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Bâtissons nos comités du
renouveau!
- Normand Chouinard -
Pour la classe ouvrière et le peuple, la
seule
question qui se pose face à la crise politique et
constitutionnelle, comme d'ailleurs face à tous les
problèmes auxquels nous sommes confrontés à
tous
les jours,
est : comment changer la situation en notre faveur ? La
concentration du pouvoir politique entre les mains d'un groupe de
plus
en plus
petit de personnes constitue un problème majeur. Et plus
la
crise politique s'approfondit, plus les partis-cartels resserrent
leur
contrôle exclusif sur le pouvoir politique. C'est un
problème posé et à résoudre.
En ce qui concerne la classe ouvrière, quel
choix
avons-nous ? Soit que nous laissions les
représentants des
riches transformer chaque jour davantage le système
politique en
démocratie totalitaire, soit que la classe ouvrière
et
ses alliés donnent naissance à un nouveau processus
par
lequel prendre leurs affaires en main. Il n'y a pas
d'autres choix. Il n'y a pas non plus de troisième,
quatrième ou cinquième voie. C'est une lutte entre
l'ancien et le nouveau. La tâche d'établir nos
comités du renouveau dans nos endroits de travail, dans
nos
quartiers, dans les maisons d'éducation et les centres
pour
personnes âgées est une tâche pratique. Pour
cela,
la classe ouvrière doit devenir
politique. Elle doit s'organiser et se mobiliser pour faire du
renouveau démocratique une partie intégrante de son
projet d'édification nationale.
Comment la question se pose-t-elle dans le
contexte
politique actuel ? D'un coté, la classe
ouvrière n'a
plus aucun contrôle sur le parlement fédéral.
Stephen Harper a prorogé le parlement jusqu'en mars,
invoquant
des raisons banales comme la tenue des Jeux olympiques ou que la
prorogation du parlement n'est qu'une simple routine
dans le système parlementaire canadien. Il se moque du
peuple.
La crise des institutions démocratiques crée un
vide
politique qui favorise les différentes factions
représentées par les partis-cartels qui profitent
de
l'absence de toute opposition réelle.
La classe ouvrière doit créer une
alternative et résoudre ce problème en sa faveur.
Sinon
la crise politique et constitutionnelle continuera de
s'approfondir et
ouvrira la porte au fascisme. La notion anti-sociale qui dit que
plus
la crise sera grave, plus les gens réagiront, est une
notion
fausse et très dangereuse. Il faut une solution politique
à ce
problème politique et c'est à nous que revient la
tâche de nous organiser pour le résoudre en notre
faveur
et selon nos intérêts de classe. Les travailleurs
doivent
combattre cette paralysie qu'on leur impose, cette notion qu'il
faut
laisser la politique aux partis-cartels. Nous devons nous
politiser et
nous intéresser à tous les aspects qui concernent
notre avenir et celui de la société.
C'est la même situation au
Québec,
qui se trouve sous le règne d'un troisième
gouvernement
libéral dirigé par Jean Charest. Là non plus
le
peuple n'a aucun espace politique. Charest prépare le
terrain
pour son prochain budget et a mis en place un soi-disant
processus de
consultation pour connaître le pouls de la population en ce
qui
concerne
le problème des finances publiques. Il y a quelques
semaines, il
a rassemblé dans une petite salle à Lévis,
près de Québec, une centaine de personnes, qu'il
dit
être représentatives de la population
québécoise, pour les consulter sur l'avenir
économique du Québec. Voyez avec quelle
désinvolture Sam Hamad, ministre de l'Emploi et de la
Solidarité
sociale et ministre du Travail, explique les raisons de ce
sommet :
« Devant les défis qui se
présentent et les enjeux qui se dessinent, il importe que
les
forces vives du Québec soient mobilisées et
entendues.
Les personnes et organisations qui ont accepté de
participer
à cette rencontre économique démontrent
qu'elles
sont grandement préoccupées par le
développement
économique. Pour notre
gouvernement, il est essentiel que les acteurs qui ont suivi et
alimenté l'état de la situation économique
du
Québec au cours de la dernière année soient
partie
prenante des discussions sur la reprise
économique. »
Autrement dit, il y a « quelques
personnes » qui sont préoccupées par le
développement économique et le gouvernement a la
largesse
de les consulter. Pour la classe ouvrière qui crée
toute
la richesse par son travail mais qui est appelée à
faire
les frais des pires conséquences de la crise
économique,
entendre un représentant de
l'État québécois parler ainsi est le pire
affront
qui soit. Jean Charest a voulu se justifier en disant :
« On aimerait inclure tout le monde, mais à un
moment
donné, il faut faire des choix sur les façons dont
on
veut conduire le dialogue. »
Les représentants des riches ne se
reconnaissent
pas d'obligation de rendre compte de leurs actions au peuple. Ils
se
croient redevables uniquement envers l'infime minorité qui
détient les leviers du pouvoir économique, mais
pour
montrer leur grande ouverture ils sont disposés à
entretenir un « dialogue » avec quelques
personnes
« représentatives ». Ils admettent
ni plus
ni moins que le processus politique actuel leur permet
d'échapper à leur responsabilité envers le
peuple
souverain et que c'est très bien ainsi, dans la mesure
où
ils envoient de temps à autre un message de bonne
volonté.
Voilà où est le problème. Que
ce
soit Harper ou Charest, ou un autre représentant des
partis-cartels, ils ont tous leurs manières de
« conduire le dialogue ». Charest le fait
avec
son « consensus social » miniature et
Harper le
fait en prorogeant le parlement. Pendant ce temps là, la
classe
ouvrière ne dialogue pas du tout.
Comme le disait Sandra Smith dans son entrevue au
Marxiste-Léniniste,
« ce
n'est
pas l'empereur qui est nue, c'est la classe
ouvrière ». La classe ouvrière est nue
parce
que c'est elle qui n'a aucun pouvoir politique et les habits
qu'on lui
fait porter sont invisibles.
Il est temps que la classe ouvrière et ses
alliés prennent le contrôle de la
« conduite du
dialogue ». Ils doivent s'organiser pour prendre
possession
des affaires qui les concernent. Les partis-cartels de la
bourgeoisie
vont continuer d'usurper le pouvoir et de le concentrer toujours
plus.
Les travailleurs ne doivent pas attendre que les
riches règlent le problème ou encore espérer
que
cette crise politique et constitutionnelle ne les affecte pas
trop, eux
et leurs familles. Les familles ouvrières sont
déjà les victimes de cette crise politique. Nous
devons
créer notre nouveau pouvoir politique maintenant, mettre
en
place nos comités du renouveau et discuter ensemble des
politiques qui
vont donner une nouvelle direction à la
société.
La seule réponse que nous pouvons donner à la
concentration du pouvoir dans les mains des partis-cartels et
à
la crise de leur système politique est de nous-mêmes
étendre notre pouvoir dans toutes les sphères de la
société.
Organiser, mobiliser et discuter, voilà ce
que
nous avons à faire.

Projet de loi sur le financement
politique au Québec
Augmenter le financement public des partis ne
renforcera pas les institutions démocratiques! Financez le
processus, pas les partis!
L'automne dernier, le gouvernement
du Québec déposait le projet de loi 78 qui modifie
la
carte électorale,
interdit des dons anonymes aux partis politiques, institue des
pénalités plus sévères pour les
infractions
et augmente les subventions
aux partis politiques. La préparation de ce projet de loi
a
commencé en
2005, dans le contexte des
révélations liées au « scandale
des
commandites » et à la Commission
Gomery. Il a été déposé à
l'Assemblée nationale en novembre denier dans
le contexte d'allégations de financement occulte lors de
la
course à la
direction d'un parti municipal à Montréal.
Selon le ministre responsable de la Réforme
des
Institutions
démocratiques, Claude Béchard, le but du projet de
loi
est de
« préserver la confiance des citoyens dans les
institutions et les
lois ». C'est une référence entre autres
au
fait qu'il y a une chute
constante du taux de participation aux élections car les
électeurs
sentent qu'ils
n'ont aucun contrôle sur les partis et les programmes pour
lesquels ils
sont appelés à voter. Or, la recommandation la plus
frappante du projet
de loi est d'augmenter le financement public des partis
politiques et
selon le ministre la raison en est qu'« il est
impératif de diminuer la
dépendance des partis politiques au financement
privé »
et donc d'alléger la pression corrosive et
d'éliminer la
mentalité du
retour d'ascenseur liée au financement privé.
Le projet de loi 78, Loi modifiant la Loi
électorale concernant
la représentation électorale et les règles
de
financement des partis
politiques et modifiant d'autres dispositions
législatives,
est
présentement débattu à la Commission des
institutions de l'Assemblée
nationale. Il n'y a pas eu d'audiences publiques mais le
directeur
général des élections du Québec
(DGEQ),
Marcel Blanchet, a rassemblé un
« Jury citoyen » à l'initiative de
l'Institut du Nouveau Monde pour
répondre à la question : « Faut-il
ouvrir
le financement des partis
politiques aux contributions des compagnies ou de tout autre
regroupement ? Oui ou non ? » Le
« jury » a déposé son rapport
le
1er février et conclut sans surprise
qu'il ne faut pas ouvrir le financement aux compagnies. Le DGEQ a
ensuite émis un communiqué dans lequel il
déclare
sans surprise qu'il
est d'accord avec le « verdict ».
Le Parti marxiste-léniniste du
Québec
(PMLQ) a présenté un mémoire à
la Commission des institutions dans lequel il fait valoir que la
crise
de confiance dans les institutions démocratiques ne sera
pas
réglée en
augmentant le financement public des partis ou en instituant des
pénalités plus sévères. Il
écrit : « D'abord, il est
totalement absurde de conclure que les partis politiques ou les
individus versent dans la corruption à cause de "la
dépendance des
partis politiques au financement privé". L'affirmer c'est
détourner
l'attention de ce fait incontournable : le problème
de la
corruption en
rapport avec le financement des partis ne date pas d'hier ;
la loi
prévoyait déjà des pénalités
dans le
passé, mais elle n'a tout
simplement pas été appliquée et on a permis
à des individus et à des
partis de s'en sauver. Et maintenant on nous propose comme
solution
d'augmenter les subventions publiques aux
partis ! »
Le PMLQ fait remarquer que seulement 2 % de
la
population est membre
de partis politiques qui sont, à toute fin pratique, des
organisations
privées agissant dans le domaine public, et qu'il n'est
donc pas
logique qu'ils soient financés à même les
fonds
publics. Il propose
plutôt que le même argent serve à financer le
processus plutôt que
les partis et soutient que cette approche contribuerait beaucoup
plus
à
renforcer les institutions démocratiques et à
réaliser le renouveau
politique souhaité.
Ce que contient le projet de loi 78
Le projet de loi
78 prévoit l'interdiction des dons anonymes dans toute
activité
politique, dont les courses à la direction des partis. Il
prévoit que
la Loi électorale devra s'appliquer dans les
courses
à la
direction des partis et que les partis devront déterminer
eux-mêmes quel
montant
maximum un candidat pourra amasser lors d'une course à la
direction.
Toujours dans les campagnes à la direction, les dons de
plus de
1 000 $
au municipal ou de plus de 3 000 $ au provincial ne seront
pas
permis.
Les partis auront l'obligation de divulguer l'identité des
donateurs.
Pour encourager les petites contributions, un
crédit d'impôt bonifié
serait accordé pour les petits dons : le taux
passerait de
75 % à 85 %
pour les premiers 100 $ au palier provincial et pour les 35
premiers
dollars au palier municipal. Les amendes en cas d'infraction aux
règles
de financement seraient haussées. Pour
une première infraction, l'amende passerait de 1
000 $
à 10 000 $. Une
personne déclarée coupable d'une infraction
pourrait
aussi perdre son
droit d'obtenir un contrat du gouvernement pendant cinq ans.
Enfin, le financement public des partis sera
haussé. Actuellement
l'allocation annuelle versée par la DGEQ à chaque
parti
est de 0,50 $
par vote d'électeur reçu. Elle passerait à
0,82 $. Plus précisément, le
montant versé représente 0,50 $ par
électeur
inscrit sur les listes
électorales et est versé aux partis
proportionnellement
au
pourcentage des votes valides obtenus à l'occasion des
dernières
élections générales.
Lors du dépôt du projet de loi, le
ministre
a indiqué : « L'objectif
qu'on a, c'est d'améliorer notre système, de
colmater les
brèches,
parce qu'il y en avait des brèches. On l'a vu, dans les
derniers
mois,
qu'il y avait des brèches, notamment au niveau des
leaderships
et
notamment au niveau municipal. »
L'argument du gouvernement libéral et des
partis
d'opposition, qui
sont tous d'accord sur l'augmentation des subventions à
eux-mêmes, est
qu'« il faut casser l'idée que le financement
des
partis est synonyme
de récompense pour ceux et celles qui
contribuent »
afin de renouveler
la confiance des citoyens dans le processus
électoral.
Quelques chiffres
Aux dernières élections
provinciales du 8 décembre 2008, 57 % des
électeurs
inscrits sont allés
voter. Le PLQ de Jean Charest a été élu avec
le
vote de 23,8 % des
électeurs inscrits. Sur cette base, il a reçu entre
le 9
décembre 2008
au 8 décembre 2009, 1 209 861,87 $, soit 42,16 %
du
financement public. Ensemble, le PLQ, le PQ et l'ADQ ont
recueilli
l'appui de 52,96 % des électeurs inscrits, et ont
reçu 94 % du
financement public. Avec la réforme proposée, qui
augmente l'allocation
annuelle à 0,82 $, c'est encore plus d'argent public
qui
sera détourné
dans les mains des partis des riches. Sur une somme
totale de 4 705 825,02 $, c'est 4 414 350,92 $ qui
seraient
remis au
PLQ, au PQ et à l'ADQ au détriment des petits
partis et
des candidats
indépendants. Et ce, sans compter les autres
mécanismes
de
financement
public qui existent pour les partis politiques :
remboursement des
dépenses électorales, remboursement de la facture
pour la production des rapports annuels des partis,
crédits
d'impôt aux
donateurs et aux membres, etc. On estime ainsi que l'État
au
Québec
finance à 60 % les partis politiques.
Augmenter les subventions aux partis ne renforcera
pas
les institutions démocratiques ! Financez le
processus, pas
les partis !

Mémoire du PMLQ à la Commission des
Institutions
du Québec sur le projet de loi 78
Loi
modifiant la
Loi électorale concernant la représentation
électorale et les règles de financement des partis
politiques
et modifiant d'autres dispositions législatives,
- 1er févier 2010 -
Le Parti
marxiste-léniniste
du Québec (PMLQ) désire s'adresser
spécifiquement
à la déclaration faite par le gouvernement Charest
par le
biais de son ministre des Affaires intergouvernementales, Claude
Béchard, à l'effet que le projet de loi 78
renforcera les
institutions démocratiques. Le ministre dit que le but
du projet de loi est « de préserver la
confiance des
citoyens dans nos institutions et nos lois » et
qu'« à cet effet, il est impératif de
diminuer
la dépendance des partis politiques au financement
privé ». Il soutient que le projet de loi va
décourager la corruption parce qu'il prévoit des
peines
plus sévères en cas d'infractions et que
l'augmentation
du financement public va éliminer la tendance à
tricher.
Le PMLQ est d'avis que la réforme de la
Loi
électorale proposée par le projet de loi 78,
qui
prévoit l'augmentation des subventions versées aux
partis, ne va pas renforcer les institutions
démocratiques.
D'abord, il est totalement absurde de conclure que les partis
politiques ou les individus
versent dans la corruption à cause de « la
dépendance des partis politiques au financement
privé ». L'affirmer c'est détourner
l'attention de ce fait incontournable : le problème
de la
corruption en rapport avec le financement des partis ne date pas
d'hier, que la loi prévoyait déjà des
pénalités dans
le passé, mais elle n'a tout simplement pas
été
appliquée et on a permis à des individus et
à des
partis de s'en sauver. Et maintenant on nous propose comme
solution
d'augmenter les subventions publiques aux partis !
Le 9 septembre 2005, le directeur
général
des élections du Québec (DGEQ), Marcel Blanchet, a
envoyé une lettre à tous les partis politiques
demandant
leurs points de vue sur les dispositions de la législation
québécoise en matière de financement des
partis.
Le groupe de réflexion qui a soumis son
rapport en 2007 notait entre autres dans son communiqué du
28
avril 2005 : « Certaines allégations
faites
à la Commission [Gomery] ont renforcé la conviction
du
DGE à l'effet qu'il y avait lieu de faire une
réflexion
approfondie sur le financement des partis politiques de
façon
à assurer la pérennité
de la réforme que l'Assemblée nationale a
initiée
en 1977. »
À l'époque, le porte-parole du DGE,
Clément Falardeau, avait dit que la violation de ces
règles « n'est pas facile à
détecter,
ni à prouver ». Une entreprise peut en effet
contourner la loi en donnant de grosses sommes d'argent à
plusieurs de ses employés qui, en retour, versent des
contributions
financières à la caisse des partis en leur propre
nom.
C'est d'ailleurs là-dessus que portent les
allégations
faites à la commission Gomery. Le président de
Groupaction Jean Brault a admis que son entreprise avait
contribué 50 000 $ à la campagne
électorale
de Jean Charest en 1998 par cette méthode et qu'elle
avait recruté 17 employés pour contribuer 100
000 $
à la caisse du Parti québécois sur une
période de deux ans.
Nous le répétons : nous avions
une
loi électorale à l'époque. Elle
prévoyait
des pénalités. Malgré cela, les partis qui
ont
bénéficié de ces pratiques frauduleuses ont
réussi à poursuivre leurs activités comme si
de
rien n'était, même après la divulgation des
pratiques corrompues. Comment se fait-il
que les individus et partis politiques qui ont versé dans
la
corruption continuent d'occuper des positions de
responsabilité ? ! Au niveau
fédéral,
Jean Chrétien a tenté d'éviter les
révélations publiques, qui ont malgré tout
donné lieu au scandale des commandites, en faisant adopter
une
loi qui augmente
le financement public des partis politiques. Lui aussi disait le
faire
au nom du renforcement des institutions démocratiques et
citait
en exemple l'efficacité de la loi du Québec de
1977. Les
partis à la Chambre des communes n'avaient pas
aussitôt
voté une loi pour s'accorder plus de subventions que le
scandale
des
commandites éclatait et on a su que la loi
québécoise avait été
contournée sans
trop de difficultés. Puis il y a eu les allégations
de
corruption associées aux élections municipales et
le
Parti libéral du Québec a refusé d'instituer
une
enquête. En réponse à cela, les partis
à
l'Assemblée nationale du Québec se proposent
maintenant d'augmenter les subventions publiques qui leur sont
versées de 50 cents à 82 cents par vote
récolté !
Vous comprendrez que les Québécois
considèrent que les partis politiques manquent de
sincérité et prêchent pour leur paroisse
lorsqu'ils
disent que le but visé par l'augmentation des subventions
est de
renforcer les institutions démocratiques.
Comment ces mesures vont-elles renforcer les
institutions démocratiques si l'on ferme les yeux sur le
fait
que ces partis politiques, qui sont censés être le
lien
principal entre l'électorat, les élus et le
gouvernement,
sont incapables de se financer à même les
cotisations des
membres, à tel point qu'ils
doivent se servir de leur position de privilège au
parlement
pour s'attribuer des subventions publiques ?
Les partis politiques sont à toute fin
pratique
des organisations privées qui opèrent dans le
domaine
public. Légalement parlant, ils ne sont pas
considérés comme des entreprises ou des organismes
non
gouvernementaux (ONG) mais comme des organisations
indépendantes. Toute organisation privée
relève du privé. Avec le financement public, la loi
permet de financer des activités de nature privée
avec
des fonds publics : les batailles de pancartes, les
sondages,
le télémarketing, les menaces, le chantage et les
querelles
intestines, les courses à la direction, les congrès
d'orientation – toutes des choses
qui concernent les partis et leurs membres. Le financement ne
devrait-il pas être la responsabilité des membres,
pour
que ce soit eux qui soient en position d'exiger des
comptes ?
Est-ce qu'on accepterait, par exemple, que les
congrégations
religieuses qui oeuvrent dans le domaine public soient
financées
à même
les fonds publics ? Non. Elles doivent dépendre de
l'appui
qu'elles reçoivent. C'est ce principe qui renforce le
fonctionnement démocratique de la société.
Le fait
que les partis politiques oeuvrent dans le domaine public ne veut
pas
dire qu'ils sont des institutions publiques ayant droit au
financement
public. Il faut comprendre que le financement des partis par
l'État fait d'eux des appendices de l'État. Les
partis
politiques financés à 60 % par l'État
doivent
rendre des comptes non pas à leurs membres, mais au DGEQ,
parce
que la loi l'exige.
Ce projet de loi est bourré de
contradictions.
Par exemple, on dit que son but est de renforcer les institutions
démocratiques. Or, la liberté d'association est
sans
équivoque un principe fondamental du fonctionnement des
institutions démocratiques. Le projet de loi 78 attaque le
droit
d'association parce
qu'il exige que les membres des associations que sont les partis
politiques s'identifient à l'État s'ils veulent
faire des
contributions financières. Cela contredit la supposition
que
chacun peut adhérer à une association, à un
syndicat ou à un parti politique sur une base individuelle
et
obéir aux règles et statuts de cette
organisation sans renoncer à ses droits, comme le droit
à
la vie privée. Le projet de loi veut obliger les partis
politiques à divulguer l'identité des donateurs.
Aussi
vertueuses que soient ces prétentions, cela va à
l'encontre du droit d'association des individus, qui
relève du
domaine privé.
Cela va aussi à l'encontre du droit de
conscience
des individus qui désirent joindre et financer les
activités d'une association sans vouloir être
identifiés par l'État et que leur nom soit connu
publiquement. C'est une ingérence de l'État contre
le
droit d'assemblée et le droit de conscience des citoyennes
et des citoyens puisque cela impose un processus qui rend
impossible
l'expression d'une opinion politique sans crainte de
représailles. Ne nions pas la capacité du parti au
pouvoir de sévir contre ceux qui n'appuient pas son
programme,
surtout quand on tient compte des sommes énormes
auxquelles ont
accès les députés
pour distribuer des largesses dans leur circonscription. Ce
projet de
loi dans son état actuel va-t-il éliminer la
corruption ? Si la corruption est quelque chose qui
altère
et rend immoral et malhonnête le processus politique par
l'argent
et d'autres moyens, alors non. Il ne va pas l'éliminer
parce que
les partis
visés n'ont jamais assez d'argent pour financer leurs
campagnes.
Le projet de loi va-t-il changer qui va être élu,
par
exemple ? Non, ces mêmes partis vont continuer
d'être
avantagés par le financement public. Les médias,
à
qui le processus actuel assigne par défaut la
responsabilité d'informer l'électorat, sont
possédés par les mêmes intérêts
privés qui contrôlent les partis politiques majeurs.
Les
partis politiques se forment sur la base d'intérêts
sociaux et économiques précis. Dans des conditions
où les intérêts économiques les plus
puissants et les propriétaires des principaux moyens de
production ne représentent qu'un
infime pourcentage de la population, ils vont continuer de
manipuler
l'opinion publique grâce à leur contrôle de la
vaste
majorité des médias du Québec (plus de
80 %
détenus par Power Corporation et Québécor et
le
reste par CanWest et Transcontinental, à l'exception de
moins de
2 % qui revient à
ce qu'on appelle la presse indépendante,
c'est-à-dire Le
Devoir.) Ces propriétaires dictent la politique
éditoriale et favorisent ouvertement le parti qui
représente leurs intérêts durant les
campagnes
électorales. Qui ne se souvient pas des cas
d'ingérence
de Paul Desmarais dans la salle de rédaction de La
Presse durant une élection ou un
référendum ? Le nouveau projet de loi ne
changera
pas le rapport de force en faveur de l'électorat.
On estime que moins de 2 % de la population
est
membre des partis politiques. On comprend que l'autofinancement
pourrait ne pas être suffisant pour mener des campagnes
avec les
moyens d'aujourd'hui, mais comment cela renforce-t-il les
institutions
démocratiques que de financer des partis
sur lesquels le public n'exerce aucun contrôle ? Si
seulement 2 % de la population est membre de partis
politiques,
pourquoi ces derniers seraient-ils financés par des fonds
publics ?
Le projet de loi propose d'augmenter le
financement des
partis politiques de 50 cents à 82 cents par vote.
Strictement
parlant, cela augmente la malversation de fonds publics à
des
partis politiques privilégiés. M. Béchard
cherche
à détourner l'attention de cette
réalité en
ajoutant que les partis ne devraient
pas être entièrement financés par
les
fonds publics et devraient recruter d'autres membres pour combler
le
manque à gagner.
C'est assez pauvre comme argument parce que la
réalité est que les partis ont de moins en moins de
membres. Des études l'ont démontré. Le PMLQ
ne nie
pas la légitimité de vouloir renforcer les partis
politiques mais il faut soumettre le problème au
débat
public. Si les citoyens ne financent pas les
partis parce qu'ils ne sont pas d'accord avec ce qu'ils font,
c'est
assez malhonnête de vouloir contourner le problème
en les
finançant avec des fonds publics !
Pourquoi ne pas avoir un financement
électoral
qui profite à toute la population ? Pourquoi ne pas
utiliser cet argent pour informer les électeurs sur tous
les
candidats en lice et les autres questions d'intérêt
public
reliées à une élection : qui sont les
candidats, quels sont les enjeux et ainsi
de suite. Si les fonds étaient utilisés pour faire
connaître les noms de tous les candidats, faire
connaître
leur programme avec une attention égale pour chacun, au
lieu de
remettre cet argent à des partis politiques qui
représentent des intérêts privés, les
institutions démocratiques s'en verraient certainement
renforcées,
à commencer par le processus électoral
lui-même !
À notre avis, l'État ne doit en
aucune
circonstance financer des intérêts privés, il
doit
financer uniquement des projets publics. Une élection
à
une fonction officielle est un projet public. Les lois
électorales doivent être réformées
pour
renforcer ce projet public. Les fonds de l'État devraient
être utilisés
pour financer le processus électoral, de sorte que les
électeurs puissent poser un geste informé. Les
fonds
publics devraient servir à créer
l'égalité
des chances, à diffuser de l'information sur tous les
candidats
et à faire respecter les droits de tous.
Pour terminer, nous portons à votre
attention le
fait que sous la loi actuelle, seuls les électeurs peuvent
financer un parti politique de leur choix. Nous pensons que la
loi sur
le financement devrait être amendée pour permettre
aussi
aux résidents en bonne et due forme de contribuer à
un
parti politique
de leur choix. Les résidents sont aussi touchés par
les
décisions politiques que les citoyens et devraient
être
encouragés à participer à la vie
politique.

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