Le Marxiste-Léniniste

Numéro 40 - 27 février 2010

Jeux d'hiver 2010 à Vancouver

Une identité canadienne moderne
pour le XXIe siècle


Vancouver le 12 février 2010: grande manifestation à l’ouverture des Jeux d’hiver. (Photos: LML, kk+ -- Flickr)

Une identité canadienne moderne pour le XXIe siècle - Sandra L. Smith
À nous le podium: un reniement de l'esprit d'amitié et de solidarité - Peggy Morton
Le besoin d'une définition moderne de l'activité olympique - Peggy Morton
Dans une «Colombie-Britannique» non cédée – Kim Petersen, The Dominion
Lettres à la rédaction

À titre d'information
La recette B2Dix pour gagner des médailles - La Presse
Le coût d'une médaille - Argent.canoe.ca

De la presse du Parti
Une identité canadienne moderne pour le XXIe siècle - Sandra L. Smith, LML Hebdo, 4 octobre 1999

Accueil | Archives | English



Jeux d'hiver 2010 à Vancouver

Une identité canadienne moderne
pour le XXIe siècle

« La nouvelle personnalité moderne ne peut pas être définie comme avant, lorsque la valeur de l'individu était fonction de la richesse et de la propriété. La personnalité moderne sera définie au contraire en fonction du plein épanouissement de tous les membres de la société. La société humaine donnera naissance à une personnalité humaine où tous seront à la fois l'acteur et le directeur, le scénariste et le producteur, le technicien et le promoteur, le spectateur et le critique, comme un tout indivisible. Les êtres humains occuperont l'avant-scène au lieu d'être dans l'assistance ou dans les corridors, exclus de la distribution. »[1]

Une des caractéristiques frappantes des Jeux d'hiver 2010 à Vancouver est la présentation par les cercles officiels d'une nouvelle personnalité qu'on dit « canadienne ». Du premier ministre jusqu'aux télédiffuseurs et commentateurs sportifs, c'est une nouvelle personnalité, agressive et centrée sur le rendement, qu'on nous présente. Cette nouvelle personnalité est agressive et compétitive et elle ne s'en cache pas : « Nous sommes des gagnants », « Nous sommes les meilleurs ». C'est aussi la notion qu'on veut inculquer aux travailleurs canadiens sur le plancher d'usine pour les convaincre de faire des concessions qui permettront aux monopoles d'être « compétitifs » sur les marchés mondiaux. Ceux qui ne performent pas comme voulu seront laissés pour compte.

La mission des Olympiques serait de « bâtir un monde pacifique et meilleur dans l'esprit olympique, qui est fondé sur la compréhension mutuelle, l'amitié, la solidarité et le fair-play ». Dans les cercles officiels on ne cesse de répéter que les Jeux olympiques ne sont pas « politiques » et de rappeler ces grands idéaux. Or, ce à quoi nous assistons c'est à l'exploitation, à leurs fins étroites, de ces Jeux par l'oligarchie financière, ses représentants politiques et l'élite privilégiée du Comité international olympique, avec comme conséquence d'entraver le développement d'un mouvement olympique centré sur l'être humain.

C'est ce qu'a exprimé le premier ministre Stephen Harper lorsqu'il est intervenu à l'Assemblée législative de la Colombie-Britannique le 11 février, à la veille de l'ouverture des Jeux de Vancouver 2010 :

« [...] Le patriotisme, Mesdames et Messieurs, le patriotisme en tant que Canadiens ne devrait pas nous gêner ou nous embarrasser le moins du monde. Je connais les idées de grandeur et l'affichage tapageur du nationalisme que nous avons tendance à attribuer aux autres. Et, au fil des siècles, des choses ont été faites dans le monde au nom de la fierté nationale ou de l'amour du pays qui n'auraient pas dû être faites. Cependant, nous ne devrions jamais cacher notre fierté d'avoir un pays si merveilleux simplement parce que cette notion a parfois été mal utilisée.

« Il n'y a rien de mal, et beaucoup de points positifs, à célébrer ensemble alors que nos compatriotes, percevant une étoile brillante loin là-haut, paient le prix et prennent le risque de tendre la main pour tenter de la toucher pendant un moment merveilleux. Car toute bonne chose pose des risques, tout idéal est atteint par des sacrifices. Demandez-le à un athlète olympique qui porte la feuille d'érable. Mais cette feuille d'érable, ne l'oublions pas, symbolise plus que les athlètes qui la portent, elle symbolise le pays que nous chérissons. [...]

« Brandissons notre drapeau à nos ambassades, sur nos bases, à nos postes éloignés, sur nos vaisseaux, à nos stades et à nos événements, même chez nous, pendant ces Jeux olympiques et paralympiques canadiens. Pas seulement pour ces Jeux, mais aussi pour le G8, le G20, le Sommet des leaders nord-américains, la visite de sa Majesté la Reine Elizabeth II, et à toute autre grande occasion, non seulement comme un symbole de notre appréciation de ce que nous avons, mais comme un signe de bienvenue au reste du monde.

« Que ce soit un rappel rouge et blanc d'un patriotisme calme et humble qui, sans rien demander à ses voisins, est prêt à monter la garde. Nous demanderons au monde de nous pardonner cette manifestation inhabituelle de patriotisme, de fierté de faire partie d'un pays qui est fort, confiant et grand parmi les nations.

« Et nous laisserons notre drapeau flotter ici en Colombie-Britannique – la belle Colombie-Britannique – au-dessus du podium aux Jeux d'hiver de 2010. C'est le moment de gloire de la Colombie-Britannique. Et c'est aussi le moment de briller pour le Canada.

« Merci beaucoup et que Dieu bénisse le Canada. »

Voilà qui est beaucoup dire de la part d'un gouvernement porté sur l'abus de pouvoir, qui est décidé à ne rien entendre de ce que les citoyens veulent, surtout pour ce qui est de la garantie d'un moyen de subsistance, de l'égalité et du droit à l'éducation, à la santé, à la sécurité sociale et à un environnement social et naturel sain, et de l'opposition à l'usage de la force dans le règlement des conflits internationaux.

Le patriotisme de la classe ouvrière se distingue du patriotisme des élites dominantes en ce qu'il établit clairement que le patriotisme n'est pas une fin en soi. Le but est son émancipation en tant que classe et du même coup l'émancipation de l'humanité tout entière. Si la classe ouvrière se laissait prendre dans le filet du patriotisme chauvin de la bourgeoisie, qu'elle lui lance de temps à autre lorsque cela sert ses intérêts, les travailleurs seraient détournés à leurs dépens de l'appui aux luttes nationales qui se mènent ailleurs, comme celle des peuples irakien, afghan, palestinien, haïtien et de l'ensemble de l'Amérique latine et des Caraïbes, et seraient détournés de la lutte pour leurs intérêts indépendants en tant que classe, comme l'opposition aux projets antinationaux des monopoles et des gouvernements aux niveaux fédéral et provincial.

La classe ouvrière est aujourd'hui engagée dans une lutte à finir pour mettre du poids en appui à ses revendications. Cela comprend un message clair qu'elle est contre l'annexion, la domination étrangère et la guerre d'agression et d'occupation. Elle s'oppose au pillage des richesses du Canada mais aussi au pillage impitoyable des ressources des autres peuples et à l'exploitation de leur travail. En d'autres mots, la classe ouvrière fait valoir ses propres revendications et celles de la nation. Elle prend des mesures pour se constituer elle-même en la nation. La bourgeoisie n'a pas intérêt à établir un État véritablement indépendant. La classe ouvrière doit relever le drapeau de la nation, non pas comme une fin en soi, mais parce qu'elle veut réaliser sa propre émancipation et l'émancipation de toute l'humanité sur une nouvelle base. Elle ne peut accepter que le Canada soit soumis aux intérêts de monopoles étrangers ou qu'il serve de base pour l'agression et l'occupation à l'étranger.

On pourrait rire, si ce n'était si tragique, de voir dans quelles contradictions la classe dominante du Canada s'est empêtrée. Le Canada a été constitué pour empêcher l'annexion des dominions britanniques en Amérique du Nord par les États-Unis. L'identité canadienne a donc une base matérielle bien précise : nous ne sommes pas Américains. Maintenant que nous sommes pleinement intégrés aux guerres américaines et pleinement annexés et que la classe dominante s'est complètement départie du seul projet national qu'elle avait, elle veut nous attribuer la personnalité agressive associée à nos voisins du sud. Et c'est dans cette optique qu'elle veut que nous proclamions que les Canadiens ne sont pas comme les Américains !

Si l'on part des conditions telles qu'elles existent aujourd'hui, strictement parlant, qui va relever la bannière de la nation dans le vrai sens du terme ? Seule la classe ouvrière peut le faire. La classe ouvrière ne peut s'émanciper elle-même que dans le contexte d'un projet national à son image. Cela ne veut pas dire qu'elle s'isole. Au contraire, son internationalisme est fondé sur la défense de la classe ouvrière de tous les pays qui lutte pour son émancipation dans les conditions nationales.

Note

1. Sandra L. Smith, tiré du Rapport au VIIe Congrès du PCC(M-L), 28-31 mars 1998

* Sandra L. Smith est la première secrétaire du Comité central du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste).

Haut de page


À nous le podium: un reniement
de l'esprit d'amitié et de solidarité


Vancouver le 12 février 2010: grande manifestation à l’ouverture des Jeux d’hiver. (Photos: LML, kk+ -- Flickr)

On s'explique mal que le Canada se soit donné comme slogan pour les Jeux de Vancouver : « À nous le podium ». Après tout, la population du Canada n'est que de 33 millions d'habitants, le dixième de la population des États-Unis et le quart de celle de la Russie. L'Allemagne compte plus de 81 millions d'habitants et la population de la Chine dépasse le milliard.

Ce concept « À nous le podium » va complètement à l'encontre de l'esprit moderne d'amitié entre les peuples du monde et d'accueil envers les athlètes de tous les pays venus compétitionner chez nous. Pourquoi le gouvernement Harper et l'oligarchie financière veulent-ils inviter le monde à venir au Canada pour entendre que « nous sommes le meilleur pays au monde », au lieu de faire primer l'esprit d'amitié, de solidarité, de respect et d'appréciation de tous les peuples et de leur droit d'être ? Les Canadiens doivent se demander pourquoi les Jeux de Vancouver servent à la promotion d'un tel chauvinisme et sont l'occasion d'imposer un autre recul au mouvement olympique.

Il est tragique d'entendre des jeunes extrêmement talentueux, qui ont tout donné, parler de leur déception parce qu'ils ont « laissé tombé leur pays » s'ils arrivent deuxième, troisième ou quatrième. Qu'est-il advenu de l'idée que la participation aux Jeux olympiques est en soi un accomplissement extraordinaire ?

Le comportement des médias monopolisés n'est pas digne d'un pays hôte. Avant l'excellente performance des médaillés d'or du Canada en danse sur glace, un commentateur du réseau CTV a averti que même si les équipes canadienne et américaine se sont entraînées ensemble, « il n'y a pas d'amis ici ce soir ». Le commentaire n'a pas terni la culture sportive des danseurs, mais cette façon de voir les choses fuse de partout.

Évidemment, les Canadiens se passionnent de hockey et de certaines autres disciplines et ils encouragent et applaudissent leurs équipes et leurs athlètes. Mais c'est à autre chose qu'on assiste présentement.

Puis il y a le fait que certains athlètes de prestige ont été sélectionnés par une agence privée, le B2Dix, qui finance et soutient les athlètes considérés comme « médaillés potentiels ». L'organisation semble avoir été créée sur le modèle économique de « soutenir les monopoles canadiens les plus aptes à réussir sur le marché mondial ». En économie, l'État mobilise des ressources publiques pour venir en aide à ces puissants monopoles qui ont la possibilité de vaincre toute concurrence. Dans le sport, les athlètes considérés comme « gagnants au départ » sont appuyés et financés. C'est le droit de monopole qui se resserre sur la société canadienne.

Avant même que les Jeux ne soient terminés, le gouvernement Harper a annoncé l'annulation de son programme de financement des athlètes. C'est maintenant le groupe B2dix, qui a financé 24 athlètes de son choix pour les jeux de 2010, qui mène le bal. Faut-il conclure que dorénavant ce sont les commandites privées qui vont décider du financement des athlètes et que tout sera axé sur « la réussite sur le marché mondial » ? Ces développements, qui se font sous l'enseigne des plus grands idéaux, ont de quoi inquiéter.

Les gens doivent discuter de la manipulation des Olympiques et de l'admiration des Canadiens pour la jeunesse. Habituellement, quand les riches et leurs gouvernements encouragent ce chauvinisme avilissant, c'est pour accompagner des préparatifs de guerre. Le parallèle entre le slogan « À nous le podium » et la remarque de Stephen Harper à l'effet que la présence imposante de l'armée canadienne en Haïti prouve que « le Canada est un acteur important » mérite qu'on s'y arrête.

Haut de page


Le besoin d'une définition moderne
de l'activité olympique

L'exploitation des Jeux olympiques par les riches à leurs propres fins ne date pas d'hier. Elle s'inscrit dans une histoire honteuse de domination par le capital financier et les éléments les plus réactionnaires de la société qui bloquent l'approche centrée sur l'être humain. Si tous parlent au nom des plus grands idéaux, le fait demeure que ceux qui contrôlent les Jeux olympiques s'en servent pour réaliser des objectifs anti-sociaux. Pendant plus de quarante ans après la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire suite à la victoire des peuples du monde contre le fascisme et aux réalisations découlant de cette victoire, le Comité international olympique (CIO) a été mené par des éléments pro-fascistes.

De 1952 à 1972, le CIO a été présidé par l'Étasunien Avery Brundage. Brundage a obtenu son siège au CIO après que le représentant des États-Unis à l'époque ait été expulsé pour avoir enjoint les athlètes à boycotter les Jeux de Berlin de 1936. C'est la seule expulsion de toute l'histoire du CIO. Les Jeux de 1936 ont servi de prétexte à la nazification des sports en Allemagne et à l'utilisation des Olympiques pour promouvoir le fascisme, le chauvinisme et le revanchisme. Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande d'Hitler, déclarait : « Le sport allemand n'a qu'une seule tâche : renforcer le caractère du peuple allemand, lui inculquer l'esprit de combat et de camaraderie franche nécessaires dans la lutte pour son existence. » C'est cette année-là qu'on a institué le relais de la flamme, de l'Olympie en Grèce jusqu'à Berlin.


Mexico le 16 octobre 1968: Les coureurs Tommie Smith (centre) et John Carlos (droite) montent sur le podium à la cérémonie de remise des médailles et font le salut du Black Power. À gauche se trouve le coureur australien Peter Norman qui porte un insigne en appui au mouvement pour les droits civils en guise de solidarité.

Brundage est habituellement présenté par les cercles officiels comme un défenseur de nobles idéaux qui a combattu pour que les Jeux soient une épreuve entre les meilleurs athlètes « sans sous-entendu politique ». Ce sont les idéaux qu'il a invoqués pour justifier son opposition au boycottage des Jeux de Berlin de 1936. En réalité, Brundage était un anticommuniste et antisémite virulent et pro-nazi qui croyait à une « conspiration judéo-communiste » pour écarter les États-Unis des Jeux de Berlin. Il ne s'est pas objecté à l'utilisation du salut hitlérien aux jeux de Berlin, à l'apartheid sud-africain et à l'interdiction des athlètes non blancs par les régimes d'Afrique du Sud et de Rhodésie (Zimbabwe). Et pourtant, sa réaction au geste courageux des coureurs afro-américains Tommie Smith et John Carlos aux Jeux de Mexico de 1968, gagnants des médailles d'or et de bronze pour le 200 mètres, fut brutale et sans appel. Smith et Carlos sont montés sur le podium en chaussettes et portant un insigne en appui au mouvement pour les droits civils. Pendant qu'on jouait l'hymne national des États-Unis, ils ont baissé la tête et levé le poing revêtu du gant noir du Black Power en guise de protestation et de solidarité. Ils furent expulsés du village olympique, suspendus de l'équipe étasunienne et bannis à vie. Misogyne à l'extrême, Brundage s'est opposé pendant longtemps à la participation des femmes aux Jeux olympiques.

De 1980 à 2001, le CIO a été présidé par un autre fasciste connu, Juan Antonio Samaranch, supporter de Franco. Sous Samaranch, le CIO a connu la corruption, les scandale et les dépenses extravagantes encourues en son nom et au nom des représentants du Comité. Il tenait à ce qu'on l'appelle « Son Excellence » comme s'il était chef d'État. C'est sous Samaranch qu'on a mis en place le système de commandites et de télédiffusion qui a permis à l'oligarchie financière internationale de resserrer son emprise sur les Jeux olympiques.

Les Brundage et Samaranch, qui ont ouvertement appuyé Hitler, Mussolini et Franco, ne sont plus, mais l'avidité et l'intérêt étroit des monopoles continuent de dominer les jeux. Cette domination menace d'étrangler tout ce qu'il y a de positif dans l'ombre de tout ce qui est agonisant. Elle montre que la classe ouvrière et ses alliés doivent restreindre ces monopoles et ne pas leur permettre de dominer les sports et la culture et qu'ils doivent lutter pour un mouvement olympique centré sur l'être humain.

Haut de page


Dans une «Colombie-Britannique» non cédée

Le 2 juillet 2003, une réunion du Comité international olympique à Prague a accordé les Jeux olympiques d'hiver de 2010 à Vancouver-Whistler. La candidature canadienne a devancé les candidatures de Salzbourg en Autriche et de Pyeongchang en Corée du Sud. La décision du CIO a mis à l'avant-plan la question de la souveraineté en « Colombie-Britannique ».


Protestation contre la torche olympique à Prince George, le 1er février 2010. (Photo: kk + - Flickr)

Vancouver est située sur les territoires traditionnels des Premières Nations salish de la zone côtière et en particulier des nations skwxwúmesh, xwméthkwyiem et tsleil-waututh. Ce territoire n'a jamais été cédé. La Proclamation royale de 1763 les reconnaît comme des « territoires de chasse » « réservés » aux « Indiens » sur lesquels ils ne « devraient pas être molestés ou dérangés ».

Le même statut non cédé s'applique à Whistler. « Comme nous n'avons pas de traité avec le Canada, les diktats et les empiètements de Whistler – leurs lignes hydroélectriques, leurs autoroutes, leurs chemins de fer, toute l'infrastructure qui a été développée pour les Jeux olympiques – sur notre territoire sont illégaux », dit James Louie de la nation de l'intérieur salish st'at'imc dans une trousse de presse produite par le Réseau de résistance aux Olympiques.

Le slogan : « Pas de Jeux olympiques sur les terres autochtones volées ! » est né de cette contradiction.

Les Jeux olympiques sont « un vol de notre énergie et de nos terres en violation de nos droits autochtones inhérents et de notre propriété de la terre et de l'eau », a confié au Dominion Mel Bazil des nations wet'suwet'en et gitxsan.

Le nom de Vancouver vient du capitaine britannique George Vancouver dont la cartographie, selon le professeur Dan Clayton de l'Université de St. Andrews, a permis de jeter les fondements de la colonisation de la Colombie-Britannique. « La colonisation est tout à la fois un procédé d'inscription continu, arbitraire et conçu en vase clos et un processus d'occupation physique, de repeuplement et de domination », écrit Clayton dans son livre Islands of Truth : The Imperial Fashioning of Vancouver Island.

Ce contact a perturbé le mode de vie autochtone, et le commerce avec les Européens est devenu dominant. « L'interaction autochtone-monde occidental a été modelée par la logique capitaliste de la destruction créative », écrit Clayton.

Plus tard, le gouverneur de l'Île de Vancouver James Douglas a fait la saisie du territoire sa priorité au profit des colonialistes surpassés en nombre. Au début des années 1850, il a signé 14 traités avec les Premières Nations en vertu desquels le territoire a été vendu « aux blancs pour toujours » pour de l'argent comptant, des couvertures et des vêtements.

Suite aux traités Douglas, le traité numéro 8 dans le nord-est de la province ou traité Nisga'a, et le traité avec la première nation tsawwassen ont été conclus. Selon les données officielles, il y a 60 Premières Nations qui négocient en ce moment des revendications territoriales en vertu du processus de traités en vigueur en Colombie-Britannique.

Les nations côtières salish ont traditionnellement habité une région qui s'étend du N'ch-i-wana (le fleuve Columbia) en Orégon à la Baie Bute en Colombie-Britannique qui comprend les importantes voies d'eau de la Mer de Salish (le détroit de Juan de Fuca, le détroit de Géorgie et le Puget Sound). Whistler est situé sur les montagnes côtières à 125 kilomètres au nord de Vancouver, sur le territoire traditionnel de la nation lil'wat (une nation Salish de l'intérieur). Les Premières Nations skwxwúmesh, xwméthkwyiem et tsleil-waututh, de pair avec la nation Lil'wat, forment les Premières Nations hôtes des Olympiques de 2010. On a cherché à créer l'impression que les Premières Nations ont accueilli les Olympiques.


Nahanee Harriet, une aînée autochtone de la Colombie-Britannique (centre), photographié ici lors des protestations contre l'expansion du Sea-to-Sky Highway sur l'Eagleridge Bluffs, une partie de son territoire traditionnel souverain.

L'activiste pour les droits autochtones, l'aînée Harriet Nahanee de la nation pacheenaht au sud-est de l'Île de Vancouver, s'est fermement opposée à la création de cette impression. En février 2007, Nahanee est décédée à l'âge de 71 ans une semaine après être sortie de prison pour s'être opposée à la destruction de l'escarpement d'Eagleridge, un endroit unique par sa biodiversité. L'escarpement d'Eagleridge était en train d'être détruit en prévision des Olympiques pour faire place à l'expansion de l'autoroute Sea-to-Sky qui relie Vancouver et Whistler.

Dans une trousse de presse du Réseau de résistance aux Olympiques, Seislom, l'aîné lil'wat, écrit que « les quatre nations hôtes sont un groupe d'affaires qui comprend les chefs de conseils de bande en place en vertu de la Loi sur les Indiens et non les chefs héréditaires ».

Il écrit : « Un très grand nombre d'autochtones sur ces territoires et dans la zone de l'intérieur s'opposent aux Olympiques à cause des impacts à long terme, dont la destruction du territoire, la transformation de l'art et de la culture autochtone en une marchandise et la pauvreté à long terme qui restera une fois que les quelques emplois seront terminés. »

Gord Hill de la nation kwakwakwak'w a dit au Dominion que « nous soulevons la question du colonialisme et du manque de jurisdiction légale de la part du gouvernement en plus de la question du territoire et de l'exploitation de la culture autochtone. »

Hill a mentionné la décision récente de la Compagnie de la Baie d'Hudson qui parraine les Olympiques de refuser la soumission de la Première Nation quw'utsun', une nation côtière salish du sud de l'Île de Vancouver qui a produit et rendu célèbres les chandails cowichan depuis plus d'un siècle. On a choisi plutôt de faire faire le chandail olympique en Chine.

Les Quw'utsun' ont été très choqués de cette perte d'emplois et du faux chandail en circulation. La chef quw'utsun Lydia Hwitsum a dit que les chandails cowichan sont une marque enregistrée. La Compagnie de la Baie d'Hudson affirme dans son communiqué de presse que le design de son chandail est original.

Selon le Réseau de résistance aux Olympiques de 2010, « c'est parce que les peuples autochtones s'opposent si fortement aux Olympiques que le VANOC a voulu désespérément créer la perception que les autochtones les appuient en donnant beaucoup d'argent à un petit nombre de gens ».

(Traduti de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

Haut de page


Lettres à la rédaction

L'autre côté de la médaille

(Photos: kk+ -- Flickr)

L'or, l'argent et le bronze olympiques coûtent cher aux Canadiens. Quarante-cinq pour cent des répondants à un sondage en Colombie-Britannique croient que les jeux sont organisés au profit des politiciens et des élites. « Les résidants de la ville hôte des Jeux d'hiver sont inquiets qu'il y ait des surpassements des coûts », dit le sondage d'Angus Reid.

Selon le rapport, 84 % des répondants croient que les Jeux d'hiver de Vancouver profitent aux politiciens, 82 % croient qu'ils profitent aux élites et 79 % croient qu'ils profitent aux athlètes et à leurs familles seulement. En revanche, seulement 67 % croient qu'ils profitent aux spectateurs et 26 % croient qu'ils profitent à des gens comme eux. De plus, en dépit des assurances données, la plupart des répondants de la région métropolitaine de Vancouver et du corridor Sea-to-Sky, qui comprend Whistler, croient qu'il y aura un déficit à payer à la fin des Jeux.

Et pourtant on ne cesse de répéter que c'est tout le Canada qui est représenté aux Jeux de Vancouver.

Une lectrice de Montréal

Militarisation

Au lieu d'une véritable souveraineté politique, économique et militaire et de l'édification nationale, ces Jeux d'hiver servent à promouvoir un nationalisme pseudo-culturel et la militarisation de tous les aspects de la vie.

Une fois qu'il leur a nié le droit à l'existence, l'empire américain tolère ses sujets colonisés du nord et leur permet d'afficher une reconnaissance culturelle qui se résume à dire ce qu'ils ne sont pas : les Canadiens ne sont pas des Américains, les nations autochtones ne sont pas des Canadiens, le Québec n'est pas le Canada ou anglophone et le Canada n'est pas les États-Unis. La militarisation et l'autonomie pseudo-culturelle sont en plein déploiement à Vancouver. Les cérémonies d'ouverture ont capté un Canada entièrement annexé par la forme et le contenu. À l'extérieur, la ville était militarisée. À l'intérieur, durant la cérémonie d'ouverture, les Canadiens, les nations autochtones et le Québec s'efforçaient de prouver qu'ils ne sont pas comme les colonisateurs, qu'ils sont en quelque sorte souverains avec une identité propre, alors que la réalité politique, économique et militaire nie toute existence souveraine.

Un lecteur de Vancouver

* * *

Ici à Vancouver, dans l'épicentre de l'euphorie nationale et du chauvinisme qui a pour slogan « À nous le podium », des aspects plus sombres des Jeux d'hiver commencent à se faire voir. Toute la campagne est basée sur la politique d'« une seule nation » reprise dans le discours du trône du gouvernement libéral de la Colombie-Britannique. Dans la partie du discours intitulée « Notre chance olympique », on affirme que « le Canada nous a unis dans la poursuite d'objectifs supérieurs, dans le partenariat et l'entreprise ». « Ces Jeux sont les jeux du Canada ! » Et ensuite : « Le gouvernement fédéral a été notre plus grand partenaire, à chaque étape sur la voie olympique. Les gouvernements provinciaux et territoriaux, les commanditaires et de nombreux citoyens ont contribué à cet effort national. »

Sans doute, mais qui en a profité ? Seulement l'oligarchie financière. C'est honteux.

Une lectrice de Vancouver

* * *

Les télédiffuseurs répètent continuellement que ces Jeux appartiennent à tous les Canadiens et nous montrent des images de foules devant les stades et les pistes pour le prouver. L'euphorie médiatique et la manipulation du sentiment de souveraineté nationale sont à mon avis l'aspect le plus dangereux de cet événement. Beaucoup de choses rappellent les Jeux de 1936. Aujourd'hui aussi nous vivons des temps difficiles, avec une crise économique, les tensions internationales et le danger de conflagrations mondiales. Lorsque les jeunes patineurs canadiens ont remporté la médaille d'or et les États-Unis l'argent, le commentateur sportif s'est exclamé : voilà les « premiers Nord-Américains » à déloger les Russes. Lorsque le Canada a battu la Russie au hockey, on a eu droit au même chauvinisme, qui n'a rien à voir avec la fierté que les Canadiens ressentent pour leurs athlètes.

À la veille des jeux, l'OTAN a lancé la plus grande offensive à date contre un petit village en Afghanistan. Si la feuille d'érable est brandie partout à Vancouver, elle accompagnait aussi les missiles de l'OTAN qui ont tué près de 30 civils afghans qui se déplaçaient en autobus. Des soldats canadiens ont pris part au massacre à des milliers de kilomètres de chez eux, mais si près des frontières de la Chine et de la Russie, on ne peut manquer la signification géopolitique de ce conflit meurtrier qui dure depuis maintenant huit ans.

Les Canadiens ne peuvent non plus manquer de noter la militarisation de Vancouver et de Whistler, occupées toutes deux par 16 000 hommes et femmes armés, surveillées par des hélicoptères qui sillonnent le ciel 24 heures par jour, épiées par des caméras partout (le gouvernement a dépensé plus de 8 milliards $ pour la « sécurité », pour que les Canadiens puissent s'habituer à accepter l'État policier).

Un lecteur de Vancouver

Le développement humain n'a pas de limite

Quand on compare les résultats des sports d'hiver année après année, on voit que les athlètes ne cessent d'améliorer leur rendement. Par exemple, en mars 1890, Oskar Fredriksen a fait le 5 000 mètres en patin en 9 minutes 19,8 secondes. En novembre 2007, Sven Kramer a établi un nouveau record avec 6 minutes 32,2 secondes, soit 30 % plus vite. Le patinage de vitesse a fait ses débuts comme sport olympique en 1924. Le rendement supérieur d'une année à l'autre peut être attribué à une meilleure application des lois de la physique, à des équipements plus modernes et à des méthodes d'entraînement perfectionnées.

Certains chercheurs prétendent que les athlètes atteignent aujourd'hui les limites du rendement humain. Cela n'est pas étranger à la notion de « la fin » qui fait partie de l'idéologie bourgeoise actuelle, comme « la fin de l'idéologie », « la fin de l'histoire » et « la fin de la science ». Le but est d'assombrir les perspectives d'avenir pour mieux protéger le statu quo et de faire croire que l'être humain a atteint le sommet de ses capacités avec la société actuelle et qu'il n'y a pas de progrès ultérieur possible, quel que soit le domaine d'activité.

En fait, le rendement humain va continuer de s'améliorer et les athlètes vont continuer de réaliser de nouveaux records, et la société humaine elle-même passera à un niveau supérieur. Les prétentions concernant les « limites atteintes » sont à la fois une attaque contre la science, dont l'application est à l'origine de l'amélioration du rendement, et elles sont une négation du rôle du facteur humain/conscience sociale dans le progrès humain.

Un lecteur d'Edmonton

Haut de page


À titre d'information

La recette B2Dix pour gagner des médailles

Ils sont riches, ils sont discrets, ils aiment le sport et ils ne lésinent pas sur les moyens pour faire gagner des médailles olympiques à leurs protégés.

Ensemble, cette trentaine de donateurs fortunés forment B2Dix, une fondation sportive qui a amassé 3 millions $ en vue d'augmenter le nombre de médailles canadiennes aux Jeux de Vancouver. Hier, B2Dix a ajouté une troisième médaille à sa collection avec la victoire de la patineuse de vitesse Christine Nesbitt au 1000 mètres. Ses protégés Alexandre Bilodeau et Jennifer Heil sont aussi montés sur le podium à Vancouver.

« Jusqu'à il y a quelques mois, B2Dix, c'était juste un compte en banque », dit l'entraîneur canadien de ski acrobatique Dominick Gauthier, le créateur de B2Dix avec le financier montréalais John D. Miller.

L'idée de B2Dix remonte aux Jeux de Salt Lake City, en 2002. Mal préparée, la skieuse acrobatique Jennifer Heil avait pris la quatrième position. Dominick Gauthier a juré que ce serait la dernière fois que sa protégée raterait le podium en raison d'un manque de moyens financiers. Épaulée par plusieurs donateurs, Jennifer Heil a gagné l'or aux Jeux de Turin en 2006.

En prévision des Jeux de Vancouver, Dominick Gauthier et John D. Miller ont voulu répéter l'expérience à plus grande échelle. Ils ont identifié 24 athlètes d'élite et ont amassé 3 millions auprès d'une trentaine de donateurs comme Stephen Bronfman et la famille Desmarais (propriétaire de La Presse par l'entremise de Power Corporation du Canada).

La philosophie de B2Dix ? Dépenser sans compter avec un seul objectif en tête : la victoire de ses protégés. Certains ont reçu des bobsleighs de l'équipe de Monaco. D'autres se sont entraînés avec l'ancien préparateur physique du Canadien de Montréal, Scott Livingston, engagé à temps plein par B2Dix. D'autres encore ont bénéficié des conseils des meilleurs psychologues sportifs, nutritionnistes et médecins au pays. « Notre philosophie, c'est de payer ce dont les athlètes ont besoin. Il ne faut pas que les besoins soient comblés à 95 % mais à 100 % », dit Dominick Gauthier.

Le fondateur de B2Dix se défend d'empiéter sur le rôle des fédérations sportives qui ont, elles, une obligation de transparence. « On ne prend la place de personne, mais si on peut faire la différence pour certains athlètes, tant mieux, dit Dominick Gauthier. On est un complément. Parfois, certains trucs ont besoin de se faire rapidement et nous n'avons pas de comptes à rendre à personne. »

Jusqu'à l'automne dernier, les donateurs de B2Dix recevaient un reçu d'impôt de Sports-Québec. Depuis novembre dernier, le concept de Dominick Gauthier et John D. Miller est devenu une fondation sportive accréditée. Géré sans frais d'administration, B2Dix émet maintenant ses propres reçus d'impôt.

Dominick Gauthier a des grandes ambitions pour B2Dix : il veut trouver 6 millions pour le prochain cycle olympique et mieux diviser la cagnotte entre les sports d'été et d'hiver. « Je vois encore plus grand que ça », dit John D. Miller, président du conseil d'administration de B2Dix.

Haut de page


Le coût d'une médaille

Le Canada veut gagner à Vancouver et il y a mis le paquet. Un journal américain titrait même « Canadians are out for the blood », tellement les objectifs et le désir de vaincre sont élevés. Près de 100 millions de dollars ont été « investis » dans le seul cadre du programme « À nous le podium », dont les frais sont partagés moitié-moitié entre le gouvernement fédéral d'une part et le Comité olympique canadien, le comité organisateur des Jeux de Vancouver et des commanditaires privés.

On a dépensé cinq fois plus d'argent pour nos athlètes cette année que nous en avions déboursé il y a quatre ans à Turin. Le ski acrobatique, par exemple, a fait un bond de 1,1 million de dollars à 8,4 millions de dollars. Cela veut dire plus d'entraîneurs, plus de déplacements, de meilleures conditions d'entraînement et le meilleur équipement possible.

Mais on a aussi investi 8 millions de dollars répartis dans 17 universités différentes dans un programme de recherche et de développement destiné à pour mettre au point des équipements et des conditions d'entraînement uniques au monde. On mise tellement sur ces jeux, qu'on dépensera moins d'argent pour les JO de Londres en 2012 que pour ceux de Pékin il y a deux ans.

Les commanditaires privés sont aussi au rendez-vous. Une organisation appelée B2ten, gérée par la famille Bronfman de Montréal et qui serait financée par les plus grandes fortunes canadiennes, a pris sous son aile certains de nos meilleurs espoirs, dont Alexandre Bilodeau, Alexandre Harvey, Joanie Rochette et Kim St-Pierre. Jennifer Heil attribue au soutien de ce groupe une grande partie de ses succès des dernières années. B2ten aimerait que ses « poulains » accaparent 25 % des médailles canadiennes.

D'autres entreprises comme Rona, GM, Petro-Canada et McDonald consacrent des centaines de milliers de dollars à la commandite d'athlètes olympiques. Au même moment, le Comité olympique américain subit les déconvenues de la crise et a perdu trois de ses importants commanditaires. Leur fédération de patinage artistique a dû diminuer son budget de 40 % après la perte d'un contrat avec le réseau ABC.

Plus que jamais, l'olympisme est une histoire de gros sous. Pour sa médaille d'or, Alexandre Bilodeau recevra 20 000 dollars et Jennifer Heil 15 000 dollars pour sa médaille d'argent. C'est peu comparativement aux 50 000 euros que recevront les deux médaillés d'or français ou aux 100 000 dollars que percevront les médaillés d'or russe. Les pays veulent des champions et les Jeux olympiques sont des manufactures à héros.

Haut de page


De la presse du Parti

Une identité canadienne moderne
pour le XXIe siècle

Sandra Smith, dirigeante nationale du PCC(M-L), a été un des orateurs invités à la Conférence géopolitique et conflit mondial organisée les 1er et 2 octobre 1999 à l'Université de Windsor par le Comité pour la paix de Windsor. Prenant la parole à la session inaugurale sur le sujet « L'identité canadienne moderne du XXIe siècle », Sandra a dit : « Le sujet l'identité canadienne moderne du XXIe siècle est au centre de la géopolitique et du conflit mondial. C'est un sujet qui place le peuple du Canada et les peuples du monde au centre des événements. »

Aujourd'hui nous vivons dans un système traversé de profondes contradictions qui s'exacerbent par bonds en même temps que les contradictions internationales, a-t-elle souligné. « Cette situation engendre le trait caractéristique de ce moment déterminant dans l'histoire : aucune force dans le monde ne peut plus agir comme avant. La pression liquidatrice qui caractérise le retrait de la révolution est telle que toutes les forces doivent accepter la réalité actuelle et tracer leur voie en rompant avec les fardeaux du passé. »

« À chaque époque historique, il arrive un temps où ce n'est pas la continuation du passé dans le présent qui garantit l'avenir, a dit Sandra. Au contraire, c'est la rupture avec le passé qui assure que le présent créé sur cette base garantira l'avenir. »

Elle dit que « lorsque nous parlons de définir la personnalité moderne, nous devons garder à l'esprit qu'il faut qu'il existe quelque chose de réel avant que cela ne se reflète au niveau de l'être humain, de la société ou de toute autre chose. La personnalité moderne d'une société, d'une personne, d'un collectif doit d'abord être créée. » Elle a indiqué qu'à cause de son absence actuellement, il était très difficile de la définir. « Peut-on dire que le premier ministre du Canada est une personnalité moderne que l'on veut imiter ? Qui voudriez-vous imiter ? », a-t-elle demandé. Elle a dit qu'à son avis « il faut cerner certains traits et caractéristiques que l'on admire, puis essayer d'élaborer comment créer une situation dans laquelle ces traits et caractéristiques peuvent être généralisées ».

Sandra a ensuite abordé le problème qui vient du fait que les gens sont bombardés de tant de contrefaçons « qu'il devient extrêmement difficile de s'orienter, sans compter établir une ligne de marche ». Elle en a donné plusieurs exemples.

« Il y a dix ans, avec la fin de la division bipolaire du monde, beaucoup de bruit a été fait au sujet du triomphe de la démocratie en Russie, partout dans le monde on entretenait l'espoir que maintenant tous les problèmes de la Russie allaient trouver une solution. Que s'est-il passé ? Quelles sont les caractéristiques de la « société libre », de la société démocratique qui a remplacé celle qui existait auparavant dans ce pays ? Peut-on dire que Boris Eltsine incarne la personnalité moderne ? Auparavant, d'une manière romantique, les dissidents étaient présentés comme la personnalité moderne, mais quels sont les traits de cette personnalité, qu'ont-ils de modernes ? »

Expliquant les difficultés de cerner ce qui constitue la personnalité moderne, Sandra a donné l'exemple de ceux qui reçoivent un prix Nobel. Elle a rappelé le scandale qui avait éclaté il y a quelques années en Italie où des entreprises pharmaceutiques avaient acheté les responsables de l'attribution du prix Nobel de chimie. Au sujet du prix Nobel de la Paix, elle a dit : « Pendant des années, il a été remis à des criminels et des gangsters. Henry Kissinger est responsable d'un des plus grands massacres de masse. Il est responsable des bombardements intensifs du Cambodge, du napalm et des défoliants qui ont tué et blessé des milliers de personnes, sans parler de la destruction de l'environnement, pour soumettre par la violence un peuple au diktat des États-Unis. La même chose a été faite au Vietnam. Il a pourtant reçu le prix Nobel de la Paix. Comment explique-t-on cela ? »

Il y a également l'exemple du chef d'État israélien, Menachem Begin, qui est responsable d'actions lâches et meurtrières contre les peuples arabes dans les années quarante et après. Il a également reçu le prix Nobel de la Paix avant sa mort. En économie, a dit Sandra, le prix Nobel est décerné à des professeurs éminents, mais les problèmes de l'économie ne sont pas résolus. En médecine, même ceux qui adhèrent à des théories nazies reçoivent le prix Nobel.

Après avoir donné ces exemples des contrefaçons qui sont présentées au peuple, Sandra a expliqué que le manque de crédibilité du prix Nobel de la Paix est si grand qu'il est maintenant accordé à des personnes de la « société civile » qui défendent des sujets avancés par le gouvernement afin de faire accepter au peuple leur ordre du jour. Elle a donné l'exemple du « programme de sécurité humanitaire » du gouvernement canadien, qui est un élément du nouveau concept stratégique de l'OTAN. Le traité sur les mines terrestres est utilisé pour soutenir cet ordre du jour et le prix Nobel de la Paix a été accordé pour cela. « Jouant sur la profonde préoccupation des peuples du Canada et du monde pour la sécurité humaine, celle-ci est utilisée pour ouvrir la voie au concept impérialiste de la loi du plus fort », a indiqué Sandra.

« Nous sommes dans une période de dévalorisation, un période où des contrefaçons de toutes sortes sont proposées pour priver les peuples du monde de leurs capacités de changer la situation en leur faveur », a-t-elle dit. Sandra a terminé cette partie de sa présentation en disant : « Au cours de cette période, il faut reconnaître que sans destruction, il ne peut y avoir de construction. Comment peut-on définir la personnalité moderne sans tenir compte, sans voir tous les éléments qui créent la personnalité actuelle ? »

« Cela signifie, a-t-elle dit, que le peuple doit participer aux grands changements et créer une personnalité moderne. Par ses actes, il doit devenir le créateur du nouveau dont la qualité et la valeur seront reconnues et défendues par lui et par la société. »

« La thèse que je vous présente, a dit Sandra, est que la personnalité moderne, l'identité moderne du XXIe siècle, sera créée par les Canadiennes et les Canadiens eux-mêmes en affirmant leur droit de participer à la prise des décisions, d'établir l'ordre du jour de la société et de rallier de l'appui à cet ordre du jour. En d'autres termes, c'est un projet d'édification de la nation qui doit investir et investira le peuple de la souveraineté et conduira à de nouveaux arrangements qui placeront le peuple au centre de toutes les considérations. En travaillant ensemble, en apprenant ensemble pour que les collectifs puissent véritablement prendre leurs responsabilités sociales, nous progresserons. Une situation nouvelle sera créée.

Sandra a déclaré aux étudiants : « A mon avis, travailler ensemble comme vous l'avez fait pour cette conférence est ce qui crée la vie, l'enthousiasme, vous pousse à penser. Cela peut paraître un peu simpliste face aux graves problèmes du Canada, mais c'est en réalité le secret de la réussite. » « Nous sommes mortels, a dit Sandra, mais la vie dépend de nous, la production et la reproduction de la vie réelle de nous. Il est grand temps que nous devenions maîtres de nos vies. »

Haut de page


Lisez Le Marxiste-Léniniste
Site web:  www.pccml.ca   Courriel: bureau@cpcml.ca