LML : Comme vous le dites,
l'hystérie du passé et du présent au sujet de la
dette nationale du Canada et des déficits est de l'hypocrisie et
une diversion parce que ces traits du capitalisme ont toujours fait
partie de la vie économique du pays. Nous avons les exemples de
la dette publique qui a suivi l'effondrement
du financement privé des chemins de fer au XIXe siècle,
le coût des guerres mondiales du XXe siècle, les
manoeuvres pour payer les riches et les guerres de rapine d'aujourd'hui.
KCA : Dette nationale et système
capitaliste sont synonymes. Ce phénomène était
inconnu avant l'avènement du capitalisme. Les dettes nationales
ont été un trait du processus d'édification
nationale capitaliste mais dans le monde d'aujourd'hui, loin
d'être associées à l'édification de la
nation, elles sont un instrument du système
impérialiste mondial d'États.
Sans une dette nationale, on ne peut accumuler du
capital pour de gros projets comme la guerre, l'expansion des empires,
la construction de l'infrastructure et pour payer les riches, ce que
les médias appellent poliment « sauver les compagnies
qui sont trop grosses pour s'effondrer »,
« subventionner les compagnies pour les
amener à investir au Canada », ou
« fournir des stimulants gouvernementaux pour créer
de l'emploi ». N'oublions pas non plus que dès le
début du capitalisme c'est l'échange de la dette
nationale qui a servi de base à ce que Marx a appelé la
« bancocratie » qui est aujourd'hui le capital
financier, la force
omniprésente et toute puissante qui domine chaque aspect de la
vie économique nationale et internationale. Les
propriétaires du capital aiment leur dette nationale parce
qu'elle leur apporte de grands bénéfices et qu'elle est
un outil de propagande pour attaquer les réclamations des
ouvriers, préparer l'opinion publique pour ou bien soutirer
directement de l'argent aux travailleurs en haussant les taxes et les
impôts des particuliers et les frais d'usagers dans les services
publics comme le transport en commun ou indirectement en faisant des
coupures dans les services publics et les programmes sociaux. La
question pour l'élite dirigeante, c'est d'incorporer la dette
nationale dans sa
propagande d'une seule nation en répandant le faux argument que
la dette n'est pas basée sur des intérêts de classe
mais appartient à tout le peuple. En Angleterre, dès les
débuts du capitalisme, la dette nationale a été la
seule institution publique qui n'a pas été
considérée comme « royale ». On a
masqué dès le début les bénéfices
que
les propriétaires du capital amassaient avec la dette nationale
en qualifiant de « dette nationale » et non de
« dette royale » la dette du gouvernement. Le
capitalisme monopoliste a poussé tout cela à
l'extrême en privatisant les profits et en socialisant les pertes.
LML : Pouvez-vous l'expliquer un
peu plus ?
KCA : Comme dans tout
phénomène capitaliste, il existe une histoire, une
tradition qui subit des changements dans le temps et selon les
besoins des propriétaires du capital. La pratique des budgets
nationaux date de la période du pouvoir capitaliste où
les hommes jouissant de propriété portaient leurs
représentants au
gouvernement national pour y planifier les dépenses qui
étaient surtout de nature militaire et pour l'infrastructure, et
pour y établir comment le gouvernement allait obtenir les
revenus pour couvrir ces coûts. Le budget variait très peu
d'année en année sauf en cas d'urgence,
c'est-à-dire surtout en cas de guerre. C'est encore le cas
aujourd'hui (Voir les statistiques ci-contre qui comparent les
budgets fédéraux depuis 2000). Pour financer les
coûts de cette urgence, on augmentait la dette en vendant des
titres gouvernementaux comme les obligations puis en augmentant les
taxes comme la taxe d'accise ou d'autres taxes qui faisaient monter les
prix des marchandises. Cela ne
regardait supposément pas le peuple et surtout la classe
ouvrière parce qu'on considérait l'État et ses
budgets comme des institutions au service de la classe capitaliste. Les
profits appartiennent aux propriétaires du capital alors que la
dette nationale et la guerre sont aux frais du peuple. C'est la raison
pour laquelle la dette nationale, à l'opposé
d'autres institutions, n'a jamais été qualifiée de
dette « royale » et que la guerre a toujours
été organisée sous la bannière de la
politique d'une seule nation. Sous le capitalisme naissant les
programmes sociaux étaient essentiellement des programmes de
charité privée et ils ne recevaient pratiquement pas
d'argent public.
LML : Comment cela a-t-il
changé ?
KCA : Cela a changé objectivement
selon le développement du système capitaliste et
subjectivement selon les revendications d'une classe ouvrière
qui grandissait en conscience et en organisation. Le plus grand
changement dans les budgets s'est produit dans la période de
transition du capitalisme naissant vers le capitalisme
monopoliste d'État dans les pays capitalistes
développés vers la fin du dix-neuvième
siècle. Cet État nouveau avait besoin d'une immense
armée régulière, d'une vaste bureaucratie et
d'énormes déboursements pour financer directement les
monopoles qui opèrent au sein d'un État particulier. Ces
déboursements ou dépenses de l'État au profit des
monopoles portent aujourd'hui le nom de « stimulants
économiques » et de mesures de sauvetage, mais la
classe ouvrière les appelle des manoeuvres pour payer les riches.
Toujours sur la question des dépenses, le
développement de la science moderne et de l'application de la
technologie à la production a vite dépassé la
capacité de la classe capitaliste à
puiser dans ses familles un nombre suffisant de personnes instruites
pour répondre aux besoins des entreprises. L'alphabétisme
et les aptitudes techniques
sont aussi devenus une nécessité pour les travailleurs
ordinaires parce que la tenue des livres, la mécanique,
l'électronique et d'autres tâches devenaient plus
compliquées et se répandaient. L'éducation
publique est donc devenue une nécessité à tous les
niveaux. Cette nécessité d'un système public
d'éducation a vite fait son chemin dans le budget
fédéral.
Les dépenses de l'État ont aussi subi la
pression subjective représentée par la classe
ouvrière elle-même à mesure qu'elle s'organisait en
tant que classe avec ses propres demandes. Cette pression subjective de
la classe ouvrière pour des soins de santé, des pensions,
de l'aide aux chômeurs, aux travailleurs malades ou
blessés a aussi fait son
chemin dans le budget sous la forme de dépenses pour les
programmes sociaux.
En résumé, il est important que les
travailleurs gardent en tête que les budgets gouvernementaux
n'ont pas pour but de résoudre des problèmes ; ils
ne sont pas faits pour ça. Les budgets reflètent des
décisions qui ont déjà été prises.
Les travailleurs doivent combattre pour leur propre ordre du jour et
leur propre programme et centrer la
discussion sur ce qu'ils doivent faire pour accomplir leurs objectifs
et ne pas se faire prendre au jeu de simplement réagir à
l'ordre du jour et au programme des propriétaires du capital en
prenant partie pour ou contre eux. Une fois que la classe
ouvrière remporte une victoire dans l'obtention d'un programme
social nécessaire comme les garderies,
elle doit s'assurer que cette victoire apparaisse dans le budget comme
l'assurance-maladie a fait son chemin dans le budget après que
les travailleurs aient remporté la victoire politique dans les
années 1960. C'est important pour les travailleurs et leurs
alliés de se sortir de cette mauvaise habitude de prendre partie
pour ou contre sur un problème
posé par les propriétaires du capital. Cette question par
exemple : « Devrait-on payer la dette et le
déficit ou les augmenter ? » Les travailleurs
organisés dans leur propre mouvement en soi, pour soi et par soi
luttent pour forcer les gouvernements à prendre leurs
responsabilités sociales en défendant les droits du
peuple et
son économie socialisée ou à quitter la
scène et arrêter d'empêcher les travailleurs et
leurs alliés de résoudre les problèmes. Nous
exigeons dans le contexte actuel qu'on augmente le financement des
programmes sociaux et qu'on arrête de payer les riches et de
détruire la base manufacturière, et qu'on renforce
l'économie socialisée par des
investissements dans l'entreprise publique. Les travailleurs mettent de
l'avant leurs slogans : Base manufacturière, oui !
Destruction nationale, non ! Restreignons le droit de
monopole ! Notre économie ! À nous d'en prendre
le contrôle ! Organisons une opposition ouvrière
effective et élisons-là aux institutions
politiques canadiennes !
Il faut faire enquête sur les dettes des
gouvernements pour évaluer si elles sont légitimes et
demander entre-temps un moratoire sur le service de la dette sauf pour
les Canadiens qui peuvent prouver qu'ils dépendent des paiements
sur la dette pour leur retraite ou pour toute autre question. Ce sont
là des façons concrètes importantes pour la
classe ouvrière de demander que l'économie
socialisée serve le bien public et l'édification
nationale et non les intérêts privés étroits
des riches et de leurs monopoles.
À
titre de référence
Revenus budgétaires des dix
dernières
années en milliards $ (Source : Globe and Mail,
4
mars
2010)
| |
Particuliers |
Sociétés |
AE |
TPS et taxes |
Autres revenus
|
Autres impôts
|
TOTAL |
| 2000-01 |
75.9 |
23.9 |
18.2 |
33.5 |
7.2 |
2.5 |
162.2 |
| 2001-02 |
80.5 |
24.5 |
17.6 |
37.3 |
9.8 |
1.8 |
171.5 |
| 2002-03 |
81.7 |
22.2 |
17.8 |
41.3 |
11.1 |
3.2 |
177.2 |
| 2003-04 |
84.8 |
27.4 |
17.5 |
41.3 |
11.8 |
3.1 |
185.9 |
| 2004-05 |
98.5 |
29.9 |
17.3 |
42.9 |
19.7 |
3.6 |
211.9 |
| 2005-06 |
104.0 |
31.7 |
16.5 |
46.2 |
19.6 |
4.5 |
222.4 |
| 2006-07 |
110.0 |
37.7 |
16.8 |
45.3 |
20.7 |
4.9 |
235.4 |
| 2007-08 |
113.0 |
40.6 |
16.5 |
44.2 |
22.2 |
5.6 |
242.1 |
| 2008-09 |
117.0 |
31.7 |
16.6 |
40.8 |
24.0 |
5.9 |
235.9 |
| 2009-10 |
108.2 |
22.3 |
16.6 |
39.3 |
22.6 |
4.9 |
213.8 |
| 2010-11 |
117.0 |
25.5 |
17.6 |
41.0 |
24.8 |
5.5 |
231.4 |
Revenus budgétaires
des dix dernières
années en % (calculés par LML)
|
Impôt sur le revenu en % |
Impôt des sociétés en% |
AE en % |
TPS et autres taxes % |
Autres revenus en % |
Autres impôts en % |
TOTAL
$$$ |
| 2000-01 |
46.8 % |
14.7 |
11.2 |
20.7 |
4.4 |
1.5 |
162.2 |
| 2001-02 |
46.9 % |
14.3 |
10.3 |
21.7 |
5.7 |
1.0 |
171.5 |
| 2002-03 |
46.1 % |
12.9 |
10.0 |
23.3 |
6.2 |
1.8 |
177.2 |
| 2003-04 |
45.6 % |
14.7 |
9.4 |
22.2 |
6.3 |
1.7 |
185.9 |
| 2004-05 |
46.5 % |
14.1 |
8.2 |
20.2 |
9.3 |
1.7 |
211.9 |
| 2005-06 |
46.8 % |
14.3 |
7.4 |
20.8 |
8.8 |
2.0 |
222.4 |
| 2006-07 |
46.7 % |
16.0 |
7.1 |
19.2 |
8.8 |
2.1 |
235.4 |
| 2007-08 |
46.7 % |
16.8 |
6.8 |
18.3 |
9.2 |
2.3 |
242.1 |
| 2008-09 |
49.6 % |
13.4 |
7.0 |
17.3 |
10.2 |
2.5 |
235.9 |
| 2009-10 |
50.6 % |
10.4 |
7.8 |
18.4 |
10.6 |
2.3 |
213.8 |
| 2010-11 |
50.6 % |
11.0 |
7.6 |
17.7 |
10.7 |
2.4 |
231.4 |
Impôt sur le revenu des particuliers :
Payé par les individus
Impôt des sociétés :
Payé par les entreprises
AE : Assurance-emploi payé par les
employeurs et les employés. Les employeurs contribuent 1,4 fois
ce que contribuent les employés, donc 58,3 % du total.
TPS et autres taxes : Payés par les
particuliers. La TPS était de 7 %, elle a été
réduite à 6 % le 1er juillet 2006, puis à
5 % en janvier 2008. Les autres taxes comprennent la taxe sur
l'essence, les cigarettes, les douanes, etc.
Autres revenus : Comprennent les
bénéfices des sociétés de la Couronne, les
revenus des opérations de change, de la vente de produits et
services, etc.
Autres impôts sur le revenu :
Principalement des non résidents

Karl Marx sur la dette nationale
et l'accumulation primitive
- Extrait du Capital, Livre premier,
Chapitre XXXI: Genèse du capitaliste industriel
[...] La constitution féodale des campagnes et
l'organisation corporative des villes empêchaient le
capital-argent, formé par la double voie de l'usure et du
commerce, de se convertir en capital industriel. Ces barrières
tombèrent avec le licenciement des suites seigneuriales, avec
l'expropriation et l'expulsion partielle des cultivateurs, mais on peut
juger de la résistance que rencontrèrent les marchands,
sur le point de se transformer en producteurs marchands, par le fait
que les petits fabricants de draps de Leeds envoyèrent, encore
en 1794, une députation au Parlement pour demander une loi qui
interdit à tout marchand de devenir fabricant. Aussi les
manufactures nouvelles s'établirent-elles
de préférence dans les ports de mer, centres
d'exportation, ou aux endroits de l'intérieur situés hors
du contrôle du régime municipal et de ses corps de
métiers. De là, en Angleterre, lutte acharnée
entre les vieilles villes privilégiées (Corporate
towns) et ces nouvelles pépinières d'industrie. Dans
d'autres pays, en France, par exemple,
celles-ci furent placées sous la protection spéciale des
rois.
La découverte des contrées
aurifères et argentifères de l'Amérique, la
réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement
dans les mines ou leur extermination, les commencements de
conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de
l'Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux
noires, voilà les
procédés idylliques d'accumulation primitive qui
signalent l'ère capitaliste à son aurore. Aussitôt
après, éclate la guerre mercantile ; elle a le globe
entier pour théâtre. S'ouvrant par la révolte de la
Hollande contre l'Espagne, elle prend des proportions gigantesques dans
la croisade de l'Angleterre contre la Révolution
française et se prolonge,
jusqu'à nos jours, en expéditions de pirates, comme les
fameuses guerres d'opium contre la Chine.
Les différentes méthodes d'accumulation
primitive que l'ère capitaliste fait éclore se partagent
d'abord, par ordre plus ou moins chronologique, le Portugal, l'Espagne,
la Hollande, la France et l'Angleterre, jusqu'à ce que celle-ci
les combine toutes, au dernier tiers du XVII° siècle, dans
un ensemble systématique, embrassant à la fois le
régime
colonial, le crédit public, la finance moderne et le
système protectionniste. Quelques-unes de ces méthodes
reposent sur l'emploi de la force brutale, mais toutes sans exception
exploitent le pouvoir de l'État, la force concentrée et
organisée de la société, afin de précipiter
violemment le passage de l'ordre économique féodal
à l'ordre économique
capitaliste et d'abréger les phases de transition. Et, en effet,
la force est l'accoucheuse de toute vieille société en
travail. La force est un agent économique.
Un homme dont la ferveur chrétienne a fait tout
le renom, M. W. Howitt, s'exprime ainsi sur la colonisation
chrétienne :
« Les barbaries et les atrocités
exécrables perpétrées par les races soi-disant
chrétiennes dans toutes les régions du monde et contre
tous les peuples qu'elles ont pu subjuguer n'ont de parallèle
dans aucune autre ère de l'histoire universelle, chez aucune
race si sauvage, si grossière, si impitoyable, si
éhontée qu'elle fût. »
L'histoire de l'administration coloniale des Hollandais
– et la Hollande était au XVII° siècle la nation
capitaliste par excellence – « déroule un tableau de
meurtres, de trahisons, de corruption et de bassesse, qui ne sera
jamais égalé ».
Rien de plus caractéristique que leur
système d'enlèvement des naturels des
Célèbes, à l'effet de se procurer des esclaves
pour Java. Ils avaient tout un personnel spécialement
dressé à ce rapt d'un nouveau genre. Les principaux
agents de ce commerce étaient le ravisseur, l'interprète
et le vendeur, et les principaux vendeurs étaient des princes
indigènes. La jeunesse enlevée était enfouie dans
les cachots secrets de Célèbes jusqu'à ce qu'on
l'entassât sur les navires d'esclaves.
« La seule ville de Macassar, par exemple,
dit un rapport officiel, fourmille de prisons secrètes, toutes
plus horribles les unes que les autres, remplies de malheureux,
victimes de l'avidité et de la tyrannie, chargés de fers,
violemment arrachés à leurs familles. »
Pour s'emparer de Malacca, les Hollandais corrompirent
le gouverneur portugais. Celui-ci les fit entrer dans la ville en 1641.
Ils coururent aussitôt à sa maison et
l'assassinèrent, s'abstenant ainsi... de lui payer la
somme de 21.875 livres sterling et prix de sa trahison. Partout
où ils mettaient le pied, la dévastation et la
dépopulation
marquaient leur passage. Une province de Java, Banjuwangi, comptait en
1750 plus de 80.000 habitants. En 1811, elle n'en avait plus que 8.000.
Voilà le doux commerce !
La Compagnie anglaise des Indes orientales obtint, outre
le pouvoir politique, le monopole exclusif du commerce du thé et
du commerce chinois en général, ainsi que celui du
transport des marchandises d'Europe en Asie et d'Asie en Europe. Mais
le cabotage et la navigation entre les îles, de même que le
commerce à l'intérieur de l'Inde,
furent concédés exclusivement aux employés
supérieurs de la Compagnie. Les monopoles du sel, de l'opium, du
bétel et d'autres denrées, étaient des mines
inépuisables de richesse. Les employés, fixant
eux-mêmes les prix, écorchaient à discrétion
le malheureux Hindou. Le gouvernement général prenait
part à ce commerce privé. Ses favoris
obtenaient des adjudications telles que, plus forts que les
alchimistes, ils faisaient de l'or avec rien. De grandes fortunes
poussaient en vingt-quatre heures comme des champignons ;
l'accumulation primitive s'opérait sans un liard d'avance. Le
procès de Warren Hastings fourmille d'exemples de ce genre.
Citons en un seul. Un certain Sullivan
obtient un contrat pour une livraison d'opium, au moment de son
départ en mission officielle pour une partie de l'Inde tout
à fait éloignée des districts producteurs.
Sullivan cède son contrat pour 40.000 livres sterling à
un certain Binn ; Binn, de son côté, le revend le
même jour pour 60.000 livres sterling, et l'acheteur
définitif, exécuteur du
contrat, déclare après cela avoir réalisé
un bénéfice énorme. D'après une liste
présentée au Parlement, la Compagnie et ses
employés extorquèrent aux Indiens, de 1757 à 1760,
sous la seule rubrique de dons gratuits, une somme de six millions de
livres sterling ! De 1769 à 1770, les Anglais
provoquèrent une famine artificielle en achetant
tout le riz et en ne consentant à le revendre qu'à des
prix fabuleux.
Le sort des indigènes était naturellement
le plus affreux dans les plantations destinées au seul commerce
d'exportation, telles que les Indes occidentales, et dans les pays
riches et populeux, tels que les Indes orientales et le Mexique,
tombés entre les mains d'aventuriers européens,
âpres à la curée. Cependant, même dans, les
colonies proprement
dites, le caractère chrétien de l'accumulation primitive
ne se démentait point. Les austères intrigants du
protestantisme, les puritains, allouèrent en 1703, par
décret de leur assemblée, une prime de 40 livres sterling
par scalp d'Indien et autant par chaque Peau-Rouge fait
prisonnier ; en 1720, une prime de 100 livres
sterling ; en 1744, Massachusetts-Bay ayant déclaré
rebelle une certaine tribu, des primes suivantes furent offertes :
100 livres sterling par scalp d'individu mâle de douze
ans et plus, 105 livres sterling par prisonnier mâle, 55 livres
sterling par femme ou enfant pris, et 50 livres sterling pour leurs
scalps !
Trente ans après, les atrocités du régime colonial
retombèrent sur les descendants de ces pieux pèlerins (pilgrim
fathers), devenus à leur tour des rebelles. Les limiers
dressés à la chasse des colons en révolte et les
Indiens payés pour livrer leurs scalps furent
proclamés par le Parlement « des moyens que Dieu et
la
nature avaient mis entre ses mains ».
Le régime colonial donna un grand essor à
la navigation et au commerce. Il enfanta les sociétés
mercantiles, dotées par les gouvernements de monopoles et de
privilèges et servant de puissants leviers à la
concentration des capitaux. Il assurait des débouchés aux
manufactures naissantes, dont la facilité d'accumulation
redoubla, grâce au
monopole du marché colonial. Les trésors directement
extorqués hors de l'Europe par le travail forcé des
indigènes réduits en esclavage, par la concussion, le
pillage et le meurtre, refluaient à la mère patrie pour y
fonctionner comme capital. La vraie initiatrice du régime
colonial, la Hollande, avait déjà, en 1648, atteint
l'apogée de sa grandeur. Elle
était en possession presque exclusive du commerce des Indes
orientales et des communications entre le sud-ouest et le nord-est de
l'Europe. Ses pêcheries, sa marine, ses manufactures
dépassaient celles des autres pays. Les capitaux de la
République étaient peut-être plus importants que
tous ceux du reste de l'Europe pris ensemble.
De nos jours, la suprématie industrielle implique
la suprématie commerciale, mais à l'époque
manufacturière proprement dite, c'est la suprématie
commerciale qui donne la suprématie industrielle. De là
le rôle prépondérant que joua alors le
régime colonial. Il fut « le dieu
étranger » qui se place sur l'autel, à
coté des vieilles idoles
de l'Europe ; un beau jour il pousse du coude ses camarades, et
patatras ! voilà toutes les idoles à bas !
Le système du crédit public,
c'est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes
avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit
l'Europe définitivement pendant l'époque
manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce
maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il
s'installa d'abord en Hollande. La
dette publique, en d'autres termes l'aliénation de
l'État, qu'il soit despotique, constitutionnel ou
républicain, marque de son empreinte l'ère capitaliste.
La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre
réellement dans la possession collective des peuples modernes,
c'est leur dette publique. Il n'y a donc pas à s'étonner
de la doctrine
moderne que plus un peuple s'endette, plus il s'enrichit. Le
crédit public, voilà le credo du capital. Aussi
le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l'incubation
de celle-ci, prendre la place du péché contre le
Saint-Esprit, jadis le seul impardonnable.
La dette publique opère comme un des agents les
plus énergiques de l'accumulation primitive. Par un coup de
baguette, elle doue l'argent improductif de la vertu reproductive et le
convertit ainsi en capital, sans qu'il ait pour cela à subir les
risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et
même de l'usure privée. Les créditeurs
publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal,
métamorphosé en effets publics d'un transfert facile,
continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de
numéraire. Mais, à part la classe de rentiers oisifs
ainsi créée, à part la fortune improvisée
des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation
– de même que
celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels
une bonne partie de tout emprunt rend le service d'un capital
tombé du ciel – la dette publique a donné le branle aux
sociétés par actions, au commerce de toute sorte de
papiers négociables, aux opérations aléatoires,
à l'agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la
bancocratie moderne.
Dès leur naissance les grandes banques,
affublées de titres nationaux, n'étaient que des
associations de spéculateurs privés s'établissant
à côté des gouvernements et, grâce aux
privilèges qu'ils en obtenaient, à même de leur
prêter l'argent du public. Aussi l'accumulation de la dette
publique n'a-t-elle pas de gradimètre plus infaillible que la
hausse successive des actions de ces banques, dont le
développement intégral date de la fondation de la Banque
d'Angleterre, en 1694. Celle-ci commença par prêter tout
son capital argent au gouvernement à un intérêt de
8 % ; en même temps elle était autorisée
par le Parlement à battre monnaie du même capital en le
prêtant de
nouveau au public sous forme de billets qu'on lui permit de jeter en
circulation, en escomptant avec eux des billets d'échange, en
les avançant sur des marchandises et en les employant à
l'achat de métaux précieux. Bientôt après,
cette monnaie de crédit de sa propre fabrique devint l'argent
avec lequel la Banque d'Angleterre effectua ses prêts à
l'État et paya pour lui les intérêts de la dette
publique. Elle donnait d'une main, non seulement pour recevoir
davantage, mais, tout en recevant, elle restait
créancière de la nation à
perpétuité, jusqu'à concurrence du dernier liard
donné. Peu à peu elle devint nécessairement le
réceptacle des trésors métalliques du pays et le
grand centre autour
duquel gravita dès lors le crédit commercial. Dans le
même temps qu'on cessait en Angleterre de brûler les
sorcières, on commença à y pendre les
falsificateurs de billets de banque.
Il faut avoir parcouru les écrits de ce
temps-là, ceux de Bolingbroke, par exemple, pour comprendre tout
l'effet que produisit sur les contemporains l'apparition soudaine de
cette engeance de bancocrates, financiers, rentiers, courtiers, agents
de change, brasseurs d'affaires et loups-cerviers.
Avec les dettes publiques naquit un système de
crédit international qui cache souvent une des sources de
l'accumulation primitive chez tel ou tel peuple. C'est ainsi, par
exemple, que les rapines et les violences vénitiennes forment
une des bases de la richesse en capital de la Hollande, à qui
Venise en décadence prêtait des sommes
considérables. A son tour, la Hollande, déchue vers la
fin du XVII° siècle de sa suprématie industrielle et
commerciale, se vit contrainte à faire valoir des capitaux
énormes en les prêtant à l'étranger et, de
1701 à 1776, spécialement à l'Angleterre, sa
rivale victorieuse. Et il en est de même à présent
de l'Angleterre et des États-Unis. Maint capital
qui fait aujourd'hui son apparition aux États-Unis sans extrait
de naissance n'est que du sang d'enfants de fabrique capitalisé
hier en Angleterre.
Comme la dette publique est assise sur le revenu public,
qui en doit payer les redevances annuelles, le système moderne
des impôts était le corollaire obligé des emprunts
nationaux. Les emprunts, qui mettent les gouvernements à
même de faire face aux dépenses extraordinaires sans que
les contribuables s'en ressentent sur-le-champ, entraînent
à leur suite un surcroît d'impôts ; de l'autre
côté, la surcharge d'impôts causée par
l'accumulation des dettes successivement contractées contraint
les gouvernements, en cas de nouvelles dépenses extraordinaires,
d'avoir recours à de nouveaux emprunts. La fiscalité
moderne, dont les impôts sur les objets de première
nécessité et, partant,
l'enchérissement de ceux-ci, formaient de prime abord le pivot,
renferme donc en soi un germe de progression automatique. La surcharge
des taxes n'en est pas un incident, mais le principe. Aussi en
Hollande, où ce système a été d'abord
inauguré, le grand patriote de Witt l'a-t-il exalté dans
ses Maximes comme le plus propre à rendre
le salarié soumis, frugal, industrieux, et...
exténué de travail. Mais l'influence
délétère qu'il exerce sur la situation de la
classe ouvrière doit moins nous occuper ici que l'expropriation
forcée qu'il implique du paysan, de l'artisan et des autres
éléments de la petite classe moyenne. Là-dessus,
il n'y a pas deux opinions, même parmi les économistes
bourgeois. Et son action expropriatrice est encore renforcée par
le système protectionniste, qui constitue une de ses parties
intégrantes.
La grande part qui revient à la dette publique et
au système de fiscalité correspondant, dans la
capitalisation de la richesse et l'expropriation des masses, a induit
une foule d'écrivains, tels que William Cobbett, Doubleday et
autres, à y chercher à tort la cause première de
la misère des peuples modernes.
Le système protectionniste fut un moyen
artificiel de fabriquer des fabricants, d'exproprier des travailleurs
indépendants, de convertir en capital les instruments et
conditions matérielles du travail, d'abréger de vive
force la transition du mode traditionnel de production au mode moderne.
Les États européens se disputèrent la palme
du protectionnisme et, une fois entrés au service des faiseurs
de plus-value, ils ne se contentèrent pas de saigner à
blanc leur propre peuple, indirectement par les droits protecteurs,
directement par les primes d'exportation, les monopoles de vente
à l'intérieur, etc. Dans les pays voisins placés
sous leur dépendance, ils extirpèrent violemment toute
espèce d'industrie ; c'est ainsi que l'Angleterre tua la
manufacture de laine en Irlande à coups d'oukases
parlementaires. Le procédé de fabrication des fabricants
fut encore simplifié sur le continent, où Colbert avait
fait école. La source enchantée d'où le capital
primitif arrivait tout droit aux faiseurs, sous forme d'avance et
même de don
gratuit, y fut souvent le trésor public.
Mais pourquoi, s'écrie Mirabeau, pourquoi aller
chercher si loin la cause de la population et de l'éclat
manufacturier de la Saxe avant la guerre ! Cent quatre-vingt
millions de dettes faites par les souverains.
Régime colonial, dettes publiques, exactions
fiscales, protection industrielle, guerres commerciales, etc., tous ces
rejetons de la période manufacturière proprement dite,
prennent un développement gigantesque pendant la première
jeunesse de la grande industrie. Quant à sa naissance, elle est
dignement célébrée par une sorte de massacre des
innocents – le vol d'enfants exécuté en grand. Le
recrutement des fabriques nouvelles se fait comme celui de la marine
royale – au moyen de la presse !
Si blasé que F.M. Eden se soit montré au
sujet de l'expropriation du cultivateur, dont l'horreur remplit trois
siècles, quel que soit son air de complaisance en face de ce
drame historique, « nécessaire » pour
établir l'agriculture capitaliste et la « vraie
proportion entre les terres de labour et celles de pacage »,
cette
sereine intelligence des fatalités économiques lui fait
défaut dès qu'il s'agit de la nécessité du
vol des enfants, de la nécessité de les asservir, afin de
pouvoir transformer l'exploitation manufacturière en
exploitation mécanique et d'établir le vrai rapport entre
le capital et la force ouvrière.
« Le public, dit-il, ferait peut-être
bien d'examiner si une manufacture dont la réussite exige qu'on
arrache aux chaumières et aux workhouses de pauvres enfants qui,
se relevant par troupes, peineront la plus grande partie de la nuit et
seront privés de leur repos – laquelle, en outre,
agglomère pêle-mêle des individus différents
de
sexe, d'âge et de penchants, en sorte que la contagion de
l'exemple entraîne nécessairement la dépravation et
le libertinage – si une telle manufacture peut jamais augmenter la
somme du bonheur individuel et national. »
« Dans le Derbyshire, le Nottinghamshire et
surtout le Lancashire , dit Fielden, qui était lui-même
filateur, les machines récemment inventées furent
employées dans de grandes fabriques, tout près de cours
d'eau assez puissants pour mouvoir la roue hydraulique. Il fallut tout
à coup des milliers de bras dans ces endroits
éloignés des villes,
et le Lancashire en particulier, jusqu'alors relativement très
peu peuplé et stérile, eut avant tout besoin d'une
population. Des doigts petits et agiles, tel était le cri
général, et aussitôt naquit la coutume de se
procurer de soi-disant apprentis, des workhouses appartenant
aux diverses paroisses de Londres, de Birmingham et d'ailleurs. Des
milliers de ces pauvres petits abandonnés, de sept à
treize et quatorze ans, furent ainsi expédiée vers le
Nord. Le maître [le voleur d'enfants] se chargeait de
vêtir, nourrir et loger ses apprentis dans une maison ad hoc
tout près de la fabrique. Pendant le travail, ils étaient
sous l'oeil des surveillants. C'était l'intérêt de
ces
gardes-chiourme de faire trimer les enfants à outrance, car,
selon la quantité de produits qu'ils en savaient extraire, leur
propre paye diminuait ou augmentait. Les mauvais traitements, telle fut
la conséquence naturelle... Dans beaucoup de districts
manufacturiers, principalement dans le Lancashire, ces êtres
innocents, sans amis ni soutien, qu'on
avait livrés aux maîtres de fabrique, furent soumis aux
tortures les plus affreuses. Épuisés par l'excès
de travail,... ils furent fouettés, enchaînés,
tourmentés avec les raffinements les plus étudiés.
Souvent, quand la faim les tordait le plus fort, le fouet les
maintenait au travail. Le désespoir les porta en quelques cas au
suicide !... Les belles et
romantiques vallées du Derbyshire devinrent de noires solitudes
où se commirent impunément des atrocités sans nom
et même des meurtres !... Les profits énormes
réalisés par les fabricants ne firent qu'aiguiser leurs
dents. Ils imaginèrent la pratique du travail nocturne,
c'est-à-dire qu'après avoir épuisé un
groupe de travailleurs par la
besogne de jour, ils tenaient un autre groupe tout prêt pour la
besogne de nuit. Les premiers se jetaient dans les lits que les seconds
venaient de quitter au moment même, et vice-versa. C'est une
tradition populaire dans le Lancashire que les lits ne refroidissaient
jamais ! »
Avec le développement de la production
capitaliste pendant la période manufacturière, l'opinion
publique européenne avait dépouillé son dernier
lambeau de conscience et de pudeur. Chaque nation se faisait une gloire
cynique de toute infamie propre à accélérer
l'accumulation du capital. Qu'on lise, par exemple, les naïves Annales
du
commerce, de l'honnête A. Anderson. Ce brave homme admire
comme un trait de génie de la politique anglaise que, lors de la
paix d'Utrecht, l'Angleterre ait arraché à l'Espagne, par
le traité d'Asiento, le privilège de faire, entre
l'Afrique et l'Amérique espagnole, la traite des nègres
qu'elle n'avait faite jusque-là qu'entre l'Afrique et ses
possessions de l'Inde orientale. L'Angleterre obtint ainsi de fournir
jusqu'en 1743 quatre mille huit cents nègres par an à
l'Amérique espagnole. Cela lui servait en même temps
à couvrir d'un voile officiel les prouesses de sa contrebande.
Ce fut la traite des nègres qui jeta les fondements de la
grandeur de Liverpool ; pour cette ville
orthodoxe le trafic de chair humaine constitua toute la méthode
d'accumulation primitive. Et, jusqu'à nos jours, les
notabilités de Liverpool ont chanté les vertus
spécifiques du commerce d'esclaves, « lequel
développe l'esprit d'entreprise jusqu'à la passion, forme
des marins sans pareils et rapporte énormément
d'argent ». Liverpool
employait à la traite 15 navires en 1730, 53 en 1751, 74 en
1760, 96 en 1770 et 132 en 1792.
Dans le même temps que l'industrie
cotonnière introduisait en Angleterre l'esclavage des enfants,
aux États-Unis elle transformait le traitement plus ou moins
patriarcal des noirs en un système d'exploitation mercantile. En
somme, il fallait pour piédestal à l'esclavage
dissimulé des salariés en Europe, l'esclavage sans phrase
dans le nouveau
monde.
Tantoe molis erat ! Voilà de quel
prix nous avons payé nos conquêtes ; voilà ce
qu'il en a coûté pour dégager les « lois
éternelles et naturelles » de la production
capitaliste, pour consommer le divorce du travailleur d'avec les
conditions du travail, pour transformer celles-ci en capital, et la
masse du peuple
en salariés, en pauvres industrieux (labouring poor),
chef-d'oeuvre de l'art, création sublime de l'histoire moderne.
Si, d'après Augier, c'est « avec des taches
naturelles de sang, sur une de ses faces » que
« l'argent est venu au monde », le capital y
arrive suant le sang et la boue par tous les pores.

À titre d'information
Statistiques confirmant l'annexion des secteurs
manufacturiers, miniers et pétroliers du Canada
Le contrôle étranger dans
l'économie canadienne en 2007
- Statistique Canada, le 8 mars 2010
(extraits) -
Les acquisitions étrangères de
sociétés sous contrôle canadien, en particulier
dans les secteurs de la fabrication et du pétrole et du gaz, ont
entraîné une hausse de 10,6 % de l'actif canadien
sous contrôle étranger en 2007.
Dans le secteur de la fabrication, l'actif sous
contrôle étranger a augmenté de 16,4 % en
2007, tandis que l'actif sous contrôle canadien a baissé
de 8,2 %. Dans le secteur du pétrole et du gaz, l'actif
sous contrôle étranger a augmenté de 24,1 %,
soit une croissance plus de deux fois plus élevée que la
hausse de 10,1 %
de l'actif sous contrôle canadien.
Fabrication : les sociétés sous
contrôle étranger détiennent maintenant plus de la
moitié de l'actif, des revenus et des bénéfices
Pour la première fois depuis 1999, les
sociétés sous contrôle étranger
exerçant une activité au Canada ont détenu plus de
la moitié (52,8 %) de l'actif du secteur de la fabrication
en 2007.
Cette proportion était en hausse par rapport au niveau de
46,8 % atteint en 2006. Cette hausse était en grande partie
attribuable aux acquisitions étrangères de
sociétés sous contrôle canadien, surtout dans les
secteurs des métaux de première transformation et du bois
et du papier.
En outre, les entreprises sous contrôle
étranger ont produit 53,8 % des revenus du secteur de la
fabrication et 51,4 % de ses bénéfices. Ces deux
proportions étaient plus élevées que celles
affichées en 2006.
Pétrole et gaz : les acquisitions font
progresser les parts sous contrôle étranger
Pour une deuxième année
consécutive, les sociétés sous contrôle
canadien détenaient en 2007 plus de la moitié de l'actif,
des revenus et des bénéfices du secteur du pétrole
et du gaz. Toutefois, elles ont perdu une certaine part au profit des
entreprises sous contrôle étranger.
Dans le secteur du pétrole et du gaz, la
proportion de l'actif des sociétés sous contrôle
canadien est passée de 64,3 % à 61,5 %. Bien
que ces sociétés aient généré
51,2 % des revenus d'exploitation et 55,4 % des
bénéfices, ces deux proportions étaient
inférieures aux niveaux inscrits en 2006.