Le Marxiste-Léniniste

Numéro 42 - 3 mars 2010

Budget fédéral le 4 mars

Le gouvernement, l'économie et nos ressources
accumulées doivent servir le bien-être
de la population

Budget fédéral le 4 mars
Le gouvernement, l'économie et nos ressources accumulées doivent servir le bien-être de la population

Les réserves de pétrole inexplorées de l'Atlantique Sud
Vers un nouveau conflit des Malouines? L'Angleterre se pavane de nouveau - Finian Cunningham, Global Research
Ce qui est en jeu dans les îles Malouines - Rick Rozoff, Stop NATO

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Budget fédéral le 4 mars

Le gouvernement, l'économie et nos ressources
accumulées doivent servir le bien-être
de la population

Aujourd'hui, 3 mars, commence la troisième session de la 40e législature du parlement canadien avec le Discours du trône, suivi, le lendemain, du dépôt du budget fédéral.

Pendant des mois à l'avance, les riches et leurs représentants politiques, idéologues et experts ont débattu entre eux à savoir si, face au déficit fédéral, il faut des coupures radicales dans les programmes sociaux de responsabilité fédérale ou des hausses de taxes et impôts importantes, ou les deux.

Les déclarations faites dans un sens ou dans l'autre sont dénuées de tout sens de responsabilité sociale. Les coupures dans les programmes sociaux, les hausses de taxes et impôts pour les particuliers et les baisses d'impôts pour les sociétés ne sont pas des solutions ! Ceux qui répètent ces choses du haut de leur tribune d'élite n'acceptent aucune responsabilité pour l'état de chose actuel mais voudraient nous faire croire que les mêmes personnes qui sont au pouvoir depuis des décennies et qui sont responsables de l'état de chose actuel peuvent – et désirent – résoudre les problèmes de l'économie en faveur de la nation et du peuple du Canada. C'est assez de tourner en rond !

Après trente années de ces mesures antisociales des gouvernements aux niveaux fédéral et provincial, l'économie et la société canadiennes sont moins stables et plus vulnérables aux effets des crises périodiques du capitalisme. Qu'ont résolu ces politiques depuis que les Mulroney, Rae, Harris, Chrétien, Bouchard, Martin, Charest, Harper et compagnie ont commencé leur offensive antisociale ? Elles n'ont fait qu'aggraver la situation, comme le savent très bien tous ceux qui subissent les conséquences de la destruction du secteur manufacturier, de la montée du chômage, de l'aggravation des problèmes sociaux et de la crise des dernières années. Qu'ont résolu ces politiques néolibérales ? Semble-t-il que nous nous retrouvons encore une fois dans un bateau qui prend l'eau. Les économistes qui font leur la cause des riches et des puissants recommencent à crier au déficit, parlent d'« un manque à gagner qui pourrait atteindre 164 milliards d'ici 2014 » et d'un nouveau train de coupures antisociales, du besoin de hausser les taxes et impôts des particuliers et de baisser l'impôt des sociétés. Autrement dit, la même vieille rengaine. Les Canadiens sont déjà passés par là et ne vont pas tolérer qu'on leur joue la comédie une deuxième fois !

Le comédie prise 2 commence avec une altercation au sein de l'élite dominante

Gare au piège. Les Canadiens sont invités à prendre part à un débat entre deux versions de la politique néolibérale au service des riches : ou bien les coupures et une hausse des taxes et impôts des particuliers, ou bien la continuation des déficits et des dépenses de l'État pour stimuler l'économie. On prépare le terrain en disant que les dépenses pour stimuler l'économie (pour payer les riches) vont inévitablement signifier les coupures dans les programmes sociaux et une hausse des taxes et impôts pour les particuliers. Ça ne doit pas passer !

En décembre, le ministre des Finances Jim Flaherty disait que son gouvernement avait l'intention de continuer « les dépenses pour stimuler l'économie » en 2010 « pour assurer la pleine reprise de l'économie fragile. Mais après cela, le gouvernement commencera une période de frugalité pour rétablir l'équilibre budgétaire. »

Les six grandes banques et d'autres monopoles ont clairement fait savoir dans les médias qu'ils s'attendent à ce que les dépenses de stimulation continuent jusqu'en mars 2011, pour atteindre un total de 48 milliards $. En janvier, le président du Conseil canadien des chefs d'entreprises, John Manley, le PDG de la Banque TD et d'autres représentants de la classe capitaliste monopoliste se sont querellés avec le Cabinet du premier ministre au sujet de la grandeur et des priorités de ces « mesures de stimulation » pour payer les riches. Pour les entreprises financières privées, les monopoles de l'automobile et de la construction et d'autres, les dépenses « pour stimuler l'économie » représentent d'énormes infusions de capitaux et des « occasions d'investissement » à l'heure où ces deux éléments font gravement défaut à cause de la crise capitaliste.

Au même moment, une clameur s'est élevée en faveur de coupures radicales dans les programmes sociaux et de hausses de taxes et impôts pour les particuliers. Faisant publiquement des reproches au gouvernement conservateur de Stephen Harper, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a dit : « Nous allons devoir ou bien réduire sérieusement les dépenses ou bien hausser sérieusement les impôts pour revenir à l'équilibre budgétaire. »

Le directeur du budget veut revenir aux mesures néolibérales prises par les gouvernements libéraux, conservateurs et néodémocrates au début de l'offensive antisociale, mesures qui n'ont d'ailleurs pas vraiment cessé. Les médias rapportent qu'il « a rappelé que les déficits s'étaient accumulés dans les années 1970 et 1980 jusqu'à un point de rupture au début des années 1990, lorsque le Canada dépensait 35 cents sur chaque dollar de revenu pour le service de la dette publique ». « En réduisant les dépenses, y compris avec la décision controversée de réduire les paiements de transfert aux provinces [pour les programmes sociaux] et d'augmenter les impôts, les gouvernements libéraux ont réduit le service de la dette à 15 cents sur le dollar de revenu, dit le directeur de budget », qui ajoutait que c'était un niveau acceptable. Il a oublié de préciser que ce sont les particuliers qui ont encaissé les hausses de taxes et impôts, comme avec la TPS, tandis que les sociétés ont vu leur impôt baisser continuellement. Il n'a pas précisé non plus que c'est cette même politique néolibérale qui nous a ramenés à une situation où les gouvernements et les médias se remettent à crier au sujet des déficits et de la dette et proposent de répéter l'offensive contre les programmes sociaux et les services publics, d'augmenter les taxes et impôts des particuliers et de continuer de réduire l'impôt des sociétés. N'est-il pas temps de conclure qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans les rapports de l'économie socialisée quand le prétendu « cycle d'affaire » nous fait chavirer continuellement sans une intervention décisive des gouvernements ? Les Canadiens ont connu de près les conséquences des coupures dans les programmes sociaux et les services publics, de l'augmentation des taxes et impôts de particuliers et des baisses d'impôt des sociétés. Ils ne doivent pas permettre qu'on leur joue la même comédie une deuxième fois sans opposition. Les politiciens ouvriers doivent être le fer de lance d'une discussion populaire sur les causes de la crise économique et de la formulation d'un programme centré sur l'être humain pour nous sortir de la crise avec des politiques et des actions en faveur du peuple. Ils doivent à tout le moins ne pas permettre une répétition des politiques centrées sur le capital qui favorisent les riches et leurs monopoles sous prétexte de combattre les déficits et de réduire la dette, dont ils sont responsables et dont ils profitent.

Un battage de tambour en faveur d'une répétition du passé

À la mi-janvier, le ministre Flaherty continuait de répéter qu'« Ottawa peut équilibrer son budget avec le temps sans devoir hausser les impôts ou réduire les dépenses ». Aussi étrange que cela puisse paraître, le battage en faveur de l'intensification de l'offensive antisociale au nom de l'« équilibre budgétaire » et de la lutte contre l'impact de la crise économique est tel que les conservateurs de type Harper et d'anciens ministres du cabinet Harris comme Jim Flaherty en viennent à ressembler à des libéraux avec un petit « l » ! Selon un expert cité dans les médias : « Les conservateurs de Stephen Harper ont jusqu'à présent démontré très peu d'appétit pour les mesures impopulaires de réduction des dépenses. » C'est à s'y méprendre !

Puis, à la fin de janvier, le ministre des Finances a indiqué que le gouvernement conservateur allait poursuivre le plan de stimulation pour payer les riches. Suite à la rencontre annuelle de l'oligarchie financière internationale à Davos, en Suisse, Flaherty a dit : « Nous sommes tous d'accord sur le plan international pour dire que nous devons continuer les dépenses pour stimuler l'économie. Alors nous allons continuer de stimuler la demande du secteur public dans l'économie canadienne en 2010 et durant le premier trimestre de 2011. »

Mais un instant. Le 23 février, le même ministre des Finances annonçait une réduction des dépenses dans tous les ministères fédéraux dans le budget du 4 mars et Stockwell Day, président du Conseil du trésor et ancien ministre du gouvernement notoirement néolibéral de l'Alberta, s'est vu assigner la tâche « de trouver les moyens de réduire de façon significative les dépenses pour les programmes fédéraux ».

Les mêmes visages et la même offensive antisociale, mais cette fois-ci l'opposition ouvrière doit mettre collectivement le pied à terre et dire à ces représentants des riches : Vous n'avez rien résolu avec ces mesures antisociales dans le passé. Les coupures dans les programmes sociaux et les services publics, l'augmentation des taxes et impôts des particuliers et la réduction des impôts des sociétés ne sont pas des solutions ! Les travailleurs et leurs alliés ne vont pas l'accepter ! Le peuple veut un programme pro-social centré sur l'être humain qui renouvelle l'économie en sa faveur.

Un regard en arrière

Un an s'est écoulé depuis le dernier budget fédéral mais la tâche à laquelle les Canadiens font face est la même. L'année dernière nous avons écrit : « Les Canadiens ont besoin de la puissance collective du gouvernement fédéral et des ressources accumulées de l'économie et du pays pour défendre leur bien-être dans les conditions de la crise économique. Dans une économie qui est essentiellement socialisée, les Canadiens ne peuvent pas pourvoir chacun à leurs besoins. C'est collectivement qu'ils produisent et vivent. Il y a longtemps que nous ne sommes plus une population de pionniers engagée dans la petite production, répartie dans les campagnes et dans des cantons. Il est bien connu que la crise économique vient des contradictions structurelles internes de l'économie socialisée et de son interconnexion avec l'empire américain. Aucun individu n'est la cause de la crise. Les individus ne sont pas responsables de leur chômage ou de leur manque de ressources personnelles pour se maintenir durant le chômage, la retraite ou la maladie. Les problèmes qui proviennent de la crise sont apparus collectivement au sein de l'économie socialisée et ils doivent être traités de la sorte en mettant à profit les ressources combinées et la richesse du pays. Pour faire face aux défis de la crise économique, il faut accroître les investissements dans les programmes sociaux. On ne peut s'attendre à ce que les travailleurs soient disponibles quand les propriétaires du capital ont besoin d'eux puis laissés à eux-mêmes quand ils sont trop vieux, blessés, malades ou simplement quand les capitalistes n'en ont plus besoin. Il faut rendre disponibles les ressources qui vont soutenir tous ceux qui sont en chômage aussi longtemps que cela est nécessaire. Il faut accroître les investissements dans la santé publique, l'éducation et dans toute la gamme des programmes sociaux afin de garantir les droits de tous. Tous devraient pouvoir satisfaire leurs besoins fondamentaux selon un standard canadien. Les êtres humains ont des droits en vertu de leur humanité. Le budget fédéral doit reconnaître ces droits et les garantir en pratique. »

C'est dans le renouvellement de l'économie en faveur
du peuple qu'on trouve de vraies solutions !
Les Canadiens ont besoin d'un budget prosocial et c'est ce qu'ils demandent !
Augmentez les investissements dans les programmes sociaux ! Arrêtez de payer les riches !

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Les réserves de pétrole inexplorées de l'Atlantique Sud

Vers un nouveau conflit des Malouines?
L'Angleterre se pavane de nouveau

Exactement 28 ans plus tard, le spectre de la guerre des Malouines est de retour. C'est l'une des dernières guerres coloniales de la Grande-Bretagne – un épisode sordide dans les annales de l'empire britannique. En 1982, la première ministre britannique, Margaret Thatcher, a envoyé un corps expéditionnaire chargé de « défendre » les Malouines saisies en 1833 par la Grande-Bretagne face aux revendications territoriales de longue date de l'Argentine sur les mêmes îles. Les Malouines sont à environ 300 kilomètres au large des côtes du continent sud-américain et à 12 000 km de la Grande-Bretagne.

Quelque 900 militaires – plus des deux tiers de l'Argentine – sont morts durant les 74 jours de la Guerre des Malouines. L'incident le plus connu a été le naufrage du croiseur de la marine argentine, le Général Belgrano, par un sous-marin britannique, le HMS Conqueror, le 2 mai 1982. Deux torpilles ont envoyé 323 Argentins au fond des eaux. L'attaque a été sanctionnée par Thatcher et a provoqué une tempête internationale, car elle s'est produite en dehors des eaux territoriales déclarées britanniques et le Belgrano naviguait à l'époque vers l'ouest, en direction opposée aux îles contestées.

Notoirement, le tabloïd britannique Sun se réjouissait de la mort des Argentins avec le titre suivant à la une : « Dans le mille ! ». L'état d'esprit chauvin qui a balayé la Grande-Bretagne résultant de la guerre a été mis à profit par Thatcher et son gouvernement conservateur. Après deux années au pouvoir, la Dame de fer, reconnue pour avoir imposé des réductions de salaires et des coupures dans les services publics, s'effondrait dans les sondages et était profondément méprisée. Une guerre pour défendre les intérêts nationaux de la vaillante Grande-Bretagne était ce qu'il fallait pour assurer un regain politique et un facteur essentiel à sa réélection en 1983.

Vingt-huit ans plus tard, il y a de nouveau des enjeux importants. L'actuel premier ministre, Gordon Brown, est assailli de toutes parts dans les sondages et les médias. Son gouvernement travailliste fait face à la défaite aux prochaines élections prévues dans quelques mois. La Grande-Bretagne subit également les effets de la récession économique, avec un déficit commercial et une dette nationale qui la paralysent. Mais, non loin de sa possession dans le sud de l'Atlantique, existe un champ pétrolier dont la valeur représente un joyau de la couronne par rapport aux réserves d'hydrocarbures de la Grande-Bretagne en mer du Nord (maintenant épuisées) – même lorsque ces dernières étaient à leur pic de production dans les années 1980.

Des rapports évaluent les réserves de pétrole au large des îles Malouines à 60 milliards de barils de pétrole. Pour mettre ces chiffres en perspective, l'Arabie saoudite – le premier producteur mondial – a une réserve totale évaluée à 267 milliards de barils. Autrement dit, la découverte de pétrole dans l'Atlantique Sud – si pleinement exploitée – hisserait la Grande-Bretagne parmi les 17 plus grands producteurs de pétrole au monde, entre la Russie (8e) et la Libye (9e).

Cette semaine, la Grande-Bretagne a commencé à forer à 62 milles (100 km) au nord des îles Malouines, au grand déplaisir de Buenos Aires, qui continue de réclamer les îles en dépit de sa défaite humiliante. La réponse de l'Argentine a été d'imposer des restrictions navales autour des îles et elle a reçu un soutien diplomatique unanime de ses voisins sud-américains. De plus, l'Argentine va présenter ses revendications aux Nations unies.

Le secrétaire aux Affaires étrangères britannique, David Miliband, a fait valoir que l'exploration pétrolière de son pays dans l'Atlantique Sud est « tout à fait en conformité avec le droit international (sic) ».

Mais la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982) stipule que la limite maritime extérieure pour la revendication territoriale de tout pays est de 22 milles nautiques (22 km) à partir de ses côtes. Cela est bien loin de l'endroit où la Grande-Bretagne a commencé le forage pétrolier au large de sa colonie – 62 milles (100 km) – sans compter le fait qu'il faudrait supprimer les 8 000 milles (12 000 km) la séparant de cette chère vieille Angleterre. La revendication territoriale auto-proclamée par la Grande-Bretagne de 200 milles (370 km) autour des îles de l'Atlantique Sud n'est que tout simplement cela : une revendication auto-proclamée qui n'a aucun fondement en droit international.

Une deuxième guerre des Malouines peut sembler lointaine. Mais le danger d'un conflit ne peut jamais être éliminé lorsqu'une puissance impérialiste – en particulier une avec des prétentions de grandeur – se sent contrainte d'agir. L'histoire montre que malgré son économie en perte de vitesse et sa classe politique discréditée, la Grande-Bretagne n'a pas hésité à se lancer dans le fiasco de Suez ou dans la Première et la Seconde Guerre mondiales.

La dernière querelle diplomatique illustre à tout le moins cette friction lorsqu'un pays adopte deux poids, deux mesures. Cette semaine, à Cancun, au Mexique, la présidente de l'Argentine, Cristina Kirchner, s'exprimant lors d'un sommet des États d'Amérique du Sud, a bien mis les choses en perspective quand elle a dit : « La Grande-Bretagne peut violer systématiquement les résolutions de l'ONU parce qu'elle siège au Conseil de sécurité – tandis que d'autres nations doivent se conformer aux résolutions de l'ONU sans quoi elles sont étiquetées ennemies ou pire. »

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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Ce qui est en jeu dans les îles Malouines

Nous reproduisons ci-dessous un extrait d'un article de Rick Rozoff, « Sud de l'Atlantique : la Grande-Bretagne pourrait provoquer un nouveau conflit avec l'Argentine ». Il y explique quels sont les enjeux concernant les îles Malouines (Falklands). Pour l'article au complet (en anglais), cliquez ici.

***

Vers la fin de décembre, la Grande-Bretagne a mené une opération militaire de deux jours sur les côtes des Falklands/Malouines, y inclus l'utilisation de missiles Typhoon multirôle et de navires de combat. Les exercices, du nom de code de Cap Baïonnette, « ont eu lieu pendant une tournée des îles Malouines par des forces britanniques avant le début des forages prévus dans le bassin en février 2010 » et « ont simulé une invasion ennemie... »[13]

Une information de presse à ce moment là avait ajouté : « La Grande-Bretagne a solidifié sa présence militaire dans les Malouines depuis la guerre (de 1982) et a une importante base d'entraînement au combat au Mont Plaisant, à 35 milles de Stanley, la capitale.

« La perspective de voir les îles devenir une source importante de revenu pétrolier pour la Grande-Bretagne a ajouté de l'eau au moulin de l'appareil militaire pour qu'il augmente ses forces dans le Sud de l'Atlantique. »[14]

Quatre jours avant que ne commence le forage à proximité des îles, le premier ministre, Gordon Brown, a déclaré : « Nous avons pris toutes les précautions nécessaires pour que les habitants des îles Malouines soient bien protégés »,[15] même si les porte-parole argentins ont nié à plusieurs reprises toute possibilité d'une riposte militaire aux empiétements et aux provocations britanniques dans l'océan du Sud de l'Atlantique.

Le même jour, le 18 février, le ministre adjoint des relations étrangères, Victorio Tacetti, a accusé la Grande-Bretagne de « poser un geste unilatéral d'agression et de subjugation »[16] en saisissant le pétrole et le gaz dans la région contestée. Buenos Aires a interdit aux navires de circuler dans les eaux argentines en direction et en provenance des îles Malouines.

Les enjeux sont, selon les estimés des services géologiques britanniques, jusqu'à 60 milliards de barils de pétrole sur le plancher océanique des îles Malouines.

Fin janvier, un analyste militaire russe a expliqué que même ce colossal filon d'énergie n'est pas l'unique objet de l'intérêt des Britanniques près des îles Malouines et au sud des îles.

Ilya Kramnik écrit : « Avec les îles avoisinantes qui sont sous contrôle britannique, les Malouines sont le passage de facto vers l'Antarctique, ce qui explique l'entêtement de Londres à maintenir sa souveraineté sur elles ainsi que sur les îles de la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud, ainsi que ses réclamations territoriales sur les îles Shetland du Sud et Orkney du Sud selon le traité de l'Antarctique. »

Et en ce qui concerne l'Antarctique lui-même, « sous la glace, sous la plate-forme continentale, existent d'énormes ressources minérales et les mers environnantes abondent en bio-ressources. De surcroît, les glaciers de l'Antarctique contiennent 90 % de l'eau douce du monde, et sa rareté se fait ressentir toujours davantage à mesure que la population mondiale augmente. »[17]

Une analyse chinoise faite plus de deux ans auparavant décrit pourquoi la Grande-Bretagne, en partie, a eu recours à la guerre en 1982 et pourquoi elle le ferait peut-être à nouveau : afin de contrôler de vastes régions de l'Antarctique.

« L'étendue de ce qui semble n'être qu'une terre aride et couverte de glace est mise à découvert et exposée au monde extérieur, révélant un « bassin-trésor » incroyablement riche en gisements minéraux et en réserves d'énergie... Un gisement de charbon de l'âge permien existe sur le continent et contient 500 milliards de tonnes en réserves prouvées.

« Le dense dôme de glace qui s'étend sur la terre représente le plus grand réservoir d'eau douce au monde ; il contient environ 29,3 millions de kilomètres cubes de glace et constitue jusqu'à 75 % de toute l'eau douce sur terre.

« On peut dire qu'il serait possible pour le Pôle Sud de nourrir la terre entière avec ses sources abondantes de nourriture (le poisson) et d'eau douce... La valeur du Pôle Sud ne tient pas qu'à sa dimension économique, mais aussi à son lieu stratégique.

« La garde côtière étasunnienne a depuis longtemps des garnisons dans la région, et la Airforce étasunienne est la force aérienne numéro un dans la région. »[18]

L'auteur de l'article contenant ces citations lance l'avertissement suivant en guise de conclusion : « Le traité du Pôle Sud (Antarctique) déclare que le Pôle Sud ne peut être exploité qu'à des fins pacifiques et qu'il ne peut devenir un lieu d'hostilités. Sinon, le Pôle Sud glacial pourrait se transformer en champ de bataille ardent. »[19]

Deux jours avant l'échéancier du 13 mai 2009 pour que « les États fassent leurs réclamations sur ce que les experts décrivent comme l'ultime grand partage de territoire maritime de l'histoire »[20], la Grande Bretagne a présenté des réclamations à la Commission des Nations unies sur les limites de la plate-forme maritime pour un million de kilomètres carrés dans l'Atlantique Sud allant jusqu'à l'océan Antarctique.

Un article de la présente série paru cinq jours plus tard relate en détails la nouvelle course pour l'Antarctique entreprise par la Grande-Bretagne et l'Australie : 2.5 millions de kilomètres carrés supplémentaires dans l'océan Antarctique furent concédés à l'Australie en avril 2008.[21]

Un journal au Royaume-Uni avait publié antérieurement un article décrivant les ambitions de Londres concernant les millions de kilomètres dans l'Atlantique Sud et dans l'Antarctique Sud : « Depuis la fin de l'âge d'or de l'empire, c'est la première fois que la Grande-Bretagne réclame des droits territoriaux d'une telle immensité à l'échelle mondiale. Et bien que l'empire britannique soit depuis longtemps chose du passé, il reste que l'Antarctique est devenu l'ultime champ de bataille pour des puissances rivales dont la concurrence se manifeste sur plusieurs fronts afin d'assurer leur mainmise sur des territoires riches en pétrole... Les revendications territoriales sur les Malouines sont les plus volatiles sur le plan politique, puisque la Grande-Bretagne et l'Argentine ont mené une guerre pour les îles il y a 25 ans, et que la valeur du pétrole sous la mer dans la région est potentiellement immense. Des tests séismaux indiquent qu'il pourrait y avoir environ 60 millions de barils de pétrole sous le plancher océanique. »[22]

L'automne dernier, une agence de nouvelles russe lançait cet avertissement sur le sens exact de l'initiative du 22 février : « Plusieurs croient que l'enjeu de la guerre de 1982 entre la Grande-Bretagne et l'Argentine, ou furent tués un millier de soldats, était les champs de pétrole et de gaz dans l'Atlantique du Sud. En ce sens, Desire Petroleum devrait y penser par deux fois avant de commencer à capitaliser sur ce qui est devenu l'objet d'un bain de sang en 1982... »

Au sujet de la revendication territoriale faite par la Grande-Bretagne en mai dernier (et qui est toujours en délibération au sein de la Commission des Nations unies sur les limites de la plate-forme continentale), le rapport de cette dernière insiste sur « l'empressement (de Londres) à prolonger sa plate-forme continentale des îles Malouines de 200 à 300 milles marins, ce qui permettrait à la Grande-Bretagne de développer de nouveaux champs de pétrole dans les îles de la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud », et le rapport conclut avec cette sombre admonition :

« À la lumière des hésitations de Londres et de son refus d'en arriver à un accommodement politique avec Buenos Aires, la commission spéciale de l'ONU n'aura sûrement pas des décisions faciles à prendre au sujet de la plate-forme continentale. Et nous ne pouvons qu'espérer que la Grande-Bretagne aura la sagesse de ne pas transformer encore une fois les îles des Malouines en un point chaud régional. »[23]

Contrairement à la première guerre de l'Atlantique du Sud en 1982, alors que le régime du général Leopoldo Galtieri ne jouissait pas de l'appui des autres nations de l'Amérique latine, dans l'éventualité d'une confrontation éventuelle ou d'un conflit armé entre l'Argentine et la Grande-Bretagne ayant comme point de litige les îles Malouines, les États antillais et  ceux de l'Amérique latine seront solidaires avec l'Argentine.

Si le Royaume-Uni réussit à provoquer une nouvelle guerre, lui, par contre, aura recours à ses alliés de l'OTAN pour de l'assistance tant logistique que de surveillance et autres, y inclus l'intervention militaire directe si nécessaire. Avec les États-Unis et le Canada, les alliés de l'OTAN de la Grande-Bretagne dans l'hémisphère occidental incluent la France et les Pays-Bas qui ont des possessions ainsi que des bases militaires dans les Antilles et en Amérique du sud.

La Grande-Bretagne joue avec le feu et si un nouveau conflit en résulte, celui-ci pourrait s'étendre rapidement bien au-delà des eaux au sud de l'Amérique du Sud.

Notes

13. United Press International, le 28 décembre 2009

14. Ibid

15. Reuters, le 18 février 2010

16. Agence de nouvelles Xinhua, le 19 février 2010

17. Agence d'information de Russie Novosti, le 28 janvier 2010

18. People's Daily, le 4 décembre 2007

19. Ibid

20. Reuters, le 7 octobre 2007

21. Scramble for World Resources : Battle for Antarctica Stop NATO, le 16 mai 2009

22. The Scotsman, le 23 octobre 2007

23. Voice of Russia, le 16 septembre 2009

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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