Le Marxiste-Léniniste

Numéro 27 - 10 février 2010

La stratégie d'«une seule mine» de Vale Inco
révèle une divergence d'intérêt

La stratégie d'«une seule mine» de Vale Inco révèle une divergence d'intérêt
La conception de Vale centrée sur le capital des coûts de production

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La stratégie d'«une seule mine» de Vale Inco
révèle une divergence d'intérêt

Nos communautés ! Nos ressources ! Nous décidons !

Le plan pas si secret révélé subrepticement par la direction de Vale Inco nous montre la divergence d'intérêt qu'il y a entre les monopoles et les Canadiens. Alors que ceux-ci sont préoccupés par la crise économique, la destruction de la base manufacturière, le chômage, la dégradation des programmes sociaux et des services publics et par la multiplication des attaques contre les droits syndicaux, les monopoles exploitent l'insécurité provoquée par la crise pour se remplir les poches et renforcer leur pouvoir et leur contrôle dictatorial sur l'économie, la politique et la population du Canada.

Vale Inco veut réduire l'emploi dans ses mines de Sudbury de près de la moitié et réduire ce qu'il appelle « les coûts réels de la production du nickel » de leur niveau actuel de 4 ou 5 dollars à moins de 3 dollars la livre. La première phase du pan de Vale Inco a été de pousser les travailleurs d'Inco à la grève en exigeant des concessions. Le plan de Vale est essentiellement de s'assurer des profits plus élevés au détriment des mineurs, des travailleurs métallurgiques et de la région et de soustraire cette valeur de la région et de l'économie canadienne. (Voir ci-dessous : « La vision centrée sur le capital de Vale Inco sur les coûts de production »)

Le plan de mine unique de Vale signifie une réorganisation centrée sur le capital

Le plan pas si secret de Vale pour « une seule mine », que les médias ont « divulgué », dénigre les travailleurs de la production, les employés salariés et même les contremaîtres en les qualifiant de « médiocres » et de gens qui pensent que « quelque chose leur est due ». C'est vraiment incroyable quand on pense qu'il y a à peine quelques années Vale remettait 19 milliards $ à un holding financier pour acquérir le même Inco qu'il dénigre aujourd'hui et veut faire éclater. Le plan prévoit une réorganisation centrée sur le capital et les propriétaires affirment que « le secteur du nickel doit se réinventer » pour mieux servir le monopole mondial Vale qui demande un tribut toujours plus élevé et une servitude absolue.

Le plan propose la stratégie « une seule mine », un concept plutôt vague mais qui ne peut signifier qu'une chose : le plan néolibéral de Vale passe avant toute chose et aucune autre conception ne sera acceptée ou tolérée. La stratégie « une seule mine » exige « un engagement solide des employés » en appui à la stratégie de Vale et l'élimination de l'influence des syndicats. C'est l'ultimatum de Georges Bush appliqué aux arrangements entre les travailleurs et les gestionnaires du travail : ou bien vous êtes avec le pouvoir qui provient de l'autorité de la propriété, ou bien vous êtes contre l'entreprise et sa stratégie néolibérale d'une mine unique et alors c'est le congédiement.

On interdit aux travailleurs d'avoir quelque opinion ou influence sur les conditions de travail, les salaires, les avantages sociaux, l'avenir des mines et des raffineries ou sur toute autre question relative à la production qui contredit la ligne « d'une seule mine », surtout si ces opinions sont exprimées collectivement et de façon organisée par un syndicat. On ne permet pas aux travailleurs et à leurs régions d'émettre la moindre opinion qui contredise le monopole sur la direction de l'économie et sur le rôle que la production de nickel peut jouer dans le développement des régions et des communautés riches en nickel, surtout si ces opinions sont organisées collectivement sous la forme d'une opposition politique ouvrière qui pourrait devenir une voix puissante pour former l'opinion publique et une force matérielle pour la construction d'une alternative centrée sur l'être humain.

Des monopoles comme Vale et Xstrata ont l'unique ambition de faire autant d'argent que possible et le plus rapidement possible avec les ressources du Canada. Ils ne se soucient nullement de laisser derrière eux des communautés vibrantes dotées d'économies viables, d'infrastructures modernes et de programmes sociaux de qualité. Les monopoles sont dans les régions pour y exploiter le meilleur de leurs ressources, y prendre tout ce qu'ils peuvent le plus rapidement possible et disparaître, laissant des villes fantômes dans leur sillage. Ça n'est pas une exagération. On a qu'à lire le document de Vale. Il n'y a rien dans ce plan qui reconnaisse un lien entre Vale et les préoccupations de la communauté et la viabilité à long terme de l'économie et de la région. Le plan se concentre uniquement sur les besoins des propriétaires du capital et de la dette de Vale et c'est bien cela le problème avec les monopoles. Leurs intérêts supplantent ceux du peuple, de l'économie et même de la société toute entière.

Vale Inco affirme dans ce plan qu'il se doit de développer une aproche d'une seule mine qui comprend un plan d'affaires intégré centré sur la production de liquidités et sur des opérations profitables, répétant ainsi le même jargon néolibéral de son PDG sur la nécessité « d'être en état de liquidité positif dans tous les cycles d'affaires ». Selon le plan, la stratégie d'une seule mine prévoit un seul quart-horaire de production et une standardisation des horaires, des équipements, des mesures incitatives et de la discipline. Toute personne qui ose suggérer que cette « approche standard » n'est pas dans le meilleur intérêt des travailleurs, ou qu'elle n'est pas dans l'intérêt à long terme de la communauté et de l'économie est qualifiée de « médiocre » et de quelqu'un qui pense que « quelque chose lui est due » et doit donc être expulsé de l'industrie du nickel et de la région.

La stratégie d'une seule mine centrée sur le capital est censée encourager « une culture centrée sur le succès de la division plutôt que celui de la mine individuelle ». Mais qui va définir ce qui est un succès ? Si le « succès » est défini de manière étroite comme une victoire pour la « division », est-ce que les travailleurs ne seront pas poussés à se concurrencer les uns les autres afin que l'entreprise enregistre un « succès » qu'elle a elle-même défini ? Si le « succès » est défini de façon étroite comme du profit que l'entreprise retire des régions et du Canada, est-ce que ce n'est pas plutôt un échec pour les communautés riches en nickel et un désastre potentiel à long terme ?

Selon une opposition ouvrière, le « succès » serait plutôt que la valeur ajoutée produite par les travailleurs est retournée aux communautés riches en nickel afin de garantir leur viabilité à long terme. Ce n'est pas l'avis du monopole centré sur son objectif étroit de production de liquidités et d'opérations profitables et son obsession d'un « état de liquidité positif ». Le « succès » voudrait dire une opération qui a très peu d'accidents de travail. Le succès voudrait dire que la valeur ajoutée retournerait dans la communauté afin de créer une économie régionale qui subvient à ses besoins et est à l'abri des cycles d'affaires destructeurs. Ce n'est pas ce que les monopoles veulent et ils ne considéreraient jamais cela comme étant un succès. Ce genre de succès centré sur l'être humain appartient seulement à une opposition ouvrière unie et déterminée à combattre le droit de monopole, y compris la stratégie d'« une seule mine ».

La stratégie d'une seule mine évoque la « nécessité d'introduire un langage qui rend possibles les transferts flexibles entre les différentes mines selon le besoin ». « Introduire un langage ? » Où

ça ? Dans la convention collective ? Dans l'opinion publique ? Lorsque les monopoles utilisent le mot « flexible », c'est en général pour attaquer les droits des travailleurs.

Selon le diktat d'une seule mine, il faut ramener le nombre d'employés des mines à 1 500 et en particulier réduire le personnel de la mine Creighton de 500 à 200, tout en forçant Inco à Sudbury à produire entre 180 et 200 millions de livres de nickel par année. On prévoit « améliorer la productivité du travail de 25 % ». En plus de la réduction de personnel, le plan prévoit de réduire les dépenses en capital de moitié, à 100 millions $ par année.

La productivité est un processus objectif. Lancer des chiffres dans l'abstrait, c'est faire de la désinformation. Il n'y a que trois façons d'améliorer la productivité dans les mines : sur le dos des travailleurs par l'augmentation de l'intensité du travail ; en accroissant la mécanisation par des dépenses en capital ; en faisant de l'extraction seulement là où les minerais s'y prêtent le plus facilement et en abandonnant tous les autres. Si le plan est de réduire de moitié les dépenses en capital et l'emploi, l'amélioration de la productivité par 25 % ne peut se faire que sur le dos des travailleurs qui restent à l'emploi et en ne traitant que les minerais qui se prêtent le plus facilement à l'extraction.

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La conception de Vale centrée sur le capital
des coûts de production

Lorsque Vale parle de « coûts de production », il inclut les réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée en plus des coûts des machines, du combustible et d'autres composantes. Placer les réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée dans la même catégorie que les coûts de production est un geste délibéré. Les salaires, les bénéfices et les pensions des travailleurs d'Inco sont des réclamations légitimes à la valeur ajoutée que ces travailleurs actifs produisent. Il faut une approche complètement centrée sur le capital pour prétendre que les salaires sont un coût de production. Les travailleurs des mines et de la métallurgie ne peuvent consommer que ce qu'ils ont produit. Il n'existe pas d'autre source que la valeur ajoutée que les travailleurs produisent et échangent contre d'autres marchandises.

Les propriétaires du capital et de la dette de Vale Inco peuvent seulement réclamer (et consommer) en tant que profits et intérêt de l'entreprise ce que les travailleurs d'Inco ont produit. Il n'existe aucune autre source de profit et d'intérêt que ce que les travailleurs ont produit en valeur ajoutée.

Les coûts de production proviennent d'un transfert de valeur qui a déjà été produite. Cette valeur transférée, contrairement au temps de travail des travailleurs actifs, ne peut donner naissance à une nouvelle valeur, mais seulement à une valeur équivalente qui est consommée dans le processus de production. Les coûts de production sont des entités qui ont déjà été produites ailleurs, comme les machines, les outils, le combustible et autres composantes nécessaires au processus de production. Les coûts de production n'ajoutent pas de valeur mais facilitent plutôt la production de nouvelle valeur par les travailleurs actifs. Les coûts de production, contrairement aux travailleurs actifs, ne font que transférer leur propre valeur au nouveau produit pendant le processus de production. Le coût de production est remboursé au moment de la vente du produit.

Les mineurs et les métallurgistes d'Inco se servent des coûts de production que sont les machines, les outils et le combustible pour produire une nouvelle valeur ajoutée surtout sous forme de nickel. La valeur ajoutée produite par les travailleurs actifs devient la source de réclamations faites par ces mêmes travailleurs, par les travailleurs à leur retraite, par les propriétaires du capital et de la dette et par les impôts perçus par les gouvernements. Ces réclamations ne peuvent provenir des coûts de production, puisque le revenu de ces coûts ne peut que remplacer les dépenses initiales. Le salaire des travailleurs, le profit et l'intérêt réclamés par les propriétaires de capital et de dette de Vale Inco, ainsi que les impôts gouvernementaux, proviennent tous de la nouvelle valeur ajoutée que les travailleurs produisent. On ne peut prétendre que ces réclamations à la valeur ajoutée faites par les travailleurs, les propriétaires de capital et le gouvernement sont des coûts de production sans que l'un de ces groupes n'adopte un point de vue très subjectif et ne déclare les réclamations des autres un coût à leurs dépens, ce qui est absurde. En ce sens, les travailleurs pourraient aussi facilement dénoncer les réclamations des propriétaires du capital et de la dette en tant que coûts de production à leurs dépens et aux dépens des communautés.

L'inclusion des réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée dans les coûts de production révèle une motivation ultérieure, qui est de placer les propriétaires du capital au centre de l'univers économique afin qu'ils réclament des vrais producteurs qu'ils leur paient un tribut. Cela ressemble beaucoup aux monarques et aux seigneurs médiévaux qui se plaçaient, eux-mêmes ainsi que la Terre, au centre de notre système solaire pour réclamer un tribut des vrais producteurs, qui étaient à cette époque principalement les paysans.

Lorsque les chefs de Vale parlent de réduire les coûts de production et incluent faussement les salaires et les avantages sociaux des travailleurs comme faisant partie des coûts, ils utilisent « coûts de production » en tant qu'euphémisme pour vol des salaires, des avantages sociaux et des pensions des travailleurs canadiens et de leurs communautés pour transformer cette valeur ajoutée en profits et intérêt saisis par les propriétaires du capital et de la dette et retirés des régions et de l'économie.

Le fait de réduire les vrais coûts de production tels que les machines, le combustible et autres composantes ne donne naissance à aucune valeur additionnelle. Le fait de réduire les coûts de production à la livre réduit la valeur intrinsèque du nickel mais ne produit aucune valeur additionnelle. La réduction des coûts de production véritables ne fera que permettre à l'entreprise de faire plus d'argent si le prix du marché du nickel grimpe plus haut que sa valeur intrinsèque ou que son prix de production, ce que les monopoles tentent de faire constamment par leur manipulation mondiale des prix. Mais une telle manipulation des prix est une cause majeure de bouleversements économiques et de crises, comme on l'a vu ces dernières années.

Réduire la réclamation des travailleurs à la valeur ajoutée produite par eux ne donne pas plus de valeur ajoutée mais ne fait que transférer les salaires, les avantages sociaux et les pensions des travailleurs aux propriétaires du capital et de la dette. Ce phénomène est lui aussi un facteur qui cause les crises économiques et les rend plus profondes et plus longues. Réduire les réclamations des travailleurs à ce qu'ils produisent peut être particulièrement dévastateur dans les petites communautés qui dépendent d'une ou de deux industries majeures telles que Sudbury.

Pour plus de discussion de la stratégie néolibérale de Vale pour « un état de liquidité positif dans tous les cycles d'affaires », voir l'article du Marxiste-Léniniste « Vale demande que toutes ses unités atteignent un "état de liquidité positif" » ci-dessous.

Sudbury Vale demande que toutes ses unités
atteignent un « état de liquidité positif »

- K.C. Adams, LML, 22 juillet 2009 -

Ne serait-il pas merveilleux si nous avions tous un « état de liquidité positif » ?

Cette expression reflète la vision étroite et l'égocentrisme subjectif du capitalisme monopoliste. En affaires, l'expression « état de liquidité » décrit en général une pratique de gestion qui organise les entrées et sorties de liquidités. Cela inclut l'organisation de l'achat de matériel d'inventaire et d'autres dépenses en rapport avec le revenu des ventes de biens et de services. Les compagnies, y compris celles qui sont en bonne santé financière, n'ont pas toujours un état de liquidité positif pour des raisons hors de leur contrôle et elles doivent recourir à une ligne de crédit. Des situations urgentes comme la crise économique actuelle qui détruit les ventes et gèle le crédit peuvent rendre impossible un état de liquidité positif et elles peuvent pousser des compagnies mêmes puissantes à la faillite.

Vale ajoute « doivent atteindre » à l'expression et transforme une pratique de gestion essentiellement routinière vis-à-vis les liquidités en un absolu : doivent atteindre un « état de liquidité positif ».

Selon ses dirigeants, Vale atteint ou atteindra un état de liquidité positif pendant tous les cycles d'affaires. Vale et chacune de ses opérations atteignent ou atteindront un « état de liquidité positif », un point c'est tout.

C'est ridicule et cela va même à l'encontre des pratiques d'affaires habituelles. Essayons d'imaginer chaque entreprise comme ayant « un état de liquidité positif » dans le cours normal de la vente et de l'échange, sans l'intervention du crédit sous la forme de ligne de crédit ou de lettres de change. Ça ne serait pas long que le capitalisme cesserait de fonctionner.

L'absolu de Vale (l'état de liquidité positif) exprime le désir du droit de monopole de dominer en tant qu'empire, de dicter ses termes aux autres, les travailleurs comme les fournisseurs et les acheteurs de leurs produits, et d'exiger que tous agissent comme sujets de leur empire. Vale va jusqu'à nier hypocritement le rôle du crédit dans le maintien d'un état de liquidité fonctionnel qui n'endommage pas les intérêts d'une compagnie. Il nie aussi le rôle du crédit dans l'expansion de la production (reproduction élargie) bien que Vale soit un des plus gros emprunteurs dans le monde et un participant actif dans le secteur financier dans l'échange de produits dérivés, comme opérateur en couverture et prêteur.

Le capitalisme ne peut pas fonctionner avec des compagnies qui atteignent toutes spontanément un « état de liquidité positif ». Il faudrait pour cela un niveau de coopération et de planification en contradiction avec la division de l'économie socialisée par le capitalisme en composantes privées et rivales. À l'origine, la transformation en capital usuraire du crédit provenant du capital industriel, en particulier avec les lettres de change, a permis au capitalisme de fonctionner et d'élargir la reproduction. L'expansion par le crédit engendre cependant de façon inévitable un surplus de biens et de services qui ne peut pas se réaliser dans la vente parce que les masses sont appauvries de façon relative et absolue et n'ont pas les moyens de les acheter.

Le cycle d'affaires est maintenant mondial et plus destructeur à cause de pratiques comme le contrôle monopoliste des prix au-dessus ou au-dessous de leurs prix de production, le drainage de valeur vers le secteur financier et sa pratique parasitaire de faire de l'argent avec de l'argent, ce qui draine encore plus de richesses dans les mains de l'oligarchie financière. Ces pratiques contribuent à l'anarchie de la production de biens et de services, au développement inégal ou au sous-développement des économies, de l'infrastructure ou de la fourniture de programmes sociaux et elles tendent à appauvrir encore davantage la classe ouvrière et les pays pauvres qui manquent de moyens de production modernes. Cela contribue à la tendance, à l'échelle nationale et internationale, à l'élargissement du fossé entre les riches et les pauvres, à la concentration de la richesse et du pouvoir dans un nombre de mains toujours plus petit et à la formation de puissants monopoles mondiaux qui sont capables de dominer et de manipuler même des États. Les pays impérialistes les plus puissants comme l'empire américain dépensent des sommes énormes en armements et en guerres pour s'accaparer des sources de matières premières, des marchés et des sphères d'influence, ce qui engendre des crises économiques encore plus graves et plus longues.

Dans le monde du droit de monopole, toutes les entreprises n'ont pas les mêmes opportunités. L'État et les épargnes du peuple sont devenus le plus grand créditeur et la plus grande réserve de capitaux, que les monopoles peuvent gérer à leur guise grâce à leur pouvoir politique. On devient gagnant ou perdant en affaires selon que l'on bénéficie ou non de ces stratagèmes pour payer les riches. La banque d'investissement Goldman Sachs est un gagnant parce que son président et grand actionnaire Henry Paulson a été secrétaire au Trésor des États-Unis, qui lui a versé des milliards de dollars à travers le Programme de secours des avoirs en difficulté (Troubled Asset Relief Program, TARP), un stratagème pour payer les riches qui se continue sous le secrétaire au Trésor de l'administration Obama Timothy Geithner, qui vient de la même famille capitaliste monopoliste en tant qu'ex-président de la Federal Reserve Bank de New York.

Le rapport financier de 2008 de Vale

Les monopoles sont capables de manipuler les prix de marché pendant un certain temps afin de générer des états de liquidité positifs qui vont au-delà des espérances même les plus folles des capitalistes. En 2008, Vale avait un état de liquidité positif de près de 20 milliards $ essentiellement à cause des prix de marché élevés et cela malgré qu'il ait payé 2 milliards $ en frais et intérêts, perdu plus d'un milliard sur le marché des produits dérivés et en dépit du fait qu'il appartienne à une industrie qui est soumise à une grande tension à cause de la chute du taux de rendement sur le capital investi causée par la productivité industrielle.

Le rapport de Vale de 2008 donne une vue d'ensemble des réclamations du « personnel », c'est-à-dire de ceux qui produisent et livrent son produit social. Les réclamations des travailleurs de Vale à la valeur ajoutée qu'ils ont produite en 2008 sont bien petites si on les compare aux coûts énormes représentés par le capital fixe et de circulation (les matériaux consommés dans le processus de production en plus des dépenses pour des choses comme la sous-traitance des réparations de la machinerie), qui sont appelés valeur transférée. Dans sa comptabilité centrée sur le capital, Vale met pèle-mêle les réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée et les coûts de production (valeur transférée) dans une catégorie qu'il appelle « coûts des produits vendus » (COGS). Les « dépenses en personnel » qui sont les réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée représentent environ 12.1 % (2,139 milliards $) sur le total des COGS (17,641 milliards $).

La valeur ajoutée est la valeur créée par les travailleurs quand ils transforment la matière première en valeur d'usage. La valeur ajoutée est la valeur additionnelle créée par le temps de travail des travailleurs à partir de laquelle ils peuvent faire leurs réclamations en salaires, avantages sociaux et pensions, les propriétaires du capital peuvent faire leurs réclamations en profit d'entreprise, intérêts, frais et rente, et les gouvernements en taxes.

Les réclamations des travailleurs de Vale à la valeur ajoutée sont de 2,139 milliards $.

La valeur transférée est la valeur d'usage déjà produite qui est consommée dans le processus de production. La valeur d'usage est transférée dans le nouveau produit social et récupérée quand ce nouveau produit social se réalise dans la vente. La valeur transférée n'est pas une valeur nouvelle et conséquemment elle ne peut pas faire l'objet de réclamations. La comptabilité centrée sur le capital n'a pas de catégories pour la valeur transférée et la valeur ajoutée.

On peut estimer la valeur transférée de Vale en déduisant les réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée (personnel) du COGS : 17,641 milliards $ moins 2,139 milliards $ = 15,502 milliards $.

On voit qu'il faut déployer d'énormes montants de capital pour que la classe ouvrière puisse entrer en action et générer la valeur ajoutée à partir de laquelle les propriétaires du capital réclament leur profit. Ceci est une cause importante de crise dans le système capitaliste alors que le taux de rendement sur le capital investi se développe en relation inverse au développement de la productivité industrielle. Les monopoles essaient de surmonter le problème de plusieurs façons, notamment en faisant pression sur les travailleurs pour des concessions, en exigeant que l'État leur fournisse des fonds publics, en établissant des prix de marché pour leur produit social qui est au-dessus des prix de production, en abaissant les prix de marché des produits et services qui sont consommés dans le processus de production et en utilisant les épargnes des travailleurs comme source de capital d'investissement et de crédit sous le contrôle du capital monopoliste. Toutes ces pratiques des monopoles contribuent à la récurrence des crises économiques.

On peut apprécier à quel point l'extraction minière et le raffinage sont devenus intensifs en capital en comparant les réclamations des travailleurs en 2008 avec le revenu brut de Vale pour l'année qui se chiffre à 38,509 milliards $. Les réclamations de 2,139 milliards $ des travailleurs représentent seulement 5.6 % du revenu brut de 38,509 milliards $. Gardons cependant en tête que le revenu brut de Vale en 2008 est gonflé en vertu des prix de marché très à la hausse pour les produits de base et qui le sont restés pour la plus grande partie de 2008 par rapport aux contrats de vente établis dans une période précédente. Ces prix gonflés ont été la cause de grands bouleversements et de grandes tensions dans le monde comme l'a montrée l'âpre dispute entre la Chine et Rio Tinto, le monopole anglo-américain minier et financier.

Réduire ces 5,6 ou 12,1 % par rapport au COGS de Vale ne résoudra pas le problème de la chute du taux de rendement sur le capital investi. Il est cependant important pour les propriétaires de capital que l'abaissement des réclamations des travailleurs transfère du revenu des poches des travailleurs vers les profits d'entreprise, et c'est une très bonne affaire pour les propriétaires de capital. Cela ne résout pas la crise économique ou la tendance à la chute du taux de rendement sur le capital investi mais pour les propriétaires du capital de Vale cela transfère l'argent des travailleurs dans leurs poches déjà plus que pleines et c'est une bonne chose même si cela endommage l'économie socialisée en général.

Les 2,139 milliards $ de réclamations des travailleurs en 2008 proviennent directement de la valeur ajoutée réalisée qui est l'unique source des réclamations des travailleurs, du profit d'entreprise, des intérêts, des frais, de la rente et des taxes.

Réduire les coûts réels de production (valeur transférée) peut jouer un rôle important en certaines circonstances mais, en général, une réduction dans la valeur transférée résulte dans une réduction correspondante dans la valeur de la production. Une productivité supérieure peut réduire les coûts par unité de production, ce qui aide un monopole dans la compétition, mais elle accélère la chute du taux de rendement sur l'investissement. La tendance à la hausse relative des coûts de production (la proportion de valeur transférée par unité de production par rapport à la valeur ajoutée par les travailleurs) par le biais de l'augmentation de la productivité est une tendance capitaliste bien établie qui réduit le nombre de travailleurs produisant la même quantité de produit social et a pour conséquence inattendue la baisse de la quantité de valeur ajoutée par unité d'investissement. La part relative de la valeur ajoutée est réduite en comparaison avec les coûts réels de production, ce qui abaisse le taux de rendement sur le capital investi et ce serait la même chose même si on réduisait à presque rien les salaires et les avantages sociaux des travailleurs.

Il faut noter aussi que la comptabilité centrée sur le capital n'inclut pas dans le total des « coûts des produits vendus » les coûts en capital fixe autres que ceux des travaux de réparations qui sont donnés en sous-traitance. Le transfert de valeur des machines et des édifices dans le produit social qui est récupéré comme un coût de production dans la vente est considéré comme un « revenu » et non comme une dépense récupérée.

« Dépréciation, amortissement et épuisement = 2,807 milliards $ pour 2008 ».

Ceci est le montant (de valeur transférée) récupéré par le monopole dans la vente du produit social pour compenser pour l'achat original de machines, etc. Les moyens de production fixes sont consommés petit à petit et leur prix d'achat à l'origine est récupéré quand les machines transfèrent leur valeur au nouveau produit social. Le transfert de valeur est du revenu seulement en tant que partie du revenu brut mais il n'est pas du revenu au même titre que la valeur ajoutée une fois réalisée qui est une valeur nouvelle créée par le temps de travail des travailleurs de Vale. La valeur transférée fixe n'ajoute rien à la valeur des usines et des machines transférée au produit social.

Le prix à l'achat des biens de capital fixe comme les machines est inscrit en tant que « Liquidités provenant des activités d'investissement — ; Item : Additions à la propriété, à l'usine et à l'équipement (2008) = 8,972 milliards ». Le montant total est inscrit comme une déduction du revenu brut et il apparaît comme « revenu » quand il est transféré à la nouvelle production des années subséquentes.

Notons que le montant total de 2008 imputé à la dépréciation, à l'amortissement et à l'épuisement du capital fixe (la valeur fixe transférée de 2,807 milliards $) est plus élevée que les réclamations du personnel à la valeur ajoutée (2,139 milliards).

Dans son rapport de 2008, Vale décrit le « miracle » de la croissance explosive de son empire et des « liquidités nettes provenant des opérations » (près de 20 milliards $) de la façon intéressée suivante :

« Pendant le cycle d'expansion, la maximisation de la production a joué le rôle-clé dans la maximisation de la valeur et nous avons réussi à augmenter notre agrégat de production de produits en vrac et non-ferreux d'une moyenne annuelle de 11,2 % depuis 2003. »

Vale oublie de mentionner que la plus grande partie de « la moyenne annuelle » de croissance est le résultat d'acquisitions (Inco, etc.) et de la hausse des produits de base. Vale y fait une allusion lointaine quand il admet que les prix de marché remarquablement élevés ont contribué à l'état de liquidité positif en 2008 :

« En 2008, nos revenus bruts d'opérations (revenu brut) ont atteint le niveau record de 38,509 milliards $US, soit 16 % de plus que les 33,115 milliards $US de 2007.

« L'augmentation des prix des produits a contribué 4,932 milliards $US, soit 91 % de l'augmentation totale de 5,394 milliards $US par rapport à 2007, tandis que la croissance du volume des ventes a ajouté 462 milliards $US. »

La beauté de la fixation des prix par les monopoles ! Bien sûr, ces prix de monopoles ont joué un rôle majeur dans la destruction de l'économie socialisée de plusieurs pays et d'autres secteurs mais pourquoi s'en faire quand l'empire et son « état de liquidité positif » sont satisfaits !

Le « cycle d'expansion » est fini et Vale a changé ses tactiques pour faire face à la crise économique qu'il a contribué à créer. Les prix de marché ont chuté considérablement, bien que pas aux niveaux précédents, mais cette méthode pour obtenir un état de liquidité positif est néanmoins bloquée pour le moment. Le cycle expansionniste a fourni à Vale des liquidités énormes mais il lui a aussi légué une énorme dette. L'état de liquidité positif s'est maintenant envolé mais il faut faire les paiements sur la dette quelque soient les prix des produits de base dans les années à venir. Vale entretient maintenant la rumeur qu'il va utiliser ses réserves en liquidités comme garantie pour faire de nouveaux emprunts afin d'acquérir d'autres propriétés et agrandir son empire (il planifie d'acheter pour 20 milliard $ le monopole américain d'engrais Mosaic Co. présentement contrôlé par Cargill).

Au sujet de ce que Vale appelle la période de « contraction » actuelle, Vale écrit : « La priorité s'est déplacée vers la minimisation des coûts comme outil majeur de création de valeur [sic] et nous cherchons à atteindre ce but à travers des initiatives variées comme la réduction des coûts d'opérations et d'investissements. »

Les propriétaires de Vale entendent faire cette « création de valeur » en réduisant les réclamations des travailleurs de Vale sur la valeur ajoutée qu'ils produisent pendant cette période de « contraction ». Intéressante conception de création de valeur qui vole les réclamations de travailleurs à la valeur ajoutée qu'ils ont produite. Cette idée parasitaire provient des mêmes cerveaux de capitalistes monopolistes qui pensent qu'on peut accroître l'argent du secteur financier sans faire appel au secteur de production de biens ou qu'on peut consommer quelque chose sans d'abord le produire.

La « création de valeur » est également impossible sans la réduction des coûts de production sauf si le contrôle monopoliste des prix de marché impose qu'ils soient maintenus plus élevés que les prix de production. Lorsque Vale exige que toutes les unités d'affaires atteignent un « état de liquidité positif » pendant tous les cycles d'affaires, il cherche à voler les réclamations des travailleurs à la valeur ajoutée. C'est de la propagande pour tromper les travailleurs et les couches moyennes afin qu'ils ne s'unissent pas consciemment et ne défendent par leurs droits et les droits de tous dans la lutte de classe contre le droit de monopole. Cette propagande est intimement liée à l'affirmation non scientifique que les concessions ont quelque chose à voir avec la solution de la crise économique, ce qui n'est pas le cas. Comme première ronde de cette bataille, Vale demande des concessions aux mineurs et aux raffineurs de Vale Inco. Il est très important pour les travailleurs de Vale Inco et pour tous les Canadiens et leur économie socialisée de vaincre la campagne antiouvrière et antisociale de Vale pour des concessions au nom de « l'état de liquidité positif ».

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