Le Marxiste-Léniniste

Numéro 15 - 23 janvier 2010

La démocratie canadienne hors contrôle!
Bâtissons l'alternative en établissant
une opposition officielle ouvrière!

La démocratie canadienne hors contrôle! Bâtissons l'alternative en établissant une opposition officielle ouvrière! - Déclaration du Parti marxiste-léniniste du Canada
La prorogation du Parlement - Anna Di Carlo
Que faire à propos de la démocratie canadienne hors contrôle - Entrevue, Sandra L. Smith
Lettres à la réaction

À titre d'information
L'état des affaires courantes du gouvernement lors de la prorogation
Position des partis à la 40e Législature
Élections Canada annonce le paiement d'allocations aux partis

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La démocratie canadienne hors contrôle!
Bâtissons l'alternative en établissant
une opposition officielle ouvrière!

Le Parti marxiste-léniniste du Canada (PMLC) joint sa voix à ceux qui dénoncent la prorogation du parlement par le premier ministre Stephen Harper. Le renvoi du parlement est un autre geste de ce gouvernement pour concentrer le pouvoir plus fermement entre les mains d'un groupe toujours plus restreint.

Tout comme le pouvoir économique qui est de plus en plus concentré entre les mains de quelques monopoles et oligarques financiers, le pouvoir politique est lui aussi de plus en plus concentré entre les mains de quelques-uns. Les monopoles et oligarques s'en servent pour fouler nos droits économiques tandis que le pouvoir politique est exercé par le recours à la prérogative royale et par la désintégration des institutions établies, pour réaliser leurs plans antisociaux et antinationaux et nier nos droits politiques. Dans le cas de Stephen Harper et du Parti conservateur, la concentration du pouvoir se fait par une offensive dangereuse contre le droit public en faveur d'interprétations de révélations bibliques.

Partout au pays les Canadiens s'inquiètent de voir se désintégrer tout contrôle qu'ils pourraient avoir sur le parlement à l'heure où il y a de graves problèmes à régler, comme la dislocation de l'économie, l'occupation de l'Afghanistan et la torture des détenus, et la violation des droits civils et démocratiques sous prétexte de circonstances exceptionnelles. Les Canadiens veulent que le parlement soit placé au service de l'édification nationale au pays et à l'étranger et non pas renvoyé en invoquant la prérogative royale.

L'effort pour trouver une solution à ce problème passe par le développement d'un mouvement organisé du peuple pour renouveler les institutions démocratiques et le processus politique du Canada. Les rivalités pour le pouvoir pour servir les riches et la destruction nationale ne permettent pas d'unir les citoyens et de développer des institutions fortes. La base prosociale du renouveau peut être créée en développant un mouvement des travailleurs et des personnes à l'esprit démocratique pour formuler un projet d'édification nationale en bâtissant des Comités de citoyens pour le renouveau démocratique. Menés par le PMLC, ces comités sont ouverts à tous quelles que soient les affiliations politiques et les convictions idéologiques. Leur but est de mettre fin à la destruction nationale et à la désintégration des institutions et des voies par lesquelles les gens peuvent s'exprimer à la défense de leurs intérêts et de ceux du pays.

Le PMLC appelle les travailleurs, les femmes, les jeunes et toutes les personnes à l'esprit démocratique à intensifier leur lutte pour le renouveau démocratique pour que l'opposition populaire à la destruction nationale mène à la création d'une opposition politique effective et viable qui bloquera la régression et nous entraînera dans un projet d'édification nationale pour résoudre les crises politique et constitutionnelle à l'avantage du peuple. Il faut pour cela des Comités pour le renouveau démocratique qui unissent la classe ouvrière et ses alliés en une opposition politique effective, la seule force sociale capable d'apporter une alternative au système corrompu de partis-cartels et au pouvoir néolibéral qui déraille et qui échappe à tout contrôle.

La démocratie canadienne est hors contrôle !
Non à la prorogation du parlement !
Bâtissons l'alternative en établissant une opposition officielle ouvrière !

Pour plus d'information contactez la dirigeante du Parti Anna Di Carlo : dir_nationale@mlpc.ca


Assemblées publiques du PMLC

Le PMLC tient une série d'assemblées publiques pour discuter de la crise politique et constitutionnelle. Joignez-vous à la discussion ! Si vous voulez une assemblée dans votre région, contactez-nous à info@mlpc.ca


AU QUÉBEC

Outaouais
Jeudi le 28 janvier à 19 h
Information : quebec@mlpc.ca

Montréal
Samedi le 30 janvier à 11 h
Information : quebec@mlpc.ca


AILLEURS AU CANADA

Toronto
Dimanche le 31 janvier à 14 h
Information : ontario@mlpc.ca / 416-253-4475

Edmonton
Dimanche le 31 janvier à 14 h
Information : edmonton@mlpc.ca / 780-484-2961

Hamilton
Jeudi le 4 février à 18 h
Information : hamilton@mlpc.ca

Vancouver
Samedi le 6 février à 14 h
Information : 778-772-8550

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La prorogation du Parlement

Avec la prorogation du Parlement, le gouvernement conservateur de Stephen Harper met encore une fois au défi l'impuissante opposition de provoquer une élection, parce qu'il est convaincu qu'il peut remporter une majorité cette fois-ci. On entend partout dire que Harper fait un travail merveilleux pour l'économie, qu'il défend l'armée canadienne et qu'il protège la sécurité du Canada, avec pour effet de bloquer toute discussion sur l'annexion de l'économie et des institutions démocratiques du Canada aux États-Unis des Monopoles de l'Amérique du Nord. Les conservateurs protégeraient l'armée et la sécurité du Canada contre la déloyale opposition. C'est ainsi que se joue encore une fois un scénario pour aligner les Canadiens d'un côté ou de l'autre de ces regroupements partisans, avec comme démarcation la ligne qui sépare ceux qui sont pour « la défense de notre Parlement » contre ceux qui sont pour « la défense de nos troupes et de la sécurité du Canada ».

La saga de la prorogation et du parlement dysfonctionnel fait ressortir la lutte de factions pour le pouvoir, les positions et les privilèges au sein du système de partis-cartels, sans égard aux conséquences. Les partis se livrent cette bataille en vue des prochaines élections, par lesquelles ils vont tenter encore une fois de déterminer lequel d'entre eux présidera aux plans antisociaux et antinationaux de l'oligarchie financière. Cette bataille pour des fins intéressées, les périodes de crise et d'apaisement qui se succèdent selon que les partis parviennent à régler leurs différends temporairement derrière des portes closes, leur défense du droit de monopole à l'heure de la détérioration de l'économie, tout cela ne fait que saper encore et encore la légitimité des institutions politiques du Canada. Cela montre la séparation qu'il y a entre les citoyens, qui veulent que le Parlement soit un instrument à leur disposition pour régler les problèmes auxquels le pays fait face, dans l'esprit de l'édification nationale, et les pouvoirs en place qui cherchent à se sortir de l'impasse dans laquelle ils se trouvent.

La prorogation « routinière » de Harper est également un aveu que les cercles dominants n'ont pas de solution à la crise constitutionnelle et au déséquilibre politique, autre que de concentrer davantage le pouvoir décisionnel entre les mains des éléments non élus les plus influents, sous prétexte que c'est pour sauver le pays contre l'« instabilité politique ». Tous ceux qui leur barrent la route sont des traîtres à la nation et des ennemis de la sécurité, ou des gens détachés des réalités économiques d'aujourd'hui. Cette logique ne doit pas passer !

L'utilisation de la Prérogative royale pour proroger le Parlement est un aspect de la concentration du pouvoir politique entre les mains de quelques-uns. Cette concentration se manifeste entre autres dans les congédiements systématiques dans la fonction publique, le non-renouvellement de contrats des dirigeants des agences d'État qui ne se soumettent pas à ce gouvernement arrogant et l'annulation du financement des organisations dont l'action va à l'encontre de ce que veut faire le gouvernement Harper. Elle se manifeste aussi par la criminalisation des travailleurs et de ceux qui luttent pour leurs droits, les campagnes de dénigrement contre eux, et aussi parfois contre des députés, tout en invoquant toujours les plus nobles idéaux et les intérêts supérieurs que les simples citoyens ne comprendraient pas mais qui doivent être protégés contre ce que Harper appelle l'« instabilité politique ». Les gens sont très inquiets devant ces manifestations d'arrogance et cherchent les moyens de les repousser.

Selon le fonctionnement normal du scrutin uninominal majoritaire à un tour, un gouvernement minoritaire comme celui de Stephen Harper est censé être un gouvernement faible forcé d'agir de façon conciliante avec les autres partis politiques à la Chambre pour survivre et faire fonctionner le gouvernement. Les Canadiens apprennent à l'école qu'un gouvernement minoritaire est toujours à l'avantage du peuple, puisqu'il ne peut pas gouverner sans tenir compte des opinions des partis de l'opposition, comme quand un gouvernement majoritaire déclare avoir un incontestable « mandat de gouverner ». Or, les Canadiens ont maintenant affaire à un gouvernement minoritaire qui gouverne sans opposition lorsqu'un des partis de l'opposition calcule qu'il sera favorisé dans les sondages s'il vote du côté du parti au pouvoir. Sinon, si l'opposition semble unie, il met tout simplement la clé dans la porte du Parlement. Évidemment, l'arrogance du gouvernement et son mépris pour la fonction de la Chambre des communes sont le problème immédiat et la défaite du gouvernement Harper est à l'ordre du jour. Mais comment faire ? Comment défait-on le gouvernement Harper en l'absence d'une opposition officielle qui est une alternative ? Pour trouver la solution, il faut revoir les événements et développements qui nous ont amenés où nous sommes aujourd'hui et voir ce qui pourrait créer une situation nouvelle. Les Canadiens veulent défaire le gouvernement Harper, mais ils veulent aussi changer le système politique et électoral en crise qui donne naissance à des gouvernements comme celui-là, le changer de manière à s'investir eux-mêmes du pouvoir de décider.

Le problème, c'est que les partis politiques présents à la Chambre des communes résistent aux demandes de renouveau démocratique dans le sens d'investir l'électoral du pouvoir, même quand il s'agit de revendications aussi élémentaires que la représentation proportionnelle pour que la distribution des sièges soit plus équitable. Ils portent l'entière responsabilité de la crise politique et constitutionnelle. La marginalisation des députés à la Chambre fait partie de ce désinvestissement de l'électorat. Pour détourner l'attention du besoin de réformes qui renouvellent la démocratie, on nous répète sans arrêt que le Canada est « la meilleure démocratie au monde ». Qu'il s'agisse des réformes libérales de Jean Chrétien, instituées au nom de l'« élimination de l'influence indue de l'argent » en augmentant la subvention des partis politiques par l'État, ou de la loi de Stephen Harper sur des élections « à date fixe » ou de la Loi sur la responsabilité, toutes deux fausses, les partis politiques à la Chambre des communes ont collaboré à l'apport de modifications au processus électoral qui nient le besoin de réformes investissant le peuple du pouvoir, pour que les citoyens puissent exercer pleinement leur droit d'élire et d'être élu et d'avoir leur mot à dire sur la direction de la société.

Il n'est pas fortuit que les partis à la Chambre des communes se soient regroupés en une coalition l'année dernière pour bloquer la proposition de Stephen Harper de retirer le financement public des partis sur la base du nombre de votes reçus. Ils ont dit que c'était une attaque contre la démocratie. La menace d'éliminer cet élément essentiel du nouveau système de partis cartels, qui aurait été à l'avantage du Parti conservateur en raison de sa forte base financière parmi les groupes évangélistes, était une atteinte aux nouvelles règles d'élections « libres et équitables » dominées par des cartels.

À mon avis, la crise de crédibilité des partis politiques au Parlement et de leur prétention de représenter des alternatives a été un facteur important dans le désengagement des citoyens par rapport au processus politique. Dans le système actuel les partis sont le mécanisme de base de la participation aux affaires politiques. Mais ils traitent de plus en plus l'électorat comme une masse votante à manipuler par le marketing. Plus ils parlent de réformes démocratiques, plus il devient évident que pour eux, cela veut dire recourir aux nouvelles technologies de l'information pour établir un rapport de seul à seul entre l'individu et la direction du parti. En fait, l'individu est mis en contact avec le gars qui s'occupe du marketing ! La crise des partis bourgeois en tant que partis de masse se constate dans le fait qu'ils n'ont pas besoin de membres à part les votes pour les courses à la direction. Et d'ailleurs ils ont commencé à mettre en place un processus de vote par Internet, comme pour l'émission American Idol. L'appareil décisionnel des partis politiques se retrouve encore une fois davantage concentré entre les mains de quelques-uns dans les échelons supérieurs, lesquels mènent leurs campagnes grâce à de généreuses subventions de l'État : ils embauchent des conseillers en images publiques et des firmes de marketing et ils achètent et déploient des systèmes d'exploration de données pour mieux cibler leurs campagnes de mise en marché.

Il est on ne peut plus clair que la conception et la théorie de la suprématie du Parlement et de la redevabilité du gouvernement envers les députés à la Chambre des communes ne correspondent plus à la réalité de la situation, le processus électoral et politique étant aujourd'hui dominé par les partis politiques et les députés étant responsables non pas envers l'électorat mais envers les partis. On ne réglera rien en réduisant tout cela à une affaire de comportement de Stephen Harper, parce que les libéraux ne sont pas différents et que les néo-démocrates sont de plus en plus perçus comme des libéraux en herbe.

Il faut rejeter tous les partis politiques qui refusent de reconnaître au départ que le pays est aux prises avec une profonde crise constitutionnelle, politique et électorale, et surtout ceux qui cherchent à détourner le peuple de la recherche d'une solution. Les manoeuvres et les promesses d'être « plus responsables » à l'avenir ne vont pas rétablir la crédibilité et la légitimité du système démocratique échoué, sans parler de le faire fonctionner dans l'intérêt du peuple. Nous devons rejeter l'interprétation dogmatique du fonctionnement de la démocratie et nous unir dans la discussion sur la réalité actuelle et sur les nouveaux arrangements constitutionnels qu'il faut pour investir le peuple du pouvoir de décider.

Comme le dit la déclaration du PMLC sur la prorogation du Parlement : « Le PMLC appelle les travailleurs, les femmes, les jeunes et toutes les personnes à l'esprit démocratique à intensifier leur lutte pour le renouveau démocratique pour que l'opposition populaire à la destruction nationale mène à la création d'une opposition politique effective et viable qui bloquera la régression et nous entraînera dans un projet d'édification nationale pour résoudre les crises politique et constitutionnelle à l'avantage du peuple. Il faut pour cela des Comités pour le renouveau démocratique qui unissent la classe ouvrière et ses alliés en une opposition politique effective, la seule force sociale capable d'apporter une alternative au système corrompu de partis-cartels et au pouvoir néolibéral qui déraille et qui échappe à tout contrôle. »

* Anna Di Carlo est la dirigeante nationale du Parti marxiste-léniniste du Canada.

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Que faire à propos de la démocratie
canadienne hors contrôle

LML : Le Parti marxiste-léniniste du Canada s'oppose catégoriquement à l'utilisation de la Prérogative royale par Stephen Harper pour proroger le parlement. Pouvez-vous expliquer cette position ?

Sandra L. Smith : Au niveau le plus élémentaire, nous nous opposons catégoriquement à la tyrannie, à l'utilisation de l'impunité et à l'invocation de « circonstances exceptionnelles » pour servir les intérêts de l'empire américain, des monopoles étrangers et les plans qui ne profitent pas au Canada et à son peuple.

Nous sommes aussi préoccupés par l'approfondissement de la crise politique et constitutionnelle. Comme d'autres, nous aimerions voir le parlement fonctionner mais qu'est-ce que ça veut dire exactement ? Fonctionner pour qui et pour quoi ? Quelles mesures concrètes vont faire en sorte que le parlement fonctionne ?

La prorogation du parlement est une énigme. Elle montre d'abord et avant tout à quel point notre système parlementaire est devenu inefficace. Crier à « la trahison de notre démocratie » ne changera pas le fait qu'il n'y a pas d'opposition effective au Parti au Pouvoir et que tous les autres partis à la Chambre sont pris à représenter un pourcentage minoritaire de l'électorat.

En dépit de sa prétendue base évangélique monolithique, le Parti au Pouvoir reste pris en territoire minoritaire. Puis, ce qui est censé être l'opposition est divisé en factions parlementaires : les libéraux et le NPD dont l'appui extraparlementaire – les adhérents – est aussi pris dans un pourcentage minoritaire, tandis que le Québec demeure hors d'atteinte pour les partis dits majeurs à cause de l'échec à résoudre la crise constitutionnelle.

La crise constitutionnelle a atteint un point critique avec le rapatriement de la constitution de 1982 sans accommoder la nation du Québec. Elle s'est depuis répandue au processus politique et électoral. La crise du système politique et électoral s'est approfondie parce que le système selon lequel la Loyale Opposition est censée constituer une alternative au Parti au Pouvoir ne fonctionne plus. Les Québécois refusent d'être représentés à la Chambre des communes par les partis qui ont appuyé ce rapatriement de la Constitution en 1982. À l'élection de 1993, l'ancien Parti conservateur n'a récolté que 3 sièges, et ç'a été sa perte. Le Bloc québécois a formé l'Opposition officielle, ce qui voulait également dire la mort de la théorie de la gouvernance et du système qui lui correspond, dans lequel les électeurs qui ne sont pas représentés par le Parti au Pouvoir étaient représentés par l'Opposition officielle.

Le Parti libéral a formé des gouvernements majoritaires sous Jean Chrétien, mais son refus de renouveler le processus politique sur une base démocratique, de manière à investir le peuple du pouvoir souverain, l'a entraîné dans la désintégration publique que l'on sait, qui n'a pas été très jolie. Les interventions grossières de Chrétien dans les affaires du Québec, comme avec le « Rassemblement pour l'unité » à Montréal pour subvertir le référendum du Québec, ont été suivies du scandale des commandites avec les enveloppes brunes qui changent de mains puis de l'éclatement d'une guerre intestine entre Chrétien et Paul Martin. Puis Chrétien a tenté d'en finir avec le scandale des commandites en introduisant une réforme de la loi électorale, mais celle-ci ne faisait qu'accroître les subventions publiques aux partis parce qu'ils n'ont pas d'appui de masse et qu'ils sont incapables de s'autofinancer. Les libéraux ont ensuite fait plusieurs promesses de renouveau mais elles se sont toutes soldées par le statu quo puisqu'ils ont élu Stéphane Dion comme nouveau chef, un ennemi déclaré du renouveau constitutionnel et de l'avènement d'un État moderne dans lequel le peuple est investi du pouvoir de décider. Après cet échec, la faction Jean Chrétien, Bob Rae et Power Corporation de Desmarais a tenté de former une coalition parlementaire avec le NPD et le Bloc pour défaire Stephen Harper. La tentative a échoué car l'aile droite du Parti libéral, dont John Manley était devenu le représentant, s'y opposait. Il y a eu une espèce de coup d'État au sein du parti pour imposer le réactionnaire pro-torture et pro-empire Michael Ignatieff comme nouveau patriarche, mais son étonnante ignorance de ce que veut dire représenter le Canada l'a rendu encore plus inepte comme chef que Stéphane Dion et son chien Kyoto !

Pendant ce temps Stephen Harper se complait dans l'absence d'une opposition et fait tout ce que lui dicte sa conscience évangélique et le « dominionisme ».

Bien sûr que les Canadiens veulent « que le parlement fonctionne » mais il ne fonctionnera pas, parce qu'il ne le peut pas. Le système parlementaire était basé à l'origine sur des accommodements raisonnables entre différentes factions bourgeoises. C'est pourquoi dans le passé, lorsqu'il y avait un gouvernement minoritaire, les partis de l'opposition pouvaient en effet faire contrepoids au gouvernement minoritaire et il a même été possible de faire adopter des choses comme l'assurance-maladie. Mais aujourd'hui nous avons un système de « partis cartels » où les partis s'arrangent pour fonctionner avec des subventions de l'État, des accords secrets, etc. Leurs intérêts fractionnels sont si enchâssés que même s'il était évident que la coalition était la seule façon de faire contrepoids au gouvernement Harper, elle a été incapable de se coaliser ! L'« aile droite » du Parti libéral veut rivaliser avec Harper pour le pouvoir. Son programme est essentiellement le même, du moins pour ce qui est des politiques de payer les riches et de l'annexion du Canada à la machine de guerre des États-Unis. Elle n'a pas permis que la coalition se forme. L'« aile gauche », qui est à l'origine de l'idée de former une coalition, s'est retrouvée en face d'un NPD lui-même divisé entre une « aile droite » constituée de libéraux en herbe et d'une « aile gauche » de « travail à la base » qui a en horreur l'idée de se retrouver dans le même lit que les libéraux. D'ailleurs, le Parti libéral et le NPD sont si enracinés dans le chauvinisme canadien anglais qu'ils n'ont même pas pu résister aux accusations démentielles des harperistes à propos de leur « pacte avec le diable séparatiste ».

Une coalition parlementaire sérieuse aurait requis des mesures sérieuses. Il aurait fallu que les partis s'entendent pour présenter un seul candidat dans chaque circonscription pour élire une opposition effective, plutôt que de tout simplement vouloir se partager les postes ministériels en fonction du rapport de force. En fait, ils auraient pu élire un gouvernement majoritaire. Mais la coalition s'est effondrée. L'affaire s'est terminée de façon si pitoyable que Stephen Harper s'est retrouvé dans une situation de force, sans opposition à toute fin pratique, et il peut maintenant se prévaloir de la Prérogative royale pour proroger le parlement une deuxième fois, en plus de nombreux autres abus de pouvoir.

LML : Pourquoi n'a-t-il pas été possible de former une coalition ?

SLS : Regardez les manifestations que les forces de la coalition ont tenté d'organiser à l'échelle du pays l'année dernière, quand elles voulaient prouver à la gouverneure générale que la coalition représentait une majorité légitime et devrait être invitée à former le gouvernement. Ces partis n'ont pas été capables de rassembler un appui convaincant parce qu'ils ne sont pas des partis de masse, ils n'ont pas un appui de masse. Cela rappelle le référendum sur l'Accord de Charlottetown en 1992. La majorité des Canadiens cherchaient de l'information sur ce qui se passait. Ils voulaient participer à la formulation de l'ordre du jour et pas seulement voter pour ou contre un accord conclu derrière des portes closes. Ils ne voulaient pas se rallier derrière une faction ou une autre. Durant le référendum notre Parti a fait un grand effort pour informer les électeurs sur les enjeux et les engager dans le débat, et l'année dernière également. La coalition n'a rien fait de tout cela. Ce n'était rien d'autre qu'un feu de paille. Certains étaient si désespérés qu'ils ont donné dans la logique de George Bush : « Ou bien vous êtes avez nous, ou bien vous êtes avec Stephen Harper. C'est maintenant ou jamais. » Eh bien, ce n'était pas « maintenant » et quant à « jamais », nous assistons maintenant à la deuxième tentative. Cette fois-ci elle se fait avec la méthode Twitter et elle orchestrée par les agences de marketing qui ont inventé la campagne Obama aux États-Unis, maintenant devenue la méthode préférée de tous les partis politiques qui vivent des subventions de l'État. En passant, les libéraux comptent faire une sortie triomphale de leur crise d'identité avec les technologies comme Twitter, qu'ils disent représenter un renouveau du processus politique, même si elles écartent le citoyen du processus décisionnel et l'entraînent dans un cul-de-sac sans retour.

LML : On dit que le groupe sur Facebook « Canadiens contre la prorogation du parlement » compte 200 000 membres. Ce serait plus que tous les partisans des partis politiques « majeurs » pris ensemble. Qu'en pensez-vous ?

SLS : Ça montre qu'il y a très peu de Canadiens qui sont membres de partis politiques ! Ces chiffres sont cités pour montrer l'importance d'organiser sur Facebook, comme force démocratique. On dit aussi qu'environ deux fois plus de personnes ont regardé la première émission de saison de American Idol que le nombre de votes total aux dernières élections fédérales, mais ces chiffres n'expliquent pas grand-chose. Sans vouloir rien reprocher aux jeunes non partisans qui participent à cet effort d'organisation, il est évident que les nouvelles technologies doivent être mises au service d'un projet. Faire de Twitter un nouveau processus politique ne nous donnera pas un processus politique démocratique moderne, ni faire voter les gens pour faire grimper les chiffres pour se comparer à une émission de télévision.

En fin de compte, il reste que le problème de base avec ces rassemblements et ces organisations basées sur les nouvelles technologies est que si le but n'est pas clair, où le processus entraîne-t-il tout ce monde là ? Les rassemblements expriment l'opposition à la prorogation de Harper. Très bien. C'est très nécessaire. Mais de là à dire que la démocratie va être rétablie en révoquant la prorogation, c'est contourner le problème parce qu'il faut voir pourquoi la démocratie a été détournée et par qui. Quelles sont les forces sociales derrière et qu'espèrent-elles accomplir ? Sans répondre à ces questions de base, les rassemblements et les regroupements sur Facebook ne vont pas rétablir la démocratie. S'ils le pouvaient, le Stephen Harper qui a été si châtié l'année dernière ne continuerait pas aujourd'hui ses méthodes tyranniques.

Pour ce qui est des rassemblements, beaucoup de ceux qui y participent s'opposent sérieusement à la tentative du gouvernement Harper d'établir un état d'exception permanent, dans lequel il peut faire ce qu'il veut au nom de la sécurité nationale et autres nobles idéaux, mais certains éléments voudraient faire croire qu'on peut créer une base de masse à partir de rien. Ce n'est pas réaliste. Il faut un projet sérieux d'édification nationale pour constituer une opposition sérieuse. Seule la classe ouvrière peut mener un tel projet à bien parce que les travailleurs sont les producteurs de la richesse du Canada ; ils ont intérêt à s'opposer à la destruction nationale, à défendre nos ressources et le secteur manufacturier, ils veulent assurer un avenir à leurs enfants et la sécurité pour les aînés et pour eux-mêmes quand ils seront à la retraite. C'est aussi simple. Entre les mains de la classe ouvrière, le pouvoir décisionnel servira le peuple et établira les rapports commerciaux et entre États sur la base de l'avantage réciproque. Les factions politiques de la classe dominante présentement à la Chambre des communes peuvent dire n'importe quoi à propos de la prorogation et de Harper en général parce qu'en ce moment la classe ouvrière se prive du pouvoir politique. Si l'on prend l'analogie du conte d'Andersen sur les habits neufs de l'Empereur, c'est la classe ouvrière qui est nue, pas l'empereur. La classe ouvrière n'est pas organisée dans ses propres intérêts, elle est nue et sans pouvoir mais elle est supposée croire qu'elle porte un beau costume si elle agit comme auxiliaire du Parti libéral ou du NPD et du Bloc. Elle se leurre si elle croit que l'empereur est tout nu car ce sont les travailleurs qui sont nus et sans pouvoir. Oui, il est vrai que ceux qui sont au pouvoir sont exposés quand ils font des choses comme proroger le Parlement, mais ils ont tout le pouvoir dont ils ont besoin et s'en sauvent, tandis que la classe ouvrière n'a pas de pouvoir politique pour les arrêter en ce moment. On a beau maudire Stephen Harper tant qu'on voudra, mais cela montre que la classe ouvrière est sans pouvoir. Il ne s'agit pas de convaincre Harper de changer sa façon de faire, il s'agit que la classe ouvrière assume son rôle dirigeant dans la société.

Que proposent les libéraux et le NPD pour faire fonctionner le parlement ? Par exemple, Michael Ignatieff répète que les Canadiens ne veulent pas d'une élection, ils veulent une alternative. C'est stupide. Si Ignatieff et les libéraux étaient une alternative, pourquoi ne voudrait-on pas d'une élection ? Au Canada les élections servent ou bien à réélire le gouvernement, ou bien à élire une alternative. Où est l'alternative ? Jack Layton affirme quant à lui que les Canadiens veulent un parlement qui fonctionne. Eh bien, il ne fonctionne pas ! Quelle analyse fait-il de la situation ? Il n'en fait aucune. Il se contente de blâmer Stephen Harper et maudit le fait que la coalition ne s'est pas coalisée parce qu'il a vu s'envoler ses chances d'obtenir les postes ministériels qu'il convoite.

LML : Que faut-il faire dans ce cas-là ? Quelle est l'alternative à votre avis ?

SLS : Il est important que les travailleurs, les jeunes, les femmes et les autres qui se soucient de l'avenir discutent entre eux. Laisser un processus politique Twitter dominer parce que c'est une technologie jeune et moderne, c'est permettre que la discussion soit manipulée pour servir des motifs cachés. Si les travailleurs établissent un ordre du jour qui commence avec le besoin de constituer eux-mêmes le gouvernement, ils peuvent profiter au maximum des nouvelles technologies, mais en soi ces technologies ne constituent pas un processus politique démocratique. L'excitation inutile et Twitter peuvent être fatals pour l'effort pour investir le peuple du pouvoir souverain. Vous n'avez qu'à regarder le chaos créé par les révolutions colorées en utilisant ces nouvelles technologies en Europe de l'Est et dans les anciennes républiques soviétiques.

Les travailleurs sont déjà en train de renforcer leur conscience et organisation dans la lutte contre l'offensive antisociale. La demande que l'économie soit subordonnée aux besoins des producteurs et de leur société est déjà très répandue. Les travailleurs s'opposent avec militantisme aux politiques pour payer les riches et servir le droit de monopole. Ils s'opposent à la poussée de la classe dominante en faveur de l'annexion et de la guerre. Et maintenant, en plus, ils s'organisent en comités pour le renouveau démocratique dans le but explicite de se persuader qu'ils doivent diriger le Canada. Ils doivent se présenter aux élections pour former le gouvernement. Cela commence avec l'objectif de défaire le gouvernement Harper en formant une opposition parlementaire officielle alternative. Une fois qu'ils se seront persuadés, qu'ils auront établi les comités pour le renouveau démocratique et formé l'opposition, ils n'auront qu'à passer à la prochaine étape et former le gouvernement ! Cela peut se faire parce que cela doit se faire !

LML : Alors l'alternative est que les travailleurs trouvent les moyens de se faire élire ?

SLS : Oui. Ils doivent se persuader qu'il n'y a pas d'alternative dans le système de partis-cartels. S'ils continuent de jouer le jeu du parti-cartel, ils vont rester nus et sans pouvoir. Pour créer une alternative ils doivent créer une nouvelle équation, parce que tous ces partis politiques bourgeois sont eux-mêmes en crise. Ils sont incapables d'analyser. Pour eux tout se réduit à des tautologies, comme dire que la cause de la pauvreté est le manque d'argent. Ce n'est pas une analyse. Analyser, c'est reconnaître que la cause de la pauvreté est le système d'exploitation et d'oppression mangeur d'homme et voir ce les travailleurs peuvent faire exactement pour changer la situation. C'est la même chose pour ce qui est de renouveler la démocratie. Il n'est pas suffisant de dire que la prorogation est une mauvaise chose et que Harper devrait changer sa façon de faire. Il faut une autre vision de la démocratie, une autre façon de choisir les candidats, il faut financer le processus plutôt que les partis et tous les autres aspects doivent être discutés et réalisés. Ce sont les travailleurs et ceux qui se regroupent dans les Comités pour le renouveau démocratique qui peuvent et doivent devenir l'opposition officielle en pratique et ensuite former le gouvernement. Faire le premier pas, avec la discussion et l'organisation, c'est ce que signifie occuper l'espace du changement. Les mineurs, les métallos, les dispensateurs des services publics et tous les Canadiens qui travaillent sont déjà engagés corps et âme dans une bataille à finir pour déterminer quelle définition de la démocratie aura le dessus.

LML : Que proposez-vous à ceux qui participent aux rassemblements ?

SLS : Ceux qui sont sérieux doivent se poser la question : quelle est la prochaine étape ? Nous les appelons à s'attaquer au problème le plus pressant pour l'ensemble du corps politique : créer l'alternative nécessaire pour apporter une solution à la crise politique et constitutionnelle. Tout le pays est plongé dans une grave crise politique et constitutionnelle. Ce n'est pas seulement la prorogation, le système de partis-cartels est lui-même en crise. Il faut discuter sérieusement des causes sous-jacentes. Crier « Sauvez notre démocratie » sans se poser de question sur cette démocratie et comment la renouveler ne peut pas être considéré comme une action sérieuse.

Il existe un important mouvement parmi les Canadiens autour de la question : « Quelle démocratie ? » et qui répond : « Notre démocratie ! » Il a déjà rejeté cette démocratie qui a institué le droit de monopole dans les affaires économiques et toutes les affaires de l'État et qui supplante le droit public. Il rejette cette démocratie qui est devenue hors contrôle et pose la question : comment « sauver » une démocratie qui est hors contrôle ? On ne la sauve pas. On bâtit une alternative, une démocratie renouvelée ! J'appelle les travailleurs et tous ceux et celles qui se préoccupent de l'échec de cette démocratie hors contrôle à joindre leurs efforts pour bâtir des Comités pour le renouveau démocratique. Ensemble bâtissons une opposition officielle ouvrière.

* Sandra L. Smith est la présidente du Parti marxiste-léniniste du Canada.

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Lettres à la réaction

La deuxième prorogation du Parlement par les conservateurs de Stephen Harper en un peu plus d'un an met en évidence l'urgence pour la classe ouvrière et ses alliés d'intensifier leur travail pour se constituer en l'opposition.

(signé)

* * *

La prétention d'Harper que ce n'est qu'une procédure parlementaire « routinière » que de permettre au Cabinet de prendre une pause parlementaire et s'occuper de l'économie est une déclaration arrogante et un avertissement à tous les Canadiens que le fait que son gouvernement reconnaît aucune limite et que les coups d'État pour avancer des intérêts hostiles à ceux des Canadiens sont la nouvelle norme.

(signé)


* * *

Depuis que Harper a prorogé le Parlement, les gens veulent savoir ce qu'il faut faire parce qu'ils voient cette situation comme un danger pour leurs droits et libertés démocratiques. On nous dit qu'il s'agit tout simplement de « défaire le parti du pouvoir » à la prochaine élection, parce que c'est ainsi que le système fonctionne, mais le problème est qu'il est devenu de plus en plus difficile de le faire parce que l'alternative n'est pas là. Il n'y a pas d'opposition cohérente, que ce soit dans la forme d'une force politique unie, qui pourrait battre Harper, ou dans la forme de politiques et de visions alternatives offertes par un ou l'autre des partis à la Chambre des communes. Comment les travailleurs, les femmes et les jeunes doivent-ils composer avec ça ?

(signé)


* * *

La prorogation du Parlement l'année dernière sur des fondements constitutionnels douteux avait pour but d'éviter un vote de non-confiance à la Chambre des communes, et cette fois-ci M. Harper voulait mettre fin aux travaux de la commission sur le rôle du gouvernement canadien dans la soumission des détenus afghans à la torture. Harper nie tout cela, mais le prétexte qu'il invoque (qu'il a prorogé le Parlement pour le « recalibrer » et se concentrer sur l'économie) est tout aussi contestable, car cela veut dire qu'il veut se réunir à huis clos avec sa poignée de conseillers pour trouver comment intensifier l'offensive antisociale néolibérale.

(signé)

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À titre d'information

L'état des affaires courantes
du gouvernement lors de la prorogation

La prorogation du Parlement signifie que tout projet de loi qui a été déposé est écarté et que la nouvelle session du Parlement recommence à zéro, la première procédure étant la lecture d'un discours du Trône le 3 mars, le troisième depuis qu'Harper a accédé au pouvoir en janvier 2006. Cela signifie que tous les comités parlementaires et sénatoriaux sont de nouveau constitués et que les affaires courantes traitées dans ces comités lors de la précédente session sont terminées.

Cependant, selon les règles parlementaires, une motion pour la présentation de documents par le gouvernement dans l'affaire des détenus Afghans demeure en vigueur au moment de la prorogation et les membres du cabinet Harper peuvent être reconnus coupables de mépris envers le Parlement lors de sa convocation s'ils continuent de refuser de se conformer avec la motion adoptée le 10 décembre. Dans tous les cas, le gouvernement conservateur Harper est clairement déjà coupable de mépris envers le Parlement, ayant qualifiés tous ceux qui veulent établir les faits au sujet des détenus Afghans de traîtres et d'ennemis de l'État, insistant pour que tout document confidentiel ne soit confié à personne d'autre que le Conseil privé. De plus, ils ont déclaré que le rôle du Canada dans la sujétion des détenus Afghans à la torture n'est « pas sur le radar » pour les Canadiens.

Étant donné la motion ordonnant au gouvernement Harper de produire les documents requis dans une forme non censurée, étant donné que cette motion n'est pas annulée par la prorogation et étant donné le refus continuel du gouvernement Harper de produire les documents, tout parlementaire peut soulever une question de privilège accusant le ministre responsable de mépris envers la Chambre aussitôt que la prochaine session débute. Puisque ce gouvernement a développé un penchant pour déférer les affaires politiques aux tribunaux pour justifier l'impunité (bien qu'il refuse de tenir compte des décisions de la cour lorsque cela fait son affaire, comme dans le cas d'Omar Kadr, entre autres) et a aussi établi l'habitude de défier et miner les institutions indépendantes du Parlement, cette question sera vraisemblablement résolue devant les tribunaux, avec pour conséquence d'accentuer le rôle secondaire du Parlement dans la gouvernance du pays.

Lors d'une entrevue au Business News Network le 11 janvier, Harper a dit : « Je pense que nous représentons le système constitutionnel le moins ininterrompu au monde. Je pense que les jeux débuteront lorsque le Parlement siégera et que le gouvernement peut prendre maintenant le temps de faire le travail important pour préparer à l'avance l'ordre du jour économique ». Les « jeux » auxquels Harper fait référence ne sont pas les Olympiques mais les procédures du Parlement. Selon Harper, le Parlement n'est rien et la seule chose importante pour son cabinet est de diriger les affaires impunément, au nom des monopoles, pour remettre le Canada sur la voie de la droiture.

Ce qui suit est le statut des affaires courantes du 40e Parlement au moment de la prorogation, le 30 décembre 2009 :

Chambre des Communes

C-6 - Loi canadienne sur la sécurité des produits de consommation (approbation des amendements du Sénat)
C-8 : Loi sur les foyers familiaux situés dans les réserves et les droits ou intérêts matrimoniaux (deuxième lecture)
S-8 Loi mettant en oeuvre des conventions et des protocoles conclus entre le Canada et la Colombie, la Grèce et la Turquie en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion fiscale en matière d'impôts sur le revenu (deuxième lecture)
C-13 Loi modifiant la Loi sur les grains du Canada (deuxième lecture)
C-15 Loi modifiant la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (approbation des amendements du Sénat)
C-19 Loi modifiant le Code criminel (investigation et engagement assorti de conditions) (deuxième lecture)
C-20 Loi concernant la responsabilité civile et l'indemnisation des dommages en cas d'accident nucléaire
C-23 Loi de mise en oeuvre de l'Accord de libre-échange Canada-Colombie
C-30 Loi sur des questions d'éthique (Sénat) (deuxième lecture)
C-31 Loi modifiant le Code criminel, la Loi sur la corruption d'agents publics étrangers et la Loi sur l'identification des criminels et une autre loi en conséquence (comité)
C-34 Loi protégeant les victimes des délinquants sexuels (deuxième lecture)
C-37 Plan d'action pour la Commission de la capitale nationale (comité)
C-40 Loi modifiant la Loi électorale du Canada (deuxième lecture)
C-42 Loi modifiant le Code Criminel (mettant fin à l'octroi de sursis à l'exécution de peines visant des crimes contre les biens ainsi que d'autres crimes graves) (comité)
C-43 Loi modifiant la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition et le Code criminel (comité)
C-44 Loi modifiant la loi sur la société canadienne des postes (deuxième lecture)
C-45 Loi modifiant la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés (deuxième lecture)
C-46 Loi sur l'entraide juridique en matière criminelle (comité)
C-47 Loi sur l'assistance au contrôle d'application des lois au 21e siècle (comité)
C-52 Loi modifiant le Code criminel (peines pour fraude) (comité)
C-53 Loi modifiant la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (procédure d'examen expéditif) (deuxième lecture)
C-54 Loi modifiant le Code criminel et la Loi sur la défense nationale en conséquence (deuxième lecture)
C-55 Loi donnant suite à la décision de la Cour suprême du Canada dans l'affaire R. c. Shoker (deuxième lecture)
C-57 Loi portant mise en oeuvre de l'Accord de libre-échange entre le Canada et le Royaume hachémite de Jordanie (deuxième lecture)
C-58 Loi concernant la déclaration obligatoire de la pornographie juvénile sur Internet par les personnes qui fournissent des services Internet (deuxième lecture)
C-59 Loi modifiant la Loi sur le transfèrement international des délinquants (deuxième lecture)
C-60 Loi portant mise en oeuvre de l'Accord cadre sur les opérations intégrées transfrontalières maritimes d'application de la loi entre le gouvernement du Canada et le gouvernement des États-Unis d'Amérique (deuxième lecture)
C-61 Loi prévoyant la reprise et le maintien des services ferroviaires (deuxième lecture)
C-63 Loi modifiant la Loi sur le développement commercial et industriel des premières nations (deuxième lecture)

Sénat

S-5 Loi sur l'abrogation du registre des armes d'épaule (deuxième lecture)
S-6 Loi modifiant la Loi électorale du Canada (responsabilité en matière de prêts liés à la politique) (deuxième lecture)
S-7 Loi modifiant le la Loi constitutionnelle de 1867 (limitation de la durée du mandat des sénateurs) (deuxième lecture)
C-26 Loi modifiant le Code criminel (vol d'automobile et trafic de biens criminellement obtenus) (deuxième lecture)
C-27 Loi sur la protection du commerce électronique (comité)
C-36 Loi renforçant la sévérité des peines d'emprisonnement pour les crimes les plus graves (deuxième lecture)

Adoptés/obtenus la sanction royale

C-2 Visant la mise en oeuvre de l'ALÉCA (Accord de libre-échange Canada-Association Européenne de Libre-Échange)
S-2 Loi modifiant la Loi sur les douanes
S-3 Loi modifiant la Loi sur l'efficacité énergétique
C-3 Loi modifiant la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques
C-4 Loi canadienne sur les organisations à but non lucratif
S-4 Loi modifiant le Code criminel (vol d'identité et inconduites connexes)
C-5 Loi modifiant la Loi sur le pétrole et le gaz des terres indiennes
C-7 Loi modifiant la Loi sur la responsabilité en matière maritime
C-9 Loi modifiant la Loi de 1992 sur le transport des marchandises dangereuses
C-10 Loi d'exécution du budget de 2009
C-11 Loi sur les agents pathogènes humains et les toxines
C-12 Budget supplémentaire des dépenses (B) de 2008-2009, Loi de crédits
C-14 Loi modifiant le Code Criminel (crime organisé et protection des personnes associées au système judiciaire)
C-16 Loi sur le contrôle d'application de lois environnementales
C-17 Loi reconnaissant le Cimetière Beechwood comme le cimetière national du Canada
C-18 Loi modifiant la loi sur la pension de retraite de la gendarmerie royale du canada
C-21 Budget supplémentaire des dépenses (C) 2008-2009
C-22 Loi de crédits no1 pour 2009-2010
C-24 Accord de libre-échange Canada-Pérou (ALÉCP)
C-25 Loi sur l'adéquation de la peine et du crime
C-28 Loi modifiant la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec
C-29 Loi visant à accroître la disponibilité des prêts agricoles et abrogeant la loi sur les prêts destinés aux améliorations agricoles
C-32 Loi modifiant la Loi sur le tabac
C-38 Loi modifiant la Loi sur les parcs nationaux du Canada en vue de l'agrandissement de la réserve à vocation de parc national Nahanni du Canada
C-33 Loi modifiant la Loi sur les allocations aux anciens combattants
C-39 Loi modifiant la Loi sur les juges
C-41 Loi portant mise en vigueur de l'accord définitif concernant les premières nations maanulthe
C-48 Budget principal des dépenses 2009-2010
C-49 Budget supplémentaire des dépenses de 2009-2010, Loi de crédits
C-50 Loi modifiant la Loi sur l'assurance-emploi et augmentant les prestations
C-51 Loi portant exécution de certaines dispositions du budget déposé au Parlement le 27 janvier 2009
C-56 Loi modifiant la Loi sur l'assurance-emploi
C-62 Loi modifiant la Loi sur la taxe d'accise
C-64 Budget supplémentaire des dépenses (B) de 2009-2010

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Position des partis à la 40e Législature

Province/Territoire Cons. Lib B.Q. NPD Ind Total des sièges
Yukon
1


1
Nunavut 1



1
Colombie-Britannique
22 5
9
36
Alberta 27

1
28
Saskatchewan 13 1


14
Manitoba 9 1
4
14
Ontario 51 38
17
106
Québec 11 14 48 1 1 75
Nouveau-Brunswick
6 3
1
10
Prince-Édouard 1 3
1
4
Nouvelle-Écosse 4 5
2
11
Terre-Neuve
6
1
7
Total 145 77 48 37 1 308

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Élections Canada annonce le paiement
d'allocations aux partis

Le 4 janvier, Élections Canada a annoncé que les partis politiques enregistrés admissibles à des allocations ont reçu leur 4e allocation trimestrielle couvrant la période du 1er octobre 2009 au 31 décembre 2009, portant le total payé pour l'année à 27,2 millions $. L'allocation par vote a été fixée à 1,75 $ en 2004, ajustée à l'inflation. Elle est maintenant de 1,999 $ ( $1.75 x 1.142) par vote.

Les allocations par vote ont été introduites par le gouvernement libéral de Jean Chrétien en 2003 et sont en vigueur depuis le 1er janvier 2004, lorsque les partis éligibles ont reçu un paiement forfaitaire pour toute l'année au lieu des versements trimestriels qui ont débuté en 2005. Depuis lors, les partis ont reçu un total de 147 907 601 $.

Parti politique

Allocation
2004

Allocation
2005

Allocation
2006

Allocation
2007

Allocation
2008

Allocation
2009

Total

Bloc

2 733.868

3 064 864

2 950 984

2 953 218

3 017 092

2 742 215

14 731 106

Cons.

7 913 512

7.331 172

9 388 357

10 218 123

10 439 132

10 351 071

48 310 195

Verts

523 694

1 061 905

1 199 287

1 262 641

1 289 951

1 863 155

7 200 633

Libéraux

9 141 408

9 087 333

8 572 965

8 517 049

8 701 263

7 219 593

51 239 611

NPD

2 882 819

3 879 817

4 611 140

4 923 795

5 030 293

4 998 192

26 326 056

Total

23 196 401

24 425 091

26 722 733

27 874 826

28 477 731

27 174 226

147 907 601


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