Le 25 janvier prochain, Montréal sera
l'hôte d'une conférence internationale afin de
planifier
la reconstruction d'Haïti, organisée par le groupe
des
« pays amis d'Haïti ». La
conférence
inclura la participation du ministre des Affaires
étrangères du Canada, Lawrence Cannon, de la
secrétaire d'État américaine, Hillary
Clinton, du
ministre des Affaires étrangères français,
Bernard
Kouchner, et du premier ministre haïtien, Jean-Max
Bellerive.
Mais peut-on se fier à ces soi-disant amis
d'Haïti pour respecter les intérêts du peuple
haïtien ?
Tout de suite après le séisme, ils
ont
militarisé inutilement les efforts de secours, mettant en
péril la vie de milliers d'Haïtiens qui attendent
désespérément de la nourriture et des
médicaments, et non pas des soldats. Ils ont refusé
d'assouplir temporairement les contrôles d'immigration qui
pourraient soulager les souffrances en Haïti.
Dans le passé, les efforts de
reconstruction que
ces pays ont dirigés n'ont bénéficié
qu'à la petite et riche élite du pays et aux
investisseurs étrangers, tout en appauvrissant davantage
la
majorité des Haïtiens. Et ils n'ont pas
hésité à écarter plusieurs fois la
démocratie en Haïti lorsque cela servait leurs
intérêts.
Bay kou bliye, pote mak songe (Ceux qui
portent
les coups oublient, ceux qui portent les cicatrices se
souviennent)
Si l'on se fie à la reconstruction de la
Nouvelle-Orléans après Katrina et à celle de
l'Asie après le tsunami, il y a un risque réel que
ces
grandes puissances cherchent à profiter du désastre
pour
pousser leurs objectifs mercantiles.
Mais il y a aussi une occasion d'aider nos
frères
et soeurs en Haïti à reconstruire le pays en fonction
de
leurs besoins, de reconstruire en mieux, de respecter la
souveraineté d'Haïti et d'accueillir les
Haïtiens
sans-abri au Canada. Les vrais amis d'Haïti doivent
être
dans les rues ce lundi, à exiger que la reconstruction ne
se
fasse pas au détriment
de la justice et de la démocratie.
Si m pa rele, map toufe (Si je ne parle
pas, je
vais suffoquer)
Joignez-vous à nous ! Médecine,
eau
et nourriture, pas des armes ! Des dons et non des
prêts ! Pour une reconstruction qui favorise le peuple
et
non le profit ! Respectez la dignité et
souveraineté
du peuple haïtien !
Pour ceux et celles qui ne peuvent pas y
être
à midi, la Maison d'Haïti et la
Fédération
des femmes du Québec organisent une manifestation au
même
endroit, avec notre appui, à 8h45 am.
En solidarité,
Haïti Action Montréal
Voir l'événement sur Facebook http://www.facebook.com/event.php?eid=26288145470
5&index=1

Haïti a besoin de secours d'urgence,
pas d'une intervention militaire!
- Réseau de
solidarité
Canada Haïti (CHAN), le 21 janvier 2010 -
La « lettre ouverte »
ci-dessous a
été initiée par le Réseau de
solidarité Canada Haïti (CHAN) qui demande aux
personnes et
organisations d'ajouter leur nom à la déclaration.
http://www.thepetitionsite.com/1/relief-not-milit
arization-for-haiti
Nous,
signataires
de
cette lettre, sommes outrés devant les
délais scandaleux de distribution d'aide essentielle aux
victimes du séisme en Haïti. Depuis que la US Air
Force
s'est emparée de façon unilatérale du
contrôle de l'aéroport Toussaint Louverture de
Port-au-Prince, elle a placé en priorité les vols
militaires plutôt que les vols
humanitaires. Cette décision étasunienne de
favoriser une
accumulation de soldats étrangers sur place plutôt
que la
distribution d'approvisionnement d'urgence a
entraîné des
morts sous les décombres à Port-au-Prince ainsi
qu'à Léogâne et dans d'autres villes
abandonnées, une situation qui est tenue sous silence. Si
l'aide
continue à être retenue, un
grand nombre de morts pourtant évitables se produiront
dans les
jours et les semaines à venir. Nous réclamons que
les
dirigeants de l'armée américaine restituent
immédiatement aux dirigeants d'Haïti le
contrôle
effectif des démarches d'assistance et apportent une aide
au
lieu de se substituer aux officiels locaux qu'ils
prétendent
appuyer.
Nous avons constaté que la
préoccupation
obsessive des étrangers pour « la
sécurité » et « le
pillage » est largement démentie par de
réels
gestes de patience et de solidarité visibles dans les rues
de
Port-au-Prince. La démarche visant à éviter
ce que
les commandants de l'armée américaine appellent
« une nouvelle
Somalie » en plaçant en priorité la
sécurité et le contrôle militaire ne peut
probablement réussir qu'à provoquer les troubles
qu'ils
condamnent.
En maintenant le schéma bien établi,
les
dirigeants des
É.-U. et de l'ONU continuent de traiter le peuple
haïtien
et ses représentants avec une peur et une suspicion
complètement déplacées.
Nous demandons aux dirigeants de facto
d'Haïti de
faciliter, alors que la reconstruction débute, la relance
de la
participation populaire à la détermination de
priorités et de décisions collectives. Nous
exigeons
qu'ils fassent tout ce qui est possible pour renforcer la
capacité du peuple haïtien à réagir
à
cette crise. Nous leur demandons, en
conséquence, de permettre au leader haïtien le plus
populaire et le plus inspirant, Jean-Bertrand Aristide (dont le
parti
avait remporté 90 % des sièges parlementaires
lors
de la dernière série d'élections
démocratiques) de rompre immédiatement l'exil
inconstitutionnel auquel il a été confiné
depuis
que les États-Unis, le Canada et la
France l'ont obligé à démissionner en
2004.
Si la reconstruction se déroule sous la
supervision de troupes étrangères et d'agences de
développement international, elle a peu de chances de
servir les
intérêts de la vaste majorité de la
population
haïtienne. En effet, les formes de type
néolibéral
d'« aide » internationale ont
déjà
contribué directement à appauvrir
systématiquement le peuple haïtien et à saper
son
gouvernement ; de plus, en 1991 et en 2004, les
États-Unis
sont intervenus pour renverser le gouvernement élu et
attaquer
ses sympathisants, ce qui a eu des conséquences
dévastatrices.
C'est pourquoi nous appelons d'urgence tous les
pays
prépondérants de la communauté
internationale
à respecter la souveraineté d'Haïti et
à
mettre en oeuvre une réorientation immédiate de
l'aide
internationale, loin des ajustements néolibéraux,
de
l'exploitation de sweatshops et de la charité non
gouvernementale, et à opter pour un
investissement systématique auprès du peuple et du
gouvernement haïtiens.
Nous demandons que les alliés et
sympathisants
d'Haïti – Cuba, l'Afrique du Sud, le Venezuela, les
Bahamas et les
autres membres de CARICOM – jouent un rôle
international beaucoup
plus important. Nous demandons que la totalité de l'aide
affectée à la reconstruction le soit sous forme de
subventions et non de
prêts.
Nous demandons que la balance de la dette
étrangère d'Haïti soit annulée
immédiatement, et que l'argent que certains pays
étrangers doivent toujours à Haïti –
notamment les
sommes énormes extorquées par les gouvernements
français entre 1825 et 1947 à titre de compensation
pour
la perte d'esclaves et de propriétés qu'avait
encourue la France lorsque Haïti avait gagné son
indépendance – lui soit payé sur-le-champ et
en
totalité.
Par-dessus tout, nous demandons que la
reconstruction
d'Haïti soit accomplie suivant les principes directeurs d'un
objectif plus large, à savoir le renforcement des pouvoirs
politique et économique du peuple haïtien.

Au-delà des effets d'annonce
- Sophie Perchellet et Éric
Toussaint*, CADTM, le 19 janvier 2010 -
L'une des plus grandes opérations d'aide de
l'histoire risque fort de ressembler à celle de
l'après
tsunami de 2004 sauf si un modèle de reconstruction
radicalement
différent est adopté. Haïti a
été
partiellement détruite suite à un violent
séisme
de
magnitude 7. Chacun y va de sa larme et les médias, en
nous
abreuvant d'images
apocalyptiques, relayent les annonces d'aides financières
que
les généreux États vont apporter. On entend
qu'il
faut reconstruire Haïti, ce pays où la
pauvreté et
« la malédiction » s'abattent.
Aujourd'hui
donc, on s'intéresse à Haïti. Les commentaires
ne
vont pas au-delà du terrible tremblement de terre. On nous
rappelle
précipitamment que c'est l'un des pays les plus pauvres de
la
planète mais sans nous en expliquer les causes. On nous
laisse
croire que la pauvreté est venue comme ça, que
c'est un
fait irrémédiable : « c'est la
malédiction qui frappe ».
Il est indiscutable que cette nouvelle catastrophe
naturelle entraîne des dégâts matériels
et
humains tout autant considérables qu'imprévus. Une
aide
d'urgence est donc nécessaire et tout le monde est
d'accord sur
ce point. Pourtant, la pauvreté et la misère ne
trouvent
pas leurs sources dans ce tremblement de terre. Il faut
reconstruire le
pays parce que celui-ci a été
dépossédé des moyens de se construire.
Haïti
n'est pas un pays libre ni même souverain. Au cours des
dernières années, ses choix de politique
intérieure ont été réalisés
par un
gouvernement qui est constamment sous la pression d'ordres venus
de
l'extérieur du pays et des manoeuvres des élites
locales.
Haïti est traditionnellement
dénigrée
et souvent dépeinte comme un pays violent, pauvre et
répressif dans le meilleur des cas. Peu de commentaires
rappellent l'indépendance acquise de haute lutte en 1804
contre
les armées françaises de Napoléon.
Plutôt
que de souligner la démarche humaine et le combat pour les
Droits de l'Homme, la
sauvagerie et la violence seront les caractéristiques
assimilées aux Haïtiens. Edouardo Galeano parle de la
« malédiction blanche » :
« A la frontière où finit la
République
dominicaine et commence Haïti, une grande affiche donne un
avertissement : El mal paso - Le mauvais passage. De l'autre
côté, c'est
l'enfer noir. Sang et faim, misère, pestes
[1]. »
Il est indispensable de revenir sur la lutte
d'émancipation menée par le peuple haïtien,
car en
représailles à cette double révolution,
à
la fois anti-esclavagiste et anti-coloniale, le pays a
hérité de « la rançon
française
de l'Indépendance » correspondant à 150
millions de francs or (soit le budget annuel de la France de
l'époque).
En 1825, la France décide que « Les habitants
actuels
de la partie française de Saint-Domingue verseront
à la
caisse fédérale des dépôts et
consignations
de France, en cinq termes égaux, d'année en
année,
le premier échéant au 31 décembre 1825, la
somme
de cent cinquante millions de francs, destinée à
dédommager les anciens colons
qui réclameront une indemnité. [2] »
Cela équivaut à environ 21 milliards
de
dollars d'aujourd'hui. Dès le départ, Haïti
doit
payer le prix fort, la dette sera l'instrument
néo-colonial pour
entretenir l'accès aux multiples ressources naturelles de
ce
pays.
Le paiement de cette rançon est donc
l'élément fondateur de l'État haïtien
et a
débouché sur la constitution d'une dette odieuse.
En
termes juridiques, cela signifie qu'elle a été
contractée par un régime despotique et
utilisée
contre les intérêts des populations. La France puis
les
États-Unis, dont la zone d'influence s'élargit
à
Haïti, occupée
par les marines états-uniens dès 1915, en sont
pleinement
responsables. Alors qu'il aurait été possible de
faire
face aux douloureuses responsabilités du passé en
2004,
le rapport de la Commission Régis Debray [3]
préfère écarter l'idée d'une
restitution de
cette somme en prétextant qu'elle n'est pas
« fondée juridiquement » et que
cela ouvrirait la « boîte de
Pandore ». Les
requêtes du gouvernement haïtien en place sont
rejetées par la France : pas de réparations
qui
tiennent. La France ne reconnaît pas non plus son
rôle dans
l'ignoble cadeau qu'elle fît au dictateur « Baby
Doc » Duvalier en exil en lui offrant le statut de
réfugié politique
et donc l'immunité.
Le règne des Duvalier commence avec l'aide
des
États-Unis en 1957 : il durera jusqu'en 1986, date
à
laquelle le fils « Baby Doc » est
chassé
du pouvoir par une rébellion populaire. La violente
dictature
largement soutenue par les pays occidentaux a sévi
près
de 30 ans. Elle est marquée par une croissance
exponentielle
de sa dette. Entre 1957 et 1986, la dette extérieure a
été multipliée par 17,5. Au moment de la
fuite de
Duvalier, cela représentait 750 millions de dollars.
Ensuite
elle monte, avec le jeu des intérêts et des
pénalités, à plus de 1 884 millions de
dollars
[4]. Cet endettement, loin de servir à la population qui
s'est
appauvrie, était destiné à enrichir
le régime mis en place : il constitue donc
également
une dette odieuse. Une enquête récente a
démontré que la fortune personnelle de la famille
Duvalier (bien à l'abri sur les comptes des banques
occidentales) représentait 900 millions de dollars, soit
une
somme plus élevée que la dette totale du pays au
moment
de la fuite de
« Baby Doc ». Un procès est en cours
devant la justice suisse pour la restitution à
l'État
haïtien des avoirs et des biens mal acquis de la dictature
Duvalier. Ces avoirs sont pour l'instant gelés par la
banque
suisse UBS qui avance des conditions intolérables quant
à
la restitution de ces fonds [5]. Jean-Bertrand Aristide,
élu
dans
l'enthousiasme populaire puis accusé de corruption avant
d'être rétabli au pouvoir comme marionnette de
Washington
et finalement d'en être chassé par l'armée
états-unienne, n'est malheureusement pas innocent en ce
qui
concerne l'endettement et les détournements de fonds. Par
ailleurs, selon la Banque mondiale, entre 1995 et 2001, le
service de la dette, à savoir le capital et les
intérêts remboursés, a atteint la somme
considérable de 321 millions de dollars.
Toute l'aide financière annoncée
actuellement suite au tremblement de terre est déjà
perdue dans le remboursement de la dette !
Selon les dernières estimations, plus de
80 % de la dette extérieure d'Haïti est
détenue
par la Banque Mondiale et la Banque interaméricaine de
développement (BID) à hauteur de 40 % chacune.
Sous
leur houlette, le gouvernement applique les « plans
d'ajustement structurel » remaquillés en
« Documents
Stratégiques pour la Réduction de la
Pauvreté » (DSRP). En échange de la
reprise
des prêts, on concède à Haïti quelques
annulations ou allégements de dette insignifiants mais qui
donnent une image bienveillante des créanciers.
L'initiative
Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) dans laquelle
Haïti a été admise est une manoeuvre typique
de blanchiment de dette odieuse comme cela été le
cas
avec la République démocratique du Congo [6]. On
remplace
la dette odieuse par de nouveaux prêts soi-disant
légitimes. Le CADTM considère ces nouveaux
prêts
comme partie prenante de la dette odieuse puisqu'ils servent
à
payer cette antique dette. Il y a continuité du
délit.
En 2006, quand le FMI, la Banque mondiale et le
Club de
Paris acceptèrent que l'initiative PPTE s'élargisse
à Haïti, le stock de la dette publique
extérieure
totale était de 1 337 millions de dollars. Au point
d'achèvement de l'initiative (en juin 2009), la dette
était de 1 884 millions. Une annulation de dette d'un
montant de
1 200 millions
de dollars est décidée afin de « rendre
la
dette soutenable ». Entre temps, les plans
d'ajustement
structurel ont fait des ravages, notamment dans le secteur
agricole
dont les effets ont culminé lors de la crise alimentaire
de
2008. L'agriculture paysanne haïtienne subit le dumping des
produits agricoles étasuniens. « Les
politiques macro-économiques soutenues par Washington,
l'ONU, le
FMI et la Banque mondiale ne se soucient nullement de la
nécessité du développement et de la
protection du
marché national. La seule préoccupation de ces
politiques
est de produire à bas coût pour l'exportation vers
le
marché mondial [7] ». C'est donc scandaleux
d'entendre le FMI dire qu'il « se tient prêt
à
jouer son rôle avec le soutien approprié dans ses
domaines
de compétence [8] ».
Comme le dit le récent appel international
« Haïti nous appelle à la
solidarité et
au respect de la souveraineté
populaire » :
« Au cours des dernières années et aux
côtés de nombreuses organisations haïtiennes,
nous
avons dénoncé l'occupation du pays par les troupes
de
l'ONU et les impacts de la domination
imposée par les mécanismes de la dette, du
libre-échange, du pillage des ressources naturelles et de
l'invasion par des intérêts transnationaux. La
vulnérabilité du pays aux catastrophes naturelles
– due
en grande partie aux ravages causés à la nature,
à
l'inexistence d'infrastructures de base, et à
l'affaiblissement
de la capacité d'action de
l'État – ne devrait pas être
considérée
comme étant sans lien avec ces politiques qui ont
historiquement
sapé la souveraineté du peuple. »
Il est maintenant temps que les gouvernements qui
font
partie de la MINUSTAH, des Nations unies et en particulier la
France et
les États-Unis, les gouvernements
latino-américains,
revoient ces politiques qui s'opposent aux besoins
élémentaires de la population haïtienne. Nous
exigeons de ces gouvernements et organisations
internationales qu'ils substituent à l'occupation
militaire une
véritable mission de solidarité et qu'ils agissent
pour
l'annulation immédiate de la dette qu'Haïti continue
de
leur rembourser. » [9]
Indépendamment de la question de la dette,
il est
à craindre que l'aide prenne la même forme que celle
qui a
accompagné le tsunami qui a frappé, fin
décembre
2004, plusieurs pays d'Asie (Sri Lanka, Indonésie, Inde,
Bangladesh) [10] ou encore l'après-cyclone Jeanne en
Haïti
en 2004. Les promesses n'ont pas été tenues et une
grande
partie des fonds ont servi à enrichir des compagnies
étrangères ou les élites locales. Ces
« généreux dons » proviennent
pour
la majorité des créanciers du pays. Plutôt
que de
faire des dons, il serait préférable qu'ils
annulent les
dettes d'Haïti à leur égard : totalement,
sans
condition et immédiatement. Peut-on vraiment
parler de don quand on sait que cet argent servira en majeure
partie
soit au remboursement de la dette extérieure, soit
à
l'application de « projets de développement
nationaux » décidés selon les
intérêts de ces mêmes créanciers et des
élites locales ? Il est évident que, sans ces
dons
dans l'immédiat, il ne serait pas possible de
faire rembourser cette dette dont la moitié au moins
correspond
à une dette odieuse. Les grandes conférences
internationales d'un quelconque G8 ou G20 élargi aux IFI
ne
feront pas avancer d'un iota le développement d'Haïti
mais
reconstruiront les instruments qui leur servent à asseoir
le
contrôle néo-colonial du pays. Il s'agira d'assurer
la
continuité dans le remboursement, base de la soumission,
tout
comme lors des récentes initiatives d'allégement de
la
dette.
Au contraire, pour qu'Haïti puisse se
construire
dignement, la souveraineté nationale est l'enjeu
fondamental.
Une annulation totale et inconditionnelle de la dette
réclamée à Haïti doit donc être
le
premier pas vers une démarche plus générale.
Un
nouveau modèle de développement alternatif aux
politiques
des IFI et aux accords de
partenariat économique (APE signé en
décembre
2009, Accord Hope II ...), est nécessaire et urgent. Les
pays
les plus industrialisés qui ont systématiquement
exploité Haïti, à commencer par la France et
les
États-Unis, doivent verser des réparations dans un
fonds
de financement de la reconstruction contrôlé par les
organisations populaires
haïtiennes.
Notes
1.
http ://www.cadtm.org/Haiti-la-malediction-blanche
2.
http ://www.haitijustice.com/jsite/images/stories/files/pdfs
/Ordonnance_de_Charles_X_de_1825.pdf
3.
http ://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/rapport_haiti.pdf<
br>
4. http ://www.imf.org/external/pubs/ft/scr/2009/cr09288.pdf
(page
43)
5.
http ://www.cadtm.org/Le-CADTM-exige-que-la-restitution
6. Voir la brochure CADTM, Pour un audit de la dette congolaise,
Liège, 2007 en ligne :
http ://www.cadtm.org/spip.php ?page=imprimer&id_ar
ticle=2599
7. Voir
http ://www.cadtm.org/Haiti-Le-gouvernement-mene-une
8.
http ://www.liberation.fr/monde/0101613508-haiti-l-aide-inte
rnationale-se-mobilise-apres-le-seisme.
Les
conditions
attachées aux prêts du FMI à
Haïti sont dans la droite ligne du Consensus de
Washington :
augmenter les tarifs d’électricité et refuser
toute
augmentation de salaires des fonctionnaires publics.
9.
http ://www.cadtm.org/Haiti-nous-appelle-a-la-solidarite
10. Voir Damien Millet et Eric Toussaint, Les Tsunamis de
la
dette, coédition CADTM-Syllepse, Liège-Paris,
2005.

Brigands ou patriotes?
- Documents de Charlemagne
Péralte
(1918),
Archives nationales haïtiennes -
En 1910, un consortium bancaire international
refinançait la dette internationale d'Haïti et
s'emparait
du contrôle du trésor du pays. En 1914, la banque
refusa
d'effectuer les versements d'or au gouvernement haïtien et
demanda
à l'armée étasunienne de protéger les
réserves d'or. Le 7 décembre 1914, les marines
étasuniens atterrirent en
Haïti et transportèrent l'or vers les chambres fortes
de la
banque à New York.
Huit mois plus tard, les marines atterrirent
encore une
fois à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, cette
fois
sous prétexte de protéger les vies et
propriétés étrangères.
Ils proclamèrent la loi martiale à
Port-au-Prince, écrasèrent impitoyablement la
résistance armée dans les régions rurales et
commencèrent à former une nouvelle milice
haïtienne.
Charlemagne Péralte menait le mouvement de
résistance. Dans cet « Appel aux
armes »
de 1918 et cette lettre au ministère français,
Péralte traite le président Wilson d'hypocrite
parce
qu'il prétend respecter la souveraineté des petites
nations d'Europe alors qu'il occupe Haïti et il appelle les
Haïtiens à résister aux
Américains.
Monsieur le Ministre,
Contrairement aux principes
généralement
admis par les nations civilisées et aux règles du
droit
international, le Gouvernement américain, profitant de la
grande
guerre européenne, est intervenu dans les affaires de la
petite
république d'Haïti, en lui imposant une Convention
dont une
occupation militaire devait assurer la ratification par les
Chambres haïtiennes.
Malgré les atteintes portées
à
notre autonomie et à notre dignité de peuple libre
et
indépendant, nous étions disposés à
accepter cette Convention et à exécuter les
obligations
qu'elle comporte pour nous, mais les promesses fallacieuses
faites par
les Yankees en débarquant sur notre sol, se
réalisent
depuis tantôt quatre ans par des vexations
perpétuelles, des crimes inouïs, des assassinats, des
vols
et des actes de barbarie dont seuls dans le monde entier
l'Américain a le secret.
Nous venons aujourd'hui, à bout de
patience,
réclamer nos droits méconnus, bafoués par
l'Américain sans scrupule qui, détruisant nos
institutions, dépouille le peuple haïtien de toutes
ses
ressources et se regorge de notre nom et de notre sang. Cruels et
injustes, les Yankees ont depuis quatre ans promené la
ruine et
la désolation sur notre
territoire. Aujourd'hui où, à la conférence
de la
Paix, des nations civilisées ont juré à la
face du
monde entier de respecter les droits et la souveraineté
des
petits peuples, nous réclamons la libération de
notre
territoire et les avantages reconnus par le droit international
aux
États libres et indépendants.
Nous vous prions en conséquence d'observer
que
nous luttons depuis dix mois dans cet unique but, et que nos
armes
jusqu'ici victorieuses nous permettent de vous demander de
reconnaître notre belligérance.
Nous sommes disposés à tous les
sacrifices
pour libérer le territoire haïtien et faire respecter
les
principes affirmés par le Président Wilson
lui-même
concernant les droits et la souveraineté des petits
peuples. Et
notez, Monsieur le Consul, que les troupes américaines, en
vertu
de leurs propres lois, n'ont nul droit de guerroyer contre
nous.
Veuillez agréer, Messieurs [sic], nos
salutations
distinguées.
(s) Le Chef Suprême de la
Révolution
M. Peralte
Suivent plus de 100 signatures.

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Courriel: redaction@cpcml.ca