Le Marxiste-Léniniste

Numéro 47 - 10 mars 2010

15 mars: Journée internationale contre la brutalité policière

Ensemble, luttons pour une société moderne
qui reconnaîtra les droits de tous et toutes!

Ensemble, luttons pour une société moderne qui reconnaîtra les droits de tous et toutes! - Serge Lachapelle
Appel du Collectif opposé à la brutalité policière pour le 15 mars
Non à la déportation de Dany Villanueva! - Un appel conjoint
Tentative d'ingérence de l'Agence des services frontaliers dans l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva - Coalition contre la répression et les abus policiers

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15 mars: Journée internationale contre la brutalité policière

Ensemble, luttons pour une société moderne
qui reconnaîtra les droits de tous et toutes!

Le 15 mars se tiendra la 14e Journée internationale contre la brutalité policière. Des actions se tiendront partout à travers le monde pour exiger la fin de la brutalité et de l'impunité policière, cette brutalité qui continue de s'immiscer dans les moindres aspects de la vie.

Même les populations qui doivent composer avec des tragédies sans nom, sont laissées à elles-mêmes, plutôt que de recevoir toute l'aide de l'État doivent faire face à la violence de cet État. Les peuple haïtien et chilien pourraient en témoigner, eux qui ont vu leurs villes transformées en véritable camp retranché occupé par la police et l'armée.

La tenue des Jeux olympiques de Vancouver a donné lieu à l'une des plus vaste opération de sécurité du Canada. En préparation de ces jeux, on a chassé de leur quartier des milliers de personnes vulnérables.

À Montréal, le Collectif Opposé à la brutalité policière (COBP) invite la population à venir manifester dans les rues du quartier Hochelaga-Maisonneuve sous le thème Qui nous protège de la police ? Comme le souligne le COBP, après avoir chassé du centre-ville une bonne partie des itinérants et des jeunes de la rue et des travailleuses et travailleurs du sexe, la police intensifie ses opérations dans les quartiers où elle les avait repoussés, entre autres dans Hochelaga-Maisonneuve. « Ici comme ailleurs, la police est au service non pas de la population dans le besoin, mais du développement résidentiel privé et des spéculateurs immobiliers. », dit le COBP.  Loin de pouvoir compter sur l'aide de l'État, les victimes de la brutalité policière sont laissées à eux-mêmes quand elles ne sont pas harcelées par cet État.

Cette journée se tient au moment où se déroule au Palais de justice l'Enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva, une enquête qui révèle entre autres que les enquêtes de la police sur la police sont caractérisées par une suite interminable d'irrégularités qui démontrent une complaisance à l'endroit des policiers. Malgré ces révélations, les policiers sont à l'abri de toute poursuite.

Comme si ce n'était pas assez, on a appris récemment que l'Agence des services frontaliers du Canada (AFSC) avait l'intention d'entamer des procédures pour retirer le statut de résident permanent au frère de Fredy Villanueva, Dany, et ainsi l'expulser du Canada. Il est clair pour tout le monde que ces procédures de renvoi sont plus que suspectes. Elle témoigne également d'un comportement n'ayant rien à voir avec une société civilisée et ce alors que la famille Villanueva doit non seulement faire le deuil de son fils mais doit aussi revivre cette tragédie pendant les témoignages.

Comme le souligne la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) : « Les procédures à l'endroit de Dany exposent l'injustice de la « double peine » contre les immigrants reconnu-es coupables de crimes. Que ce soit clair : Dany a déjà été puni par le système judiciaire pour sa condamnation criminelle. Or, l'État s'apprête à le punir doublement en initiant des procédures d'expulsion contre lui. La "double peine" cible particulièrement les immigrant-es pauvres et les jeunes de couleur, victimes du profilage social et racial de la part de la police. Le mot réhabilitation, si cher à notre système pénal, n'est semble-t-il applicable que pour les Canadiens de souche. »

En bref, cela veut dire que l'État agit par esprit de vengeance et non pour la justice. Cela est inadmissible !

La tenue récente du Forum contre la violence policière et l'impunité a fait ressortir que la fin de la violence policière et de l'impunité est intiment liée à la reconnaissance que tous et toutes ont des droits du fait de leur humanité. Le rôle d'un État moderne est de s'assurer que ces droits reçoivent des garanties concrètes.

Non à la brutalité policière !
Non à la violence policière !
Ensemble luttons pour une société moderne
qui reconnaîtra les droits de tous et toutes !

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Appel du Collectif opposé à la brutalité policière

MANIFESTATION À MONTRÉAL
Qui nous protège de la police ?

14e Journée internationale
contre la brutalité policière

Lundi le 15 mars à 17 h
Métro Pie-IX


Pour la 14e journée internationale contre la brutalité policière, le Collectif opposé à la brutalité policière invite toute la population à venir marcher dans les rues d'Hochelaga-Maisonneuve. Si nous avons choisi de marcher dans ce quartier cette année, c'est pour dénoncer le profilage social qui s'y opère. Depuis quelques années, la répression policière s'est accentuée à Hochelag. Non satisfaite d'être parvenue à chasser du centre-ville une bonne partie des itinérant-e-s, des jeunes de la rue et des travailleuses et travailleurs du sexe, la police intensifie ses opérations dans les quartiers où elle les avait repoussé-e-s. Qu'il s'agisse de distribution massive de tickets, d'imposition de quadrilatères, ou de brutalité dans son sens le plus primaire, il apparaît clair que cette répression a pour but de « nettoyer » le Hochelag des pauvres pour attirer une nouvelle catégorie sociale de résidentes et résidents privilégié-es pour son nouveau ghetto embourgeoisé. Ici comme ailleurs, la police est au service non pas de la population dans le besoin, mais du développement résidentiel privé et des spéculateurs immobiliers.

En cette Journée internationale contre la brutalité policière, nous marcherons également dans les rues pour crier haut et fort notre ras-le-bol face à l'impunité policière. Depuis la mort de Fredy Villanueva, tué à Montréal Nord par l'agent Jean-Loup Lapointe, la population québécoise ne cesse d'apprendre des faits troublants sur cette affaire en particulier et sur la police en général. Non seulement le SPVM a-t-il enlevé la vie à un jeune homme non armé, mais nous savons maintenant que les enquêtes de la police sur la police sont caractérisées par une suite interminable d'irrégularités qui indiquent une complaisance en faveur des flics-assassins. À Vancouver, l'affaire Dziekański, du nom de cet homme qui s'est fait tazé à mort il y a trois ans par quatre agents de la GRC, révèle les mêmes problèmes.

Il arrive que les « agents de la paix » abusent de leurs pouvoirs et parfois même tuent des personnes innocentes et non armées sans la moindre crainte d'êtres punis, puisqu'il savent pertinemment que le système est là pour les protéger. Cela porte un nom, et s'appelle l'impunité.

Aussi scandaleuses soient-elles, les bavures policières les plus médiatisées comme Villanuava, Dziekański, Barnabé, et bien d'autres, ne sont que la pointe de l'iceberg. Depuis Griffin en 1987, 60 personnes ont étés tuées par la police de Montréal. Au quotidien, dans les rues d'Hochelaga-Maisonneuve comme dans celle de Montréal-Nord, de Saint-Michel et du centre-ville, des personnes sont victimes d'intimidation, de profilage, d'harcèlement, d'agressions et de violences policières. Très rarement, des accusations sont portées contre les flics, et à peine quelques-uns reçoivent des sentences ridicules qui souvent seront portées en appel.

Les flics ont tendance à viser les quartiers et les personnes les plus pauvres soit les marginalisées, et ethnoculturels. Le profilage autant racial que social est désormais un phénomène documenté et dénoncé par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Comme il fallait s'y attendre, le SPVM et son employeur, la Ville de Montréal, continuent de nier ces faits avérés, et pire, tentent de saboter le travail de la Commission en multipliant les tactiques dilatoires dans l'objectif de réduire les pouvoirs d'enquête de la Commission.

Cette technique est courante chez les grands lobbys policiers. Quand ils ne tentent pas d'introduire de nouveaux règlements pour augmenter les pouvoirs publics de la police, ils tentent d'annuler la tenue d'enquêtes publiques, comme c'est le cas présentement dans le dossier Anas Bennis (résident de Montréal tué en 2005 à Côte-des-neiges) ils cherchent toujours à excuser et protéger les policiers-assassins.

C'est bien connu, les policiers se protègent entre eux, et les mécanismes officiels sont incapables de protéger le public face aux abus policiers et aux dénis de justice. La déontologie policière est un recours insuffisant qui ne fait pas le poids devant leur machine. Depuis quelques années, le nombre de plaintes contre des policier-e-s atteint des records. Pourtant, le nombre de mises en accusation devant le tribunal déontologique et les « reconnaissances de culpabilité » sont à la baisse. Depuis la réforme de 1997, la conciliation est devenue la voie obligatoire pour le traitement des plaintes. Une recette bien pratique qui blanchit les flics à coup sûre parce qu'avec la conciliation, on s'assure que tout ce qui est discuté ne pourra aboutir ni devant les tribunaux, ni dans les archives de la Commission.

Devant pareil constat, on est en droit de se demander, mais qui nous protège de la police ?

Avec une fraternité, un employeur, des procureurs, la loi et la classe politique de leur côté, les flics peuvent bien continuer d'agir comme des vrais cowboys qui semblent être au-dessus des droits humains. C'est pourquoi nous devons créer une solidarité plus forte que la leur. Dans le dossier Villanueva, les proches, la population et les groupes de pression se sont mobilisés et sont parvenus à faire avancer la justice et la vérité. Si nous voulons réellement renverser la vapeur, nous devons faire de même pour toutes les victimes de bavures policières ; nous lever et mettre fin au silence faire cesser l'impunité. C'est pourquoi le Collectif Opposé à la Brutalité Policière invite toute la population à venir manifester, le 15 mars.

Ensemble, brisons le silence et dénonçons les abus policiers !

Collectif opposé à la brutalité policière
(514) 395-9691
cobp@hotmail.com / www.cobp.resist.ca

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Non à la déportation de Dany Villanueva!

La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), Montréal-Nord Républik, Personne n'est illégal-Montréal et Solidarité sans frontières lancent un appel conjoint pour une campagne de soutien à Dany Villanueva, témoin-clé dans l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva menacé d'expulsion du Canada par l'Agence des services frontaliers du Canada.

Arrêtons la déportation de Dany Villanueva! Non à la double peine!
Justice et dignité pour la famille Villanueva!

En janvier dernier, Dany Villanueva a appris que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) avait l'intention d'entamer des procédures pour tenter de lui retirer son statut de résident permanent et ainsi l'expulser du Canada.

Dany est le grand frère de Fredy Villanueva qui a été tué par un policier de la ville de Montréal en août 2008. Une enquête publique est présentement en cours pour établir les causes et circonstances de ce décès et Dany est un témoin clé puisqu'il a assisté à l'intervention qui a coûté la vie à son frère.

D'ailleurs, le moment choisi pour entamer les procédures de renvoi contre Dany est hautement suspect. Ces procédures équivalent à une tentative d'ingérence de l'ASFC dans l'enquête publique sur la mort de Fredy. Elles provoquent, entre autres, le ressassement médiatique du passé criminel de Dany qui, disons-le, a déjà payé sa dette à la société. Ces procédures le forcent aussi à participer à l'enquête publique dans un état de stress intolérable, alors qu'il est menacé d'être déporté au Honduras, un pays qu'il a à peine connu puisqu'il vit au Canada avec sa famille depuis l'âge de 12 ans et est résident permanent du Canada depuis 1998.

Ces démarches créent également un fardeau insupportable pour la famille Villanueva. En effet, elle doit non seulement poursuivre avec diligence sa quête de vérité en se présentant à l'enquête publique sur la mort d'un de ses fils aux mains de la police, mais aussi vivre avec la crainte de voir un autre de ses fils expulsé du pays.

Les procédures à l'endroit de Dany exposent l'injustice de la « double peine » contre les immigrant-es reconnu-es coupables de crimes. Que ce soit clair : Dany a déjà été puni par le système judiciaire pour sa condamnation criminelle. Or, l'État s'apprête à le punir doublement en initiant des procédures d'expulsion contre lui. La « double peine » cible particulièrement les immigrant-es pauvres et les jeunes de couleur, victimes du profilage social et racial de la part de la police. Le mot réhabilitation, si cher à notre système pénal, n'est semble-t-il applicable que pour les Canadiens de souche.

Nous demandons à toutes et à tous de dénoncer la situation intenable imposée à la famille Villanueva par l'Agence des services frontaliers du Canada.

Nous exigeons donc :

- la fin immédiate de toutes les procédures de déportation contre Dany Villanueva et que son statut de résident permanent soit maintenu ;

- la fin de la double peine contre les immigrant-es qui ont un dossier criminel ; ?

Dans le même esprit, nous continuons à dénoncer l'impunité policière et réaffirmons notre solidarité avec la famille Villanueva.

Ce que vous pouvez faire

- APPUYER la campagne contre la déportation de Dany Villanueva. Si votre groupe est en accord avec les revendications de la campagne, invitez-le à endosser formellement cet effort. Faites parvenir l'endossement de votre groupe ou une courte lettre de soutien à la cause à solidaritesansfrontieres@gmail.com

- ÉCRIRE ou TÉLÉPHONER au ministre de l'Immigration et au ministre de la Sécurité publique (l'Agence des services frontaliers du Canada relève du Ministère de la Sécurité publique). Vous trouverez les coordonnées des ministres et une lettre-modèle à envoyer ci-dessous. Nous vous encourageons à envoyer des lettres ou des fax ; les courriels ne sont pas pris au sérieux par le gouvernement et sont à éviter.

- Nous vous invitons aussi à appuyer la famille Villanueva en assistant aux audiences de l'enquête publique sur la mort de Fredy, qui ont lieu au Palais de Justice. Les dates des prochaines audiences sont les suivantes : 9, 10, 11 et 12 mars 2010. Pour un calendrier complet des dates de l'enquête, visitez le site www.lacrap.org/membres.

- Nous vous encourageons également à assister aux futures audiences de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié qui détermineront si Dany garde son statut de résident permanent ou s'il est déporté. Veuillez nous contactez si vous désirez que l'on vous informe des dates devant la CISR. Nous allons très certainement mobiliser pour remplir la salle d'audience en solidarité avec la famille Villanueva.

- Finalement, vous pouvez envoyer un message d'appui à Dany et à la famille. Envoyez vos messages à solidaritesansfrontieres@gmail.com. Nous les ferons parvenir à Dany et à la famille Villanueva.

Argumentaire/Lettre-type à envoyer aux ministres

[Vous pouvez utiliser la lettre ci-dessous comme point de départ pour une lettre personnalisée ou comme argumentaire lorsque vous appellerez les ministres.]

Monsieur le ministre de la Citoyenneté et Immigration Jason Kenney, Monsieur le ministre de la Sécurité publique Vic Toews,

Je vous écris concernant un dossier qui relève du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration et de l'Agence des Services frontaliers du Canada (ASFC).

Je vous écris à propos du cas de Dany Villanueva qui fait actuellement face à des procédures de renvoi, malgré le fait qu'il soit résident permanent du Canada depuis 1998. De par votre rôle dans ces Ministères, il est dans votre pouvoir d'octroyer un statut permanent et irrévocable à Dany. Il est aussi en votre pouvoir de mettre fin immédiatement aux procédures d'expulsion entreprises par l'ASFC.

En effet, les procédures de renvoi à l'endroit de Dany Villanueva sont pour le moins troublantes.

Dany vit au Canada en tant que résident permanent depuis 1998, après avoir quitté le Honduras avec sa famille quand il était enfant. Il vit au Canada depuis plus de dix ans.

Les démarches contre Dany constituent une tentative d'ingérence contre un témoin majeur dans le cadre de l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva, frère de Dany, tué par un agent du Service de police de la Ville de Montréal en 2008. Le cas de Fredy a permis de mettre en lumière les problèmes du profilage racial et de l'impunité policière à Montréal et tous savent que le témoignage de Dany sera essentiel au déroulement de cette enquête. Le fait que Dany ait une audience prévue devant la Commission d'immigration et du statut de réfugié met une pression indue sur Dany et sa famille. Cette situation est hautement préoccupante et le moment choisi pour entreprendre le processus de renvoi est fort suspect.

Dany Villanueva est également une victime de la politique de la « double peine » pratiquée par Immigration Canada et par l'ASFC. Dany a déjà été puni par le système judiciaire pour ses condamnations criminelles. Il se trouve maintenant doublement puni par l'initiation de mesures de renvoi à son égard. La « double peine » cible de façon disproportionnée les jeunes immigrants pauvres et de couleur qui font l'objet du profilage social et racial pratiqué par les forces policières.

J'aimerais en dernier lieu réitérer mon appui à la famille Villanueva. Je vous demande respectueusement de considérer cette lettre et d'octroyer à Dany Villanueva un statut permanent au Canada. Je vous demande de mettre fin à toutes les mesures d'expulsion à son égard, et ce dans les plus brefs délais.

Sincèrement,

[signé]

Coordonnées des ministres

Veuillez faire parvenir vos lettres par la poste ou par fax (les courriels ne sont pas pris au sérieux). Vous pouvez aussi téléphoner aux ministres pour faire valoir votre opinion.

Nous vous suggérons d'écrire aux ministres Kenney et Toews dans une même lettre, mais vous pouvez aussi envoyer des lettres séparées si vous le désirez.

Coordonnées de Jason Kenney, ministre de l'Immigration
par la poste (timbre non requis) :
Honorable Jason Kenney
Citoyenneté et Immigration Canada
Ottawa, Ontario K1A 1L1
téléphone : 613-992-2235
fax : 613-992-1920
courriel : Minister@cic.gc.ca

Coordonnées de Vic Toews, Ministre de la Sécurité publique (responsable de l'ASFC)
par la poste (timbre non requis) :
Honorable Vic Toews
Ministre de la Sécurité publique
Chambre des Communes
Ottawa, Ontario K1A 0A6
téléphone : 613-992-3128
fax : 613-995-1049
courriel : communications@ps.gc.ca

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Tentative d'ingérence de l'Agence
des services frontaliers dans l'enquête sur
la mort de Fredy Villanueva

La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a écrit au ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile, Vic Toews, afin de protester énergiquement contre une tentative d'ingérence de la part de l'Agence des services frontaliers du Canada dans l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva. Voici le texte de la lettre.

* * *

Monsieur le ministre,

J'ai le privilège de représenter la Coalition contre la répression et les abus policiers à l'enquête publique sur la mort de monsieur Fredy Villanueva qui se tient au Palais de justice de Montréal devant le coroner ad hoc André Perreault j. C.Q., depuis octobre 2009.

Monsieur Fredy Villanueva était âgé de seulement 18 ans lorsqu'il a été abattu par l'agent Jean-Loup Lapointe du Service de police de la ville de Montréal, le 9 août 2008. L'agent Lapointe tentait de maitriser monsieur Dany Villanueva, le grand frère de Fredy, lorsqu'il a tiré plusieurs coups de feu qui se sont avérés mortels.

Nous savons que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), dont la responsabilité vous incombe, a montré un intérêt envers l'événement du 9 août 2008. En effet, l'enquêteur principal dans cette affaire, le sergent-détective Bruno Duchesne de la Sûreté du Québec, a révélé durant son témoignage du 27 octobre 2009 à l'enquête publique que monsieur Silvain Loiselle, superviseur à la Division de l'exécution de la loi de l'ASFC, avait communiqué par téléphone avec lui dans les jours qui ont suivi le tragique événement.

Monsieur Loiselle a confirmé l'existence de cette conversation téléphonique dans une lettre qu'il a adressée à M. Duchesne quelques mois plus tard, en janvier 2009, suite à une demande de Me François Daviault, le procureur du coroner ad hoc Perreault.

Notons que c'est Me Pierre-E. Dupras, l'avocat de l'agent Lapointe, qui a décidé de déposer la lettre de M. Loiselle en preuve à l'enquête publique. Manifestement, Me Dupras devait estimer que les démêlés de monsieur Dany Villanueva avec la loi de l'immigration avaient le potentiel de servir les intérêts de son client. C'est d'ailleurs grâce à l'initiative de Me Dupras que les médias ont pu découvrir l'intérêt que l'ASFC portait à l'égard de monsieur Dany Villanueva.

Dans sa lettre, M. Loiselle écrivait que le but de cette communication avec l'enquêteur Duchesne consistait à confirmer que monsieur Dany Villanueva, dont le nom était apparu à plusieurs reprises dans les médias dans la foulée de l'événement du 9 août 2008, était bel et bien le « même individu visé par notre dossier ».

Monsieur Loiselle cherchait également à savoir si des accusations criminelles allaient éventuellement être portées contre monsieur Dany Villanueva en relation avec l'événement du 9 août 2008, en ajoutant que cela pourrait entraîner la perte du statut de résident permanent de ce dernier.

En d'autres mots, le superviseur de l'ASFC cherchait à déterminer s'il y avait une possibilité que le même événement qui a coûté la vie au petit frère de monsieur Dany Villanueva, Fredy, puisse également avoir pour effet de le priver de son statut de résident permanent, et ainsi, de son droit de demeurer en sol canadien.

Peut-être l'ASFC trouvait-elle que monsieur Dany Villanueva n'avait pas suffisamment souffert de ce tragique événement, lui qui a vu son propre frère grièvement blessé après avoir été atteint par les projectiles d'armes à feu tirés par l'agent Lapointe.

Notons que monsieur Dany Villanueva n'a jamais été formellement inculpé de quelque infraction criminelle que ce soit en rapport avec l'événement du 9 août 2008, ni même après cette date fatidique. En fait, la dernière condamnation de monsieur Dany Villanueva remonte à avril 2006.

Cela n'a toutefois pas empêché l'ASFC d'initier des procédures d'expulsion contre monsieur Dany Villanueva en vertu de l'article 36(1)a) de la Loi sur l'Immigration et la Protection des Réfugiés (LIPR), en janvier dernier. Nous aurions d'ailleurs quelques remarques à vous soumettre à ce sujet.

D'abord, il faut que vous sachiez que la Coalition s'objecte catégoriquement au concept de la double peine en lui-même. Selon nous, le fait de punir une personne deux fois pour le même crime en raison de son statut de résident permanent contrevient clairement au principe sacré de l'égalité devant la loi qui devrait s'appliquer uniformément à tous les justiciables, qu'ils soient citoyens ou non.

D'ailleurs, en tant que criminaliste, ne croyez-vous pas qu'il y a quelque chose de contradictoire dans le fait que la réinsertion sociale des délinquants figure parmi les objectifs visés par la détermination de la peine tels qu'inscrits à l'article 718 du Code criminel, alors que la LIPR semble plutôt préconiser l'exclusion sociale des contrevenants non-citoyens en interdisant leur présence sur le territoire canadien ?

Mais il y a plus.

Monsieur le ministre, la Coalition se pose de sérieuses questions au sujet du timing de la procédure d'expulsion contre monsieur Dany Villanueva.

La Coalition s'interroge plus particulièrement sur les motifs qui ont amené l'ASFC à attendre quelques semaines avant le début du témoignage de monsieur Dany Villanueva à l'enquête publique sur le décès de son petit frère Fredy avant d'entreprendre des procédures d'expulsion contre lui en se basant sur une condamnation vieille de près de quatre ans.

L'ordre des témoins à l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva a en effet été convenu depuis plusieurs mois déjà. Ainsi, tous ceux qui suivent de près ou de loin l'enquête publique savaient pertinemment bien que le témoignage de l'agent Lapointe allait commencer en février 2010, et que sa déposition serait immédiatement suivie par celle de Dany Villanueva, au mois de mars suivant.

Pour la Coalition, le timing choisi par l'ASFC pour entreprendre les procédures d'expulsion a clairement pour effet d'ajouter de la pression sur monsieur Dany Villanueva, qui est l'un des témoin-clés dans l'enquête publique, de même que d'augmenter le niveau de stress chez les membres de la famille Villanueva

Monsieur le ministre, réalisez-vous à quel point l'enquête publique peut être terriblement éprouvante pour tous les membres de la famille Villanueva ?

Vous croyez-vous capable d'imaginer les émotions que peuvent ressentir les membres de la famille Villanueva lorsqu'ils entendent, semaines après semaines, différents témoins raconter en détail les circonstances tragiques entourant le décès de monsieur Fredy Villanueva ?

Pouvez-vous nous expliquer quel sorte d'intérêt l'ASFC peut-elle trouver à s'acharner sur cette famille immigrante, courageuse et travaillante, qui n'a pas encore eu l'opportunité de vivre pleinement son deuil ?

L'agent Lapointe de la police de Montréal a déjà privé les parents Villanueva de leur fils le plus jeune, Fredy ; pourquoi l'ASFC tient-elle à leur enlever leur seul autre fils, Dany ?

Compte tenu de ce qui précède, il est présentement difficile pour la Coalition de ne pas voir dans le timing suspect des procédures d'expulsion contre monsieur Dany Villanueva une tentative d'ingérence de la part de l'ASFC dans l'enquête publique sur la mort de monsieur Fredy Villanueva.

Pour cette raison, nous croyons qu'il est nécessaire que vous enquêtiez pour faire toute la lumière sur les agissements pour le moins questionnables de l'ASFC dans ce dossier.

Veuillez considérer la présente comme une plainte formelle de la Coalition à cet égard.

En attendant votre réponse, nous vous prions monsieur le ministre d'agréer l'expression de nos sentiments les meilleurs.

Alexandre Popovic
Coalition contre la répression et les abus policiers
www.lacrap.org

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