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Canada, hors d'Afghanistan!
Ramenez les troupes maintenant!
Non à la complicité du Canada dans la torture!
Le Marxiste-Léniniste dénonce les
États-Unis et l'OTAN pour les crimes de guerre qu'ils continuent
de commettre en Afghanistan au nom de la
« liberté » et de la
« démocratie », une campagne criminelle
qui vient de s'escalader avec un déploiement additionnel,
constituant une des plus grandes opérations
militaires depuis l'invasion de ce pays en 2001. L'opération
Mushtarak à Marjah, dans la province du Helmand, a
été la première phase de la nouvelle escalade,
avec ses frappes aériennes contre la population civile à
Marjah et ailleurs en Afghanistan. La deuxième phase,
l'opération Omaid, est en voie de préparation à
Kandahar.
Quand on sait que les frappes aériennes se font
impunément contre quiconque est considéré comme
une menace et suivant la règle « bombarder d'abord,
poser des questions ensuite », les assurances données
par les commandants de l'OTAN à l'effet de tout faire pour
éviter de faire des victimes parmi les civils ne sont que de la
poudre aux yeux. C'est d'une telle malhonnêteté que
même les soldats étasuniens admettent qu'ils sont
incapables de distinguer qui est l'« ennemi »
lors d'affrontements directs, sans parler des affrontements
guidés par images satellite. Dans le contexte de la lutte des
peuples du monde pour la résolution des torts et des injustices
historiques, notamment la division, l'occupation et la
dépossession par les puissances étrangères
remontant à plusieurs décennies et même plusieurs
siècles, l'occupation militaire étrangère ne sera
jamais acceptable pour les peuples d'Afghanistan et du monde,
qu'importe les prétentions de l'occupant concernant son souci
pour le bien-être des
civils.
Pour ce qui est de la participation du Canada à
la guerre, la secrétaire d'État américaine Hillary
Clinton s'est donnée les airs d'un émissaire
impérial s'adressant à un avant-poste colonial lors de sa
visite au début d'avril. Elle a clairement fait savoir que les
États-Unis s'attendent à ce que le gouvernement Harper
maintienne « une forme
quelconque de soutien », possiblement sur le plan
« du développement, de la bonne gouvernance et de la
primauté du droit ». Ce à quoi le gouvernement
Harper a répondu servilement qu'il examinait la
possibilité d'« un rôle non militaire
après 2011 ». Il est bien connu que l'expression
« non militaire »
ne veut rien dire dans ce contexte, puisqu'il s'agit dans la plupart
des cas d'aider à la formation de policiers et de militaires
afghans à titre de force de répression pour le compte des
dirigeants du gouvernement fantoche que l'occupant s'affaire à
installer au pouvoir à tous les niveaux. D'autre part,
même la distribution de l'aide a été
militarisée
dans le cadre de la nouvelle escalade.
L'élite dominante au Canada n'a pas réussi
à rendre cette guerre acceptable pour le public
général malgré les millions de dollars
consacrés à des campagnes de relations publiques faisant
la promotion de la participation du Canada à la guerre
impérialiste en Afghanistan. C'est une campagne qui vise aussi
à convaincre le public que l'agression
ouverte comme méthode de résolution de conflits
internationaux est une « valeur canadienne ». Un
sondage effectué après la visite de madame Clinton
indique que les Canadiens continuent de rejeter en masse cette guerre
et le rôle qu'y joue le Canada.
Le gouvernement Harper n'a pas réussi non plus
à cacher la complicité de l'État dans la torture
de prisonniers détenus par les forces canadiennes en
Afghanistan. C'est un fait que des détenus, que les forces
canadiennes ont remis aux autorités locales, ont
été soumis à la torture. Le gouvernement trahit sa
mauvaise conscience lorsqu'il proroge le
parlement et refuse de coopérer avec la Commission d'examen des
plaintes concernant la police militaire, notamment en fournissant les
documents non censurés qu'elle demande. Ce sont les gestes d'un
gouvernement qui cherche à maintenir l'impunité et qui
veut faire accepter la participation du Canada à la torture
comme normative en ce XXIe
siècle. Quelle aide au « développement,
à la bonne gouvernance et à la primauté du
droit » le gouvernement Harper peut-il apporter aux Afghans
quand lui-même fait tout pour s'accorder l'impunité dans
ses agissements au service des impérialistes
anglo-américains, pour une guerre qui est condamnée par
la majorité les
Canadiens ?
Tout cela souligne la nécessité que la
classe ouvrière et le peuple du Canada intensifient leurs
efforts d'organisation contre la guerre. Cela doit
nécessairement comprendre le renouveau politique et la lutte
pour un gouvernement anti-guerre, pour que nous puissions nous donner
un gouvernement qui voit à ce que le Canada soit une
véritable
force pour la paix dans le monde.
Canada, hors d'Afghanistan !
Ramenez les troupes maintenant !
Luttons pour un gouvernement anti-guerre !

L'opération Omaid de l'OTAN à Kandahar
À la mi-mars, les agences de nouvelles ont
indiqué que la prochaine partie de l'escalade de l'OTAN en
Afghanistan, nommée opération Omaid (qui signifie
« espoir » dans la langue dari), est
déjà en cours dans la province méridionale de
Kandahar. Un rapport publié le 1er avril par le Pentagone cite
l'amiral Mike Mullen, président
du chef d'État major conjoint américain, affirmant que
près de la moitié des 30 000 soldats américains
représentant l'escalade en Afghanistan étaient
déjà sur le théâtre des opérations
tandis que d'autres arrivaient tous les mois : « Ils
viennent à Kandahar – la pierre angulaire de nos efforts de
l'escalade et la clé pour diriger nos efforts
vers le peuple afghan plutôt que contre l'ennemi. »
L'opération Omaid suit l'opération
Mushtarak lancée le 12 février à Marjah, dans la
province du Helmand, voisine à l'ouest de Kandahar. Les 15 000
soldats des États-Unis, de l'OTAN et afghans
déployés dans les zones d'opération de Marjah,
Helmand et Nad Ali Mushtarak demeurent dans la province pour d'autres
offensives là-bas, selon un
responsable occidental, tandis que les troupes nouvellement
arrivées sont envoyées à Kandahar. Les troupes
étrangères resteront indéfiniment dans les deux
provinces, a-t-il ajouté. Kandahar est reconnue comme le
principal bastion des talibans et aussi parce qu'elle est
gouvernée par le frère du président Hamid
Karzaï, Ahmed Wali Karzaï, le chef
élu du conseil provincial de Kandahar, considéré
en général comme corrompu et impliqué dans le
trafic de drogues.
La situation militaire actuelle à Kandahar
Selon un article de Reuters en date du 31 mars,
« une force principalement canadienne d'environ 3 000 hommes
opère dans la province de Kandahar depuis quatre ans, en
accusant de lourdes pertes, mais n'a pas les effectifs pour assurer la
sécurité d'une grande ville comme celle-là et sa
périphérie. L'influence des talibans a
augmenté rapidement durant cette période et les militants
sont maintenant plus forts dans la province qu'à aucun autre
moment depuis qu'ils ont été chassés du pouvoir en
2001.
« Au cours de la dernière année
quelque 5 000 soldats étasuniens supplémentaires sont
arrivés dans la province et ont commencé à assurer
la sécurité des districts ruraux qui contrôlent les
voies menant à la ville, bien que des pans entiers de ces zones
agricoles soient encore aux mains des militants.
« Dans la ville-même, il y a
très peu de présence de forces occidentales. Beaucoup des
quartiers
résidentiels grouillant de la ville sont presque
entièrement hors limites pour la police afghane, en particulier
la nuit. »
L'opération Omaid
L'opération Omaid est la deuxième
opération depuis « l'escalade » des 12
à 18 mois durant laquelle les États-Unis, les membres de
l'OTAN et d'autres pays vont envoyer un autre 40 000 soldats. En
général, la stratégie des impérialistes
avec la présente escalade comprend une approche militaire,
politique et civile en quatre
étapes surnommée « la mise en place, la prise,
la conservation et la construction ».
Le 18 mars, le général américain
Stanley McChrystal, commandant des forces américaines et de
l'OTAN en Afghanistan, a déclaré que l'opération
Omaid avait commencé avec les premiers efforts militaires et
politiques, à savoir « la mise en place »,
y compris des opérations militaires pour sécuriser les
routes principales et les
quartiers, la prise de possession des zones dans les banlieues rurales
et des raids des forces spéciales pour capturer les chefs
talibans. « Ce processus a déjà
commencé [et] connaîtra une accélération
dans les semaines et mois à venir » qui se prolongera
durant « un temps significatif ».
La principale « phase de
dégagement » de la ville de Kandahar commencera
à la fin de mai ou le début de juin, avec
l'arrivée d'une brigade supplémentaire de combat de
l'armée américaine d'environ 3 500 soldats.
Les 8 000 soldats de l'OTAN déjà dans la
province de Kandahar resteront pour la plupart dans les zones rurales,
gardant les routes vers la ville, tandis que la brigade
supplémentaire de 3 500 soldats de l'armée
américaine pénétrera dans les quartiers urbains en
compagnie de policiers afghans. L'OTAN déclare que 12 000
soldats afghans sont
aussi dans la région.
Les agences de nouvelles rapportent que
l'opération militaire de grande envergure débutera en
juin et les commandants militaires américains planifient d'y
mettre fin d'ici août, avant le début du mois sacré
du Ramadan. Après août, l'offensive sera redirigée
vers une phase pour « sécuriser et mettre en place le
gouvernement », qui
durera jusqu'à la mi-octobre.
Selon l'OTAN, l'opération Omaid sera de loin la
plus grande offensive de la guerre à ce jour, engageant
directement plus de 23 000 soldats, dont environ 8 500
Américains, 3 000 Canadiens et 12 000 soldats et policiers
afghans. McChrystal a dit qu'il prévoit une série
d'actions ciblées visant à constamment chasser les
talibans, plutôt qu'un
assaut du style Jour-J lancé en février contre les
insurgés à Marjah dans la province voisine du Helmand.
Mullen a déclaré que les mêmes
idées qui allaient dans la planification des opérations
à Marjah iraient dans les opérations à Kandahar,
mais il a souligné que les deux endroits sont très
différents, donc que les opérations tactiques ne seraient
pas les mêmes. Marjah est rurale, avec une population d'environ
70 000, répartie sur un vaste territoire,
et la prédominance des talibans pendant les deux
dernières années. Kandahar a une population de plus de 2
millions qui représente une pléthore de tribus, de
groupes familiaux, de courtiers locaux du pouvoir et de barons de la
drogue, selon Mullen.
Les tentatives impérialistes de recourir
à la persuasion et la réaffectation
Bien que l'offensive militaire de grande envergure de
l'opération Omaid ne devrait pas commencer avant la fin de juin,
un fonctionnaire occidental a souligné que les activités
liées à l'escalade à venir dans la province de
Kandahar a débuté en novembre de l'année
dernière : « L'emphase s'est accrue depuis
novembre, et une
grande part est invisible parce qu'elle vise à la
compréhension de la situation sur le terrain, du paysage
politique et du milieu humain », a-t-il dit.
La semaine dernière, le porte-parole du
Pentagone, Geoff Morrell, a déclaré aux journalistes que
les forces d'opérations spéciales des États-Unis
à Kandahar ont travaillé auprès des tribus locales
pour les convaincre de soutenir les militaires américains et le
gouvernement afghan avant que l'offensive ne soit
déclenchée.
Pendant ce temps, le président marionnette Hamid
Karzaï a été déployé par les occupants
étrangers pour désarmer les gens et les convaincre que
l'occupation et les crimes de guerre qui y sont associés sont
menés en leur nom et pour leur bénéfice. Le
dimanche 4 avril, Karzaï a lancé un appel à
environ 1 500 aînés lors d'une rencontre
traditionnelle appelée « choura », pendant
que McChrystal surveillait le tout de près. Malgré le
fait que les Afghans n'ont jamais accepté l'occupation
étrangère, Karzaï s'est adressé à
environ 2 000 fonctionnaires et chefs tribaux à Kandahar, leur
disant : « Il n'y aura aucune opération
militaire sans votre coopération et
consultation. »
Cherchant à mieux détourner de la question
évidente et de base que la guerre et l'occupation
illégales doivent cesser et que les troupes
étrangères doivent immédiatement quitter
l'Afghanistan, Hamid Karzaï s'est également plaint de
l'absence de natifs de Kandahar parmi l'armée et la police. Il a
exhorté les résidents locaux à envoyer des
représentants à une conférence de paix nationale
qui se tiendra à Kaboul au début de mai pour
rechercher la « réconciliation entre les
factions ».
Les forces d'occupation mettent beaucoup l'accent sur
les tentatives de se concilier les bonnes grâces des
résidents locaux avant le début de la guerre ouverte. Un
rapport de l'Associated Press note que « les commandants
afghans et américains ont souligné la
nécessité d'un fort soutien civil et le
major-général William Mayville, chef
adjoint du personnel des forces internationales, a
déclaré [...] que la réussite à Kandahar
dépendra du succès à gagner la sympathie locale.
Vous devez avoir la communauté qui le veut vraiment, faute de
quoi les choses sont au point mort », a
déclaré Mayville.

Militarisation de l'aide
Les fonctionnaires de l'ONU responsables dans la
fourniture de l'aide en Afghanistan ont critiqué
l'opération Mushtarak et son étroite intégration
de la force militaire à la reconstruction, la qualifiant de
« militarisation de l'aide humanitaire », et ont
refusé toute participation à l'opération. Depuis
le début de l'opération, le
commandant américain en Afghanistan, le général
Stanley A. McChrystal, a indiqué qu'une fois que les forces des
talibans à Marjah seront déplacées,
« un gouvernement tout assemblé dans une
boîte » serait déployé, et serait
censé livrer immédiatement de l'aide sous forme de
services gouvernementaux, y compris l'éducation, les soins
de santé et de programmes d'emplois.
Les commentaires des responsables de l'ONU ont
été faits lors d'une conférence de presse le 17
février lors de l'annonce du Plan d'action humanitaire 2010 de
l'ONU pour l'Afghanistan. L'ONU est à la recherche de 870,5
millions US $ des bailleurs de fonds pour le plan, dont 40 %
seront remis à des groupes non
gouvernementaux dont le rôle dans la prestation de l'aide a
considérablement augmenté suite à des menaces
contre l'ONU l'année dernière, a rapporté la
Presse canadienne.
Les fonctionnaires de l'ONU se tiennent à
l'écart des opérations de l'OTAN. « Nous ne
faisons pas partie de ce processus. Nous ne ferons pas partie de cette
stratégie militaire. [...] Nous ne souhaitons pas faire partie
de ce processus parce que nous ne voudrions pas que les
activités humanitaires que nous offrons soient liées
à l'activité
militaire », a déclaré Robert Watkins, le
représentant spécial adjoint du secrétaire
général. Parlant de la livraison de l'aide humanitaire,
Watkins a déclaré : « Ce n'est pas
l'armée qui fournira des services, les soldats vont nettoyer la
zone afin que le gouvernement puisse fournir ces services. »
Wael Haj-Ibrahim, chef du Bureau des Nations unies pour
la coordination des affaires humanitaires en Afghanistan, fait
écho à ces sentiments, précisant pourquoi les
militaires ne devraient pas être impliqués dans la
fourniture de soins de santé ou d'éducation.
« Si cette aide est livrée dans le cadre d'une
stratégie militaire, la stratégie des
insurgés sera de détruire cette aide », a dit
M. Haj-Ibrahim. « Permettre aux militaires de faire cela
n'est pas la meilleure utilisation des ressources. » Au lieu
de cela, dit-il, les militaires devraient se limiter à
libérer la région des menaces à la
sécurité et assurer la sécurité des
organisations humanitaires qui fournissent des services,
ajoutant que l'ONU a aussi demandé à l'OTAN de ne pas
fournir des services de base comme la nourriture et des soins de
santé ou de construire des cliniques ou des écoles.
« Selon notre expérience, nous avons vu que les gens
de la communauté seront en danger s'ils sont
considérés comme faisant partie de cette stratégie
militaire »,
a-t-il dit.
« La distribution de l'aide par
l'armée lance un très mauvais signal aux
collectivités quant à l'impartialité de l'aide et
met la vie des travailleurs humanitaires en danger s'ils sont de
quelque façon associés aux militaires », a
poursuivi Mme Watkins.
Le New York Times écrit :
« L'armée américaine se réfère
à sa stratégie, d'abord énoncée en Irak en
2006, comme étant "nettoyer, tenir et construire". Auparavant il
n'y avait pas suffisamment de troupes étrangères et
afghanes en Afghanistan pour poursuivre systématiquement cette
stratégie parce qu'ils étaient
incapables de tenir de vastes régions pendant de longues
périodes de temps. L'offensive de Marjah est conçue comme
une vitrine où la stratégie peut fonctionner et la
coalition affirme avoir les forces suffisantes pour le faire
maintenant. »
Un fonctionnaire, qui a déclaré que
l'Organisation des Nations unies a maintes fois soulevé ces
préoccupations auprès des forces internationales, sans
succès, rappelant l'inutilité de la
« reconstruction » pendant un conflit
armé, en particulier lorsqu'elle est effectuée par les
forces d'occupation de l'OTAN. « Nettoyer, tenir et
construire, est à courte vue pour deux raisons. Le territoire
change de mains lors d'un conflit, et si les services sont
associés à un groupe particulier, ils seront
détruits. »
Les fonctionnaires de l'ONU ont été
particulièrement critiques de « l'escalade
civile » prévue par l'OTAN, qui apporte plus de
travailleurs humanitaires financés par le gouvernement et
engagés dans des projets comme les équipes de
reconstruction provinciales. Les équipes de reconstruction sont
des groupes de l'OTAN dirigés par
différents pays alliés, dont le Canada à Kandahar
et la Grande-Bretagne à Lashkar Gah. La plupart des
équipes de reconstruction voient leur rôle comme
fournissant des services en échange de la collecte de
renseignements et de l'activité politique dirigée contre
les insurgés.
« Parce que les équipes de
reconstruction sont dirigées par des étrangers et sont
associés aux forces armées de leur pays, ils ont besoin
pour sortir d'une sécurité rehaussée, et les
groupes humanitaires craignent que les habitants commencent à
associer tous les travailleurs de l'aide aux militaires »,
écrit le New York
Times. Le journal fait également remarquer que
« dans de nombreuses régions du pays, seul les
organisations non gouvernementales sont en mesure de fonctionner en
toute sécurité en raison de la situation de la
sécurité, et ils comblent les lacunes dans les services
gouvernementaux ».
Le mois dernier, huit de ces organisations humanitaires
travaillant en Afghanistan, dont Oxfam et ActionAid, ont publié
un rapport conjoint, qui a critiqué l'utilisation de l'aide par
les forces de l'OTAN dirigées par les États-Unis comme
« une arme de guerre non mortelle ».
Les ONG affirment que cette pratique est contraire
à un accord entre les forces de l'OTAN et les Nations unies, que
le rôle principal de l'armée devrait être d'assurer
la sécurité et, seulement quand il n'y a pas d'autre
alternative, de fournir de manière limitée de l'aide
humanitaire et au développement. Les organismes affirment qu'ils
sont
capables de travailler dans les zones de conflit de l'Afghanistan alors
que les résidents locaux les perçoivent comme
étant indépendants et non liés à
l'armée. « Les activités humanitaires et de
développement dirigées par les militaires sont
dictées par les intérêts politiques des donateurs
et les objectifs de sécurité à court terme et sont
souvent
inefficaces, inutiles et potentiellement dangereuses pour les
Afghans », a dit Oxfam dans une déclaration. Le
groupe a également noté que les militaires
« allaient au-delà de leur mission » en
Afghanistan, citant un manuel de l'armée américaine sur
la contre-insurrection qui définit l'aide humanitaire comme
« une arme non
mortelle ».
Par ailleurs, une dépêche en date du 23
mars de All Headline News signale qu'un examen par le ministère
afghan des Finances du programme de financement par les bailleurs de
fonds « cite de sérieuses préoccupations sur
la corruption généralisée et la mauvaise gestion
au sein du gouvernement ». Le rapport fait état de
deux
programmes présentant un intérêt particulier :
le Programme d'intervention d'urgence des commandants, en vertu duquel
les commandants militaires américains ont accès à
de grandes quantités d'argent pour être utilisées
à des fins tactiques dans le cadre de leur stratégie de
contre-insurrection, et le Fonds de reconstruction provinciale, qui
vise
à gagner « les coeurs et les esprits » de
la population civile, en particulier dans les zones où les
talibans ou d'autres groupes d'insurgés sont actifs.
« Selon le rapport, le secteur de la
sécurité a reçu plus de la moitié de toute
l'aide, en particulier les unités qui servent à renforcer
l'armée nationale et la police afghanes.
« L'agriculture et le développement
rural reçoivent 18 %, suivie par la culture à
9 % et les soins de santé à 6 %.
« Un montant de 36 milliards US $
dépensé représente un peu plus de la moitié
du total des 62 milliards US $ promis par les différents
bailleurs de fonds internationaux.
« Les États-Unis sont le principal
donateur avec 23 milliards US $
dépensés. »

L'Opération Mushtarak à Marjah se poursuit
Bien que l'aspect militaire de l'opération
Mushtarak de l'OTAN, qui a débuté le 12 février
à Marjah, dans la province du Helmand, se soit estompé
à la fin de février, les troupes étrangères
et afghanes doivent demeurer indéfiniment sur place. L'OTAN
prétend que ceux qu'elle juge être des
« talibans » ont été dans une
grande mesure
repoussés hors de la région, mais la résistance
armée est toujours en cours. Une évaluation faite
à la mi-mars par la Société afghane du
Croissant-Rouge indique que 35 civils ont été
tués, 37 blessés et 55 maisons détruites lors de
l'offensive de l'OTAN. L'agence de nouvelles IRIN du Bureau pour la
Coordination des affaires humanitaires des Nations
unies rapporte que le 16 mars, plus de « 4 000 familles ont
été déplacées en février par le
conflit vers le district Nad Ali (qui comprend Marjah). La plupart ont
regagné leur foyer au cours des trois dernières
semaines, selon les agences d'aide, mais il existe une incertitude
quant à l'avenir, certains ne savent pas combien de temps l'OTAN
et les
forces afghanes tiendront la région. »
« Nous avons une population très
sceptique », a dit le brigadier-général Larry
Nicholson, commandant de la brigade expéditionnaire des Marines
dans la province du Helmand, admettant que les gens ne savent pas ce
que l'OTAN et le gouvernement afghan feront pour eux.
Soulignant la préoccupation soulevée par
différentes organisations d'aide au sujet de la militarisation
de l'aide, les forces américaines dans la région tentent
de gagner la coopération de la population locale en distribuant
de l'argent. Les soldats font des « paiements en
compensation » pour les dommages matériels ou les
membres
de la famille tués lors des opérations de février
pour renforcer le soutien au gouverneur nouvellement nommé du
district de Marjah, Hajji Abdul Zahir, disant aux gens que pour
recevoir de l'argent, ils doivent obtenir son approbation. En d'autres
termes, la gouvernance imposée par l'OTAN est basée sur
le paiement de la population locale pour soutenir le
gouverneur fantoche. En outre, les Marines eux-mêmes
reconnaissent qu'ils sont incapables de distinguer ce qu'ils jugent
être les forces ennemies de la population générale
qui s'identifie aux talibans.
« Nous devons réévaluer notre
définition du mot "ennemi", a dit Nicholson. La plupart des gens
ici se considèrent comme des talibans. Nous devons
réajuster notre pensée afin que nous n'essayons pas de
chasser les talibans hors de Marjah, nous essayons d'en chasser
l'ennemi. »
Le colonel Ghulam Sakhi, un commandant de la police
nationale afghane à Marjah, a dit que ses informateurs lui ont
indiqué qu'au moins 30 talibans sont venus ici, à un
avant-poste des Marines, pour recevoir de l'argent des Marines à
titre de compensation pour les dommages matériels ou des membres
de la famille tués pendant l'opération
en février.
« Vous leur serrez la main, mais vous ne
savez pas s'ils sont talibans, a déclaré le colonel
Sakhi. Ils ont les mêmes vêtements et le même style.
Et ils utilisent l'argent contre les Marines. Ils achètent tout,
des EEI (engins explosifs improvisés) et des
munitions. »
« Ma plus grande crainte est ne pas savoir
si je viens de mettre de l'argent dans les poches des
talibans », a déclaré le major James Coffman,
chef des affaires civiles pour le 3e bataillon, 6e régiment des
Marines.
Un rapport de McClatchy Newspapers décrit
le déploiement des Marines de la compagnie Bravo du 1er
Bataillon, 6e régiment de Marines dans la section Koru Chareh
à Marjah :
« ... Il y a peu de signes que le nouveau
gouvernement afghan aura à un moment donné la
responsabilité de Marjah.
« La Compagnie Bravo est en charge d'une
étroite bande de 10 km carrés de Marjah et contrôle
fermement le marché de Koru.
« Une fois qu'ils auront gagné la
confiance des Afghans qui vivent autour des 150 stands du
marché, les Marines font le pari qu'ils pourront étendre
progressivement leur influence dans des zones où les combattants
talibans rivalisent toujours avec eux grâce aux bombes
quotidiennes en bordure de route et des fusillades
sporadiques.
« L'accent est mis sur les Afghans qui n'ont
pas d'allégeance idéologique aux talibans et seraient
prêts à collaborer avec les Marines, la police afghane et
le gouvernement pro-occidental à Kaboul qui les a
envoyés. »
Le rapport note que « depuis qu'ils ont pris
le contrôle, [les Marines] ont remis des dizaines de milliers de
dollars aux propriétaires de commerces, nettoyeurs de canal,
patrouilles d'éboueurs et aux familles qui ont perdu des proches
dans la lutte pour Marjah. Les médecins de la US Navy ont vu un
flux constant de patients afghans
référés de plus en plus par le médecin
local.
« De plus en plus de résidents
viennent chercher des cartes d'identité émises par les
États-Unis qui les obligent à être
photographiés, à laisser leurs empreintes digitales et
à acquiescer à la numérisation de la rétine.
« Nous voulons faire de vous une
pièce d'identité afin que nous sachions qui sont nos
amis », a dit [un Marine] à un habitant timide venu
demander de l'argent des Marines.
« Même si être pris par les
talibans avec une carte d'identité militaire des
États-Unis pourrait signifier la mort, les Marines ont convaincu
un nombre restreint mais croissant de résidents de se la
procurer. »
En dépit de leur incapacité à
s'assurer que ceux qu'ils paient appuient l'occupation, le fait de
gagner des alliés parmi la population locale garantira, selon
les Marines, de meilleurs renseignements sur ceux qui sont
appelés l'ennemi.
Un habitant a dénoncé la présence
étrangère, indépendamment de l'approche
utilisée : « Si je pouvais vivre 1 000 ans,
grâce à Dieu, je préfèrerais les
talibans », a-t-il dit par l'entremise d'un des
interprètes des Marines au cours d'une brève visite
à l'avant-poste militaire. « Ils ont
échoué avant, alors maintenant ils
essaient de gagner le coeur des gens en utilisant des tactiques et des
stratégies différentes. Mais ils ne réussiront
jamais. »

L'OTAN à la croisée des chemins à
Kandahar
- Shahzad Saleem Syed, Asia Times Online,
le 14 avril 2010 –
Alors même que plus de 10 000 soldats
étasuniens sont engagés dans des combats, le
président afghan Hamid Karzaï a menacé de retarder
ou d'annuler l'offensive prévue pour l'été dans la
province méridionale de Kandahar par l'Organisation du
traité de l'Atlantique Nord contre les talibans.
Cependant, il peut y avoir une raison plus
impérieuse de retarder l'offensive de Kandahar qui, après
la récente opération à Marjah dans la province du
Helmand, serait la plus importante en Afghanistan depuis la chute du
régime taliban en 2001 : de l'autre côté de la
frontière, au Pakistan, les militants n'ont pas
été chassés des zones tribales
contrairement à ce qui avait été prévu.
Dimanche, à Kaboul, Karzaï a
rencontré Richard Holbrooke, l'envoyé spécial des
États-Unis pour le Pakistan et l'Afghanistan, et le
général David Petraeus, chef du Commandement central
étasunien, afin de discuter de ce que la Force d'aide
internationale à la sécurité de l'OTAN a
qualifié de « défis partagés et
d'opportunités à
venir ».
Karzaï devait informer les responsables de sa
récente visite à Kandahar, où il est allé
obtenir le soutien parmi la communauté locale de l'offensive
contre les talibans. Au lieu de cela, les aînés
respectés des tribus ont soutenu qu'une telle opération
dans la deuxième ville du pays ne ferait qu'engendrer des
problèmes dans la province, sans établir la
sécurité.
L'opération de Kandahar est envisagée
comme une partie d'un vaste plan de l'OTAN pour sécuriser
l'ensemble des grands centres urbains de l'Afghanistan dans une
tentative visant à nier aux talibans leurs bases de soutien.
Pour que cela fonctionne, il est essentiel que les
militants se voient également refuser un refuge au Pakistan
où, au fil des ans, ils ont établi des bases importantes,
en particulier dans le Waziristan du Sud et le Waziristan du Nord, qui
ont alimenté l'insurrection en Afghanistan.
L'approche commune a été adoptée
suite à plusieurs réunions entre McChrystal et le chef de
l'armée pakistanaise, le général Ashfaq Parvez
Kiani, qui a assuré les États-Unis que, après une
série d'opérations intensives de l'armée
pakistanaise au cours de la dernière année, il avait
rempli sa part du marché. Kiani a répété
ces assurances devant des hauts
fonctionnaires étasuniens lors d'une récente
réunion à Washington .
Cependant, les allégations d'une victoire au
Pakistan semblent prématurées, laissant l'OTAN avec le
dilemme de savoir s'il faut appuyer un plan qui semble maintenant
être imparfait.
Le mirage de la réussite
À part revendiquer le succès sur le champ
de bataille, le Pakistan a claironné qu'il avait
arrêté plusieurs hauts commandants des talibans, affirmant
que cela constitue un revers majeur pour les talibans.
Ils ont déclaré que parmi eux il y avait
le mollah Abdul Ghani Baradar, l'adjoint du chef des talibans, le
mollah Omar, Moulvi Abdul Kabir, un ancien gouverneur taliban de la
province de Nagarhar en Afghanistan et maintenant à la
tête de la choura des talibans à Peshawar, et Syed Tayyab
Agha, conseiller politique du mollah Omar.
Cependant, tel que révélé par Asia
Times Online (« War and peace : A Taliban
view », le 26 mars 2010), Kabir et Agha n'ont pas
été arrêtés. Encore moins le mollah Mustasim
Jan Agha, un autre fonctionnaire de haut niveau qu'on a prétendu
avoir appréhendé.
Le seul qui a été saisi a
été Baradar, qui est détenu dans une maison en
toute sécurité du service des renseignements du Pakistan,
et les États-Unis se sont vu refuser l'accès au
prisonnier. De toute façon, Baradar est maintenant de peu de
valeur puisque les talibans ont une politique stricte de se dissocier
immédiatement de toute personne arrêtée, ce qui
signifie que Baradar serait inutile dans de quelconque effort de
réconciliation avec les talibans.
Entre-temps, le chef de l'armée Kiani a
exhorté des milliers de réfugiés à
retourner dans le Waziristan du Sud, affirmant que le Tehrik-e-Taliban
Pakistan (les talibans pakistanais) a été vaincu. Pour
accroître davantage l'importance de la victoire, 20 000 soldats
tous corps et divisions confondus sont actuellement engagés dans
de vastes manoeuvres –
Azm-e-Nau (nouvelles ambitions) – dans les provinces du Pendjab et du
Sindh.
Les contacts de Asia Times Online sur le
terrain dépeignent une image différente dans le
Waziristan du Sud. Ils affirment que l'armée a subi de lourdes
pertes et des mutineries et que les militants, y compris les
Tchétchènes, les Ouzbeks et les tribus locales Mehsud,
sont revenus en force. L'armée a confirmé que les combats
se poursuivent
encore dans la zone.
En même temps, selon des sources des militants, la
direction d'Al-Qaïda a été transférée
du Waziristan du Nord – en raison des raids persistants des drones –
à une région non divulguée. Les sources affirment
que le message a été envoyé à Kiani via une
jirga tribale (conseil), disant essentiellement que toutes les forces
doivent être retirées ou
« il faudra faire face à la musique dans l'ensemble
du Pakistan ».
Un fonctionnaire de la sécurité à
Peshawar, capitale de la province frontalière du nord-ouest, a
déclaré à Asia Times Online que
l'objectif de l'attaque suicide récente contre le consulat
américain à Peshawar a été de prendre en
otage des fonctionnaires étasuniens. Plusieurs personnes ont
été tuées durant l'incident au cours duquel des
militants ont pénétré dans les locaux du consulat,
mais ont été incapables d'aller plus loin après
que l'un d'eux eut détonné prématurément sa
veste explosive. Le fonctionnaire estime que l'on peut s'attendre
à davantage d'attaques de ce genre qui ciblent les responsables
étasuniens.
Récemment, 1 200 membres du personnel du corps
frontalier ont été licenciés pour avoir
défié l'ordre de combat. Les forces paramilitaires sont
composées en grande partie de Pachtounes. Il sera difficile de
trouver un nombre suffisant de non pachtounes et de chiites pour
affronter l'insurrection sunnite pachtoune.
Sous l'immense pression des États-Unis,
l'armée a tout de même ouvert des fronts dans les
districts du Khyber, de l'Orakzai, de Mohmand, de Bajaur et de Kurram.
Le champ de bataille principal est le district
d'Orakzai, une plaque tournante pour les militants qui vont vers le
district voisin du Khyber afin d'attaquer les lignes de convoi de
l'OTAN. Selon des estimations non officielles, des centaines de soldats
ont été tués, ainsi que des dizaines de militants.
Il est confirmé que le brigadier Khalid Khan et le
colonel Anwar Abbas, envoyés dans la région en raison de
leur bonne réputation dans les opérations de l'an dernier
dans la vallée du Swat, ont été tués. Les
militants ont aussi capturé le siège des forces
paramilitaires dans la zone d'opération d'Orakzai pendant
quelques jours avant de se replier.
La pire situation est celle dans le district du Khyber,
qui était censé être la plus simple
opération de l'armée puisque Al-Qaïda et les
talibans n'ont pas d'appui local car ils dépendent de militants
des régions tribales voisines.
Le district a été pacifié l'an
dernier, mais les opérations comprenaient une répression
sur tous les groupes islamiques, y compris ceux non liés
à Al-Qaïda ou les talibans. Un de ces groupes a
été commandé par Mangal Bagh, qui s'est maintenant
tout à fait rangé du côté des militants
d'Al-Qaïda en dépit des dires des fonctionnaires qui
étaient
convaincus qu'il ne se retournerait jamais contre le Pakistan.
Au cours des derniers mois, les militants se sont
rétablis dans le district du Khyber, en particulier dans la
vallée de Tirah, comme l'a confirmé un communiqué
officiel des médias en date du 11 avril : « Les
militants ont établi leurs repaires et des centres de formation
dans différentes parties de la vallée de
Tirah. » Les habitants de
la vallée ont des liens traditionnels avec d'autres districts,
ainsi qu'en Afghanistan. C'est un bastion du groupe militant
Lashkar-i-Islam.
La dure réalité est que les militants
continuent d'opérer en force dans les zones tribales, et surtout
qu'ils continuent à opérer des bases servant les
combattants en Afghanistan – qui se préparent à l'attaque
de l'OTAN à Kandahar – si jamais elle se matérialise.

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