Le Marxiste-Léniniste

Numéro 11 - 19 janvier 2010

Opposons-nous à l'hystérie visant à justifier
l'occupation militaire et l'usage de la force
contre le peuple haïtien!

Opposons-nous à l'hystérie visant à justifier l'occupation militaire et l'usage de la force contre le peuple haïtien!
Non à l'occupation militaire d'Haïti!
Les équipes, l'hôpital et le matériel médical de MSF empêchés d'atterrir à Port-au-Prince - Médecins sans frontières
Le président Jean-Bertrand Aristide prêt à retourner en Haïti
Entrevue avec le romancier québécois d'origine haïtienne Dany Laferrière - Le Monde (extraits)
Vigile à Toronto
«Nous ne voulons plus être un peuple objet» - Berthony Dupont, Haïti Liberté
Haïti met à l'épreuve l'esprit de coopération - Fidel Castro

Lettre à la rédaction
Concernant où réside la souveraineté

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Opposons-nous à l'hystérie visant à justifier
l'occupation militaire et l'usage de la force
contre le peuple haïtien!

Le Marxiste-Léniniste condamne l'hystérie créée par les impérialistes américains, leurs médias monopolisés et d'autres pour justifier l'occupation militaire d'Haïti et l'usage de la force contre le peuple haïtien. Ils sont à l'affût de « nouvelles » à propos de pillage et de violence parmi la population pour corroborer une propagande prédéterminée à propos de la nécessité d'une solution militaire, laquelle seuls les États-Unis seraient en mesure d'assumer en raison de leur proximité et de leur capacité militaire. Rejetons cette hystérie !

Le peuple haïtien, trempé par la lutte révolutionnaire pour la libération, montre au monde son ingéniosité et sa capacité de résister et n'a jamais cessé de s'organiser pour prendre le contrôle de son existence. Ce sont les interventions étrangères hostiles qui ne cessent de bloquer la réalisation de ses aspirations à la justice et à la souveraineté. Suite à la catastrophe du 12 janvier, les Haïtiens s'affairent à rétablir le calme et l'ordre en s'organisant et en s'attaquant collectivement à la situation et ils demandent que l'aide internationale soit acheminée dans toutes les régions touchées le plus tôt possible.

Une étudiante de l'Université Western Ontario qui est en Haïti a fait parvenir le rapport suivant à la liste de distribution du Réseau de solidarité Canada-Haïti (CHAN) :

« Il y a des équipes de nouvelles qui sont à la recherche d'incidents qui indiqueraient une situation d'hystérie et de désespoir. En réalité, ce que nous voyons, ce sont les Haïtiens qui interviennent calmement tandis que la communauté internationale, l'élite et les politiciens paniquent au moindre geste et ne semblent avoir aucune idée de ce qui se passe.

« [...] Les représentant de l'ambassade des États-Unis et de USAID (dont plus de 90 % ont été évacués) sont hystériques à la radio et envoient les gens dans toutes les directions. Larmes et adrénaline. Et pourtant les rues dans ces quartiers et en direction de l'ambassade sont pratiquement vides. Tout ce monde là était parti le premier jour. Les bureaux des ambassades et de USAID sont vides, même les administrateurs sont partis. Ils ont refusé que leurs employés haïtiens se servent du gaz pour aller contribuer aux efforts de secours. »

Un journaliste de CTV a dit que sa première impression est que les gens ne sont pas dans un état de panique, ils sont calmes et cherchent à rétablir un certain degré de normalité.

Ansel Herz, de l'agence InterPress Service, rapportait le 15 janvier : « Le jour qui a suivi le tremblement, il n'y avait pas de violence répandue. On ne voyait pas de fusils, de couteaux et de pillage dans les rues, on ne voyait que des familles cherchant leurs proches et transportant quelques-unes de leurs possessions. Les gens exprimaient leur colère et frustration par des chants tristes qu'on entendait toute la nuit, pas avec le poing. »

Roger Annis de CHAN écrit le 15 janvier : « Le journaliste de la BBC Andy Gallagher a dit dans une télédiffusion de 20 heures (heure normale du Pacifique) qu'il avait parcouru Port-au-Prince toute la journée et qu'il n'avait pas vu beaucoup de livraison d'aide. Il a dit que les Haïtiens sont courtois à son égard. Partout où il est allé des résidants l'ont amené voir ce qu'il reste de leurs quartiers, de leurs maisons et de leur vie. Puis ils ont demandé : "Où est l'aide ?" "Quand les équipes de secours vont arriver, dit Gallagher, elles vont être accueillies les bras ouverts." »

Les journalistes qui parlent de « pillage » semblent ne pas comprendre qu'il y a un véritable problème de distribution de l'aide et que l'accès à l'eau et à la nourriture est une question de vie et de mort. On sait par ailleurs que des équipes d'aide internationale tentent d'atterrir en vain parce que l'armée étasunienne, qui contrôle l'aéroport en raison d'un protocole d'entente avec les autorités haïtiennes, ne les laisse pas passer.

Le Marxiste-Léniniste dénonce ces tentatives de créer l'hystérie et de justifier l'intervention militaire et s'oppose au déploiement militaire contre le peuple par les États-Unis, la France, le Canada et d'autres puissances. Le peuple haïtien n'a jamais accepté l'occupation militaire étrangère au nom de l'« aide humanitaire » et n'est pas près de le faire.

Cette tentative de créer l'hystérie part d'une conception du monde impériale raciste qui voit l'aide à Haïti comme un « fardeau de l'homme blanc ». Cela cache le fait qu'il existait déjà une situation très difficile en Haïti avant le séisme et qu'elle était directement le fruit de l'intervention militaire étrangère. Et la violence qui existait déjà dans ce pays est aussi le résultat direct de l'intervention militaire étrangère, notamment celle qui a suivi le coup d'État et le déploiement des forces de « maintien de la paix » de l'ONU. Autrement dit, l'hystérie à propos de la « violence », du « pillage » et du « chaos » en Haïti n'est que de l'opportunisme de la pire espèce et vise à créer une opinion publique favorable à l'intervention impérialiste, pour soumettre le peuple haïtien. Ça ne passera pas !

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Non à l'occupation militaire d'Haïti!

La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton s'est rendue à Haïti le 16 janvier. L'agence Reuters rapporte que Clinton a dit aux journalistes qui l'accompagnaient dans l'avion que le gouvernement haïtien avait « donné carte blanche au gouvernement américain pour faire face à l'urgence de la situation » et que « cela pourrait se faire encore plus vite si le parlement haïtien passait un décret donnant au gouvernement [du président René] Préval des pouvoirs d'urgence accrus, dont certains pourraient être délégués aux États-Unis, comme le pouvoir d'imposer un couvre-feu ». Préval et Clinton devaient émettre un communiqué de presse conjoint ce dimanche mais selon Dan Erikson, un spécialiste de Haïti à l'Inter-American Dialogue, un groupe de recherche basé à Washington, ce sont les États-Unis qui prennent les décisions, à tout le moins pour le moment.

« Les ministères haïtiens ne fonctionnaient déjà presque pas avant le tremblement de terre », a-t-il dit, selon Reuters. « L'administration Obama peut bien dire que c'est un partenariat, mais c'en est un où un des partenaires fait tout le travail et a tout pouvoir. »

Le Trinidad and Tobago Express rapporte que le Département d'État américain a confirmé le 15 janvier avoir signé deux lettres d'entente avec le gouvernement haïtien qui ont officialisé que

« les États-Unis ont la responsabilité des vols qui arrivent en Haïti et en sortent et du déchargement de l'aide... »

En conséquence, les parachutistes de la 82e Division Airborne contrôlent l'aéroport principal de la capitale Port-au-Prince. Le journal rapporte aussi que « toujours selon les ententes signées, le personnel médical américain peut opérer les citoyens haïtiens et fournir d'autre aide médicale sans avoir besoin de permis du gouvernement haïtien ».

Pendant ce temps, de plus en plus de soldats américains convergent vers Haïti. Al Jazeera écrit que Mike Mullen, le chef de l'état-major interarmées, a dit que les États-Unis ont l'intention d'envoyer 10 000 soldats en Haïti pour distribuer de l'aide et prévenir le « pillage » parmi les survivants. Les États-Unis ont réagi au malaise créé par ces arrangements et un tel déploiement de force militaire en faisant des pieds et des mains pour prétendre que cette intervention est « humanitaire » et tout sauf une invasion militaire. Des hauts responsables militaires ont tenté de duper les naïfs en jurant que les intentions américaines sont au-delà de tout reproche, comme si les peuples du monde n'ont pas payé de leur sang les interventions humanitaires des impérialistes américains menées au nom des plus nobles idéaux.

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, s'est dit très préoccupé par ces développements et a dit que les États-Unis ont pris avantage de ce grand tremblement de terre en Haïti. « Je suis préoccupé par ces développements en Haïti, a-t-il dit samedi, parce que les soldats américains ont déjà pris le contrôle de l'aéroport. Il semble que leurs bases en Amérique latine ne leur suffisent pas. Ce n'est pas logique que des soldats américains soient en Haïti. Le pays a besoin d'aide humanitaire, pas de soldats. Ça va être la folie si nous commençons tous à envoyer des soldats en Haïti. J'espère qu'ils vont retirer leurs troupes. »

Le président du Venezuela, Hugo Chavez, lors de son émission de télévision hebdomadaire, a accusé les États-Unis de vouloir tirer avantage de la situation pour occuper ce pays antillais. Il a dit que les milliers de soldats américains envoyés en Haïti « sont des marines armés comme s'ils s'en allaient en guerre ». « Il n'y a pas de pénurie de fusils dans ce pays [...] Des médecins, des médicaments, de l'essence, des hôpitaux de campagne, voilà ce que les États-Unis devraient envoyer », a-t-il dit, mettant le monde en garde contre cette tentative secrète de prise de contrôle.

L'ancien président américain George W. Bush a dit en entrevue à la télévision : « Je crois que nous devrions nous soucier de la situation d'un point de vue humanitaire mais aussi d'un point de vue stratégique, parce que c'est une choses sensée que d'avoir une démocratie stable dans notre voisinage. » Il ne faut pas se cacher que l'impérialisme américain veut s'établir militairement dans la région, comme il a commencé à le faire, pour menacer Cuba, le Venezuela, la Bolivie, l'Équateur et tous les pays d'Amérique latine et des Caraïbes qui choisissent une voie indépendante et anti-impérialiste.

Sebastian Walker, le correspondant d'Al Jazeera à Port-au-Prince, a dit le 17 janvier que bien que 200 tonnes d'aide soient sur place à l'aéroport, il est très difficile de les faire parvenir à ceux qui en ont désespérément besoin. « Le problème ici c'est Qui dirige ? Les militaires américains ont un grand contrôle sur le nombre d'avions qui atterrissent ici. Nous avons entendu dire qu'un avion de l'ONU transportant du matériel humanitaire a été détourné parce que les États-Unis avaient réservé la place à leur propre avion. La distribution du matériel est entravée par ce problème de déterminer qui décide comment l'aide est distribuée. Il y a en ce moment des milliers de gens qui campent dans les rues... Cela fait des jours qu'ils attendent et ils disent ne pas avoir reçu la nourriture et l'aide qui est prête à être distribuée. »

Des organisations internationales reconnues rapportent avoir été empêchées de distribuer de l'aide humanitaire par la mission militaire américaine qui contrôle l'aéroport. Vendredi dernier, la mission d'aide d'urgence à Haïti de la communauté caribéenne (CARICOM) qui comprend des chefs de gouvernement et du personnel technique de haut niveau s'est fait refuser la permission d'atterrir, selon le Trinidad and Tobago Express. Cette mission qui devait déterminer les besoins humanitaires prioritaires a dû rebrousser chemin vers la Jamaïque et de là vers les pays d'origine de chacun. Un communiqué de presse de Médecins sans frontières du 17 janvier mentionne : « Un avion-cargo MSF transportant un hôpital chirurgical gonflable n'a pas été autorisé à atterrir samedi soir à Port-au-Prince, malgré les autorisations données par les Nations unies et le Département de la Défense des États-Unis, et a été dérouté vers Samana, en République Dominicaine. Tout ce matériel est désormais convoyé par camion, prolongeant les délais d'acheminement à Port-au-Prince de 24 heures. »

Un article de Mark Thompson dans le Time Magazine intitulé « Les militaires américains en Haïti : une invasion généreuse » proclame la prérogative impériale, l'arrogance et l'importance auto-déclarée des États-Unis et de leurs militaires : « Seuls les militaires américains ont suffisamment de surfaces d'aluminium pour augmenter la capacité en pistes d'atterrissage de l'aéroport de Port-au-Prince. Eux seuls ont les moyens logistiques de déterminer rapidement les espaces d'atterrissage et d'accostage des vaisseaux dont dispose Haïti pour les opérations de secours. Eux seuls possèdent les différents types d'avions et de vaisseaux qui peuvent utiliser ces pistes et ces ports, dont les bateaux gonflables, capables de transporter 60 tonnes d'équipements du vaisseau à la côte à une vitesse de 40 noeuds. »

De la même façon, les commentaires récents du premier ministre Stephen Harper et les actions du gouvernement canadien ont repris le rôle du Canada dans l'occupation illégale de l'Afghanistan comme le modèle à imposer à Haïti au nom de l'aide humanitaire. Une émission du 16 janvier du réseau CTV a rapporté que Harper a dit : « Je crois que tout le monde reconnaît que l'idée d'aller en Haïti, stabiliser les choses durant quelques années et ensuite quitter serait une approche désastreuse. » L'émission mentionne aussi que le brigadier-général Guy Laroche « qui a été il y a peu de temps le commandant militaire en chef en Afghanistan, a été choisi pour coordonner l'effort canadien en Haïti. C'est un dirigeant militaire aguerri qui a commandé les troupes canadiennes en Afghanistan pendant plus de dix mois en 2007 et 2008. »

Il y a en ce moment 200 soldats canadiens en Haïti. Mille soldats supplémentaires, provenant pour la plupart de la base de Valcartier au Québec, s'envoleront pour Haïti pour réprimer le peuple haïtien par la force. Lors d'une rencontre avec les journalistes dimanche, le ministre de la Défense Peter MacKay a dit que « nous avons des troupes au Canada qui sont spécifiquement entraînées dans le maniement des foules et la gestion de ce genre de situations qui dégénèrent. » Les troupes de Valcartier s'ajoutent aux 500 soldats qui sont à bord de deux navires de guerre canadiens devant arriver à Haïti pendant la semaine.

L'empressement du gouvernement canadien à utiliser la situation en Haïti à ses fins est évident dans l'article du Toronto Star du 15 janvier qui dit : « Pendant que la recherche des survivants se poursuit dans les décombres de Port-au-Prince, cinq équipes de secouristes tout équipées et formées spécialement pour des situations semblables ont dû rester au Canada. Les équipes de recherche et sauvetage en milieu urbain situées à Toronto, Vancouver, Calgary, Halifax et au Manitoba attendent patiemment l'appel. »

Des équipes de Recherche et sauvetage en milieu urbain attendent également à Montréal et ailleurs au Québec. Ces équipes sont constituées de pompiers, de paramédicaux et de policiers qui se sont portés volontaires pour une formation spécialisée et qui sont prêts à être déployés en moins de quelques heures en cas d'urgence au pays ou à l'étranger. « Les équipes de RSMUEl localisent, à l'aide de chiens entraînés spécialement à cette fin et d'appareils de recherche électroniques, des personnes coincés dans des décombres et des structures qui se sont effondrées », lit-on sur le site de Sécurité publique du Canada. L'organisme gère le programme mais c'est le ministère des Affaires étrangères qui décide de déployer ou non les équipes. Le Toronto Star rapporte qu'en dépit du besoin évident, un porte-parole du ministère déclare que les équipes seront envoyées uniquement si la demande en est faite par les autorités de l'ONU en Haïti.

La France a elle aussi indiqué que ses militaires à Haïti y seront pour longtemps. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a écrit le 16 janvier : « La communauté internationale est déterminée, tout comme la France, à aider, le temps qu'il faudra, les Haïtiens à rebâtir leur pays et à les convaincre non par des mots, mais par des actes, qu'ils ont un avenir et que cet avenir est entre leurs mains. La France propose qu'avec les États-Unis, le Canada, le Brésil, l'Union européenne et tous ceux qui nous rejoindront, une conférence à la hauteur de l'enjeu soit convoquée pour la reconstruction et le développement d'Haïti. Une réunion qui sera le point de départ du renouveau. »

Le Marxiste-Léniniste dénonce la prise de contrôle des opérations d'urgence et civiles en Haïti par les États-Unis et le rôle du Canada dans l'invasion militaire. Pendant que le peuple haïtien déploie des efforts herculéens pour bâtir les organisations et les structures requises avec l'aide internationaliste de pays comme Cuba; les États- Unis, le Canada et d'autres imposent leurs troupes, qui bloquent ces organisations, qui les empêchent de servir le peuple haïtien à prendre le contrôle de sa nation et de sa destinée.

Non à l'occupation militaire d'Haïti !
L'invasion militaire n'est pas une aide humanitaire !

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Les équipes, l'hôpital et le matériel médical de MSF empêchés d'atterrir à Port-au-Prince

Médecins Sans Frontières demande que les avions cargo transportant du matériel médical et chirurgical d'urgence soient autorisés à atterrir en priorité à Port-au-Prince afin de soigner les milliers de blessés en attente d'opérations chirurgicales vitales.

Un avion cargo MSF transportant un hôpital chirurgical gonflable n'a pas été autorisé à atterrir samedi soir à Port-au-Prince, malgré les autorisations données par les Nations Unies et le département de la Défense des États-Unis, et a été dérouté vers Samana, en République dominicaine. Tout ce matériel est désormais convoyé par camion, prolongeant les délais d'acheminement à Port-au-Prince de 24 heures.

Un second avion affrété par MSF est actuellement en route et devrait atterrir vers 10 h, heure locale, à Port-au-Prince. Il transporte également du matériel médical d'urgence et le complément nécessaire au fonctionnement de l'hôpital chirurgical. Si cet avion n'était pas autorisé à atterrir, l'installation de l'hôpital serait à nouveau reportée, dans une situation où des milliers de blessés sont toujours en attente de soins vitaux.

Cet hôpital gonflable d'une capacité de 100 lits comprend deux blocs opératoires, une unité de soins intensifs, une salle d'urgence et tout l'équipement nécessaire pour la stérilisation du matériel.

Les équipes MSF travaillent actuellement contre la montre dans cinq hôpitaux de Port-au-Prince, mais seulement deux blocs opératoires fonctionnent, tandis qu'un troisième bloc opératoire de fortune a été mis en place pour des opérations de chirurgie mineure, face à l'afflux massif de blessés et au manque de structures médicales opérationnelles.

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Le président Jean-Bertrand Aristide
prêt à retourner en Haïti

Le président haïtien Jean-Bertrand Aristide, qui a été renversé par un coup d'État en 2004 et forcé à l'exile en Afrique du Sud, a dit vendredi qu'il était prêt à retourner en Haïti pour aider à rebâtir le pays après le tremblement de terre, selon Radio Havana Cuba.

« En ce qui nous concerne, nous sommes prêts à partir aujourd'hui, demain, à tout moment, pour rejoindre le peuple haïtien, pour partager ses souffrances et reconstruire le pays, sortir de la pauvreté avec dignité », a-t-il dit aux journalistes, en compagnie de son épouse.

Il a dit que des amis étaient prêts à lui fournir un avion avec des fournitures d'urgence. « Comme nous le savons tous, beaucoup de personnes demeurent enterrées sous des tonnes de débris et attendent d'être secourues. Nous sentons profondément que nous devrions être en Haïti, avec eux, et faire de notre mieux pour tenter d'éviter des morts. »

L'ancien prêtre de 56 ans avait été élu démocratiquement puis forcé à l'exil par un coup d'État en 2002. Oeuvrant comme prête dans les districts appauvris de Port-au-Prince, il est devenu le porte-parole du mouvement populaire contre les régimes militaires soutenus par les États-Unis qui ont dominé le pays depuis l'effondrement de la dictature Duvalier en 1986.

Les forces populaires d'Haïti réclament le retour d'Aristide depuis le coup d'État. En 2006, il avait dit espérer pouvoir retourner dans son pays et se consacrer à l'éducation mais les autorités sud-africaines ont dit qu'il devait d'abord obtenir un accord avec le président actuelle de l'île caribéenne.

Deux des principaux pays derrière le coup d'État de 2004 contre Aristide ont indiqué qu'ils s'objectent à son retour. Le gouvernement des États-Unis a dit qu'il était un homme du passé tandis que le gouvernement français, craignant que sa présence galvanise l'opposition à ses plans de suppression de la souveraineté du peuple haïtien, affirme que son retour provoquerait l'« instabilité politique ».

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Entrevue avec le romancier québécois
d'origine haitienne Dany Laferrière

Le romancier québécois Dany Laferrière était en Haïti le jour du tremblement de terre. À son retour à Montréal il a donné une entrevue au journal Le Monde dans lequel il parle de la situation à Port-au-Prince et de la rumeur voulant que le peuple haïtien soit « victime d'une malédiction ». En voici un extrait :

* * *

Le Monde : C'est pour témoigner de cette énergie que vous êtes rentré ?

Dany Laferrière : En effet, mais pas seulement. Lorsque l'ambassade du Canada m'a proposé d'embarquer vendredi, j'ai accepté car je craignais que cette catastrophe ne provoque un discours très stéréotypé. Il faut cesser d'employer ce terme de malédiction. C'est un mot insultant qui sous-entend qu'Haïti a fait quelque chose de mal et qu'il le paye.

C'est un mot qui ne veut rien dire scientifiquement. On a subi des cyclones, pour des raisons précises, il n'y a pas eu de tremblement de terre d'une telle magnitude depuis deux cents ans. Si c'était une malédiction, alors il faudrait dire aussi que la Californie ou le Japon sont maudits. Passe encore que des télévangélistes américains prétendent que les Haïtiens ont passé un pacte avec le diable, mais pas les médias... Ils feraient mieux de parler de cette énergie incroyable que j'ai vue, de ces hommes et de ces femmes qui, avec courage et dignité, s'entraident. Bien que la ville soit en partie détruite et que l'État soit décapité, les gens restent, travaillent et vivent. Alors de grâce, cessez d'employer le terme de malédiction, Haïti n'a rien fait, ne paye rien, c'est une catastrophe qui pourrait arriver n'importe où.

Il y a une autre expression qu'il faudrait cesser d'employer à tort et à travers, c'est celle de pillage. Quand les gens, au péril de leur vie, vont dans les décombres chercher de quoi boire et se nourrir avant que des grues ne viennent tout raser, cela ne s'apparente pas à du pillage mais à de la survie. Il y aura sans doute du pillage plus tard, car toute ville de deux millions d'habitants possède son quota de bandits, mais jusqu'ici ce que j'ai vu ce ne sont que des gens qui font ce qu'ils peuvent pour survivre.

Le Monde : Comment est perçue la mobilisation internationale ?

DL : Les gens sentent que cette fois, cette aide est sérieuse, que ce n'est pas un geste théâtral comme cela a pu se produire par le passé. On perçoit que les gouvernements étrangers veulent vraiment faire quelque pour chose pour Haïti, et aussi que dans le pays personne ne veut détourner cette aide. Car ce qui vient de se produire est bien trop grave. Il y a tant à faire, à commencer par ramasser les morts. Cela prendra sans doute plusieurs semaines. Ensuite, il faudra déblayer toute la ville pour éviter les épidémies. Mais le problème numéro un, c'est l'eau, car à Port-au-Prince, elle est polluée. Habituellement, on la fait bouillir pour la boire, mais il n'y a plus de gaz.

Les Haïtiens espèrent beaucoup de la communauté internationale. Si des choses sont décidées à un très haut niveau, dans le cadre d'un vaste plan de reconstruction, alors les Haïtiens sont prêts à accepter cette dernière souffrance. La représentation de l'État, à travers le gouvernement décimé, étant touchée, c'est le moment d'aller droit vers le peuple et de faire enfin quelque chose d'audacieux pour ce pays.

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Vigile à Toronto

Dimanche le 17 janvier, une trentaine de personnes ont participé une vigile pour Haïti devant l'assemblée législative de l'Ontario, à Toronto. La jeune femme qui avait lancé l'appel à la vigile a expliqué qu'elle voulait rassembler les gens pour exprimer leur solidarité avec Haïti et les inviter à partager leurs pensées. Une autre jeune femme a parlé du contexte dans lequel s'est produit le tremblement de terre. Elle a parlé des difficultés qu'affronte Haïti depuis la rébellion des esclaves de 1804, qui a donné naissance à la nation haïtienne. Elle a expliqué que le peuple haïtien avait immédiatement été confronté aux demandes de réparations de la France et à d'autres difficultés imposées par les puissances coloniales, et que tout cela a créé les conditions de pauvreté que l'on connaît. Une jeune Haïtienne a exprimé la reconnaissance de sa famille pour l'appui reçu des Canadiens et des peuples du monde et dit que cela lui donne de l'espoir dans l'avenir. Elle a annoncé aux participants plusieurs initiatives prises par la communauté haïtienne de Toronto pour aider aux efforts de secours.

La vigile s'est poursuivie durant deux heures. Les participants ont joué de la musique, discuté en petits groupes et échangé les informations concernant les activités de secours dans la région. Il y avait un groupe de jeunes Haïtiens s'opposent à la façon offensante dont certains médias présentent les événements dans leur pays (parlant de pillage et de « malédiction »). Les gens s'organisent, disent-ils, mais les approvisionnements n'arrivent pas. Et parfois ils sont largués par des hélicoptères, comme si les gens étaient des animaux. Une jeune femme a fait remarquer que si Stephen Harper dit avoir modifié les règles pour faciliter la réunion des femmes haïtiennes au Canada, ces règles sont encore plus restrictives que durant les autres cas de crises humanitaires.

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«Nous ne voulons plus être un peuple objet»

Il est important de nous organiser, d'engager consciemment et résolument une entreprise historique qui soit une urgence du quotidien pour changer l'avenir du pays. Nous ne sommes pas un « peuple objet », qui n'arrive pas à penser, à s'organiser, voire à diriger son destin national. Une telle perspective est plus que jamais à l'ordre du jour depuis la terrible tragédie qui vient de frapper le pays (le 12 janvier 2010). Nous qui, par nos actes passés, avons montré que nous ne voulions plus être des esclaves des nouveaux colons, nous devrons nous rallier autour des forces progressistes révolutionnaires du pays, même quand elles sont embryonnaires.

Haïti vient de compter 206 années d'indépendance et le pays continue à souffrir de tous les maux de l'esclavage et du colonialisme, à la suite de la domination brutale et insidieuse des pays impérialistes. Il est clair que la présence de la MINUSTAH [la mission (de l'ONU) pour la stabilisation d'Haïti] depuis le coup d'État de 2004 est là pour rassurer les capitalistes, notamment les États-Unis, bastion et principale force du colonialisme contemporain. Le président Préval lui-même s'est engagé dans cette intense activité de propagande aliénante.

Les manifestations du 28 juillet 2009 contre l'occupation du pays, celle du 1er janvier 2010 et l'organisation d'une assemblée populaire le 10 janvier 2010, menée par l'organisation PLONBAVIL [Plateforme nationale des organisations de base et des victimes de l'État], une coalition de différentes organisations d'employés victimes du plan néolibéral, sont des preuves que le peuple haïtien n'est pas un peuple objet.

L'horreur – et l'étendue de la destruction sismique – est insupportable, révoltante. Le peuple haïtien, qui a tant souffert ces six dernières années de l'inconscience et de la cupidité de ces dirigeants, ne mérite pas un tel cataclysme. À l'impossibilité, jusqu'ici, de pouvoir offrir un front solide et uni à l'injustice, il va falloir reconstruire, physiquement, une capitale, si ce n'est une bonne partie du pays. Il nous faudra alors énormément de courage et de volonté pour surmonter cette cruelle adversité d'autant que les pays capitalistes exploiteurs des richesses du sous-sol haïtien vont venir hypocritement à notre secours. Non pas que nous rejetions d'un revers de la main leur aide, non, mais nous la voulons fraternelle, désintéressée. Nous souhaitons qu'elle ne soit pas l'occasion rêvée de nous assujettir à leur domination, car nous n'avons que nos mains nues et notre dignité pour reconstruire un pays détruit.

C'est au peuple qu'il revient de prendre son courage à bras-le-corps pour renaître du cataclysme naturel et forger l'avenir du pays, car la marche ascensionnelle de l'Histoire est irréversible. Et la communauté internationale, même quand elle veut bien nous offrir son concours, doit bien se mettre en tête que seules « les mains magiciennes du peuple » pourront sortir le pays du désastre moral, social et économique auquel l'ont conduit ceux qui prétendent se faire passer pour les amis d'Haïti.

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Haïti met à l'épreuve l'esprit de coopération

Les nouvelles qui parviennent d'Haïti confirment le grand chaos qu'on était en droit d'attendre dans la situation exceptionnelle engendrée par la catastrophe.

Surprise, étonnement, commotion dans les premiers instants, désir dans les recoins les plus éloignés de la planète de prêter de l'aide sans retard... Qu'envoyer et comment le faire vers une petite île des Caraïbes depuis la Chine, l'Inde, le Vietnam et d'autres endroits situés à des dizaines de milliers de kilomètres de distance ? L'ampleur du séisme et la pauvreté du pays génèrent dans les premiers instants des idées de besoins imaginaires qui donnent lieu à toutes sortes de promesses possibles qu'on s'efforce ensuite de concrétiser par tous les moyens.

Pour nous, Cubains, nous avons compris que le plus important était de sauver des vies, ce pour quoi nous sommes entraînés face non seulement à des catastrophes de ce genre, mais aussi à d'autres désastres naturels de nature sanitaire.

Des centaines de médecins cubains étaient déjà sur place, ainsi qu'un bon nombre de jeunes Haïtiens aux origines modestes, convertis en de bons professionnels de la santé, car c'est à cela que nous avons consacré notre coopération avec ce pays frère et voisin depuis de longues années. Une partie de nos compatriotes était toutefois en vacances, tandis que des Haïtiens se formaient ou étudiaient à Cuba.

Le tremblement de terre a dépassé tous les calculs : les modestes demeures de pisé et de torchis – dans une ville de presque deux millions d'habitants – ne pouvaient pas résister. De solides bâtiments publics se sont effondrés, des îlots entiers se sont écroulés sur leurs habitants qui se trouvaient chez eux alors que la nuit tombait et qui furent ensevelis sous les ruines, vivants ou morts. Les personnes blessées qui remplissaient les rues réclamaient des secours. La force des Nations Unies (MINUSTAH), le gouvernement et la police se sont retrouvés sans direction ni commandement. Ces institutions employant des milliers de personnes se sont attelées dans les premiers moments à la tâche de savoir quelles sont celles qui étaient en vie et où.

La première chose qu'ont faite nos médecins dévoués en Haïti et les jeunes spécialistes de la santé formés à Cuba, c'est de communiquer entre eux afin de connaître leur sort et de savoir sur quoi ils pouvaient compter pour aider le peuple haïtien dans cette tragédie.


Un médecin cubain et un étudiant en médecine d'Haïti dans un hôpital d'Haïti en août 2009

Ceux qui étaient en congés à Cuba et les médecins haïtiens qui suivaient une spécialisation dans notre pays se sont aussitôt préparés à partir. D'autres experts cubains en chirurgie qui avaient rempli des missions difficiles se sont offerts à les accompagner. Ainsi, en moins de vingt-quatre heures, nos médecins avaient déjà soigné des centaines de patients. Aujourd'hui, 16 janvier, à peine trois jours et demi après la tragédie, ils avaient traité plusieurs milliers de victimes.

Ce samedi midi, la direction de notre brigade a informé entre autres :

« Ce que font les compagnons est vraiment digne d'éloge. Ils sont tous d'avis que ce qui s'est passé au Pakistan pâlit en comparaison [il y a eu là-bas un grave séisme où certains ont travaillé]. Là-bas, ils avaient dû soigner bien des personnes ayant souffert de fractures, parfois mal consolidées, ou l'écrasement de membres, mais ici ça dépasse tout ce qu'ont peut imaginer : de nombreuses amputations ; il faut pratiquement amputer en plein air : c'est l'image de ce qu'ils avaient supposé se passer pendant une guerre.

« ... l'hôpital Delmas 33 fonctionne déjà ; il compte trois blocs opératoires dotés de groupes électrogènes, des secteurs de consultation, etc., mais il est absolument bondé.

« ...douze médecins chiliens nous ont rejoints, dont un anesthésiste, ainsi que huit médecins vénézuéliens, et neuf religieuses espagnoles ; on attend d'un moment à l'autre dix-huit Espagnols auxquels l'ONU et le ministère haïtien de la Santé publique avaient confié l'hôpital, mais qui n'avaient pas les ressources d'urgence qui n'avaient pas pu arriver, si bien qu'ils ont décidé de se joindre à nous et de commencer à travailler sans retard.

« ...trente-deux médecins haïtiens résidents ont été envoyés ici, dont six allaient partir directement à Carrefour, un endroit totalement dévasté. Les trois équipes de chirurgiens cubains qui sont arrivées hier ont aussi fait le voyage.

« ...nous opérons dans les installations médicales suivantes à Port-au-Prince : l'hôpital La Renaissance, l'hôpital de la Sécurité sociale et l'hôpital de la Paix.

« ...quatre centres de diagnostic intégral fonctionnent aussi. »

Cette information donne une petite idée de ce que font en Haïti les personnels médicaux de Cuba et ceux d'autres pays qui travaillent avec eux, parmi les premiers à être arrivés dans ce pays. Notre personnel est disposé à coopérer et à joindre ses forces avec tous les spécialistes de la santé envoyés de partout pour sauver des vies chez ce peuple frère. Haïti pourrait se convertir en un exemple de ce que l'humanité peut faire pour soi. La possibilité et les moyens existent ; c'est la volonté, toutefois, qui fait défaut.

Plus l'on mettra de temps à enterrer ou à incinérer les morts, à distribuer des aliments et d'autres produits vitaux, et plus les risques d'épidémies et de violences sociales s'aggraveront.

Haïti permettra de prouver combien de temps l'esprit de coopération durera avant que ne l'emportent l'égoïsme, le chauvinisme, les intérêts mesquins et le mépris d'autres nations.

Les changements climatiques menacent toute l'humanité. Le séisme de Port-au-Prince nous rappelle à tous, à peine trois semaines après, à quel point nous avons été égoïstes et suffisants à Copenhague !

Les pays observent de près tout ce qu'il se passe en Haïti. L'opinion publique mondiale et les peuples seront des plus sévères et implacables dans leurs critiques.

Fidel Castro Ruz
Le 16 janvier 2010
19 h 46

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Lettre à la rédaction

Concernant où réside la souveraineté

La question à savoir où réside la souveraineté est d'une cruelle importance pour le peuple d'Haïti. À l'heure actuelle, des millions d'Haïtiens, à travers la dévastation et les tragédies qu'une telle catastrophe créée, s'organisent pour sauver les leurs, les soigner et remettre sur pied les infrastructures du pays. Les peuples du monde s'attendent à ce que l'aide internationale serve l'objectif d'investir les Haïtiens du pouvoir de définir l'avenir de leur pays. Les millions d'Haïtiens sont la force sociale capable de reconstruire la nation et d'avancer son projet d'édification nationale basé sur sa riche et courageuse histoire. L'organisation de cette force est un élément déterminant.

Les puissances néo-colonialistes que sont les États-Unis, le Canada et la France fournissent de « l'aide » à l'image de leurs ambitions annexionnistes, en bloquant l'organisation du peuple. Le peuple haïtien a une longue expérience de cette « aide » qui se présente en uniforme militaire ou de police et ne se soumettra jamais à la domination étrangère.

Une enseignante de Montréal

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