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Le débat sur les pensions
Oui aux fonds de pension! Non aux fonds
d'épargne!
Des pensions pour tous avec
prestations déterminées garanties!
- Centre ouvrier du PCC(M-L) -
Il y a un débat en cours sur les pensions au
Canada. Pour avoir un impact dans la discussion, la classe
ouvrière doit développer son opinion, la propager
largement et la défendre. Il faut organiser cette opinion sous
la forme d'une opposition ouvrière officielle qui se
démarque clairement de l'opinion officielle des
propriétaires du capital et de
leurs représentants politiques. Une opinion de la classe
ouvrière qui ne représente pas sa position
indépendante et qui n'est pas organisée sous la forme
d'une opposition officielle à l'intérieur et à
l'extérieur des institutions politiques du Canada ne
représente pas grand-chose. On ne peut pas affronter un assaut
d'une telle envergure en marmonnant
quelques propos incohérents.
Où en est le Canada en ce qui concerne les
pensions ? Dans la période qui a suivi la Deuxième
Guerre mondiale, la classe ouvrière a fait certains gains dans
la voie qui mène à la garantie d'une retraite en
sécurité. Ces gains comprennent le RPC/RRQ et les fonds
de pension enregistrés à prestations
déterminées de plusieurs entreprises,
surtout dans les services publics et les entreprises syndiquées.
Il faut défendre vigoureusement ces gains contre l'offensive
antisociale néolibérale qui se concentre en ce moment sur
la destruction des pensions d'entreprises à prestations
déterminées et les fonds de pension dans les services
publics.
Comme pour tout phénomène, les pensions
comprennent deux aspects opposés. Les pensions pour tous avec
des prestations à un standard canadien garanties par
l'État sont l'aspect progressiste. Les pensions qui sont des
régimes d'épargne sans prestation garantie sont
l'aspect négatif.
Le mouvement ouvrier gravite vers des pensions
centrées sur l'être humain et garanties par le
gouvernement, avec une garantie de prestations à un standard
canadien minimum qui augmentent selon les revenus touchés par
les travailleurs pendant leurs années productives. Les pensions
aux prestations garanties par le gouvernement sont ancrées
dans la réalité d'un Canada moderne où tous
dépendent de la société et ont des droits en vertu
de leur humanité.
Les propriétaires du capital gravitent vers des
pensions centrées sur le capital qui reposent sur les
épargnes. Les pensions en tant qu'épargne personnelle ou
collective sont l'invention d'un Canada qui n'existe pas, un lieu
fictif où les gens dépendent de familles élargies
et où chacun doit subvenir à ses besoins dans une
économie où règne la
petite production.
Pensions garanties ou régimes d'épargne
Le débat actuel sur les pensions oppose la notion
de fonds de pension à prestations déterminées,
préférablement garanties par l'État, à
celle de pensions en tant que régimes d'épargne. Les
représentants politiques des propriétaires du capital et
des grandes entreprises financières veulent des
pensions qui sont des régimes d'épargne et veulent
éliminer les pensions à prestations
déterminées.
Les fonds de pension qui rassemblent les
épargnes individuelles ou collectives des Canadiens
représentent une source garantie de fonds d'investissements pour
les propriétaires du capital. Qui plus est, ces régimes
d'épargne déguisés en fonds de pension bloquent
le développement de fonds de pension modernes aux prestations
garanties par
l'État.
Les politiciens ouvriers luttent pour des fonds de
pension aux prestations garanties par l'État combinés
à des soins publics pour les aînés, une demande qui
a son origine dans le facteur humain/conscience sociale et l'amour
social. Cela veut dire en pratique que les politiciens ouvriers luttent
pour le renouveau du Régime de pensions du Canada
et de la Régie des rentes du Québec pour en faire le
fondement de pensions garanties par l'État, des régimes
dont les prestations sont établies à un standard canadien
minimum et augmentent selon les revenus des travailleurs durant leurs
années productives. Cette marche vers l'avant comprend
l'élimination du concept du RPC/RRQ comme régime
d'épargne et son développement en un véritable
régime de pensions pour tous, à prestations
déterminées et à un standard canadien. Cela
signifie que les pensions seraient payées à même le
revenu annuel de l'État et non à même les fonds
d'épargne accumulés qui servent d'investissement
à l'oligarchie financière internationale.
La garantie matérielle (pas la garantie
politique) de pensions pour tous aux prestations
déterminées réside dans la santé et la
vigueur d'une économie socialisée qui produit et
distribue suffisamment de produit social pour satisfaire les besoins
des citoyens et humaniser les environnements naturels et sociaux. Pour
créer cette situation, une
opposition ouvrière officielle doit s'organiser et lutter pour
le droit des Canadiens de contrôler la direction de
l'économie et de décider de ce qui est fait avec le
produit social, des réclamations qui lui sont faites, de sa
distribution et de son utilisation. En dernière analyse, c'est
l' économie socialisée ici et maintenant, où les
travailleurs produisent la
valeur ajoutée, qui est la garantie matérielle (non
politique) d'une vie humaine pour les aînés du Canada.
L'économie socialisée est la préoccupation et la
responsabilité sociale de tous les Canadiens. Pour garantir que
l'économie socialisée soit viable, autosuffisante et
prémunie contre les crises et pour restreindre le droit de
monopole, il faut que les
travailleurs actifs et à la retraite s'organisent en opposition
officielle effective. À ce moment dans l'histoire, seule une
opposition ouvrière officielle peut forcer le gouvernement
à empêcher le droit de monopole d'entraver le
développement de pensions à prestations
déterminées garanties à un standard canadien
minimum.
Nous devons vigoureusement combattre tous les arguments
de ceux qui veulent déguiser les régimes
d'épargne en fonds de pension et il faut les dénoncer
peu importe de qui ils proviennent.
Les travailleurs et leurs alliés doivent mettre
le plein poids du nombre, de leur unité, de leurs
habiletés et de leur détermination en appui à la
défense des pensions qu'ils ont et pour le renouveau des
pensions dans une direction progressiste, qui garantit les droits de
tous. Il faut pour cela que les politiciens ouvriers se mobilisent et
mobilisent
toute la classe dans une opposition ouvrière officielle
effective.
Oui aux fonds de pension ! Non aux
fonds d'épargne !
Des pensions pour tous à des prestations
déterminées garanties !

Des pensions et un soin des aînés
centrés sur l'être humain
Selon les propriétaires du capital, les pensions
sont des épargnes qui doivent être utilisées pour
faire fructifier le capital. Selon cette conception du monde, les
pensions et les soins aux personnes âgées dans tous leurs
aspects doivent être des facteurs d'expansion du capital.
La vision désuète selon laquelle les
Canadiens dépendent de familles élargies et non de la
société exprime le besoin qu'ont les propriétaires
du capital de s'accaparer le profit des fonds d'épargne
appelés pensions et des soins aux gens âgés en
amenant les retraités, leurs familles et les gouvernements
à leur remettre l'argent et les épargnes sous
forme de paiements pour absolument tout, depuis les produits
pharmaceutiques jusqu'aux soins infirmiers.
Le concept en vertu duquel les gens âgés
développent des relations nouvelles et profondément
humaines avec les travailleurs des centres pour personnes
âgées est en contradiction avec la vision centrée
sur le capital selon laquelle les gens dépendent de familles
élargies qui ont sur leurs épaules presque toute, sinon
toute, la responsabilité de leurs
parents, et elle est aussi en contradiction avec l'exigence par le
capital d'un profit sur tous les aspects des soins aux personnes
âgées. Les soins aux aînés qui sont
centrés sur le capital empêchent le développement
de bonnes relations entre les personnes âgées et les
travailleurs. Pour que les aînés soient traités
avec respect dans ce secteur de la santé,
il faut tout d'abord que l'environnement au travail dans ces centres
d'accueil défende la dignité des travailleurs et des
aînés. Comme c'est le cas généralement dans
les secteurs de la santé et de l'éducation, la
qualité des soins dépend directement de la qualité
des salaires, des avantages sociaux et des conditions de travail des
employés et du niveau
des investissements dans ce programme social.
Pour le mouvement ouvrier, il est clair que des pensions
à prestations déterminées garanties par le
gouvernement sont une nécessité de la
société moderne, avec des soins aux gens
âgés qui ne sont pas pour le profit et qui sont de la plus
haute qualité. Il faut développer des formes sociales et
des méthodes nouvelles comme des foyers modernes
pour les personnes âgées et des soins à domicile
avancés afin de veiller au bien-être des
aînés d'une manière humaine,
imprégnée d'amour social. Le soin aux aînés
doit comprendre des mesures qui assurent le bien-être physique et
mental des retraités avec tout ce que cela comporte en fait de
logements décents, de soins de santé, d'activités
récréatives, de culture, de contacts humains avec la
jeunesse et de relations durables. Il n'est pas possible de
développer et de soutenir une définition moderne du soin
aux aînés sans l'organiser d'une façon consciente
et publique, en utilisant les ressources des gouvernements et en
soutenant la dignité des travailleurs et des gens
âgés.
Des pensions centrées sur l'être humain
sont liées à des soins pour les gens âgés
qui sont pris en main de manière scientifique et sont
centrés sur l'amour social et qui mobilisent les ressources de
l'économie socialisée comme support matériel.

Destruction à l'oeuvre sur la question des
pensions
- Section locale 1005 du Syndicat des
métallos, le 25 janvier 2010 -
Comme nous l'avons déjà dit, nous faisons
face à un plan pour attaquer le régime des pensions au
Canada. Plus de 70 % des Canadiens n'ont pas de fonds de pension
à leur place de travail. Ces travailleurs une fois à la
retraite n'auront pour vivre que les prestations du RPC et les pensions
de vieillesse, ce qui veut dire qu'ils vivront leur
retraite dans la pauvreté. Un certain nombre de travailleurs ont
acheté des REER mais ce nombre va en décroissant parce
que peu de travailleurs ont les moyens de mettre de l'argent de
côté.
Certaines places de travail, surtout dans le secteur
syndiqué, ont des fonds de pension à prestations
déterminées. On observe cependant que leur nombre diminue
dramatiquement. Il y a plusieurs cas de grèves ou de lock-outs
présentement au Canada où les entreprises demandent entre
autres choses la fin des pensions à prestations
déterminées, soit pour tout le monde, pour les calculs
des pensions à partir du moment où le régime
change ou pour les « nouveaux engagés ».
Ces demandes des entreprises posent plusieurs
problèmes :
1) Tout d'abord, les entreprises tentent de remplacer
les fonds de pension à prestations déterminées
par des fonds à contributions déterminées, parce
qu'une fois que les travailleurs prennent leur retraite, l'entreprise
n'a plus affaire à eux. Si le marché boursier (c'est
principalement là que l'argent est investi) prend une plonge, la
pension du
travailleur est réduite ou bien le travailleur remet à
plus tard dans sa retraite le moment où il la touche.
2. Accepter d'éliminer les pensions à
prestations déterminées pour les nouveaux engagés
reviendrait pour les syndicats à dire que leurs années de
lutte pour des pensions à prestations déterminées
valaient la peine d'être menées juste pour les
travailleurs actifs mais pas pour la génération à
venir qui n'a qu'à se débrouiller toute seule.
3. Cela va à l'encontre d'un des principes du
mouvement ouvrier qui dit « Tous pour un et un pour
tous ! » en le remplaçant par
« Chacun pour
soi ! ».
4. Une fois que les « nouveaux
engagés » représenteront une bonne partie de
la force de travail, les entreprises vont tenter d'éliminer les
pensions à contributions déterminées pour tout le
monde.
5. Les entreprises essaient de pousser les travailleurs
à accepter les pensions à contributions
déterminées en disant que « les travailleurs y
ont un plus grand contrôle sur leur argent » et
peuvent décider où « l'investir ».
Les faits montrent par contre que tout est anarchie, crime et
corruption dans les marchés financiers où
cet argent est investi.
6) Les travailleurs doivent s'opposer aux efforts des
multinationales et des financiers pour éliminer les fonds de
pension à prestations déterminées mais, en
dernière analyse, ce qu'il faut faire c'est s'opposer à
toute cette fraude de fonds d'épargne qu'on fait passer pour
des pensions parce qu'ils sont simplement un moyen d'augmenter les
impôts des particuliers.
Dans un Canada moderne où nous dépendons
tous de la société et où l'économie est
entièrement socialisée, la retraite à un standard
canadien est un droit et une expression importante de solidarité
sociale. Une opposition ouvrière effective doit forcer les
gouvernements à assumer leur responsabilité en donnant
une existence matérielle à cette
solidarité sociale entre les générations en
garantissant constitutionnellement et législativement le droit
de tous à une retraite à un standard canadien. Cela
contribuerait à l'édification nationale.

Vale Inco
Il est temps que Vale Inco
renonce à sa demande de concessions
- Steve Rutchinski -
Jeudi le 25 février, le syndicat des
Métallos a annoncé que les comités de
négociation pour les Métallos et Vale Inco se
réunissaient durant le week-end à Toronto, en
présence du médiateur Kevin Burkett, afin d'arriver
à un règlement de la grève qui se prolonge depuis
plus de sept mois.
Les 4 000 mineurs et travailleurs de l'affinerie en
grève chez Vale Inco à Sudbury et Port Colborne, en
Ontario, sont en grève depuis le 13 juillet, résistant
aux demandes de Vale Inco pour des concessions à la prime au
nickel et à leur régime de retraite à prestations
déterminées. Un autre 450 travailleurs situés aux
opérations de Vale Inco à
Voisey Bay, au Labrador, sont en grève depuis le 1er août.
Vale Inco a cru qu'elle pourrait profiter de la baisse de demande pour
le nickel au cours de l'année écoulée, en
particulier sur le marché américain, pour faire pression
sur les travailleurs canadiens pour des concessions. Durant ce que Vale
appelle la période présente de
« contraction », sa « priorité
a été de minimiser les coûts comme un outil
important pour la création de valeur [sic ]... ».
« Nous cherchons à atteindre cet objectif grâce
à plusieurs initiatives visant à réduire les
coûts d'exploitation et d'investissement », a dit Vale
dans son rapport financier de 2008.
Selon les propriétaires de Vale « la
création de valeur » viendra, au moins en partie en
réduisant les réclamations des travailleurs à la
valeur ajoutée qu'ils produisent. C'est ce qui est
derrière la plus récente propagande de Vale Inco, soit
que
l'exploitation de Sudbury est « trop
coûteuse ». Cette propagande contredit son
communiqué de presse du 11 août 2006 dans lequel Inco se
décrit comme « une entreprise canadienne de premier
plan fondée sur le nickel et le deuxième plus grand
producteur au monde de nickel, possédant les plus vastes
réserves mondiales de nickel. Inco est un parmi les producteurs
mondiaux de nickel à coûts moindres » avec
« le plus grand potentiel de croissance parmi les principaux
producteurs mondiaux de nickel ». Cela montre que les
tentatives de soutirer des concessions aux réclamations des
travailleurs à la valeur ajoutée qu'ils produisent n'ont
rien à voir avec les marchés mondiaux ou la demande
mondiale ou la viabilité des opérations de Vale. En
outre, soutirer des concessions aux réclamations du travailleur
à la valeur ajoutée n'est pas le seul contenu antiouvrier
et antisocial du plan de « création de
valeur » de Vale Inco et de ses autres activités.

Sudbury, 13 janvier
2010: les grévistes de Vale Inco et leurs supporters marquent le
début du septième mois de grève
En juillet dernier, le vice-président de Vale
Inco, John Pollesel, a fait parvenir aux employés un message de
« bonjour à tout le monde » dans lequel il
expliquait le plan de match de l'entreprise : « Nous
menons nos activités dans une économie différente
et une réalité économique différente. Nous
faisons désormais
partie à la fois des activités intégrées de
nickel de Vale Inco et Vale. Afin d'être concurrentielles et
l'avenir d'attirer de nouveaux investissements, les
activités en Ontario doivent générer des
liquidités et s'auto-suffire, quelque soit le cycle d'affaires.
Telle est l'exigence fondamentale de nos activités. »
Le 23 février, Pollesel a envoyé à
tous les employés en grève une autre dépêche
avec son « bonjour à tout le monde ».
« En Ontario, déclare-t-il, nous serons
confrontés dans les années à venir à
d'importantes difficultés financières et d'exploitation.
Ensemble, nous pouvons surmonter nos défis, si nous sommes
prêts à
prendre les mesures nécessaires pour mettre sur pied des
opérations fortes et durables, ce qu'exigent Sudbury et Port
Colborne. »
Ce à quoi Pollesel fait allusion, ce sont les
plans de Vale Inco de réduire la main-d'oeuvre affectée
aux activités minières de Sudbury comme l'ont
révélé les documents déposés
auprès du Conseil du travail de l'Ontario dans le cadre du grief
de « négociation de mauvaise foi »
déposé par le syndicat des Métallos contre Vale
Inco.
Dans cette divulgation d'information, Vale Inco déclare qu'elle
envisage de réduire d'ici 2012 les effectifs affectés aux
activités minières à 1 500 employés.
Les plans de Vale Inco sont d'effectuer la concentration
des gisements de minerai les plus riches du bassin de Sudbury, comme
Xstrata l'avait fait, en fermant des mines existantes et en se
concentrant sur le développement de la mine South Rim pour sa
haute teneur en nickel et en métaux précieux.
La stratégie de Vale Inco de
« minimiser les coûts » par la
« création de valeur » ne résout
aucune des difficultés engendrées par la crise
économique mondiale, ni aucun des problèmes de Vale Inco
ou de sa société mère CVRD, devant la concurrence
d'autres groupes monopolistes de capitalistes financiers qui
parcourent le monde à la recherche de leur prochaine grosse
acquisition.
La demande de concessions de Vale Inco et celle de
« minimiser les coûts » est totalement
injuste et intenable. La prise de position déterminée des
travailleurs en grève contre les exigences de Vale a jusqu'ici
privé le monopole de sa capacité à dicter une
ligne de conduite qui va à l'encontre de l'intérêt
national, qui est aussi l'intérêt
public et le droit public. Depuis plus de sept mois maintenant, les
travailleurs de Vale Inco résistent au diktat de ce monopole,
forçant Vale à accepter la recherche d'un
règlement par médiation. Clairement, après plus de
sept mois de grève les travailleurs, leurs familles et leur
communauté sont impatients de retourner au travail. Toutefois,
ils sont
déterminés à ce que cela ne se fasse pas au
détriment des justes revendications des travailleurs. Dès
le départ, les ouvriers ont cherché à maintenir la
présente convention collective avec laquelle Vale a
déjà été en mesure de soutirer
d'énormes profits.
Vale Inco doit abandonner sa demande de concessions et
parvenir à un règlement équitable avec les
travailleurs en grève !

Les «cinq puissances
nucléaires» européennes «non
déclarées»
La Turquie, l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas
et l'Italie sont-ils des puissances nucléaires?
- Michel Chossudovsky, Mondialisation.ca,
le 18 février 2010 -
Selon un récent reportage, l'ancien
secrétaire général de l'OTAN, George Robertson, a
confirmé que la Turquie possède de 40 à 90 armes
nucléaires « made in USA » sur la base
militaire d'Incirlik.[1]
Est-ce que cela signifie que la Turquie est une
puissance nucléaire ?
« Loin de sécuriser l'Europe
davantage, et loin de réduire la dépendance de l'Europe
à l'énergie nucléaire, [la politique] pourrait
très bien finir par accroître la quantité d'armes
nucléaires sur le continent européen et entraver
certaines tentatives visant à obtenir le désarmement
nucléaire. »[2]
« L'Italie est-elle en mesure de
procéder à une frappe thermonucléaire ? [...]
Les Belges et les Néerlandais pourraient-ils
larguer des bombes à hydrogène sur des cibles
ennemies ? [...]
La force aérienne allemande n'est probablement
pas en train de s'entraîner pour lâcher des bombes 13 fois
plus puissantes que celles qui ont détruit Hiroshima, non ?
[...]
Des bombes nucléaires sont stockées sur
des bases aériennes en Italie, en Belgique, en Allemagne et aux
Pays-Bas. Et chacun de ces pays possède des avions capables
de lâcher ces bombes »[3]
Les États
« officiellement » dotés d'armes
nucléaires
Cinq pays, soit les États-Unis, le Royaume-Uni,
la France, la Chine et la Russie, sont considérés comme
des « États dotés d'armes
nucléaires » (EDAN), « un statut reconnu
internationalement et conféré par le Traité sur la
non-prolifération des
armes nucléaires (TNP) ». Trois autres
« États non signataires du TNP », à
savoir l'Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ont reconnu
qu'ils détenaient des armes nucléaires.
Israël : « un État
nucléaire non déclaré »
Israël est identifié comme « un
État nucléaire non déclaré ». Il
produit et déploie des ogives nucléaires contre des
cibles militaires et civiles au Moyen-Orient, incluant
Téhéran.
Iran
Il y a eu bien du battage, soutenu par de rares preuves,
voulant que l'Iran puisse devenir un État nucléaire
à une date ultérieure. Par conséquent, une attaque
nucléaire préemptive contre l'Iran visant à
annihiler son programme inexistant d'armement nucléaire devrait
être sérieusement envisagée « afin de
rendre le monde
plus sécuritaire ». Les médias dominants
regorgent d'opinions improvisées au sujet de la menace
nucléaire iranienne.
Mais qu'en est-il des cinq « États
nucléaires [européens] non
déclarés », soit la Belgique, l'Allemagne, la
Turquie, les Pays-Bas et l'Italie ? Représentent-ils une
menace ?
La Belgique, l'Allemagne, la Turquie, les Pays-Bas et
l'Italie : des « puissances nucléaires non
déclarées »
Alors que la capacité nucléaire de l'Iran
n'est pas confirmée, celle de ces cinq pays, incluant les
procédures de lancement, sont officiellement reconnues.
Les États-Unis ont fourni environ 480 bombes
thermonucléaires B61 à cinq soi-disant
« États non dotés de l'arme
nucléaire » : la Belgique, l'Allemagne, la
Turquie, les Pays-Bas et l'Italie. Le chien de garde onusien de
l'énergie nucléaire situé à Viennes (Agence
internationale de l'énergie atomique, AIEA) a simplement
fermé les yeux sur les États-Unis, qui ont
contribué activement à la prolifération d'armes
nucléaires en Europe de l'Ouest.
La Turquie, partenaire avec Israël de la coalition
contre l'Iran menée par les États-Unis, participe
à cet entreposage européen : elle possède
quelque 90 bombes thermonucléaires antiblockhaus B61 sur la base
aérienne nucléaire d'Incirlik.[4]
Selon la définition officielle, ces cinq pays
sont des « puissances nucléaires non
déclarées ».
Les B61 tactiques stockées et
déployées dans ces cinq « États non
nucléaires » sont destinées à des
cibles au Moyen-Orient. De plus, conformément aux
« plans d'attaque de l'OTAN », ces bombes
thermonucléaires antiblockhaus B61 (entreposées par les
États non dotés de l'arme nucléaire) pourraient
être lancées
contre des cibles en Russie ou dans des pays au Moyen-Orient, tels que
la
Syrie et l'Iran.
Est-ce que cela signifie que l'Iran ou la Russie, qui
sont des cibles potentielles d'une attaque nucléaire provenant
de l'un ou l'autre de ces cinq soi-disant puissances non
nucléaires, doivent envisager des attaques nucléaires
préemptives contre la Belgique, l'Allemagne, la Turquie, les
Pays-Bas et l'Italie ? La réponse est non, même en
faisant un énorme effort d'imagination.
Alors que ces « États
nucléaires non déclarés » accusent
nonchalamment Téhéran, sans preuve documentaire, de
développer des armes nucléaires, ils possèdent
eux-mêmes la capacité de lancer des ogives
nucléaires ciblant l'Iran. Il est euphémique de dire
qu'il s'agit d'un cas évident de « deux poids deux
mesures » de
la part de l'AIEA et de la « communauté
internationale ».
Tel que mentionné précédemment, les
armes entreposées sont des bombes thermonucléaires B61.
Elles sont toutes des bombes conventionnelles de types B61-3, -4, et
-10.
Ces estimations sont fondées sur des
déclarations privées et publiques d'un certain nombre de
sources gouvernementales et sur des suppositions concernant les
capacités de stockage de chaque base.[5]
L'Allemagne : fabricant d'armes nucléaires
Parmi les cinq « puissances nucléaires
non déclarées », « l'Allemagne
demeure le pays le plus fortement nucléarisé avec trois
bases nucléaires (deux d'entre elles étant
opérationnelles) et pouvant entreposer jusqu'à 150 bombes
[antiblockhaus B61] ».[6]
Conformément aux « plans d'attaque de
l'OTAN » (mentionnés ci-dessus), ces armes
nucléaires tactiques ciblent également le Moyen-Orient.
Bien que l'Allemagne ne soit pas officiellement dans la
catégorie des puissances nucléaires, le pays produit des
ogives nucléaires pour la marine française. Il entrepose
des ogives nucléaires (faites aux États-Unis) et est en
mesure de lancer des armes nucléaires. Par ailleurs, l'European
Aeronautic Defense and Space Company - EADS, une
coentreprise française, allemande et espagnole,
contrôlée par Deutsche Aerospace et le puissant groupe
Daimler, constitue le deuxième plus grand fabricant militaire
européen et fournit les missiles nucléaires M51 à
la France.
L'Allemagne importe et déploie des armes
nucléaires des États-Unis et fabrique des ogives
nucléaires exportées en France. Pourtant, ce pays est
classé parmi les États non dotés d'armes
nucléaires.
Notes
1. en.trend.az
2. Ancien secrétaire général de l'OTAN, George
Robertson, cité dans Global Security, 10
février 2010
3. "What to Do About Europe's Secret Nukes." Time Magazine, 2
décembre 2009)
4. National Resources Defense Council, Nuclear Weapons in Europe,
février 2005
5. Cité dans National Resources Defense Council, Nuclear Weapons
in Europe, février 2005
6. Ibid

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