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47e
anniversaire de la fondation des Internationalistes
L'oeuvre des Internationalistes et de leur fondateur,
Hardial Bains, continue!
- Charles Boylan -
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Hardial
Bains |
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Samedi le 13 mars est le 47e anniversaire de la
fondation des Internationalistes à l'Université de la
Colombie-Britannique.
Le 13 mars 1963 est une date importante pour le Parti
communiste du Canada (marxiste-léniniste) parce que c'est lui
qui a hérité de l'oeuvre des Internationalistes, un legs
qui continue d'inspirer et de guider son travail de plusieurs
façons décisives.
La fondation des Internationalistes parmi les
étudiants de l'Université de la Colombie-Britannique eut
un profond impact sur le campus.
À l'époque, les étudiants et une
bonne partie des enseignants étaient la cible d'une vaste
campagne de confusion sur la nature de
l'impérialisme, du néocolonialisme et de la trahison du
socialisme en Union soviétique et dans les démocraties
populaires d'Europe de l'après-Deuxième Guerre mondiale.
C'était aussi l'époque où
l'annexion des ressources naturelles et du secteur manufacturier du
Canada aux États-Unis faisait un important bond en avant, avec
comme conséquence le resserrement du diktat américain sur
la politique
intérieure et extérieure de l'État canadien.
Ce processus d'annexion, qui avait pour nom
« continentalisme » à l'époque,
était lié à l'agression meurtrière de
l'impérialisme américain en Amérique latine et
dans les Caraïbes, en Afrique et en Asie.
L'impérialisme américain était
parvenu, par la subversion idéologique et culturelle et par des
moyens criminels, à saper l'État soviétique et
celui des anciens pays socialistes.
C'était la période de la Guerre froide et
c'est dans le contexte de l'hystérie anticommuniste que se
faisait la subversion de la jeunesse d'après-guerre. Quant au
mouvement communiste canadien, la bourgeoisie était
déjà parvenue à le subvertir durant la
guerre ; il n'était plus qu'une officine de l'Union
soviétique et un tremplin pour les
ambitions carriéristes de quelques syndicalistes
marginalisés, et il avait perdu sa pertinence auprès de
la nouvelle génération.
L'offensive contre la jeunesse était
particulièrement intense dans le système
d'éducation, surtout au niveau universitaire. Le système
d'éducation connaissait une expansion rapide pour
répondre aux besoins de l'expansion de l'impérialisme
américain et les portes des universités s'ouvraient,
même pour les enfants des familles ouvrières.
L'agression culturelle et idéologique contre la
jeunesse se fit dans une grande mesure grâce à un
système de l'apprentissage par coeur, de cours stériles
à contenu idéaliste et métaphysique, d'examens
centrés sur l'obtention du diplôme et la carrière
au service de l'impérialisme.
Cela créa un grand malaise parmi les masses de la
jeunesse.
En Colombie-Britannique, la révolte de la
jeunesse étudiante fut déclenchée par un
événement en particulier : en octobre 1962, les
navires de guerre de l'impérialisme américain,
présidé par John F. Kennedy, encerclèrent Cuba et
menaçaient le monde d'une guerre catastrophique si l'Union
soviétique ne retirait pas ses missiles de l'île
caribéenne.
Des milliers d'étudiants de l'Université
de la Colombie-Britannique se rassemblèrent spontanément
sur le campus pour condamner le blocus.
Hardial Bains, un des leaders de ce mouvement, avait
conclu par l'analyse de la situation que ce qu'il fallait pour faire
avancer le mouvement, c'était une forme permettant de
générer le maximum de discussion politique parmi les
étudiants et les enseignants sur ce qui se passait dans le monde.
Il en était lui-même venu à la
conclusion qu'en l'absence d'un parti communiste révolutionnaire
au Canada, la
création d'un parti communiste était devenue une
nécessité historique.
Parlant de l'insignifiance, voire de l'absence à
toute fin pratique, du parti communiste, Hardial Bains a
écrit :
« Une des aptitudes acquises au fil des
années est l'instinct ou la conviction que nous ne devons jamais
séparer notre lutte du reste de la société. Voire,
nous devons être responsables envers la société et
être son avant-garde. Cet instinct, cette loi qui dit qu'il ne
faut jamais être détaché du peuple, sont sans doute
une gravitation naturelle
créée par les conditions objectives. » (Au
coeur des années soixante, Hardial Bains)
C'est l'absence d'une réponse aux besoins de la
société, et plus spécifiquement à ceux de
la communauté universitaire où il se trouvait, qui motiva
Hardial Bains à mobiliser la jeunesse étudiante pour
fonder les Internationalistes.
« Notre tactique à l'époque
était de faire appel au sens de discernement des jeunes, de
mobiliser autour de causes justes, d'organiser et de lutter, et dans le
cours des choses leur apprendre une idéologie qui offre une
perspective globale, qui illumine la pratique et donne un guide
à l'action. Notre but était de faire appel aux gens de
telle
manière à ce qu'ils fassent leurs nos points de
vue. » (Ibid)
Les Internationalistes répondirent aux besoins de
la société d'une façon fondamentale,
c'est-à-dire en prenant résolument position contre
l'impérialisme, en particulier l'impérialisme
américain, contre ses agressions et ses guerres.
Les Internationalistes considéraient dès
le début que la position prise face à
l'impérialisme était la pierre de touche permettant de
distinguer les forces révolutionnaires et progressistes des
forces de l'exploitation, de l'asservissement, de la guerre et de la
réaction.
Les Internationalistes entreprirent la tâche de
créer les conditions nécessaires à la
création d'un parti politique de type nouveau dans les
conditions de l'agression de l'impérialisme américain, de
son système d'éducation décadent, de son offensive
contre toutes les victoires historiques du XXe siècle, y compris
la pensée matérialiste et l'action
révolutionnaire comme force motrice du mouvement pour
répondre aux besoins de la société et lui faire
faire un pas en avant.
Les Internationalistes soutinrent que la
société, comme la nature, est régie par des lois
objectives.
Pour changer le monde, il est nécessaire d'agir
conformément à ces lois, c'est-à-dire d'analyser
consciemment quelles sont les tâches historiques à
accomplir pour faire avancer la société et les
entreprendre en se basant sur la force sociale la plus productive et la
plus révolutionnaire de la société moderne, la
classe ouvrière.
En cernant la tâche cruciale, celle de bâtir
le parti politique de la classe ouvrière, suivant une conception
du monde scientifique et révolutionnaire, les Internationalistes
créèrent le legs qui continue d'inspirer cette même
nécessité aujourd'hui, celle de bâtir le parti
communiste de masse qui permette à la classe ouvrière de
se constituer en la
nation et d'investir le peuple du pouvoir souverain.
Une étape cruciale de ce projet est de
créer une opposition ouvrière aux politiques
néolibérales de ce système de partis-cartels qui
préside aujourd'hui à la pleine annexion du pays à
l'impérialisme américain et à la destruction de
son secteur manufacturier et de ses programmes sociaux.
Les Internationalistes virent la nécessité
de formuler et de bâtir le rôle indépendant de la
classe ouvrière, de son parti, de son idéologie
marxiste-léniniste sans laquelle les paroles et les actes, aussi
révolutionnaires soient-ils, ne sont que des mots creux, comme
la vie l'a bien démontré dans les années 1960 et
1970.
Les Internationalistes établirent la vie interne
de l'organisation sur le plan conscient, ayant très bien compris
que sans établir les méthodes de travail, les rapports
entre les membres et les dirigeants, la soumission de la partie au
tout, il n'est pas possible de bâtir un parti de type nouveau.
En s'attaquant à ces problèmes
d'organisation et en créant l'organisation guidée par la
théorie, et en développant constamment cette
théorie dans le cours de la lutte de classe, les
Internationalistes jetèrent les fondements d'une organisation
solide basée sur le principe léniniste du centralisme
démocratique.
L'organisation n'était pas
sclérosée, elle s'élevait au niveau requis par les
tâches politiques à accomplir et reflétait le
niveau où en était la lutte de classe.
L'organisation était basée sur les besoins
de la société, le besoin d'ouvrir la voie au
progrès. Elle fut créée spécifiquement pour
répondre au besoin de la classe ouvrière d'avoir le genre
de parti qui lui permette de développer son rôle dirigeant.
C'est ce que le Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) a hérité des
Internationalistes. Le Parti dirige aujourd'hui tous les efforts vers
la réalisation de la tâche historique.
Les Internationalistes menèrent une bataille
résolue contre l'indifférence envers les problèmes
organisationnels et contre la tendance à faire des commentaires
détachés au sujet des événements
plutôt que d'organiser.
Si les Internationalistes n'avaient pas combattu
résolument sur ces questions, ils n'auraient pas
été en mesure de fonder le PCC(M-L) le
31 mars 1970.
C'est parce qu'il a été poursuivi sous la
direction de Hardial Bains jusqu'à sa mort en août 1997 et
sous la direction actuelle de Sandra L. Smith, que ce legs se manifeste
aujourd'hui dans le travail du PCC(M-L) dans son objectif de devenir un
parti communiste de masse de la classe ouvrière canadienne.
L'héritage le plus durable qu'ont laissé
les Internationalistes est celui de la traduction des paroles en actes
par une action héroïque, menée au coût de
nombreux sacrifices, dirigée vers la réalisation de la
tâche décisive de la période actuelle.
Aujourd'hui, cet héritage se retrouve dans tous
les véritables communistes marxistes-léninistes.
Comme au moment de la fondation des Internationalistes,
inspirés par leur histoire et l'oeuvre du Parti, tous les
membres et cadres du Parti se consacrent à la résolution
des problèmes qui se posent dans la vie réelle pour
ouvrir la voie au progrès de la société et faire
échec aux plans du gouvernement antisocial et antinational et de
l'« opposition » non existante qui mènent
le pays à la catastrophe, au nihilisme et à la guerre.
Fort des réalisations des Internationalistes, le
Parti a maintenu son caractère d'avant-garde
révolutionnaire à chaque tournant historique.
Aujourd'hui, le PCC(M-L) continue d'être
l'avant-garde de la classe ouvrière canadienne parce qu'il a
hérité des Internationalistes cette persistance à
rester fidèle au mouvement à la base de la
société et à le diriger vers la création
d'une société nouvelle.
C'est une caractéristique permanente de l'oeuvre
du PCC(M-L), qui avance en s'attaquant à ce qui fait obstacle au
progrès de la société.
Aujourd'hui, 47 ans après la fondation des
Internationalistes, la lutte de classe pour concentrer les efforts sur
ce qui ouvrira la voie au progrès de la société
demeure la tâche la plus cruciale.
Ce tranchant révolutionnaire et cette
fidélité aux besoins pressants de l'heure est ce qui a
attiré la jeunesse des années soixante avec sa passion et
son désir de justice et c'est ce qui attire les travailleurs,
les jeunes et les femmes engagés dans la lutte pour ouvrir la
voie au progrès de la société aujourd'hui.
Vive l'oeuvre des Internationalistes qui
se poursuit dans le travail du PCC(M-L) !
Vive notre Parti !
Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Au coeur des années soixante
Chapitre Deux: 1963 (extrait)
- Hardial Bains -
C'était au début de février 1963.
Une vive discussion se poursuivait à la cafétéria
de l'auditorium de l'Université. Un groupe de jeunes hommes et
jeunes femmes, tous reliés d'une façon ou d'une autre
à l'université, donnaient libre cours à leurs
sentiments. Un sujet dominait la discussion : tous, nous
détestions
ce qui se passait à l'université. Un jeune homme en
particulier s'exprimait avec éloquence sur le sujet. Puis une
étudiante de lancer : « Nous ne haïssons
pas l'université, mais nous n'aimons pas ce qui s'y
passe. » Les intervenants se succédèrent
rapidement, tous pressés de donner leur opinion.
C'était une des choses remarquables de ce temps-là :
le temps passait si vite. Il y avait comme un empressement dans l'air,
une rivalité entre le temps qui passait et le temps qu'il
fallait pour accomplir les choses que nous voulions. Nous étions
plus pressés que le temps. Nous voulions que les choses se
fassent,
et tout de suite.
En sortant de l'auditorium, nous fûmes
éblouis par le soleil de février. Les gens qui viennent
de l'extérieur aiment plaisanter à propos du climat de
Vancouver : C'est un temps prévisible, disent-ils, il pleut
tout le temps ! C'est vrai qu'il pleut, mais pas toujours, et le
temps n'est pas aussi
prévisible qu'on le croit. Les journées
ensoleillées de Vancouver, surtout sur le campus de
l'Université de la Colombie-Britannique, resplendissaient d'une
beauté naturelle. La vue, à partir du Jardin de Roses, du
détroit de Georgie, avec ses ramifications qui serpentent entre
les montages aux sommets blancs et la
baie Horseshoe au loin, est une image qu'on n'oublie pas, surtout quand
on a le coeur jeune. Et combien de jeunes comme moi ne voulaient rien
manquer en ce début de février 1963. Ils étaient
persuadés qu'ils allaient tout refaire.
J'étais peu loquace à l'époque,
mais le désir de tout remettre en cause, qui se voyait dans le
regard de tous ces jeunes gens, m'attirait vers l'action, vers ce que
nous appelions passionnément : Action pour changer le
monde ! Oui, nous les millions de jeunes allions changer le
monde !
Ce n'était pas une blague, surtout si vous vous rappelez les
événements d'avril 1961 et d'octobre 1962 en
réponse à l'attaque de Kennedy contre la
révolution cubaine. C'est toute la population du campus, 11 000
étudiants si je me rappelle bien, qui semblait condamner le
blocus, une manifestation si tumultueuse
qu'on aurait cru la révolution tout proche.
Marchant de l'auditorium à la
bibliothèque, une idée me vint à l'esprit.
Pourquoi ne pas aller devant la bibliothèque parler aux
étudiants, leur dire ce qui mijotait depuis quelques mois. Vous
savez, en plus d'avoir le coeur et la conscience purs, les jeunes sont
fougueux de nature. Il faut être prudent
et savoir capter cette énergie et la canaliser pour le bien de
la société. Il faut cette canalisation des
énergies, cette attitude vis-à-vis des jeunes, cette
compréhension et cette confiance. Mais nous étions jeunes
nous-mêmes ! J'étais étudiant de
deuxième cycle, donc pas beaucoup plus vieux que les autres, et
j'avais
le sentiment que les jeunes avaient besoin de leadership. Nous devions
donc apprendre nous-mêmes à canaliser nos énergies.
Il n'y avait personne d'autre.
À l'époque, il y avait plusieurs
professeurs et même certains administrateurs bien
intentionnés. Ils nous aidaient dans une certaine mesure, mais
en général l'administration et le conseil étudiant
nous étaient hostiles. Quant à l'association des
professeurs, elle demeura amicale pendant quelques années,
puis elle se transforma en une organisation purement administrative.
Nous devions donc faire attention à ce que nous
disions et faisions. Après tout, c'était la
période où les murs étaient peints du
slogan : « Better Dead Than Red » (« Mieux
vaut
être
mort
qu'être
rouge ») et
où les membres du Club « communiste »
se tenaient à l'écart des masses, en partie par peur de
la persécution, en partie à cause de leur complexe de
supériorité. Très étrange comme
comportement pour des gens qui se considéraient les plus justes
et les plus persécutés, me suis-je dit. Donnant justement
l'image d'être plus morts que rouges, ils alimentaient
la peur et l'anticommunisme. Ce n'était pas un véritable
club communiste. Ses membres étaient plutôt des fils et
filles de familles communistes qui agissaient par loyauté
à la famille plutôt qu'à leur classe. C'est par
loyauté familiale et par ambition carriériste qu'ils
étaient communistes.
Un peu après mon arrivée au Canada, je me
souviens avoir rencontré un fonctionnaire du Parti communiste
sur l'île de Vancouver et lui avoir demandé comment faire
pour devenir membre du Parti. Il me dit que la meilleure chose à
faire était de joindre le CCF, précurseur du NPD. Je n'en
crus pas
mes oreilles. Cet homme était convaincu que la classe
ouvrière n'accepterait jamais le communisme. Il ne faisait aucun
doute dans son esprit que les travailleurs soutiendraient
éternellement le capitalisme. Évidemment, s'il vivait
encore aujourd'hui, après toutes ces années, il se
flatterait sans doute d'avoir eu raison :
les travailleurs n'ont toujours pas fait leur la cause du communisme.
Pire encore, ils ont renversé le communisme. Mais , après
toutes ces années, je ne me sens pas le moindrement pessimiste
quant au communisme et à la perspective que les travailleurs
épouseront un jour l'idéologie et la pratique du
communisme.
L'idée que les communistes doivent s'excuser
d'être communistes était répandue en 1963. Ce
n'était pas la crainte générale d'être
persécuté, une crainte fondée, mais plutôt
la gangrène de la propagande anticommuniste qui
pénétrait leur subconscient et qui, peu à peu,
rongeait leurs convictions et les
fit succomber aux tirades antistaliniennes. Évidemment, ils
n'aimaient pas Staline.
Un jour, sur le traversier, je fis la connaissance d'un
des gros bonnets du Club communiste par l'entremise d'une connaissance
commune. Je me souviens de le voir là, debout sur le pont du
bateau, un grand foulard au cou, qui m'accusait
d'« antisoviétisme ». C'était
à l'époque l'envers
de la médaille de « Better Dead Than Red ».
Je
lui
dis
qu'à
mon
avis, c'était Khrouchtchev et ses
disciples, les antisoviétiques. L'attitude face à l'Union
soviétique ne pouvait être une affaire de
formalité. Il fallait d'abord se demander ce qu'elle
représente. L'Union soviétique de Staline était
une Union soviétique qui provoquait la peur de toutes les forces
rétrogrades du monde, alors que l'Union soviétique de
Khrouchtchev représentait un espoir pour l'impérialisme
et la réaction mondiale. Cette lumière du Club
« Communiste » prêchait l'anticommunisme.
Je rejetai avec mépris ses accusations
d'antisoviétisme et le mis en garde contre ce traître de
Nikita Khrouchtchev.
Je me souviens d'un soir à l'automne 1962. Je
faisais la queue devant la salle à manger des résidences
Fort Camp. Un jeune homme, âgé d'à peine vingt ans,
distribuait des tracts. Il y avait de l'excitation dans l'air, car
c'était quelque chose qu'on n'avait jamais vu : un
communiste qui distribue
des tracts. J'étais emballé comme tout le monde, mais
j'avais surtout hâte de savoir ce qui était écrit
dans le tract. J'allai le voir directement, grand sourire au visage, et
lui serrai la main, car après tout j'étais communiste moi
aussi ! Je pris le tract et je me rendis tout de suite à ma
chambre pour le lire. À cette
époque-là, on ne lisait pas des tracts communistes en
public. Beaucoup d'étudiants avaient même peur d'y
toucher. Telle était la démocratie dont rêvait tant
Khrouchtchev.

Hardial Bains devant la Maison internationale à
l'Université de la Colombie-Britannique, 1962. |
Je lus le tract et ne compris rien, mais je n'en fis
pas de cas. Étant nouveau au Canada, je me dis que je n'en
savais pas assez à propos du mouvement ouvrier pour comprendre.
Ce fut du moins mon raisonnement. Quelques semaines plus tard j'en
reçu un autre et ce fut la même chose : je ne
comprenais rien. Cette fois-ci j'y réfléchis un peu plus
et j'arrivai à la conclusion que c'était la faute des
auteurs du tract, pas la mienne. J'étais au Canada depuis trois
ans, années durant lesquelles j'avais participé à
plusieurs actions et fait la connaissance de beaucoup de personnes
actives politiquement, alors j'avais
quand même une certaine compréhension des choses.
D'ailleurs, j'étais moi-même actif politiquement depuis
1946-47. Je n'étais certes pas conscient de toutes les affaires
politiques, mais le Parti communiste m'avait appris certaines choses,
ou, pour être plus exact, j'avais appris certaines choses en
participant à l'action
politique toutes ces années.
Une de ces aptitudes acquises au fil des années
est l'instinct ou la conviction que nous ne devons jamais
séparer notre lutte du reste de la société. Voire,
nous devons être responsables envers la société et
être son avant-garde. Cet instinct, cette loi qui dit qu'il ne
faut jamais être détaché du peuple, sont
sans doute une gravitation naturelle créée par les
conditions objectives. La raison pour laquelle ne je compris rien
à ces tracts est qu'ils n'abordaient pas les problèmes de
la société. Il leur manquait l'intensité de la
réalité vivante, la vigueur de l'analyse qui vient quand
on est entièrement engagé dans la réalité
vivante.
La vie est la meilleure école. Ce n'est pas un cliché,
c'est la vérité sous forme concentrée.
Il était évident que les auteurs du tract
étaient détachés de la vie et n'étaient pas
à l'avant-garde de la société. Sinon, ils auraient
écrit quelque chose qui se comprend. Il est évident que
le préjugé politique et l'intérêt politique
jouent un rôle, mais dans mon cas ce n'était pas cela le
problème.
Les assemblées de démocratie de masse
En route vers la bibliothèque, bon nombre
d'entre nous savions que quelque chose de très grand allait se
produire. Je ne me souviens plus qui dit quoi, ni comment les choses en
arrivèrent là, mais je me retrouvai tout à coup
juché sur une caisse à crier : « Il
n'y a pas de climat académique
sur le campus. » La foule se mit à grossir et
bientôt trois cents personnes étaient là à
écouter. Je me souviens encore de l'exaltation, du
sérieux de la discussion, des visages étonnés, des
jeunes hommes et jeunes femmes, des quelques professeurs et
administrateurs venus prendre part à ce que nous devions
plus tard appeler une « assemblée de
démocratie de masse ». Pour le public en
général, nous étions comme des orateurs de
carrefour et les gens en raffolaient.
Avec le temps à l'UBC et ailleurs, ces
assemblées devinrent si populaires que c'était entendu
que nous devions nous présenter en public et nous expliquer. Nos
adversaires les haïssaient. Tous se souviennent des efforts des
administrations pour interdire ce type d'assemblée. Il y
eût même des expulsions
et des déportations à cause de cela. Les administrateurs
trouvaient toujours quelque règlement à invoquer.
La conclusion qu'il n'y avait pas « de
climat académique sur le campus » capta l'attention
de tous. En rétrospective, les étudiants faisaient preuve
d'une intelligence remarquable, car lorsque nous disions qu'il n'y
avait pas de « climat académique », nous
nous objections à cette
restriction qui voulait que les étudiants en sciences ne
s'occupent pas de politique et que les étudiants en arts et
sciences humaines s'occupent de choses détachées de la
vie réelle. Les étudiants étaient assaillis par
cette façon de voir et ces restrictions, alors l'analyse
réclamant un climat académique sur le campus devint
tout de suite un cri de ralliement. Beaucoup d'entre nous étions
en sciences et avions rejeté cette proclamation en pratique, et
ceux en arts et sciences humaines en firent autant. Nous fondions nos
points de vue sur l'investigation scientifique. Les assemblées
de démocratie de masse et la discussion éclataient
à tout
moment sur les questions importantes concernant le Canada et le monde.
Les étudiants furent très exaltés
d'entendre cette analyse en ce jour de février, et nous
discutâmes de ce qu'il fallait faire, des programmes que nous
devions organiser, des mesures à prendre. Pendant le tumulte, je
me souviens de cet homme qui, battant l'air, secouant la tête
dans tous les sens comme
un dément, se mit à crier à l'arrière :
« Savez-vous qui est cet
orateur ? ! » Le silence se fit pendant une
fraction de seconde, rompu par quelqu'un qui demanda :
« Qui ? », et l'homme de
répondre :
« C'est un communiste ! »
À quoi je rétorquai : « Et
fier
de
l'être ! »
Nous allâmes de la bibliothèque au
pavillon Brock, agités en nous-mêmes par ce qui venait de
se produire. Brock est le pavillon où logeait à
l'époque l'association étudiante. Mais c'était
beaucoup plus. C'était une institution ayant sa propre division
en classes sociales, avec une véritable
ségrégation
des étudiants entre le pavillon sud et le pavillon nord. Brock
Nord était le lieu de rendez-vous de ceux qui, en
général, étaient de gauche, et Brock Sud
était la chasse-gardée des garçons et filles des
confréries, ceux pour qui l'apparence, le statut social et la
grosseur du portefeuille paternel étaient ce qu'il y a de plus
important dans la vie. Cette division n'était pas
fortuite : pour ceux et celles qui poursuivaient des
carrières politiques ou d'affaires, c'était crucial.
C'était l'endroit où rencontrer les gens qu'il faut et
apprendre les rouages d'une carrière politique ou d'affaires,
pour satisfaire son intérêt personnel,
l'intérêt de
parents et amis, ou l'intérêt de ceux à qui des
faveurs étaient dues.
Les deux pavillons avaient chacun leur
cafétéria où se réunissaient les
étudiants et bon nombre de professeurs. Il vous aurait suffit
d'y être une seule fois pendant l'heure du dîner pour
comprendre que tout y était discuté. Pas un
problème, pas un aspect de l'activité humaine n'y
échappait. Les étudiants
allaient du pavillon Brock Nord à l'Auditorium, où se
trouvait une autre cafétéria, du pavillon International
à l'arrêt d'autobus et souvent au Centre des
étudiants de deuxième cycle, sans jamais s'arrêter
de parler. Et fréquemment, de la discussion passionnée
s'échappaient une ou deux propositions pour changer le
monde.
Ces journées de février 1961
possédaient un air bien à elles. On sentait que quelque
chose allait se précipiter. Chaque événement avait
une marque particulière et tout apparaissait dans des couleurs
brillantes. Surtout pour ceux d'entre nous qui passions tout notre
temps à courir les assemblées, les symposiums,
à participer à des élections, à des
manifestations. Je me souviens très bien de cette attraction, de
cette gravitation qui nous obligeait à aborder tous les sujets.
Évidemment, après plus d'un quart de siècle, les
détails sont flous, mais pas le sentiment, pas la certitude
qu'en ces jours-là, tout l'avenir se dessinait devant
nous. « Le monde ne va pas rester comme
ça », nous répétait sans cesse une
voix. Impossible de s'en détourner. C'était comme une
voix provenant du coeur de l'humanité qui disait : Le
monde ne va pas rester comme ça. Nous étions
pressés de le voir changer, prêts à nous faire les
porteurs du changement. [...]

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