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Forum contre la violence
policière
et l'impunité
La fin de la violence policière et de
l'impunité
passe par la reconnaissance que tous et toutes
ont des droits du fait de leur humanité
- Serge Lachapelle -
Du 29 au 31 janvier s'est tenu, au Centre
communautaire
de Parc Extension, le Forum contre la violence policière
et
l'impunité. Près de 200 personnes dont beaucoup de
jeunes
ont participé aux ateliers, tables rondes, panels,
témoignages, partages de connaissances et prestations
culturelles.
L'événement portait la marque de la
jeunesse tant dans sa forme que dans son contenu. Comme l'ont
souligné dès le début les organisateurs,
nous
voulons que le forum soit un espace où les participants se
sentent libres, à l'aise de s'exprimer et de discuter de
leurs
expériences. C'est dans cet esprit qu'on avait
décider
d'interdire la
présence de la police et des médias de masse et que
toutes les mesures pratiques avaient été prises
pour
faciliter le déroulement du forum.
Les nombreuses interventions étaient
teintées de cet esprit de la jeunesse qui refuse de
s'incliner
devant qui que ce soit et qui n'hésite pas à nommer
les
choses par leur nom. Cela a donné lieu à des
discussions
animées et concrètes avec l'objectif de faire
avancer la
cause de mettre fin à la violence policière et
l'impunité. L'essence de
toutes ces interventions pourrait se résumer en une
phrase : « La fin de la violence policière
et de
l'impunité passe par la reconnaissance que tous et toutes
ont
des droits du fait de leur humanité »; et tous
ont
pris la parole, y compris les plus marginalisés de la
société, et ont affirmé leur droit
d'être.
Parmi les interventions, il y avait celle des
deux
jeunes filles de Kabataang Montréal (KM) Jillian Sudayan
et
Kristle Alarcon. KM est une organisation de jeunes Philippins.
Elles
ont souligné entre autre que les problèmes de la
communauté philippine sont attribuables à une
politique
migratoire raciste. Elles ont donné l'exemple du
programme d'aide domestique, un programme raciste et
anti-femme.
Elles ont ajouté que beaucoup d'immigrants
ont
perdu leurs illusions sur le Canada présenté comme
une
terre de prospérité. « Dans ce contexte,
on
voit la police comme un autre appareil oppressif de l'État
qui
criminalise et marginalise nos
communautés. »
Il y a une énorme pression pour adopter le
mode
de vie du chacun pour soi plutôt que de s'attaquer aux
problèmes, ont-elles conclu.
Les interventions des représentants de la
communauté autochtone, dont Bridget Tolley, une algonquine
originaire de Kitigan Zibi Anishinabeg, Ellen Gabriel, issue de
la
nation Mohawk et présidente de l'Association des femmes
autochtones, et Jessica Yee, également issue de la
communauté Mohawk, militante autochtone auprès des
jeunes et des femmes et musicienne de hip hop, ont
été
hautement appréciées.
Elles ont tous fait ressortir la violation des
droits
humains dont sont victimes les autochtones, et le rôle de
l'État canadien et de la police dans cette violation.
Comme l'a
souligné Ellen Gabriel, tout a commencé avec le
Indian
Act qui a déterminé qui était un vrai
Indien
et qui ne l'était pas. « Les lois qu'on nous
impose, a-t-elle dit, sont des lois coloniales et archaïques
qui
ne sont pas basées sur les droits humains. »
« On traite les femmes comme on traite la Terre
Mère. »
Comme plusieurs intervenants, elle a
dénoncé le rôle des médias
monopolisés qui se livrent à une véritable
propagande haineuse à l'encontre des autochtones qui
défendent leurs droits.
Quant à Bridget Tolley, elle a
parlé de
sa lutte inlassable pour obtenir une enquête publique sur
la mort
de sa mère. Le 5 octobre 2001, sa mère, Gladys
Tolley,
fut
frappée mortellement par une patrouille de la
Sûreté du Québec (SQ) sur l'autoroute 105,
près de Maniwaki. L'enquête de la SQ portant sur la
mort
de Gladys Tolley a été
menée par le frère du policier responsable de
l'accident
et le coroner assigné au dossier a rempli son rapport sans
avoir
examiné le corps de la victime. L'enquête a
été fermée sans que la famille n'en soit
avertie
et la SQ conserve à ce jour une attitude malhonnête
et de
confrontation avec la famille.
Un événement
particulièrement
émouvant a eu lieu samedi en soirée. Sous le
thème
« Plus jamais ! Des familles dénoncent les
bavures policières et l'impunité »,
Bridget
Tolley, Francine Registre, Najaa Bennis et Lilian Maribel Madrid
Antunes Villanueva se sont adressées aux participants.
Après avoir dressé un bilan de la
violence policière à Montréal et au
Québec,
les animateurs François du Canal, membre du COBP, et
Nargess
Mustapha, porte-parole de Montréal-Nord Republik, ont
donné la parole aux familles.
Ce qui ressortait clairement de ces interventions
c'est
l'absence d'aide de l'État pour passer à travers
cette
épreuve et surtout pour obtenir justice et
vérité
pour les victimes. On a également souligné les
nombreuses
tentatives de dénigrer les victimes et de les faire passer
pour
des criminels, et ce, avec la complicité des médias
monopolisés. On a aussi dénoncé le
rôle
particulièrement abjecte de la Fraternité des
policiers
et policières de Montréal qui agit comme un
État
dans l'État et qui fait tout pour empêcher la tenue
d'une
véritable enquête publique.
La mère de Fredy a dit qu'après
avoir
enlevé la vie à son fils Fredy, on menace
maintenant de
déporter son autre fils Dany. Il est clair, a-t-elle dit,
que
cela est lié à l'enquête sur la mort de
Fredy. On
veut m'empêcher de parler. » Elle a
invité les
gens à l'aider dans cette lutte pour obtenir justice.
La première intervention lors de la
période de questions a été justement pour
demander
à la salle de prendre des mesures pour qu'une
première
action soit tenue le plus rapidement possible pour exiger que
Dany
Villanueva reste au Québec.
Alexandre Popovic, militant de longue date contre
la
brutalité policière et l'impunité et qui a
été arrêté à douze reprises
entre
1995 et 2002, a insisté sur l'importance de mener la
bataille
sur le front judiciaire. Il a donné l'exemple d'une
victoire
obtenue sur ce front. Avant 2004, toutes les arrestations se
terminaient par une accusation
d'attroupement illégal. Maintenant, on parle d'une entrave
au
règlement municipal.
Tout en soulignant que le Québec
détenait
encore le triste record des arrestations de masse en
Amérique du
nord, il a insisté sur la nécessité de
poursuivre
la lutte. « Ce travail de soutien collectif est
d'autant
plus nécessaire puisque quand les accusés se
retrouvent
seuls, ils sont inévitablement victimes de pression les
invitant
à
plaider coupables même si ce n'est pas le cas »,
a-t-il dit.
Le forum s'est terminé sur les
propositions pour
intensifier la lutte contre la brutalité policière
et
l'impunité. On a invité les activistes à
maintenir
et consolider leurs efforts en faveur de la justice et la
dignité. « Soyons actifs et actives dans nos
communautés et nos rues », ont demandé
les
organisateurs.

Justice et vérité pour Fredy
Villanueva!
Justice et vérité pour toutes les victimes
de la
brutalité policière!
Le 3 février à midi trente, plus
d'une
centaine de personnes ont répondu à l'appel de la
Coalition contre la répression et les abus policiers
(CRAP) et
manifesté devant le Palais de Justice pour réclamer
la
fin de la brutalité policière et de
l'impunité. La
manifestation se tenait au moment où comparaissait
Jean-Loup
Lapointe, responsable de la mort
de Fredy Villanueva.
Cette enquête publique qui, comme l'a
déjà souligné le porte-parole de la CRAP,
Alexandre Popovic, nous permettra tout au plus de connaître
la
vérité mais pas d'obtenir la justice,
soulève
plusieurs questions.
Selon le journaliste du
Devoir, Brian
Myles, qui a consulté les 136 documents de preuves
déposés
en décembre, l'enquête publique contredit
déjà les informations communiquées par le
SPVM le
soir où Fredy Villanueva a été abattu.
« Que sont devenus ces policiers encerclés,
jetés au sol et étranglés par un
attroupement d'une vingtaine de jeunes ? »
L'intensification des mesures de
sécurité
dont l'interdiction de diffuser des photos des policiers
Jean-Loup
Lapointe et Stéphanie Pilotte et la permission
donnée au
policier Lapointe de porter son arme 24 heures sur 24 en
préoccupe également plusieurs.
S'adressant aux manifestants, Pierre Luc du CRAP
s'interroge : « Qu'est-ce qui nuit le plus
à la
sécurité: la publication d'une photo d'un homme de
loi
responsable de la mort d'un jeune de 18 ans sans histoire ou le
fait
que cet homme de loi continue de travailler au SPVM, de
posséder
une arme et demeure impuni pour
le crime qu'il a commis. »
« La vérité c'est que la
police cherche à faire oublier ses crimes. Lentement et
sûrement, elle tente de déshumaniser les
événements en les présentant comme un acte
isolé, singulier et qui n'aurait aucun lien avec d'autres
situations, bref rien ne serait structurel. Oui, on va le dire,
l'impunité, cela fait partie de la structure de la
police », a-t-il ajouté.
Pour Samir Shaleen-Hussain, du Comité
justice
pour Anas, ce rassemblement est important. « Il est
surtout
important de manifester contre ce système qui produit et
protège ces policiers, un système qui, à
travers
le
corps policier, le système de justice, les politiques et
les
lois, le système d'immigration et les frontières et
la
colonisation criminalisent les gens et les rendent malades
à
plusieurs niveaux. »
Il a terminé son allocution en
lançant un
appel à la lutte collective. « Les personnes
qui ont
assisté au Forum contre la violence policière et
l'impunité pourront témoigner du pouvoir qui existe
quand
on mène une lutte collective. »
Pour Nargesse Mustapha, porte-parole de
Montréal-Nord Republik, il ne fait aucun doute que le
profilage
racial existe.
« Le profilage racial n'est pas une
exception, c'est systématique à Montréal,
même les enquêtes internes du SPVM démontrent
qu'il
y a des interpellations abusives et que les policiers se rendent
coupables de profilage racial. »
Elle a donné un exemple récent de
brutalité policière et de profilage racial qui
s'est
produit à Québec et qui a mis la population en
colère. Un policier a battu un fonctionnaire
québécois d'origine salvadorienne, César
Augusto
Carrilo Marquez. Avant de le battre, le policier lui a dit :
« On ne peut pas savoir c'est quoi
l'hostie de prénom et le nom de famille avec un nom comme
ça ! »
Comme si ce n'était pas assez, deux
semaines
plus tard, il a reçu une contravention. Nargesse se
demande
également pourquoi les avocats de la couronne s'objectent
« chaque fois que la question de la race de la victime
est
évoquée » dans le cadre des
témoignages
de l'enquête.
« On dit vouloir une enquête
transparente, mais la Ville ne semble pas vouloir s'attaquer au
profilage racial. Il va falloir ouvrir les yeux et cesser de
camoufler
la xénophobie des autorités. » Pour
elle, il
est impossible qu'une telle cause puisse se poursuivre sans
prendre
position contre ce profilage.
Pour Alexandre Popovic, il est inadmissible que
deux
enquêtes publiques, celle de l'affaire Berniquez et celle
de
l'affaire Anas Bennis, fassent l'objet d'une requête en
annulation par les policiers en Cour supérieure du
Québec.
Donc, pour les policiers, « ce n'est
pas
suffisant d'être blanchis, ils entravent désormais
la
recherche de la vérité », dit-il.
Comme l'ont souligné plusieurs
intervenants et
manifestants, la mort tragique de Fredy Villanueva n'est pas un
accident isolé mais le résultat d'une politique
d'intensification de la criminalisation, une politique qui refuse
de
s'attaquer aux problèmes auxquels est confrontée la
société.

Une plainte en déontologie
déposée
contre le commandant du poste 15
- Agence de presse libre de La
pointe -
Deux militants du Centre social
autogéré,
présents lors de l'éviction cavalière du
squat par
la police le 30 mai 2009, ont décidé de porter
plainte en
déontologie contre le commandant Jean Ernest
Célestin du
poste 15.
Rappelons que, très pacifiquement, plus de
500
citoyenNEs ont pris part à l'ouverture d'un bâtiment
vide
situé au 2985 rue St-Patrick à
Pointe-Saint-Charles. Une
centaine de personnes étaient présentes lors de
l'opération policière.
Le premier dépôt de la plainte a
été refusé le 7 décembre dernier par
le
commissaire à la déontologie policière du
Québec. Heureusement, il existe le droit de faire
réviser
la décision, ce que les plaignants Pascal Lebrun et Marcel
Sévigny ont fait.
En janvier 2010, la plainte a été
formellement acceptée par la Commission. Le commissaire a
décidé de soumettre le tout à la
conciliation qui
est, selon ce que privilégie la Commission,
« une
tentative de règlement à l'amiable entre le
plaignant et
le policier visé ».
Bref rappel des faits
La plainte comporte 3
éléments.
Le premier
concerne le fait que le commandant avait pris l'engagement de
maintenir
le dialogue et qu'un rendez-vous était prévu vers
15 h
à la grille pour négocier avec les occupant-e-s.
Â
leur arrivée, plutôt que d'entamer des pourparlers,
les
policiers ont immédiatement (et sans avertissement)
démantelé la chaîne qui barrait la grille et
ont
tenté de forcer la porte de l'immeuble. Ainsi, le
commandant
manquait à sa parole de négociation en tentant de
prendre
par surprise les occupant-e-s des lieux. L'article du code de
déontologie policière qui correspond
à ce manque est le suivant : « Le policier
doit
se comporter de manière à préserver la
confiance
et la considération que requiert sa
fonction. »
En donnant l'assaut au bâtiment avec un
contingent du Groupe tactique d'intervention (GTI) armé
jusqu'aux dents et aidé de contingents anti-émeute,
alors
que tout était calme et sans qu'aucune menace à la
sécurité publique ne soit démontrée,
le
commandant a contrevenu à l'article 6 de son code
déontologie : « Le policier doit
éviter
toute forme d'abus d'autorité dans ses rapports avec le
public » et plus particulièrement doit
éviter
de « faire des menaces, de l'intimidation ou du
harcèlement. »
Enfin, le troisième motif de la plainte
concerne
le contrôle que le commandant devait avoir sur ses troupes.
Les
plaignants croient injustifiable d'avoir laissé des
policiers du
GTI pointer leur arme sans justification sur la foule (voir
photo) qui
se trouvait à proximité de l'édifice lors de
l'expulsion des
occupant-e-s.
On voit ici un policier pointant son arme sur la
foule d'environ 150 personnes qui se trouvait dans la rue.
D'autres
photos sont disponibles sur le compte Flickr de l'Agence de
presse
libre.
De l'avis des plaignants, le commandant
Célestin
responsable de l'opération et les policiers qui ont
pointé leur arme sur la foule ont contrevenu à
l'article
11 du code de déontologie qui stipule que « le
policier doit utiliser son arme et toute autre pièce
d'équipement avec prudence et
discernement » et notamment qu'il ne doit pas
« exhiber, manipuler ou pointer une arme sans
justification ».
Nous croyons que de tels écarts de
conduite de
la part d'un policier en situation de commandement ne doivent pas
être relégués aux oubliettes.
Une intervention injustifiée qui visait la
répression du mouvement social
Il apparaît assez clairement que
l'opération policière du 30 mai 2009 visait
à
sortir les occupant-e-s rapidement, de manière à
les
décourager et à faire un exemple. En effet, toute
la
démarche du Centre social autogéré s'est
déroulée dans la transparence, la bonne humeur et
sans
violence (tout au plus
quelques cadenas ont été coupés pour
pénétrer dans le bâtiment). Lors de la prise
du
bâtiment, les forces policières ont eu l'air fou et
mal
préparées – ce qui est de leur faute car
l'action du CSA
était annoncée depuis plus de deux mois.
Les occupant-e-s étaient mieux
préparé-es. En moins d'une journée, les
occupant-e-s avaient rebranché l'électricité
et
l'eau courante. Tout le bâtiment était
« remis
aux normes », nettoyé et prêt à
accueillir la soirée d'ouverture. Lors de l'occupation,
personne
n'a été blessé, on ne dénombre
pas de bagarre, ni de maladie, ni d'autres malaises. Une
équipe
médicale coordonnée par deux médecins et
quelques
infirmières professionnelles étaient sur place avec
tout
le
matériel nécessaire. Un pompier, en dehors de son
service
officiel, faisait aussi partie des occupant-e-s, de même
qu'un
électricien patenté.
L'intervention policière n'était
donc pas
justifiée par des questions de
« sécurité du
bâtiment »,
comme ont essayé de le faire croire à la fois les
pompiers (dont l'accès au bâtiment a
été
refusée) et le service de police.
Nous avons aussi su (par un représentant
du
proprio) que le service de police a mis de la pression sur le
propriétaire du bâtiment afin qu'il ordonne
l'éviction des squatteurs. Le SPVM a soutenu auprès
du
proprio qu'il allait être légalement responsable des
personnes qui utilisent son bâtiment si quoi
que ce soit se produisait.
L'intervention policière visait
très
clairement à « casser » le mouvement
et
non pas à rectifier un désordre public. Aucun
méfait contre le bâtiment n'a été
commis, au
contraire : il a été remis en état.
Devant
son incapacité à comprendre ce qui se passe dans
les
rues, la police a réagi
de la seule façon qu'elle connaît : fesser fort
pour
faire peur et effacer sa propre humiliation.
Marcel Sévigny, Pascal Lebrun et M.S.
Agence de presse libre de la Pointe
lapointelibertaire[at]yahoo.ca
www.lapointelibertaire.org

Haïti
Protecteurs des intérêts
d'Haïti
- John Maxwell*, The Jamaican
Observer,
le 2 février 2010 -
C'est ironique, en autant qu'on
aime son ironie servie avec du sang et du désinfectant,
que le
navire
ancré à Port au Prince en ce moment soit le
navire-hôpital étasunien USS Comfort, l'un
des
deux navires utilisés en 1994 comme baraques à
esclaves
dans le port de Kingston. Le Comfort apporte aujourd'hui
de
l'aide
médicale aux gens blessés lors du grand tremblement
de
terre du 12 janvier.
En 1994, le Comfort et son acolyte ont
servi
d'installations temporaires de
« traitement » des
réfugiés haïtiens qui
fuyaient le coup appuyé par les États-Unis et la
tyrannie
qui
l'accompagnaient. Les réfugiés avaient
été
ramassés en haute mer ou
dans les eaux de la Jamaïque en train de fuir un
État-gangster appuyé
par
les États-Unis dont les méthodes de loi et d'ordre
préférées étaient le
meurtre par démembrement et l'abandon des cadavres dans
les
rues, de
même que les violences contre les femmes et les enfants,
incluant
le
viol en public, la défiguration et la terreur. Sur le
nombre des
personnes kidnappées en haute mer ou dans les eaux
jamaïquaines,
78,5 % ont été renvoyées à leurs
bourreaux et les autres ont été
envoyées à Guantanamo Bay.
Ce triage barbare a été l'oeuvre
conjointe
du président des
États-Unis, William Jefferson Clinton, et du premier
ministre
jamaïquain,
Percival James Patterson. C'est Clinton qui y a mis fin parce
qu'il ne
voulait pas avoir la mort d'un dirigeant noir américain
dans son
dossier, sinon sur sa conscience. Randall Robinson, le
président
de
TransAfrica,
a jeûné jusqu'à la mort dans une
dernière
protestation désespérée
contre le comportement barbare de son président.
Clinton avait hérité du
« problème haïtien » de son
prédécesseur qui
était prêt à tolérer tous les Cubains
à peau claire atteignant Miami
Beach mais pas les Haïtiens. Le fait que les Cubains, les
Jamaïquains
et les Mexicains étaient des réfugiés
économiques tandis que les
Haïtiens craignaient réellement pour leur vie ne le
faisait
pas
changer d'idée.
Timothy Carney, un ex-ambassadeur des
États-Unis
à Haïti, l'a dit
très clairement en 1992 lors du lancement de Haiti
Democracy
Project,
une des organisations non gouvernementales étasuniennes
les plus
importantes à Haïti. Le lancement avait lieu à
la
Brookings
Institution, un des « centres de
recherche » les
plus en vue à
Washington.
Carney a dit :
« L'ambassadeur Roger Noriega a
mentionné qu'une de nos
préoccupations c'est de défendre les droits humains
mais
il a oublié de
dire que notre préoccupation fondamentale c'est de
défendre Miami
Beach. Nous ne voulons pas de ces Haïtiens à Miami
Beach.
C'est une
question fondamentale pour les États-Unis. Maintenant que
vous
avez compris cela, il est à souhaiter que vous allez
formuler
des
politiques qui permettent aux Haïtiens de connaître la
prospérité chez
eux.
« Comment allons-nous y arriver ?
Nous
n'avons pas encore trouvé la réponse, pas
vrai ? »
La réponse était supposée
venir du
Haiti Democracy
Project et d'autres
organisations non gouvernementales subversives appuyées
par les
États-Unis dont le travail était de s'assurer que
le
président
légalement élu d'Haïti ne puisse pas
gouverner. Ces
douzaines d'ONG qui
ont utilisé des tactiques qui avaient été
expérimentées dans le
« renversement pacifique » des anciens
États communistes, n'ont pas
très bien fonctionné en Haïti ; elles ont
mené à la violence et à la
provocation. Les armes les plus efficaces contre Aristide ont
été les
communiqués de presse des ONG qu'une presse criminellement
pro-États-Unis ne faisait que répéter.
Même
aujourd'hui, six
ans après l'enlèvement d'Aristide par l'ancien
ambassadeur des
États-Unis, les agences de nouvelles étasuniennes
écrivent encore leurs
saloperies à propos d'« Aristide,
déposé suite à un soulèvement
violent ».
Le USS Comfort, Bill Clinton et P.J.
Patterson
sont
aujourd'hui de retour dans la partie d'hypocrisie
organisée, aux
côtés
de joueurs comme Ban Ki Moon qui n'a aucune idée de la
réalité
haïtienne, pas plus que son prédécesseur Kofi
Annan.
Obama a ramené
dans le paysage Georges W. Bush, le porte-parole de Condoleeza
Rice. Il
y a sans doute aussi de la place pour des gens comme Roger
Noriega et
Otto Reich. Dommage qu'ils ne peuvent pas ressusciter Strom
Thurmond et
Jesse Helms, deux grands experts en matière de populations
noires. Il
y aurait bien Luigi Einaudi : « Le seul
problème
avec Haïti c'est qu'il
est dirigé par des Haïtiens. »
Des nouvelles encourageantes
Il y a de bonnes
nouvelles pour ceux, et ils sont nombreux, qui
s'inquiètent que
leur
précieux argent américain ne soit dilapidé
sur ces
Haïtiens misérables
qui n'arrêtent pas de provoquer la colère
divine.
L'Associated Press rapporte :
« Selon une étude de
l'Associated
Press sur les efforts d'aide
humanitaire, c'est seulement un cent de chaque dollar
dépensé par les
États-Unis en aide pour Haïti qui va en argent
comptant au
gouvernement
haïtien. »
Moins de deux semaines après que le
président Obama ait annoncé un
montant initial de 100 millions $ pour l'aide humanitaire
à
Haïti,
l'aide du gouvernement étasunien a maintenant
triplé et
se chiffre à
317 millions $. C'est juste un peu plus d'un dollar par
personne
aux
États-Unis.
Les experts en aide humanitaire disent que
ça
serait une erreur
d'envoyer trop d'argent comptant au gouvernement haïtien qui
est
en
désarroi et a une histoire d'échec et de
corruption.
« Je crois sincèrement que les
Américains sont le peuple le plus
généreux qui ait jamais existé, mais ils
demandent
que l'aide soit
transparente », a dit Timothy R, Knight,
l'ex-assistant
directeur de
USAID qui a passé 25 ans à distribuer de l'aide
dans les
cas de
désastre. « Ils font attention dans cette
situation
à ne pas
simplement donner de l'argent n'importe comment et à
garder la
tête
froide pour être certains que l'argent soit
dépensé
le mieux possible. »
Des organisations comme Haiti Democracy Project et
le
International
Republican Institute de John McCain vont s'assurer que l'argent
donné
serve à renforcer la « démocratie
américaine » et à faire échec aux
intérêts populaires qui causent des
difficultés
depuis la rébellion des
paysans il y a 90 ans, contre laquelle les armées
étrangères ont utilisé les
mitrailleuses.
Les États-Unis, le Canada, la France et le
reste
du monde civilisé
(qui ne cesse de rétrécir) se sont réunis
à
Montréal il y a quelques
jours pour mettre au point un plan pour le développement
d'Haïti à
l'ère de la mondialisation.
Les participants étaient plus ou moins les
mêmes qui ont comploté
contre Aristide. « Un peu après
l'écrasante
victoire d'Aristide dans la
première élection présidentielle
démocratique en 1990, les vestiges de
l'occupant Jim Crow sont parvenus à convaincre les
États-Unis, d'abord
l'International Republican Institute de John McCain, puis
les éléments du gouvernement de Bill Clinton et
différents officiels
canadiens, que sous Aristide, Haïti était une menace
pour
la
civilisation.
« Denis Paradis, un ministre canadien,
a
réuni un groupe de
fascistes aux idées semblables qui ont
'décidé que
Aristide devait
partir'. Les Canadiens et les Américains, par l'ACDI et
l'Agency
for
International Development (USAID) et l'International Republican
Institute de John McCain, ont financé une panoplie de
franc-tireurs,
proxénètes et présidents en herbe et des ONG
bidons en appui au
programme des élites, dont l'objectif n'était autre
chose
que de
retirer au peuple haïtien les Droits de l'homme universels
proclamés
200 ans auparavant pour la première fois dans l'histoire
de
l'humanité
par Jean-Jacques Dessalines et les autres illustres pères
et
mères de
la
Révolution haïtienne. »
(« Common
Sense : Canada's Bloody Hands », John
Maxwell, The Jamaican Observer, le 19 avril 2009)
C'est là que les choses se compliquent.
Il me semble qu'un peuple qui a lutté sans
cesse
pendant 300 ans
pour sa liberté et qui l'a enfin gagné il y a 200
ans
mérite le respect
qu'on lui doit. Plus encore, car les Haïtiens se sont battus
comme
des
esclaves, emprisonnés et circonscrits par le
système et
malgré cela,
ont défait trois des armées les plus puissantes du
monde,
dont l'une à
deux reprises. Ils sont le seul peuple de l'histoire à
avoir
brisé ses
chaînes de lui-même. Spartacus, qui avait
courageusement
tenté mais en
vain, est vénéré comme un héros
européen. Bouckman, Toussaint et
Dessalines sont ignorés par les mêmes historiens.
Est-ce
que ce n'est
pas bizarre que le Time a reconnu comme une
révolutionnaire Margaret Thatcher mais pas Fidel
Castro.
Ces Haïtiens dont la
« presse » occidentale a proclamé la
sauvagerie, l'indiscipline et l'anarchie générale
dans
l'espoir qu'ils
en offriraient la preuve, ont démontré le
contraire. Ceux
qui ont survécu
se comportaient comme s'y attendaient ceux qui les
connaissent :
patience, discipline et solidarité exemplaire.
C'est ce même peuple qui a proclamé
l'émancipation universelle et
les droits universels de l'homme il y a deux siècles et
qui a
dit à
quiconque veut l'entendre qu'il sait ce qu'il veut, qu'il sait
qui doit
parler en son nom.
Le monde a besoin de lui laisser le champ libre.
La
France, les
États-Unis et le Canada doivent aux Haïtiens des
milliards $ en
dommages-intérêts. Ce n'est pas à eux de dire
aux
Haïtiens comment le
dépenser. La France a utilisé l'argent d'Haïti
pour
conquérir
l'Algérie. Les Haïtiens veulent que cet argent serve
à vaincre la faim
des
enfants et la mortalité infantile.
Si l'Assemblée générale veut
démontrer sa valeur, elle doit agir
rapidement et enlever l'initiative des mains de l'ignorant
Conseil de
sécurité. L'Assemblée peut —
guidée par les
Haïtiens et avec l'aide
experte de Cuba, du Venezuela, de l'Afrique du Sud, de Kerala
(Inde),
du Brésil, de la Chine et d'autres parties du monde en
développement —
établir un plan et organiser l'aide d'où qu'elle
sera
disponible sans y
mettre des conditions. Le but n'est pas de défendre Miami
Beach,
mais
de protéger les intérêts vitaux des
Haïtiens
et, par extension, les
intérêts vitaux de l'humanité.
Et si quelqu'un veut savoir ce qu'il faut faire
dès maintenant :
faites atterrir 10 000 brouettes dans les rues et remettez-les
aux
groupes de quartier. Laissez les groupes décider de
comment ils
vont
déplacer les ruines et ce qu'ils vont en faire. Donnez aux
groupes de
l'argent et des fournitures afin de mettre sur pied 10 000
cuisines de
rue,
disons environ 200 $ par groupe. Si nécessaire,
laissez les
groupes
rémunérer ceux qui déplaceront les
brouettes. En
trois semaines, le
journaliste occasionnel aurait de la difficulté à
venir
écrire ses
histoires « habituelles ». Coût
total : 2 millions $ plus 1 million $
pour les brouettes.
En attendant, l'ONU pourrait mettre en place une
véritable force de
sécurité pour protéger les Haïtiens et
particulièrement leur président
et, sous sa direction, concevoir et installer un appareil qui
permettrait aux Haïtiens de gérer leur propre pays et
de
faire leurs
propres erreurs, enfin pour la première fois.
* John Maxwell est un journaliste
chevronné.
Il a fait des reportages
sur les Caraïbes pendant plus de 40 ans et est actuellement
chroniqueur
pour The Jamaica Observer. Il peut être
contacté
à jankunnu@gmail.com.