Le Marxiste-Léniniste

Numéro 43 - 4 mars 2010

Windsor, Ontario

Les travailleurs luttent contre la destruction
du secteur de l'automobile et des services publics

Windsor, Ontario
Les travailleurs luttent contre la destruction du secteur de l'automobile et des services publics - Pierre Chénier*
«Nous devons continuer à nous battre. Cela fait toute la différence!» - Entrevue, Gerry Farnham, président de la section locale 195 des TCA
«Les temps sont durs mais il y a une alternative» - Entrevue, Dave Crosswell, secrétaire aux finances, section locale 200 des TCA

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Windsor, Ontario

Les travailleurs luttent contre la destruction
du secteur de l'automobile et des services publics

Dans la ville de Windsor, où un emploi sur huit est dans le secteur de l'automobile, la dévastation qui sévit dans le secteur est bien réelle. Plus de 9 000 emplois ont été éliminés dans ce secteur depuis 2003. En janvier 2010, le taux de chômage à Windsor était de 12,7 %, l'un des plus élevés au pays, et la raison principale en est la perte massive d'emplois directs et indirects dans le secteur automobile. La crise du secteur et la réorganisation antiouvrière ont causé une détérioration marquée du niveau de vie, et les gens rapportent qu'un travailleur d'usine peut devenir un sans-abri en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire.

Les monopoles, avec l'aide des gouvernements à leur service et des médias de masse, utilisent la crise et la détérioration des conditions de travail dans le secteur automobile comme une occasion pour déclarer qu'un niveau de vie à un standard canadien est quelque chose du passé. « Si le secteur automobile tombe, alors tout le monde doit tomber avec lui ! » Tel est le nouveau slogan qui est censé justifier par l'absurde l'abandon de toute responsabilité sociale. C'est le secteur public qui est le plus directement visé par cette pression. Tout ce qui y représente encore une certaine protection pour les travailleurs actifs ou à la retraite, et qui favorise donc la société en permettant une livraison adéquate des services publics, devient un coût à être réduit.

La grève des employés municipaux de Windsor à l'été 2009 visait justement à combattre cette vision inhumaine. Par cette lutte, les travailleurs défendaient une conception large d'esprit basée sur la responsabilité sociale, que chacun a droit de vivre dans la dignité. Ils ont dit que cela veut dire nécessairement se battre pour des conditions de travail qui permettent aux travailleurs de dispenser les services dans l'intérêt du bien-être de tous. Ils ont rejeté la pression qui cherchait à les rendre indifférents à la situation des retraités ou à leur faire accepter des concessions au détriment des générations de travailleurs à venir. Même si leur grève est maintenant terminée, des politiciens irresponsables et les médias monopolisés persistent à blâmer leur lutte de cet été à la défense du bien public pour les problèmes économiques et les difficultés qui existent dans la livraison des services publics. Les travailleurs et la population rejettent cette propagande qui sert des buts étroits et de nouveaux prétextes pour détruire et privatiser les services publics.

Les travailleurs qui créent la richesse sociale et ont bâti la nation rejettent l'idée qu'on puisse régler les problèmes en détruisant la nation. Ils sont la force vive de Windsor et ils cherchent à mettre en jeu la force de leur nombre en mobilisant tout le monde contre cette destruction.

* Pierre Chénier est le secrétaire du Centre ouvrier du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste).


Windsor le 12 juin 2009: grande manifestation en appui aux employés municipaux en grève.

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«Nous devons continuer à nous battre.
Cela fait toute la différence!»


Windsor le 18 mars 2009: manifestation en appui aux travailleurs d'Aradco/Aramco mis à pied. Les travailleurs ont bloqué l'entrée des usines pendant une semaine pour exiger le versement des salaires non payés et les primes de départ.

LML : Quelle est la situation en ce moment dans le secteur des pièces d'automobile ?

Gerry Farnham : En 2006-2007, nous avions environ 7 000 membres répartis dans 65 usines dans la section locale et aujourd'hui, en 2010, nous avons environ 4 000 travailleurs qui travaillent dans 52 usines. C'est un coup très dur pour le syndicat. Plusieurs endroits de travail qui demeurent en opération ont vu le nombre de travailleurs diminuer drastiquement par les mises à pieds. À l'usine d'où je viens, Fabco, il y avait 566 travailleurs sur la liste d'ancienneté lorsque j'ai quitté en 2002. Il y en a aujourd'hui environ 120. Plusieurs ont pris leurs primes de séparation, d'autres leur retraite et plusieurs ont perdu leurs droits d'ancienneté et de rappel. Cela s'est produit à plusieurs endroits. Plusieurs usines ont vu leurs opérations réduites. Une des causes de cette situation est l'utilisation de la technologie nouvelle qui élimine des travailleurs mais au-delà de cela, il y a la crise économique qui frappe l'industrie automobile toute entière.

Lorsque les usines ferment les travailleurs se retrouvent avec rien parce qu'ils sont les derniers sur la liste des créditeurs protégés. Les usines se placent sous la protection de la loi de la faillite ou ferment et un certain nombre de travailleurs touchent leurs primes de séparation et de fermeture. Nous avons dans certains cas été capables de négocier une amélioration de ces primes. La loi actuelle sur les primes de séparation prévoit un paiement équivalent à une semaine par année de services et, dans certains cas, nous avons été capables d'obtenir un paiement de deux semaines par année de services et d'augmenter un peu les avantages sociaux, mais dans nombre de cas, l'employeur ferme et s'enfuit.

LML : Votre section locale est impliquée dans une bataille très âpre contre le vol des argents qui sont dus aux travailleurs d'Aradco et Aramco dans le secteur des pièces. Quels ont été les principaux moments de cette lutte ?

GF : Aradco et Aramco étaient deux entreprises possédées par le fabricant américain Catalina qui fournissaient des pièces à Chrysler. Les travailleurs d'Aradco ont reçu un coup de téléphone le 9 mars 2009 leur disant de ne pas se présenter au travail le lendemain parce que Chrysler avait rompu son contrat avec l'entreprise. En autant que je sache, Aradco a toujours produit des pièces de haute qualité et a remporté des prix pour la qualité et la quantité de sa production ; elle était un très bon fournisseur de pièces pour Chrysler. Nous avons donc trouvé cela très étrange que Chrysler renie son contrat avec ces entreprises. De son côté, Catalina ne cessait de dire à Chrysler que « Vous n'avez pas le droit de vous en aller comme cela, nous avons un contrat de cinq ans et nous en sommes seulement dans la deuxième année, vous ne pouvez pas simplement quitter ».

Nous avons décidé de bloquer l'accès aux deux entreprises et de ne pas permettre aux camions d'y entrer ou d'en sortir. Il y avait des camionneurs qui voulaient entrer ou sortir et la police a été appelée. Au même moment, l'employeur essayait dans les tribunaux de Toronto d'obtenir des injonctions contre nous. Nous avons répliqué en amenant plus de travailleurs sur les lignes. La présence policière augmentait elle aussi. On a vu à un moment des paniers à salade arriver. Nous avons décidé de bloquer l'accès et de nous barricader dans une des usines Aradco, sachant très bien que c'était la plus importante du point de vue équipement, de la machinerie que les propriétaires voudraient faire sortir.

Nous avons obtenu un paiement de 400 000 $ d'une tierce partie, c'est-à-dire de Chrysler. Notre président Ken Lewenza et son assistant Jerry Diaz ont négocié ce paiement avec Chrysler. À ce moment, Catalina, l'employeur, avait complètement disparu. Nous avons déposé un grief contre Catalina, demandant le paiement de tous les salaires dus de même que des avantages sociaux, des paies de vacances et des primes de séparation pour un total de 2,4 millions $.

Vers la mi-novembre un nos représentants nationaux a remarqué de l'activité et un signe « À vendre » devant l'usine Aradco. Je m'y suis rendu immédiatement et j'ai été frappé de voir en entrant que toutes les lumières étaient allumées et qu'un vérificateur se trouvait là avec d'autres personnes en train de préparer une vente à l'encan de l'équipement. Le 16 novembre, nous avons bloqué l'accès des deux usines. La vente à l'encan devait se tenir sur l'Internet et à l'Hôtel Radisson. Nous avons mobilisé notre équipe volante. La police avait entouré l'hôtel et avait amené un panier à salade. Nous étions quelques centaines et cela nous avantageait. Vous ne pouvez pas organiser des actions comme cela si vous êtes tout seul. Grâce à la force collective que nous représentions, notre section locale et d'autres syndicats locaux de la ville et d'autres affiliés, nous avons pu entrer dans l'hôtel, gravir l'escalier menant à l'encan, déjouer la police et prendre le contrôle de l'encan.

Nous avons mêmes porté notre lutte aux États-Unis et, le 24 novembre, nous avons organisé une manifestation pacifique à Détroit devant les bureaux de la Comerica Bank, qui est l'un des plus gros créditeurs de Catalina. Nous avons marché avec les Travailleurs unis de l'automobile, la Fédération américaine des enseignants et d'autres syndicats qui sont venus exprimer leur solidarité. Cela nous faisait du bien de voir la solidarité internationale en action. Nous avons dit aux représentants de la banque qu'ils n'ont pas d'affaire à demander des paiements de fermeture à Catalina et à essayer de vendre les avoirs de l'entreprise alors que nos travailleurs n'ont pas été payés. Nous avons dit que Catalina ne devrait toucher aucun argent tant que les paiements ne seraient pas faits aux travailleurs des deux entreprises. N'oublions pas que cette banque a reçu plus de 2 milliards $ en argent de sauvetage du gouvernement américain.

Le lendemain, j'ai rencontré deux des principaux conseillers du ministre du Travail de l'Ontario. Nous leur avons dit qu'il y a une loi en vigueur et leur avons demandé comment il se fait que le gouvernement ne la fait pas appliquer. Le gouvernement ne fait pas respecter les lois. Nous voulions que le message au ministre soit le plus clair possible, en notre nom et au nom de tous les travailleurs. J'ai reçu des appels d'employés à salaires me remerciant de la lutte que nous menons. Ce sont des cadres et ils ne vont pas toucher un sou. Nous avons donc commencé à parler en leur nom même si légalement ils ne sont pas nos membres et nous ne pouvons pas les représenter. J'ai contacté le Centre d'action de Windsor et j'y ai rencontré des travailleurs d'entreprises non syndiqués qui avaient été fermées et où les travailleurs n'avaient pas touché un sou. Le problème apparaissait dans toute son ampleur non seulement pour les entreprises syndiquées, mais pour celles qui ne le sont pas et pour tous ceux qui ne sont pas organisés. Le personnel à salaire n'était absolument pas représenté.

Les conseillers du ministre n'arrêtaient pas de blâmer le gouvernement fédéral pour la situation. Je leur ai dit que c'est une question provinciale parce qu'il s'agit d'une loi provinciale. Quand Catalina a acheté ces entreprises, selon moi, l'achat incluait 2,4 millions $ en primes de séparation. Si l'entreprise valait 10 millions $, c'est 8 millions $ en avoirs qu'ils ont obtenus. Quand vous achetez quelque chose, vous n'achetez pas seulement les avoirs mais les responsabilités. Cet argent devrait être gardé en fiducie jusqu'à ce que tous les paiements aux travailleurs aient été faits. Il faut que ces compagnies soient tenues responsables. Les conseillers de Fonseca nous ont dit : « Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? Courir après tous les employeurs étrangers ! » C'est pourtant ce que nous avons fait. Cet argent nous appartient. C'est la loi qui le dit. Notre action contre l'encan nous a permis d'obtenir un paiement de 225 000 $ suite à une entente entre la section 195 des TCA, l'employeur Catalina et la Comerica Bank. Catalina est présentement en cour contre Chrysler pour bris de contrat et, si elle gagne, la banque nous a mis en tête de liste pour recevoir les paiements qui proviendront du jugement. C'est peut-être la première fois qu'une telle entente se produit. Je pense que cela montre clairement que riposter fait toute la différence.

Nous voulons que la loi soit appliquée et nous demandons également des changements législatifs. Nous voulons que dans les cas de faillite ou de fermeture, les travailleurs soient mis en tête de liste des créditeurs et qu'on leur paie tout ce qui leur est dû.

Nous voulons aussi des changements dans le système de récupération de l'assurance-emploi. En ce moment, si vous recevez 20 000 $ en primes de séparation, ou 1 000 $ par semaine, vous ne pouvez pas toucher d'assurance-emploi pendant 20 semaines. C'est totalement absurde. Un travailleur a travaillé dans une usine, il a maintenant 55 ans, l'usine ferme et il reçoit 20 000 $ en primes de séparation et il ne peut même pas l'utiliser comme bon lui semble ! Pourquoi ne pas lui mettre des boulets aux pieds ? Il devrait pouvoir utiliser cette prime comme il le souhaite, pour payer son hypothèque si c'est cela qu'il veut faire. Ce sont les contribuables qui vont payer pour cela parce que les travailleurs vont se retrouver sur l'assistance sociale.

Nous vivons de telles situations à chaque jour. Les travailleurs viennent aux bureaux du syndicat pour nous dire qu'ils ne sont plus capables d'inscrire leurs jeunes au hockey, ou que leur mariage est brisé, que tout ce qu'ils ont à manger ce sont des sandwiches au fromage et nous avons même vécu des cas de suicides. C'est inconcevable que de telles choses se produisent à notre époque.

Nous devons continuer à nous battre. Riposter fait toute la différence.

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«Les temps sont durs mais il y a une alternative»

LML : Dans le cadre de la crise qui sévit dans le secteur de l'automobile, pouvez-vous nous donner un aperçu de ce qui se passe à Ford et de ce qu'on appelle la « réorganisation » du secteur ?

Dave Crosswell : Je parlerais plutôt de génocide que de réorganisation.

En 1978, Ford avait trois usines à Windsor avec trois quarts de travail chacune pour un total d'environ 5 200 travailleurs de Ford à Windsor.

En décembre 1978, le tout s'est effondré, notamment à cause des taux d'intérêts qui ont grimpé à plus de 20 %. En quelques années, le membership est tombé de 5 200 à 1 200.

Au début des années 1980, les choses ont commencé à s'améliorer. Le membership a grimpé à environ 4 200. C'est pendant cette période qui nous a mené au milieu des années 1990 que nous avons obtenu une nouvelle usine, l'usine de moteurs de Windsor. Nous avons obtenu une nouvelle usine d'aluminium à Essex, une usine d'aluminium à Windsor qui ne faisait pas seulement de la production mais aussi de la recherche et du développement. Notre membership au milieu des années 1990 a atteint le nombre de 6 400 travailleurs. Aujourd'hui, nous sommes 1 600. Nous avons perdu près de 5 000 emplois depuis le milieu des années 1990. Nous avons perdu, pas nécessairement dans cet ordre, l'usine de moteurs d'Essex, notre usine de moulage qui datait de 1936, plusieurs emplois à l'usine de moteurs de Windsor qui est passée de trois quarts de travail à deux, et toute une ligne de production de moteurs à l'Annexe qui est située dans l'immeuble adjacent à l'usine de moteurs.

Nous sommes aujourd'hui 1 600 travailleurs à l'emploi de Ford à Windsor. L'usine de moteurs de Windsor a deux quarts de travail qui emploient un total de 900 travailleurs. Environ 200 travailleurs sont encore employés à l'Annexe et y produisent des bielles et des vilebrequins. Nous avons un petit département de transport qui emploie 30 camionneurs et l'usine d'aluminium de Windsor, anciennement propriété conjointe de Ford et de Nemak et maintenant propriété exclusive de Nemak (mais toujours sous la juridiction de notre convention collective), qui emploie quelque 220 travailleurs. Nous lancerons en mars un nouveau produit qui sera construit à l'usine de moteurs d'Essex. Nous pensons qu'il y aura deux ou même trois quarts de travail, mais avec la sous-traitance d'une grande partie des équipements et des pièces, nous pensons que l'usine emploiera environ 750 travailleurs plutôt que 1 200 à 1 500 comme c'était le cas dans le passé. Le nouveau moteur qui y sera construit sera en concurrence directe avec ce que nous produisons à l'usine de Windsor et celle-ci perdra un quart de travail. Il y aura donc de nouvelles pertes d'emplois mais, selon nous, sans ce produit c'en était fini de nous à Windsor car Ford allait quitter la ville.

LML : Quel travail votre section locale fait-elle dans cette situation ?

DC : Comme je vous le disais, nous faisions face à une entreprise qui voulait se retirer de Windsor. Cela explique que nous ayons combattu si fort pour obtenir un nouveau produit parce que si nous avions continué à perdre de la production, Windsor aurait perdu tout intérêt pour Ford. Pour nous, l'obtention de ce nouveau produit à l'usine d'Essex était un point de départ qui nous permettait de développer davantage, un pied dans la porte pour éviter que nous disparaissions de Windsor.

Nous sommes très fiers du travail que nous avons fait pour bâtir le centre d'aide aux travailleurs mis à pieds. Nous avons forcé l'employeur à organiser des sessions d'information de huit heures sur les options qui existent pour les travailleurs mis à pieds, sur les avantages sociaux et les programmes qui s'offrent à eux, des avantages sociaux aux programmes de santé mentale. Nous avons poussé la province et Ford à financer ce centre qui fait un travail très important pour aider les travailleurs. Il n'y a pas de doutes que ce centre a sauvé des vies et nous avons vécu quelques suicides. Ça me rend tellement furieux quand j'entends des plaintes au sujet des travailleurs d'automobiles qui sont « riches » et ne sont pas capables de faire face à ces problèmes comme tout le monde. Ce sont des travailleurs comme tous les autres, ils l'ont toujours été et ils sont en difficulté.

Nous aidons tous les syndicats qui se battent, que ce soit les employés municipaux du SCFP ou les gardiens de prison du SEFPO ou ,en ce moment,les employés des centres de la petite enfance.

Les travailleurs de Ford sont aussi parmi les plus généreux en ce qui concerne les dons, que ce soit à la United Way ou aux victimes du tsunami en 2005 ou aux victimes du récent tremblement de terre en Haïti.

LML : Comment voyez-vous l'avenir de Windsor et du mouvement ouvrier ?

DC : Nous devons faire en sorte que les travailleurs ne perdent pas espoir dans l'avenir du secteur manufacturier et du mouvement ouvrier. Personne ne doit succomber à la pression que la mondialisation néolibérale est la seule façon de diriger une économie et une industrie, que c'est quelque chose de naturel et d'inévitable comme le retour des saisons. Sinon les perspectives d'avenir sont sombres et on peut céder à la peur. Regardez ce qui se passe à Nortel, « l'étoile brillante » du Canada, et ce qui arrive maintenant avec la crise à GM et Chrysler. Nous devons continuer à riposter afin de faire une différence et montrer que l'alternative existe.

Les grandes entreprises travaillent très fort à inculquer l'idée, y compris dans nos rangs, que plus grande est la productivité des entreprises, plus grands seront les avantages sociaux pour les travailleurs. Je ne crois pas à cela et plusieurs travailleurs n'y croient pas non plus.

L'histoire de Ford à Windsor remonte à 1941. Nous avons vécu la grande grève de 1945 qui a donné entre autres choses la Formule Rand aux travailleurs et ensuite nous avons connu des grèves dont des grèves sauvages presque chaque année après cela. En 1954, nos membres ont fait une grève de 112 jours et nous avons été les premiers à Ford Canada à obtenir des avantages sociaux en santé payés par l'entreprise. Nous représentons deux, trois et même quatre générations de travailleurs de Ford et nous avons aujourd'hui environ 1000 travailleurs mis à pied et plus de 2000 travailleurs qui ont pris leur retraite seulement dans les six dernières années.

La grande question que nous nous posons est la suivante : est-ce que nous allons être capables de rebondir une fois encore au nom de toutes ces générations de travailleurs ? Nous avons toujours rebondi et des gens comme moi ont accepté les concessions contenues dans les récentes rondes de négociations justement pour rester dans le match et revenir à la charge. Nous avons toujours maintenu notre présence mais aujourd'hui, la situation est particulièrement difficile à cause de la mondialisation et du manque d'intérêt des gouvernements pour intervenir à la défense du secteur manufacturier.

Le monde du travail est très vaste à Windsor. Nous avons vécu quelque chose de très important lorsque les employés municipaux ont fait la grève pendant plus de 100 jours cet été sur des questions qui ne les affectaient même pas directement, mais affectaient les retraités des générations à venir. Ils ont gagné une bonne augmentation de salaires en un temps où les concessions salariales et les gels de salaires sont la norme. Nous leur avons donné tout l'appui possible et nous le faisons pour tous les syndicats qui se battent. Nous avons besoin de plus d'actions qui rassemblent les travailleurs à la base et les dirigeants locaux comme ceux des Conseils du travail et contribuent ainsi à pousser les dirigeants de plus haut niveau à travailler ensemble. Nous avons encore fraîches à la mémoire les Journées d'action contre Mike Harris. Nous avons besoin de plus d'actions comme celle-là.

Nous faisons face à un ordre du jour néolibéral de droite. Les travailleurs non organisés ont besoin de syndicats. Il y a une force énorme dans le mouvement qui a besoin d'être organisée si nous voulons améliorer les conditions de travail de tous. La question n'est pas que les TCA ou d'autres syndicats grossissent leurs rangs mais que la confiance des travailleurs en eux-mêmes et dans le mouvement ouvrier grandisse.

Le secteur manufacturier et les industries sont cruciaux pour l'avenir mais aujourd'hui nous voyons ces entreprises géantes venir prendre nos ressources naturelles, peu importe les conséquences pour les régions. Elles ont juste besoin d'un petit nombre de gens qualifiés qui font de la recherche et du développement et pour le reste, le salaire minimum c'est amplement suffisant selon elles.

Un de nos plus grands problèmes ce sont les grands médias. À Windsor, le Windsor Star est totalement pro-entreprise, même si Windsor a une grande histoire ouvrière. Ce journal attaque ouvertement les travailleurs et se prononce pour la privatisation des programmes sociaux et du système public d'éducation, de la Commission des alcools, bref de tout ce qui peut leur tomber sous la main. Une de leurs tactiques c'est de publier des lettres d'extrême-droite très provocatrices, puis d'écrire des éditoriaux qui reprennent essentiellement le même message mais dans un langage moins extrême. Le mouvement ouvrier doit développer une contrepartie à cela. Pendant les Journées d'action, nous présentions notre message de façon plus agressive.

Les temps sont difficiles mais je ne suis pas du genre à ne voir que les épreuves. Nous nous tenons ensemble et par exemple, nous avons tous ces volontaires qui viennent à notre centre pour aider les travailleurs mis à pied. Nous avons des problèmes dans nos places de travail et nous travaillons à les résoudre. Les gens de la région vivent des crises et nous travaillons avec eux pour les régler.

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