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Numéro 34 -
19
février 2010
La Loi sur Investissement Canada a
son
fondement dans la destruction nationale
néolibérale
- K.C. Adams -
• La
Loi sur
Investissement Canada a son fondement dans la destruction
nationale
néolibérale - K.C. Adams
Mexique
• La nécessité du
renouveau
démocratique - Claude Brunelle
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La Loi sur Investissement Canada a son fondement
dans
la destruction nationale néolibérale
- K.C. Adams -
L'activité destructrice de
US
Steel, Vale,
Xstrata, West Fraser Timber
et AbitibiBowater est-elle une
activité criminelle ou simplement un
« non-respect
des règles » qui est matière à
débat ?
Les Canadiens attendent toujours le verdict dans
la
poursuite du gouvernement contre US Steel. Le monopole
américain
est accusé d'avoir violé l'entente qu'il a
signée
en 2007 sous l'autorité de la Loi sur Investissement
Canada
(LIC) quand il a fait l'acquisition de
l'aciérie canadienne Stelco.
Personne ne conteste que US Steel a violé
ses
engagements contractuels concernant l'emploi et la production. US
Steel
affirme qu'il a le droit de ne pas respecter l'entente parce que
les
conditions économiques ont changé et qu'il n'a
aucun
contrôle sur cela. Le monopole ajoute aussi que même
s'il a
signé l'entente en vertu de la LIC, il
considère cette loi comme illégitime et croit que
les
entreprises étrangères devraient avoir le droit de
ne pas
la respecter parce qu'elle porte atteinte au droit de
monopole.
Ils sont sûrement nombreux ceux qui pensent
que
les actions et la façon de penser de US Steel prouvent que
les
règlements et les lois régissant la conduite des
investisseurs étrangers sont nécessaires. Mais
au-delà de cette nécessité, comment se
fait-il
qu'une entreprise étrangère puisse s'en tirer aussi
facilement avec la violation des lois
existantes, aux dépens du bien-être des travailleurs
et
des régions qui sont affectés par ces actions et
cette
indifférence ? Pour répondre à cette
question, il faut remonter à la source des lois et des
politiques néolibérales qui sont maintenant
devenues la
politique et la pensée de tous les partis officiels
à la
Chambre des communes, à l'Assemblée
nationale du Québec et dans les parlements
provinciaux.
US Steel, Vale, Xstrata et les autres monopoles
étrangers sont convaincus qu'ils peuvent faire ce qu'ils
veulent
une fois qu'ils se sont emparés de
propriétés
canadiennes. La législation et les politiques
néolibérales du Canada ont convaincu les monopoles
que
rien dans les lois et les politiques du Canada ne va restreindre
leurs
activités quels que
soient les dommages qu'ils causent au bien-être des
travailleurs,
à leurs régions et à l'économie
socialisée.
Tous les gouvernements au Canada, qu'ils soient
conservateurs, libéraux ou néodémocrates,
répètent à coeur joie que le Canada
« est ouvert aux affaires ». Ils louangent
les
monopoles, qu'ils considèrent comme étant la source
de la
prospérité, et ils leur offrent toute l'aide
possible sur
les plans financier, juridique et fiscal, comme
l'impôt des sociétés qui sont maintenus
très
bas. Les partis au pouvoir et dans l'opposition ne font qu'un
avec les
monopoles et n'osent pas élever la voix contre eux. Le
seul
geste de rébellion semble avoir été celui du
premier ministre de Terre-Neuve et Labrador, Danny Williams, qui
a
révoqué les droits hydroélectriques et
forestiers
d'AbitibiBowater après que le monopole ait annoncé
la
fermeture du moulin de Grand Falls-Windsor. Ce geste qui
détonne
dans le paysage est l'exception qui confirme la règle. Les
Canadiens ne sont représentés par aucun
gouvernement qui
est prêt à se tenir debout devant les monopoles,
qu'ils
soient étrangers ou canadiens.
La réponse écrite du procureur
général du Canada à la contestation de la
LIC par
US Steel devant les tribunaux n'est pas de nature à
ébranler la confiance de quelque monopole que ce
soit : le
gouvernement canadien veut leur prouver qu'il ne pose aucune
menace au
droit de monopole, peu importe les conséquences naturelles
et
sociales.
Dans sa réponse, le procureur du gouvernement passe en
revue la
LIC et en cite des extraits de même que des extraits de
discussions qui ont eu lieu pendant et après son adoption
par le
parlement en 1985. Rappelons que le Parti conservateur de
Mulroney, au
pouvoir à l'époque, a remplacé l'Agence
d'examen
de
l'investissement étranger (AEIE) de
l'ère Trudeau par la LIC.
(Toutes les citations qui suivent sont
tirées du
Mémoire des faits et du droit du procureur
général
du Canada du 4 décembre 2009 en réponse à la
requête de US Steel. Elles sont traduites de l'anglais par
Le
Marxiste-Léniniste.)
« 33. L'article 2 de la LIC
définit
ses objectifs comme suit :
« 2. Étant donné les
avantages
que retire le Canada d'une augmentation du capital et de l'essor
de la
technologie et compte tenu de l'importance de préserver la
sécurité nationale, la présente loi vise
à
instituer un mécanisme d'examen des investissements
importants
effectués au Canada par des non-Canadiens de
manière
à encourager les investissements au Canada et à
contribuer à la croissance de l'économie et
à la
création d'emplois, de même qu'un mécanisme
d'examen des investissements effectués au Canada par des
non-Canadiens et susceptibles de porter atteinte à la
sécurité nationale. »
La LIC limite considérablement sa
portée
en réduisant son mandat à la protection de
« la sécurité nationale ».
Elle
suit une logique d'« ouverture aux
affaires » qui
« encourage les investissements » avec peu
ou pas
de restrictions. Une autre limitation de la loi se voit à
la
nouvelle expression
« avantage net » qui remplace
« l'avantage appréciable » dans la
partie
de la loi qui porte sur les conditions d'investissement.
La réalité de l'investissement est
bien
différente des portraits embellis du
néolibéralisme. Dans les pays capitalistes
développés, l'investissement étranger en
cette
ère de mondialisation ne vas pas
généralement dans
les installations nouvelles où tout est à
bâtir
mais dans des prises de contrôle d'entreprises existantes.
L'investissement comprend
habituellement des changements de mains des capitaux d'emprunt au
sein
de l'oligarchie financière pour le contrôle d'avoirs
existants. C'est ce qui s'est passé avec Stelco, Inco,
Xstrata
et avec la plupart des autres gros
« investissements » étrangers. Ces
investissements n'ont pas encouragé « la
croissance
de l'économie et la
création d'emplois » ou donné au pays
une
« augmentation du capital ou un essor de la
technologie ». Bien au contraire, l'investissement
néolibéral étranger fait bien souvent le
contraire. Il concentre la propriété globale et
permet
aux propriétaires du capital de fermer ou de
réduire des
entreprises qui dans le passé ont pu être des
concurrents actifs et sont très viables et productives
mais qui
font aujourd'hui la même production que d'autres
entreprises de
l'empire sans limite ou ne cadrent tout simplement plus dans
l'empire
et sont réduites et réorganisées
jusqu'à
leur destruction.
La grandeur même des avoirs de plusieurs
monopoles
internationaux est une menace aux réclamations des
travailleurs
au produit social qu'ils créent. Le lock-out des
métallos
de US Steel à Lake Erie Works et la grève à
Vale
Inco sont un exemple du pouvoir que les monopoles internationaux
pensent posséder pour faire pression sur les
travailleurs canadiens afin de leur arracher des concessions. La
quantité de valeur ajoutée qui demeure dans la
région où opère une entreprise
particulière
dépend beaucoup du niveau d'éloignement des
propriétaires du capital et de la dette par rapport
à la
région concernée. On n'a qu'à penser
à une
entreprise familiale qui garde le profit dans la
région à l'opposé des propriétaires
du
capital et de la dette qui vivent vraisemblablement à New
York,
Londres, Tokyo ou Toronto.
La récente acquisition de Cadbury par Kraft
offre
un exemple de concentration de la propriété qui
comprend
un transfert de capital entre propriétaires basés
aux
États-Unis et en Grande-Bretagne. Cette concentration de
la
propriété au sein de l'empire Kraft menace les
usines de
Toronto et de Hamilton et ne représente aucun avantage net
pour
le
Canada. On ne fera pourtant pas intervenir la LIC parce que cette
acquisition ne relève pas de son mandat, qui est de
protéger la « sécurité
nationale ».
De plus, la position de la LIC de 1985 est
très
conciliatrice si on la compare à celle de l'AEIE. On le
voit
dans la réponse du procureur général :
« Le but des articles 39 et 40 (de la LIC) 'n'est pas de
pénaliser une conduite criminelle mais d'assurer le
respect de
la loi'. Les procédures intentées selon les clauses
en
question ne sont
pas de nature criminelle ou quasi-criminelle. Le but des
procédures n'est pas de 'déterminer un
châtiment
criminel mais de faire respecter l'ordre' en ce qui concerne
l'investissement étranger tel que couvert par la LIC. Ce
mécanisme n'a pas pour but de 'punir' l'investisseur
étranger. [...] Rien n'indique que l'objectif des
prescriptions
contenues
dans l'article 40 de la LIC est de réparer un tort
causé
à la société. »
Comment justice peut-elle être faite s'il
n'y a
pas de recours ? Le gouvernement prétend qu'aucun
délit n'a été commis par US Steel, Vale,
Xstrata
et compagnie. Les travailleurs et leurs alliés voient les
choses
bien différemment. Les actions de ces monopoles sont
criminelles
et moralement répréhensibles, dans la mesure
où
elles ont des
conséquences graves pour les travailleurs, les
régions et
l'économie socialisée. Ce sont des crimes sociaux
tout
aussi graves que ceux commis par des individus et ont très
souvent des conséquences beaucoup plus étendues,
touchant
souvent des milliers de personnes à la fois.
Le procureur général se donne
beaucoup de
mal pour apaiser US Steel. Il dit que le but des articles 39 et
40
n'est pas d'obtenir réparation pour torts commis :
« La LIC se distingue clairement de procédures
pénales ou quasi-pénales qui servent
généralement à protéger le public
contre
des torts attribuables à une conduite qui est
'par sa nature même moralement et socialement
répréhensible', qui relève du criminel, par
opposé à une loi qui vise à
réglementer
l'économie et à décourager la conduite qui
nuit
à l'intérêt économique
national. »
Dans la perspective des propriétaires du
capital
et de leurs représentants politiques, les impacts que
subissent
les travailleurs et les régions ne sont pas causés
par
une conduite criminelle ou « moralement et socialement
répréhensible ». On ne peut pas exiger
une
réparation de tort parce que ce n'est pas un acte
criminel, ce
n'est
qu'un non-respect d'une règle. Il faut donc conclure que
les
propriétaires du capital peuvent faire à peu
près
tout ce qu'ils veulent avec leur propriété sociale
et le
gouvernement peut intervenir en cas de non-respect de certaines
règles mais ne doit pas exiger de réparation de
torts ou
entamer des poursuites au criminel.
Les travailleurs doivent discuter du crime et
châtiment dans une société moderne et dans
une
économie socialisée, car les contradictions sont
nombreuses et évidentes. Posez-vous la question :
Qu'est-ce
qu'un crime économique ? Les récentes
activités de US Steel, Vale, Xstrata, West Fraser Timber,
AbitibiBowater et autres ne sont-
elles pas de naturel criminelle et moralement
répréhensibles ? Dans la perspective des
travailleurs et de leurs alliés, la destruction de
l'économie du Canada est une activité criminelle
qui doit
être punie et qui doit entraîner une
réparation de
tort. Le procureur général semble vouloir
établir
une protection à toute épreuve contre les
poursuites en
justice des propriétaires du capital qui portent atteinte
à l'économie socialisée.
Si un employé, par exemple, prend de
l'argent
d'une entreprise publique ou d'une agence de service public,
argent qui
ne correspond pas à un travail, un salaire ou un droit
public
légitime, cela est considéré comme de la
corruption et comme un acte criminel. Mais prendre de l'argent
qui ne
correspond pas à un travail ou un salaire d'une
entreprise privée qui n'est pas liée aux programmes
sociaux, cela n'est pas considéré comme un acte
criminel.
Cela s'appelle réaliser un bénéfice ou
percevoir
un intérêt ou un loyer, et plus le
bénéfice
retiré est grand, plus le geste fait l'objet d'admiration
des
propriétaires du capital. Dans une entreprise publique de
production, comme Hydro-
Québec ou BC Hydro, les bénéfices
appartiennent au
public et ils sont censés être remis dans
l'économie d'une manière à servir le bien
public,
comme l'investissement dans les programmes sociaux ou dans la
reproduction de l'entreprise publique. Dans les monopoles
privés, qui de par leur nature même sont en fait des
entreprises publiques et
socialisées (il n'y a que la propriété qui
est
privée), les bénéfices sont retirés
de
l'entreprise par certains individus et souvent retirés de
l'économie de la région, au détriment du
bien
public. Cette pratique qui consiste à retirer une valeur
ajoutée d'une entreprise socialisée uniquement
à
titre de pourcentage de la propriété du capital et
de la
dette, sans
que cela ne corresponde à un travail fait, n'est pas
considérée comme une activité criminelle ou
moralement répréhensible. Au contraire, c'est
considérée comme une activité louable et
encouragée par la loi. En cette ère des monopoles
mondiaux, la classe ouvrière doit contester
l'idéologie
à la base du fonctionnement de l'économie
socialisée.
Ne se contentant pas de définir les
pratiques
dommageables comme de bonnes pratiques d'affaires et non comme
une
activité criminelle, les gouvernements et les lois en
vigueur
réduisent même le
« non-respect »
à un baragouin néolibéral :
« 55. Il est significatif à cet
égard que, contrairement à l'Agence d'examen de
l'investissement étranger (AEIE), la LIC ne punit pas le
non-respect en tant que tel. Au contraire, les procédures
en
vertu de la LIC sont basées sur une approche qui laisse
place
à la discrétion, une approche graduelle et
volontaire
quand aux mesures à prendre
dans les cas de non-respect. Un non-Canadien ne s'expose
qu'à
des peines civiles pour non-respect s'il ne se conforme pas
à
une demande ministérielle en vertu de l'article 39 et que
le
ministre choisit de faire appel aux tribunaux en vertu de
l'article 40.
Alors seulement les sanctions prévues à l'article
40
sont-elles applicables. De plus, la décision
du ministre de faire une demande et d'autoriser l'application des
articles 39 et 40 ne saurait être considérée
comme
étant aussi arbitraire que le prétend US Steel. La
LIC
investit expressément le ministre de la
responsabilité
d'administrer la LIC et lui assigne la tâche de voir
à ce
que les investissements soient faits selon la loi.
« 56. Inversement, si le sujet
visé
par la demande cesse la contravention, remédie au
non-respect,
démontre qu'il n'y a pas contravention ou justifie le
non-respect à la satisfaction du ministre, alors il ne
s'expose
à aucune conséquence civile. Le droit pénal
n'a
pas cette flexibilité. Si un voleur vole quelque chose
puis
change d'avis et
retourne la chose à son propriétaire, il
n'échappe
pas à la poursuite au criminel pour autant. Le
méfait est
commis dès qu'il y a vol intentionnel. La
réparation des
torts n'influe que sur la sévérité de la
sentence.
Aux termes de la LIC, on peut éviter toute
conséquence
civile du non-respect en répondant à la demande du
ministre en vertu de l'article
39. »
Ce n'est pas une règle de droit, c'est une
règle d'hommes puissants et privilégiés. La
justice dépend de si le ministre « choisit de
faire
appel aux tribunaux en vertu de l'article 40 ». Dans
le cas
de US Steel, le ministre a choisi de demander une ordonnance,
mais il
l'a fait exceptionnellement, car aucun autre monopole qui a tout
aussi clairement porté atteinte aux intérêts
des
Canadiens, comme Vale et Xstrata, n'a fait l'objet d'une telle
demande.
Le raisonnement décrit par le procureur
général
nous ramène à l'injustice du moyen-âge,
à la
loi de l'épée et à la loi des puissants sur
les
masses ignorantes et analphabètes. Les travailleurs
modernes
peuvent très bien gérer leur
société et leur économie socialisée
sans le
diktat d'« hommes forts ».
Dans l'économie socialisée moderne,
avec
la grande production industrielle, les actions des
propriétaires
du capital qui font du tort aux travailleurs, aux régions
et
à l'économie doivent être
considérées
comme des actes criminels et châtiées par un
état
de droit qui reconnaît la nature sociale de
l'économie
dans laquelle les gens vivent et
travaillent. Le monopole n'est pas l'équivalent d'une
propriété paysanne ou d'une exploitation agricole
familiale, où l'action économique des
propriétaires n'affecte plus ou moins que lui-même
et sa
famille. Les décisions prises au sein des principales
entreprises de l'économie socialisée nous affectent
tous
et ne doivent pas être la chasse gardée
d'une toute petite élite de propriétaires du
capital qui
ne veillent qu'à ses intérêts. Les moyens et
les
institutions servant à exercer un contrôle sur la
direction de l'économie doivent refléter le
caractère socialisé de l'économie de la
grande
production industrielle, à laquelle participe la presque
totalité des habitants et dans laquelle tous doivent
être
pleinement informés et avoir droit de regard sur les
décisions et les plans économiques. Les
travailleurs
modernes doivent avoir le droit de regard et les institutions
économiques nécessaires doivent être
établies pour garantir ce droit en pratique.
La LIC de 1985 était un moyen d'annoncer au
monde
que le Canada est « ouvert aux affaires »
et
qu'il s'engageait à instituer d'autres instruments
d'économie néolibérale, comme les accords de
libre-échange, pour annexer le Canada au système
impérialiste d'États sous la domination des
États-Unis, et à laisser le champ libre au
droit de monopole. La réponse écrite du procureur
général dans l'affaire US Steel et
l'indifférence
du ministre de l'Industrie face à l'activité
destructrice
de Vale, Xstrata et d'autres monopoles exposent cette tendance
néolibérale dans la politique canadienne, tendance
qui
domine sans conteste aujourd'hui en l'absence d'une opposition
ouvrière
effective dans les institutions politiques du pays. Voici ce que
dit le
procureur général :
« 58. Le changement significatif entre
l'Agence d'examen de l'investissement étranger et la Loi
sur
Investissement Canada (LIC) était un choix
délibéré, signalant un éloignement
par
rapport au modèle de sanction pénale en cas de
non-respect. Le ministre qui a présenté le projet
de loi
C-15 a expliqué qu'à l'exception de l'article 36,
les
dispositions sur l'application de la loi contenues dans la LIC
prévoient un mécanisme civil conçu pour
encourager
le respect du régime prescrit par la loi :
« 'Pour assurer le respect du projet de
loi,
les clauses 39 à 43 prévoient certaines sanctions,
mais
contrairement à la loi en vigueur, le projet de loi C-15
propose
des sanctions civiles plutôt que pénales. Il n'y a
qu'une
seule exception. Il prévoit une sanction pénale en
cas de
bris de confidentialité ou de fausse
déclaration.' »
À l'époque, des experts avaient
signalé que « les dispositions sur
l'application de
la
loi reflètent une attitude différente par rapport
à la loi précédente. Avec cette
dernière,
le fait de ne pas aviser de l'intention d'un investissement
entraînait dans un premier temps une déclaration de
culpabilité par procédure sommaire, punissable par
une
amende n'excédant pas 5 000 $. Le refus d'aviser
après avoir reçu une demande exprès du
ministre
aux termes de l'article 8(3) pouvait entraîner une amende
n'excédant pas 10 000 $ ou l'emprisonnement pour une
période n'excédant pas six mois, ou les deux.
« Par contraste, quand un non-Canadien
est
trouvé coupable de n'avoir pas donné d'avis ou fait
de
demande, ou fait un investissement contraire à la loi, le
ministre peut lui envoyer une note lui demandant de cesser la
contravention, de réparer les torts et ainsi de suite. Si
l'investisseur non-canadien ne se conforme pas à la
demande du
ministre, celui-ci peut faire appel à une cour
supérieure
pour obtenir un recours civil. Cela peut comprendre une
sanction n'excédant pas 10 000 $ pour chaque jour de
contravention à la LIC. Mais cela demeure une sanction
civile. »
L'auteur de Investing in Canada : The
Pursuit
and Regulation of Foreign Investment note concernant les
sanctions
prévues par la nouvelle loi :
« L'investisseur
qui a commis un faux pas sera heureux d'apprendre qu'il ne
s'expose
à aucune sanction pénale. Pourquoi la loi ne
prévoit-elle aucune sanction
pénale ? Le recours civil sera suffisant,
déclare le
parlement. Le gouvernement conservateur voulait améliorer
l'image du Canada à l'étranger. Une façon de
le
faire était d'éliminer toute mention de sanction
criminelle dans la loi sur l'examen de l'investissement
étranger. »
Ces citations témoignent d'une prise de
contrôle néolibérale et du début d'un
processus de destruction nationale. L'offensive antisociale qui a
commencé dans les années 1980 s'attaquait elle
aussi au
niveau de vie des travailleurs syndiqués et au contrat
social
qui les liait aux propriétaires du capital depuis la
Deuxième Guerre mondiale. Les
changements législatifs de l'époque signalaient le
début d'une attaque en règle contre
l'économie
socialisée et la classe ouvrière du Canada.
En plus de l'augmentation de la
propriété
étrangère des secteurs de base de l'économie
canadienne et de la concentration de la propriété
entre
les mains d'une poignée de propriétaires du capital
et de
la dette, la prise de contrôle néolibérale a
également accéléré l'affluence du
capital
non réglementé.
Sur le front économique, le
néolibéralisme marginalise davantage le peuple par
rapport à la direction de l'économie. Il faut
remédier à cette absence de contrôle si l'on
veut
stopper la destruction nationale. Le Parti
marxiste-léniniste du
Canada encourage les travailleurs et leurs alliés à
s'unir pour bâtir une opposition officielle
ouvrière. La
clé
est que tous s'activent d'une façon ou d'une autre en tant
que
politiciens ouvriers. Les Canadiens ne peuvent pas se permettre
de
croire qu'ils vont avoir une représentation qui
défende
leurs intérêts en comptant sur le système de
partis-cartels. Il n'y a que le peuple, constitué en une
force
politique indépendante des propriétaires du
capital, qui
puisse arracher le contrôle de l'économie des mains
des
monopoles.

Mexique
La nécessité du renouveau
démocratique
- Claude Brunelle -
 
Les manifestants au
Sommet sur la sécurité et la
prospérité à Montebello, au
Québec,
en août 2007,
dénoncent la braderie de la souveraineté du
Mexique. Sur
des pancartes: « La patrie n'est
pas à vendre, elle doit être défendue
»,
« Non au PSP ».
Le peuple mexicain a une fière tradition
d'opposition au colonialisme et à l'impérialisme,
et
d'affirmation de ses droits. Cette année, le Mexique,
comme
plusieurs autres pays latino-américains, débutera
les
célébrations du 200e anniversaire
d'indépendance
de la domination coloniale espagnole. Les Mexicains ont
réalisé deux révolutions et mené
des batailles sanglantes pour s'opposer à l'agression
impérialiste française puis américaine,
cette
dernière ayant résulté en la perte de plus
de la
moitié de leur territoire. La Constitution mexicaine
reconnaît la souveraineté des peuples et le respect
de
celle des autres pays. Elle reconnaît les ressources
naturelles
et énergétiques du pays en tant que
patrimoine national. Elle interdit la domination de la
trésorerie de l'État mexicain par l'oligarchie
financière internationale. Elle interdit à
l'armée
mexicaine de prendre part à des guerres d'agression ou
à
des pactes militaires étrangers. Elle reconnaît le
droit
au logement, au vêtement, à la nourriture et
à
l'éducation. Cependant, la réalité à
laquelle
font face les Mexicains aujourd'hui est celle d'un gouvernement
au
service des
monopoles et des intérêts étrangers qui a
imposé la violation des droits et l'impunité comme
norme.
Pour que les droits soient reconnus, il faut le
pouvoir
politique d'établir le moyen de les exprimer. Une question
cruciale pour le peuple mexicain est de savoir comment mettre fin
à sa marginalisation politique et comment réaliser
son
pouvoir décisionnel de manière à pouvoir
exercer
un contrôle sur ses affaires. Un bref aperçu des
arrangements
politiques du Mexique met en lumière l'impérieuse
nécessité du renouveau de la démocratie dans
l'intérêt du peuple.
Pour ce qui est du bureau du président,
puisque
Felipe Calderón a été élu à ce
poste
en 2006, les violations de la Constitution et des droits du
peuple se
sont multipliées et se font dans la plus grande
impunité.
Avec sa reddition de la souveraineté du Mexique par la
conclusion du « Partenariat pour la
sécurité
et la prospérité » avec
les États-Unis et le Canada, ainsi que la militarisation
de la
frontière américano-mexicaine, en
coopération avec
l'armée américaine, entre autres choses, la
présidence de Calderón peut être
caractérisée comme une trahison de la nation.
Pour ce qui est de la branche législative,
les
députés du Congrès et du Sénat sont
élus au suffrage universel. Le parti qui obtient la
majorité forme le gouvernement et dirige le pays.
Actuellement,
le parti au pouvoir est l'ultra-conservateur Parti d'Action
nationale
(PAN) dont Calderón fait partie. Le PAN a perdu sa
majorité lors des élections de
juillet 2009, ce qui le force à gouverner avec la
coopération du Parti révolutionnaire institutionnel
(PRI), un parti qui n'est pas du tout révolutionnaire et
qui,
avant les années 1980, a occupé le pouvoir pendant
70
ans. Ils sont semblables aux partis conservateur et
libéral du
Canada. Le premier défend carrément le droit de
monopole
et la politique
d'annexion des États-Unis, tandis que l'autre
prétend
être pour les intérêts du peuple, mais fait
hypocritement la même chose que le PAN.
Le système politique comprend aussi un
organisme
gouvernemental apparemment non partisan, l'Institut
fédéral électoral (IFE), chargé de
l'organisation des élections, du décompte des
résultats, de la distribution des fonds publics aux partis
politiques et de la supervision de leurs activités pendant
la
période électorale. L'IFE comprend un
tribunal électoral qui reçoit les plaintes pendant
et
entre les élections. Cela comprend les plaintes des
membres des
partis politiques enregistrés qui prétendent que
leurs
droits ont été violés par leur parti ou par
un
autre parti enregistré. Alors qu'en théorie cet
organisme
est indépendant du gouvernement, le président de
l'IFE
est élu par le Sénat, ce
qui signifie que le parti au pouvoir a le luxe d'élire une
personne favorable à ses intérêts. En outre,
l'actuel président de l'IFE, Leonardo Valdés
Zurita, en
poste depuis 2008, est lui-même un compagnon de voyage de
l'élite bourgeoise du Mexique, dont le compagnon d'un ami
proche de l'épouse du président
Calderón.
Depuis 2006, à de multiples occasions,
l'influence politique partisane a été
exercée sur
l'IFE afin de rendre des décisions favorables au PAN.
L'ascension en 2006 de Calderón à la
présidence a
été le résultat du refus du tribunal
électoral d'examiner les nombreuses
irrégularités
qui ont eu lieu pendant la campagne électorale, ainsi que
son
refus
de se conformer aux normes relatives au recomptage des votes, qui
autrement aurait confirmé la victoire de l'opposition,
soit
celle du
candidat présidentiel Manuel Lopez Obrador de la coalition
de
gauche.
Par la suite, le tribunal n'a pas perdu l'occasion
de
rendre des décisions défavorables à
l'opposition
et de déclarer Obrador, ainsi que le mouvement dans lequel
il a
conduit des milliers de Mexicains, vaincu. Dans le dernier
incident de
ce genre, le tribunal a profité d'une plainte
déposée par un membre du Parti travailliste (PT)
concernant
l'application de la politique de parti, à s'immiscer dans
les
affaires internes du parti. En rendant à la fin de janvier
sa
décision en la matière, le tribunal a non seulement
déclaré la politique du parti non valide, mais sur
cette
base a délogé la direction entière du parti,
y
compris le président, et a ordonné que de nouvelles
politiques soient adoptées et
que les élections à la direction se tiennent en
juillet.
Le PT est l'un des principaux alliés d'Obrador et il a
réalisé des gains importants contre le PAN et le
PRI dans
les élections de juillet 2009.
Cette réalité démontre que,
sans le
renouveau démocratique, il est impossible pour le peuple
mexicain d'avoir le pouvoir de décision ainsi que le
pouvoir de
faire appliquer et défendre ses décisions. En
réponse à la nécessité du renouveau
démocratique, le Tekizetiliztli du Mexique (l'Union des
travailleurs du Mexique, en langue nahuatl)
organise un Congrès sur la souveraineté au
début
d'octobre 2010 et appelle toutes les forces politiques et
démocratiques à s'unir pour faire de ce
congrès un
succès et un pas important dans la lutte du peuple
mexicain pour
le renouveau démocratique et leur droit de
décider.

Lisez Le
Marxiste-Léniniste
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