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Numéro 17 - 27
janvier 2010 - Supplément
De la presse du Parti
À la recherche d'un commandant
en chef deus ex machina

À la convention républicaine
à New York en 2004:
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L'article qui suit a été écrit en
juillet 2008 en préparation pour le VIIIe Congrès du
Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste) tenu en
août de la même année. Il a été
publié dans Le
Marxiste-Léniniste le 4 novembre 2008, dans le cadre des
élections présidentielles aux États-Unis.
* * *
La guerre impérialiste est un sujet chaud. Dans
le cadre des élections présidentielles aux
États-Unis, les objectifs de guerre et la définition du
président en tant que commandant en chef retiennent beaucoup
d'attention.
Alors que la crise s'aggrave de tout côté,
l'État américain (les institutions gouvernantes, la
bureaucratie, l'armée) et le système politique
apparaissent comme rompus, divisés et hostiles au peuple. La
multitude méprise les grands partis politiques et leurs
médias, tandis qu'une désinformation agressive et une
absence générale d'information créent
dans le corps politique un sentiment de colère paralysante
mêlé d'indifférence, cette dernière
étant le fait d'une dangereuse dépolitisation qui laisse
le peuple en proie à la pire démagogie. Une élite
politique et économique, qui se dit formée
« des meilleurs et des plus doués », la
veille aristocratie naturelle version corrigée, la caste des
élus, s'est approprié les privilèges du pouvoir.
Elle s'est de plus accordé l'immunité pour se
protéger des atteintes à son
« droit » d'avoir le monopole de la force, par
lequel elle impose son pouvoir. Face à cette élite et
à son pouvoir établi, la classe ouvrière et le
peuple sont marginalisés au sein du corps politique. Or, en
raison de leur
position dans la société et du fait que leurs
réclamations à la société pour
répondre à leurs besoins suivant leurs
intérêts ne sont pas satisfaites, la classe
ouvrière et le peuple entrent en opposition avec l'élite.
Ils sont conviés à l'action, appelés à
sortir du marasme. Pour ce faire, ils doivent voir comment l'ordre
établi en est venu à choisir ces
« élus » et à leur conférer
le droit du monopole de la force.
À la lumière de la situation actuelle, les
pouvoirs en place sont pressés de s'entendre sur le choix d'un
sauveur qui puisse leur livrer le peuple, la bureaucratie et
l'armée, unis dans l'enthousiasme autour d'un but qui correspond
aux aspirations de leadership et de contrôle mondiaux des
élites dominantes aux États-Unis. Les élites
dominantes sont
à la recherche d'un Deus ex machina, un dieu issu de
la machine. Ce qui importe, ce n'est pas tant le caractère ou la
personnalité du candidat, comme Obama par exemple, qu'on
présente comme le messie qui saura conduire le peuple hors de la
désolation des années Bush, que la logique de la machine
derrière de processus de sélection.
La machine, c'est le système politique fondé sur la
constitution. Ainsi, l'élection du président a son sens
dans l'analyse de la constitution américaine et de son
système politique dans le contexte de la situation historique
réelle.
En ce moment, dans la situation historique
réelle, le conflit entre les forces de production et les
rapports sociaux de production est à l'origine de la crise
économique, de l'instabilité et du
déséquilibre. Les forces productives, y compris le
prolétariat moderne, dépassent amplement les limites des
rapports de production capitalistes dont elles sont
captives. C'est particulièrement le cas des révolutions
scientifique, technologique et industrielle, dont le progrès
dépend essentiellement de la concurrence entre les
détenteurs du capital. Le développement de ces forces
productives, sans pour autant profiter au peuple, se fait à une
telle allure qu'il menace la durabilité de l'environnement
naturel et
social. Ces menaces sont causées par la rétention des
pouvoirs productifs par les rapports sociaux capitalistes. Les pouvoirs
productifs ainsi retenus deviennent de fait un obstacle à leur
utilisation pour la satisfaction des réclamations des membres de
la société en fonction de leurs besoins suivant le niveau
de développement de la société. Cela peut
mener à de grandes tragédies pour le peuple. Le
gouvernement américain, avec son armée et sa
bureaucratie, n'a pas intérêt à résoudre ce
problème à l'avantage du peuple. Un sauveur issu de la
machine ne cherchera donc pas à résoudre le
problème à l'avantage du peuple, mais il devra par contre
définir la situation et les problèmes de gouvernance
de façon à ne pas inciter l'opposition du peuple.
Pour l'essentiel, seules les réclamations des
propriétaires du capital sont considérées comme
légitimes. Celui qui met la main sur ce monopole de la force
s'approprie du même coup la légitimité et
l'autorité de l'utiliser au nom de la société. Les
propriétaires du capital font leurs réclamations à
la société en vertu du fait qu'ils sont détenteurs
du
droit de manier le monopole de la force, la machine d'État. De
même, en s'appropriant la légitimité et
l'autorité de contrôler le droit de se servir du monopole
de la force et de la coercition, les propriétaires du capital
restreignent et limitent les réclamations de la classe
ouvrière et du peuple. La prétention à la
légitimité est nécessairement sapée
quand le peuple, de par ses conditions de vie, se voit
complètement restreint dans sa capacité de satisfaire ses
besoins. C'est là que l'autorité de ceux qui
prétendent à la légitimité de
contrôler le monopole de la force au nom de la
société est remise en question.
Pour éviter cette situation, d'immenses sommes
d'argent sont consacrées au maintien de l'apparence de
légitimité. Des milliards de dollars sont
dépensés à cette fin dans les élections
présidentielles en cours. Des sommes records sont recueillies
par des « campagnes de financement » et
dépensées spécifiquement pour la recherche
d'un sauveur d'une façon apparemment publique pour occuper une
fonction apparemment publique. Le processus de sélection est
censé tirer sa légitimité de cette recherche comme
telle. Mais les élites cherchent quelqu'un qui puisse donner
à la demande du droit de monopole un air de
légitimité, ce qui n'est pas une tâche facile. Si
le parti au
pouvoir et son chef sont perçus comme ne servant que les
intérêts des propriétaires du capital, la
prétention à la légitimité sera
enterrée par les accusations de corruption et de
servilité. Si les promesses faites à la classe
ouvrière et au peuple ne sont pas respectées, la
prétention à la légitimité sera
noyée par les accusations d'hypocrisie et de
fourberie. La machine a désespérément besoin d'un
sauveur possédant les attributs d'un chef pouvant réunir
sous sa tutelle les rapports et arrangements de la vaste bureaucratie,
de l'armée et des institutions gouvernantes, et capable de
projeter l'image de la rectitude et de la force, qui est la promesse de
fidélité envers les propriétaires du capital en
tant que classe. Or, dans la situation de crise actuelle, du point de
vue des élites le leadership présidentiel exige une
action et une décision énergiquement préventives,
ce qui s'apparente à la dictature présidentielle. Un
président qui agit de façon préventive dans les
conditions instables du déséquilibre, qui veut faire de
son mandat un moment de
définition, ne sera pas nécessairement capable de
projeter l'image de rectitude et de force, ni est-ce possible dans le
contexte actuel.
En ces temps de crise, avec un gouvernement
divisé et des conflits intenses entre les détenteurs du
capital, ce sauveur doit être un maître illusionniste. Et
tout cela sans toucher au coeur du problème de la
légitimité. Si ceux qui gouvernent sont perçus
comme une clique ne servant que ses intérêts, la
prétention à l'autorité légitime de se
servir du
pouvoir d'État, avec son monopole des instruments de la force et
de la coercition, commence à plutôt ressembler à la
vanité de l'usurpateur. Tôt ou tard apparaîtront
d'autres prétendants à la légitimité qui
n'appuieront pas nécessairement leurs prétentions sur les
institutions et arrangements existants. L'existence d'autres
prétentions à la légitimité et
à l'autorité laisse présager un pouvoir souverain
qui n'apparaît plus comme un et indivisible. Les vieilles
façons de faire sont alors rejetées tant par les
gouvernants que par les gouvernés : ni les uns ni les
autres ne peuvent continuer comme avant. Apparaissent alors les
conditions d'une guerre civile. Cela peut sembler improbable, mais
seulement du point de vue de celui qui croit qu'il est toujours
possible d'harmoniser les fondements constitutionnels des arrangements
de gouvernance et les forces productives. À constater
l'utilisation fréquente de citations tirées de la
période de la guerre civile, on peut présumer que le
sérieux de la situation n'échappe pas à
l'élite politique.
Obama, par exemple, calque la phrase de Lincoln :
l'Amérique est « le dernier meilleur espoir du
monde » qui sera perdu sans changement. Mais cela
dépend de la conception que l'on se fait du changement. Les
fondements de la constitution du XVIIIe siècle
prévoient-ils un système politique capable de
résoudre la crise
généralisée que provoque l'affrontement entre les
forces productives et les rapports sociaux capitalistes ? La
constitution telle que sortie de la Guerre civile prévoit-elle
une conception moderne de la démocratie capable de
présider à l'harmonisation des intérêts
individuels, collectifs et généraux qui surgissent de
façon conflictuelle au sein de la
société à cause de l'affrontement entre les forces
de production et les rapports de production ? La constitution
telle que sortie de la période de la grande dépression
mondiale, de la guerre mondiale et de la défaite du fascisme
établit-elle le leadership nécessaire pour affronter la
situation historique réelle ? Une gouvernance fondée
sur
une constitution anachronique et archaïque peut-elle éviter
la rupture du tissu social face aux forces productives modernes ?
La critique des usurpations présidentielles qui vont
au-delà du cadre constitutionnel établi suffira-t-elle
à contenir les réactions extrêmes ou
créera-t-elle ses propres illusions ? Ces questions
sont-elles même posées
dans la recherche d'un dieu issu de la machine ?
Pour pouvoir analyser calmement la situation historique
de cette élection présidentielle, l'électorat a
besoin d'être informé de l'état de la situation.
L'absence d'information élimine nécessairement toute
possibilité de considération objective. D'abord,
l'information doit porter sur la situation actuelle et ce qui s'y
révèle. Puis il faut se demander si
les arrangements basés sur les limites du droit constitutionnel
permettent d'aborder les problèmes de l'organisation des forces
productives pour la satisfaction des besoins du peuple. Ces questions
ne semblent pas intéresser les candidats à la
présidence. La raison en est ni la propension au mensonge des
candidats ou du détenteur actuel de la fonction
présidentielle, ni la simple avidité ou
« pathologie du pouvoir » engendrée par le
système.
Dans la campagne actuelle, on a vu apparaître
plusieurs formules liant les options militaires à la crise
économique. Un des principes visés dans la campagne en
cours est que le président doit être l'expression
concentrée de l'autorité politique et de la force pour
les aspects suivants de la gouvernance : les revenus, en
particulier l'accès à la
Réserve fédérale et l'expropriation des sommes
accumulées dans le Trésor public par le biais des
impôts ; l'armée, en particulier la
possibilité de superviser la militarisation de l'économie
et le complexe militaro-industriel ; et la garantie du
« droit de monopole » au détriment des
droits et libertés civiles du peuple. Pour
s'emparer de ces « joyaux » et pour les utiliser
au service des ambitions personnelles ou de l'intérêt
collectif de la bourgeoisie, il est nécessaire d'établir
le modus operandi du système politique et de son
organisation des partis en coalition de manière à ne pas
permettre de remise en question de l'autorité politique. Mais
une
fois disparus les accoutrements historiques et les prétentions
à servir la démocratie, le peuple et le gouvernement par
le peuple, il ne reste plus que l'histoire elle-même, avec son
ironie et sa ruse. Après 220 ans de gouvernement
constitutionnel, le peuple américain affronte la menace d'une
armée permanente, la taxation sans représentation, un
système judiciaire empressé de défendre la
suprématie exécutive, etc. Dans la situation actuelle, la
fonction de président joue un rôle crucial dans la
définition des conditions historiques et de la base de la
résolution des contradictions. Mais maintenant, revêtu de
prérogatives royales comme un monarque, portée à
rétablir les dynasties, etc., la
fonction de président apparaît dans une forme clairement
reconnaissable dans le cadre constitutionnel : c'est la forme tout
à fait contraire aux objectifs de la constitution. L'opposition
surgit immédiatement : le système constitutionnel de
pouvoirs et contrepoids est détruit ; la séparation
des pouvoirs est niée ; la fonction de
président munie au départ d'un
« soupçon de pouvoirs monarchiques
nécessaires » est maintenant celle d'un empereur au
sommet de l'empire, etc. Mais la constitution, qui établit la
base des conceptions de démocratie et de gouvernance, demeure la
référence obligée pour critiquer les
développements actuels. Cette interprétation de la
loi fondamentale est dépassée et anachronique face
à la complexité du monde moderne.
Par exemple, la constitution a créé les
fonctions du président en empruntant à la monarchie
britannique certains pouvoirs pouvant être exercés en
concurrence avec le pouvoir législatif, jusqu'au désaveu
de ce dernier. Autrement dit, le pouvoir présidentiel se
sépare en s'emparant de l'autorité du Congrès pour
réformer l'ordre constitutionnel à
des moments historiques donnés. Cet aspect constitutionnel de la
présidence se trouve dans le serment du président. D'une
part le président jure de remplir fidèlement les
fonctions de président. D'autre part, il jure de
défendre, de préserver et de protéger la
constitution au mieux de ses capacités. La première
partie du serment confère la prérogative
absolue (conçue sur le modèle de la prérogative
royale de la monarchie britannique) de « dépasser les
formes constitutionnelles » au point où le
président peut s'arroger l'autorité de manier le pouvoir
politique, de saisir les immenses ressources de l'armée et de la
bureaucratie et de prendre l'initiative indépendamment des
pouvoirs
législatifs. Ainsi, le détenteur des fonctions de la
présidence peut prétendre au pouvoir de
« créer l'ordre politique »,
d'« affirmer l'ordre politique » ou de
« rompre l'ordre politique » contre le risque
d'être destitué et retiré de ses fonctions. La
deuxième partie du serment concerne les tâches du
président
relatives à la gouvernance des institutions telle
qu'établie par la constitution, dans la mesure de ses
« capacités », c'est-à-dire dans la
mesure où le lui permet de le faire le système de
pouvoirs et contrepoids surgi de la séparation des pouvoirs. Et
ces « capacités » doivent être
appliquées à la préservation de l'État.
Autrement dit, les pouvoirs de défendre la constitution
dépendent des « capacités » du
président.
La dure réalité est que l'élite
dominante a perdu son contrôle majoritaire des marchés et
de la richesse mondiaux à la fin de la Deuxième Guerre
mondiale, ce qui place l'impérialisme américain en
déclin par rapport aux autres puissances et peuples et
crée la possibilité réelle de la fin de ce
bâtisseur d'empire par excellence. Apparaît alors le
spectre d'une guerre mondiale engageant toutes les puissances et avec
lui l'idée que l'ensemble du système capitaliste mondial
pourrait y trouver sa perte, y compris l'État américain.
(Lorsqu'on regarde qui compose l'« équipe de
sécurité nationale » d'Obama, il s'agit de
gens ayant exprimé des vues sur le déclin de
l'Amérique comme
puissance mondiale et leader mondial.) L'Amérique prie pour une
résurrection par la confection d'un dieu issu la machine. Or, la
machine reste confinée aux limites établies par la
constitution et par les luttes qui sont à l'origine de sa
création et de son évolution. Depuis le tout
début, les élites dominantes, incluant les avocats, qui
ont joué un rôle
dans l'évolution de la constitution, se sont
préoccupées de comment échapper à la guerre
civile, comment modérer le conflit entre l'empire et la
république, comment définir la démocratie, les
droits, les libertés civiles, etc. Les problèmes qui se
posent aujourd'hui concernant l'habeas corpus, la torture, le
sceau de l'infamie par l'État (la
chasse aux sorcières), l'espionnage, la suppression de la
liberté de parole, etc. ont été débattus
à l'époque où l'État américain a
été formé, dans les conditions du combat du
peuple, du congrès et des forces armées contre l'empire
britannique et sa monarchie constitutionnelle.
 
Washington DC, 11 janvier 2008: Journée internationale d'action
pour la fermeture de Guantanamo.
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Pour stabiliser la situation et échapper au
déséquilibre, les élites dominantes se battent
pour redéfinir le pouvoir exécutif. Profitant de la
campagne présidentielle « permanente »,
qui s'étend maintenant sur plusieurs années, elles misent
tous leurs efforts sur la prise des fonctions du président et,
par la présidence, sur le contrôle du
pouvoir exécutif. Un des principaux motifs pour s'emparer du
contrôle de l'État en tant que « comité
exécutif de la bourgeoisie » est le besoin de faire
des prédictions dans une situation de grande complexité
dans les conditions des luttes de classe et de l'intensification des
rivalités et conflits internationaux. C'est l'expression
concentrée de la raison d'État, ou, comme on
l'appelle aujourd'hui, l'intérêt national ou la
sécurité nationale. Un des principes de la raison
d'État est que l'information nécessaire pour faire les
prédictions doit être secrète et non
partagée avec le public, avec pour conséquence le
renforcement des rapports sociaux capitalistes en tant que
barrage qui retient l'histoire. Ce secret et cette
désinformation sont possibles par l'exercice du pouvoir
présidentiel sur d'innombrables bureaucraties et réseaux.
Sur la base de cette organisation étatique, la raison
d'État est l'instrument des calculs concernant le pouvoir et la
gouvernance.
La raison d'État, telle qu'elle s'identifie
à l'autorité et au pouvoir exécutif du
président des États-Unis, entre en conflit avec l'opinion
publique, ce phénomène collectif lié au corps
politique. L'opinion publique du corps politique est l'espace où
s'affrontent la volonté populaire et la volonté
juridique. L'opinion publique est dans ce sens la
volonté populaire non réalisée, l'expression de
l'intérêt public regroupant les intérêts
individuels, collectifs et généraux de la
société. D'autre part, la raison d'État est
censée reposer sur la volonté juridique
réalisée et enchâssée partant de
l'inviolabilité de la propriété privée et
affirmée en tant qu'intérêt national ou
sécurité nationale, qu'on dit au
service de l'intérêt suprême de l'État,
à la défense de sa survie permanente.
Obsédées par le leadership exécutif et la
suprématie sur les instances législatives du corps
politique, les élections présidentielles ne concernent
pas seulement la sélection d'un président, elles sont
également l'occasion de faire valoir que l'intérêt
national doit supplanter
l'intérêt public par des innovations du pouvoir
exécutif.
Un aspect de la présidence qui est ressorti
durant les dernières administrations et qui est au coeur de la
campagne électorale actuelle, suivant les considérations
de la raison d'État, est le président en tant que
commandant en chef. Le président comme commandant en chef a pour
tâche première d'unir, ou du moins stabiliser, une machine
bureaucratique et militaire divisée et liée par mille et
un fils aux institutions financières et aux monopoles, lesquels
sont en proie à la grande angoisse que créent
l'instabilité et le déséquilibre. Les pouvoirs en
place ont besoin d'une autorité qui est de la machine
militaro-bureaucratique et pour la machine militaro-bureaucratique, et
non en opposition
à elle. S'ils ne parviennent pas à satisfaire ce besoin,
c'est un élément important de la raison d'État
invoquée pour s'emparer de la machine d'État qui est
sapée, à savoir la concentration du pouvoir politique et
économique entre les mains du capital monopoliste, tout en
privant la classe ouvrière et le peuple de tout pouvoir.
La machine militaro-bureaucratique est une expression
concentrée du conflit entre les forces productives et les
rapports sociaux de production. Liées par mille et un fils au
capital financier, l'organisation du complexe militaro-industriel et la
militarisation de l'économie jouent un rôle important dans
tous les aspects de la vie économique et
politique. Aujourd'hui, toutes les questions sociales sont
jumelées à un élément de solution
militaire, qu'il s'agisse des prix des aliments, de la famine, de la
crise des ressources naturelles, énergétiques et
humaines, des catastrophes environnementales, de soi-disant projets
d'édification nationale, de la démocratie, etc. Selon les
apologistes des
développements actuels, si l'option de la guerre n'est pas
placée au centre de toutes les solutions, il ne sera pas
possible de stabiliser l'armée et la bureaucratie sous le
contrôle d'une autorité centralisée maniant des
pouvoirs concentrés et un sentiment d'appréhension va
immanquablement se répandre parmi les pouvoirs établis et
leurs
apologistes : la continuité de l'ordre constitutionnel et
la survie de l'État sont remises en question. Pourtant, la
continuité de l'ordre établi et la permanence de
l'État sont sapées au départ lorsque le
président se sert de l'autorité pour s'arroger de
nouveaux pouvoirs de guerre. L'autorité assignée aux
fonctions du président reste particulièrement
ambiguë dans la constitution, suivant la conception originale qui
visait à « énergiser » une forme
républicaine de gouvernement qui, selon les fondateurs,
était encline à la dégénérescence,
à la corruption et à l'effondrement à cause de
l'exercice du pouvoir présidentiel. Dans la situation actuelle,
où la revendication d'un pouvoir exécutif
unitaire dans la personne du commandant en chef est placée au
centre, le président en tant que chef de la machine
militaro-bureaucratique peut mener les pouvoirs vers la destruction des
forces productives.
Selon la constitution, « la survie de
l'État » est fondamentale et absolue, et cela est
lié à la raison d'État. Cet élément
de la loi fondamentale donne aux fonctions présidentielles une
conscience du temps. D'une part, il y a des élections aux quatre
ans et un cycle bien défini de réélection des
élus en fonction des tâches politiques
fixées par les pouvoirs établis qui assument la fonction
de gouvernement. [Cycle électoral n'égale pas scrutin. Il
y a plusieurs scrutins dans un même cycle.] En
général il faut plusieurs cycles présidentiels
pour établir une présence bureaucratique et militaire.
Une fois cette machinerie bureaucratique et militaire établie,
elle doit être adaptée aux
besoins d'un nouveau pouvoir exécutif ou remplacée. C'est
par ce mécanisme que sont apportés d'importants
changements au régime, qu'ils sont consolidés ou
répudiés. Différents systèmes de partis et
d'organisations de partis ont été mis en place au fil des
années pour établir ce rythme historique. Le
président est l'agent historique de ces
changements. Or, à cette époque historique de
bouleversements rapides, le leadership présidentiel (ou ce qu'on
appelle « dictature présidentielle ») doit
réagir à toutes les forces et à tous les
événements apparaissant sur la scène de l'histoire
qui viennent menacer « la permanence de
l'État ». À la base de ces cycles et
mécanismes établis pour défendre ou
« dépasser les formes constitutionnelles de
gouvernement » en vertu de la loi fondamentale de la
constitution, il y a la loi du développement social, la
contradiction entre les forces productives et les rapports sociaux de
production. L'affrontement se déroule dans une séquence
de périodes historiques
suivant les développements aux États-Unis et dans le
monde. Le « temps constitutionnel », qui est
lié aux cycles du processus politique, se heurte au
« temps historique », qui est lié à
l'évolution des luttes entre impérialistes, entre
l'impérialisme et les peuples et nations, entre les capitalistes
et les travailleurs, etc.
Les contradictions fondamentales de l'époque
actuelle demeurent et il y a aussi certaines considérations
géopolitiques et régionales qui persistent. La
réalité est la même tant pour les oppresseurs que
pour les opprimés : aucun individu ou collectif ne peut
échapper à la logique inexorable de la loi du
développement de la société, de
l'affrontement entre les rapports sociaux et les forces productives.
À cela s'ajoutent les luttes pour l'indépendance et
contre l'agression et l'annexion et le profond mécontentement
qui gronde parmi la classe ouvrière et le peuple. Mais
aujourd'hui ce sont la rivalité et la connivence entre
monopoles, oligopoles et grandes puissances qui apparaissent
comme déterminants dans l'évolution des situations dans
le monde.
En plus de l'intensification des guerres commerciales,
des aventures militaires et des annexions, des craintes sont
soulevées dans les médias à propos d'une
dépression imminente. Il existe aussi la possibilité
d'une guerre mondiale impliquant toutes les grandes puissances qui
mettrait leur survie en péril et menacerait même
l'existence du système
capitaliste mondial. En fait, à l'idée de perdre le
contrôle et la propriété des pouvoirs productifs,
le capital financier préfère mener à leur
destruction par la guerre et d'autres moyens. C'est dans les conditions
du développement inégal du capitalisme et de l'anarchie
de la production que la concurrence entre les détenteurs du
capital et les rivalités
entre les grandes puissances peut en arriver au point de
détruire les pouvoirs productifs colossaux de la
société, y compris les peuples, par la force des armes,
la spéculation financière et d'autres moyens.
Les rapports sociaux
capitalistes sont une toile qui
couvre les possibilités, négatives ou positives, que
renferme la situation historique réelle.. Certains pourront
reconnaître, après coup, que c'est l'affrontement entre
les forces productives et les rapports de production qui a conduit
à la rupture de la division bipolaire du monde, à
l'effondrement
de l'Union soviétique et à la fin de la guerre froide. La
crise générale du capitalisme mondial qui a
commencé avec la Révolution russe complétait son
cycle. Or, ce qui n'est pas aussi promptement reconnu, c'est qu'une
crise générale d'une ampleur beaucoup plus grande est en
devenir. Ces changements historiques sont d'une importance
décisive
et représentent un tournant qui se caractérise par une
grande volatilité et une grande violence. Les pressions immenses
exercées par ce développement historique font
apparaître dans la conscience de chacun l'idée qu'aucun
individu et aucun collectif ne peut plus agir comme avant. Il faut
trouver une issue à la crise, une rupture radicale, en
établissant de nouveaux arrangements et en créant un
nouvel ordre mondial. Les propriétaires du capital financier et
les oligopoles ne vont pas tolérer d'empiétement sur leur
monopole du pouvoir économique et politique qu'ils exercent par
le biais de l'État. D'une part, le capital monopoliste exige la
continuité du statu quo et le maintien de l'État,
d'autre part la situation historique réclame le changement
tandis que la concurrence et les rivalités intenses
mènent implacablement à la destruction des limites et de
l'ordre de cet État et de ces rapports internationaux.
Toute tentative d'établir
un « équilibre des pouvoirs » entre la
continuité et le changement provoque davantage de violence et
d'anarchie. Par exemple, les réalisations et résultats de
la Deuxième Guerre mondiale et de la période
subséquente sont en train d'être détruits. On voit
la liquidation à l'oeuvre, par exemple, dans la
transformation de l'Organisation des Nations unies, les grandes
puissances se servant du Conseil de sécurité comme
instrument de colonisation et comme justification de l'agression, en
violation directe des fondements historiques et de la Charte de l'ONU
basés sur un pacte entre nations souveraines à l'effet de
ne plus permettre de crimes contre
l'humanité et contre la paix et de ne plus permettre de
génocide. Qui plus est, plusieurs dirigeants américains
soulèvent ouvertement la menace d'une troisième guerre
mondiale et de l'utilisation de l'arme nucléaire pour exercer
des pressions en faveur de blocs économiques et militaires, de
coalitions, de cartels et de traités secrets sous leur tutelle,
en violation de la mission déclarée de l'ONU. Les autres
puissances font de même, parfois en rivalité, parfois en
complicité avec la puissance américaine. La fonction de
président des États-Unis joue un rôle crucial dans
la définition de la situation internationale qui, si elle passe
sans opposition, devient la définition de la période
historique, comme
ce fut le cas de la période de la guerre froide. Dans le
contexte actuel, le président doit s'assurer de la protection de
la prépondérance du pouvoir américain.
(Utilisation d'Israël, de Taïwan, etc. pour démanteler
les arrangements établis au lendemain de la Deuxième
Guerre mondiale, y compris la menace de se retirer de l'ONU, etc.)
Pour établir de nouveaux arrangements et innover
le système et le processus politique, il faut établir un
objectif d'ensemble et les étapes pour y parvenir. La
stratégie et la tactique sont établies en fonction de la
situation donnée sur la base de l'historiographie, et cela vaut
pour toutes les forces sociales. Une bonne maîtrise de
l'historiographie est
ce qui permet de prédire les tactiques nécessaires
à une étape donnée dans la poursuite de l'objectif
fixé. Le prolétariat a son historiographie, qui part du
présent, qui tire du passé ce qui est pertinent pour
l'analyse des conditions données, ce qui lui permet de
prédire les tactiques nécessaires pour ouvrir la voie au
progrès de la société. La
bourgeoisie a son historiographie également (parmi ses penseurs
sérieux plutôt que parmi ses apologistes irrationnels),
qui part du passé et qui projette dans un avenir imaginé.
Toute force sociale s'intéressant au pouvoir politique et
économique doit faire des prédictions sur la base de
l'historiographie pour être en mesure de formuler sa
stratégie
générale et ses tactiques. C'est ce à quoi
s'occupe la présidence aux États-Unis.
Sans placer la loi du développement social au
centre des considérations, il est impossible de voir que les
luttes qui se mènent concernant les objectifs de guerre et le
président en tant que commandant en chef sont le moyen
nécessaire pour « dépasser les formes
constitutionnelles ». En même temps, il est important
d'examiner
l'histoire du développement du système politique et du
gouvernement en rapport avec les fondements constitutionnels, qui sont
de par leur nature limitatifs et conservateurs. Dans la situation
contemporaine, le bureau du président et l'organisation et le
système de partis qui est l'agence de la gouvernance sont
placés entre la continuité et la
préservation de l'État capitaliste et les forces
contraires qui favorisent le changement de la forme de gouvernance.
L'administration Bush n'a pas encore
« dépassé les formes
constitutionnelles » mais opère aux limites
extrêmes de l'ordre constitutionnel. Ce que sa présidence
révèle plus que toute autre chose c'est que la
constitution permet un pouvoir exécutif de nature
carrément dictatoriale qui n'est arrêtable que par la
destitution du président
et de son appareil de parti. Autrement dit, l'administration Bush
révèle surtout la nature archaïque et anachronique
de la constitution et du processus de gouvernance aux
États-Unis. Une possible « innovation »
aurait été la transformation de la machinerie du Parti
républicain en véhicule pour unir la bureaucratie. Les
guerres d'agression
en Iraq et en Afghanistan ne sont pas les grandes guerres
annonciatrices du vingtième siècle, comme on le
prétend, mais plutôt, comme le fait remarquer Wolfowitz,
« les moyens d'unir la bureaucratie ». Cette
« unification », qui est la continuation de la
répudiation du New Deal et du système de partis de
Roosevelt par
Reagan, Bush et Clinton, crée la ruine et la destruction dans
son sillon. Elle laisse aussi une opposition salivant à
l'idée de capter « l'exécutif
unitaire » de l'administration Bush. Cela a pour tout effet
de mener l'ordre constitutionnel au point de l'épuisement.
Le besoin d'un dieu issu de la machine va au-delà
des considérations partisanes. Il demande qu'on en appelle
directement au peuple de sacrifier ses réclamations à la
société pour éliminer l'opposition entre
l'intérêt du gouvernement et les intérêts du
peuple. C'est la version bourgeoise de la démocratie directe,
une démocratie anti-démocratique
dans laquelle le peuple est mobilisé dans une guerre contre ses
propres intérêts. La mesure de
l'« écart » entre gouvernés et
gouvernants doit également tenir compte des factions rivales de
la bureaucratie à tous les niveaux de l'État et des
armées liées par un réseau complexe au capital
financier. Le dieu issu de la machinerie doit
donner l'impression de s'élever au-dessus de ces factions
rivales et au-dessus de tous les conflits en apparence insurmontables
au sein de la classe ouvrière et du peuple. Durant la
période récente, l'électorat a été
« rétréci » au point de ne plus
avoir aucun poids noyé comme il est dans une majorité
d'« États rouges et États
bleus » auxquels font contrepoids les prétendus
« États indécis ». Ces
élections s'adressent directement d'abord aux membres de la
très grande bureaucratie. La multiplications des conflits
à tous les niveaux et la crise de légitimité
obligent à faire appel à un « électorat
étendu », lequel est bombardé de promesses
d'« anéantissement » de l'Iran, la menace
d'une guerre nucléaire, la culture de l'assassinat politique,
les troubles civils, etc. Présenté comme étant la
célébration promise d'un nouvel éveil de la
démocratie « à un moment
décisif », le processus de sélection
apparaît maintenant comme une tentative sordide de mobiliser
« la démocratie » directement sous la
férule du leader national par la fonction du président,
cette dernière ayant hérité de ses
prédécesseurs de tous les outils du pouvoir
exécutif, et d'ainsi éliminer la possibilité
d'instances représentatives du peuple dans le gouvernement.
L'appel au changement et le bataille
au
sujet des objectifs de guerre
Durant les années qui ont immédiatement
suivi la fin de la guerre froide, Clinton a fait campagne pour la
présidence au nom du changement. Le changement a
été la victime des années Clinton. Durant
l'administration Bush, l'anarchie a été
érigée en autorité. D'après ce qui se dit
jusqu'à présent dans la campagne présidentielle
2008, le
changement et l'anarchie érigée en autorité
demeurent une préoccupation centrale de la course à la
présidence. Obama cherche à tirer le maximum de son mot
d'ordre : « changement en ce moment de
définition ». Ceux qui s'opposent à Obama, y
compris McCain, disent que les discours sur le changement ne sont que
des phrases
creuses et que c'est l'« expérience » qui
compte. C'est en appui à la logique qui dit que, puisque la
sécurité nationale (c'est-à-dire la raison
d'État) est une préoccupation primordiale chez les
élites, l'intérêt national exige un
président dont les caractéristiques déterminantes
sont celles du commandant en chef. Puis Obama répond que
l'insistance sur l'expérience est la preuve que la
présidence de McCain serait une continuation de l'administration
Bush, dans une direction qu'il prétend stratégiquement
erronée. Avant même de poser la question « Quel
changement ? » ou « Quelle
expérience ? », il faut reconnaître une
chose : la
préoccupation au sujet des objectifs de guerre et de la
géopolitique est au centre des débats. Les élites
réclament une pensée cohérente dans la
bureaucratie et l'appareil militaire pour établir
« le leadership mondial » et une domination sans
partage. Quant à savoir si cela est réalisable, c'est une
autre affaire.
Face aux incertitudes créées par le
déséquilibre et les instabilités inhérentes
à cette période de l'après-guerre froide, suite
à la perte de l'équilibre de la division bipolaire, les
cercles dominants aux États-Unis veulent mettre tous les
pouvoirs dans la balance et « oblitérer »
toute opposition à cet effort (pour reprendre l'expression
utilisée par Hillary Clinton lorsqu'elle menace l'Iran). La
projection d'une toute puissante
« prépondérance du pouvoir » et de
la supériorité militaire est au centre des
préoccupations des pouvoirs établis. D'où la
présence centrale des débats sur les objectifs de guerre
dans la campagne actuelle.
Pour comprendre la place centrale qu'occupent les
objectifs de guerre dans l'élection présidentielle, il
faut saisir le contexte historique. À la base de la situation
réelle se trouve le conflit entre les relations de production et
les forces productives. La connaissance provient ou bien de la lutte
des classes (l'expression des rapports sociaux de
production), ou bien des luttes pour la production et
l'expérimentation scientifique (l'expression des forces
productives). L'historiographie a la même origine. Il est
important de voir à cet égard comment les candidats
à la présidence voient la situation historique
réelle.
À la fin de la guerre froide, avec l'effondrement
de l'Union soviétique, on annonçait le changement comme
une « révolution libérale »
mondiale, l'achèvement dans sa perfection de l'État
libéral et de son idéologie, la « fin de
l'histoire ». Selon la pensée dominante au sein des
pouvoirs établis, la force des États-Unis
résidait dans la grandeur de leur économie, leur
potentiel productif de croissance et la supériorité de
leur armée. Les arrangements passés, qui remontent
à la Deuxième Guerre mondiale, à la défaite
du fascisme et même avant, c'est-à-dire à
l'établissement du système de gouvernance et du
système de partis de l'époque de Roosevelt, sont aux yeux
des cercles dominants un obstacle à l'agrandissement. Les
institutions financières, les monopoles et les oligopoles
réclament leur abolition ou leur adaptation aux circonstances
nouvelles. Ils l'exigent notamment en ce qui concerne les Nations
unies. Le modus operandi utilisé pour mener à
termes ces changements sous la tutelle
américaine n'a rien de pacifique, comme on le voit dans
l'utilisation d'Israël, une création de l'ONU dont la
légitimité repose sur le respect de ses principes, pour
détruire toute possibilité de paix au Moyen-Orient et
dans le monde, tout en menaçant de se retirer de la juridiction
de l'instance internationale.
Tous les espoirs de triomphe des élites suivant
l'effondrement de l'Union soviétique, où la position
toute puissante des États-Unis dans le monde laissait croire que
tout allait être merveilleux, se sont maintenant
effondrés. Près de deux décennies se sont
écoulées depuis la proclamation triomphale et les
arrangements d'un nouvel équilibre ne sont
toujours pas en place. L'approfondissement de la crise
économique fait craindre une dépression dans certains
milieux. Face aussi à la possible diminution des pouvoirs
productifs des États-Unis, les élites commencent à
songer que leur situation pourrait ne pas durer. Dans l'intense
concurrence entre les plus grands monopoles et oligopoles, une
pénurie de capitaux est apparue dans le marché
capitaliste mondial. D'autre part, la grande complexité et
incertitude du monde actuel font en sorte que les élites
dominantes ont de plus en plus de difficulté à faire des
prédictions au sujet des tactiques pouvant mener à la
stabilité, des arrangements pouvant mener à un nouvel
équilibre et des
avantages sur les autres. Plus ça change, plus c'est pareil.
L'époque est restée la même depuis un
siècle. Le restera-t-elle encore ? Le marché
capitaliste mondial continuera-t-il d'exister ? Les États
qu'il comprend vont-ils survivre ? Il y a un courant de
pensée qui s'intéresse aux problèmes
créés par le déclin de la puissance
économique et politique des États-Unis. Le débat
n'est pas à savoir si le déclin des États-Unis est
possible, mais bien à savoir jusqu'où il ira et s'il est
possible de le freiner et de le renverser. Le déclin est au
centre des considérations historiographiques des pouvoirs
établis. Il est à la base des débats sur les
objectifs de guerre et des discussions à
savoir qui sera l'agent du changement et de l'expérience au
service de la préservation de la machine gouvernante aux
États-Unis.
On appelle réalisme (ou la realpolitik)
la pensée qui domine parmi les élites américaines.
C'est un aspect important du débat sur les objectifs de guerre
à la lumière de la grande stratégie pour
établir le leadership et le contrôle incontestés
des États-Unis dans le monde. Le réalisme
s'intéresse entre autres au problème de l'anarchie
dans les relations internationales. Dans ce courant de pensée
l'anarchie part du rejet de toute autorité internationale sous
forme d'association politique, d'instrument ou de loi. Par exemple,
l'autorité des Nations unies est née de l'effort commun
des peuples du monde pour anéantir le fascisme. Si le front
international contre le fascisme a par la suite,
durant la guerre froide, été converti en un front
anticommuniste, d'abord par les États-Unis puis par l'Union
soviétique, l'ONU a de même été convertie
d'une instance internationale dirigée contre l'agression
impérialiste et colonialiste en une chasse gardée des
grandes puissances réunies dans le Conseil de
sécurité. Pour les États-Unis, ce virage a
été justifié par la pensée réaliste
dominante qui soutenait que, bien que la Constitution,
conformément à sa forme républicaine,
considérait tout traité signé avec un pays
étranger comme faisant partie de la loi suprême du pays,
aucune loi et aucun traité ne peut s'ériger au-dessus de
l'intérêt national (ou la sécurité
nationale), qui est subordonné aux
pouvoirs discrétionnaires de l'exécutif.
Selon le réalisme, en l'absence d'une
autorité internationale et des réalisations des peuples
du monde dans la lutte pour la paix, l'indépendance et le droit
de choisir leur voie de développement et leur forme de
gouvernement, tous les États s'affrontent dans un état de
guerre anarchique. C'est basé sur l'idée que : les
États ont un monopole
public de la force et ils peuvent s'en servir les uns contre les
autres ; les États défendent leur
intégrité territoriale et leur autonomie dans le but
premier d'assurer la paix intérieure, l'ordre et leur
survie ; pour assurer leur survie, les États s'engagent
dans des guerres même au péril de leur existence.
C'est ainsi que le réalisme érige
l'anarchie en autorité. En pratique, la pensée
réaliste était « liée »
(pour utiliser l'expression des réalistes) à la crainte
d'un déclin imminent. D'une part, des agressions sont
lancées, comme en Irak et en Afghanistan, pour unir la
bureaucratie et l'appareil militaire divisés ; inciter au
chauvinisme parmi les sections de la population qui sont
mécontentes et marginalisées ; surmonter le syndrome
de la guerre du Viêt Nam ; former une nouvelle
génération d'officiers et de combattants ; mettre au
point et tester de nouvelles techniques et de nouveaux
équipements ; établir et consolider un réseau
de bases
militaires et de flottes navales suivant un partage du monde en
sphères d'influence ; tester les tactiques et formuler une
stratégie pour un monde en voie de changement rapide ;
utiliser la militarisation de l'économie comme moyen de
surmonter les graves déficits de la balance des paiements et
pour s'emparer du contrôle économique,
politique et militaire de l'économie ; tester et sonder les
autres puissances et autres forces dans le monde, etc. D'autre part,
beaucoup d'attention est portée aux préparatifs pour de
plus grandes guerres, des guerres qui impliqueraient toutes les grandes
puissances du monde. Ce pourrait être par tentative de freiner le
déclin des États-Unis et de
bloquer l'arrivée d'importants concurrents sur la scène
mondiale. Ce type de guerre mettrait à risque tout le
système du marché capitaliste mondial et les États
qui en font partie. La situation vaut d'être
étudiée. C'est ce qui est derrière le débat
sur les objectifs de guerre et le changement.
Notes
La légitimité
La légitimité a à voir avec la
conformité avec la loi et dans ce cas-ci il s'agit de la loi
fondamentale, de la Constitution. En réponse à ceux qui
disent que l'administration actuelle est en train de détruire la
Constitution, Bush déclare que les actions de son
administration, sa thèse au sujet du « pouvoir
exécutif unitaire », sont
constitutionnelles, invoquant le serment du président. En effet,
conformément à la Constitution le président jure
de remplir fidèlement les fonctions de président. Cette
partie du serment est en quelque sorte la « clause
échappatoire » extra-constitutionnelle de la
dictature présidentielle. L'action extra-constitutionnelle est
celle qui dépasse
la portée et le contrôle des institutions établies
par la Constitution. La clause échappatoire établit un
champs d'action qui est défini à la discrétion du
président plutôt que par l'organe législatif du
Congrès. On dit qu'il est nécessaire de dépasser
la portée de la Constitution pour « sauver
l'État ou le corps politique » en cas d'insurrection
ou d'agression étrangère. Sauver l'État devient
ainsi le devoir premier du président.
Mais dans la deuxième partie du serment le
président jure de défendre, protéger et
préserver la Constitution au mieux de ses capacités
(Article 2, Paragraphe 2 : désignation du président
comme commandant en chef). Le président a accru son
autorité en 2001 suite à l'Autorisation du Congrès
qui, en plus de légitimer la guerre, suspendait
en pratique les fonctions de l'instance législative, y compris
la défense de l'habeas corpus. Une fois la logique du
pouvoir exécutif unitaire en place, suivant la conception
constitutionnelle de la « séparation des
pouvoirs », toutes les fonctions relatives à
l'exécution des lois et des politiques relèvent de la
direction et du
contrôle du pouvoir exécutif. De plus, puisque les
activités du vice-président ne sont pas prescrites par la
Constitution, il revient au président de les définir.
Bref, la Constitution contient la justification d'un exercice du
pouvoir extra-judiciaire et arbitraire. Une action peut dépasser
le cadre de la loi et demeure
« constitutionnelle » si elle
a pour objectif de défendre l'État américain
contre de prétendus « ennemis »,
étrangers ou intérieurs. Dans l'affrontement entre la
volonté légale et la volonté populaire, celle-ci
peut être considérée comme étant
« hors du domaine des instances
législatives » (c'est-à-dire en dehors du
parlement ou du congrès) et par
conséquent être supprimée par ceux qui ont le
« mandat » de défendre
l'« autorité légale » par d'autres
moyens, comme la torture, les « combattants ennemis
illégaux », etc.
Les activités du pouvoir exécutif
l'amènent à s'élever au-dessus du pouvoir
législatif et à placer le pouvoir judiciaire à son
service s'il prend le risque de regrouper son
« énergie » pour diriger la vaste machine
bureaucratique et militaire. En d'autres mots, le pouvoir
exécutif s'affirme pleinement par l'acte d'être
en se
subordonnant tous les autres pouvoirs.
Le
pouvoir
présidentiel
de définir un moment de
définition
La légitimité du gouvernement a
également à voir avec la façon dont les
réclamations au pouvoir sont justifiées et
légalisées. Les autorités gouvernantes et leurs
apologistes refusent de reconnaître que la Constitution a
été amendée avec l'adoption de la
Déclaration des droits, à l'issue d'un affrontement entre
la volonté populaire et la volonté
légale, dans la lutte contre la tyrannie, le pouvoir arbitraire
et la monarchie au XVIIIe siècle, et qu'au coeur de cette lutte
se trouvait la redéfinition du pouvoir gouvernant en tant que
pouvoir reposant sur l'opinion publique, tel que l'exprime
spécifiquement le Premier Amendement (liberté de parole,
d'assemblée, de pétition, de pratique religieuse et
de croyance). Le Deuxième Amendement concerne le droit de la
milice populaire et du peuple de porter les armes. Dans le contexte du
XVIIIe siècle et du Mouvement des Lumières, cela ne
pouvait signifier qu'une chose : le peuple armé qui
défend l'opinion publique contre la tyrannie. D'autres
amendements font référence aux droits que
conservent les États (reconnus en tant que corps politiques
républicains) et le peuple. La bourgeoisie montante, pour
consacrer son indépendance et créer un État-nation
à son image, a prétendu agir au nom du peuple mais a
établi son État sur l'exploitation, l'esclavage, le
génocide, etc. Voilà que maintenant, dans un état
moribond, le Deuxième
Amendement est interprété comme étant le droit
privé de l'individu de porter une arme pour défendre les
libertés de l'Amérique contre les
« ennemis », intérieurs ou
étrangers. Et sur cette base le gouvernement a établi un
vaste réseau de mercenaires, comme Blackwater. Des fonds publics
sont expropriés et versés à des individus ou
des entreprises privées qui se voient accorder l'impunité
pour leurs actes criminels (meurtre, torture, vol de la
propriété publique), que ce soit à la
Nouvelle-Orléans, en Irak, à la frontière
mexicaine ou ailleurs.

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