Le Marxiste-Léniniste

Numéro 26 - 9 février 2010

La politique et l'économie de l'édification nationale

La politique et l'économie de l'édification nationale
Le règlement entre Xstrata et Mine Mill établit un modèle de négociations sans concessions dans le secteur minier canadien

Jeux olympiques d'hiver 2010 à Vancouver
La flamme olympique passe par les villes ravagées du nord de la Colombie-Britannique - Roger Annis

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La politique et l'économie de l'édification nationale

Ces dernières années, le Canada a été durement frappé par des décisions prises par des monopoles géants, sur lesquels les Canadiens ont peu ou pas de contrôle. Ces décisions ont provoqué une grave dislocation de l'économie et une désintégration du secteur manufacturier et du tissu social canadien. Parmi ces décisions et actions il y a par exemple celles qui ont durement frappé la base manufacturière, comme Vale Inco, US Steel, Xstrata, AbitibiBowater, Nortel, Rio Tinto, Eurocan à Kitimat, Shell à Montréal et les monopoles de l'automobile.

Le parlement canadien, l'Assemblée nationale du Québec et les assemblées législatives des provinces semblent impuissants à défendre les droits et le bien-être des Canadiens. Ces instances politiques qui devraient être à la barre de l'édification nationale jouent plutôt le rôle de faciliter le droit des monopoles de détruire la base manufacturière au gré de leurs intérêts, de déprécier les services publics et les programmes sociaux et de nier aux Canadiens le droit souverain de contrôler la direction de l'économie socialisée et d'exercer une autorité sur leurs institutions politiques.

La politique et l'économie de l'édification nationale se croisent dans des initiatives pour changer la situation en faveur du peuple. Le parlement canadien, l'Assemblée nationale du Québec et les assemblées législatives des provinces doivent être au service de l'édification nationale au pays et à l'étranger et non pas des instruments du droit de monopole et de la dictature des propriétaires du capital. Les initiatives et revendications économiques populaires qui vont dans le sens de bâtir les secteurs de base de l'économie ou de les secourir de la destruction monopoliste doivent trouver un appui dans les institutions politiques. Le fer de lance de cette lutte doit être de faire avancer le mouvement organisé du peuple pour renouveler les institutions démocratiques et le processus politique. On peut établir une direction prosociale en développant un mouvement des travailleurs et des gens à l'esprit démocratique pour formuler un projet d'édification nationale en bâtissant des Comités de citoyens pour le renouveau démocratique. Menés par le Parti marxiste-léniniste du Canada, le but de ces comités est de mettre fin à la destruction nationale, d'investir le peuple du pouvoir souverain et de voir à ce que les Canadiens aient leur mot à dire sur la défense de leurs intérêts au niveau local, régional et national. Pour cela il faut des politiciens ouvriers qui oeuvrent dans les institutions politiques et qui défendent les initiatives économiques populaires en opposition au droit de monopole. Il faut des politiciens ouvriers qui se font élire et qui s'unissent et mènent le peuple dans une Opposition officielle ouvrière.

Le Marxiste-Léniniste sollicite les points de vue des Canadiens, en particulier des travailleurs qui sont directement touchés par ces développements, sur les efforts d'organisation pour relancer l'édification nationale, restreindre le droit de monopole et réaliser le droit démocratique d'exercer un contrôle sur la direction de leur économie socialisée. Il faut une vaste discussion et populariser toutes les propositions qui sont faites pour bâtir des entreprises et une économie viables dans les régions, dans les grandes villes et partout au pays, les propositions qui mettent concrètement au défi le droit de monopole et qui vont dans le sens de le restreindre.

Cette discussion ne se fait pas dans l'abstrait. Elle porte sur des problèmes très réels qui nécessitent des solutions très réelles. Trois problèmes et les solutions possibles viennent immédiatement à l'esprit mais beaucoup d'autres font l'objet de discussions et d'actions partout au pays. Pour réussir, ces initiatives économiques doivent être appuyées par une mobilisation politique et des initiatives s'attaquant au besoin de renouveau démocratique pour faire élire des travailleurs et réaliser une Opposition officielle ouvrière.

Les plans néolibéraux du monopole Vale pour l'exploration et le raffinage du nickel par Inco au Canada

L'achat de Inco par Vale en 2006 d'une société d'investissement a été un transfert de capital au sein de l'oligarchie financière internationale, sans apporter la moindre valeur aux installations de Sudbury et aux autres usines Inco au Canada. Ce transfert de propriété monopoliste n'a pas apporté un bénéfice net pour le Canada, bien au contraire. Il a accéléré la restructuration néolibérale des opérations de Inco. Vale a l'intention de n'exploiter qu'une seule mine. Elle choisit le meilleur gisement et abandonne les autres, avec pour conséquence la mise à pied de centaines de travailleurs, et refuse de réinvestir le produit social dans les communautés qui vivent de l'exploitation du nickel. Un élément important de sa stratégie est de soutirer des concessions aux mineurs et aux métallos. Les travailleurs de Inco ont répondu en déclenchant la grève à la défense de leurs salaires, avantages sociaux et pensions de standard canadien et en demandant au gouvernement d'assumer ses responsabilités sociales en empêchant la destruction et en ramenant Inco sous contrôle canadien.

Le transfert de la propriété et du contrôle de Inco à l'intérieur de l'oligarchie financière internationale à un monopole étranger soulève le problème de qui doit contrôler les ressources naturelles du Canada et décider de leur exploitation et utilisation. L'acquisition de Inco, les demandes de concessions et la restructuration néolibérale par Vale posent le problème suivant : que doivent faire les Canadiens pour se défendre, eux et leurs régions et leur économie, quand ils sont ainsi menacés par les intérêts étroits d'une monopole puissant ? Que doivent faire les travailleurs et leurs alliés quand leur mode de vie est en danger, quand les moyens de production, les ressources naturelles et le produit social qu'ils produisent sont accaparés par des intérêts qui semblent échapper au contrôle des institutions politiques ? Que doivent faire les travailleurs et leurs alliés pour garantir leur bien-être économique, politique et social et leur avenir, pour eux, leurs familles, les communautés et la société ?

En plus de mener leur grève jusqu'à conclusion, l'opposition des travailleurs aux attaques et à la stratégie néolibérale de Vale nécessite une intervention législative en invoquant la Loi sur Investissement Canada parce que l'achat de Inco par Vale n'a pas été à l'avantage du Canada. Vale doit renoncer à la propriété de Inco et verser une indemnisation aux travailleurs, aux communautés du nickel et à l'économie pour les torts causés. Certains ont également proposé qu'on nationalise les opérations de Vale au Canada et qu'on en fasse une entreprise publique au service du bien-être des Canadiens et de l'intérêt général de la société.

La fermeture arbitraire de la papeterie Eurocan à Kitimat, en Colombie-Britannique

La compagnie West Fraser Timber vient d'annoncer la fermeture d'une importante papeterie à Kitimat. Cela va détruire 500 emplois productifs et saper l'économie socialisée de la région et même de la province. Cette région du nord-ouest de la Colombie-Britannique, terre ancestrale des Haisla et des Henaaksaila, est une excellente source de fibre ligneuse, mais celle-ci est de plus en plus transportée ailleurs plutôt que d'être transformée sur place. Cette région est aussi abondante en ressources hydroélectriques réelles et potentielles. Les travailleurs et leurs organisations mobilisent leur force collective pour la réouverture de la papeterie de Kitimat et d'autres usines forestières de la région. Plusieurs propositions ont été faites, dont la réouverture de l'usine comme coopérative ouvrière ou la restitution de la loi qui oblige les compagnies à transformer le bois là où il trouve, loi qui était en vigueur avant l'offensive néolibérale et antinationale des gouvernements libéraux et néodémocrates de la province.

La destruction des aciéries Stelco par US Steel

L'acquisition de Stelco, qui fut jadis la plus grande aciérie intégrée du Canada, par US Steel a été une perte nette pour les métallos, leurs communautés et l'économie socialisée. Le transfert de plus d'un milliard de dollars de US Steel à d'autres regroupements au sein de l'oligarchie financière pour l'acquisition de Stelco n'a eu que des retombées malheureuses pour les métallos. Les ateliers Lake Erie demeurent complètement fermées et les Ateliers de Hamilton ne produisent plus que des plaques d'acier, ce qui est une énorme sous-utilisation de capacité. Le Parti conservateur au pouvoir poursuit US Steel devant les tribunaux pour violation des conditions de la vente aux termes de la Loi sur Investissement Canada mais les tactiques de diversion de US Steel vont sans doute prolonger l'affaire à n'en plus finir.

Les métallos ont demandé une loi d'urgence pour obliger US Steel à respecter ses engagements contractuels concernant l'emploi et la production et à verser une indemnisation aux travailleurs, à leurs communautés et à l'économie, mais le gouvernement conservateur de Stephen Harper et le gouvernement libéral de Dalton McGuinty en Ontario refusent d'en parler. Les métallos actifs et à la retraite du local 1005 aux ateliers de Hamilton font valoir depuis longtemps que la solution est de renouveler Stelco en tant qu'entreprise privée qui deviendrait le coeur d'une industrie qui répond aux besoins du Canada en acier et qui s'étendrait dans toutes les régions du pays. Cette proposition requiert une action politique concernant la vente de gros de l'acier pour forcer l'industrie à servir l'économie socialisée du Canada plutôt que d'être un simple instrument de réalisation du droit de monopole.

Une Opposition officielle ouvrière

Un problème commun à ces trois cas, comme à beaucoup d'autres dans d'autres secteurs et d'autres régions, est que les travailleurs et leurs communautés n'ont pas de pouvoir politique. Les gens ont d'excellentes suggestions à faire sur la façon de développer l'économie socialisée en leur faveur mais l'absence de politiciens ouvriers élus et d'une Opposition officielle ouvrière effective fait en sorte qu'il est impossible d'y donner suite.

Cette absence de pouvoir politique mène souvent à la frustration et au pessimisme, et à l'absence de changement réel sur le plan économique. Nous devons surmonter cet obstacle en nous organisant et en luttant pour que les problèmes causés lorsque le droit de monopole supplante le droit public soient résolus par un programme centré sur l'être humain qui restreint le droit de monopole. Cela veut dire qu'il faut en faire l'objet d'une mobilisation politique de masse en faveur du renouveau démocratique et économique. Le programme pour le renouveau démocratique et les solutions populaires aux problèmes de l'économie se croisent dans des initiatives pour changer la situation en faveur du peuple. Cela veut dire que les politiciens ouvriers doivent être dans les institutions politiques à défendre les initiatives économiques des Canadiens en opposition au droit de monopole. Il faut faire élire des politiciens ouvriers qui mènent le peuple dans une Opposition officielle ouvrière.

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Le règlement entre Xstrata et Mine Mill établit
un modèle de négociations sans concessions
dans le secteur minier canadien

Le 2 février, les membres de la section locale 598 des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) de Mine Mill en Ontario ont entériné à 93 % l'entente de principe conclue par le comité de négociation du syndicat avec Xstrata Nickel cinq heures après l'échéance de minuit le 1er février, après laquelle ils allaient en grève. L'entente est intervenue après six semaines de négociations difficiles avec Xstrata qui avait débuté les négociations en demandant des concessions sur les pensions, les primes et les effectifs très semblables à celles exigées par l'autre géant du nickel à Sudbury, Vale Inco, où les travailleurs en sont maintenant à leur septième mois de grève. Les membres de la section locale 598 avaient donné un mandat de grève de 96 % à leur comité de négociation. « Les négociations ont été difficiles mais nous pensons avoir fait des gains importants », a dit Richard Paquin, le président de la section.

La section 598 des TCA de Mine Mill représente 540 travailleurs de la production et de l'entretien de Xtrata Nickel présentement à l'ouvrage dans ses opérations de Sudbury et 580 membres (toujours sur la liste de rappel) qui ont été mis à pied l'an dernier quand l'entreprise a fermé ses opérations dans plusieurs sites miniers. Les travailleurs de Xtrata Nickel avaient placé le facteur humain et la responsabilité sociale au centre de leur négociation en faisant du rappel des travailleurs mis à pied leur revendication centrale. L'entente conclue prévoit le rappel de jusqu'à 230 des travailleurs mis à pied l'an dernier. Le syndicat a négocié la réouverture de la mine Fraser ce qui va sauver 40 emplois à Nickel Rim et forcer le rappel de 100 autres travailleurs. Le contrat prévoit un montant incititatif de 10 000 dollars pour les travailleurs éligibles à la retraite, ce qui pourrait encourager jusqu'à 130 d'entre eux à se retirer avec pleine pension dans les trois prochaines années et faire place à des travailleurs sur la liste de rappel. Les travailleurs de Mine Mill ont aussi gagné le droit exclusif de fournir des travailleurs aux mines Thayer Lindsley, Craig et Fraser si Xstrata les redémarre. « Les demandes de l'entreprise visaient à remplacer nos prérogatives d'emploi avec pleins droits pour les travailleurs actifs et mis à pied par du travail et des rappels temporaires », a ajouté Paquin.

L'entente maintient la prime sur le nickel mais celle-ci est versée quand le prix du nickel atteint 4 $ la livre et non plus 2,15 dollars, sans plafond, et s'y ajoute une prime basée sur le pourcentage pouvant aller jusqu'à 5 $ l'heure si l'entreprise réalise ses cibles de performance. Elle prévoit un ajustement au coût de la vie de 0,27 $ étalé depuis le dernier contrat et sur toute la durée du présent contrat et une augmentation de salaire de 0,20 $ pour la troisième année du contrat. Le montant de la pension à prestations définies pour ceux qui se retirent avec 30 ans d'ancienneté passe de 3 300 $ à 3 450 $ par mois. Les travailleurs présentement engagés et mis à pied touchent une prime de 2 500 $ à la signature du contrat et les retraités et leurs survivants à faible revenu reçoivent un montant de 500 $. Selon Xstrata, l'entente « prévoit une structure conjointe entre l'entreprise et le syndicat qui vise à réduire les problèmes à long terme causés par le régime actuel de pensions à prestations définies ».

Le contrat négocié. par la section locale 598 des TCA de Mine Mill et les travailleurs actifs et mis à pied de Xstrata Nickel témoigne de leur unité de pensée et d'action. Le comité de négociation a dit d'emblée qu'il n'allait pas abandonner les travailleurs actifs, mis à pied et retraités à leur sort et qu'il y aurait quelque chose pour chaque groupe dans la convention. Le comité de négociation a discuté de ces problèmes dans des réunions de masse qui ont souvent réuni des centaines de travailleurs. Cela a joué un rôle-clé dans la négociation d'une convention sans concessions.

Le fait que Xstrata ait négocié un contrat avec la section 598 des TCA de Mine Mill mais que Vale Inco refuse depuis sept mois de négocier ne veut pas dire que Xstrata sont les bons alors que Vale Inco sont les méchants. Les deux sont des monopoles miniers internationaux dont l'allégeance est aux propriétaires du capital et aux détenteurs de la dette. Xstrata a détruit de manière agressive les moyens de production et continue de le faire. Il y a à peine un an, Xstrata a réorganisé ses opérations de Sudbury en mettant à pied 686 travailleurs et en fermant trois mines. En décembre, Xstrata a annoncé qu'il fermait le site métallurgique de Kidd Creek (fonderie de cuivre et usine de zinc) à Timmins et déplaçait sa production vers la fonderie Horne à Rouyn-Noranda, soi-disant à cause des coûts élevés de l'hydroélectricité dans le Nord de l'Ontario. Xstrata a décidé d'en arriver à un entente parce qu'il a besoin de revenus, parce qu'il a déjà suffisamment de mauvaise publicité sur les bras avec sa fermeture à Timmins et qu'il a pensé plus profitable en ce moment de signer que de provoquer une grève.

L'entente à Xstrata ajoute à la pression sur Vale Inco pour le ramener à la table de négociations et conclure une entente pour régler la grève qui dure depuis longtemps. L'entente entre Mine Mill et Xstrata établit un modèle de négociations sans concessions dans le secteur minier canadien. Le porte-parole de Vale Steve Ball s'est couvert de ridicule quand il a dit que mettre les deux entreprises sur le même pied c'est « comparer des pommes et des oranges ».

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Jeux olympiques d'hiver 2010 à Vancouver

La flamme olympique passe par les villes ravagées
du nord de la Colombie-Britannique

Le relais de la flamme olympique qui mène à l'ouverture des jeux d'hiver de Vancouver traverse le nord de la Colombie-Britannique cette semaine. La flamme est arrivée à Kitimat hier, sur la côte du Pacifique. Les gens n'avaient pas le coeur à la fête. Comme la plupart des villes sur le chemin du relais, l'économie de Kitimat a subi de durs coups des magnats de l'industrie des ressources naturelles, le soutien principal de l'économie de la province.

La papeterie Eurocan, le deuxième plus grand employeur industriel de la ville, a annoncé à la fin d'octobre la fermeture permanente. La flamme est arrivée le premier jour de la fermeture. La fermeture entraîne la perte directe de 550 emplois et la perte indirecte de centaines d'autres. La municipalité perd une part importante de son assiette fiscale.

Des dizaines de milliers d'emplois ont été perdus dans l'industrie forestière de la Colombie-Britannique ces dernières années. Les fermetures de papeteries et de scieries s'accompagnent d'importantes compressions dans les services gouvernementaux. On a récemment annoncé la fermeture de 14 écoles à Prince George, la plupart dans les régions rurales entourant la ville. C'est plus du tiers des écoles du district scolaire. Prince George est une ville industrielle de 80 000 habitants située dans le centre géographique de la province.

Ces fermetures ont provoqué les plus grandes protestations des dernières années contre les coupures du gouvernement provincial dans les programmes sociaux. Des centaines de parents et élèves de l'école Prince George Traditional ont marché jusqu'aux bureaux du ministre de l'Éducation Pat Bell le 25 janvier. Deux jours plus tard, on a assisté à la première manifestation pour accueillir la flamme olympique dans la province lorsque des centaines de parents et élèves se sont rendus sur le trajet du relais pour faire connaître leur indignation face à la fermeture des écoles.

Une ville assiégée par la grande entreprise

Kitimat est une ville de 9 000 habitants assiégée par l'industrie des ressources à laquelle elle doit son existence. La société West Fraser Timber Mills a fermé la papeterie Eurocan parce que selon elle l'usine n'était pas assez profitable.

Les résidants craignent par ailleurs la fermeture du plus grand employeur de la ville, l'aluminerie Rio Tinto (auparavant Alcan). Cette entreprise cherche depuis des années à réduire, ou à fermer complètement, la production de l'aluminium tout en poursuivant la production d'hydroélectricité, qui lui ramène des profits faramineux. L'aluminerie est active pour l'instant, mais ses 1 300 employés subissent une pression énorme et sont forcés de faire beaucoup de temps supplémentaire. On estime que 200 personnes pourraient être embauchées sans la frénésie du temps supplémentaire.

Selon Barry Pankhurst, président de la commission scolaire Coast Mountain, les gens ont un sentiment mitigé face aux Jeux olympiques (qu'il appelle « les Jeux de Vancouver »). « Beaucoup nous disent : "Nous appuyons les athlètes, mais pas les Jeux." »

La ville subit la pression des fermetures d'usines et des compressions budgétaires. La commission scolaire a récemment fermé trois écoles. Cinq autres ont été fermées antérieurement. « La province a des tas d'argent pour faire la fête à Vancouver mais pas pour les écoles. Il y a quelque chose qui cloche là-dedans. »

« Il ne reste plus rien à couper »

Selon M. Pankhurst, Kitimat se sent abandonnée par le gouvernement provincial. « La vérité toute simple est que les gens sentent que le gouvernement n'est pas là pour nous aider. »

Il s'inquiète de l'avenir de l'aluminerie. « Rio Tinto ne fait pas les travaux d'entretien et de mise à niveau nécessaires pour maintenir l'usine compétitive. C'est une répétition de ce qui s'est produit à Eurocan. »

Ce qu'il faut, selon lui, c'est un gouvernement comme celui de Terre-Neuve qui est prêt à tenir tête à la grande entreprise. L'année dernière, le gouvernement de Danny Williams a interdit au géant de l'industrie du papier AbitibiBowater de continuer de produire et de vendre l'électricité après avoir fermé sa papeterie, les droits d'exploitation de l'hydro-électricité étant liés à la production du papier depuis 1912. Le gouvernement a obligé la compagnie a vendre ses centrales à la province à ses conditions.

Une course effrénée au profit dans l'industrie des ressources

L'industrie forestière de la Colombie-Britannique est frappée par l'effet combiné de l'effondrement de l'industrie de l'habitation aux États-Unis et de l'épidémie de la rongeuse du pin de Ponderosa.

La hausse de la température hivernale moyenne et les mauvaises pratiques d'abattage sont à l'origine de l'épidémie. La coupe à blanc a détruit l'équilibre entre les espèces d'arbre, qui assurait l'harmonie de l'écologie forestière, tandis que les températures hivernales ne sont plus suffisamment basses pour tuer les larves (il faut plusieurs semaines d'une température inférieure à 20 degrés). Les forêts de pin, cette source vitale pour l'industrie des scieries, ont à toute fin pratique disparu dans la province.

La rongeuse a récemment dépassé sa barrière géographique habituelle et fait son chemin dans les Rocheuses, poursuivant une marche inexorable vers les vastes terres forestières du Nord canadien.

Depuis qu'il a été élu, en 2001, le gouvernement du Parti libéral de la Colombie-Britannique vend les ressources naturelles de la province aux plus offrants. On assiste à une course folle au forage pour le pétrole et le gaz dans le nord, à l'harnachement de centaines de rivières pour la production d'énergie « verte », à l'exploitation du charbon, au forage en roche dure, sans égard à l'impact sur l'environnement, et à une incessante coupe à blanc des forêts.

Les eaux côtières n'échappent pas au pillage. Le foisonnement des piscifactures de saumon sur la côte du Pacifique, accompagné d'un développement urbain et industriel accéléré, menace les stocks de poisson. Le saumon est également menacé par l'augmentation de la température de l'océan. Cette année nous avons assisté à une chute catastrophique du nombre d'espèces de saumon qui retournent vers les frayères du Fraser, le plus important lit de fraie du saumon au monde.

Les gouvernements provincial et fédéral laissent entendre qu'ils ont l'intention de lever l'interdiction de forage et de transport du pétrole et du gaz naturel le long de la côte du Pacifique, en vigueur depuis des dizaines d'années. L'écologie de cette région compte parmi les plus riches et les plus diversifiées du monde. La pétrolière étasunienne Apache a fait la demande d'un permis pour construire un terminal de gaz naturel de 3 milliards $ à Kitimat pour desservir l'expansion rapide des champs gaziers dans le nord de la Colombie-Britannique et les projets de sables bitumineux en Alberta.

* Roger Annis est un travailleur de l'aérospatial et syndicaliste de Vancouver. Cet article est d'abord paru dans The Bullet, du Socialist Project.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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