Le Marxiste-Léniniste

Numéro 2 - 5 janvier 2010

Le vol des épargnes du peuple

La nécessité de changement du secteur financier

La nécessité de changement du secteur financier - K.C. Adams
Matériel de référence

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Le vol des épargnes du peuple

La nécessité de changement du secteur financier

Les journaux McClatchy ont fourni des révélations économiques étonnantes dans une série d'articles et de vidéos. Décrivant cette série, McClatchy écrit : « Cette enquête de cinq mois de McClatchy révèle comment le colosse de Wall Street Goldman Sachs, lorsqu'il s'est aperçu que la bulle immobilière allait éclater, a vendu des milliards de dollars de titres risqués liés aux prêts hypothécaires à risque à des fonds de pension, des compagnies d'assurance et d'autres investisseurs qui ne se doutaient de rien. »

Nos lecteurs se demanderont sans doute pourquoi un « colosse » médiatique comme McClatchy fait des révélations aussi fracassantes qui exposent la faillite du capitalisme monopoliste d'État américain. McClatchy est un membre à part entière de l'empire américain : il est le deuxième plus gros éditeur de journaux aux États-Unis avec 30 journaux dont le très réactionnaire Miami Herald et il opère aussi des sites web et des stations de télévision. La réponse à cette apparente incongruité réside dans une contradiction au sein du capitalisme monopoliste qui est fait de groupes de propriétaires de capital rivaux qui se font la concurrence. La classe capitaliste monopoliste n'est pas monolithique parce que chaque propriétaire de capital cherche à étendre le sien aussi vite que possible en concurrence avec d'autres propriétaires de capital et en contradiction antagoniste avec la classe ouvrière et les couches moyennes des États-Unis.

Des millions de retraités et d'autres personnes dans le monde dont un grand nombre de propriétaires de capital ont perdu leurs épargnes et leurs investissements pendant la crise économique. Certains propriétaires de capital par contre sont sortis de la crise avec un capital agrandi et un plus grand contrôle sur la richesse de l'empire. Selon les révélations de McClatchy, le groupe Goldman Sachs a manipulé la crise à son avantage et au détriment de plusieurs dans le monde. Les reportages montrent qu'il n'a pas accompli cela par hasard ou seul mais par ruse et ses contacts politiques avec la branche exécutive du gouvernement américain, en particulier avec la nomination par le président Bush du PDG de Goldman Sachs, Henry Paulson, au poste de secrétaire d'État au Trésor et la nomination par le président Obama d'autres dirigeants de Goldman à des postes politiques importants (voir le tableau dans ce numéro). Les dirigeants connus de Goldman qui ont occupé des postes de responsabilité au sein de l'empire américain comprennent Robert Zoellick, le nouveau président de la Banque mondiale, Robert Rubin, l'assistant du président Clinton pour la politique économique et secrétaire d'État au Trésor de 1995 à 1999, Mark A. Patterson, le chef de bureau du Trésor américain sous Obama et William C. Dudley, le président actuel de la Réserve fédérale de New York.

Comme l'a révélé la chaîne McClatchy, Goldman a utilisé le pouvoir politique pour détourner de l'argent du trésor public vers lui-même, en utilisant en particulier les fonds du « Programme de secours des avoirs en difficulté (TARP) » qu'il s'est appropriés directement et indirectement par le sauvetage du monopole d'assurance AIG. Non seulement a-t-il utilisé son influence pour s'approprier de l'argent public mais il a bloqué le sauvetage du monopole d'investissements rival new-yorkais Lehman Brothers qui s'est mis sous la protection de la faillite en septembre 2008 alors que Paulson, l'ex-PDG de Goldman, était secrétaire d'État.

Dès 2006, Goldman a commencé à se départir de ses produits dérivés adossés à des hypothèques vers les fonds de pension et d'autres fonds et à prendre d'autres mesures dans le domaine des assurances pour se protéger. Goldman savait que ces produits dérivés étaient de piètre qualité puisqu'il était-lui même l'un des principaux inventeurs de ce stratagème, mais il n'en a pas moins continué de les créer et de les vendre aux fonds de pension et à d'autres fonds d'épargne. Le plus incroyable c'est que non seulement Goldman a vendu la presque totalité de ses propres produits dérivés adossés à des hypothèques et qu'il a continué à en créer et à les vendre comme de très bonnes obligations « trois A » mais il a en secret « protégé » le reste de ses produits dérivés adossés à des hypothèques par la mise sur pied d'un autre niveau de produits dérivés appelé les « dérivés sur événement de crédit (CDS) », une assurance de couverture de risque qui paie un montant si la valeur de marché des obligations assurées tombe. Le monopole d'assurance AIG a vendu des milliards de dollars de ces CDS qui ont été présentés comme une « couverture de risque » ou une assurance contre la faillite d'autres produits dérivés ou d'obligations. Ces produits dérivés CDS ont commencé à être échangés sur une grande échelle à l'intérieur du système impérialiste d'États de la même manière que les hypothèques combinées, les cartes de crédit, les prêts sur les automobiles et d'autres produits dérivés. Quand les produits dérivés adossés à des hypothèques ont commencé à s'effondrer à l'automne 2008, Goldman ainsi que d'autres ont demandé des paiements d'assurance à AIG et à toute autre institution financière qui possédait des produits dérivés CDS pour combler leurs pertes. AIG n'avait pas les réserves de capital nécessaires pour couvrir les obligations complètement et menaçait de se placer sous la protection de la faillite, ce qui aurait voulu dire que leurs contreparties comme Goldman auraient reçu très peu en fait de compensations. Les administrations Bush et Obama ont sauvé AIG pour qu'il puisse en retour verser des milliards à Goldman et autres bénéficiaires des CDS de AIG. Des milliards de dollars ont été subtilisés du trésor public et versés à AIG et de là à Goldman et aux autres monopoles pour combler leurs « pertes » sur les obligations en produits dérivés adossés à des hypothèques. Dans une tournure d'événements totalement cynique, Goldman est maintenant parmi les plus actifs dans les fermetures d'hypothèques et les saisies de propriétés partout aux États-Unis. Toutes ces affirmations sont documentées dans la série d'articles et de vidéos de la série de McClatchy qui sont disponibles au mcclatchydc.com/goldman/.

La crise a été le cadre de pertes directes énormes dans les fonds de pension et d'épargne et plusieurs d'entre elles ont été causées par Goldman Sachs. Les travailleurs, les couches moyennes et les propriétaires de petites entreprises familiales doivent réfléchir sérieusement à la faillite actuelle du système capitaliste et discuter des alternatives sur chaque aspect du système. Le genre de remèdes vagues suggérés par le groupe McClatchy pour une plus grande réglementation fédérale du secteur des services financiers ne vas pas résoudre le problème d'un système bancaire et financier, de pension et d'épargne qui est dominé par l'objectif étroit de l'expansion du capital. McClatchy y va prudemment avec ses suggestions de réglementations modestes parce que lui-même fait partie du système capitaliste monopoliste américain et de son empire mondial. La révélation des actions d'un monopole ou d'un secteur du système économique vise à sauver d'autres monopoles et secteurs de leurs pertes et à sauver le système d'un effondrement encore plus complet mais elle ne tire pas la conclusion que c'est le capitalisme lui-même qui a échoué et qu'il est fini, étant lui-même victime de ses contradictions irréconciliables et de son objectif parasitaire. McClatchy expose le système d'une façon qui blâme un joueur important mais il ne veut pas faire enquête et révéler la cause première des problèmes dans l'essence même du système capitaliste. La corruption chez Goldman et dans la machine d'État et le secteur financier est le reflet de la contradiction non résolue entre une économie qui est socialisée mais divisée en composantes privées en concurrence l'une avec l'autre, et la concurrence entre les propriétaires de capital et la classe ouvrière. Pour que la société aille de l'avant et finisse par surmonter plutôt que de répéter la corruption et les crises que McClatchy décrit partiellement, il faut que les deux contradictions soient résolues au moyen de nouveaux arrangements.

La retraite à un standard acceptable doit devenir un droit garanti par le gouvernement. Les banques et tout le secteur financier, y compris l'industrie de l'assurance, doivent être considérés comme un service public essentiel. Une économie socialisée moderne a besoin d'un secteur financier centré sur l'être humain formé d'entreprises publiques qui ne fonctionnent pas sur la base du profit et où les épargnes du peuple servent à l'édification nationale collective plutôt que d'être manipulées par tel ou tel membre de l'oligarchie financière pour ses intérêts étroits et ses gains privés. Voilà des réformes significatives qui restreindraient le droit de monopole et feraient une différence mais seule l'organisation d'un mouvement politique effectif de la classe ouvrière peut leur donner naissance. Cela exige que les Canadiens relèvent le défi de la bataille de la démocratie et bâtissent des Comités du renouveau démocratique qui font de la classe ouvrière et de ses alliés une force politique effective qui a le pouvoir décisionnel sur des questions comme l'organisation du secteur financier d'une façon qui sert le peuple.

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Matériel de référence

Goldman nie

McClatchy rapporte que Goldman Sachs lui a envoyé la lettre ci-dessous, qui n'est rien de plus qu'un déni indigné sans aucune preuve concernant les faits évoqués dans la série.

Monsieur,

Votre récente série d'articles sur Goldman Sachs (« Goldman Sachs' Secret Bets » - Le pari secret de Goldman Sachs) est rempli d'affirmations non prouvées, de sous-entendus et de faussetés. Ce n'est pas là du journalisme d'enquête mais plutôt une série de fabrications sensationnalistes présentées comme étant des faits.

Comme le sait votre journaliste, il n'y a aucune base factuelle derrière les théories présentées par les articles et votre affirmation selon laquelle nous avons trompé les investisseurs est fausse.

Vous n'avez pas bien servi vos lecteurs.

Sincèrement,
Lucas van Praag
Directeur exécutif
Goldman, Sachs & Co.
85 Broad Street
New York, NY 10004

(Note de l'éditeur de McClatchy : Van Praag est le porte-parole en chef de Goldman Sachs. McClatchy soutient son reportage et rejette comme fausse l'allégation selon laquelle le journaliste sait que les articles n'ont pas de « base factuelle ».)

Comment Goldman a secrètement parié sur
l'effondrement de l'immobilier aux États-Unis

- McClatchy, 16 novembre 2009 -


(Extraits d'un des articles de la série disponible au mcclatchydc.com/goldman/)

En 2006 et 2007, le groupe Goldman Sachs a vendu plus de 40 milliards $ en titres adossés à au moins 200 000 hypothèques résidentielles à risque mais il n'a jamais dit aux acheteurs qu'il escomptait secrètement que l'effondrement des prix de l'immobilier aux États-Unis réduirait à presque rien la valeur de ces titres.

Les ventes de Goldman et ses menées clandestines faites juste avant l'effondrement du marché immobilier ont permis à la plus grosse banque d'investissements du pays de refiler la plus grosse partie de ses pertes potentielles à d'autres avant que la vague de défauts de paiement sur les hypothèques frappe les États-Unis et les économies du monde.

C'est seulement plus tard que les investisseurs ont découvert que ce que Goldman avait colporté comme des investissements « trois A » ne valaient pratiquement rien.

Les fonds de pension, les compagnies d'assurance, les syndicats et les institutions financières internationales qui ont acheté ces titres risqués font face à de lourdes pertes, et une enquête de McClatchy effectuée sur une période de cinq mois a révélé que le fait que Goldman ait caché ses arrangements secrets en vue du crash imminent de l'immobilier constituent peut-être une infraction aux lois sur les valeurs immobilières.

Selon Laurence Kotlikoff, un professeur d'économie de l'Université de Boston qui a proposé une vaste révision de tout le système bancaire américain, « la Commission des valeurs immobilières des États-Unis (Securities and Exchange Commission, SEC) devrait s'intéresser de près à toute institution financière qui décide secrètement qu'un produit va perdre de l'argent puis met ce produit ou un produit semblable sur le marché et le propose à des clients qui ne se doutent de rien sans leur faire connaître son opinion. C'est de la fraude et ces gens-là devraient être poursuivis. »

John Coffee, un professeur de droit de l'Université de Colombia, a dit : « Cela serait encore plus répréhensible s'il s'avérait que la firme s'est départie de ces investissements parce qu'elle les voyait comme étant des titres toxiques sans valeur aucune. »

Michael Du Vally, un porte-parole de Goldman, a dit à McClatchy que Goldman « n'était pas obligé de révéler comment il gérait son risque, et les investisseurs n'attendaient pas cela de nous non plus... les autres joueurs sur le marché possédaient les mêmes informations que nous. »

Goldman a été très défensif pendant toute l'année au sujet de ses contacts à Washington et sur les milliards qu'il a reçus en montants de sauvetage fédéraux. On a peu porté attention au fait que c'est un des seuls gros joueurs de Wall Street qui s'est retiré du marché des titres hypothécaires à risque avant que la bulle de l'immobilier n'éclate.

Pour mettre en lumière le rôle de Goldman dans l'effondrement des hypothèques à risque, McClatchy a lu des centaines de documents, des formulaires soumis à la SEC, des copies de lettres secrètes sur les investissements, des documents de poursuites judiciaires et il a interviewé un grand nombre de personnes très au fait des activités de la firme.

L'enquête de McClatchy a révélé que Goldman Sachs :

* a acheté et converti en obligations à rendement élevé des dizaines de milliers d'hypothèques de prêteurs sur hypothèques à risque qui ont fait l'objet d'enquêtes du FBI pour savoir s'ils avaient trompé les emprunteurs ou exagéré leurs revenus afin de conclure des prêts élevés ;

* a utilisé des abris fiscaux à l'étranger pour échanger ses titres adossés à des hypothèques avec des institutions partout dans le monde, y compris des banques européennes et asiatiques, souvent dans des ententes secrètes faites à partir des îles Caïman, un territoire britannique des Caraïbes que les compagnies utilisent pour éviter les demandes d'états de compte aux États-Unis ;

* a envoyé des avocats par tout le pays pour saisir les maisons d'individus en faillite ou en difficultés financières, dont plusieurs avaient peu de crédit ou de revenus mais avaient tout de même obtenu des hypothèques à risque parce que Wall Street avait pris des mesures pour les rendre admissible ;

* a été favorisé l'automne dernier par d'importantes mesures fédérales de sauvetage, dont deux au moins impliquant le secrétaire d'État d'alors Henry Paulson, un ex-dirigeant de Goldman dont le personnel au bureau du Trésor comportait plusieurs anciens de Goldman.

La firme a été avantagée lorsque Paulson a décidé de ne pas sauver son compétiteur Lehman Brothers de l'effondrement, et quand il a organisé le coûteux sauvetage de l'assureur en crise American International Group en étant en contact téléphonique constant avec le pd-g de Goldman Blankfein. Avec la bénédiction du conseil d'administration de la Réserve fédérale, AIG a plus tard utilisé 12,9 milliards $ du trésor public pour payer ce qu'il devait à Goldman jusqu'au dernier centime.

Ces décisions ont préservé des milliards de dollars en valeur pour les dirigeants et les actionnaires de Goldman. Blankfein, par exemple, avait 1,6 million d'actions dans la compagnie en septembre 2008 et il aurait pu perdre plus de 150 millions $ si sa firme avait été mise en faillite.

Grâce à plus de 23 milliards $ en aide fédérale directe et indirecte, Goldman semble avoir été épargné par l'implosion économique, limitant ses pertes sur les hypothèques à risque à 1,5 milliard $.

Goldman a affiché des revenus records en juillet et la firme est en voie de surpasser les 50 milliards en revenus en 2009 et de payer plus de 20 milliards $ en primes de fin d'année à ses employés.

Pendant plusieurs décennies, Goldman, un bastion de diplômés de l'Ivy League fondé en 1869, s'est bâtie une réputation à recruter parmi les meilleurs et les plus brillants des États-Unis et à inciter ses directeurs à servir dans la fonction publique.

En conséquence, Goldman opère pour ainsi dire un convoyeur pour les postes à combler à Washington : Paulson, en tant que secrétaire trésorier, a envoyé des dizaines de milliards de dollars de l'argent des contribuables à la rescousse de Wall Street en 2008 et d'anciens employés de Goldman occupent certains des postes les plus exigeants et les plus puissants à Washington. Certains contrôleurs fédéraux très calés sont passés de Washington à Goldman.

Le 16 octobre, un vice-président de Goldman, Adam Storch, a été nommé directeur de la division de règlement des comptes de la Commission des valeurs mobilières des États-Unis.

Le panache financier de Goldman a rendu son offre de service irrésistible auprès des législateurs et investisseurs et pourrait expliquer pourquoi si peu d'entre eux remettent en question les titres risqués que Goldman a vendus durant la période de 14 mois qui s'est terminée en février 2007.

Depuis l'effondrement de l'économie cependant, certains de ces investisseurs ont changé d'opinion à propos de Goldman.

Plusieurs fonds de pension, comme le Mississippi's Public Employees' Retirement System, lui intentent des poursuites et ont demandé le statut de recours collectif, alléguant que Goldman et d'autres firmes de Wall Street ont fait preuve de négligence ou fait de fausses représentations au sujet des véritables risques des titres en question.

Le secrétaire à la Justice du Mississippi, Jim Hood, dont l'État a perdu 5 millions des 6 millions $ investis dans les titres adossés à des prêts hypothécaires de Goldman en 2006, a dit que le Mississippi perdra sans doute « des centaines de millions de dollars » à cause d'investissements semblables.

L'énorme fonds de retraite des employés de la fonction publique de la Californie, connu sous le nom de CALPERS, a acheté de Goldman 64,4 millions $ en prêts hypothécaires adossés à des actifs le 1er mars 2007. Bien que cela ne représentait qu'un petit pourcentage des avoirs de ce fonds, en juillet il établissait à 16,6 millions $ la valeur des titres, soit une baisse de près de 75 %, selon des documents obtenus par une requête d'accès à l'information.

En mai, sans admettre de faute, Goldman est devenu la première firme à accepter un règlement hors cour avec le département de la Justice du Massachusetts qui enquêtait sur les tractations en titres adossés à des prêts hypothécaires. La firme a accepté de verser 60 millions $ à l'État, dont la majeure partie servira à réduire les restes des prêts hypothécaires de 714 propriétaires touchés.

La secrétaire à la Justice Martha Coakley, qui est maintenant candidate à la succession d'Edward Kennedy au sénat, a cité ces cas de forclusions de domiciles à Boston et dans d'autres villes du Massachusetts. Elle a dit que son bureau s'est concentré sur les banques d'investissement parce qu'elles ont offert un marché pour des prêts voués à l'échec alors que les prêteurs hypothécaires « savaient ou devaient savoir » qu'ils l'étaient.

Le fonds de retraite des employés de la fonction publique de la Nouvelle-Orléans, un syndicat de travailleurs en électricité et le syndicat des charpentiers du New-Jersey intentent également des poursuites à Goldman et à d'autres firmes de Wall Street pour les pertes qu'ils ont subies.

On ne connaît pas toute l'ampleur des pertes dues aux titres à risque de Goldman mais des données obtenues par McClatchy montrent que des compagnies d'assurance, qui géraient beaucoup de rentes de retraite, ont payé 2 milliards $ pour les titres à risque de Goldman.

Parmi les plus grands acteurs : Ambac Assurance a acheté 923 millions $ en titres de Goldman ; la Teachers Insurance and Annuities Association 141,5 millions $ ; New York Life 96 millions $ ; Prudential 70 millions $ ; et Allstate 40,5 millions $, selon des données obtenues de la National Association of Insurance Commissioners.

En 2007, alors que des signes avant-coureur de troubles à venir faisaient leur apparition sur le marché du prêt hypothécaire, Goldman a payé 8,8 millions $ pour racheter des titres adossés à des hypothèques que la Prudential avait achetés pour une valeur de 12 millions $.

Presque tous les achats des assureurs ont été faits en 2006 et 2007, après que les prêteurs hypothécaires aient aboli la plupart des critères traditionnels en faveur de prêts exigeant peu ou pas de preuve de revenu ou d'avoir.

Bien que Goldman n'était pas, et de loin, le plus gros joueur dans l'industrie de la titrisation hypothécaire, il n'était pas non plus parmi les plus petits.

De 2001 à 2007, Goldman a vendu au moins 135 milliards $ en titres à risque adossés à des prêts hypothécaires, selon les analyses de McClatchy et le bulletin Inside Mortgage Finance.

En plus de vendre environ 39 milliards $ de ses propres titres à risque en 2006 et 2007, Goldman en a mis en marché au moins 17 milliards pour le compte d'autres firmes.

Elle était également le première pour ce qui est de la mise en marché d'environ 83 milliards $ en valeurs complexes, dont beaucoup étaient adossées à des prêts hypothécaires, par l'entremise de Caïmans et d'autres sites extraterritoriaux, selon une analyse de données non publiées par Gary Kopff, un expert en titrisation.

Dans au moins une de ces ventes extraterritoriales, Goldman a exagéré la qualité de plus de 75 millions $ de titres à risque, décrivant les hypothèques sur lesquelles ils étaient adossés comme étant « prime » ou « midprime » (préférentielles ou moyennement préférentielles), alors qu'aux États-Unis, elles étaient vendues comme étant de qualité inférieure.

Un porte-parole de Goldman a dit que Moody's, la firme de notation des obligations, leur a donné une note supérieure parce que les emprunteurs avaient une bonne cote de crédit.

Les titres de Goldman se présentent sous deux formes : ceux liés aux prêts hypothécaires très à risque et ceux soutenus par une catégorie légèrement supérieure de prêts appelée Alt-A.

Au fil du temps, les deux types de prêts hypothécaires nécessitent que les propriétaires soient tenus de payer la hausse rapide des taux d'intérêt. Les défaillances sur les prêts très à risque ont été responsables de la crise hypothécaire de l'an dernier. Les taux d'intérêt sur les prêts Alt-A, qui ont commencé à monter en flèche cette année, sont à l'origine d'une nouvelle série de défaillances d'emprunteurs.

Goldman a pris des mesures multiples pour dissimuler ses liens avec les transactions de titres adossés à des hypothèques à risque, y compris en disant publiquement que les sociétés basées sur Wall Street regrettaient leurs erreurs. L'hiver dernier, la société a annulé une conférence qui devait se tenir à Las Vegas, pour éviter toute image d'employés qui feraient miroiter aux casinos des masses d'argent provenant de bonus.

Plus récemment, l'entreprise a lancé une campagne de relations publiques pour répondre aux critiques concernant ses énormes primes de gratification, ses connexions avec Washington et l'opération de sauvetage du gouvernement fédéral. À la fin octobre, Blankfein a fait valoir que les activités de Goldman servaient « un objectif social important » en canalisant les réserves de fonds détenus par les fonds de pension et autres vers les entreprises et les gouvernements du monde entier.

Pour les banques d'investissement telles que Goldman, l'astuce est de savoir quand tirer son épingle du jeu des prêts à hauts risques avant de se brûler.

John Paulson, le gérant des fonds de placement à haut risque à New York (aucun lien avec Henry Paulson), a été l'un des premiers à anticiper la catastrophe. Il a déclaré au Congrès que ses chercheurs ont découvert au début de 2006 que de nombreux prêts hypothécaires très à risque représentaient la valeur totale de la maison sans versement comptant. Il a conclu que les garanties « deviendraient sans valeur ».

Il a rapidement commencé à parier de manière peu orthodoxe – sous forme d'échanges (ou troc) de risques de défaillance d'emprunteurs – sur le marché hypothécaire. Sa firme, Paulson & Co. , a enregistré un bénéfice de 3,7 milliards $ lorsque les prix des maisons ont stagné et que les défaillances sur prêts à risque ont monté en flèche en 2007 et 2008.

Dès 2005, Goldman a commencé de même à utiliser les échanges (ou troc) financiers pour limiter le risque couru avec les prêts hypothécaires, la première d'une série de stratégies qui seraient utilisées pour réduire son risque encouru avec les prêts très à risque.

La société a maintenu secrets les détails de la plupart de ses transactions de titres, sauf pour 20 milliards $ de contrats largement publicisés et achetés à AIG en 2005 et 2006 pour couvrir les remboursements des défaillances de prêts hypothécaires ou des cotes de révisions à la baisse sur les titres liés aux prêts à risque qu'elle a offerts à l'étranger.

En décembre 2006, après « 10 jours d'affilée de pertes » dans l'affaire des prêts hypothécaires de Goldman, le directeur financier David Viniar a convoqué une réunion des courtiers en prêts hypothécaires et d'autre personnes clés, a dit DuVally, le porte-parole de Goldman.

Peu de temps après la réunion, dit-il, il fut décidé de réduire le risque encouru par les prêts hypothécaires détenus par l'entreprise en vendant ses stocks d'obligations et de parier secrètement contre ces catégories de titres sur les marchés des échanges financiers.

DuVally a dit qu'à cette époque les dirigeants de Goldman « n'avaient aucun moyen de savoir comment les conditions pourraient devenir difficiles sur les marchés financiers ou hypothécaires ».

Au début de 2007, les négociateurs en prêts hypothécaires de l'entreprise ont également misé fortement contre le marché hypothécaire basé sur un indice de prêts très à risque d'un an, à partir d'une bourse privée située à Londres, ont déclaré plusieurs personnes de Wall Street familières avec ces transactions et qui ont refusé d'être identifiées parce que les transactions étaient confidentielles.

Les contrats d'échanges financiers ont rapporté gros, surtout ceux avec AIG. Lorsque les titres de Goldman ont perdu de leur valeur en 2007 et début 2008, l'entreprise a exigé 10 milliards $, dont 7,5 milliards $ payés à contrecoeur par AIG, a révélé Viniar, au printemps dernier.

À mesure que les demandes de Goldman Sachs et des autres fournisseurs de garantie augmentaient, AIG a subi en septembre 2008 une compression énorme de ses liquidités, conduisant au sauvetage par les contribuables pour éviter des pertes à l'échelle mondiale. Le paiement d'AIG à Goldman comportait plus de 8 milliards $ pour régler les contrats d'échanges financiers.

DuVally a dit que Goldman a fait des paris avec des centaines d'autres contreparties non identifiées pour assurer les risques encourus par ses propres prêts très à risque et à prendre des positions contre le marché hypothécaire pour ses clients. Jusqu'à la fin de 2006, a-t-il dit, Goldman misait encore sur un marché hypothécaire fort.

Toutefois, Goldman a vendu près de 28 milliards $ de titres hypothécaires très à risque qu'elle avait émis aux États-Unis en 2006, dont 10 milliards $ le 6 octobre 2006. La firme a délesté un autre 11 milliards $ en février 2007, après avoir intensifié ses paris contraires. Goldman a également cessé d'acheter des crédits hypothécaires à risque après la réunion de décembre, bien que DuVally a refusé de dire quand.

Malgré tout ce que nous savons maintenant sur ses nombreuses divulgations aux investisseurs en 2007, Goldman n'a jamais révélé ses paris secrets.

Interrogé à savoir si les courtiers en obligations de Goldman étaient au courant des paris contraires, le porte-parole DuVally a déclaré que les activités de crédit hypothécaire de l'entreprise « sont entourées de nombreux obstacles visant à maintenir l'information confinée ».

Toutefois, Viniar, le directeur financier de Goldman, a approuvé la vente de titres et les paris simultanés sur le ralentissement du marché hypothécaire. Dan Sparks, un Texan qui a supervisé pour la firme les échanges financiers liés aux prêts hypothécaires, a également servi comme chef de la division hypothécaire de Goldman Sachs Mortgage à partir de fin 2006 à avril 2008, lorsqu'il a brusquement démissionné pour des raisons personnelles.

Le Securities Act de 1933 impose une obligation spéciale sur la divulgation aux principaux souscripteurs de titres, qui a été le rôle de Goldman quand il a vendu environ 39 milliards $ de ses propres titres adossés à des prêts hypothécaires à risque, à partir de mars 2006 jusqu'à février 2007.

L'entreprise soutient que cette prescription ne s'applique pas dans ce cas.

DuVally a dit que la société a vendu presque tous ses titres adossés à des prêts hypothécaires à risque à des acheteurs institutionnels qualifiés, une catégorie d'investisseurs qui bénéficient de protection moindre que celle accordée aux petits investisseurs en vertu des lois fédérales sur les titres. Il a dit que Goldman a communiqué toute l'information requise sur les risques.

Que les sociétés soient tenues d'informer les investisseurs sur de telles pratiques d'échanges contraires, ou « opérations de couverture », est « une question très controversée » en cas de causes entendues par les tribunaux, a déclaré Frank Partnoy, un professeur de droit de l'Université de San Diego, qui se spécialise dans les valeurs mobilières. La question est à quel point les entreprises doivent être spécifiques quand elles divulguent les risques potentiels pour les investisseurs, dit-il.

Coffee, un professeur de droit de l'Université de Columbia, a déclaré que toute violation potentielle des lois sur les titres dépendra de ce que les dirigeants de Goldman savaient sur les risques à venir.

« Le moment critique où Goldman aurait la plus haute responsabilité et obligation de divulgation, c'est quand il sert comme souscripteur pour une offre publique enregistrée,» a-t-il dit. « Si en même temps la firme cherche désespérément à sortir de ce domaine, ce genre de plan de sauvetage a l'air beaucoup plus suspect que de simples activités d'échanges financiers ».

Une autre question est de savoir si, en gardant le secret sur les échanges financiers, la firme a retenu l'information importante qui permettrait aux investisseurs d'évaluer les motifs de Goldman pour la vente des obligations, a déclaré James Cox, un professeur de droit de l'Université Duke, qui a également siégé au comité consultatif du NYSE.

Si Goldman avait divulgué les paris contraires, dit-il, « on aurait pu croire qu'un investisseur rationnel verrait la conduite de Goldman non seulement comme un élément matériel important mais aussi sans doute comme une raison convaincante de ne pas suivre la recommandation d'acheter ».

Des poursuites intentées par les fonds de régime de retraite font valoir que Goldman a fait des déclarations fausses ou trompeuses dans ses offres d'achat publiques, faute de révéler que de nombreux prêts ont été fondés sur des évaluations gonflées et ont été achetés par des entreprises avec des pratiques de prêt douteuses.

Les liens étroits entre Goldman Sachs et le gouvernement fédéral américain

Commentaire du Marxiste-Léniniste: le tableau ci-joint préparé par McClatchy montre la relation étroite entre Goldman Sachs et le gouvernement fédéral américain. Il décrit à tort le travail effectué à la Réserve fédérale de New-York comme « un emploi gouvernemental ». Le système de la Réserve fédérale américaine et ses douze banques régionales privées sont une institution financière du système capitaliste monopoliste d'État et sont détenus, contrôlés et dirigés par les membres de l'oligarchie financière directement affiliés aux banques privées membres. Les gouvernements régionaux et fédéral américains, les organismes policiers et militaires, le système judiciaire et les services pénitentiaires, les médias de masse monopolisés et les différents collectifs de la classe capitaliste monopoliste tels que le système de la Réserve fédérale, les Chambres de commerce et les monopoles eux-mêmes constituent l'État capitaliste monopoliste.

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