Le Marxiste-Léniniste

Numéro 30 - 13 février 2010

Forum contre la violence policière et l'impunité

La fin de la violence policière et de l'impunité
passe par la reconnaissance que tous et toutes
ont des droits du fait de leur humanité

Forum contre la violence policière et l'impunité
La fin de la violence policière et de l'impunité passe par la reconnaissance que tous et toutes ont des droits du fait de leur humanité - Serge Lachapelle
Justice et vérité pour Fredy Villanueva! Justice et vérité pour toutes les victimes de la brutalité policière!
Une plainte en déontologie déposée contre le commandant du poste 15 - Agence de presse libre de La pointe

Haïti
Protecteurs des intérêts d'Haïti - John Maxwell, The Jamaican Observer

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Forum contre la violence policière et l'impunité

La fin de la violence policière et de l'impunité
passe par la reconnaissance que tous et toutes
ont des droits du fait de leur humanité

Du 29 au 31 janvier s'est tenu, au Centre communautaire de Parc Extension, le Forum contre la violence policière et l'impunité. Près de 200 personnes dont beaucoup de jeunes ont participé aux ateliers, tables rondes, panels, témoignages, partages de connaissances et prestations culturelles.

L'événement portait la marque de la jeunesse tant dans sa forme que dans son contenu. Comme l'ont souligné dès le début les organisateurs, nous voulons que le forum soit un espace où les participants se sentent libres, à l'aise de s'exprimer et de discuter de leurs expériences. C'est dans cet esprit qu'on avait décider d'interdire la présence de la police et des médias de masse et que toutes les mesures pratiques avaient été prises pour faciliter le déroulement du forum.

Les nombreuses interventions étaient teintées de cet esprit de la jeunesse qui refuse de s'incliner devant qui que ce soit et qui n'hésite pas à nommer les choses par leur nom. Cela a donné lieu à des discussions animées et concrètes avec l'objectif de faire avancer la cause de mettre fin à la violence policière et l'impunité. L'essence de toutes ces interventions pourrait se résumer en une phrase : « La fin de la violence policière et de l'impunité passe par la reconnaissance que tous et toutes ont des droits du fait de leur humanité »; et tous ont pris la parole, y compris les plus marginalisés de la société, et ont affirmé leur droit d'être.

Parmi les interventions, il y avait celle des deux jeunes filles de Kabataang Montréal (KM) Jillian Sudayan et Kristle Alarcon. KM est une organisation de jeunes Philippins. Elles ont souligné entre autre que les problèmes de la communauté philippine sont attribuables à une politique migratoire raciste. Elles ont donné l'exemple du programme d'aide domestique, un programme raciste et anti-femme.

Elles ont ajouté que beaucoup d'immigrants ont perdu leurs illusions sur le Canada présenté comme une terre de prospérité. « Dans ce contexte, on voit la police comme un autre appareil oppressif de l'État qui criminalise et marginalise nos communautés. »

Il y a une énorme pression pour adopter le mode de vie du chacun pour soi plutôt que de s'attaquer aux problèmes, ont-elles conclu.

Les interventions des représentants de la communauté autochtone, dont Bridget Tolley, une algonquine originaire de Kitigan Zibi Anishinabeg, Ellen Gabriel, issue de la nation Mohawk et présidente de l'Association des femmes autochtones, et Jessica Yee, également issue de la communauté Mohawk, militante autochtone auprès des jeunes et des femmes et musicienne de hip hop, ont été hautement appréciées.

Elles ont tous fait ressortir la violation des droits humains dont sont victimes les autochtones, et le rôle de l'État canadien et de la police dans cette violation. Comme l'a souligné Ellen Gabriel, tout a commencé avec le Indian Act qui a déterminé qui était un vrai Indien et qui ne l'était pas. « Les lois qu'on nous impose, a-t-elle dit, sont des lois coloniales et archaïques qui ne sont pas basées sur les droits humains. » « On traite les femmes comme on traite la Terre Mère. »

Comme plusieurs intervenants, elle a dénoncé le rôle des médias monopolisés qui se livrent à une véritable propagande haineuse à l'encontre des autochtones qui défendent leurs droits.

Quant à Bridget Tolley, elle a parlé de sa lutte inlassable pour obtenir une enquête publique sur la mort de sa mère. Le 5 octobre 2001, sa mère, Gladys Tolley, fut frappée mortellement par une patrouille de la Sûreté du Québec (SQ) sur l'autoroute 105, près de Maniwaki. L'enquête de la SQ portant sur la mort de Gladys Tolley a été menée par le frère du policier responsable de l'accident et le coroner assigné au dossier a rempli son rapport sans avoir examiné le corps de la victime. L'enquête a été fermée sans que la famille n'en soit avertie et la SQ conserve à ce jour une attitude malhonnête et de confrontation avec la famille.

Un événement particulièrement émouvant a eu lieu samedi en soirée. Sous le thème « Plus jamais ! Des familles dénoncent les bavures policières et l'impunité », Bridget Tolley, Francine Registre, Najaa Bennis et Lilian Maribel Madrid Antunes Villanueva se sont adressées aux participants.

Après avoir dressé un bilan de la violence policière à Montréal et au Québec, les animateurs François du Canal, membre du COBP, et Nargess Mustapha, porte-parole de Montréal-Nord Republik, ont donné la parole aux familles.

Ce qui ressortait clairement de ces interventions c'est l'absence d'aide de l'État pour passer à travers cette épreuve et surtout pour obtenir justice et vérité pour les victimes. On a également souligné les nombreuses tentatives de dénigrer les victimes et de les faire passer pour des criminels, et ce, avec la complicité des médias monopolisés. On a aussi dénoncé le rôle particulièrement abjecte de la Fraternité des policiers et policières de Montréal qui agit comme un État dans l'État et qui fait tout pour empêcher la tenue d'une véritable enquête publique.

La mère de Fredy a dit qu'après avoir enlevé la vie à son fils Fredy, on menace maintenant de déporter son autre fils Dany. Il est clair, a-t-elle dit, que cela est lié à l'enquête sur la mort de Fredy. On veut m'empêcher de parler. » Elle a invité les gens à l'aider dans cette lutte pour obtenir justice.

La première intervention lors de la période de questions a été justement pour demander à la salle de prendre des mesures pour qu'une première action soit tenue le plus rapidement possible pour exiger que Dany Villanueva reste au Québec.

Alexandre Popovic, militant de longue date contre la brutalité policière et l'impunité et qui a été arrêté à douze reprises entre 1995 et 2002, a insisté sur l'importance de mener la bataille sur le front judiciaire. Il a donné l'exemple d'une victoire obtenue sur ce front. Avant 2004, toutes les arrestations se terminaient par une accusation d'attroupement illégal. Maintenant, on parle d'une entrave au règlement municipal.

Tout en soulignant que le Québec détenait encore le triste record des arrestations de masse en Amérique du nord, il a insisté sur la nécessité de poursuivre la lutte. « Ce travail de soutien collectif est d'autant plus nécessaire puisque quand les accusés se retrouvent seuls, ils sont inévitablement victimes de pression les invitant à plaider coupables même si ce n'est pas le cas », a-t-il dit.

Le forum s'est terminé sur les propositions pour intensifier la lutte contre la brutalité policière et l'impunité. On a invité les activistes à maintenir et consolider leurs efforts en faveur de la justice et la dignité. « Soyons actifs et actives dans nos communautés et nos rues », ont demandé les organisateurs.

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Justice et vérité pour Fredy Villanueva!
Justice et vérité pour toutes les victimes
de la brutalité policière!

Le 3 février à midi trente, plus d'une centaine de personnes ont répondu à l'appel de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) et manifesté devant le Palais de Justice pour réclamer la fin de la brutalité policière et de l'impunité. La manifestation se tenait au moment où comparaissait Jean-Loup Lapointe, responsable de la mort de Fredy Villanueva.

Cette enquête publique qui, comme l'a déjà souligné le porte-parole de la CRAP, Alexandre Popovic, nous permettra tout au plus de connaître la vérité mais pas d'obtenir la justice, soulève plusieurs questions.

Selon le journaliste du Devoir, Brian Myles, qui a consulté les 136 documents de preuves déposés en décembre, l'enquête publique contredit déjà les informations communiquées par le SPVM le soir où Fredy Villanueva a été abattu. « Que sont devenus ces policiers encerclés, jetés au sol et étranglés par un attroupement d'une vingtaine de jeunes ? »

L'intensification des mesures de sécurité dont l'interdiction de diffuser des photos des policiers Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte et la permission donnée au policier Lapointe de porter son arme 24 heures sur 24 en préoccupe également plusieurs.

S'adressant aux manifestants, Pierre Luc du CRAP s'interroge : « Qu'est-ce qui nuit le plus à la sécurité: la publication d'une photo d'un homme de loi responsable de la mort d'un jeune de 18 ans sans histoire ou le fait que cet homme de loi continue de travailler au SPVM, de posséder une arme et demeure impuni pour le crime qu'il a commis. »

« La vérité c'est que la police cherche à faire oublier ses crimes. Lentement et sûrement, elle tente de déshumaniser les événements en les présentant comme un acte isolé, singulier et qui n'aurait aucun lien avec d'autres situations, bref rien ne serait structurel. Oui, on va le dire, l'impunité, cela fait partie de la structure de la police », a-t-il ajouté.

Pour Samir Shaleen-Hussain, du Comité justice pour Anas, ce rassemblement est important. « Il est surtout important de manifester contre ce système qui produit et protège ces policiers, un système qui, à travers le corps policier, le système de justice, les politiques et les lois, le système d'immigration et les frontières et la colonisation criminalisent les gens et les rendent malades à plusieurs niveaux. »

Il a terminé son allocution en lançant un appel à la lutte collective. « Les personnes qui ont assisté au Forum contre la violence policière et l'impunité pourront témoigner du pouvoir qui existe quand on mène une lutte collective. »

Pour Nargesse Mustapha, porte-parole de Montréal-Nord Republik, il ne fait aucun doute que le profilage racial existe.

« Le profilage racial n'est pas une exception, c'est systématique à Montréal, même les enquêtes internes du SPVM démontrent qu'il y a des interpellations abusives et que les policiers se rendent coupables de profilage racial. »

Elle a donné un exemple récent de brutalité policière et de profilage racial qui s'est produit à Québec et qui a mis la population en colère. Un policier a battu un fonctionnaire québécois d'origine salvadorienne, César Augusto Carrilo Marquez. Avant de le battre, le policier lui a dit : « On ne peut pas savoir c'est quoi l'hostie de prénom et le nom de famille avec un nom comme ça ! »

Comme si ce n'était pas assez, deux semaines plus tard, il a reçu une contravention. Nargesse se demande également pourquoi les avocats de la couronne s'objectent « chaque fois que la question de la race de la victime est évoquée » dans le cadre des témoignages de l'enquête.

« On dit vouloir une enquête transparente, mais la Ville ne semble pas vouloir s'attaquer au profilage racial. Il va falloir ouvrir les yeux et cesser de camoufler la xénophobie des autorités. » Pour elle, il est impossible qu'une telle cause puisse se poursuivre sans prendre position contre ce profilage.

Pour Alexandre Popovic, il est inadmissible que deux enquêtes publiques, celle de l'affaire Berniquez et celle de l'affaire Anas Bennis, fassent l'objet d'une requête en annulation par les policiers en Cour supérieure du Québec.

Donc, pour les policiers, « ce n'est pas suffisant d'être blanchis, ils entravent désormais la recherche de la vérité », dit-il.

Comme l'ont souligné plusieurs intervenants et manifestants, la mort tragique de Fredy Villanueva n'est pas un accident isolé mais le résultat d'une politique d'intensification de la criminalisation, une politique qui refuse de s'attaquer aux problèmes auxquels est confrontée la société.

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Une plainte en déontologie déposée
contre le commandant du poste 15

Deux militants du Centre social autogéré, présents lors de l'éviction cavalière du squat par la police le 30 mai 2009, ont décidé de porter plainte en déontologie contre le commandant Jean Ernest Célestin du poste 15.

Rappelons que, très pacifiquement, plus de 500 citoyenNEs ont pris part à l'ouverture d'un bâtiment vide situé au 2985 rue St-Patrick à Pointe-Saint-Charles. Une centaine de personnes étaient présentes lors de l'opération policière.

Le premier dépôt de la plainte a été refusé le 7 décembre dernier par le commissaire à la déontologie policière du Québec. Heureusement, il existe le droit de faire réviser la décision, ce que les plaignants Pascal Lebrun et Marcel Sévigny ont fait.

En janvier 2010, la plainte a été formellement acceptée par la Commission. Le commissaire a décidé de soumettre le tout à la conciliation qui est, selon ce que privilégie la Commission, « une tentative de règlement à l'amiable entre le plaignant et le policier visé ».

Bref rappel des faits

La plainte comporte 3 éléments. Le premier concerne le fait que le commandant avait pris l'engagement de maintenir le dialogue et qu'un rendez-vous était prévu vers 15 h à la grille pour négocier avec les occupant-e-s. Â leur arrivée, plutôt que d'entamer des pourparlers, les policiers ont immédiatement (et sans avertissement) démantelé la chaîne qui barrait la grille et ont tenté de forcer la porte de l'immeuble. Ainsi, le commandant manquait à sa parole de négociation en tentant de prendre par surprise les occupant-e-s des lieux. L'article du code de déontologie policière qui correspond à ce manque est le suivant : « Le policier doit se comporter de manière à préserver la confiance et la considération que requiert sa fonction. »

En donnant l'assaut au bâtiment avec un contingent du Groupe tactique d'intervention (GTI) armé jusqu'aux dents et aidé de contingents anti-émeute, alors que tout était calme et sans qu'aucune menace à la sécurité publique ne soit démontrée, le commandant a contrevenu à l'article 6 de son code déontologie : « Le policier doit éviter toute forme d'abus d'autorité dans ses rapports avec le public » et plus particulièrement doit éviter de « faire des menaces, de l'intimidation ou du harcèlement. »

Enfin, le troisième motif de la plainte concerne le contrôle que le commandant devait avoir sur ses troupes. Les plaignants croient injustifiable d'avoir laissé des policiers du GTI pointer leur arme sans justification sur la foule (voir photo) qui se trouvait à proximité de l'édifice lors de l'expulsion des occupant-e-s.


Intervention policière le 30 mai 2009. Le Groupe d'intervention tactique (GIT) a été mobilisé. (photos:lapointelibertaire.org sur flickr.com)

On voit ici un policier pointant son arme sur la foule d'environ 150 personnes qui se trouvait dans la rue. D'autres photos sont disponibles sur le compte Flickr de l'Agence de presse libre.

De l'avis des plaignants, le commandant Célestin responsable de l'opération et les policiers qui ont pointé leur arme sur la foule ont contrevenu à l'article 11 du code de déontologie qui stipule que « le policier doit utiliser son arme et toute autre pièce d'équipement avec prudence et discernement » et notamment qu'il ne doit pas « exhiber, manipuler ou pointer une arme sans justification ».

Nous croyons que de tels écarts de conduite de la part d'un policier en situation de commandement ne doivent pas être relégués aux oubliettes.

Une intervention injustifiée qui visait la répression du mouvement social

Il apparaît assez clairement que l'opération policière du 30 mai 2009 visait à sortir les occupant-e-s rapidement, de manière à les décourager et à faire un exemple. En effet, toute la démarche du Centre social autogéré s'est déroulée dans la transparence, la bonne humeur et sans violence (tout au plus quelques cadenas ont été coupés pour pénétrer dans le bâtiment). Lors de la prise du bâtiment, les forces policières ont eu l'air fou et mal préparées – ce qui est de leur faute car l'action du CSA était annoncée depuis plus de deux mois.

Les occupant-e-s étaient mieux préparé-es. En moins d'une journée, les occupant-e-s avaient rebranché l'électricité et l'eau courante. Tout le bâtiment était « remis aux normes », nettoyé et prêt à accueillir la soirée d'ouverture. Lors de l'occupation, personne n'a été blessé, on ne dénombre pas de bagarre, ni de maladie, ni d'autres malaises. Une équipe médicale coordonnée par deux médecins et quelques infirmières professionnelles étaient sur place avec tout le matériel nécessaire. Un pompier, en dehors de son service officiel, faisait aussi partie des occupant-e-s, de même qu'un électricien patenté.

L'intervention policière n'était donc pas justifiée par des questions de « sécurité du bâtiment », comme ont essayé de le faire croire à la fois les pompiers (dont l'accès au bâtiment a été refusée) et le service de police.

Nous avons aussi su (par un représentant du proprio) que le service de police a mis de la pression sur le propriétaire du bâtiment afin qu'il ordonne l'éviction des squatteurs. Le SPVM a soutenu auprès du proprio qu'il allait être légalement responsable des personnes qui utilisent son bâtiment si quoi que ce soit se produisait.

L'intervention policière visait très clairement à « casser » le mouvement et non pas à rectifier un désordre public. Aucun méfait contre le bâtiment n'a été commis, au contraire : il a été remis en état. Devant son incapacité à comprendre ce qui se passe dans les rues, la police a réagi de la seule façon qu'elle connaît : fesser fort pour faire peur et effacer sa propre humiliation.

Marcel Sévigny, Pascal Lebrun et M.S.
Agence de presse libre de la Pointe
lapointelibertaire[at]yahoo.ca
www.lapointelibertaire.org

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Haïti

Protecteurs des intérêts d'Haïti

C'est ironique, en autant qu'on aime son ironie servie avec du sang et du désinfectant, que le navire ancré à Port au Prince en ce moment soit le navire-hôpital étasunien USS Comfort, l'un des deux navires utilisés en 1994 comme baraques à esclaves dans le port de Kingston. Le Comfort apporte aujourd'hui de l'aide médicale aux gens blessés lors du grand tremblement de terre du 12 janvier.

En 1994, le Comfort et son acolyte ont servi d'installations temporaires de « traitement » des réfugiés haïtiens qui fuyaient le coup appuyé par les États-Unis et la tyrannie qui l'accompagnaient. Les réfugiés avaient été ramassés en haute mer ou dans les eaux de la Jamaïque en train de fuir un État-gangster appuyé par les États-Unis dont les méthodes de loi et d'ordre préférées étaient le meurtre par démembrement et l'abandon des cadavres dans les rues, de même que les violences contre les femmes et les enfants, incluant le viol en public, la défiguration et la terreur. Sur le nombre des personnes kidnappées en haute mer ou dans les eaux jamaïquaines, 78,5 % ont été renvoyées à leurs bourreaux et les autres ont été envoyées à Guantanamo Bay.

Ce triage barbare a été l'oeuvre conjointe du président des États-Unis, William Jefferson Clinton, et du premier ministre jamaïquain, Percival James Patterson. C'est Clinton qui y a mis fin parce qu'il ne voulait pas avoir la mort d'un dirigeant noir américain dans son dossier, sinon sur sa conscience. Randall Robinson, le président de TransAfrica, a jeûné jusqu'à la mort dans une dernière protestation désespérée contre le comportement barbare de son président.

Clinton avait hérité du « problème haïtien » de son prédécesseur qui était prêt à tolérer tous les Cubains à peau claire atteignant Miami Beach mais pas les Haïtiens. Le fait que les Cubains, les Jamaïquains et les Mexicains étaient des réfugiés économiques tandis que les Haïtiens craignaient réellement pour leur vie ne le faisait pas changer d'idée.

Timothy Carney, un ex-ambassadeur des États-Unis à Haïti, l'a dit très clairement en 1992 lors du lancement de Haiti Democracy Project, une des organisations non gouvernementales étasuniennes les plus importantes à Haïti. Le lancement avait lieu à la Brookings Institution, un des « centres de recherche » les plus en vue à Washington.

Carney a dit :

« L'ambassadeur Roger Noriega a mentionné qu'une de nos préoccupations c'est de défendre les droits humains mais il a oublié de dire que notre préoccupation fondamentale c'est de défendre Miami Beach. Nous ne voulons pas de ces Haïtiens à Miami Beach. C'est une question fondamentale pour les États-Unis. Maintenant que vous avez compris cela, il est à souhaiter que vous allez formuler des politiques qui permettent aux Haïtiens de connaître la prospérité chez eux.

« Comment allons-nous y arriver ? Nous n'avons pas encore trouvé la réponse, pas vrai ? »

La réponse était supposée venir du Haiti Democracy Project et d'autres organisations non gouvernementales subversives appuyées par les États-Unis dont le travail était de s'assurer que le président légalement élu d'Haïti ne puisse pas gouverner. Ces douzaines d'ONG qui ont utilisé des tactiques qui avaient été expérimentées dans le « renversement pacifique » des anciens États communistes, n'ont pas très bien fonctionné en Haïti ; elles ont mené à la violence et à la provocation. Les armes les plus efficaces contre Aristide ont été les communiqués de presse des ONG qu'une presse criminellement pro-États-Unis ne faisait que répéter. Même aujourd'hui, six ans après l'enlèvement d'Aristide par l'ancien ambassadeur des États-Unis, les agences de nouvelles étasuniennes écrivent encore leurs saloperies à propos d'« Aristide, déposé suite à un soulèvement violent ».

Le USS Comfort, Bill Clinton et P.J. Patterson sont aujourd'hui de retour dans la partie d'hypocrisie organisée, aux côtés de joueurs comme Ban Ki Moon qui n'a aucune idée de la réalité haïtienne, pas plus que son prédécesseur Kofi Annan. Obama a ramené dans le paysage Georges W. Bush, le porte-parole de Condoleeza Rice. Il y a sans doute aussi de la place pour des gens comme Roger Noriega et Otto Reich. Dommage qu'ils ne peuvent pas ressusciter Strom Thurmond et Jesse Helms, deux grands experts en matière de populations noires. Il y aurait bien Luigi Einaudi : « Le seul problème avec Haïti c'est qu'il est dirigé par des Haïtiens. »

Des nouvelles encourageantes

Il y a de bonnes nouvelles pour ceux, et ils sont nombreux, qui s'inquiètent que leur précieux argent américain ne soit dilapidé sur ces Haïtiens misérables qui n'arrêtent pas de provoquer la colère divine.

L'Associated Press rapporte :

« Selon une étude de l'Associated Press sur les efforts d'aide humanitaire, c'est seulement un cent de chaque dollar dépensé par les États-Unis en aide pour Haïti qui va en argent comptant au gouvernement haïtien. »

Moins de deux semaines après que le président Obama ait annoncé un montant initial de 100 millions $ pour l'aide humanitaire à Haïti, l'aide du gouvernement étasunien a maintenant triplé et se chiffre à 317 millions $. C'est juste un peu plus d'un dollar par personne aux États-Unis.

Les experts en aide humanitaire disent que ça serait une erreur d'envoyer trop d'argent comptant au gouvernement haïtien qui est en désarroi et a une histoire d'échec et de corruption.

« Je crois sincèrement que les Américains sont le peuple le plus généreux qui ait jamais existé, mais ils demandent que l'aide soit transparente », a dit Timothy R, Knight, l'ex-assistant directeur de USAID qui a passé 25 ans à distribuer de l'aide dans les cas de désastre. « Ils font attention dans cette situation à ne pas simplement donner de l'argent n'importe comment et à garder la tête froide pour être certains que l'argent soit dépensé le mieux possible. »

Des organisations comme Haiti Democracy Project et le International Republican Institute de John McCain vont s'assurer que l'argent donné serve à renforcer la « démocratie américaine » et à faire échec aux intérêts populaires qui causent des difficultés depuis la rébellion des paysans il y a 90 ans, contre laquelle les armées étrangères ont utilisé les mitrailleuses.

Les États-Unis, le Canada, la France et le reste du monde civilisé (qui ne cesse de rétrécir) se sont réunis à Montréal il y a quelques jours pour mettre au point un plan pour le développement d'Haïti à l'ère de la mondialisation.

Les participants étaient plus ou moins les mêmes qui ont comploté contre Aristide. « Un peu après l'écrasante victoire d'Aristide dans la première élection présidentielle démocratique en 1990, les vestiges de l'occupant Jim Crow sont parvenus à convaincre les États-Unis, d'abord l'International Republican Institute de John McCain, puis les éléments du gouvernement de Bill Clinton et différents officiels canadiens, que sous Aristide, Haïti était une menace pour la civilisation.

« Denis Paradis, un ministre canadien, a réuni un groupe de fascistes aux idées semblables qui ont 'décidé que Aristide devait partir'. Les Canadiens et les Américains, par l'ACDI et l'Agency for International Development (USAID) et l'International Republican Institute de John McCain, ont financé une panoplie de franc-tireurs, proxénètes et présidents en herbe et des ONG bidons en appui au programme des élites, dont l'objectif n'était autre chose que de retirer au peuple haïtien les Droits de l'homme universels proclamés 200 ans auparavant pour la première fois dans l'histoire de l'humanité par Jean-Jacques Dessalines et les autres illustres pères et mères de la Révolution haïtienne. » (« Common Sense : Canada's Bloody Hands », John Maxwell, The Jamaican Observer, le 19 avril 2009)

C'est là que les choses se compliquent.

Il me semble qu'un peuple qui a lutté sans cesse pendant 300 ans pour sa liberté et qui l'a enfin gagné il y a 200 ans mérite le respect qu'on lui doit. Plus encore, car les Haïtiens se sont battus comme des esclaves, emprisonnés et circonscrits par le système et malgré cela, ont défait trois des armées les plus puissantes du monde, dont l'une à deux reprises. Ils sont le seul peuple de l'histoire à avoir brisé ses chaînes de lui-même. Spartacus, qui avait courageusement tenté mais en vain, est vénéré comme un héros européen. Bouckman, Toussaint et Dessalines sont ignorés par les mêmes historiens. Est-ce que ce n'est pas bizarre que le Time a reconnu comme une révolutionnaire Margaret Thatcher mais pas Fidel Castro.

Ces Haïtiens dont la « presse » occidentale a proclamé la sauvagerie, l'indiscipline et l'anarchie générale dans l'espoir qu'ils en offriraient la preuve, ont démontré le contraire. Ceux qui ont survécu se comportaient comme s'y attendaient ceux qui les connaissent : patience, discipline et solidarité exemplaire.

C'est ce même peuple qui a proclamé l'émancipation universelle et les droits universels de l'homme il y a deux siècles et qui a dit à quiconque veut l'entendre qu'il sait ce qu'il veut, qu'il sait qui doit parler en son nom.

Le monde a besoin de lui laisser le champ libre. La France, les États-Unis et le Canada doivent aux Haïtiens des milliards $ en dommages-intérêts. Ce n'est pas à eux de dire aux Haïtiens comment le dépenser. La France a utilisé l'argent d'Haïti pour conquérir l'Algérie. Les Haïtiens veulent que cet argent serve à vaincre la faim des enfants et la mortalité infantile.

Si l'Assemblée générale veut démontrer sa valeur, elle doit agir rapidement et enlever l'initiative des mains de l'ignorant Conseil de sécurité. L'Assemblée peut — guidée par les Haïtiens et avec l'aide experte de Cuba, du Venezuela, de l'Afrique du Sud, de Kerala (Inde), du Brésil, de la Chine et d'autres parties du monde en développement — établir un plan et organiser l'aide d'où qu'elle sera disponible sans y mettre des conditions. Le but n'est pas de défendre Miami Beach, mais de protéger les intérêts vitaux des Haïtiens et, par extension, les intérêts vitaux de l'humanité.

Et si quelqu'un veut savoir ce qu'il faut faire dès maintenant : faites atterrir 10 000 brouettes dans les rues et remettez-les aux groupes de quartier. Laissez les groupes décider de comment ils vont déplacer les ruines et ce qu'ils vont en faire. Donnez aux groupes de l'argent et des fournitures afin de mettre sur pied 10 000 cuisines de rue, disons environ 200 $ par groupe. Si nécessaire, laissez les groupes rémunérer ceux qui déplaceront les brouettes. En trois semaines, le journaliste occasionnel aurait de la difficulté à venir écrire ses histoires « habituelles ». Coût total : 2 millions $ plus 1 million $ pour les brouettes.

En attendant, l'ONU pourrait mettre en place une véritable force de sécurité pour protéger les Haïtiens et particulièrement leur président et, sous sa direction, concevoir et installer un appareil qui permettrait aux Haïtiens de gérer leur propre pays et de faire leurs propres erreurs, enfin pour la première fois.

* John Maxwell est un journaliste chevronné. Il a fait des reportages sur les Caraïbes pendant plus de 40 ans et est actuellement chroniqueur pour The Jamaica Observer. Il peut être contacté à jankunnu@gmail.com.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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