistan-Péninsule arabique" afin que les Soviétiques
s'engouffrent à leur tour. »[24]
La traduction de William Blum d'une entrevue de 1999
dans le Nouvel Observateur avec l'architecte initial de l'intervention
étatsunienne en Afghanistan, l'ancien conseiller national pour
la sécurité de l'administration Carter, Zbigniew
Brzezinski, confirme les affirmations de Fitzgerald et de Gould.
Ses aveux incluent :
« Selon la version officielle de l'histoire,
l'aide de la CIA aux Moudjahidines débuta pendant 1980,
c'est-à-dire, après que l'armée soviétique
eut envahi l'Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la
réalité, gardée secret jusqu'à aujourd'hui,
est toute autre. En effet, le 3 juillet 1979, le président
Carter a approuvé la première directive assurant de
l'aide secrète aux opposants du régime
pro-soviétique à Kaboul. Et le jour même, j'ai
envoyé une note au président pour lui expliquer que,
selon moi, cette aide allait provoquer une intervention militaire
soviétique.
« Cette opération secrète fut
une excellente idée. Elle a eu comme effet d'attirer les Russes
dans le guet-apens afghan et vous voulez que j'aie des regrets ?
Le jour où les Soviétiques ont officiellement
traversé la frontière, j'ai écrit au
président Carter. C'était l'opportunité que nous
attendions pour donner à l'URSS sa guerre du
Vietnam. »
« Quel est l'élément qui
marquera le plus l'histoire ? Le Taliban ou la chute de l'empire
soviétique ? Quelques musulmans énervés ou la
libération de l'Europe centrale et la fin de la guerre
froide ? »[25]
Quelques mois après la parution du film qui fit
de Charlie Wilson une célébrité, un film qui fut
visionné par plusieurs dizaines de millions d'Américains
et presqu'unanimement approuvé par eux à un niveau ou
à un autre, Wilson disait qu'il ne pouvait « penser
à ce que j'aurais pu faire différemment. »
Le quotidien qui l'avait questionné et qui avait
obtenu cette citation a écrit : « Quelle
importance si un grand nombre de guérillas moudjahidine qui
furent armés par l'ancien représentant américain
d'un district du Texas...devinrent ces mêmes dirigeants taliban
qui firent naître le fondamentalisme islamique radical et violent
qui domina
l'Afghanistan...Qu'importe l'émergence du Taliban et de
Al-Quaïda. »[26]
Une dépêche annonçant tôt en
2006 que les droits d'auteur pour La guerre de Charlie Wilson
avaient été obtenus par Universal Pictures
mentionnait en passant que « Plusieurs des hommes
armés par la CIA sont par la suite devenus les hommes de main
des Talibans et les protecteurs d'Oussama ben
Laden. »[27]
Wilson, tout comme Brzezinski, n'avait aucun regret.
Aucun regret pour les activités menées par les
guérillas brutaux entraînés et armés par lui
au Pakistan en 1980 contre l'Afghanistan et son peuple. Ni ne
regrette-t-il que des combattants étrangers parmi eux se sont
propagés jusqu'en Asie Centrale, aux Caucases, aux Balkans, en
Afrique du Nord, au
Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est.
Les bâtisseurs d'empire n'ont pas le temps ni de
penchant pour les regrets. La stratégie
terrorisme/contre-terrorisme, liée de près et de
façon intéressée aux armes de destruction massive,
aux drogues et maintenant à la piraterie, a juste dans la
récente décennie gratifié les États-Unis et
ses alliés de l'OTAN de camps et de bases militaires en
Afghanistan,
au Pakistan, en Kirghizistan, au Tadjikistan, en Ouzbékistan,
aux Philippines, en Irak, au Koweït, dans les Émirats
arabes unis, au Yémen, au Djibouti, aux Seychelles, en Ouganda,
au Mali, en Bulgarie, en Roumanie et en Colombie.
Il y a aura bientôt plus de troupes
étasuniennes et de l'OTAN en Afghanistan – 150 000, provenant de
50 nations – qu'il n'a jamais eu de troupes soviétiques dans les
années 80. Les forces militaires occidentales ne furent pas
invitées au pays par quelque gouvernement ou faction politique
que ce soit. Il n'y a pas de Charlie Wilson au
Congrès des États-Unis en appelant à l'expulsion
militaire de forces d'occupation étrangères, et presque
personne en cette enceinte pour ne serait-ce que demander qu'elles se
retirent de façon pacifique.
Mais le projet de Wilson pour une deuxième guerre
vietnamienne est à même d'être
réalisé. Un deuxième Vietnam pour les
Américains.
Notes
1. Agence France presse/Reuters, le 14
février 2010
2. The Independent, le 15 février 2010
3. Le Comité du prix Nobel célèbre la guerre en
tant que paix, Stop NATO, le 8 décembre 2009
4. Washington Post, le 21 septembre 2009
5. BBC News, le 1 décembre 2010
6. Le département de la Défense des États-Unis, le
11 février 2010
7. The Times (Londres, le 12 janvier 2008)
8. The Times, le 12 février 2010
9. Ibid.
10. The Telegraph, le 12 février 2010
11. Département d'État des États-Unis, le 19
février 2003
12. Asian News International, le 2 janvier 2010
13. Washington Post, le 26 décembre 2005
14. Ibid.
15. Jeremy Kuzmarov, La guerre de Charlie Wilson, la culture de
l'impérialisme et la falsification de l'histoire, History News
Network, le 31 décembre 2007
16. U.S. News Network, le 31 décembre 2007
17. The Times, le 12 février 2010
18. History News Network, le 31 décembre 2007
19. The Village News (Californie), le 10 janvier 2008
20. Ibid.
21. Myra MacDonald, Un deuxième regard sur la guerre des
États-Unis en Afghanistan, Reuters, le 26 septembre 2008
22. Ibid.
23. Boston Globe, le 11 janvier 2008
24. Anthony Fenton, Ce qui se cache derrière la propagande
afghane, Asia Times, le 2 mai 2009
25. Http ://www.globalresearch.ca/articles/BRZ110A.html
26. Salt Lake Tribune, le 23 avril 2008
27. Reuters, le 11 janvier 2006

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